Voie 9 ¾

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« Il voyage plus vite celui qui voyage seul »  Privé 

CITATION DE RUDYARD KIPLING

La gare de King's Cross était en pleine effervescence ce matin-là. Une grève monumentale avait provoqué des retards innombrables, quand ce n'était pas des annulations systématiques, plongeant les voyageurs dans un état de stress à la limite du pétage de plomb. Si la majorité des personnes présentes souffraient de ce syndrome pour le moins désagréable, mademoiselle Ellen Muller et ses vingt-six ans bien comptés en était détachée comme personne ici, pour la simple et bonne raison qu'elle savait comme deux et deux font quatre que son train n'était aucunement en retard – et ce sans même jeter un œil aux gargantuesques panneaux d'affichages où défilaient en continu des centaines de caractères fluorescents, ceux-là mêmes qui généraient le trouble dont souffraient la plupart des infortunés voyageurs. Pourquoi, me direz-vous ? Ce n'est pas compliqué. Ellen se rendait à l'école de sorcellerie Poudlard, où elle comptait bien y enseigner sa matière de prédilection qu'était la Botanique ; et pour ce faire, il n'y avait pas trente six solutions, selon la lettre que lui avait adressé ce mystérieux monsieur Gardner : emprunter le Poudlard Express, lui-même accessible par le quai 9 3/4. Bienheureusement, le directeur avait eu l'obligeance de s'expliquer à ce sujet, auquel cas Ellen serait encore en train de baigner dans sa propre incompréhension à cette heure. Native d'Allemagne, elle n'avait jamais eu l'occasion d'emprunter ce fameux train, et n'avait d'ailleurs découvert l'existence de Poudlard que depuis peu ; alors connaître en un claquement de doigt le moyen d'atteindre cette voie plus que singulière... Autant demander à un botruc de préparer une omelette.

La jeune femme agrippa plus fermement son chariot, assez pour que ses jointures en blanchissent. Elle commençait à douter du bien fondé de se jeter droit dans une plus que tangible barrière au su et vu d'une foule de moldus pour la plupart assez prosaïques, et ce sur les recommandations d'un Monsieur Mystère dont elle ne connaissait que nom et fonction, et encore. Elle-même était assez méfiante pour tout ce qui se rapportait à la magie du fait d'un certain, hum, accident dans son enfance, et c'était tout juste si elle s'était engagée dans une école où précisément, la magie était reine. Mais son oncle lui avait assuré qu'elle avait fait le bon choix, et c'est pourquoi elle s'était enfin engagée. Qui sait, peut-être était-ce le début d'une tumultueuse réconciliation ? Prenant son courage à deux mains, Ellen prit son élan, de plus en plus vite, la barrière se rapprochant dangereusement à chacun de ses pas, ce qu'elle était près à présent... Et là, le miracle. C'est comme si elle s'était volatilisée, laissant à sa place une arche de fer forgé où était inscrit un « Voie 9 3/4 », de quoi faire évaporer l'angoisse de la future professeur. Et dire qu'elle avait eu peur... Finalement, il n'y avait pas de raison ! De nouveau maîtresse d'elle-même, Ellen parcourut des yeux les lieux, se les imaginant pleins à craquer d'élèves de tous les âges prêts à embarquer pour Poudlard, disant au-revoir à leurs parents, certains sereins, ou encore en larmes, d'autres lançant des recommandations à la chaîne... Parents... Les étranges borborygmes du train ramenèrent la demoiselle à la réalité, et c'est enveloppée d'une fumée blanche comme neige qu'elle grimpa le marchepied en tentant de faire fuir son trouble, pour une fois avec un certain succès. Ce n'était pas le moment de se laisser envahir par les souvenirs, se sermonna-t-elle presque en cherchant un compartiment de libre, avant de se rappeler que le train était quasiment pour elle toute seule, en témoignait l'absence totale de vie au niveau du quai. ( Quasiment, parce que la lettre spécifiait clairement qu'un autre professeur du nom de... mince, elle ne s'en souvenait plus, dans le même cas qu'Ellen empruntait ce même jour le Poudlard Express. ) Elle s'installa donc dans le premier venu, calant non sans difficulté sa valise au-dessus. Elle avait beau avoir pris le strict minimum, un an, ce n'était pas rien. Une fois le risque que sa valise lui tombe sous l'impulsion d'une infime secousse évincée, la jeune femme se laissa enfin aller sur la banquette molletonnée, certes démodée mais véritablement confortable, et ferma les yeux.

Lorsqu'elle se réveilla environ un quart d'heure plus tard ( sommeil léger oblige ), le train s'était mis en marche et progressait désormais à vive allure, traversant champs et collines verdoyantes sous un soleil d'automne particulièrement généreux. Et dire que pluies et orages s'acharnaient sur le sud de l'Angleterre déjà la veille au soir ! S'il prenait l'envie à Ellen de personnifier le temps, elle l'aurait bien qualifié de lunatique ; mais elle n'avait pour le moment pas la moindre envie de s'engager dans une dissertation sur les sautes d'humeur des nuages ou je ne sais quoi, et c'est pourquoi elle se contenta de regarder sereinement par la fenêtre, son esprit voguant à des miles de là, passant par une contrée perdue d'Allemagne pour se rendre dans un grand manoir londonien, avant de se diriger vers cette terre inconnue d’Écosse où elle allait enseigner pour la première fois de sa vie. Au terme de cette matinée éprouvante, elle était entièrement zen, et c'était, il faut le dire, bien agréable. La seule idée que l'on vienne la déranger ne lui avait pas même effleuré l'esprit, tant cela lui paraissait improbable, à elle, Ellen Muller, elle qui savourait cet incomparable temps de paix avant la tornade Poudlard.

« La vérité est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »

« Il voyage plus vite celui qui voyage seul »  Privé 

En pénétrant dans la gare par l'entrée principale, une petite fille percuta Blanche. La Française lança un sourire à l'enfant et continua son chemin sans un regard en arrière. Normalement, elle se serait arrêtée et aurait offert un bout de sa tablette de chocolat à la gamine mais,, actuellement, ce n'était pas possible. Elle était en retard et elle n'avait pas le temps d'être gentille et d'écouter les excuses de la jeune moldu. Vérifiant que sa longue robe bordeaux style renaissance n'était pas tâchée à cause de l'enfant et sa sucette, la sorcière se dirigea vers les quais.

Son train partait dans quelques minutes, si elle le ratait, le directeur de Poudlard n'allait pas apprécier. Arriver avec un jour de retard était suffisamment gênant. En effet, la nouvelle enseignante en sortilèges et enchantements de Poudlard arrivait le lendemain de la rentrée. Habitant au Viêt Nam depuis plusieurs mois, elle souhaitait passer le plus de temps avec ses amis avant de retourner en Europe. Elle avait alors décidé de prendre son billet au dernier moment et elle avait eu quelques soucis en Asie. En effet, la sorcière avait décidé de se rendre en Europe en prenant l'avion, création des moldus qu'elle trouvait particulièrement ingénieuse. Elle ne pouvait pas imaginer que le vol allait être annulé à la dernière minute. D'ailleurs, elle n'avait toujours pas compris pourquoi il avait été annulé, mais Blanche s'en fichait complètement désormais. Elle était arrivée en Europe très tôt ce matin. Cela lui avait permis de profiter de Londres et de boire un thé succulent dans un salon particulièrement chic.

Tenant fermement sa valise en cuir véritable de sa main gauche et son sac à main de la main droite, elle accéléra le pas. La gare de King's Cross était bondée, comme d'habitude et Blanche marchait si vite qu'elle avait l'impression de slalomer entre les différents voyageurs. En reconnaissant le quai qu'elle cherchait depuis son entrée dans la gare, elle se dirigea vers ce dernier en soupirant de soulagement. Finalement, elle allait l'avoir ce train ! En dépassant un moldu qui était particulièrement grossier avec un agent de la gare, elle lança un sourire compatissant à l'agent et décida de chercher la voie numéro neuf. Selon ce qu'elle avait compris, en lisant la lettre que lui avait envoyé le directeur de Poudlard, une barrière particulière existait entre ses deux voies. Cette barrière permettait d'accéder au quai 9 3/4, un quai dont aucun moldu ne connaissait l'existence. Deux tourniquets se trouvaient face à elle, la voie numéro neuf était à sa gauche et la voie numéro dix à sa droite. Traversant la barrière en fermant les yeux, elle eut l'étrange impression qu'on la chatouillait. En rouvrant les yeux, Blanche découvrit le fameux Poudlard Express devant elle. L'enseignante sortie de sa contemplation du quai et du train en entendant l'annonce du départ imminent du Poudlard Express. Décidant de ne pas s'attarder plus longtemps, la Frenchie s'approcha du wagon le plus proche et s'installa dans le premier compartiment qu'elle rencontra.

Confortablement installée sur l'une des deux banquettes présentent, l'autre étant occupée par sa valise et son sac à main, Blanche lisait tranquillement. Elle ne regrettait pas d'avoir dépensé quelques gallions pour "Tant qu'il y a de la magie, il y a de l'espoir", ce livre était particulièrement intéressant. Alors qu'elle était sur le point de tourner une nouvelle page, son regard fut attiré par un point noir se mouvant vers la fenêtre. En reconnaissant une fourmi, un petit cri sortit de sa bouche. La Française détestait les fourmis comme tous les petits êtres tels que les insectes. Elle les qualifiait de tout simplement hideux. En réalisant que la bestiole ce trouvait avec toute sa petite famille, Blanche quitta la banquette et récupéra ses affaires. Elle ne pouvait pas rester avec ces fourmis et leurs petites pattes dégoûtantes, elles pouvaient ramper et se nicher dans ses cheveux... Elle aurait très bien pu s'amuser à les tuer ou les enfermer dans un coin, mais elle était fatiguée. La sorcière préférait choisir une autre option moins embêtante : changer de compartiment. Ce n'était pas un problème, elle avait vraiment l'impression que le Poudlard Express était vide. Personne ne remarquerait son petit manège.

En poussant la porte menant au compartiment en face du nid à fourmi, quel ne fut pas sa surprise en réalisant qu'il n'était pas vide. Une femme, aux cheveux courts, était installée dans ce dernier, elle devait avoir à peu près le même âge que Blanche. En réalisant cela, un extrait de la lettre lui revint en mémoire. Un professeur devait arriver en même temps qu'elle à Poudlard. En se souvenant de ce détail, très important pour la Française, un sourire étira ses lèvres. Elle avait en face d'elle, une collègue.


« Bonjour ! Veuillez m'excuser pour cette entrée légèrement... Fracassante.  » Dit-elle en retenant sa valise qui était sur le point de se cogner pour la deuxième fois dans la porte. « Je pensais effectuer ce voyage seule, alors qu'un simple couloir nous séparait.  » Ajouta-t-elle en lançant un sourire bienveillant à la femme aux yeux verts. « Comment vous portez-vous ? Je m'installe si cela ne vous dérange pas.  »

Déposant sa valise sur l'espace de rangement adéquat, Blanche ferma ensuite la porte qu'elle avait laissée ouverte. En s'asseyant sur la banquette libre, la femme aux cheveux blonds tentait de ne pas froisser sa robe légèrement bouffante en la tripotant de ses doigts fins. Elle plongea son regard turquoise dans celui couleur menthe à l'eau de sa collègue. La Française n'avait même pas réalisé que la femme et son nez légèrement en trompette, n'avait pas ouvert la bouche depuis son arrivée.

« Blanche Tourmaline, je suis enchantée de faire votre connaissance. » Dit-elle en tendant sa main parfaitement manucuré vers la femme se trouvant en face d'elle.

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Ellen commençait sérieusement à se demander si un buffle hystérique n'était pas monté sous le nez du chauffeur, en témoignait le remue ménage qui semblait agiter le train tout entier. A moins que ce ne soit tout près d'elle ? La botaniste brûlait de savoir ce qui se tramait, mais un mauvais pressentiment digne de son inaltérable sixième sens la poussa à ne surtout pas regarder au travers de la cloison transparente, chose qu'elle fut bien obligée de faire dès lors qu'elle entendit la porte coulisser dans un grincement assourdissant. Bienheureusement, la dame qui se tenait sur le seuil n'avait rien d'une bête sauvage, bien au contraire : elle était l'image même du raffinement, avec sa coiffure excessivement soignée, quoiqu'on aurait dit qu'elle avait été quelque peu ébouriffée, sa tenue impeccable et sa posture distinguée à souhait. Son cou et ses poignets croulaient sous des bijoux de luxe, tant et si bien qu'il était étonnant de la voir se déplacer avec une mouvance quasi normale. Une autre femme se serait sentie terrassée par tant de magnificence ; pas Ellen. Elle ne voyait que les artifices, le surplus de paillettes. Cette femme était belle, aucun doute là-dessus ; mais nullement du goût de la Muller, qui éprouva dès le premier coup d'œil une certaine antipathie pour la nouvelle venue, et ce avant même que cette dernière ait pu souffler le moindre mot. Elle avait ses raisons : de un, celle qui s'avéra être Blanche Tourmaline avait rompu avec pertes et fracas sa quiétude bien méritée. D'autre part, l'extravagance de cette même Blanche ne la mettait absolument pas dans les bonnes grâces d'Ellen. Triste mais vrai, cette dernière n'avait jamais pu voir en peinture ce genre d'individu. Restait à savoir si l'attitude dénotait du physique et des manières, cependant elle ne nourrissait pas beaucoup d'espoir en cette idée.

Blanche s'avéra être conforme à ce qu'elle pensait : aimable, certes, mais fichtrement envahissante. Jamais elle n'avait vu pareil moulin à paroles. C'en devenait presque invraisemblable. Et le pire dans tout ça, c'était qu'Ellen se devait de donner le change ! Elle avait bien songé à éconduire directement son interlocutrice, mais avait finalement pris le parti d'apprendre à la connaître. De toute façon, ça devait arriver un jour ou l'autre, toutes deux étant professeures dans la même école. Autant s'y mesurer tout de suite – ce qui est fait n'est plus à faire. Et puis, peut-être serait-elle agréablement surprise ? On ne sait jamais ce que la vie nous réserve après tout.


« Ellen Muller, enchantée, dit-elle poliment en serrant la main évidemment manucurée juste comme il faut de Blanche, son visage impassible se fendant d'un demi-sourire. J'ai cru comprendre que nous étions dans la même situation, à moins que je ne me trompe ? Il me semble que monsieur Gardner avait spécifié que vous étiez comme moi une nouvelle professeure, mais de quoi je n'en sais rien. J'enseigne la Botanique pour ma part. »

Elle quêta patiemment la réponse de sa collègue, repérant au passage une minuscule fourmi sur la manche de celle-ci. L'insecte grimpait avec une facilité fortuite le long du bras, posant vaillamment une patte devant l'autre dans cet univers inconnu de mailles étroitement mêlées et passablement instable. Humains et fourmis n'étaient pas si différents finalement : leur existence se résumait tout autant à une découverte permanente, parsemée d'embûches qu'il leur fallait surmonter pour pouvoir s'en sortir. Certes, les deux n'étaient pas bien semblables autrement, mais cela suffisait à Ellen pour tenir en estime ces petites bêtes que la vie mettait ô combien à l'épreuve. Et tant pis si leur cerveau n'excède la taille d'un petit pois, songea la jeune femme qui, tout en regardant Blanche, surveillait du coin de l'œil la course de la fourmi.

« La vérité est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »

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Cela faisait plusieurs secondes que Blanche tendait sa main devant sa nouvelle collègue sans que cette dernière ne prononce un seul mot ou bouge un seul de ses petits doigts. C'était assez agaçant et la Française aimait peut-être faire de nouvelles rencontres, mais elle détestait qu'on l'ignore. Surtout lorsqu'elle prenait la peine de faire le premier pas et en étant souriante en plus de ça. Alors qu'elle était sur le point de baisser son bras, la voix de la femme en face d'elle arriva à ses oreilles et sa main serra enfin la sienne. Finalement, cette Ellen Muller connaissait les bonnes manières.

Écoutant attentivement ce que lui disait la jeune femme, Blanche jeta un bref coup d’œil à leur poignée de main. Celle d'Ellen était complètement nue. En effet ni bague, ni bracelet n'habillait cette main. Contrairement à celle de la Française où une bague contenant une petite, mais coûteuse, pierre précieuse était parfaitement assortie à la chaîne qui pendait à son poignet fin. Ce bracelet était d'ailleurs un cadeau qu'elle adorait énormément. Ses amis vietnamiens avaient bon goût et heureusement. Elle ne s'imaginait pas une seule seconde porter un bijou qu'elle ne trouvait pas beau... Que ce soit un cadeau ou non. En entendant que l'Allemande évoquait le fait qu'elle enseignait la botanique, Blanche comprenait pourquoi les ongles de cette dernière était dans un état pareil. Ils étaient courts, incroyablement courts. Ce qui était parfaitement compréhensible car cette femme travaillait sûrement la terre régulièrement. En réalisant cela, la Frenchie était heureuse d'enseigner les Sortilèges. En effet, plonger ses jolies mains dans la boue, avec les vers de terre, n'était pas une activité qui l'attirait.


« Vous enseignez la botanique ? J'aime les belles plantes mais malheureusement pour elles, je n'ai pas la main verte. » Avoua-t-elle sans honte « Vous avez devant vous la nouvelle enseignante en Sortilèges de Poudlard ! » Ajouta-t-elle d'un ton badin. « D'ailleurs je me demande à quoi ressemble cette école. Lorsque j'étais encore étudiante, certains professeurs aimaient nous répéter que Beauxbâtons était l'école la plus belle et la plus impressionnante. »

Observant droit dans les yeux sa collègue, Blanche se demandait pourquoi cette dernière n'en faisait pas de même. En effet, le regard de l'Allemande était comme attiré par une partie de sa robe. Sa manche gauche plus précisément. Finalement, cette bonne femme, qui s'habillait assez simplement, avait l’œil. Elle devait sûrement avoir remarqué les manches de cette robe qui étaient particulièrement originales et élégantes... Comme toute la robe d'ailleurs. En se baladant en Italie l'année dernière, la Française avait eu un réel coup de cœur pour cette robe cousue main. Elle avait alors dépensé une fortune pour pouvoir l'avoir dans son armoire. La mordue de shopping ne regrettait pas son achat. Elle était flattée qu'Ellen apprécie sa robe. Cependant, elle n'appréciait pas qu'on ne le regarde pas dans les yeux lorsqu'on partageait une discussion avec elle.

« Êtes-vous également pressée de voir Poudlard pour la première fois ? Vous êtes sûrement Allemande, vu votre nom de famille. » Dit-elle en espérant capter l'attention de sa collègue. En réalisant que sa mission était un échec, Blanche vira son regard vers sa manche en continuant son monologue. « Je suppose que vous n'avez pas suivi votre scolarité à Poudl.. » Elle ne termina pas sa phrase et arrêta de respirer par la même occasion.

Une fourmi, encore une ! Elle se baladait tranquillement sur la manche de sa robe. Cette fois, la jeune femme n'avait pas lâché de cri et heureusement d'ailleurs. Elle ne voulait pas être ridicule devant sa collègue. Une seule solution s'offrait à elle : tuer cette maudite fourmi. Elle avait été gentille de quitter l'ancien compartiment sans en écraser une seule, mais actuellement elle ne pouvait pas rester une seule seconde de plus avec cette bête et ses petites pattes. En réalisant que la bestiole approchait de sa main, elle secoua cette dernière. La fourmi tomba au sol et avant qu'elle puisse réagir, la bestiole rencontra le talon fin de l'escarpins de Blanche.

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Si Ellen avait entendu les pensées saugrenues de sa collègue, elle aurait sûrement ri au nez de celle-ci – ou du moins, s'en serait moquée intérieurement, les normes de la vie en société ne permettant pas de telles bravades. Croire qu'elle s'intéressait à cette robe abominablement extravagante relevait d'une telle bêtise que c'en devenait presque drôle. Pas que l'habit soit exécrable, loin s'en faut : la Muller savait quand même distinguer un vêtement de qualité, aux textures nobles et à la coupe élégante, d'un chiffon misérable sans attrait ; mais apprécier, c'était une autre affaire. Pour elle qui s'était toujours contenté de l'essentiel en la matière, la simple idée de se pâmer devant le chic de son interlocutrice ne lui avait pas même traversé l'esprit.

Quoique partiellement attirée par le marathon de l'insecte sur ladite robe, et franchement désintéressée du blabla insignifiant de son interlocutrice, Ellen, polie, écoutait. Elle apprit ainsi que Blanche n'avait absolument pas la main verte – ce qui, pour dire la vérité, ne l'étonnait pas des masses –, et que cette même Blanche était professeure de sortilèges, matière qui, pensa pernicieusement Ellen, lui convenait parfaitement, puisqu'elle n'avait aucunement à se mouiller : juste se contenter d'agiter sa baguette pour donner l'exemple et réciter un bavardage sans grand intérêt à ses élèves comme elle le faisait ici et maintenant. (Mauvaise foi, quand tu nous tiens !)

Alors que le monologue de Blanche prenait un détour des plus ennuyeux, à savoir la beauté de telle ou telle école – chose, si l'on est un tant soit peu pragmatique, bien dérisoire en comparaison de la qualité de l'enseignement –, l'attention de la botaniste fut soudain ravivée par les propos de sa collègue. En effet, cette dernière, parfaitement apte à mettre les pieds dans le plat sans en avoir conscience, venait d'insinuer avec raison qu'Ellen, qui avait été jusqu'à maquiller en partie son véritable nom pour se fondre dans la masse, était allemande. Mais la jeune femme n'eut pas le temps de s'en formaliser, ni même de contredire cette pure vérité, que sa lumière de collègue trouvait un nouveau moyen de l'irriter en écrasant de son talon indécemment haut la fourmi qui grimpait sur sa manche quelques secondes plus tôt. Ce qui, on peut s'en douter, donna à Ellen une nouvelle raison de la déprécier. Parfait ! Cet olibirus lui avait enfin donné une raison d'être désagréable, autant en profiter.


« Vous avez eu raison d'écraser cette fourmi, je ne connais pas de bestiole plus encombrante ! De vraies plaies, déclara-t-elle d'une voix subtilement affligée, se demandant si Blanche saurait relever la pique. »

Elle ne comptait pas comptait pas trop là-dessus, mais si cette femme avait réussi à se faire accepter dans une école aussi prestigieuse, elle devait au moins avoir un gramme de bon sens. Dans ce cas-là, était-il intelligent de lancer ainsi les hostilités ? Sûrement pas. Sauf que la bombe était lancée à présent, et Ellen, même si elle le voulait, aurait été bien en peine de la désamorcer.

« La vérité est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »

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Après avoir écrasé une dernière fois l’innocente fourmi, Blanche croisa ses jambes avec élégance et riva son regard vers sa nouvelle collègue. Cette dernière commençait sérieusement à l’agacer. La nouvelle enseignante de Poudlard ne comprenait pas pourquoi certaines personnes restaient muettes face à d'autre. Cette attitude était tout simplement impolie pour la femme raffinée qu’était la Française. Surtout que Dame Tourmaline savait que sa collègue l'écoutait. La mordue de mode était très observatrice et elle avait remarqué qu'Ellen Muller avait été gêné.... Lorsqu'elle avait évoqué sa nationalité. Blanche devinait alors assez facilement que sa collègue n'aimait pas qu'on soit au courant de ses origines. Ce qui faisait rire intérieurement la française car elle ne connaissait pas un nom de famille qui rappelait plus l’Allemagne que Muller.

Pendant que Blanche se demandait pourquoi certaines personnes n'étaient pas fière de leurs racines, la bouche d'Ellen était sur le point de s'ouvrir. En réalisant que l’enseignante de botanique était sur le point de prendre enfin la parole, Blanche fût certaine que son interlocutrice allait répondre à ses questions car pour la jeune femme il était tout simplement impensable de ne pas répondre à une ou plusieurs questions. C’était digne d’un troll des montagnes et non de sorcier ou de moldu. C’est sûrement à cause de cette conviction qu’un sourire naïf se forma sur les lèvres de la femme aux cheveux blonds. Au fur et à mesure que les paroles sèches d'Ellen arrivait à ses oreilles, le sourire de Blanche disparaissait de ses lèvres.


*Quelle impolitesse !* Pensa-t-elle en lançant un regard noir à madame-j-aime-les-fourmis.

Ellen Muller avait un énorme problème avec les autres, Blanche en était désormais certaine. En réalisant cela, une idée germa dans son esprit. La Française quitta sa banquette pour fouiller dans son sac avec un sourire mauvais sur les lèvres. Elle était certaine que l'insociable pensait qu'elle allait la laisser tranquille en quittant le compartiment... Ce qui n'était pas du tout dans les plans de l'enseignante en sortilèges. Elle plongea son bras dans son petit sac à main en était contente d'avoir utilisé le sortilège d'Extension sur ce dernier. Elle n'imaginait pas une seule seconde comment elle pouvait emmener autant de maquillages, crèmes, foulards, bijoux et livres en si peu de bagage... sans ce sortilège. Ce sortilège faisait d'ailleurs partie de ses préférés. En mettant la main sur le livre qu'elle cherchait, Blanche retourna à sa place avec élégance.


« Effectivement, ce sont de véritables plaies... Comme tant d'autres. » Dit-elle en plantant son regard turquoise dans celui menthe à l'eau de son interlocutrice.

Le regard que venait de lancer Blanche voulait clairement dire que les fourmis n'étaient pas les seules plaies dans ce compartiment. Elle était certaine qu'Ellen Muller allait comprendre le message.


« Connaissez-vous Albert Jacquard ? C'est un écrivain moldu particulièrement talentueux. » Ajouta-t-elle en montrant la couverture du livre qu'elle avait en main. « Je peux vous prêter ce livre, si vous le souhaitez. Il va sûrement vous être utile. »

Sur la couverture du livre, le titre de ce dernier était marqué en gros et en gras : Moi et les autres : L'art de la communication et des relations individuelles. Le titre de ce livre faisait clairement comprendre à l'amoureuse des plantes que pour Blanche... Elle avait un énorme travail à faire sur elle-même. La Française était certaine que sa petite provocation allait faire réagir Ellen et qu'elle n'allait pas du tout apprécier cela. Cependant, l'enseignante en sortilèges en avait rien à faire. La femme raffinée ne pouvait pas rester de marbre face à cette femme qui était particulièrement désagréable avec elle. Non, Dame Tourmaline n'était pas le genre de femme qui se laissait marcher sur les pieds.

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Ellen n'eut pas le temps de s'amuser du visage outré de sa collègue, que cette dernière s'empressait de se lever, sûrement au prix d'un effort surhumain pour soulever cette robe d'apparence inutilement encombrante. Contrairement à ce qu'elle pensait, la demoiselle avait assez de jugeote pour comprendre le double sens de ses précédents propos, en témoignait la mine pincée qu'elle arborait en recherchant un objet quelconque dans un sac dont la profondeur paraissait inexplicablement infinie. Peut-être pensait-elle que refaire son maquillage déjà impeccable lui permettrait de sauver le peu d'amour propre qui lui restait ? En la voyant se lever, la botaniste avait espéré que son interlocutrice voulait quitter le compartiment ; pour son malheur, cette option, qui restait la plus sage, ne semblait pas faire partie des projets de la française. Comme si cette pénible situation n'avait pas assez duré ! *Vous avez raison Blanche, autant continuer à faire semblant de s'apprécier l'une l'autre tout en discutant de choses dont l'intérêt est aussi limité que celui de vos cours de sortilèges.*

C'est alors que Blanche la surprit – et c'est un euphémisme. Lorsqu'elle eut enfin fini de fourrager dans son sac, un livre dans les mains – il lui arrivait donc de lire entre deux sorties shopping –, elle lâcha une réplique d'apparence futile, mais qui était indubitablement adressée à la jeune femme en face d'elle, et qui ne collait définitivement pas avec ses manières de mijaurée. Ce brusque accès de provocation aurait sûrement amusé Ellen s'il ne lui avait pas été directement adressé. Le point positif, c'était qu'elle n'aurait pas à aller voir Monsieur Mystère, allias Andrew Gardner, pour lui signaler que le professeur de Sortilèges qu'il avait choisi était une évaporée dont les cours se résumeraient davantage à du néant qu'à un quelconque apprentissage. En tous les cas, si Ellen n'avait pas pris la peine d'argumenter le précédent monologue de Blanche, elle comptait bien rappeler à la demoiselle qu'on ne la traitait pas impunément de plaie ambulante.

Mais voilà que la française faisait les présentations, lui servant par la même occasion une nouvelle pique, et non des moindres. La Muller mit quelques instants à comprendre où elle voulait en venir, quelques instants de paix relative durant laquelle elle resta dans un flou passablement opportun. Lorsqu'elle saisit, ce n'est pas l'agacement qui fit son chemin en elle, non. C'est de la colère, une colère parfaitement contenue mais bien là, derrière ce visage perpétuellement placide. Quand son oncle Kurt lui reprochait ce fameux défaut, chaque fois elle l'acceptait et lui assurait qu'elle ferait de son mieux – même si jamais, pas une seule fois, elle ne lui avait promis. Quand ses amis, lors de ses études, l'en blâmaient, elle avalait, difficilement certes, la pilule. Seulement, cette situation était différente. Car Blanche ne faisait pas ça pour l'aider, au contraire, elle cherchait à la rabaisser, comme l'avait fait Ellen tout au long de cette conversation en somme.


« Félicitations Blanche, vous venez de prouver que vous n'êtes pas aussi bête que vous le paraissez. Mais croyez-moi, cela ne vous a pas rendu plus intelligente. »

Oui, Ellen était vexée. Elle n'était pas susceptible pourtant, et il était probable que par la suite, elle regretterait de s'être laissée atteindre par Blanche. Cependant, à cette heure, seule l'habitait le désir brûlant de riposter, coûte que coûte.

« Quant à votre livre... Je vous en prie, gardez-le. J'aurais trop peur de le salir avec de la terre ou quoi que ce soit d'autre, agréa-t-elle ensuite. (Ce qui était un pur mensonge, la botaniste prenant soin comme personne de tous les ouvrages entrant en sa possession.) Mais comme vous cherchez à m'aider, je vais vous rendre la pareille : jetez cette robe affreuse et cessez donc de faire votre princesse. Vous valez mieux que ça. »

Sur ces paroles qui auraient sûrement le don de faire dresser les cheveux sur la tête de Blanche tant elles étaient crues, Ellen rendit son livre à sa collègue, se demandant si celle-ci allait quitter la banquette molletonnée ou répliquer encore une fois. La balle était dans son camp.

« La vérité est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »

« Il voyage plus vite celui qui voyage seul »  Privé 

Contrairement aux apparences, Blanche Tourmaline était loin d'être une personne hypocrite. La Française était peut-être habituée aux réceptions mondaines où les sourires faux et les poignées de main trop forcées étaient monnaie courante. Cependant, lorsqu'elle n'appréciait pas quelqu'un, elle ne se gênait pas pour le faire comprendre. Surtout lorsque la personne en question la provoquait ouvertement. C'était d'ailleurs une partie de sa personnalité qui gênait énormément son père et ça depuis le début de son adolescence. Il ne comprenait pas pourquoi sa fille aînée n'arrivait pas à se taire face à une personne qu'elle n'appréciait pas. Monsieur Tourmaline ne tolérait pas en général les femmes qui osaient donner leur avis ou pire qui remettaient un homme à sa place... Cela expliquait sûrement pourquoi il était content de ne plus voir Blanche depuis plusieurs années. Plus personne ne jetait ses plans à l'eau désormais et le ridiculisait lui et son nom pendant des réceptions très importantes pour lui et ses affaires.

En remarquant le regard noir que lui lançait Ellen Muller, l'enseignante en sortilèges de Poudlard oublia son père et préféra planter son regard dans celui de sa collègue. Apparemment l'Allemande n'avait pas du tout apprécier le fait que la Frenchie propose ce livre. C'était intéressant selon l'amoureuse des sortilèges, elle savait désormais deux choses très importantes : Ellen Muller n'aime pas qu'on évoque sa nationalité et encore moins son côté insociable. La partie concernant les relations de l'enseignante en botanique et les autres intéressaient plus Miss Tourmaline. Cela prouvait clairement qu'Ellen devait sûrement travailler sur cette partie de sa personnalité. Elle devait alors faire des efforts pour être plus sociable. Finalement, la Française venait de froisser plus ce qu'elle imaginait sa collègue... En choisissant ce livre et non un autre dans son sac à main. Alors qu'Ellen Muller était sur le point de prendre la parole, Blanche qui était de nature bienveillante se demandait si elle n'était pas allée trop loin. Certes, la jeune femme aux cheveux blonds ne se laissait pas faire, mais elle n'avait pas l'habitude d'être aussi blessante dans ses paroles... Surtout avec une personne qu'elle connaissait depuis quelques minutes.

Au fur et à mesures que les paroles blessantes d'Ellen Muller arrivaient aux oreilles de la Française, toutes nuances de culpabilité disparaissaient de son esprit. Blanche se rappelait qu'elle pouvait être blessante avec les personnes qui lui manquaient de respect. Surtout lorsque ces personnes en question sous-entendait qu'elle était une idiote alors qu'elle était une personne particulièrement cultivée.


« Je ne suis pas surprise d'apprendre que vous n'ayez pas de goût. »
Dit-elle en regardant de bas en haut sa collègue. « Je suis pourtant légèrement étonnée d'apprendre que vous êtes le genre de personne trouvant intelligent d'attaquer le physique d'une autre... Vous valez mieux que ça.» Ajouta-t-elle en étant cassante tout en répétant les derniers mots de l'Allemande.

Cette femme elle ne pouvait définitivement pas la voir. Lorsqu'elle attaquait quelqu'un verbalement, Blanche ne s'abaissait jamais à critiquer le physique. C'était selon-elle les personnes n'ayant pas d'arguments qui faisaient cela. Oh, oui évidemment, une mordue de shopping comme elle pouvait remarquer que tel ou tel personne ne s'habillait pas forcément à son avantage. Cependant, elle ne se permettrait jamais d'utiliser ce détail dans une dispute. Ils valaient rien selon-elle. Cela expliquait sûrement pourquoi l'enseignante en sortilèges avait pointer du doigt le côté insociable d'Ellen Muller et non les vêtements que l'Allemande portait actuellement qui respiraient la banalité selon-elle.

*Je n'arrive pas à croire que cette sorcière vient de qualifier ma robe d'affreuse.* Pensa-t-elle en rangeant le livre dans son sac à main avec force signe de son agacement.

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« Il voyage plus vite celui qui voyage seul »  Privé 

Si Blanche croyait que ses premières paroles allaient blesser Ellen, elle se trompait complètement : qu'on la critique sur son manque de goût, dérivé directement de son inintérêt en ce domaine, ne la touchait pas le moins du monde. Elle avait parfaitement conscience de s'habiller de manière on ne peut plus simple, et, en toute franchise, cela lui convenait parfaitement. Pas plus d'une fois elle n'avait ressenti le besoin de se parer de fanfreluches et de froufrous, pas plus que de se peinturlurer le visage et les ongles ou de redonner un nouvel éclat à ses cheveux blonds vénitiens, qu'elle coupait elle-même à la moldue dès qu'ils se faisaient un peu trop longs. (Elle n'avait jamais essayé de le faire avec sa baguette, et ne comptait pas s'y atteler. Inutile de jouer avec le feu, ou plutôt, en l'occurrence, avec cette magie capricieuse dont elle était pourvue.) L'intérêt de passer des heures devant son miroir à se chouchouter lui échappait totalement, tout comme celui de parcourir les boutiques à la recherche d'une nouvelle paire de chaussures. Sa valise ne comportait que des vêtements épurés et confortables, et pas une seule fois il ne lui était venu à l'esprit d'emporter la seule robe qu'elle ait acheté au-delà de ses dix ans, celle dont ses "amies" lui disaient qu'elle lui allait à ravir mais à laquelle elle ne trouvait aucun intérêt. Faire des efforts pour son paraître, très peu pour elle. En fait, faire des efforts tout courts n'était pas une activité courante chez la Muller. Et cette rencontre désastreuse en était un bon exemple.

Pour en revenir à l'instant présent... Si les premières paroles de la Française ne blessèrent pas le moins du monde Ellen, la suite de ses propos furent en revanche plus difficiles à avaler. En témoignait le visage de la botaniste, qui fronça les sourcils, abandonnant le masque de marbre qu'elle arborait depuis le début de cette rencontre. Cependant, elle n'était pas prête de perdre cette joute tacite consistant à faire sortir l'autre de ses gonds avant soi, surtout pas alors que son "adversaire" était une des personnes les plus abominables qu'elle ait jamais rencontrées. Et ce n'était pas peu dire. Mais le pire dans cette histoire, c'était sans doute que cette femme avait raison : Ellen n'aurait jamais dû se complaire à critiquer le physique de sa collègue, et ce même si cette dernière lui avait cherché des poux auparavant. Ce n'était pas digne d'une Müller.

En temps normal, elle se serait excusée. Aurait admis avoir fait une erreur, se serait inclinée en toute modestie devant le reproche de Blanche. Leur différent n'en aurait pas été aboli pour autant, impossible, et pourtant. Seulement, et c'est peut-être l'Ellen d'avant l'accident qui refaisait soudain surface en elle, mais elle ne desserra pas les dents. Comme si son orgueil revenait au grand galop au détriment de son humilité, face à cette mégère qu'elle ne pouvait plus voir en peinture. Alors elle ne s'excusa pas, non, elle ne fit rien de ce genre. Elle riposta encore une fois, rassemblant toute l'antipathie que lui inspirait le visage de la femme en face d'elle.


« Je suis comme vous, je frappe là où ça fait mal. Ne vous étonnez pas si je critique ce qu'il y a apparemment de plus cher à vos yeux alors que vous vous permettez de me donner des leçons sur ma façon de me comporter. Vous avez voulu me donner un conseil, je n'ai fait que vous rendre la pareille. Maintenant, si vous voulez bien quitter ce compartiment, j'aimerais me reposer avant d'arriver à Poudlard, assena-t-elle d'une voix glaciale, les yeux rivés dans ceux de Blanche Tourmaline. »

Elle en avait assez des faux-semblants, assez des piques déguisées. Cette hypocrisie ambiante en devenait écœurante, et si aucune ne se décidait à mettre les pieds dans le plat, qui sait combien de temps ce dialogue de sourds allait-il durer ? Encore une fois, il n'était pas du goût d'Ellen de dire les choses aussi rudement, sans la moindre once de subtilité, mais la colère semblait la changer d'une manière radicale. Ou plutôt, la ramener à ce qu'elle était enfant. A croire que cette partie d'elle ne s'était pas toute à fait éteinte... Du moins pas encore.

« La vérité est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »

« Il voyage plus vite celui qui voyage seul »  Privé 

En voyant les sourcils de l'Allemande se froncer, un air satisfait se dessina sur le visage pâle de Blanche Tourmaline. Le professeur de sortilèges venait de titiller voir de blesser une fois de plus Ellen Muller et elle en était satisfaite. Depuis le début de son adolescence, la Frenchie avait cette facilitée à deviner les différents points sensibles des personnes qu'elle côtayait. Plus les années passaient et plus elle était précise et cassante. Il lui arrivait d'utiliser cette qualité, qu'elle appelait parfois en rigolant "don", uniquement avec les personnes qui l'insupportaient. La sorcière aux cheveux blonds venait d'utiliser deux fois ce don sur la même personne en moins de dix minutes. Désormais elle en était certaine : Ellen Muller était sa pire ennemie à Poudlard... Enfin elle l'espérait. Sinon cela signifiait que ses collègues étaient encore plus insupportables que cette insociable. Chose qui semblait impossible pour la femme raffinée qu'était la jeune femme.

Pendant que Blanche se rappelait que rien n'était impossible, le professeur de botanique prenait une fois de plus la parole. En entendant la première partie de son monologue, un sourire satisfaisait se forma sur les lèvres de la Française. Cette sorcière pensait vraiment avoir touché un point sensible en disant que sa robe n'était pas à son goût ? Elle l'avait légèrement touchée oui c'était vrai. Blanche n'aimait pas qu'on se moque de ses tenues. Cependant, cette sorcière l'avait blessée en sous-entendant qu'elle n'était pas intelligente. Mademoiselle Tourmaline était persuadée que l'Allemande n'avait pas remarqué ce détail qui était pourtant important.

Les épaules fines de la Française se haussèrent malgré-elle. Ellen Muller n'était pas la première et sûrement pas la dernière qui était persuadée que Blanche était une femme uniquement superficielle. C'était d'ailleurs mieux ainsi. Oui, elle adorait jouer cette carte. Si les personnes qui souhaitaient la blesser étaient persuadés qu'attaquer sa coiffure ou ses vêtements étaient la meilleure façon de l'atteindre... Ils ne risquaient pas de pointer du doigt ces véritables points sensibles.


« Nous sommes enfin d'accord.» Dit-elle en se levant avec élégance. «Je préfère largement continuer ce voyage seule plutôt qu'en votre compagnie.» Ajouta-t-elle en sortant sa baguette. « Levitare. Je vous souhaite un bon voyage. »

Portant du bout des doigts son sac à main et la tête haute, Blanche Tourmaline se dirigea vers la sortie du compartiment. Alors qu'elle ouvrait la porte de celui-ci, la Frenchie jeta un dernier regard noir à Ellen Muller.
*Je déteste cette sorcière.* Pensa-t-elle

Le professeur de sortilèges quitta ensuite le compartiment avec sa valise qui la suivait derrière-elle en flottant dans les airs. Blanche décida de s'installer le plus loin possible du professeur de botanique de Poudlard. Ce qui expliquait sûrement pourquoi elle venait de traverser trois wagons avant de pénétrer dans un compartiment. Après avoir vérifié qu'aucune fourmi n'était présente dans ce dernier, elle s'installa sur la banquette et déposa sa valise en face d'elle. Elle termina le voyage jusqu'à Poudlard en lisant toujours le même livre et en tentant d'oublier sa rencontre avec Ellen Muller.

Reducio
Fin du RPG.

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