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Vers les étoiles de Poudlard  PV 


Joy enfila son pyjama et ses pantoufles en poussant un long soupir qui se voulait las. Elle s'arrêta devant le miroir de sa salle de bain, se frotta les yeux, tapota deux fois sur ses joues, passa une main dans ses cheveux blonds encore dégoulinant d'eau. Ses doigts rencontrèrent des dizaines de nœuds qui la firent grimacer. Elle s'accroupit, ouvrit un tiroir bleu pâle et attrapa son peigne, se lançant dans une bataille acharnée contre sa chevelure indisciplinée. Après cinq minutes de froncements de sourcils et de grognements agacés, elle dut s'avouer vaincue. Joy rangea sa brosse à cheveux à sa place puis referma le tiroir avec son pied en lui tirant puérilement la langue. Elle quitta sa salle de bain, qui s'était presque transformée en sauna étouffant ; les vapeurs n'avaient pas encore totalement disparu et venaient, ça et là, embrumer le miroir. La jeune fille appuya sur l'interrupteur de la pièce, éteignant ainsi la lumière, sans se soucier des gouttes d'eau que ses cheveux blonds faisaient tomber sur son pyjama.

Lorsque Joy descendit les escaliers qui menaient au salon où était rassemblée sa famille, elle faillit glisser et elle réprima une injure de justesse. Elle posa ses yeux fatigués sur l'horloge qui était accrochée au mur ; il était vingt-deux heures douze. Le moment qu'elle attendait depuis des semaines allait bientôt arriver ! Nous étions la veille du premier Septembre et Joy n'avait jamais attendu la rentrée des classes avec tant d'impatience. Elle retrouverait Poudlard, l'école dont elle s'était languie dès qu'elle l'avait eu quittée. Elle savait qu'une fois dans le Poudlard Express, sa famille lui manquerait. Pour l'instant, elle ne s'en préoccupait guère et préférait se réjouir d'avance des nombreux moments de bonheur dont elle allait pouvoir profiter. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres malicieuses tandis qu'elle s'approchait du canapé pour s'affaler aux côtés de sa grande sœur.


« Jo', tes cheveux..., marmonna sa mère entre ses dents. Je t'ai dit mille fois de les sécher. Tu vas attraper un rhume. »

L'intéressée haussa les épaules, nullement préoccupée par ce risque. Depuis qu'elle connaissait le monde magique, certaines choses lui semblaient dérisoires ; pouvait-on vraiment considérer qu'un rhume était dangereux, quand on savait que certaines personnes étaient « dresseurs de dragon » ? Diana se pinça les lèvres mais n'insista pas, n'aillant probablement pas envie de se batailler avec sa fille quelques heures avant le grand départ. Joy se tourna vers sa sœur, les yeux brillants et le visage réjoui. Avant qu'elle n'ait pu dire un mot, Evelyn ricana :

« Dès demain, on va enfin être tranquilles, tu te rends compte ? On n'aura plus à supporter tes jacassements à propos ton école, quel bonheur ! Tu as bien mis tout ce qu'il te fallait dans ta valise, hein ? Ce serait bête que tu fasses un scandale parce que tu as oublié ta brosse à dents. »

Passant outre le sarcasme de son aînée, Joy prit quelques secondes pour réfléchir à sa question. Finalement, elle fit non de la tête et confirma qu'elle n'avait rien oublié. Elle ajouta ensuite qu'elle allait passer une année exceptionnelle et elle leur promit de leur écrire très souvent. « J'vous enverrai des lettres tous les jours ! », alla-t-elle jusqu'à affirmer, et un sourire fleurit sur les lèvres de son père qui savait pertinemment qu'elle ne s'y tiendrait pas.

« J'espère bien !, rétorqua Evelyn. Et n'hésite pas à nous fournir un maximum de détails. Je veux avoir l'impression d'être à Poudlard rien qu'à la lecture de tes lettres. »

Joy hocha vivement la tête et se tourna vers ses parents qui la fixaient d'un air attendri. Elle sentit une boule se former dans son ventre lorsqu'elle prit conscience qu'elle ne les verrait plus pendant de longues semaines. Elle faillit dire quelque chose mais Diana la devança ;

« Allez, maintenant, va te coucher. Et n'oublie pas ; ne fais pas trop de bêtises et sois respectueuse envers tes professeurs et tes camarades. Si tu pouvais arrêter de te mettre à dos tous ceux que tu croises, ça nous rassurerait... »

La jeune fille étouffa un rire à la remarque de sa mère. Son caractère parfois hautain et son enthousiasme fatigant n'avaient pas plu à tout le monde ; Joy avait raconté ça à sa famille avec légèreté, pensant que ça ne les dérangerait pas. Mais ses parents avaient été outrés de savoir qu'elle ne s'entendait pas avec tout le monde et qu'il lui arrivait de lancer certaines piques à d'autres élèves. La Serdaigle considérait qu'il n'y avait pas de quoi en faire un drame mais depuis, Diana et Stephan lui rabâchaient toujours la même chose ; sois polie et ne te fais pas d'ennemis. Pour la énième fois, Joy tenta vainement de rassurer ses géniteurs sur ce point :

« M'man, vraiment, faut qu't'arrêtes de t'en faire pour ça. Les ennemis, c'est comme le calamar géant, les Gryffondor, le Quidditch, les cours de Sortilèges ou les effractions dans le bureau de Rusard : c'est pas toujours très cool, mais ça fait partie de Poudlard. »

Elle se leva sous le regard ahuri de ses parents et de sa sœur. Elle leur déposa un baiser sur la joue à chacun avant de grimper les escaliers quatre à quatre. Juste avant de franchir la dernière marche, elle ajouta :

« Et moi, j'aime Poudlard dans son entièreté ! »

Toujours bouche bée, Diana se tourna vers son mari et lui dit :

« Je rêve ou elle vient de nous dire qu'elle s'est introduite dans le bureau du concierge ? »


La famille Wedenjack était généralement ponctuelle. Ce jour là avait été une des rares exceptions. Ils s'étaient tous levés tôt, comme à leur habitude, pour emmener la cadette à la gare de King's Cross. Ça avait tourné au drame lorsque Joy s'était rendue compte que, comme l'avait prédit sa sœur, elle avait bel et bien oublié quelque chose ; sa baguette magique. Après une fouille intégrale de la maison, quelques hurlements, de nombreux reproches, un stress intense, la baguette de Joy avait enfin été retrouvée ! Juste derrière la cuvette levée des WC. Evelyn avait eu un fou-rire mais les adultes étaient restés diablement sérieux et s'étaient demandés comme leur fille avait fait pour perdre un objet d'une telle valeur à cet endroit là. Joy avait répondu qu'elle avait complètement oublié, ce qui était vrai.

Suite à cet épisode, la petite tribu avait enfin pu démarrer dans une ambiance tendue. Son père était au volant et malgré les multiples tentatives de Joy pour détendre l'atmosphère, le voyage s'était déroulé dans un silence pesant. Ils avaient peur de ne pas arriver à l'heure, angoisse que la Serdaigle comprenait et partageait. Tous savaient que le Poudlard Express ne les attendrait pas et qu'ils avaient intérêt à mettre le turbo si ils ne voulaient pas que Joy loupe le train. Stephan se gara vite et mal en faisant fi des klaxons qui résonnaient. Ils descendirent tous de la voiture, traversant la gare en courant et passant inaperçus dans cette effervescence générale. Juste avant de traverser le mur magique, l'Écossaise serra chacun des membres de sa famille dans ses bras. Diana l'embrassa sur le front et la dernière chose que Joy eut fait avant de se rendre sur la voie 9 ¾ eut été de poser sa main pâle sur le ventre légèrement arrondi de sa mère.

Le Poudlard Express était là, royal et bruyant. Sachant qu'elle n'avait pas une seconde à perdre, Joy s'y engouffra et put enfin laisser un soupir de soulagement s'échapper de ses lèvres. Elle ne l'avait pas loupé. Environ quarante secondes plus tard, elle sentit que le train s'ébranlait et elle vacilla légèrement dans les couloirs de son wagon. Elle regardait par toutes les fenêtres mais les compartiments ne semblaient occupés que par des personnes qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'avait pas envie de connaître. Finalement, elle aperçut une cabine dans laquelle était assis une seule personne ; un garçon, apparemment plutôt jeune. Joy n'aimait pas beaucoup leur compagnie, qu'elle trouvait gênante, mais elle décida tout de même à entrer. De toute façon, si elle ne se plaisait pas avec cet élève, elle aurait vite fait de s'en aller pour trouver un autre compartiment. Elle poussa la porte avec un petit haussement d'épaules.


« Bonjour, dit-elle sobrement. »

Cette salutation classique n'était qu'un avant goût bien fade du vrai caractère de Joy, qu'elle n'allait pas tarder à révéler. Bavarde et curieuse. Elle s'assit sur la banquette face au jeune garçon et enchaîna :

« J'm'appelle Joy Wedenjack. Désolée d'être entrée comme ça, sans prévenir, mais y'avait plus d'place et j'avais pas envie de beaucoup marcher. Tu m'en veux pas ? »

La question était rhétorique ; le garçon aurait aussi bien pu répondre qu'elle le dérangeait que ça n'aurait rien changé aux yeux de Joy. Elle avait trouvé un compartiment plutôt tranquille et si elle désirait y rester, elle y resterait. L'Écossaise rangea sa valise dans l'endroit qui était prévu pour ça avant de se tourner à nouveau vers l'autre élève.

« Tu es en première année ? »

Elle avait un peu mal au dos mais elle ne jugea pas utile de le faire savoir.

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

Vers les étoiles de Poudlard  PV 

Plus tôt dans la matinée

« Vous avez pas vu le chat ? Il est où ?» 

« Là où tu l'as mis, Tyr !» 

Le soleil commençait à peine à pointer le bout de son nez, perçant le ciel gris d'Edimbourg. Et dans la maison des Uynauge, on s'activait précipitamment. Les habits de Tyr volaient à travers les étages pour atterrir dans la malle qui se trouvait dans le salon, obéissant à la baguette d'Augusta. Owen s'affairait à relire et vérifier la liste des fournitures. Et le garçon, lui, était penché sur le canapé et regardait si Ojcu, son animal de compagnie, ne s'était pas réfugié en dessous. Alors que le Gryffon avait la tête à l'envers, il entendit un miaulement. Il releva la tête et découvrit un matou gris aux yeux d'ambre, qui le regardait d'un air... De cet air félin où vous pouvez contempler dans les iris ce mélange de supériorité, de fierté et d'amusement.

« Sur la valise, toi ! Et que ça saute !» 

Le chat obéit, non sans lancer un dernier cri à son maître. Il alla se coucher sur la nouvelle tenue de Quidditch que ses parents lui avaient offerts pendant l'été. En plus de son passage en deuxième année, il avait été nommé nouveau capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Et il comptait bien faire taire les élèves détracteurs de ce sport qui animait Poudlard chaque année. Sa mère descendit quelques minutes plus tard, arracha la liste des mains d'Owen qui éclata de rire, la lança dans la malle et la verrouilla d'un coup de baguette.

« Attends, Ojcu !» 

Augusta fronça les sourcils. Elle ouvrit le bagage, attrapa le chat par le cou – qui s'était endormi – et le lança sur le sofa. Il atterrit mollement mais ne sembla pas en être dérangé. Tyr regarda sa mère d'un œil mauvais – quand bien même elle n'appréciait pas Ojcu, ce n'était pas une raison pour jouer au volley avec !

« Tu ne le met pas en cage ? » 

« Pourquoi faire ? » 

Elle leva les yeux au ciel, se tourna vers Owen, qui acquiesça en silence. Il se saisit de la valise et sortit de la maison, suivit d'Augusta et de Tyr, qui portait toujours son chat endormi dans ses bras.

Dans le wagon

Ils s'étaient laissés sur le bord de la gare. Tyr avait au final été obligé d'enfermer Ojcu dans une cage, raison de "sécurité". Mais où étaient les dangers ? C'était juste un chat ! Et hop, le matou s'était retrouvé enfermé dans le wagon réservé aux animaux. Au milieu de chouettes puantes, de rats pestiférés. Vivement la fin du trajet, ce serait l'occasion de laver l'animal. Tyr avait toujours trouvé inutile le fait de partir d'Ecosse pour arriver à Londres et prendre un train qui le renvoyait en Ecosse. C'était dommage qu'on ne puisse pas accéder au château par la voie des airs, en balai volant.

Alors que Tyr était sur le point de s'endormir – le voyage était, pour ne pas être vulgaire, excessivement long, la porte du compartiment s'ouvrit. Une fille qui devait avoir l'âge du Gryffon se tenait dans l'encadrure. Tyr n'avait jamais vu des cheveux aussi blonds. Elle s'avança.

« Bonjour, J'm'appelle Joy Wedenjack. Désolée d'être entrée comme ça, sans prévenir, mais y'avait plus d'place et j'avais pas envie de beaucoup marcher. Tu m'en veux pas ? » 


Joy Wedenjack. Le garçon avait déjà entendu ce prénom quelque part. N'occupait-elle pas un rôle important chez les Serdaigle ?

« Salut. Moi, c'est Tyr. Tu peux rester, je sais ce que c'est de marcher alors que l'envie n'est pas là.» 

La nouvelle venue alla placer sa valise en hauteur, puis elle revint à Tyr.

« Tu es en première année ? » 

Il était si petit que ça ?

« Non, en deuxième ! Comme toi, si je ne me trompes pas. Je suis à Gryffondor.» 


S'efforçant de ne pas paraître vexé, le Gryffon invita la jeune fille à s'asseoir. Elle n'avait sûrement pas besoin de son accord, mais il essayait de paraître le plus poli possible. Hors de question de se faire une ennemie alors qu'il n'avait même pas débarqué au château.


« Et toi à Serdaigle, non ? Je crois avoir déjà entendu parler de toi... » 

En effet, Dylan, l'ami de Tyr, évoquait souvent sa rivalité avec une jeune fille de la Maison Bleue et Bronze, rivalité qui s'était développée au détour d'un couloir. Le cadet avait bien mémorisé l'histoire de son aînée pour s'efforcer de ne pas reproduire la même erreur.

« Pas trop triste de quitter les vacances ?»  demanda le Gryffon sur un ton aimable. Autant faire connaissance, à présent que le train était parti pour de longues heures de trajet.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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Cette douleur au dos, caractéristique des vieilles personnes mais en réalité fréquentes chez tout le monde, venait de la lancer une deuxième fois. Joy eut une moue contrariée et elle se contorsionna un peu bizarrement, pour que sa main droite atteigne l'endroit où son t-shirt recouvrait ses omoplates. Elle appuya dessus et, sentant que sa douleur ne s'intensifiait pas, elle cessa son manège pour poser son regard sur le jeune élève, toujours assis sur sa banquette. Elle essayait d'évaluer ce garçon, de le sonder, d'imaginer quel était son caractère et quels seraient ses prochains propos. Joy n'étant ni médium, ni pourvue d'un instinct exceptionnel, elle ne pouvait pas tout connaître des gens par un simple échange de regards. Mais elle essayait quand même, dans une tentative qu'elle savait pertinemment vaine.

Ce prénommé Tyr l'avait cordialement invitée à rester, ce à quoi Joy répondit par un signe de tête et un sourire gratifiant. Elle-même n'aurait peut-être pas accepté la présence du premier venu, si elle s'était trouvée dans un wagon seul. En fait, la jeune Wedenjack était du genre à se comporter en fonction de la « tête du client » ; elle se montrait plutôt agréable avec ceux qui lui inspiraient naturellement confiance, et était parfois injuste envers les autres. Son avis pouvait changer par la suite, évidemment, puisqu'elle n'était pas bornée au point de camper sur ses positions après avoir simplement jugé quelqu'un d'un premier coup d'œil. Le seul domaine dans lequel elle n'exerçait pas cette partialité, c'était lorsqu'elle occupait ses fonctions de préfète. Depuis qu'elle avait ce poste, elle s'imposait quelques règles strictes qu'elle s'efforçait de respecter : 1) tu ne puniras pas quelqu'un juste parce que sa tête le rend suspect, 2) tu n'abandonneras pas les charges contre quelqu'un en tort juste parce qu'il t'impressionne et 3) tu ne te sentiras pas supérieure aux autres juste parce que t'es préfète. Concernant le point 3, elle y travaillait encore, puisqu'elle avait tendance à se montrer hautaine, mais peut-être était-ce simplement dans sa nature.

Ledit Tyr, donc, qui faisait partie de ces personnes que Joy appréciait sans les connaître, était en deuxième année. À Gryffondor, de surcroît. Durant sa première année, l'Écossaise avait développé une certaine antipathie envers la plupart des Gryffondor qu'elle avait rencontrés. Cependant, elle pensait sincèrement qu'ils n'étaient pas tous des cas perdus et elle refusait de détester Tyr sous le seul prétexte qu'il était dans la maison des Rouges. En fait, elle voyait même dans cette rencontre l'occasion de réviser son jugement sur eux. Au fond, le courage n'était-il pas une qualité qu'elle admirait et enviait ?


« Et toi à Serdaigle, non ? Je crois avoir déjà entendu parler de toi... »

Joy eut un sourire qui vacillait entre la fierté et l'amusement. Lorsque quelqu'un lui disait qu'il la reconnaissait, elle avait un picotement au ventre, qui venait lui rappeler qu'elle avait acquis un rôle plutôt important ; qu'elle n'en était plus réduite au stade de « je fais mes devoirs et je la boucle », qu'elle avait enfin su amasser assez de courage pour sortir de sa torpeur et montrer ses qualités au monde, tout autant qu'elle avait dévoilé ses défauts à la vue de tous. Joy, bien qu'elle eut une profonde affection pour les personnes discrètes, était particulièrement heureuse de la place qu'elle avait su se faire, à Poudlard.

« Ouais. Serdaigle. Si t'as entendu parler d'moi, j'imagine que c'est parce que j'suis préfète-en-chef. Après la démission d'Amaëlle Nelly. Ou alors..., elle s'interrompit et laissa un sourire clairement amusé naître sur ses lèvres. Peut-être que Dylan Swanson, ton préfet, t'a fait de grandes éloges à propos d'moi. Ça m'étonnerait pas. Il m'admire. »

À moins que quelqu'un n'ait fait boire une drôle de potion à Dylan Swanson, il était presque certain que celui-ci ne l'admirait pas. Au contraire, Joy était quasi-sûre qu'il la détestait, ce qu'elle lui rendait bien. Cependant, elle ne démentit pas ses propos, curieuse de voir si Tyr saurait déceler la vérité ou s'il allait vraiment gober cette énormité. Joy aimait laissait planer ce genre de mystère, surtout lorsqu'il était à son avantage.

Pendant qu'elle avait déballé tout son baratin, Joy s'était confortablement installée sur la banquette face à Tyr. Elle était désormais occupée à refaire son chignon, les sourcils froncés et les yeux fixés sur les paysages qu'elle voyait défiler par la fenêtre.


« Pas trop triste de quitter les vacances ? »

Son ton étant clairement celui que quelqu'un abordait lorsqu'il souhaitait faire la conversation, l'Écossaise ne se méfia pas et lui sourit légèrement. Elle prit un ton qui n'avait rien de moqueur ou de hautain pour lui répondre ;

« Pas les vacances, non. J'préfère être à Poudlard que m'ennuyer chez moi. Par contre, un peu triste de quitter ma famille, mais bon... »

Elle haussa les épaules.

« On s'écrira. Et puis on s'reverra dans pas longtemps. Et toi ? »

Juste avant que Tyr n'ait pu répondre, elle murmura pour elle-même :

« On a déjà passé un an là-bas... Trop bizarre. »

Reducio
Titi (...), je suis vraiment désolée pour ta couleur qui n'est pas du tout ressemblante, mais... si tu savais combien d'heures j'ai passé à chercher quelque chose qui me convenait ! (Oui, je te le jure, ça se compte en heures. À la fin, j'avais des envies de meurtre envers la couleur turquoise.)

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

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Le truc avec les maisons de Poudlard, c'est que vous étiez répartis en fonction de vos qualités et de votre personnalité. Comme ça, vous vous retrouvez avec des gens qui vous ressemblent, et c'est bien connu, qui se ressemble s'assemble. Mais le souci, c'est que ce système vous rappelle que vous n'êtes pas dotés de toutes les bonnes qualités. Si on suivait ce principe, Tyr, ayant fini à Gryffondor, n'était ni rusé, ni loyal, et était dépourvu de logique. Intérieurement, il espérait que ce n'était pas le cas, mais il n'avait jamais eu l'occasion de prouver ses capacités. Et surtout, il ne savait toujours pas pourquoi le Choixpeau l'avait envoyé chez les rouges...

Joy avait accepté l'invitation du jeune Gryffon et s'était assise sur la banquette qui se trouvait en face de lui. Tyr avait presque complètement oublié durant les vacances qu'elle était l'une des deux préfètes-en-chef. D'ailleurs, le nom de la seconde lui avait échappé. Inutile de le demander à la Serdaigle, cela ne ferait que donner une piètre image de sa personne, et il pouvait bien attendre d'être arrivé et grappiller l'information en salle commune.

Restait que Tyr avait entendu parler d'une élève de la maison bleue et bronze qui portait un jugement particulièrement sévère sur le Quidditch. Les joueurs des différentes équipes s'accordaient en général pour dire qu'elle devait être renvoyée de l'école, ou au moins attachée à l'anneau de dix-neuf mètres de haut pendant une saison entière. Peut-être qu'il s'agissait de Joy.


«Des éloges, c'est le mot. Tu sais, tu dois être la seule personne envers qui Dylan est froid et distant. Tu peux en être fière... j'imagine. »
  dit Tyr avec un sourire.

En effet, à chaque fois que le nom de la préfète-en-chef était évoquée en salle commune, le visage de son ami se crispait et sa voix baissait en intensité. Cela avait le don d'amuser Tyr, qui ne voyait là qu'une simple dispute sans importance. Lui-même ne s'était jamais disputé avec personne à Poudlard. Dans le château, il était facile d'éviter une personne en cas de désaccord avec elle, ce n'était ni la place, ni les couloirs qui manquaient. Et bon, l'usage courant de la magie dans les règlements de compte – en duel ou en Bombabouses dans les oreillers - dissuadait plus d'une personne de chercher la petite bête chez les autres.

« Pas les vacances, non. J'préfère être à Poudlard que m'ennuyer chez moi. Par contre, un peu triste de quitter ma famille, mais bon... » 

Tyr cligna des yeux, surpris. Elle préférait Poudlard et elle était triste de quitter sa famille ? Pourtant, de nombreux élèves se fondait ce qui était comme une seconde famille au sein du château pour combler le manque. Le Gryffon ignorait d'où provenait Joy dans le Royaume-Uni, mais, si comme lui, elle venait d’Écosse, elle pouvait bien se dire que sa famille n'est jamais loin, et que ce n'est qu'une année à passer sans les voir. Tyr doutait fortement que les parents de la Serdaigle l'abandonne complètement durant sa scolarité, sans lettres ni nouvelles de leur part.

« Oh, de toutes façons, elle ne va pas t'oublier. Et dis-toi que ça fera plus de discussions aux prochaines vacances ! » répondit le garçon.

Il jeta un coup d’œil à la fenêtre. Le paysage avait changé : de Londres et ses champs de blé dorés, ils étaient passés aux collines vertes du Yorkshire. Le ciel s'était empli de nuages gris. Tyr espérait qu'il n'aurait pas à subir les intempéries à l'arrivée, il n'avait pas vraiment envie de passer l'intégralité de la cérémonie de répartition dans une robe de sorcier trempée. Alors qu'il commençait à rêvasser du banquet de rentrée, la jeune fille le ramena à la réalité.

« On s'écrira. Et puis on s'reverra dans pas longtemps. Et toi ? » 

« J'sais pas vraiment. D'un côté, j'suis content de revenir à Poudlard, revoir la salle commune et ses habitants, recommencer la métamorphose et le Quidditch, tout ça tout ça. Mais d'un autre, comme je ne reverrais pas mes parents à ce Noël, j'aurais bien aimé passer un peu plus de temps avec eux... ».

En effet, Owen et Augusta allaient devoir s'absenter durant tout le mois de décembre. Ils partaient en France pour « régler quelques petites affaires, rien de grave ». Tyr l'avait deviné, c'était pour essayer une nouvelle fois de soigner sa mère. Il entendait encore son père qui lui disait : « Tu sais, garçon, nous devons partir un mois entier et ce serait te faire manquer un nombre de jours d'école non négligeable. », mais compris par Tyr comme « ça va déjà pas être facile pour moi, alors je veux pas que tu viennes, tu ne ferais que gêner et il y a des choses que tu ne dois pas savoir ». Cela le dérangeait à moitié. Il allait devoir rester à Poudlard durant l'hiver, et il avait entendu de nombreuses éloges sur les fêtes de fin d'année au château. Il ne s'inquiétait donc pas vraiment.

« Bref, c'est pas trop grave. Des choses de prévues cette année ? Du Quidditch, une coupe des Quatre maisons, peut-être ? » demanda Tyr avec son habituel sourire provocateur.

Tyr vit là le moyen de savoir si Joy était bien la Serdaigle détractrice du Quidditch. Il voulait savoir où se trouvaient les limites de la Serdaigle, pour animer un peu la discussion. Il espérait juste ne pas les avoir déjà dépassées.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

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Joy, et elle en était la première surprise, était devenue sociable. C'était un fait inéluctable, une chose qu'elle avait naturellement apprise au fil des mois, un comportement qu'elle avait adopté et avec lequel elle était familière. Elle n'avait plus besoin de se forcer pour saluer une connaissance ou pour faire en sorte qu'une conversation ne s'éteigne pas. C'était une faculté qu'elle avait étonnement acquise et dont elle ne saurait plus se dépêtrer ; elle lui était devenue indispensable. La jeune Wedenjack était intimement convaincue que les gens pouvaient changer, qu'ils n'étaient pas obligés d'éternellement rester comme leur entourage les avait toujours connus. Même quand tout espoir semblait irréel et que le changement paraissait être au-delà du réalisable, on pouvait se forger une nouvelle personnalité, un nouveau caractère, voire même une vie complètement différente. À force de volonté, des miracles pouvaient se produire.

Bien qu'elle crut véritablement en ces nobles pensées, Joy n'avait pas été victime d'un miracle causé par une volonté sans faille. À vrai dire, elle n'avait jamais vraiment eu l'envie de changer ; elle se complaisait dans son attitude terne et sa vie morne. Elle n'était pas du genre à prendre des riques, préférant se terrer dans la sécurité et fuir l'inconnu. Poudlard avait été son sauveur ; la petite fille sérieuse et introvertie avait laissé place à une jeune fille bavarde, à l'aise avec les autres, qui assume ses actions au risque d'en déplaire à certains. Pourtant, et malgré sa tendance à braver le règlement, aucune maison n'aurait pu mieux lui seoir que Serdaigle.

Que voilà de bien grandes tergiversations pour dire que Joy, si menue et frêle qu'elle était, n'était ni gênée, ni effrayée, ni lasse de la présence de Tyr. En entrant dans ce compartiment, elle avait envisagé de le quitter parce qu'elle nourrissait une certaine réticence quant au fait de se trouver en la seule présence d'un garçon. Cependant, ce Gryffondor semblait sympathique, pas tellement turbulent, et – Merlin soit loué – il n'avait pas l'air dépourvu de neurones, ce qui lui permettait de tenir une conversation normale. Lorsque Joy avait évoqué le phénomène nommé « Dylan Swanson », elle avait été franchement curieuse quant à la réaction de Tyr. Après tout, qu'est-ce qui lui disait que Tyr et Swanson ne se connaissaient pas ? Peut-être qu'ils étaient les meilleurs amis du monde et que, d'une seconde à l'autre, son camarade de compartiment allait lui annoncer d'un ton sec qu'il la trouvait hautaine, ridicule et enfantine. Joy aurait alors souri sardoniquement, se serait armée d'une remarque blessante, aurait à nouveau entamé une querelle avec un Gryffondor puis aurait passé le reste du voyage à ruminer contre les idiots de Poudlard.

À la place, Tyr, qui semblait effectivement connaître Swanson, lui affirma qu'elle pouvait être fière de recevoir la haine si précieuse du préfet des Rouges. Joy n'avait jamais vu leur mésentente sous cet angle, mais ça lui plaisait. Était-il si difficile de s'attirer les foudres de son collègue ? Elle l'avait toujours perçu comme un élève virulent, ignorant et inconscient. Mais peut-être qu'elle ne l'avait juste pas rencontré au bon moment, et qu'elle se trompait en faisant une fixette sur sa première impression. Elle haussa les épaules, se disant que s'il y en avait un en tort dans cette histoire, il ne s'agissait certainement pas d'elle-même.

Heureusement, ils avaient embrayé sur un tout autre sujet. Joy, les yeux toujours perdus dans le paysage défilant, écouta attentivement la réponse de son interlocuteur :


« J'sais pas vraiment. D'un côté, j'suis content de revenir à Poudlard, revoir la salle commune et ses habitants, recommencer la métamorphose et le Quidditch, tout ça tout ça. Mais d'un autre, comme je ne reverrais pas mes parents à ce Noël, j'aurais bien aimé passer un peu plus de temps avec eux... »

Même si sa curiosité était éveillée, Joy garda le silence. Lorsque quelqu'un évoquait sa famille, et plus particulièrement lorsqu'il laissait vaguement sous-entendre qu'il était question de problèmes familiaux, mieux valait ne pas insister. Si Tyr avait eu envie de s'éterniser sur le sujet, il lui aurait fait comprendre. À la place, il enchaîna :


« Bref, c'est pas trop grave. Des choses de prévues cette année ? Du Quidditch, une coupe des Quatre maisons, peut-être ? »

Un sourire ironique se dessina sur les lèvres de la jeune Wedenjack, qui tourna son regard vers Tyr d'un air mi-amusé, mi-étrange. Vous savez, c'était ce genre d'expression que vous abhorrez sans vous en rendre compte ; et quand quelqu'un vous dit « eh, tu fais souvent cette tête-là », vous ne voyez pas de quoi il veut parler et vous échouez lamentablement lorsque vous essayez de la reproduire.

« T'sais, moi, la Coupe ne m'intéresse pas tant qu'ça... J'essaie de me motiver, parce qu'il faut bien que je le fasse, vu que j'suis préfète. Mais j'suis pas sûre que ça soit vraiment une bonne idée. Enfin, j'veux dire... »

L'éloquence n'avait jamais été une qualité qu'on pouvait attribuer à Joy. Certes, elle parlait – beaucoup –, elle baratinait même, et elle prenait facilement la parole en public. Mais cette capacité ne signifiait pas que ses phrases étaient toujours très réfléchies, sans interruption ou sans mot parasite tels que « genre », « enfin », « bon », « bref », et tous ceux qu'on dit lorsqu'on veut essayer de tempérer un discours.


« Ben, tu vois, pour moi, ça fait que renforcer la compétition entre les maisons. Déjà qu'il y en a qui trouvent n'importe quel prétexte pour s'battre... J'comprends qu'ça puisse en motiver certains à bien s'comporter, mais quand même. On dirait qu'la coupe, c'est une espèce de trophée unique alors que ça r'commence tous les ans. »

Elle fit une pause, jetant un regard hésitant à Tyr, avant de reprendre :

« Alors non, personnellement, j'ai pas spécialement envie d'l'avoir. Mais j'suis sûre que les Serdaigle seraient contents, alors j'vais faire d'mon mieux. »

Elle porta une main à sa bouche et toussa, puis elle s'étira en détournant une nouvelle fois son regard vers la fenêtre. Sans toiser son interlocuteur, elle s'attaqua au sujet qui risquait de poser problème :

« Quant au Quidditch... Si tout l'monde pouvait prendre conscience que ce sport est fait pour les tarés, ça m'ferait plaisir. J'te jure, faut vraiment être atteint pour vouloir y jouer... t'es pas d'accord ?, demanda-t-elle sans pour autant reporter ses yeux sur Tyr. Y'a des gens qui trouvent qu'le foot c'est trop dangereux... s'il voyaient ça. »

Elle ricana, dévia une nouvelle fois son regard pour fixer le Gryffondor, et se demanda si elle ne venait pas de rater une occasion de la fermer.

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

Vers les étoiles de Poudlard  PV 

« Tu sais, même si ça recommence tout les ans, j'ai pas prévu de passer ma vie à Poudlard. Et c'est justement ce qui fait notre école : on nous met en concurrence dès le début. Et je trouve ça plutôt bien, comme ça vu que chaque maison est censée avoir ses spécialités bah c'est plus facile de s'intégrer à l'intérieur de sa maison. Tu vois, à Gryffondor, on réalise tout nos défis sans broncher, et j'suis sûr que tout les Poufsouffles sont des grands fans d'endives. Vous devez bien avoir une espèce de signature, à Serdaigle, non ? »

Heureusement qu'aucun d'entre eux ne se trouvaient dans le même compartiment que les deux élèves, Tyr aurait pu avoir quelques problèmes avec ses camarades jaune et noir, bien gentils, mais sûrement sensibles sur ce sujet. Les Gryffons avaient raflé de nombreuses coupes dernièrement et Tyr comprenait que Joy puisse tenter de changer de discussion. Il décida de ne pas continuer sur sa lancée et de laisser sa phrase en suspens.

Ils avaient quitté le Yorkshire et traversaient à présent une forêt sombre et dense emplie de pins et de chênes. Ils étaient peut-être entrés en Écosse, mais il était impossible de voir au-delà de la lisière. Tyr scrutait les buissons, espérant qu'il en sortirait une laie suivie de ses marcassins ou encore un renard qui viendrait courir à côté de leur wagon... L'année dernière, le voyage avait été moins fructueux en animaux, et Tyr espérait ne pas devoir contempler le même voyage monotone tout les ans.

« Quant au Quidditch... Si tout l'monde pouvait prendre conscience que ce sport est fait pour les tarés, ça m'ferait plaisir. »

Tyr ne put se retenir et éclata de rire. Touché, bingo, en plein dans le mille. Il avait vu juste, il s'agissait bien de Joy. Fidèle à sa haine envers le Quidditch, la Serdaigle avait été franche avec lui. Et il serait franc avec elle.
Le Quidditch, c'était plus qu'un sport. C'était là que deux pays pouvaient régler leurs différents de manière pacifique – si l'on peut utiliser le mot '' pacifique '' même lorsque le gardien vient de se manger un joueur –, là que les pires ennemis pouvaient se retrouver sous la même bannière. Que l'on apprécie pas le sport en lui-même, avec les balais et toutes ces balles, Tyr pouvait l'accepter. Mais de là à comparer tout les joueurs et même leurs supporteurs à des tarés, bien que ce soit réellement le cas de certains, c'était aller trop loin.


« J'te jure, faut vraiment être atteint pour vouloir y jouer... t'es pas d'accord ? »

Le Gryffon n'avait jamais vraiment réussi à répondre aux gens avec qui il avait des différents en utilisant la diplomatie. C'est peut-être ce qui faisait de lui un Gryffon, après tout : son franc-parler. La dernière fois, il avait en toute arrogance menti et détourné une situation en faveur de son innocence avec un préfet, et il ne s'était arrêté qu'avec l'intervention de l'éternelle petite voix dans sa tête qui lui chuchotait de stopper les dégâts ici. Il faudrait qu'il pense à la remercier un jour.

« Là, c'est le moment gênant où je te dis que je suis le gardien de l'équipe de Gryffondor, qu'il me semble aux dernières nouvelles que je ne suis pas '' atteint '' mais que je te comprends tout à fait quant au fait que tu puisses ne pas aimer le Quidditch. »

Le garçon avait choisi ses mots avec soins comme il ne l'avait jamais fait, même si cela était loin d'être suffisant. Jusque là, la discussion s'était plutôt bien déroulée, si on prenait en compte le fait que Joy n'appréciait pas les Gryffons en général et qu'elle souhaitait au plus profond d'elle-même l’annihilation complète et totale du Quidditch. Tyr ne souhaitait pas que le dialogue parte dans tout les sens.

« Ah, et c'est quoi le foot ? »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Vers les étoiles de Poudlard  PV 

Dans la vie, il existe des personnes qualifiables de « moyennement appréciables ». Vous vous rencontrez, bavardez un peu, échangez quelques banalités, souriez hypocritement. Quand tu fais le bilan de cette rencontre, tu te dis qu'elle était banale et qu'elle ne marquera pas ton esprit. Sans pour autant détester cette personne, tu es loin de la porter dans ton cœur. Elle te passe au-dessus, comme qui dirait. Tu ne lui voues pas une haine incommensurable, mais si tu la croises par hasard, tu feras semblant d'être ravi de la revoir. Joy ne faisait pas du tout partie de la catégorie des gens moyennement appréciables. Avec elle, c'était tout ou rien. Tu la détestes ou tu l'adores. À la limite, elle te laisse un arrière-goût positif ou négatif. Mais il n'y a pas de juste milieu.

Ce phénomène était facilement explicable ; tout était de la faute du comportement de Joy. Lorsqu'elle rencontrait quelqu'un, elle se montrait très attachante ou insupportable. Lorsqu'elle haïssait quelqu'un, elle ne le faisait pas à moitié ; elle puisait dans ses derniers retranchements pour pourrir la vie de l'inconscient qui s'était attiré ses foudres. Mais lorsque quelqu'un lui inspirait confiance, lorsqu'elle lui portait une certaine affection (souvent inexpliquée), alors elle la comblait de petites attentions. Elle la faisait rire, la consolait, lui offrait plein de cadeaux pour son anniversaire. L'amie parfaite et l'ennemie qu'on ne peut pas encadrer. En apparence, tout du moins... parce que d'un côté comme de l'autre, elle avait ses limites. Amie idéale, mais jusqu'à quel point ? Joy avait un fond égoïste. S'il lui était demandé de choisir entre sa peau ou celle d'un être cher, le choix serait vite fait. Avec beaucoup de remords, évidemment, mais elle n'irait pas jusqu'à se sacrifier pour un ami. Quant à l'inimitié... elle était odieuse du moment que ses propos ne risquaient pas de trop blesser son interlocuteur.

Tyr Uynauge était bien parti pour faire partie de ces gens envers lesquels Joy se montrait affectueuse et complice. Pourtant, son statut de « garçon de Gryffondor » n'avait pas joué en sa faveur. Et si Joy avait su qu'il était également capitaine des Red Lights, elle ne l'aurait peut-être même pas abordé... Ce qui aurait été une erreur regrettable. Ce fameux Tyr allait-il devenir une exception parmi les fréquentations amicales de Joy ? Ça aurait probablement pu être le cas, si la préfète ne venait pas de l'insulter involontairement. Sans réfléchir, elle avait déclamé toute sa haine du Quidditch et se retrouvait dans une position particulièrement inconfortable. Le jeune garçon était Capitaine, pas du tout taré (Joy esquissa une grimace lorsqu'il lui fit cette remarque) mais compréhensif quant au point de vue engagé de l'Écossaise. Il eut le bon sens d'orienter la conversation sur un sujet différent, sûrement pour éviter qu'une dispute éclate entre eux.


« Oh... Petit moment de réflexion. C'est compliqué à expliquer. C'est un peu comme le Quidditch, mais sans les balais, sans les cognards et sans l'vif d'or. Les joueurs courent après un ballon qu'ils doivent mettre dans des buts. »

Joy fronça les sourcils pendant qu'elle réfléchissait. Comment faire pour que Tyr comprenne le fonctionnement du football ? Elle tenta de détailler ses explications, pour deux raisons ; répondre correctement à la question du Gryffondor et, surtout, éviter qu'un silence gênant ne s'installe.

« Il y a plein d'règles que presque personne ne connaît. Un peu comme pour le Quidditch, d'ailleurs. C'est hyper populaire, chez les Moldus. Ils adorent. Ils ont des tas d'autres sports, mais 'faut croire qu'le foot est indétrônable. Si ça t'intéresse, tu pourras poser des questions à Wilson Kingson, de Serpentard. Il est fan. »

Wilson était un ami de Joy qui, effectivement, adulait ce sport Moldu. La Serdaigle, pour sa part, le trouvait particulièrement ennuyeux. Dans sa famille, personne n'avait d'affinité avec le football. Elle n'avait jamais eu à subir de longues soirées devant une télévision affichant des joueurs, deux buts et un ballon.

« Tes parents sont tous les deux sorciers, je suppose ? »

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.

Vers les étoiles de Poudlard  PV 

« C'est un peu comme le Quidditch, mais sans les balais, sans les cognards et sans l'vif d'or. »

Tyr ouvrit grand la bouche, signe d'incompréhension totale chez lui. Du Quidditch. Sans balais. Sans cognards. Et sans vif d'or. N'importe quoi, les Moldus marchaient sur la tête. C'était comme une raclette sans pommes de terre, ou une pizza avec de l'ananas. Du grand. N'importe. Quoi. Sans cognards, comment mettre les autres joueurs hors d'état de nuire ? Le ballon devait sans cesse passer d'un camp à un autre, et les matchs devaient être terriblement longs ! Quoique, si il n'y avait pas de vif, le match ne s'arrêtait peut-être pas... Bizarre.

« Si ça t'intéresse, tu pourras poser des questions à Wilson Kingson, de Serpentard. Il est fan. »

Le Gryffon nota le nom dans un petit coin de sa tête, comme il en avait l'habitude lorsque l'on évoquait devant lui un nom totalement inconnu au bataillon. Ses relations avec les Serpentard étaient... vides. Inexistantes. Les seuls élèves de la maison verte qu'il avait rencontré étaient en réalité des binômes pour les devoirs – et ceux-là étaient déjà très rares. Oh, bien sûr, ce n'était pas eux qu'il fallait blâmer, bien au contraire... Tyr se rappelait d'un Serpentard qui lui avait dit bonjour, au détour d'un couloir, l'année dernière. Pris de panique, le garçon s'était laissé envahir par sa timidité, et avait couru sur le reste des étages qui séparaient le lieu de la rencontre de la salle commune. Maintenant qu'il y repensait, dans le train, Tyr sentait le sang affluer à ses joues. Aujourd'hui, il avait changé. Peu, mais juste ce qu'il fallait. Il baissa la tête, en espérant que Joy ne le remarque pas. S'il devait tout ressasser, son ego en prendrait un coup.

Ils ne devraient plus tarder à arriver, à présent. Le train roulait depuis... trop longtemps au goût du Gryffon. Il était pressé de débarquer dans le dortoir pour s'approprier le lit à côté de la fenêtre – et damer le pion à Dylan qui voudrait sûrement l'occuper aussi, sortir et ranger ses affaires, puis placer la valise en dessous du lit et ne plus la revoir jusqu'au mois de juin suivant.


« Tes parents sont tous les deux sorciers, je suppose ? »

Changement de sujet réussi.

« Oui. Mon père était à... Poufsouffle, je crois, et ma mère à Serpentard. Ou l'inverse. Tout ce que je sais, c'est que personne n'a été à Gryffondor dans la famille. »

On le lui avait suffisamment répété. Le seul, l'unique, le meilleur – car le seul – Gryffondor. Tyr n'avait jamais vraiment compris s'il s'agissait d'un compliment ou d'une remarque désagréable. Il ne faisait pas attention aux commentaires, pas plus qu'il n'avait fait attention au discours sur le Quidditch de Joy. Il vaut mieux entendre qu'écouter, dit-on.

Tyr croisa les jambes. La prochaine fois, il viendrait à l'école à balai, ou même à pied. Mais tout sauf le Poudlard Express, qui, comme tout les train d'ailleurs, donnait l'impression d'aller vite alors qu'il mettait des heures à arriver à sa destination, le tout dans une chaleur suffocante et un brouhaha sans fin, avec une excitation presque palpable à cause de la rentrée. Sur son balai, il serait bien plus tranquille...

Mais sur le balai, il n'aurait pas sympathisé avec une Serdaigle et aurait passé cette année, comme l'année précédente, dans la tour des Gryffondor, à s'adosser à la fenêtre en plongeant son regard dans la vue magnifique mais extrêmement répétitive qu'offrait la fenêtre de leur dortoir...


« Et toi ? Est-ce que toute ta famille est... magique ? »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Vers les étoiles de Poudlard  PV 

En tête des choses que Joy devait apprendre à faire, il y avait « apprendre à se taire, ça pourrait éviter quelques malheureux incidents ». Et, effectivement, Joy aurait eu une vie bien moins mouvementée si elle avait su fermer son clapet de temps en temps. Son inimitié avec Dylan, par exemple, n'aurait probablement pas vu le jour. Elle serait également en bons termes avec Shanti Sadhan. Cependant, Joy n'était aujourd'hui pas d'humeur à regretter le comportement hostile qu'elle avait pu aborder ; elle préférait plutôt se concentrer sur le drame qui venait présentement d'être évité. Après quelques critiques malvenues sur le Quidditch et ses joueurs, elle venait d'échapper de peu à la potence. Il y eut quelques divagations ennuyeuses à propos du football, et désormais, voilà que les deux jeunes élèves discutaient de leurs origines le plus naturellement du monde.

Au-delà de l'inintéressante mention de Poufsouffle et de Serpentard, on pouvait déceler quelque chose de particulièrement perturbant dans les propos de Tyr. Il « croyait » que sa mère avait été à Poufsouffle... ou peut-être à Serpentard, tout compte fait. Il ne savait pas trop, ce qui était éloquent quant aux relations que celui-ci entretenait avec ses parents. Joy ne put s'empêcher d'être curieuse, mais elle fit cependant semblant de n'avoir rien remarqué de suspect ; si Tyr ne s'était pas étalé tout seul sur le sujet, c'était inutile que Joy lui pose des questions. La jeune fille avait pas mal de défauts (on les comptait sur les doigts de quatre mains – au moins), mais elle ne s'immisçait pas dans la vie des gens.

Après quelques instants durant lesquels il parut songeur, Tyr reprit la parole pour questionna Joy qui répondit aussitôt :


« Non. J'connais aucun sorcier parmi les membres de ma famille. Ça a ses bons et ses mauvais côtés... dit-elle en haussant les épaules. Par exemple, j'peux pas demander des conseils à mes parents pour m'améliorer en Potions, mais je peux leur faire croire à peu près n'importe quoi. »

Joy se souvenait du jour où elle avait fait croire à sa famille qu'elle était désormais capable de tous les transformer en souris. En réalité, la jeune sorcière était à des lieues de maitriser la Métamorphose humaine, mais ça, ils n'avaient eu aucun moyen de le savoir. Finalement, et après avoir bien ri, elle avait démenti en s'attirant les foudres de sa sœur qui n'avait pas apprécié que Joy se moque ainsi d'elle.

Les deux enfants continuèrent de parler pendant le reste du trajet, s'étendant sur divers sujets, puis, enfin, le train s'arrêta. Ils se quittèrent à la sortie du Poudlard Express, et Joy prit soin de mémoriser le visage du Gryffondor pour être sûre de pouvoir le retrouver et retourner discuter avec lui plus tard durant l'année.


Reducio
C'est terminé pour moi !
Merci pour cette rencontre (et désolée du retard).

Ils étaient cœur d'œillets, des fleurs face aux fusils,
Enfants du Bataclan, enfants du paradis.