Entrez dans la danse miss Taylor
Samedi 9 juillet 2044. 14h30.
1.
« Ursula ! »
Elle ne faisait de mal à personne. Les bonbons explosifs de la boutique Weasley, Farces pour sorciers facétieux étaient ses préférés. Elle adorait leur goût acidulé, leurs couleurs pétillantes, et plus encore la façon dont ils gigotaient d’impatience à l’intérieur de leur sachet. C’était plus fort qu’elle. Elle les aimait vraiment. Elle aimait plus que tout les sentir exploser dans sa bouche.
« J’ai dit non ! »
La gifle qu’il lui décolla devant tout le monde lui fit non seulement vriller la tête mais aussi monter les larmes aux yeux. Le coup était douloureux, mais le plus douloureux c’était le silence autour d’eux ; les regards qui la considéraient avec pitié.
Elle n’était qu’une enfant, minuscule, ridicule. Mais elle pouvait deviner la pensée qui traversait la tête de chaque témoin : la pauvre enfant.
*
Pensive, Ursula caressait la bague en argent autour de son index, cadeau de son paternel. Si on pouvait appeler cadeau un objet qu’elle avait obtenu par la force.
— Madame, miss Taylor a été prévenue. Elle est en chemin.
Ursula chassa aussitôt le souvenir de cette gifle mémorable reçue au cours de l’été 2020. Elle remercia le chef de l’unité de réappropriation de l’Histoire d’un mouvement de tête — ce qui signifiait dans le même temps : laissez-moi seule.
La porte claqua doucement derrière elle, peu après.
Seule dans ce cabinet de travail aux murs recouverts de livres enchainés — les goûts du chef de l’unité de réappropriation de l’Histoire en matière de décoration étaient discutables — Ursula pouvait apprécier le silence qui l’entourait. Ce silence délectable, précieux, qui permettait d’apprécier chaque son, aussi insignifiant soit-il. Elle tourna la tête vers l’unique meurtrière de la pièce, les plumes de corbeaux cousues sur les épaules de sa robe émettant un doux chuintement pour accompagner son mouvement. Depuis sa position, on pouvait admirer la surface brillante des pierres noires exposées au soleil, celles qui constituaient les Tour du Jugement et des Manteaux noirs.
Elle sentit son coeur se gonfler de fierté à la vue de ces monuments de pierres. Ils étaient le témoignage qu’elle avait réussi où tant de monde échouait. Une idée n’est rien de plus qu’un murmure du vent si tu ne lui donnes pas corps dans la réalité, lui disait sa mère. Depuis son adolescence, elle avait toujours donné corps à ses idées et elle s’apprêtait, dans quelques instants, à semer le germe d’une nouvelle réflexion.
Deux coups résonnèrent contre la porte.
Ursula s’arma d’un demi-sourire en se retournant. Elle posa sa main sur le dossier de la chaise et glissa la seconde dans son dos raide pour caler sa posture.
— Entrez miss Taylor, dit-elle, droite et élégante, comme à son habitude.
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Elle était affairée à la lecture de divers documents lorsque le chef de l’unité de réappropriation de l’Histoire l’avait fait personnellement demandé dans son bureau. Elle s’était un instant demandé ce qui pouvait bien lui valoir une convocation du genre, mais comme à son habitude elle n’avait pas bronché. Elle avait déposé avec douceur le dossier qu’elle parcourait, avait ajusté son tailleur aussi noir que ses cheveux et elle s’était décidé à aller affronter ce qui l’attendait dans le bureau.
Cela faisait quelques temps qu’elle travaillait dans ce service. Elle avait pris connaissance des actes faits sur le Chemin de Traverse. Avec un regard extérieur et un recul presque froid. Ce n’était pas qu’elle n’en avait rien à faire, juste qu’elle ne se sentait pas réellement concernée par ce qui se déroulait. Pour elle, c’était rien de plus qu’un changement inévitable. C’était en tout cas comme cela que sa mère lui avait présenté les choses.
Et puis, la jeune femme avait avalé les paroles de sa génitrice lorsqu’elle s’était rendue compte que son père – normalement malade – allait beaucoup mieux. Tellement qu’elle le revoyait davantage. Il avait changé de travail, travaillait aussi à la Citadelle. C’était un joli nom, ça chantait sur la langue. Mais Joanne était encore tenue à l’écart des tenants et des aboutissants de chaque chose. Pour elle il n’y avait pas eu de vagues, encore moins des morts. C’était plus un changement politique qu’autre chose.
Elle avait commencé à se poser quelques questions quand elle avait compris qu’elle était chargée du nettoyage des informations dans les dossiers. C’était aussi fastidieux qu’étrange, mais elle obéissait. Déjà parce que si elle avait obtenu cette place, c’était grâce à son père et elle ne comptait très certainement pas le décevoir maintenant qu’elle l’avait retrouvé. Peut-être espérait-elle trouver grâce aux yeux de sa famille ? Cela ne l’empêchait pas, toutefois, de se demander les raisons d’une réécriture de la sorte. Pour autant, elle effectuait son travail sans rechigner. Son père, lui, travaillait dans une autre unité. C’était encore obscur pour la sorcière, tellement qu’elle se surprit à se dire qu’il serait peut-être temps qu’elle s’intéresse à ce qui l’entourait de manière réelle et non avec la froideur qui la caractérisait si bien.
Mais ce n’était pas le moment pour cela. Elle était arrivée devant la porte du bureau qu’elle devait rejoindre. Après un énième passage de sa main dans ses cheveux et un dernier ajustement de son tailleur, la jeune femme frappa deux coups délicats sur la porte. Peu, si ce n’est pas d’attente et une voix féminine qui s’éleva – à la surprise de Joanne – pour lui indiquer d’entrer. Ce qu’elle fit sans tarder, prenant grand soin de refermer la porte derrière elle.
Face à elle, se tenait une femme quelque peu inévitable au sein de la Citadelle. « Miss Parkinson » qu’elle salue les yeux baissés, signe du respect qu’elle voue à sa supérieure. La surprise demeure pourtant dans son esprit, se demandant ce qui pouvait bien lui valoir une rencontre avec la Cheffe du Conseil des Sorciers. Des cheveux couleurs feu qui contrastaient avec la noirceur de sa robe et l’éclat de son regard qui alpague et interpelle. Difficile de fuir ce regard ambre qui la regarde, ni d’éviter les plumes et l’élégance de l’habit qui recouvre la dirigeante de la Citadelle. « Vous m’avez fait demander Miss ? ». Une demande toute en douceur, elle s’interroge sur les raisons de sa présence ici, ses yeux en profitant pour parcourir la décoration quelque peu … particulière … du bureau.
Cela faisait quelques temps qu’elle travaillait dans ce service. Elle avait pris connaissance des actes faits sur le Chemin de Traverse. Avec un regard extérieur et un recul presque froid. Ce n’était pas qu’elle n’en avait rien à faire, juste qu’elle ne se sentait pas réellement concernée par ce qui se déroulait. Pour elle, c’était rien de plus qu’un changement inévitable. C’était en tout cas comme cela que sa mère lui avait présenté les choses.
Et puis, la jeune femme avait avalé les paroles de sa génitrice lorsqu’elle s’était rendue compte que son père – normalement malade – allait beaucoup mieux. Tellement qu’elle le revoyait davantage. Il avait changé de travail, travaillait aussi à la Citadelle. C’était un joli nom, ça chantait sur la langue. Mais Joanne était encore tenue à l’écart des tenants et des aboutissants de chaque chose. Pour elle il n’y avait pas eu de vagues, encore moins des morts. C’était plus un changement politique qu’autre chose.
Elle avait commencé à se poser quelques questions quand elle avait compris qu’elle était chargée du nettoyage des informations dans les dossiers. C’était aussi fastidieux qu’étrange, mais elle obéissait. Déjà parce que si elle avait obtenu cette place, c’était grâce à son père et elle ne comptait très certainement pas le décevoir maintenant qu’elle l’avait retrouvé. Peut-être espérait-elle trouver grâce aux yeux de sa famille ? Cela ne l’empêchait pas, toutefois, de se demander les raisons d’une réécriture de la sorte. Pour autant, elle effectuait son travail sans rechigner. Son père, lui, travaillait dans une autre unité. C’était encore obscur pour la sorcière, tellement qu’elle se surprit à se dire qu’il serait peut-être temps qu’elle s’intéresse à ce qui l’entourait de manière réelle et non avec la froideur qui la caractérisait si bien.
Mais ce n’était pas le moment pour cela. Elle était arrivée devant la porte du bureau qu’elle devait rejoindre. Après un énième passage de sa main dans ses cheveux et un dernier ajustement de son tailleur, la jeune femme frappa deux coups délicats sur la porte. Peu, si ce n’est pas d’attente et une voix féminine qui s’éleva – à la surprise de Joanne – pour lui indiquer d’entrer. Ce qu’elle fit sans tarder, prenant grand soin de refermer la porte derrière elle.
Face à elle, se tenait une femme quelque peu inévitable au sein de la Citadelle. « Miss Parkinson » qu’elle salue les yeux baissés, signe du respect qu’elle voue à sa supérieure. La surprise demeure pourtant dans son esprit, se demandant ce qui pouvait bien lui valoir une rencontre avec la Cheffe du Conseil des Sorciers. Des cheveux couleurs feu qui contrastaient avec la noirceur de sa robe et l’éclat de son regard qui alpague et interpelle. Difficile de fuir ce regard ambre qui la regarde, ni d’éviter les plumes et l’élégance de l’habit qui recouvre la dirigeante de la Citadelle. « Vous m’avez fait demander Miss ? ». Une demande toute en douceur, elle s’interroge sur les raisons de sa présence ici, ses yeux en profitant pour parcourir la décoration quelque peu … particulière … du bureau.
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2.
— Asseyez-vous.
L’invitation se confondait avec l’ordre. Ursula maîtrisait assez bien le jeu des intonations pour que sa voix exprime deux choses à la fois. Ce n’était qu’un détail, au demeurant sans importance. Mais un détail qui avait la vertu de désorienter ses interlocuteurs, qui ne trouvaient alors rien de mieux à faire que d’être sur le qui-vive.
Déboussoler et fixer un nouveau point de repère, songea Ursula en ramenant derrière son dos la main qui était posée sur le dossier de la chaise.
— Un poste de professeur d’étude des runes s’est libéré à Poudlard, annonça-t-elle d’une voix délicate. Vous avez fait vos études supérieures au sein de l’académie d’étude des runes où vous avez montré votre force de caractère et une aptitude certaine à enseigner. Il me semble que c’est là une opportunité que vous ne devez pas manquer, au risque de le regretter toute votre vie.
En l’espace de quelques secondes, elle était parvenue à se faire une idée de Joanne Taylor.
Ce visage n’est qu’une façade, songea Ursula. Froide en apparence, mais brûlante à l’intérieur. Gryffondor ne produit que des femmes de caractère, qu’elles en soient conscientes ou non.
Ursula avait l’impression de regarder un mouton docile qui attendait de savoir à quelle sauce il allait être rôti. Mais seul un serpent comprend que le lion peut prendre plaisir à revêtir une peau plus modeste pour que sa morsure n’en soit que plus mortelle au moment de fondre sur sa proie. Ceci explique pourquoi, dans la nature, le lion est plus souvent mordu par le serpent que l’inverse. Sûr de son avantage, le lion est bien trop fier pour s’être donné la peine d’étudier les plus petites espèces d’aussi près. Les rampantes relèvent de l’insignifiance à ses yeux.
Percer à jour et l’amener à la croisée des chemins, se dit Ursula.
— Vous n’êtes pas ici par conviction, poursuit-elle. Personne ne l’est, car je n’ai encore rien révélé de mes pensées contrairement à ce que certains se plaisent à croire.
Elle fait quelques pas sur le côté, les mains jointes devant elle et le regard porté vers les livres enchaînés au mur.
— Je n’ai pas besoin d’une espionne. Poudlard n’a rien à m’offrir que je n’ai déjà pris. Il me faut en revanche des yeux et une bouche pour regarder et discuter avec Kristen Loewy.
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L’ordre tombe avec une froideur qui ne dérange pas la sorcière, elle s’exécute sans demander son reste. L’intonation utilisée par Miss Parkinson ne laissait que peu de place au doute sur le libre-arbitre de Joanne. Assise sur la chaise, elle ne quitte pas le regard de sa supérieure et attend, sans trop savoir à quelle sauce elle allait être mangée. Elle écoute, sans trop comprendre, les premières paroles d’Ursula. Cette dernière évoque un poste de professeur disponible à Poudlard, le passé de Joanne à l’académie d’études des runes.
Enfin, elle indique qu’il s’agit là d’une opportunité pour la jeune femme, dont les pensées n’ont de cesse de se bousculer. Elle n’était pas prête pour ce genre de révélation. D’une part elle ignorait totalement les recrutements inhérents à l’école de sorcellerie et d’autre part elle s’étonnait que Miss Parkinson en soit informée. Cette femme était impressionnante, elle avait accès à des informations qui surpassaient de loin celles que l’on pouvait trouver dans la Gazette. L’expression « avoir le bras long », pensa Joanne, quand bien même il s’agissait davantage d’immenses tentacules enserrant et étouffant la communauté magique. Mais cela, Joanne l’ignorait totalement.
Et puis ce qui sonne comme une révélation tombe : « Vous n’êtes pas ici par conviction ». La sorcière s’interroge mais son visage reste de marbre. Il ne faut pas montrer ce genre de sentiment. S’il était vrai qu’elle travaillait ici davantage pour faire plaisir à son père et à sa famille plus généralement, il était hors de question de l’avouer à celle qui avait le pouvoir de décision. Ses parents ne s’en remettraient jamais si elle était mise à la porte pour avoir osé dire des choses qu’elle aurait dû tenir secrètes, garder en son sein, bien précieusement. Elle écoute la suite des paroles, se montre avide d’information, pour mieux comprendre ensuite.
Un mouvement sur le côté, les mains jointes devant elle, Ursula Parkinson dévoile le besoin affiché. Elle parle d’espion, de discussion et évoque, pour finir, le nom de la directrice de Poudlard. La bouche sèche et la gorge nouée, la sorcière s’interroge. Pourquoi lui faire part d’un tel besoin ? Ce n’était pas le genre de Miss Parkinson de faire des demandes. En tout cas, c’était ainsi que Joanne s’était imaginée la sorcière. Sans doute à force d’avoir entendu sa mère vanté les multiples qualités de la femme qui lui faisait face.
En tout état de cause, Joanne devait bien admettre que sa supérieure était perspicace. L’étude des Runes avaient toujours été une passion pour la jeune femme, transmettre celle-ci devrait donc être relativement plus facile que procéder à la réécriture de l’Histoire. Dans le premier cas, elle savait pourquoi elle faisait les choses, dans le second, elle comprenait moins mais le faisait par principe, pour être autre chose qu’une bâtarde. Mais il y avait quelque chose d’intriguant aussi, qu’elle ne tarda pas à formuler « Regarder et discuter avec Kristen Loewy ? Que voulez-vous dire par là ? » alors qu’elle triturait ses doigts sous le stress qu’elle ressentait dans ce bureau, sous le regard d’Ursula Parkison.
De nombreuses questions se bousculaient dans l’esprit de la sorcière. Que pouvait bien vouloir Ursula Parkinson à la directrice de l’école de sorcellerie ? N’était-ce pas une manière d’être piégée en admettant qu’elle n’était pas là parce qu’elle suivait les idées de la Citadelle mais davantage pour redorer son image auprès de son père ? Était-ce un énième test de la part de son paternel ? De sa génitrice ? Pour être bien certains qu’elle leur était entièrement acquise ? Enfin, elle laissa sortir un « Je ne suis pas certaine que mon père apprécie de me voir quitter la Citadelle ». Pourtant, cela lui brûlait les lèvres, de dire que oui, elle voulait essayer, s’affranchir de cette toute-puissance parentale et voguer vers d’autres horizons. Peut-être était-ce son issue de secours ? Une porte de sortie bienfaitrice que lui offrait Ursula Parkinson. Mais que pouvait-elle bien vouloir en échange ? Joanne devait le savoir, elle devait comprendre. Avant de s’engager. Quand bien même elle ne disposait pas de toutes les données, il y avait déjà cette petite envie qui venait l’aguicher.
Enfin, elle indique qu’il s’agit là d’une opportunité pour la jeune femme, dont les pensées n’ont de cesse de se bousculer. Elle n’était pas prête pour ce genre de révélation. D’une part elle ignorait totalement les recrutements inhérents à l’école de sorcellerie et d’autre part elle s’étonnait que Miss Parkinson en soit informée. Cette femme était impressionnante, elle avait accès à des informations qui surpassaient de loin celles que l’on pouvait trouver dans la Gazette. L’expression « avoir le bras long », pensa Joanne, quand bien même il s’agissait davantage d’immenses tentacules enserrant et étouffant la communauté magique. Mais cela, Joanne l’ignorait totalement.
Et puis ce qui sonne comme une révélation tombe : « Vous n’êtes pas ici par conviction ». La sorcière s’interroge mais son visage reste de marbre. Il ne faut pas montrer ce genre de sentiment. S’il était vrai qu’elle travaillait ici davantage pour faire plaisir à son père et à sa famille plus généralement, il était hors de question de l’avouer à celle qui avait le pouvoir de décision. Ses parents ne s’en remettraient jamais si elle était mise à la porte pour avoir osé dire des choses qu’elle aurait dû tenir secrètes, garder en son sein, bien précieusement. Elle écoute la suite des paroles, se montre avide d’information, pour mieux comprendre ensuite.
Un mouvement sur le côté, les mains jointes devant elle, Ursula Parkinson dévoile le besoin affiché. Elle parle d’espion, de discussion et évoque, pour finir, le nom de la directrice de Poudlard. La bouche sèche et la gorge nouée, la sorcière s’interroge. Pourquoi lui faire part d’un tel besoin ? Ce n’était pas le genre de Miss Parkinson de faire des demandes. En tout cas, c’était ainsi que Joanne s’était imaginée la sorcière. Sans doute à force d’avoir entendu sa mère vanté les multiples qualités de la femme qui lui faisait face.
En tout état de cause, Joanne devait bien admettre que sa supérieure était perspicace. L’étude des Runes avaient toujours été une passion pour la jeune femme, transmettre celle-ci devrait donc être relativement plus facile que procéder à la réécriture de l’Histoire. Dans le premier cas, elle savait pourquoi elle faisait les choses, dans le second, elle comprenait moins mais le faisait par principe, pour être autre chose qu’une bâtarde. Mais il y avait quelque chose d’intriguant aussi, qu’elle ne tarda pas à formuler « Regarder et discuter avec Kristen Loewy ? Que voulez-vous dire par là ? » alors qu’elle triturait ses doigts sous le stress qu’elle ressentait dans ce bureau, sous le regard d’Ursula Parkison.
De nombreuses questions se bousculaient dans l’esprit de la sorcière. Que pouvait bien vouloir Ursula Parkinson à la directrice de l’école de sorcellerie ? N’était-ce pas une manière d’être piégée en admettant qu’elle n’était pas là parce qu’elle suivait les idées de la Citadelle mais davantage pour redorer son image auprès de son père ? Était-ce un énième test de la part de son paternel ? De sa génitrice ? Pour être bien certains qu’elle leur était entièrement acquise ? Enfin, elle laissa sortir un « Je ne suis pas certaine que mon père apprécie de me voir quitter la Citadelle ». Pourtant, cela lui brûlait les lèvres, de dire que oui, elle voulait essayer, s’affranchir de cette toute-puissance parentale et voguer vers d’autres horizons. Peut-être était-ce son issue de secours ? Une porte de sortie bienfaitrice que lui offrait Ursula Parkinson. Mais que pouvait-elle bien vouloir en échange ? Joanne devait le savoir, elle devait comprendre. Avant de s’engager. Quand bien même elle ne disposait pas de toutes les données, il y avait déjà cette petite envie qui venait l’aguicher.
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3.
Ursula avait pratiquement écoulé toute sa vie sous la tutelle d’un homme. Il y avait d’abord eu son père, puis celui-ci s’était assuré de lui trouver un bon parti selon ses propres termes ; comprendre un mari autoritaire digne de lui succéder. Elle était bien placée pour comprendre le sentiment revanchard qui pouvait habiter Joanne, si désir de liberté il existait chez ce bout de femme. La colère que ce sujet réveillait en elle se mua en un frisson glacé le long de sa nuque.
Elle s’immobilisa puis elle pivota pour affronter le regard de son invitée.
— Votre père n’a pas son mot à dire, dit-elle. A l’instar d’un grand nombre de sorcières, vous êtes peut-être née entre quatre barrières. Mais sous mon autorité, je vous libère de toutes contraintes. J’entends que les femmes soient libres d’aller à l’encontre de l’avis d’un père ou d’un mari. Si votre paternel n’est pas d’accord avec ce principe, je lui couperai volontiers la langue. Suis-je assez claire à ce sujet ?
Rhétorique du consentement ou simple désintérêt, Ursula se remit à marcher vers le fond de la pièce sans quitter des yeux la pointe de ses pieds. Son cerveau fonctionnait toujours mieux quand elle focalisait son regard sur une chose sans intérêt. A peine créées, ses pensées s’ordonnaient aussi sec. Comme si, tout compte fait, la baguette d’un chef d’orchestre leur soumettait de se ranger dans les bons compartiments de son esprit.
Elle se devait de choisir ses mots avec une extrême finesse dès à présent. Toutes les pierres n’étaient pas encore ajoutées à l’édifice. Le Conseil des sorciers était encore trop jeune, les résultats peu visibles même si les nuances commençaient à apparaître ici ou là. Le Plan, Ursula était la seule à le connaître dans les moindres détails. Même les McKinney et les Sepulveda n’en avaient vu que les contours qu’elle avait bien voulu leur partager dans le cadre de leur alliance. Les pièces secrètes restaient sa seule propriété et le resteraient aussi longtemps qu’elle avancerait ses pièces sur l’échiquier.
— Je ne souhaite pas l’isolement de Poudlard, reprend-elle en revenant doucement sur ses pas. Les opinions divergent sans doute entre moi et Kristen Loewy, mais je tiens à ce qu’un certain niveau de dialogue soit maintenu. Vous me semblez une personne toute désignée pour assurer la liaison entre Poudlard et la Citadelle. Vous transmettrez les lettres que je vous ferais parvenir, et m’enverrez les lettres qui me seront destinées, depuis l’école. Rien de plus. Rien de moins.
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L’atmosphère avait changé. Quelque chose de plus glacial, de plus frigorifique. Joanne n’arrivait pas à se l’expliquer mais quelque chose semblait tendre vers cet impeccable froid corrosif, qui mordille les joues et fait saigner les doigts. Pourtant elle ne bronche pas. Ne s’interroge pas plus en profondeur. Une femme comme Miss Parkinson n’a pas a justifié les changements d’atmosphère qu’elle entraîne. Après tout … une femme aussi charismatique, inspirant autant la peur que la confiance, cela devait bien supposer quelques états d’âmes ? Elle n’en restait pas moins humaine aux yeux de Joanne.
Mais le regard chargé d’électricité que lui envoya Ursula plongea Joanne dans un espèce de tourbillon d’interrogation. Il y avait une colère sourde qui grondait derrière chacun de ses mots, qu’elle plaçait avec hardiesse, sans se poser de question. Des phrases qui tombaient, lourdes de sens. Des mots qui, forcément, trouvaient résonance dans les oreilles de la sorcière. D’autres sorcières avaient-elles du vivre enfermées comme elle l’était ? Dans un égoïsme particulier, elle n’avait jamais réfléchi à ce genre de questionnement, se pensant seule au monde dans cette situation de laquelle elle n’arrivait pas à se défaire.
Et puis, la fin du propos de Miss Parkinson interroge davantage la jeune femme : était-ce une menace en l’air ou bien la certitude que son père serait incapable de parler s’il s’opposait au départ de sa précieuse fille de la Citadelle ? Elle déglutit doucement, la gorge rendue soudainement sèche par les révélations d’Ursula. Elle se contente d’hocher la tête – incapable du moindre mot dans cette circonstance. Il y avait ce gout de la revanche qui touchait ses lèvres, comme un délicat baiser qui viendrait se poser. Elle respira profondément, elle ne souhaitait pas montrer son envie de quitter les lieux immédiatement, elle ne devait pas montrer ce genre de sentiments, d’émotions. Elle en était certaine. Ce genre de confidence sur la langue de son père laissait présager à Joanne que la Cheffe du Conseil des Sorciers était sans doute capable du meilleur comme du pire. Et elle devait admettre qu’elle n’était pas vraiment certaine d’aimer ça. Elle aurait pourtant du sauter de joie, se dire qu’elle quittait le joug parental. Mais à quel prix ? Pour quel autre joug ? Elle était de celles qui avaient besoin de réfléchir avant d’agir de manière inconsidéré, il lui semblait pourtant ici qu’elle n’avait pas le temps de la réflexion.
Mais la posture d’Ursula, les yeux figés sur ses pieds, marchant ainsi, comme perdue dans ses pensées, renvoya à Joanne sa propre image. Comme un miroir qui lui montrerait ce qu’elle était. Il y avait quelque chose qui toucha la sorcière, un truc indescriptible qu’elle n’arriverait probablement pas à définir. Mais c’était là, palpable. Elle inspira profondément alors que ses yeux azur ne quittaient pas la sorcière. Elle évoqua l’isolement de Poudlard, les opinions qui divergeaient entre la Cheffe du Conseil des Sorciers et la Directrice de Poudlard. Elle expliqua vouloir un dialogue. Joanne devait se montrer honnête : elle ignorait absolument tout de ce qu’évoquait Ursula, mais elle était prête à tenter si c’était le prix de sa liberté. Ses neurones tournaient à vive allure – à tel point qu’elle sentait venir un violent mal de tête auquel elle n’échapperait pas. Se massant les tempes, fermant ses yeux un instant – comme pour se donner un peu de temps pour répondre, pour ordonner ses pensées et les construire de manière claire.
« Je … », elle démarre sa phrase mais ne la termine pas. Incapable de s’exprimer correctement. Elle soupire, se relève sur sa chaise – comme si un poids l’avait cloué sur place et l’avait obligé à se recourber sur le poids des révélations qu’elle prenait de plein fouet. « D’accord. Je suis d’accord ». Une pause, avant d’ajouter, le regard de biais « Mais qu’est-ce qui vous prouve que Miss Loewy retiendra ma candidature ? Je veux dire … rien ne l’oblige à m’engager comme professeur ».
Pourtant, Joanne devait bien admettre que la perspective d’enseigner à Poudlard était plus qu’alléchante, si ce n’était qu’une histoire de lettre à remettre, il ne devrait pas trop y avoir de souci, n’est-ce pas ? Elle tentait de se rassurer ainsi, d’éloigner ses doutes et inquiétudes l’espace d’un instant. Juste pour savourer cette petite victoire face à ses parents.
Mais le regard chargé d’électricité que lui envoya Ursula plongea Joanne dans un espèce de tourbillon d’interrogation. Il y avait une colère sourde qui grondait derrière chacun de ses mots, qu’elle plaçait avec hardiesse, sans se poser de question. Des phrases qui tombaient, lourdes de sens. Des mots qui, forcément, trouvaient résonance dans les oreilles de la sorcière. D’autres sorcières avaient-elles du vivre enfermées comme elle l’était ? Dans un égoïsme particulier, elle n’avait jamais réfléchi à ce genre de questionnement, se pensant seule au monde dans cette situation de laquelle elle n’arrivait pas à se défaire.
Et puis, la fin du propos de Miss Parkinson interroge davantage la jeune femme : était-ce une menace en l’air ou bien la certitude que son père serait incapable de parler s’il s’opposait au départ de sa précieuse fille de la Citadelle ? Elle déglutit doucement, la gorge rendue soudainement sèche par les révélations d’Ursula. Elle se contente d’hocher la tête – incapable du moindre mot dans cette circonstance. Il y avait ce gout de la revanche qui touchait ses lèvres, comme un délicat baiser qui viendrait se poser. Elle respira profondément, elle ne souhaitait pas montrer son envie de quitter les lieux immédiatement, elle ne devait pas montrer ce genre de sentiments, d’émotions. Elle en était certaine. Ce genre de confidence sur la langue de son père laissait présager à Joanne que la Cheffe du Conseil des Sorciers était sans doute capable du meilleur comme du pire. Et elle devait admettre qu’elle n’était pas vraiment certaine d’aimer ça. Elle aurait pourtant du sauter de joie, se dire qu’elle quittait le joug parental. Mais à quel prix ? Pour quel autre joug ? Elle était de celles qui avaient besoin de réfléchir avant d’agir de manière inconsidéré, il lui semblait pourtant ici qu’elle n’avait pas le temps de la réflexion.
Mais la posture d’Ursula, les yeux figés sur ses pieds, marchant ainsi, comme perdue dans ses pensées, renvoya à Joanne sa propre image. Comme un miroir qui lui montrerait ce qu’elle était. Il y avait quelque chose qui toucha la sorcière, un truc indescriptible qu’elle n’arriverait probablement pas à définir. Mais c’était là, palpable. Elle inspira profondément alors que ses yeux azur ne quittaient pas la sorcière. Elle évoqua l’isolement de Poudlard, les opinions qui divergeaient entre la Cheffe du Conseil des Sorciers et la Directrice de Poudlard. Elle expliqua vouloir un dialogue. Joanne devait se montrer honnête : elle ignorait absolument tout de ce qu’évoquait Ursula, mais elle était prête à tenter si c’était le prix de sa liberté. Ses neurones tournaient à vive allure – à tel point qu’elle sentait venir un violent mal de tête auquel elle n’échapperait pas. Se massant les tempes, fermant ses yeux un instant – comme pour se donner un peu de temps pour répondre, pour ordonner ses pensées et les construire de manière claire.
« Je … », elle démarre sa phrase mais ne la termine pas. Incapable de s’exprimer correctement. Elle soupire, se relève sur sa chaise – comme si un poids l’avait cloué sur place et l’avait obligé à se recourber sur le poids des révélations qu’elle prenait de plein fouet. « D’accord. Je suis d’accord ». Une pause, avant d’ajouter, le regard de biais « Mais qu’est-ce qui vous prouve que Miss Loewy retiendra ma candidature ? Je veux dire … rien ne l’oblige à m’engager comme professeur ».
Pourtant, Joanne devait bien admettre que la perspective d’enseigner à Poudlard était plus qu’alléchante, si ce n’était qu’une histoire de lettre à remettre, il ne devrait pas trop y avoir de souci, n’est-ce pas ? Elle tentait de se rassurer ainsi, d’éloigner ses doutes et inquiétudes l’espace d’un instant. Juste pour savourer cette petite victoire face à ses parents.
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4.
De retour derrière le bureau du chef de l’unité de réappropriation de l’Histoire, Ursula resta encore un moment à observer la pointe de ses pieds, les mains jointes devant elle.
Bien évidemment, elle n’avait rien manqué de la réponse de Joanne, mais elle avait décidé de ne pas y réagir ouvertement. C’est qu’elle n’aimait pas crier victoire avant l’heure. Il y avait peut-être matière à se féliciter, il est vrai, mais Ursula n’entendait pas le faire tant qu’elle n’aurait pas obtenu ce qu’elle voulait. Pour l’heure, Joanne Taylor avait juste accepté d’entrer dans sa collection de pièces d’échecs. La partie n’en était qu’à ses balbutiements.
Sentant qu’elle devait rassurer son invitée quant à ses capacités, Ursula tourna sa tête vers elle en s’armant d’un sourire confiant.
— Rien, en effet. Mais je crois en vos atouts et vous devriez en faire de même.
Ursula doutait fortement que les candidats se bousculent pour un poste de second ordre comme celui de professeur d’étude des runes sous les toits de Poudlard. D’autant plus à l’heure où une bonne partie de la population craignait de subir le courroux du Conseil en prenant position pour Poudlard — ces gens avaient une incroyable faculté à tirer des conclusions hâtives, et surtout fausses. Mais si Ursula se fiait à son instinct, Kristen Loewy était un personnage assez curieux de nature pour céder à la tentation d’employer Joanne Taylor ne serait-ce que pour être en contact avec le Conseil. Ursula n’avait plus qu’à espérer que son calcul s’avérerait juste.
— N’oubliez pas que je viens de vous donner un avantage sur tous les candidats qui défileront dans le bureau de Kristen Loewy.
Ursula ponctua sa remarque par un clin d’oeil complice.
— Le chef de votre unité sera informé de votre décision. Il allégera dès aujourd’hui votre emploi du temps pour que vous prépariez votre dépôt de candidature et l’entretien qui s’en suivra certainement. Vous pouvez disposer miss Taylor.
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Croire en ses atouts. C’était un comble. C’était une bâtarde. Quoiqu’elle fasse, elle n’avait jamais obtenu grâce aux yeux de ses parents. Jamais. Même quand elle se la jouait paillasson. Mais la femme qui lui faisait face avait dit les mots magiques. Elle croyait en les atouts de celle qu’elle était. C’était valorisant, bien entendu. Le cœur de Joanne se gonflait de fierté. Pour elle Ursula Parkinson n’était personne avant qu’elle n’entre dans ce bureau. Avant qu’elle ne découvre la femme qu’elle était réellement. Loin de mots de sa mère – qui avait à peine effleuré le sujet – loin de l’émerveillement de son père à l’évocation du nom d’Ursula. Non. Miss Parkinson lui présentait là un laisser-passer pour la liberté. Simplement. Comment ne pas avoir les yeux qui brillent en la regardant ? L’étincelle salvatrice dans le regard bleuté. Ursula avait su exactement quelle corde tirait pour que Joanne tombe en son filet. C’était finement joué de la part de la Cheffe du Conseil des Sorciers.
Elle évoque ensuite un avantage vis-à-vis de sa candidature. Joanne n’est pas certaine de comprendre mais elle se tait. Pour l’instant. Elle n’est pas sûre de l’interrogation à formuler, alors elle hoche la tête, simplement. Elle reviendra plus tard sur cette question qui lui brûle les lèvres. Elle hoche à nouveau la tête – comme un pantin – sur l’affirmation vis-à-vis du chef de l’unité dans laquelle elle travaille. Qui oserait aller contre une femme comme Parkinson ? Absolument personne, c’était certain. Quoiqu’elle dise, les autres devaient simplement être à sa botte. Comme l’était Joanne à cet instant précis.
« Vous pouvez disposer Miss Taylor ». Sur ces mots, elle allait tourner les talons, partir. Réfléchir à cette candidature, à comment elle devait tourner les mots pour se montrer intéressante aux yeux de la Directrice de Poudlard. Elle fait quelque pas puis ralentis, avant de lentement se retourner vers sa supérieure pour délivrer les mots qui brûlent sa langue, qui veulent sortir, quel qu’en soit le prix – en espérant, tout de même, que ce ne soit pas sa propre langue qui soit coupée. « Un avantage vous dites ? Qu’entendez-vous par là ? ».
Ses yeux azur pétillent toujours de cette étincelle particulière, mais sur les traits de son visage domine surtout la curiosité. Lisible même pour celui qui serait incapable de comprendre la communication non-verbale. Il y a chez cette femme un mystère tout juste palpable et Joanne, dans sa quête de compréhension, a besoin de voir plus loin que ce qu’elle veut bien lui offrir aujourd’hui. Enfin, elle veut plutôt savoir où elle met les pieds. Jusqu’à présent et Ursula l’avait très bien dit, elle n’était pas là par conviction. Les choses pouvaient-elles changer ou resteraient-elles ainsi ?
Elle évoque ensuite un avantage vis-à-vis de sa candidature. Joanne n’est pas certaine de comprendre mais elle se tait. Pour l’instant. Elle n’est pas sûre de l’interrogation à formuler, alors elle hoche la tête, simplement. Elle reviendra plus tard sur cette question qui lui brûle les lèvres. Elle hoche à nouveau la tête – comme un pantin – sur l’affirmation vis-à-vis du chef de l’unité dans laquelle elle travaille. Qui oserait aller contre une femme comme Parkinson ? Absolument personne, c’était certain. Quoiqu’elle dise, les autres devaient simplement être à sa botte. Comme l’était Joanne à cet instant précis.
« Vous pouvez disposer Miss Taylor ». Sur ces mots, elle allait tourner les talons, partir. Réfléchir à cette candidature, à comment elle devait tourner les mots pour se montrer intéressante aux yeux de la Directrice de Poudlard. Elle fait quelque pas puis ralentis, avant de lentement se retourner vers sa supérieure pour délivrer les mots qui brûlent sa langue, qui veulent sortir, quel qu’en soit le prix – en espérant, tout de même, que ce ne soit pas sa propre langue qui soit coupée. « Un avantage vous dites ? Qu’entendez-vous par là ? ».
Ses yeux azur pétillent toujours de cette étincelle particulière, mais sur les traits de son visage domine surtout la curiosité. Lisible même pour celui qui serait incapable de comprendre la communication non-verbale. Il y a chez cette femme un mystère tout juste palpable et Joanne, dans sa quête de compréhension, a besoin de voir plus loin que ce qu’elle veut bien lui offrir aujourd’hui. Enfin, elle veut plutôt savoir où elle met les pieds. Jusqu’à présent et Ursula l’avait très bien dit, elle n’était pas là par conviction. Les choses pouvaient-elles changer ou resteraient-elles ainsi ?
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5.
Ursula resta plantée à côté du siège vide du chef de l’unité de réappropriation de l’Histoire, suivant du regard le départ de Joanne Taylor. Ses yeux s’étrécirent sensiblement lorsque cette dernière pivota sur elle-même à deux pas de la porte. La question qui s’en suivit fit sourire Ursula. La réponse était si évidente qu’elle se demanda comment son invitée n’avait pas réussi à mettre la main dessus.
Qu’à cela ne tienne, elle éclairerait sa lanterne.
Contournant lentement le bureau aux frottements des plumes de corbeau cousues sur ses épaules, elle s’approcha de Joanne, prit délicatement sa main entre les siennes, et lui signifia, droit dans les yeux :
— Combien de personnes, pensez-vous, pourront prétendre s’être trouvées dans la même pièce que moi durant leur entretien avec Kristen Loewy ? lui demanda-t-elle à mi-chemin entre le murmure et le volume normal de sa voix. Aucune, hormis vous. Combien pourront prétendre m’avoir parlé ? Aucune, hormis vous. Si Kristen Loewy est ne serait-ce que la moitié de ce qu’on prétend, elle voudra vous avoir de son côté. Elle essaiera de vous gagner à sa cause, pensant, certainement, que vous êtes la pièce maîtresse qui me fera tomber.
Elle tapota le dos de sa main avant de la lâcher, rapatriant ses mains jointes devant elle.
— Elle ne sait pas que vous êtes une femme libre.
Cela sonnait comme une conclusion adéquate aux oreilles d’Ursula alors qu’elle approchait la porte pour l’ouvrir à son invitée.
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La question s’est extirpée et trouve rapidement réponse entre les lèvres d’Ursula. Un léger mouvement, le frottement du tissu, des plumes de corbeaux qui gigotent alors qu’elle s’approche. Son regard ambre ne décroche pas des yeux céruléens de Joanne tandis que ses mains se saisissent de celles de la sorcière. Joanne ne bronche pas. Elle qui d’ordinaire se serait éloignée au moindre contact physique, elle reste là, de marbre, à contempler la femme qui est sa supérieure hiérarchique et qui lui offre ainsi l’opportunité de s’émanciper de ses parents. Elle écoute, aussi admirative que contemplative, la Cheffe du Conseil des Sorciers.
Elle avait raison. Cette femme en était effrayante. Mais oui, c’était évident. Ursula Parkinson était une femme difficilement approchable de par son rang. Si Joanne ignorait la plupart de ses exactions, elle avait bien compris qu’elle n’était pas le genre de femme à se laisser marcher sur les pieds. Un peu son inverse en quelque sorte. C’est étonnant comme, dans une même personne, l’on peut trouver son miroir et son opposé. Le tout dans la même silhouette, dans le même regard. Ursula lui semblait proche et distante à la fois. Elle n’arrivait pas à la cerner et en même temps, elle ne s’y essayait pas vraiment : ce qu’elle voyait de la sorcière lui suffisait amplement. Après tout, elle était la seule à s’être interposée entre ses parents et elle. Cela suffisait donc à Joanne pour savoir qu’elle pouvait lui accorder sa confiance, ne serait-ce qu’un peu.
Alors forcément. Si sa mère disait vrai – et la jeune femme n’en doutait pas – il était probable que le fait qu’elle ait rencontré Ursula Parkinson était un plus indéniable à qui voulait connaître davantage la femme aux yeux d’ambre. Cela remettait quelque peu en cause les valeurs et le potentiel talent que pouvait avoir Joanne à l’exercice de la pédagogie ou des runes. Mais après tout … Qu’importe le chemin emprunté, seul comptait le résultat ? Elle voulait partir là-dessus pour l’instant. Simplement. Ursula Parkinson savait y faire, à tel point qu’en plus de l’écouter attentivement, Joanne n’avait pas décroché son regard de la sorcière.
Ce fut le mouvement de la main de la Cheffe du Conseil des Sorciers sur sa propre main qui la fit sortir de sa torpeur. « Elle ne sait pas que vous êtes une femme libre ». Mais Joanne aussi l’ignorait. Elle se sentait terriblement redevable envers Ursula. La porte du bureau s’ouvrait, l’invitant à sortir. Ce qu’elle fit après une énième parole, le regard vissé dans celui d’Ursula « Je ne vous décevrai pas », avant un dernier salut respectueux et de partir. Voler vers d’autres horizons. Elle n’avait pas conscience de l’engagement qu’elle venait de prendre. Elle aurait sans doute préféré dire « J’essayerai de ne pas vous décevoir », mais elle avait la sensation que l’échec ne serait pas permis dans le sein de la Citadelle.
Quand elle quitta le Bureau de son chef de service, il y avait de multiples questions qui tournaient dans sa tête. Trop nombreuses, trop impertinentes. Qui était-elle pour remettre en doute la parole d’une femme comme Ursula ? Personne. Au contraire même, Ursula s’avérait être la femme qui lui permettait de se libérer des tentacules familiales qu’elle n’avait pas réussi à couper. C’est donc avec un demi-sourire qu’elle rejoignit le dossier qu’elle avait laissé quelques instants plutôt, la tête déjà perdue à cette candidature spontanée qu’elle enverrait à la directrice de Poudlard.
Elle avait raison. Cette femme en était effrayante. Mais oui, c’était évident. Ursula Parkinson était une femme difficilement approchable de par son rang. Si Joanne ignorait la plupart de ses exactions, elle avait bien compris qu’elle n’était pas le genre de femme à se laisser marcher sur les pieds. Un peu son inverse en quelque sorte. C’est étonnant comme, dans une même personne, l’on peut trouver son miroir et son opposé. Le tout dans la même silhouette, dans le même regard. Ursula lui semblait proche et distante à la fois. Elle n’arrivait pas à la cerner et en même temps, elle ne s’y essayait pas vraiment : ce qu’elle voyait de la sorcière lui suffisait amplement. Après tout, elle était la seule à s’être interposée entre ses parents et elle. Cela suffisait donc à Joanne pour savoir qu’elle pouvait lui accorder sa confiance, ne serait-ce qu’un peu.
Alors forcément. Si sa mère disait vrai – et la jeune femme n’en doutait pas – il était probable que le fait qu’elle ait rencontré Ursula Parkinson était un plus indéniable à qui voulait connaître davantage la femme aux yeux d’ambre. Cela remettait quelque peu en cause les valeurs et le potentiel talent que pouvait avoir Joanne à l’exercice de la pédagogie ou des runes. Mais après tout … Qu’importe le chemin emprunté, seul comptait le résultat ? Elle voulait partir là-dessus pour l’instant. Simplement. Ursula Parkinson savait y faire, à tel point qu’en plus de l’écouter attentivement, Joanne n’avait pas décroché son regard de la sorcière.
Ce fut le mouvement de la main de la Cheffe du Conseil des Sorciers sur sa propre main qui la fit sortir de sa torpeur. « Elle ne sait pas que vous êtes une femme libre ». Mais Joanne aussi l’ignorait. Elle se sentait terriblement redevable envers Ursula. La porte du bureau s’ouvrait, l’invitant à sortir. Ce qu’elle fit après une énième parole, le regard vissé dans celui d’Ursula « Je ne vous décevrai pas », avant un dernier salut respectueux et de partir. Voler vers d’autres horizons. Elle n’avait pas conscience de l’engagement qu’elle venait de prendre. Elle aurait sans doute préféré dire « J’essayerai de ne pas vous décevoir », mais elle avait la sensation que l’échec ne serait pas permis dans le sein de la Citadelle.
Quand elle quitta le Bureau de son chef de service, il y avait de multiples questions qui tournaient dans sa tête. Trop nombreuses, trop impertinentes. Qui était-elle pour remettre en doute la parole d’une femme comme Ursula ? Personne. Au contraire même, Ursula s’avérait être la femme qui lui permettait de se libérer des tentacules familiales qu’elle n’avait pas réussi à couper. C’est donc avec un demi-sourire qu’elle rejoignit le dossier qu’elle avait laissé quelques instants plutôt, la tête déjà perdue à cette candidature spontanée qu’elle enverrait à la directrice de Poudlard.