Bureau du concierge

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Ce qui est à moi n'est pas à toi !  Ashley Bones 

L’intercours à Poudlard était un évènement à lui tout seul. D’un coup d’un seul, tous les élèves sortaient de leur salle respective où ils avaient suivi des cours plus ou moins intéressants. C’était un capharnaüm géant où chacun semblait s’y retrouver bon gré mal gré. On y retrouvait les sixièmes et septièmes années, sachant parfaitement où aller et à quelle vitesse avançait pour être ni trop en avance ni trop en retard. À l’inverse, lorsque l’on regardait plus bas, vers le sol, on pouvait apercevoir ces petits êtres qu’étaient les premières années. Ils étaient facilement identifiables, il suffisait seulement de regarder leurs yeux. On y trouvait un mélange de détresse et de confusion. Fragiles comme des insectes au milieu d’un troupeau d’éléphants, ils se faisaient malmener par tous les autres qui n’hésitaient pas à les bousculer, comme s’ils n’existaient même pas. Ce n’était au final que grâce aux professeurs et aux préfets qu’ils ne finissaient pas complètement écrasés par la masse.

En effet, posté à distance égale, les professeurs criaient (il fallait au moins ça pour passer au-dessus du brouhaha ambiant) des instructions et aux élèves et aux préfets ce qui rendait la scène quasi comique. On entendait des « LES PREMIÈRES ANNÉES, PAR ICI », des « MR FININGAN OU ALLEZ-VOUS ? LE COURS EST PAR LÀ ! » ou encore des « JE VOUS AI VU AVEC CE PÉTARD, IL A INTÉRÊT À DISPARAÎTRE AVANT QUE VOUS N’ENTRIEZ EN CLASSE ». Bref, une grande joie. Les préfets tentaient de réguler le trafic, mais la plupart étaient aussi conscients qu’ils ne pouvaient pas être en retard à leur propre cours de sorte qu’ils n’avaient un regard que très lointains de la situation.

Assis sur un banc en bord de couloirs, Noah jetait un œil très amusé à toute cette histoire. Hasard de l’emploi du temps, il avait un trou entre deux matières. Au début, il avait pensé en profiter pour aller réviser son cours de Défense contre les forces du mal, l’épreuve finale arrivant à grands pas, mais, lorsqu’il passa devant le couloir en direction de la salle d’étude, il fut happé par le caractère anarchique de la danse de l’intercours. Il avait réussi à se trouver une place au premier rang sur un des bancs de pierre que l’on retrouvait un peu partout dans l’école. De là où il était, il ne ratait rien, ni les premières années tentant de trouver leur chemin ni les professeurs qui perdaient petit à petit leurs voix.

Dans un geste quasi routinier, il plongea sa main dans la poche extérieure de sa robe aux liserés bleue, couleur de Serdaigle, pour en extirper un étrange objet qu’il affectionnait beaucoup. C’était sa fameuse boîte moldue qui permettait d’écouter de la musique. Il enfonça les deux oreillettes (vendues séparément) dans ses oreilles (sans blague ?!) et connecta celles-ci à la boîte en question. Il tapota rapidement sur le devant le nom d’un artiste, Myron Wagtai l'en l’occurrence (le chanteur des Bizarr » Sister), et la musique se lança. Le rock magique de l’album solo de Wagtail et la chorégraphie chaotique en face de lui se mélangeaient plutôt bien et c’est avec un sourire que le jeune homme continua à regarder ce spectacle.

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Noah avait toujours aimé la musique. C’était d’abord celle de sa mère, les berceuses le soir d’orages ou ses chansonnettes lorsqu’elle était particulièrement heureuse. Par la suite, c’est celle de sa sœur lorsque, dans sa phase d’ado, elle s’enfermait dans sa chambre pour l’écouter au volume maximal. Parfois, il l’entendait venant de dehors, lorsque Londres était l’hôte de quelques festivals. Ses parents l’avaient remarqué et à ses 7 ans ils lui offrirent des cours de piano et un petit objet moldu que son père avait récupéré de l’un de ses collègues du ministère. Quelques jours furent nécessaires pour comprendre le fonctionnent de celui-ci, mais après cela, Noah ne le quittait plus. La petite boîte était devenue plus qu’un trésor, c’était une échappatoire. À chaque fois qu’il se sentait mal, physiquement ou autrement, il s’enfonçait les bouts de plastiques dans les oreilles et disparaissait vers un autre monde. Pour lui, c’était peut-être la plus belle forme de magie, simplement écouter quelque chose et changer de monde.

Son père et son oncle n’étaient pas vraiment contents à l’idée qu’il prenne l’objet à Poudlard. Ils avaient peur de l’image que donnerait un Prince jouant avec des objets moldus. Ils lui avaient confisqué l’avant-veille de son départ ce qui avait causé une crise familiale (elles étaient très rares). Pour la première fois de sa vie, il avait entendu sa mère hausser le ton. Elle était très douce et gentille, elle n’avait jamais questionné les décisions de son frère. Pourtant ce soir-là, Noah l’entendit crier des heures durant, laissant son oncle muet. Il ne savait pas qu’elle pouvait avoir autant d’autorité. Lorsqu’elle entra dans sa chambre, elle avait la petite boîte dans les mains, elle la glissa sous la couette de son lit et embrassa son fils sans un mot. L’objet avait, ce soir-là, pris une place particulière dans le cœur de Noah.

Alors que la frénésie du couloir semblait avoir pris fin, Noah se leva pour aller flâner dans un autre endroit. Il pensa un instant rejoindre le parc pour somnoler quelques minutes sous un arbre puis il se remémora qu’un entraînement de Quidditch devait avoir lieu au même moment. Depuis qu’il était arrivé à Poudlard, il s’était découvert une passion pour ce sport et souhaitait même — secrètement — faire partie de l’équipe de Serdaigle. Il s’engagea ainsi vers la grande porte menant vers l’extérieur du château.

Alors qu’il allait prendre le croisement entre le couloir où il se trouvait et le grand hall, il tomba nez à nez (ou plutôt nez à calvitie) sur le concierge de l’école. Fichtre. C’était un vieil homme au regard tordu. Ses vêtements sentaient toujours quelque chose d’étrange et de déplaisant. Il avait les ongles noirs et le peu de cheveux qui lui restaient sur la tête n’avait pas vu l’ombre d’un peigne depuis bien des années. Il avait la réputation d’être un homme méchant et sadique, on racontait même qu’il cachait des instruments de torture dans son bureau. Ces derniers jours, sa réputation s’était confirmée tant il avait agacé les trois quarts des élèves du château. Pour on ne sait qu’elle raison, il avait distribué réprimandes et menaces à nombres d’élèves, il avait confisqué des centaines d’objets, on dit même qu’il aurait pris le rapeltout d’un professeur un peu tête en l’air. Le croiser ainsi ne pouvait être qu’un mauvais signe.


- « Que faites-vous ici ?  » lâcha-t-il en fixant Noah de son regard malsain.

L’aiglon avait toujours ses oreillettes en place de sorte qu’il ne put entendre les premiers mots du concierge. Rapidement, il arracha celles-ci de ses oreilles et commença à les ranger dans sa poche. C’était sans compter l’expérience du vieil homme qui lui attrapa le bras avant même qu’il ne puisse protester. Les ongles du concierge s’enfonçaient dans la chair de Noah ce qui le fit grimacer.

– « Qu’est ce que c’est que ça ? »  Dit-il en attrapant l’objet de sa main libre.

Perplexe, il fit tourner la boîte sur elle-même pour l’inspecter. C’est alors qu’il entendit le son qui se dégageait de celle-ci. L’éloignant de son visage — il avait peur de tout — il s’écria : 

– « SORCEL… » avant de se raviser. Tout le monde ici pratiquait la sorcellerie. « Ce genre de… de… de… trucs sont interdit dans l’école, je vous le confisque et j’en informerai Madame la Directrice pour qu’elle puisse prendre des sanctions adéquates ! », il plongea l’objet dans une de ses poches.

Noah voulut protester, il était devenu rouge de colère. Il ouvrit la bouche, mais il sentit l’étreinte du concierge se resserrer sur lui. Celui-ci approcha son visage du sien, si proche qu’il pouvait sentir la mauvaise haleine de l’employé de l’école. Il lui lança un regard qui voulait dire « Donne-moi une bonne raison de t’emmener dans mon bureau ». Noah se ravisa, il ne voulait pas vérifier si les rumeurs étaient vraies. Quand le concierge le lâcha enfin (pour se diriger vers une nouvelle victime), le jeune blondinet sentit de chaudes larmes couler de sur ses joues qu’il balaya d’un coup de manche.

Le reste de la journée fut misérable. Il ne pensait qu’à ce qu’il c’était passé et O combien c’était injuste. Il voulait se plaindre aux professeurs, à ses préfètes ou à la directrice de sa maison, mais il avait peur d’envenimer la situation et de ne plus jamais voir son trésor. Il n’avait pas réussi à suivre ses cours de la journée. Il restait le regard dans le vide, les yeux fermés de colère, il s’était vu réprimandé deux fois et n’était pas passé loin de faire perde des points à Serdaigle. Lorsque la fin de la journée arriva, il rentra directement à la salle commune où il s’enfonça dans un des canapés. Il n’allait quand même pas se laisser faire !

Pensif, il développa un stratagème. Il allait demander, gentiment, au concierge de lui rendre sa propriété. Si celui-ci refusait, il allait lui ressortir la liste des objets interdits dans l’école pour bien lui monter qu’il n’y figurait pas. Si le vieil homme se montrait têtu, preuve en main, Noah irait voir sa directrice de maison pour se plaindre. C’est donc remonté comme une pendule et déterminé qu’il s’extirpa du confort chaleureux de la salle pour rejoindre à nouveau les couloirs.

Le bureau du concierge était situé au premier étage, à quelques pas de l’infirmerie. La porte ne payait pas de mine, elle semblait sur le point de s’écrouler sur elle-même. Aucun écriteau, si ce n’est un pauvre morceau de parchemin déchiré épinglé sur la porte, ne désignait la pièce comme étant celle du concierge. Cela montrait bien l’amour que lui portait le personnel de l’école. Lorsque le blondinet fut arrivé devant la porte, il toqua trois grands coups pleins de détermination. Aucune réponse. Il essaya une seconde fois. Rien. Le concierge n’était pas dans son bureau.

Noah n’allait pas bouger de là sans son trésor et rien ni personne ne pourrait l’en empêcher. Il commença alors à faire les cent pas devant la porte comme pour en monter la garde. Une heure passa sans que personne ne vienne à sa rencontre, ni le concierge, ni un professeur, ni même un fantôme. Il commençait à désespérer quand il entendit enfin des bruits pas. Il se posta devant la porte et ferma les points prêts à utiliser tout le courage qu’il avait en lui pour défier le taciturne concierge. S’il avait été plus attentif, il aurait compris que les pas étaient bien trop légers pour être ceux du vieil homme…

Ma couleur : #313654
"Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été" - Albert Camus
• Remplaçant chez les Eclairs •
Les Éclairs, une équipe du tonnerre ! - Lexie Campbell