Authentiques Enfants
Dernière étincelle... Elle se dépose, lentement, comme un flocon de lumière sur la main du gamin. Et lui la suit des yeux. Comme la pointe d'une plume, l'étincelle parcours sa peau de fourmillements un instant à peine. Il sourit.
Autour, du bruit.
Rien. Plus rien autour. Je ne veux plus rien.
Cliquetis sur le sol de glace, un souffle répété, fort, fort, fort... Aelle.
Non! Elle n'est plus là, elle est partie!! Partie. Partie...
Toc. Son ventre se convulse légèrement. Libère. Le sanglot, gros, brûlant, monte dans sa gorge. Son cœur crachote. Aelle. Il l'avait retenu pourtant... Mais le deuxième pousse le premier et le sanglot sort, souffle sec, se fraye un passage, entrouvre ses lèvres. Une larme se forme au coin de l’œil du gamin mais ne tombe pas. Sèche là, alors qu'il avale ses pleurs bouillants.
Elle est partie. Je ne lui ferais plus de mal, elle est partie. Elle va oublier. M'oublier.
-Et toi? Tu m'oublieras moi?
Tarann... Pardon Tarann. Je lui ai fait mal. J'ai fait mal à Aelle.
Mais elle est partie. C'est bon... c'est fini. Tout va bien, elle est partie.
Alors.
Alors je peux l'oublier.
Sa baguette s'abaissa et Saul reprit profondément sa respiration. Fixant la glace, le vide, il la rangea dans sa manche et se retourna vers la sortie.
-Incendio !
Le cri le tire de son rêve, il s'éveille. Vive, sa tête se tourne vers la fille. Aelle. Baguette pointée vers lui, Aelle. Flambante, brûlant, le visage déformés, dans des flammes rousses. Horrifié, Saul se recula.
Par tous les mages qu'est-ce qu-...
Clarté.
En moins d'une seconde, tout change. Les reflets parlent, montrent. La flamme ne l'englobe pas.
Elle fuse vers moi.
Il n'eut pas le temps de réagir. Simplement de plonger son regard dans celui d'Aelle. Pour comprendre.
QU'EST-CE QUE TU FOUS ??!
Noir, encore. Dans ses yeux, il se plonge. La flamme y brûle, d'autant par reflet que par haine dans ses yeux trop brûlés. Peut-être étaient-ils plus clairs avant? Comme le bois d'un chêne. Ou d'un if? Brûlés. Trop brûlés. Devenus charbons. Noirs charbon.
Et puis soudain, tout disparu.
Comment le retenir? Il fusait, son souffle de gamin. Quand la flamme l’attrapa, le Gryffon poussa un cri, aussitôt avalé par la déferlante de feu. Flammes, lumières. Elle creusait son ventre, glissant sur son visage, ses mains, ses jambes. Saul recula aussitôt pour en échapper mais le jet grandissait pour l'avaler. Il ne voyait plus rien que son effroi, se débattant dans les rubans du feu cuisant.
Chaud... juste très chaud.
Ses bras se figèrent alors qu'il baissait lentement son regard vers son torse. Les flammes y brûlaient toujours, s'amoindrissant progressivement. Mais le tissu qu'elles abandonnaient n'était pas brûlé. Simplement roussi par endroit.
Bam bam bam bam.
Il ne s'était pas rendu compte que son cœur battait aussi vite. Chaque battement semblait vouloir lui défoncer la poitrine. Lui, son cœur, semblait même être plus chaud que les flammes qui mouraient sur sa robe noire. Celle-ci accompagnait son souffle, sans rythme, tremblant sur son thorax. Son souffle. On pourrait aisément le confondre avec le bruit des vagues sur les rochers, quand la mer est agitée. Il refusait de se calmer, sourd aux commandements du cerveau, prenant et laissant sortir l'air sans aucune logique. Et son cœur le brûlait.
Il crame... Mon cœur crame.
Son regard osa enfin se lever vers la fille. Aelle. Tremblant.
-Pour... pourquoi tu...?
Rien ne vint. Il ne comprenait pas, incapable d'agir autrement. Il la fixait simplement. Elle et ses yeux charbons.
Elle m'a attaqué?... Pourquoi elle m'a... Non. Y'a aucun sens là dedans!
Y avait-il seulement eu un sens dans tout ce qu'il s'était passé ici? Un sens pour que ses joues aient cessé de brûler? Pour que son cœur ne ralentisse pas? Pour que ses mains tremblent? Les flammes régnaient encore sur son cœur, mais voilà... il en avait peur.
Le nom des flammes ne l’apaisait plus. Le brûlait plutôt que réchauffait. Et pourquoi? Parce que ses yeux s’immisçaient maintenant dans la simple idée du feu. Charbon. Il le deviendrait s'il restait ici, c'était certain, Saul le savait. Cette autre le brûlerait jusqu'à ce qu'il soit devenu aussi Noir que ses yeux. Elle Lui avait créé Tarann, elle le changeait maintenant en Charbon.
Tarann. Thalia.
Son cœur battait toujours aussi vite. Le brûlait toujours autant de l'intérieur. Il fallait qu'il parte avant qu'elle ne l'incendie à nouveau. Mais il avait une dernière chose à faire. Les yeux fixés, encore et toujours dans ceux d'Aelle, il laissa la brûlure du cœur lui remonter dans la gorge, le consumer. Pour l'oublier, il devait la laisser passer, la faire sortir. Il ouvrit la bouche.
-Thalia. Tu l-
LA. FERME.
Déchiré, le gamin tourna les talons vers la sortie, mâchoire crispé. Les yeux humides de larmes.
Plus faire mal.
Plus. Jamais.
Autour, du bruit.
Rien. Plus rien autour. Je ne veux plus rien.
Cliquetis sur le sol de glace, un souffle répété, fort, fort, fort... Aelle.
Non! Elle n'est plus là, elle est partie!! Partie. Partie...
Toc. Son ventre se convulse légèrement. Libère. Le sanglot, gros, brûlant, monte dans sa gorge. Son cœur crachote. Aelle. Il l'avait retenu pourtant... Mais le deuxième pousse le premier et le sanglot sort, souffle sec, se fraye un passage, entrouvre ses lèvres. Une larme se forme au coin de l’œil du gamin mais ne tombe pas. Sèche là, alors qu'il avale ses pleurs bouillants.
Elle est partie. Je ne lui ferais plus de mal, elle est partie. Elle va oublier. M'oublier.
-Et toi? Tu m'oublieras moi?
Tarann... Pardon Tarann. Je lui ai fait mal. J'ai fait mal à Aelle.
Mais elle est partie. C'est bon... c'est fini. Tout va bien, elle est partie.
Alors.
Alors je peux l'oublier.
Sa baguette s'abaissa et Saul reprit profondément sa respiration. Fixant la glace, le vide, il la rangea dans sa manche et se retourna vers la sortie.
-Incendio !
Le cri le tire de son rêve, il s'éveille. Vive, sa tête se tourne vers la fille. Aelle. Baguette pointée vers lui, Aelle. Flambante, brûlant, le visage déformés, dans des flammes rousses. Horrifié, Saul se recula.
Par tous les mages qu'est-ce qu-...
Clarté.
En moins d'une seconde, tout change. Les reflets parlent, montrent. La flamme ne l'englobe pas.
Elle fuse vers moi.
Il n'eut pas le temps de réagir. Simplement de plonger son regard dans celui d'Aelle. Pour comprendre.
QU'EST-CE QUE TU FOUS ??!
Noir, encore. Dans ses yeux, il se plonge. La flamme y brûle, d'autant par reflet que par haine dans ses yeux trop brûlés. Peut-être étaient-ils plus clairs avant? Comme le bois d'un chêne. Ou d'un if? Brûlés. Trop brûlés. Devenus charbons. Noirs charbon.
Et puis soudain, tout disparu.
Comment le retenir? Il fusait, son souffle de gamin. Quand la flamme l’attrapa, le Gryffon poussa un cri, aussitôt avalé par la déferlante de feu. Flammes, lumières. Elle creusait son ventre, glissant sur son visage, ses mains, ses jambes. Saul recula aussitôt pour en échapper mais le jet grandissait pour l'avaler. Il ne voyait plus rien que son effroi, se débattant dans les rubans du feu cuisant.
Chaud... juste très chaud.
Ses bras se figèrent alors qu'il baissait lentement son regard vers son torse. Les flammes y brûlaient toujours, s'amoindrissant progressivement. Mais le tissu qu'elles abandonnaient n'était pas brûlé. Simplement roussi par endroit.
Bam bam bam bam.
Il ne s'était pas rendu compte que son cœur battait aussi vite. Chaque battement semblait vouloir lui défoncer la poitrine. Lui, son cœur, semblait même être plus chaud que les flammes qui mouraient sur sa robe noire. Celle-ci accompagnait son souffle, sans rythme, tremblant sur son thorax. Son souffle. On pourrait aisément le confondre avec le bruit des vagues sur les rochers, quand la mer est agitée. Il refusait de se calmer, sourd aux commandements du cerveau, prenant et laissant sortir l'air sans aucune logique. Et son cœur le brûlait.
Il crame... Mon cœur crame.
Son regard osa enfin se lever vers la fille. Aelle. Tremblant.
-Pour... pourquoi tu...?
Rien ne vint. Il ne comprenait pas, incapable d'agir autrement. Il la fixait simplement. Elle et ses yeux charbons.
Elle m'a attaqué?... Pourquoi elle m'a... Non. Y'a aucun sens là dedans!
Y avait-il seulement eu un sens dans tout ce qu'il s'était passé ici? Un sens pour que ses joues aient cessé de brûler? Pour que son cœur ne ralentisse pas? Pour que ses mains tremblent? Les flammes régnaient encore sur son cœur, mais voilà... il en avait peur.
Le nom des flammes ne l’apaisait plus. Le brûlait plutôt que réchauffait. Et pourquoi? Parce que ses yeux s’immisçaient maintenant dans la simple idée du feu. Charbon. Il le deviendrait s'il restait ici, c'était certain, Saul le savait. Cette autre le brûlerait jusqu'à ce qu'il soit devenu aussi Noir que ses yeux. Elle Lui avait créé Tarann, elle le changeait maintenant en Charbon.
Tarann. Thalia.
Son cœur battait toujours aussi vite. Le brûlait toujours autant de l'intérieur. Il fallait qu'il parte avant qu'elle ne l'incendie à nouveau. Mais il avait une dernière chose à faire. Les yeux fixés, encore et toujours dans ceux d'Aelle, il laissa la brûlure du cœur lui remonter dans la gorge, le consumer. Pour l'oublier, il devait la laisser passer, la faire sortir. Il ouvrit la bouche.
Non!!
QUOI?! Quoi?! Je veux qu'elle sache! Qu'elle sache qu'elle la détruit! Qui elle détruit.
Non, laisse! Ça n'arrangera rien. Laisse.
ELLE. LA. DÉTRUIT!
Et tu crois faire quoi là, au juste? Aider?
Je veux qu'elle sache...
Tu ne feras que lui faire du mal. Tu l'as déjà fait.
Elle lui a fait mal, à Elle.
QUOI?! Quoi?! Je veux qu'elle sache! Qu'elle sache qu'elle la détruit! Qui elle détruit.
Non, laisse! Ça n'arrangera rien. Laisse.
ELLE. LA. DÉTRUIT!
Et tu crois faire quoi là, au juste? Aider?
Je veux qu'elle sache...
Tu ne feras que lui faire du mal. Tu l'as déjà fait.
Elle lui a fait mal, à Elle.
-Thalia. Tu l-
LA. FERME.
Déchiré, le gamin tourna les talons vers la sortie, mâchoire crispé. Les yeux humides de larmes.
Plus faire mal.
Plus. Jamais.
Authentiques Enfants
J’essaie de réapprendre à respirer.
J’essaie de me souvenir ce qu’est le calme.
Je n’y parviens pas. Mon souffle est erratique et mes épaules se soulèvent à un rythme effarant. Mes oreilles bourdonnent et lorsque je regarde autour de moi j’ai l’impression d’être coincée dans un mauvais rêve. Comme s’il ne suffisait que de volonté pour m’en échapper. Mais je sais que c’est faux, car mon coeur me fait si mal et ma culpabilité est si grande que ces sentiments ne peuvent qu’être réels. Les yeux grands ouverts, je regarde le garçon. Alors qu’une seconde auparavant mon souhait était tout autre j’espère plus que de raison que l’Autre ne soit pas blessé. Au fond de moi, je sais que ma flamme n’aurait jamais pu lui faire de mal *pitoyable, Ely*. Mais je sais que ce détail n’a pas d’importance pour Loewy ; elle ne verrait que l’acte.
Pendant une seconde, l’impression que l’adulte me tient en laisse m’étouffe totalement. Je suffoque, je crache, je rue ; je voudrais crier. Mais la sensation s’en va aussitôt sans que je ne fasse un geste, ne laissant qu’une lassitude inouïe s’afficher sur mes traits.
Et derrière le ballet incessant de mes émotions, ma curiosité morbide souffle à mes yeux de ne pas se détacher du garçon qui, ébahi, regarde les flammes disparaître sur son torse. Dans mon coin, je m’agite. Je piétine mes affaires, je regarde tantôt la porte tantôt l’enfant, je serre frénétiquement ma moitié, je m’étouffe dans mon propre souffle. Mon visage est bloqué dans une grimace de colère ; je ne parviens pas à le détendre. Il est si simple d’avoir son regard noir et ses traits froissés.
J’aurai pu me réjouir de l’air effaré qui danse sur la gueule de l’Autre. Mais le fait est que mon estomac se tord d’angoisse à l’idée même qu’il puisse s’enfuir dans les couloirs en gueulant comme un tordu. Mon esprit s’enflamme : s’il se barre je l’arrête, l’effrayer le fera taire ; non, s’il part, je le laisse s’en aller pour me faire oublier ; surtout pas ! je le supplie de ne rien dire. *Non !*. Aucune de ces solutions ne me convient, rien ne me convient. Je voudrais que l’Autre disparaisse, qu’il n’ait jamais existé, qu’il ne soit jamais venu ici, qu’il ne soit pas tout ce qu’il est. Si seulement il n’était pas lui, les choses ne se seraient pas déroulées de cette manière, n’est-ce pas ?
Plongée dans la mélasse de mon angoisse, je suis en train de mordiller ma lèvre quand il lève ses yeux hantés sur moi. Tout à coup, je me fige. Ses yeux bleus me transpercent, mon coeur s’arrête. Au regard qu’il me lance, je comprends qu’il n’est plus capable de rien, j’ai gagné. Mais cette victoire a un goût amer du nom de Loewy qui me dérange particulièrement.
Il parle ; je croise les bras sur ma poitrine.
« Pour… Pourquoi tu… ? »
*Quoi ?*
Ma bouche s’ouvre, aucun son ne sort.
Une envie de rire me secoue le corps. Une putain d’envie de m’esclaffer, la bouche ouverte et les larmes aux yeux, pleurer jusqu’à en crever pour ne plus faire face à la bêtise de l’enfant. Mais je ne suis capable de rien, je regarde l’enfant, bouche bée.
*I’ s’fout d’moi, hein ?*
Mais non.
Non, décidé-je en avisant son air idiot et ses yeux tremblants. Non, sa voix de victime me dit qu’il n’a pas peur, qu’il est sincère dans son effroi et dans son incompréhension. Cela me donne envie de gueuler, par tous les mages ! Mon coeur se tord de colère : pourquoi ? Pauv’ con, pourquoi j’me défend contre un mec qui vient d’m’attaquer, tu crois ?! Il ose me demander pourquoi alors que lui et sa pauvre magie d’enfant incontrôlable viennent tout juste de m’attaquer dans le dos ? Je serre mes poings à m’en exploser les phalanges, la baguette coincée dans celui de droite.
Une brusque bouffée de rage m’étouffe. Elle s’envole de mes tripes pour me prendre à la gorge ; avec elle, une chaleur lancinante qui fait brûler ma peau et s’accélérer mon coeur ; pendant un instant, je crains de ne pouvoir me contrôler. La rage est si forte, si puissante, si destructrice que mes jambes se mettent à trembler follement. Elle est si grande qu’elle prend toute la place dans ma tête, brouillant mes pensées, mes souhaits et mes choix : elle me fige totalement.
J’ouvre la bouche, brûlante. Je respire difficilement, mais je n’ai pas besoin d’air pour gueuler, ça je le sais. Merlin, mes poings frémissent ; je me vois fendre l’espace qui s’étend entre l’Autre et moi et lui envoyer mes phalanges dans le nez. J’en ressens une envie si soudaine, si forte, que
« Thalia, tu l… »
j’en suis incapable de bouger.
Aux prises avec des pulsions renversantes, je peine à détourner mon regard de lui.
Quand j’y parviens, ses mots m’atteignent.
En un mot, il me frappe ; le coup m’atteint au coeur et me laisse pantelante, perdue, seule et totalement pitoyable. *Thalia ?*
THALIA !
« Thalia ? » m’écrié-je.
*Merlin !*
Ma main vole et s'aplatit sur ma bouche. Mais je n’ai pas le temps de m’en vouloir ou de souhaiter reprendre le contrôle de la situation. Je fais trois pas vers le garçon qui s’est détourné de moi, écrasant mes plumes et la carcasse de mon sac de mes pieds précipités.
Thalia comme Gil’Sayan ?
Ah, je ne comprends pas ! Mais je n’en ai que peu faire, à vrai dire. Mon coeur qui s’ébat n’est pas important, mon ventre qui se tord n’a aucune importance, la douleur de mes tripes n’a aucune importance, l'afflux de mes souvenirs n’a aucune importance. Rien n’a d’importance. Sauf peut-être mes pensées qui m’étouffent, prenant la place de ma colère évanouie.
*Il l’a connait !*
*I’ veut m’parler d’elle !*
*Elle l’a envoyé ?*
J’ai une pensée pour ces Fantômes-absents dont Gil’Sayan fait parti. Une petite voix qui veut se frayer un passage pour me dire qu’elle n’est que mensonge, cette fille, et que je n’ai besoin ni d’elle ni des autres. Une pensée folle qui me dit : attention, Aelle, elle n’a rien de sincère.
Qui se soucie de mes pensées ?
« Eh ! » je lance en m’approchant de l’Autre. J’attrape son épaule et le retourne vers moi. Ma main s'agrippe à lui ; peut-être pensé-je à desserrer mes doigts, consciente de la douleur que je lui procure, mais je ne le fais pas. J’appuie même avec plus de force et approche mon visage du sien. Je me plonge dans ses perles bleues.
« Quoi Thalia ? » dis-je précipitamment.
Il est tout près de moi cet Autre. Je pourrais le serrer contre moi. *Erk*. La pensée s’envole. Comment ce gamin peut-il la connaître ? Dois-je m’en faire ? Dois-je l’aimer pour cela ou le détester ? Oui, le détester c’est sans doute mieux. Il va me dire quoi ? Elle lui a dit quoi sur moi ? Peut-être qu’elle m’aime b… Non ! Pas besoin de savoir, en fait. Peut-être qu’il sait juste qu’on est dans la même maison. Peut-être qu’elle lui a dit que je suis comme je suis et qu’il voulait dire : Thalia avait raison. Mais pourquoi tu ? Il sait ? Est-ce qu’il sait ? Il sent mon coeur qui bat ? Ça veut rien dire un coeur qui bat ! Alors que sait-il ? Hein ? Il sait que je n’ai pas d’a… Il sait des choses, alors sait-il pour elle ?
J’essaie de me souvenir ce qu’est le calme.
Je n’y parviens pas. Mon souffle est erratique et mes épaules se soulèvent à un rythme effarant. Mes oreilles bourdonnent et lorsque je regarde autour de moi j’ai l’impression d’être coincée dans un mauvais rêve. Comme s’il ne suffisait que de volonté pour m’en échapper. Mais je sais que c’est faux, car mon coeur me fait si mal et ma culpabilité est si grande que ces sentiments ne peuvent qu’être réels. Les yeux grands ouverts, je regarde le garçon. Alors qu’une seconde auparavant mon souhait était tout autre j’espère plus que de raison que l’Autre ne soit pas blessé. Au fond de moi, je sais que ma flamme n’aurait jamais pu lui faire de mal *pitoyable, Ely*. Mais je sais que ce détail n’a pas d’importance pour Loewy ; elle ne verrait que l’acte.
Pendant une seconde, l’impression que l’adulte me tient en laisse m’étouffe totalement. Je suffoque, je crache, je rue ; je voudrais crier. Mais la sensation s’en va aussitôt sans que je ne fasse un geste, ne laissant qu’une lassitude inouïe s’afficher sur mes traits.
Et derrière le ballet incessant de mes émotions, ma curiosité morbide souffle à mes yeux de ne pas se détacher du garçon qui, ébahi, regarde les flammes disparaître sur son torse. Dans mon coin, je m’agite. Je piétine mes affaires, je regarde tantôt la porte tantôt l’enfant, je serre frénétiquement ma moitié, je m’étouffe dans mon propre souffle. Mon visage est bloqué dans une grimace de colère ; je ne parviens pas à le détendre. Il est si simple d’avoir son regard noir et ses traits froissés.
J’aurai pu me réjouir de l’air effaré qui danse sur la gueule de l’Autre. Mais le fait est que mon estomac se tord d’angoisse à l’idée même qu’il puisse s’enfuir dans les couloirs en gueulant comme un tordu. Mon esprit s’enflamme : s’il se barre je l’arrête, l’effrayer le fera taire ; non, s’il part, je le laisse s’en aller pour me faire oublier ; surtout pas ! je le supplie de ne rien dire. *Non !*. Aucune de ces solutions ne me convient, rien ne me convient. Je voudrais que l’Autre disparaisse, qu’il n’ait jamais existé, qu’il ne soit jamais venu ici, qu’il ne soit pas tout ce qu’il est. Si seulement il n’était pas lui, les choses ne se seraient pas déroulées de cette manière, n’est-ce pas ?
Plongée dans la mélasse de mon angoisse, je suis en train de mordiller ma lèvre quand il lève ses yeux hantés sur moi. Tout à coup, je me fige. Ses yeux bleus me transpercent, mon coeur s’arrête. Au regard qu’il me lance, je comprends qu’il n’est plus capable de rien, j’ai gagné. Mais cette victoire a un goût amer du nom de Loewy qui me dérange particulièrement.
Il parle ; je croise les bras sur ma poitrine.
« Pour… Pourquoi tu… ? »
*Quoi ?*
Ma bouche s’ouvre, aucun son ne sort.
Une envie de rire me secoue le corps. Une putain d’envie de m’esclaffer, la bouche ouverte et les larmes aux yeux, pleurer jusqu’à en crever pour ne plus faire face à la bêtise de l’enfant. Mais je ne suis capable de rien, je regarde l’enfant, bouche bée.
*I’ s’fout d’moi, hein ?*
Mais non.
Non, décidé-je en avisant son air idiot et ses yeux tremblants. Non, sa voix de victime me dit qu’il n’a pas peur, qu’il est sincère dans son effroi et dans son incompréhension. Cela me donne envie de gueuler, par tous les mages ! Mon coeur se tord de colère : pourquoi ? Pauv’ con, pourquoi j’me défend contre un mec qui vient d’m’attaquer, tu crois ?! Il ose me demander pourquoi alors que lui et sa pauvre magie d’enfant incontrôlable viennent tout juste de m’attaquer dans le dos ? Je serre mes poings à m’en exploser les phalanges, la baguette coincée dans celui de droite.
Une brusque bouffée de rage m’étouffe. Elle s’envole de mes tripes pour me prendre à la gorge ; avec elle, une chaleur lancinante qui fait brûler ma peau et s’accélérer mon coeur ; pendant un instant, je crains de ne pouvoir me contrôler. La rage est si forte, si puissante, si destructrice que mes jambes se mettent à trembler follement. Elle est si grande qu’elle prend toute la place dans ma tête, brouillant mes pensées, mes souhaits et mes choix : elle me fige totalement.
J’ouvre la bouche, brûlante. Je respire difficilement, mais je n’ai pas besoin d’air pour gueuler, ça je le sais. Merlin, mes poings frémissent ; je me vois fendre l’espace qui s’étend entre l’Autre et moi et lui envoyer mes phalanges dans le nez. J’en ressens une envie si soudaine, si forte, que
« Thalia, tu l… »
j’en suis incapable de bouger.
Aux prises avec des pulsions renversantes, je peine à détourner mon regard de lui.
Quand j’y parviens, ses mots m’atteignent.
En un mot, il me frappe ; le coup m’atteint au coeur et me laisse pantelante, perdue, seule et totalement pitoyable. *Thalia ?*
THALIA !
« Thalia ? » m’écrié-je.
*Merlin !*
Ma main vole et s'aplatit sur ma bouche. Mais je n’ai pas le temps de m’en vouloir ou de souhaiter reprendre le contrôle de la situation. Je fais trois pas vers le garçon qui s’est détourné de moi, écrasant mes plumes et la carcasse de mon sac de mes pieds précipités.
Thalia comme Gil’Sayan ?
Ah, je ne comprends pas ! Mais je n’en ai que peu faire, à vrai dire. Mon coeur qui s’ébat n’est pas important, mon ventre qui se tord n’a aucune importance, la douleur de mes tripes n’a aucune importance, l'afflux de mes souvenirs n’a aucune importance. Rien n’a d’importance. Sauf peut-être mes pensées qui m’étouffent, prenant la place de ma colère évanouie.
*Il l’a connait !*
*I’ veut m’parler d’elle !*
*Elle l’a envoyé ?*
J’ai une pensée pour ces Fantômes-absents dont Gil’Sayan fait parti. Une petite voix qui veut se frayer un passage pour me dire qu’elle n’est que mensonge, cette fille, et que je n’ai besoin ni d’elle ni des autres. Une pensée folle qui me dit : attention, Aelle, elle n’a rien de sincère.
Qui se soucie de mes pensées ?
« Eh ! » je lance en m’approchant de l’Autre. J’attrape son épaule et le retourne vers moi. Ma main s'agrippe à lui ; peut-être pensé-je à desserrer mes doigts, consciente de la douleur que je lui procure, mais je ne le fais pas. J’appuie même avec plus de force et approche mon visage du sien. Je me plonge dans ses perles bleues.
« Quoi Thalia ? » dis-je précipitamment.
Il est tout près de moi cet Autre. Je pourrais le serrer contre moi. *Erk*. La pensée s’envole. Comment ce gamin peut-il la connaître ? Dois-je m’en faire ? Dois-je l’aimer pour cela ou le détester ? Oui, le détester c’est sans doute mieux. Il va me dire quoi ? Elle lui a dit quoi sur moi ? Peut-être qu’elle m’aime b… Non ! Pas besoin de savoir, en fait. Peut-être qu’il sait juste qu’on est dans la même maison. Peut-être qu’elle lui a dit que je suis comme je suis et qu’il voulait dire : Thalia avait raison. Mais pourquoi tu ? Il sait ? Est-ce qu’il sait ? Il sent mon coeur qui bat ? Ça veut rien dire un coeur qui bat ! Alors que sait-il ? Hein ? Il sait que je n’ai pas d’a… Il sait des choses, alors sait-il pour elle ?
Authentiques Enfants
Un sanglot le secoue lorsque son pied se pose sur le sol de glace. Il ravale le suivant lorsque l'autre le rejoins et recommence. Encore et encore, la marche du squelette. Sèche. Grinçante. Mais la porte se rapproche. Il se rapproche. De la sortie. De la vie. Du temps. Et d'elle, enfin il s'éloigne.
Mais le cri le rattrape.
-Thalia ?
Ouais Thalia, idiote!! THALIA. Que tu détruis, détruis, détruis...
Saul, sortons d'ici.
Le noir, instant de répit, vint écraser ses larmes. Quand la lumière revins, il avait fait un pas de plus mais le sanglot lui échappe. Noyé, il reprit une respiration tremblante et trébucha d'un nouveau pas. La pensée seule l'aidait à avancer. Un rythme, encore et encore. Plus faire mal. Plus faire mal. Nouveau pas, nouveau sanglot. Plus faire mal. Un pas. Un cri derrière. Un pas, encore, jusque là bas. La porte. Vite. Pas.
Chlak.
Quelque chose se referma violemment sur son épaule et Saul retint un cri.
Vite? Pas assez vite...
Comme une poupée de chiffon, il se tordit face à Aelle, le visage ravagé. Colère, tristesse, dégoût, peur, haine. Tout se mélangeait en une grimace rivalisant avec celles de la fille. Douleur aussi. Les serres puissants s'enfonçaient dans sa peau, s'arrachant son os. D'un coup de bras furieux, il se dégagea. Sa main percuta les serres de l'autre et la douleur se propagea aussitôt jusqu'au bout de ses doigts. La prise de l'autre n'avait pas bougée, au contraire. Les dents serrées, Saul tentait de se soustraire à l'effroi qui le gagnait. Il était prisonnier d'Aelle. Il avait dit son Nom. Et maintenant, il allait devenir charbon.
JE VEUX PAS !!!
Il se secoua mais l'autre le plaqua d'une pression à l'épaule et se rapprocha un peu plus. Lui fuyait ses yeux. Ne pas la regarder, ne pas voir, ne pas voir. Le souffle chaud, frénétique de l'autre lui donnait la nausée.
Laisse moi, laisse moi, laisse moi!!
Et la curiosité perça soudain la peur. Qu'allait-elle dire pour le détruire lui? Quels mots pouvaient bien le brûler au point de le rendre charbon? Utiliserait-elle même les mots? Ses yeux se tournèrent sans qu'il n'y fasse attention vers ceux d'Aelle.
.
Aelle?
-Quoi Thalia ?
La voix de la fille coupa court aux doutes qui fusaient dans la tête du gamin. Ses muscles se détendirent tandis que la compréhension le menait à la surface. L'effroi s'envola. Il ne faisait pas parti de lui. Il faisait parti d'Aelle. Cette fois-ci, lorsqu'il se dégagea, la main de l'autre glissa de son épaule. Le sang circula à nouveau. La fille sembla soudain moins grande, moins proche, moins dangereuse. Elle posait la question. Et lui seul détenait la réponse. Saul fut subitement tenté de la laisser là, à sa question. Il était proche de la porte de toute manière, il serait dehors, au milieu de la foule en moins de temps qu'il ne faudrait à Aelle pour le rattraper.
Mais il ne bougea pas. Ses yeux n'avait pas quitté ceux de la fille, et il ne pouvait se résoudre à briser le fil sans lui avoir répondu. Il ne pouvait pas. Mais alors quoi?! C'était soit partir et la laisser à son interrogation, soit ouvrir la bouche... et la blesser. Plus faire mal.
Il réfléchissait encore lorsqu'il sentit ses lèvres se décoller, l'air glacé lui piquer la gorge. Lorsque sa tête se pencha lentement sur le côté et ses yeux se plissèrent dans une magnifique réplique de l'incompréhension.
Merlin... qu'est-ce que je fais?
Le doute fit frémir l'étincelle qu'il avait appris à allumer dans ses yeux, lui qui jouait si bien la comédie... Mais c'était la seule chose qui voulait bien éclairer l'ombre de son esprit. Un souffle plus glacé encore que l'air de la salle franchit la frontière de l'air au son au bord de ses lèvres.
-Quoi? J'ai dit Thalia? Ah... hum pardon. Je voulais dire Tarann.
Il ne se servirait pas de son Nom. Pas pour faire mal. Plus faire mal. Lui qui la blessait à chaque mot, Aelle. Il ne restait plus qu'une chose à faire pour que la tempête se calme. Pour que l'incendie qu'elle avait déclenché se tarisse en lui. Pour qu'elle cesse d'avoir mal par sa faute. Ouvrir la bouche, laisser passer l'air, bouger les lèvres. C'était simple. Un sourire gêné pris place sur sa figure, franc cette fois-ci. L'air qui vint formuler ses pensées lui fit l'effet d'une cuillère de miel lorsqu'il remonta jusqu'à ses lèvres.
-Dis, tu... tu pourrais pas m'oublier?
Oublier la douleur, oublier le mal.
Moi je ne pourrais pas.
L'oublier elle? Non. Il voudrait bien tiens! Mais ce n'était pas possible. Parce qu'elle avait déclenché Tarann. Mais si elle pouvait l'oublier... Alors tant mieux pour elle. Pour lui.
Et puis tant pis.
Mais le cri le rattrape.
-Thalia ?
Ouais Thalia, idiote!! THALIA. Que tu détruis, détruis, détruis...
Saul, sortons d'ici.
Le noir, instant de répit, vint écraser ses larmes. Quand la lumière revins, il avait fait un pas de plus mais le sanglot lui échappe. Noyé, il reprit une respiration tremblante et trébucha d'un nouveau pas. La pensée seule l'aidait à avancer. Un rythme, encore et encore. Plus faire mal. Plus faire mal. Nouveau pas, nouveau sanglot. Plus faire mal. Un pas. Un cri derrière. Un pas, encore, jusque là bas. La porte. Vite. Pas.
Chlak.
Quelque chose se referma violemment sur son épaule et Saul retint un cri.
Vite? Pas assez vite...
Comme une poupée de chiffon, il se tordit face à Aelle, le visage ravagé. Colère, tristesse, dégoût, peur, haine. Tout se mélangeait en une grimace rivalisant avec celles de la fille. Douleur aussi. Les serres puissants s'enfonçaient dans sa peau, s'arrachant son os. D'un coup de bras furieux, il se dégagea. Sa main percuta les serres de l'autre et la douleur se propagea aussitôt jusqu'au bout de ses doigts. La prise de l'autre n'avait pas bougée, au contraire. Les dents serrées, Saul tentait de se soustraire à l'effroi qui le gagnait. Il était prisonnier d'Aelle. Il avait dit son Nom. Et maintenant, il allait devenir charbon.
JE VEUX PAS !!!
Il se secoua mais l'autre le plaqua d'une pression à l'épaule et se rapprocha un peu plus. Lui fuyait ses yeux. Ne pas la regarder, ne pas voir, ne pas voir. Le souffle chaud, frénétique de l'autre lui donnait la nausée.
Laisse moi, laisse moi, laisse moi!!
Et la curiosité perça soudain la peur. Qu'allait-elle dire pour le détruire lui? Quels mots pouvaient bien le brûler au point de le rendre charbon? Utiliserait-elle même les mots? Ses yeux se tournèrent sans qu'il n'y fasse attention vers ceux d'Aelle.
.
Aelle?
-Quoi Thalia ?
La voix de la fille coupa court aux doutes qui fusaient dans la tête du gamin. Ses muscles se détendirent tandis que la compréhension le menait à la surface. L'effroi s'envola. Il ne faisait pas parti de lui. Il faisait parti d'Aelle. Cette fois-ci, lorsqu'il se dégagea, la main de l'autre glissa de son épaule. Le sang circula à nouveau. La fille sembla soudain moins grande, moins proche, moins dangereuse. Elle posait la question. Et lui seul détenait la réponse. Saul fut subitement tenté de la laisser là, à sa question. Il était proche de la porte de toute manière, il serait dehors, au milieu de la foule en moins de temps qu'il ne faudrait à Aelle pour le rattraper.
Mais il ne bougea pas. Ses yeux n'avait pas quitté ceux de la fille, et il ne pouvait se résoudre à briser le fil sans lui avoir répondu. Il ne pouvait pas. Mais alors quoi?! C'était soit partir et la laisser à son interrogation, soit ouvrir la bouche... et la blesser. Plus faire mal.
Il réfléchissait encore lorsqu'il sentit ses lèvres se décoller, l'air glacé lui piquer la gorge. Lorsque sa tête se pencha lentement sur le côté et ses yeux se plissèrent dans une magnifique réplique de l'incompréhension.
Merlin... qu'est-ce que je fais?
Le doute fit frémir l'étincelle qu'il avait appris à allumer dans ses yeux, lui qui jouait si bien la comédie... Mais c'était la seule chose qui voulait bien éclairer l'ombre de son esprit. Un souffle plus glacé encore que l'air de la salle franchit la frontière de l'air au son au bord de ses lèvres.
-Quoi? J'ai dit Thalia? Ah... hum pardon. Je voulais dire Tarann.
Il ne se servirait pas de son Nom. Pas pour faire mal. Plus faire mal. Lui qui la blessait à chaque mot, Aelle. Il ne restait plus qu'une chose à faire pour que la tempête se calme. Pour que l'incendie qu'elle avait déclenché se tarisse en lui. Pour qu'elle cesse d'avoir mal par sa faute. Ouvrir la bouche, laisser passer l'air, bouger les lèvres. C'était simple. Un sourire gêné pris place sur sa figure, franc cette fois-ci. L'air qui vint formuler ses pensées lui fit l'effet d'une cuillère de miel lorsqu'il remonta jusqu'à ses lèvres.
-Dis, tu... tu pourrais pas m'oublier?
Oublier la douleur, oublier le mal.
Moi je ne pourrais pas.
L'oublier elle? Non. Il voudrait bien tiens! Mais ce n'était pas possible. Parce qu'elle avait déclenché Tarann. Mais si elle pouvait l'oublier... Alors tant mieux pour elle. Pour lui.
Et puis tant pis.
Authentiques Enfants
Je lève mon bras.
La rage me noue les tripes, elle déchire mon coeur. Non, elle me brûle. Elle me tue. Elle flambe dans mon corps.
C’est en sentiment pure que la rage. La terrible rage. Elle envahi le corps, efface le passé, étourdit les coeurs. Elle impose des pensées, des faits, des besoins.
Des besoins viscéraux.
Je réponds à un instinct qui hurle tout au fond de moi. Il ne me laisse pas le choix.
« Quoi ? J’ai dit Thalia ? »
C’est sa voix.
C’est son visage.
Ce sont ses mots.
Merlin, ils m’envahissent, me salissent. Ils m’implosent. Ils m’imposent. Ils me réveillent.
Ce besoin viscéral me tord, il m’excite, il me brûle. Il naît du bas de mon corps et meurt dans mon poing qui s’est serré frénétiquement.
« Ah… hum pardon. Je voulais dire Tarann. »
Ce sont ses yeux.
C’est son sourire.
Ils me crispent. Je veux rire.
Alors je frappe. D’un grand coup. Je lève mon poing et de toute ma force je l’envoie dans le visage du garçon. Mes phalanges rencontrent sa joue, ma force me propulse en avant. Je vois la bouche qui se déforme, le sang qui perle. Je sens les battements de mon coeur au fond de moi, tout au fond de moi. Il résonne, il frappe, il frappe profondément.
Oh, qu’il serait bon de frapper. Qu’il serait bon de t’exploser la tronche, gamin. Est-ce que tu sens mon envie qui me tord les entrailles ? Est-ce que tu vois les images dans ma tête ? Est-ce que tu comprends le bien que cela me ferait ? le bonheur de te faire taire, de te faire regretter, de te faire payer ? Payer, payer ta moquerie, payer ton mensonge, payer la connaissance que tu me refuses.
Tremblante, je recule. Mon coeur fait le fou dans ma poitrine, il vole tout l’air de mes poumons et s’amuse avec ; il le recrache, il le rejette. Je secoue la tête pour m’enlever ces images de la tête. Je ne l’ai pas frappé, il est là, devant moi, son mensonge prend toute la place sur sa gueule de gamin ; son sourire est immense, insultant : pauv’ idiote ! qu’il dit. Et oui, il parle de moi.
D’un second pas, je creuse la distance. Mon poing est encore serré et j’ai peur de ne pas résister. Je ne sais pas ce qui m’a empêché de le frapper ; c’est pas comme lorsque j’ai frappé Aodren. Ce n’était pas glacial et clair. Non, là c’était brûlant, si douloureux que l’envie m’a étouffé.
D’un troisième pas, je m’éloigne. Je n’arrive plus à respirer. Je crois que mon air est bloqué quelque part dans mon corps. Je ne sais même pas pourquoi j’y pense ; je me fous de sa destination, je veux seulement respirer !
Je peux pas t’approcher. C’est ce que tu voulais, non ?
C’est douloureux de paniquer. La panique, ça renverse tout sur son passage. Et derrière elle, il ne reste plus rien. Mon esprit est vide, mon coeur est loin, mon poing est lâche. J’aurai dû le frapper. Mon corps n’accepte pas mon choix ; lui voulait faire mal, il voulait faire payer. Il n’a pas aimé que j’en sois empêché, il n’a pas aimé que Loewy me bloque, que mes foutues questions m’Entravent.
Alors que puis-je faire ? Je ne peux plus respirer, je ne peux plus frapper. J’ai mal au coeur. Et je suis en colère. Tellement en colère que je pourrais avaler le monde entier seulement en ouvrant la bouche. J’ai tellement de rage en moi que je pourrais haïr Thalia, que je pourrais tuer Charlie, que je pourrais piétiner tout ce à quoi je tiens. Je le sens, là, dans mon esprit ; je pourrais détruire tout cela en un instant tellement ma colère prend de la place.
Puis la sensation disparaît. Ce ne sont pas Eux qui me font du mal, mais Lui. L’enfant. Je le déteste. Il se fout de moi.
Oh, Merlin, il se fout de moi.
*Pas d’trace*
« Tu… » Ma voix est coincée. C’est un croassement d’oiseau. Je déglutis difficilement. Je prends une minuscule inspiration étouffée. « Dis-le moi. » Je suis essoufflée. « Dis-moi pour Gi… Thalia. » Je tremble. « Dis-le moi tout de suite, ou je te jure que… » Merlin, même ma voix me trahie ! « Je te jure que j’te fait mal. »
Ma voix résonne quelques secondes entre nous. Mon regard est étonnement sec, mais je me demande ce que l’Autre voit sur mon visage défait. Je me demande de quoi j’ai l’air. A l’intérieur, je suis une colonne enflammée que disperse le vent. J’ai envie de tout défracter, mais je suis aussi perdue qu’un nouveau né.
Il ne reste donc qu’une chose. Une seule qui ne laisse pas de trace. Les mots.
Je sais. Zak’ m’a appris. Hein, Zakary, que tu m’as appris à blesser ?
« J’te jure que j’le fais. Je… J’l’ai déjà fait. »
Mon visage se froisse, mes lèvres se retroussent en une grimace de dégoût.
« J’ai pas peur de t’frapper jusqu’à qu’tu cries. » Je lève ma baguette pour la lui montrer. « J’pourrais bien dessiner la vérité avec c’que j’t’arracherais. »
Ma respiration s’est accélérée ; dans ma tête, les cris me font mal : arrête, arrête, arrête ! disent les voix d’un côté. C’est pas c’que tu veux être. Puis de l’autre côté, elles disent : écrase-le !
Mais moi, je ne sais pas. Je veux seulement savoir pourquoi il parle de Thalia. Je veux seulement être sûre qu’elle ne me fera pas mal.
Il sait, lui. J’en suis sûre.
La rage me noue les tripes, elle déchire mon coeur. Non, elle me brûle. Elle me tue. Elle flambe dans mon corps.
C’est en sentiment pure que la rage. La terrible rage. Elle envahi le corps, efface le passé, étourdit les coeurs. Elle impose des pensées, des faits, des besoins.
Des besoins viscéraux.
Je réponds à un instinct qui hurle tout au fond de moi. Il ne me laisse pas le choix.
« Quoi ? J’ai dit Thalia ? »
C’est sa voix.
C’est son visage.
Ce sont ses mots.
Merlin, ils m’envahissent, me salissent. Ils m’implosent. Ils m’imposent. Ils me réveillent.
Ce besoin viscéral me tord, il m’excite, il me brûle. Il naît du bas de mon corps et meurt dans mon poing qui s’est serré frénétiquement.
« Ah… hum pardon. Je voulais dire Tarann. »
Ce sont ses yeux.
C’est son sourire.
Ils me crispent. Je veux rire.
Alors je frappe. D’un grand coup. Je lève mon poing et de toute ma force je l’envoie dans le visage du garçon. Mes phalanges rencontrent sa joue, ma force me propulse en avant. Je vois la bouche qui se déforme, le sang qui perle. Je sens les battements de mon coeur au fond de moi, tout au fond de moi. Il résonne, il frappe, il frappe profondément.
Oh, qu’il serait bon de frapper. Qu’il serait bon de t’exploser la tronche, gamin. Est-ce que tu sens mon envie qui me tord les entrailles ? Est-ce que tu vois les images dans ma tête ? Est-ce que tu comprends le bien que cela me ferait ? le bonheur de te faire taire, de te faire regretter, de te faire payer ? Payer, payer ta moquerie, payer ton mensonge, payer la connaissance que tu me refuses.
Tremblante, je recule. Mon coeur fait le fou dans ma poitrine, il vole tout l’air de mes poumons et s’amuse avec ; il le recrache, il le rejette. Je secoue la tête pour m’enlever ces images de la tête. Je ne l’ai pas frappé, il est là, devant moi, son mensonge prend toute la place sur sa gueule de gamin ; son sourire est immense, insultant : pauv’ idiote ! qu’il dit. Et oui, il parle de moi.
D’un second pas, je creuse la distance. Mon poing est encore serré et j’ai peur de ne pas résister. Je ne sais pas ce qui m’a empêché de le frapper ; c’est pas comme lorsque j’ai frappé Aodren. Ce n’était pas glacial et clair. Non, là c’était brûlant, si douloureux que l’envie m’a étouffé.
D’un troisième pas, je m’éloigne. Je n’arrive plus à respirer. Je crois que mon air est bloqué quelque part dans mon corps. Je ne sais même pas pourquoi j’y pense ; je me fous de sa destination, je veux seulement respirer !
Je peux pas t’approcher. C’est ce que tu voulais, non ?
C’est douloureux de paniquer. La panique, ça renverse tout sur son passage. Et derrière elle, il ne reste plus rien. Mon esprit est vide, mon coeur est loin, mon poing est lâche. J’aurai dû le frapper. Mon corps n’accepte pas mon choix ; lui voulait faire mal, il voulait faire payer. Il n’a pas aimé que j’en sois empêché, il n’a pas aimé que Loewy me bloque, que mes foutues questions m’Entravent.
Alors que puis-je faire ? Je ne peux plus respirer, je ne peux plus frapper. J’ai mal au coeur. Et je suis en colère. Tellement en colère que je pourrais avaler le monde entier seulement en ouvrant la bouche. J’ai tellement de rage en moi que je pourrais haïr Thalia, que je pourrais tuer Charlie, que je pourrais piétiner tout ce à quoi je tiens. Je le sens, là, dans mon esprit ; je pourrais détruire tout cela en un instant tellement ma colère prend de la place.
Puis la sensation disparaît. Ce ne sont pas Eux qui me font du mal, mais Lui. L’enfant. Je le déteste. Il se fout de moi.
Oh, Merlin, il se fout de moi.
*Pas d’trace*
« Tu… » Ma voix est coincée. C’est un croassement d’oiseau. Je déglutis difficilement. Je prends une minuscule inspiration étouffée. « Dis-le moi. » Je suis essoufflée. « Dis-moi pour Gi… Thalia. » Je tremble. « Dis-le moi tout de suite, ou je te jure que… » Merlin, même ma voix me trahie ! « Je te jure que j’te fait mal. »
Ma voix résonne quelques secondes entre nous. Mon regard est étonnement sec, mais je me demande ce que l’Autre voit sur mon visage défait. Je me demande de quoi j’ai l’air. A l’intérieur, je suis une colonne enflammée que disperse le vent. J’ai envie de tout défracter, mais je suis aussi perdue qu’un nouveau né.
Il ne reste donc qu’une chose. Une seule qui ne laisse pas de trace. Les mots.
Je sais. Zak’ m’a appris. Hein, Zakary, que tu m’as appris à blesser ?
« J’te jure que j’le fais. Je… J’l’ai déjà fait. »
Mon visage se froisse, mes lèvres se retroussent en une grimace de dégoût.
« J’ai pas peur de t’frapper jusqu’à qu’tu cries. » Je lève ma baguette pour la lui montrer. « J’pourrais bien dessiner la vérité avec c’que j’t’arracherais. »
Ma respiration s’est accélérée ; dans ma tête, les cris me font mal : arrête, arrête, arrête ! disent les voix d’un côté. C’est pas c’que tu veux être. Puis de l’autre côté, elles disent : écrase-le !
Mais moi, je ne sais pas. Je veux seulement savoir pourquoi il parle de Thalia. Je veux seulement être sûre qu’elle ne me fera pas mal.
Il sait, lui. J’en suis sûre.
Authentiques Enfants
Maintenant que le voile de la comédie est levé, que les rideaux se sont fermés, tandis qu'il salut sur le bord de sa scène, Saul voit bien qu'il a touché la seule spectatrice. Plus que touché même, ses yeux, sa bouche... son visage semble avoir reçu un coup de poing en plein dans le nez. Aelle le dévisage avec ses yeux trop noirs et c'est tout comme. Il en regrette presque d'avoir frappé. Paf! Écrasé sa force sur cette face en noir et blanc. D'un regard et d'un sourire. Il ne savait pas qu'un sourire pouvait faire autant de dégâts. Et plus elle le regarde, plus elle se déforme, Aelle. Plus elle le regarde, plus il voit à quel point il l'a blessée. Hachée menue en chaire à pâté. Hachée. C'est bien l'impression qu'elle donne alors, se reculant toute en saccades, comme la vieille image d'un téléviseur qui cherche un signal. D'un dernier pas brouillé, elle s'éloigne.
Soudain c'est comme s'il atteignait la surface, qu'il n'avait pas respiré jusque là. Il remarque pour la première fois le poids qu'il porte à bout de bras. Alors il lâche, sort la tête de l'eau. Ses épaules, lentement, amplement, se soulèvent pour laisser l'air froid passer. Il s'en rend seulement compte mais il avait retenu sa respiration à l'instant même où il avait prononcé le souhait. Qu'elle l'oublie. Bizarrement ça n'avait pas franchement l'air d'avoir fonctionné...
Maintenant il ne pouvait plus rien faire que contempler la créature qui lui faisait face. Les poings serrés si fort qu'elles avaient rejeté le sang, les mains de la fillette étaient d'un blanc de porcelaine. Un blanc de poupée, comme celles avec lesquelles jouait Lyra avant. Les jolies poupées fragiles qu'il ne devait surtout pas toucher au risque de se prendre une déferlante. Lyra semblait croire qu'un simple contact des mains du gamin briserait tout. Lyra ne savait pas qu'on pouvait briser sans toucher. D'un regard et d'un sourire. Aelle, toute pâle, rigide et si fragile à la fois, soudain, est une poupée de porcelaine.
Et lui est le Roi.
Ça vient, ça fuse et ça le percute tout à coup. Dans son palais de glace, ici, il a tout les droits. C'est vrai, il est le Roi. D'un regard il glace, d'un sourire il brûle. Sa propre puissance le submerge et la vague, trop grande pour lui, frêle gamin, le renverse. Oui, il est le Roi. Le R est trop grand pour l'enfant, le sceptre est trop lourd. Là sur son trône trop large, il observe la poupée de porcelaine aux yeux trop noirs.
Elle a peur? Non elle enrage.
C'est un volcan de céramique et il va exploser. Saul le sait, il le sent. Il la voit presque, la lave qui bouillonne derrière la barrière de porcelaine. L'éruption n'est plus qu'une question de secondes. La fragile barrière de la poupée va lâcher, la voilà qui se fissure, elle
-Tu...
Raclement. Pas de lave.
-Dis-le moi.
La poupée a une brisure dans la gorge.
-Dis-moi pour Gi… Thalia.
Nop. Je confirme, elle n'a pas oublié...
Le nom de la fillette aux yeux de jade pèse le poids des mots d'Aelle. Saul soupire, se ratatine un peu plus au fond du trône. Il n'aurait pas du brandir son fichu marteau de justice. Il n'en a pas le droit.
Si, tu es le Roi.
Non, il veut lâcher le sceptre aux doigts accusateurs. Il ne sait pas pour Tarann. Il croit savoir mais il le voit bien de là haut, qu'il ne sait rien. Il le voit bien dans ses yeux qu'elle l'aime autant que lui, Aelle.
Non. Non non. Plus. Elle l'aime plus que lui. Bien plus que lui. Elle sait plus. C'est elle qui devrait être assise là. Elle qui devrait être Roi.
- Dis-le moi tout de suite, ou je te jure que… Je te jure que j’te fait mal.
Elle tremble mais pourtant c'est ça et le gamin la croit. La terreur enfonce ses longs doigts dans ses poumons, creuse, vole l'air.
Saul, du calme, ce n'est qu'un sentiment, une impression...
Mais le contact glaçant des doigts est encore là. Alors il respire, plus vite, essaye de remplir à nouveau ces poumons. Et ses yeux ne quittent pas ceux d'Aelle. La poupée de porcelaine s'entoure de parole, protège sa fragile enveloppe d'un large bouclier de menaces. Ce ne sont que des mots, des sons, de l'air qui vibre. Pourtant la poigne squelettique se raffermit, puise encore et encore dans l'air de l'enfant. Il a la trouille, voilà ce qu'il a. Lorsqu'elle lève haut sa baguette, il doit se faire force pour ne pas reculer.
Il n'a qu'à lui dire. Oui voilà, elle veut savoir, il n'a qu'à lui dire! Lui dire qu-...
Mais lui dire quoi? C'est vrai, il ne sait rien.
Doucement la terreur fond, laisse place à un vide étrange.
Que dire sans mentir? Car il ne veut pas déchirer la vérité. Il veut la connaitre avant. Il doit la connaitre avant.
Dans la salle trop grande pour ces deux gamins, le silence revient à petits pas. Comme un animal dérangé, il revient se lover contre les murs, un peu inquiet. Tout pourrait bien exploser de nouveau.
Exploser.
Oh oui... mais pas de nouveau. Non, il faudrait réfléchir à autre chose mais l'idée s'infiltre de force dans la tête du garçon: Aelle n'a pas explosé. Il y a la cassure dans sa gorge. Le couvercle. Quelque chose dans le volcan qui l'avait empêché d'entrer en éruption. Le gamin fronce les sourcils. Le calme est revenu dans sa poitrine et maintenant il voit. La tornade de mots part en fumée. Aelle n'est que poupée de porcelaine. Et elle ne peut pas exploser.
Peut-être est-ce trop. Peut-être a-t-il tord. Il serait sûrement plus simple de dire n'importe quoi et de déchirer le tableau de vérité. Tant pis, non? Non. Saul se redressa légèrement, fouillant le regard noir de la fillette. Dans sa tête, le plan est fait, il est clair, net. Mais il s'attarde encore un instant dans ces yeux étranges.
Je te promets de te le dire. Quand je saurais je te le dirais, Aelle. C'est une promesse.
Au prochain battement de cœur il fera ce qu'il a décidé de faire. Bam. Trop vite arrivé.
-Essaie alors.
Sa voix est calme, posée. Il ne prend pas le temps de voir sa réaction. Il ne peut plus s'attarder maintenant. Son cœur bat bien trop vite mais c'est comme s'il était dissocié de tout le reste. Le reste calme et vide. Dans son oreille un acouphène résonne. Le gamin se retourne vers la porte entrouverte, marche. Ça va vite, il en était si proche. Il ne suffit plus alors que de clore le chapitre, remonter le temps. C'est lui dehors, elle dedans. Saul n'éprouve aucune difficulté à fermer la porte derrière lui.
BAM...
Le bruit sourd lui fait l'effet d'une douche froide. Le sifflement s'éteint dans son oreille, le vide se comble, il reprend consistance. Et avec la chair, le sang, les os, autre chose monte.
Tap. Tap, tap. Le voilà qui cours dans les couloirs. Les tableaux défilent, flou. Son nom résonne loin mais il ne fait que l'entendre, il ne s'arrête pas. Le monde ne redevient net que lorsque la porte des toilettes claque derrière lui, le verrou avec. Il n’a même pas eu à le toucher. Dans un soupir, l'enfant se laissa tomber sur le sol de pierre, accroupie, les bras autour des genoux pour ne pas les voir trembler. C'est seulement dans le silence que la vague l'emporta. Ici plus besoin de résister. Dans un tremblement, les épaules en sursaut, il laissa couler les larmes.
Soudain c'est comme s'il atteignait la surface, qu'il n'avait pas respiré jusque là. Il remarque pour la première fois le poids qu'il porte à bout de bras. Alors il lâche, sort la tête de l'eau. Ses épaules, lentement, amplement, se soulèvent pour laisser l'air froid passer. Il s'en rend seulement compte mais il avait retenu sa respiration à l'instant même où il avait prononcé le souhait. Qu'elle l'oublie. Bizarrement ça n'avait pas franchement l'air d'avoir fonctionné...
Maintenant il ne pouvait plus rien faire que contempler la créature qui lui faisait face. Les poings serrés si fort qu'elles avaient rejeté le sang, les mains de la fillette étaient d'un blanc de porcelaine. Un blanc de poupée, comme celles avec lesquelles jouait Lyra avant. Les jolies poupées fragiles qu'il ne devait surtout pas toucher au risque de se prendre une déferlante. Lyra semblait croire qu'un simple contact des mains du gamin briserait tout. Lyra ne savait pas qu'on pouvait briser sans toucher. D'un regard et d'un sourire. Aelle, toute pâle, rigide et si fragile à la fois, soudain, est une poupée de porcelaine.
Et lui est le Roi.
Ça vient, ça fuse et ça le percute tout à coup. Dans son palais de glace, ici, il a tout les droits. C'est vrai, il est le Roi. D'un regard il glace, d'un sourire il brûle. Sa propre puissance le submerge et la vague, trop grande pour lui, frêle gamin, le renverse. Oui, il est le Roi. Le R est trop grand pour l'enfant, le sceptre est trop lourd. Là sur son trône trop large, il observe la poupée de porcelaine aux yeux trop noirs.
Elle a peur? Non elle enrage.
C'est un volcan de céramique et il va exploser. Saul le sait, il le sent. Il la voit presque, la lave qui bouillonne derrière la barrière de porcelaine. L'éruption n'est plus qu'une question de secondes. La fragile barrière de la poupée va lâcher, la voilà qui se fissure, elle
-Tu...
Raclement. Pas de lave.
-Dis-le moi.
La poupée a une brisure dans la gorge.
-Dis-moi pour Gi… Thalia.
Nop. Je confirme, elle n'a pas oublié...
Le nom de la fillette aux yeux de jade pèse le poids des mots d'Aelle. Saul soupire, se ratatine un peu plus au fond du trône. Il n'aurait pas du brandir son fichu marteau de justice. Il n'en a pas le droit.
Si, tu es le Roi.
Non, il veut lâcher le sceptre aux doigts accusateurs. Il ne sait pas pour Tarann. Il croit savoir mais il le voit bien de là haut, qu'il ne sait rien. Il le voit bien dans ses yeux qu'elle l'aime autant que lui, Aelle.
Non. Non non. Plus. Elle l'aime plus que lui. Bien plus que lui. Elle sait plus. C'est elle qui devrait être assise là. Elle qui devrait être Roi.
- Dis-le moi tout de suite, ou je te jure que… Je te jure que j’te fait mal.
Elle tremble mais pourtant c'est ça et le gamin la croit. La terreur enfonce ses longs doigts dans ses poumons, creuse, vole l'air.
Saul, du calme, ce n'est qu'un sentiment, une impression...
Mais le contact glaçant des doigts est encore là. Alors il respire, plus vite, essaye de remplir à nouveau ces poumons. Et ses yeux ne quittent pas ceux d'Aelle. La poupée de porcelaine s'entoure de parole, protège sa fragile enveloppe d'un large bouclier de menaces. Ce ne sont que des mots, des sons, de l'air qui vibre. Pourtant la poigne squelettique se raffermit, puise encore et encore dans l'air de l'enfant. Il a la trouille, voilà ce qu'il a. Lorsqu'elle lève haut sa baguette, il doit se faire force pour ne pas reculer.
Il n'a qu'à lui dire. Oui voilà, elle veut savoir, il n'a qu'à lui dire! Lui dire qu-...
Mais lui dire quoi? C'est vrai, il ne sait rien.
Doucement la terreur fond, laisse place à un vide étrange.
Que dire sans mentir? Car il ne veut pas déchirer la vérité. Il veut la connaitre avant. Il doit la connaitre avant.
Dans la salle trop grande pour ces deux gamins, le silence revient à petits pas. Comme un animal dérangé, il revient se lover contre les murs, un peu inquiet. Tout pourrait bien exploser de nouveau.
Exploser.
Oh oui... mais pas de nouveau. Non, il faudrait réfléchir à autre chose mais l'idée s'infiltre de force dans la tête du garçon: Aelle n'a pas explosé. Il y a la cassure dans sa gorge. Le couvercle. Quelque chose dans le volcan qui l'avait empêché d'entrer en éruption. Le gamin fronce les sourcils. Le calme est revenu dans sa poitrine et maintenant il voit. La tornade de mots part en fumée. Aelle n'est que poupée de porcelaine. Et elle ne peut pas exploser.
Peut-être est-ce trop. Peut-être a-t-il tord. Il serait sûrement plus simple de dire n'importe quoi et de déchirer le tableau de vérité. Tant pis, non? Non. Saul se redressa légèrement, fouillant le regard noir de la fillette. Dans sa tête, le plan est fait, il est clair, net. Mais il s'attarde encore un instant dans ces yeux étranges.
Je te promets de te le dire. Quand je saurais je te le dirais, Aelle. C'est une promesse.
Au prochain battement de cœur il fera ce qu'il a décidé de faire. Bam. Trop vite arrivé.
-Essaie alors.
Sa voix est calme, posée. Il ne prend pas le temps de voir sa réaction. Il ne peut plus s'attarder maintenant. Son cœur bat bien trop vite mais c'est comme s'il était dissocié de tout le reste. Le reste calme et vide. Dans son oreille un acouphène résonne. Le gamin se retourne vers la porte entrouverte, marche. Ça va vite, il en était si proche. Il ne suffit plus alors que de clore le chapitre, remonter le temps. C'est lui dehors, elle dedans. Saul n'éprouve aucune difficulté à fermer la porte derrière lui.
BAM...
Le bruit sourd lui fait l'effet d'une douche froide. Le sifflement s'éteint dans son oreille, le vide se comble, il reprend consistance. Et avec la chair, le sang, les os, autre chose monte.
Tap. Tap, tap. Le voilà qui cours dans les couloirs. Les tableaux défilent, flou. Son nom résonne loin mais il ne fait que l'entendre, il ne s'arrête pas. Le monde ne redevient net que lorsque la porte des toilettes claque derrière lui, le verrou avec. Il n’a même pas eu à le toucher. Dans un soupir, l'enfant se laissa tomber sur le sol de pierre, accroupie, les bras autour des genoux pour ne pas les voir trembler. C'est seulement dans le silence que la vague l'emporta. Ici plus besoin de résister. Dans un tremblement, les épaules en sursaut, il laissa couler les larmes.
Fin du point de vue de Saul
Merci énormément pour ce RP, Belle Plume. J'ai eu du mal à m'y remettre mais il semblerait que la plume ait repris ses vieilles habitudes. Je m'arrête ici, essoufflé et je te laisse finir comme bon te semble.
Merci encore. Et pour toujours.
Ah et pardon pour le pavé
Merci encore. Et pour toujours.
Ah et pardon pour le pavé
Authentiques Enfants
Il sait et il ne veut pas me dire.
Que sait-il ? Le baiser ? Les promesses ? Une Vérité que je ne connais pas ?
Sait-il si elle serait capable de me faire mal ? Sait-il si elle me ment ? Lui a-t-elle parlé de moi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
La rage s’étiole pour laisser place à la peur. Un monstre instable et dangereux qui fait son nid dans mon coeur et qui grandit tout au fond de moi. La peur est pire que la colère ; elle ne va pas m’étouffer, non, elle va me figer. Me laisser tout accepter, tout subir. Je me redresse légèrement, je ne dois pas me laisser bouffer par elle, surtout pas. Je repousse loin de moi les souvenirs de Thalia, je repousse ma crainte, je repousse mon angoisse. Ne doit rester que le gamin qui se tient face à moi avec son air d’idiot. Seulement lui et ses yeux qui me perforent.
Nos regards sont en lutte constante. Parfois, l’un d’eux vrille et l’autre prend le dessus. Mais là, je suis incapable de dire qui Contrôle ; est-ce lui avec ses yeux tremblants ou moi avec la rage qui plisse les miens ?
L’abruti bouge. C’est léger, mais bien là. Il se redresse. Je n’aime pas cela ; je préfèrerais le voir écrasé par la peur. Là, il se redresse et se libère de mon regard. Il se grandit, il fronce les sourcils. Même son regard, celui-là même qui me fouille, change imperceptiblement. Il m’échappe. *Faut que j’le retienne !* Je me penche légèrement, ma main se crispe nerveusement autour de ma baguette.
Et mon coeur, par l’amour de Merlin, mon coeur qui s’affole dans le secret de ma poitrine. C’est l’angoisse qui le fait battre avec tant de force. Non, la rage. Celle que je dois ressentir, je le dois !
Sans prévenir, alors que les deux Entités, celle de la rage et de la peur, s’affrontent en moi, le gamin parle. Son regard me fait mal, son regard me glace : « Essaie, alors, » dit-il et sa voix envahit ma tête.
Je me fige. Non par peur, mais par compréhension : il me défie. Non, rectifié-je, pire que ça : il se fout de moi. Alors, figée par ma propre surprise, je le regarde faire quelques pas en arrière puis se retourner pour quitter la salle.
Arrête-le !
Lance-lui un sort !
Mais je suis incapable de faire quoi que ce soit tant je suis surprise et frustrée. Il s’en va sans me donner de réponse, il s’en va en faisant fi de mes menaces, il s’en va car il n’a pas peur de moi. La porte claque derrière lui et enfin je me réveille.
Je cligne des yeux et me penche pour reprendre mon souffle. Je n’avais pas eu conscience de retenir ma respiration.
Il est parti.
La main qui tient ma baguette tremble terriblement. Je serre mes doigts autour de ma Moitié pour contenir les tremblements.
Sans rien me dire, il est parti.
*C’est n’import’ quoi*, songé-je en faisant quelques pas tremblants vers la porte, comme si j’allais lui courir après. N’importe quoi ; il s’est bien foutu de ma gueule. Un sourire tremblant traverse mes lèvres et ça y est, je le sens grandir au fond de moi : le rire du désespoir, le rire de la nervosité. Le même qui m’a pris face à Thalia ; la coïncidence est trop folle pour ne pas me faire vriller. Je passe une main sur mon visage et sens sous mes doigts les larmes de frustration.
J’essaie de me retenir.
Mais la colère et la frustration sont trop grandes. Plus de peur, plus de crainte, seulement cette colère brûlante et cette frustration piquante. Mon sourire s'agrandit et enfin je ris.
Mon rire est discret, renfermé, coincé à l’intérieur de moi. Il est grinçant et flippant ; dès que j’entends le son, je me tais. Le silence m’enveloppe et je prends conscience que je suis seule dans cette salle de bal, complètement seule, sans avoir pu trouver de réponse à la moindre question ; ni celles concernant Chu-Jung ni celles concernant Thalia.
Et le gamin s’est enfui comme si je n’étais rien. Rien du tout.
La colère déforme mon visage. Elle s'infiltre dans mes veines, elle accentue mes tremblements, elle fait tourbillonner ma magie. Ma respiration s’affole ; en l’espace de quelques secondes, j’en suis réduit à n’être que cela : un animal de colère.
« Espèce… » Ma voix est horrible dans ce silence. « … de sale… » Elle est grave et aussi pâle que mes infructueux essaies d’intimidation. « … petit… »
Les mots se coincent dans ma gorge.
Tout se coince. Entre mes doigts serrés, ma baguette crépite et je suis pourtant incapable de l’utiliser. Ni pour envoyer l’expulso qui me démange contre un mur, ni pour m’encourager à poursuivre le gamin pour lui arracher ses réponses.
Je ne suis capable de rien car cette colère que je ressens est si puissante qu’elle s’étouffe elle-même, comme tout à l’heure. Comme lorsque j’aurais du envoyer mon poing dans la gueule du gamin.
Je plonge mon visage entre mes mains, étouffant un cri qui ne serait de toute manière jamais sorti. Je le déteste, par Merlin, je les déteste ces Autres. Et Thalia, si seulement il n’avait jamais prononcé son prénom.
Les larmes coulent sans prévenir. Des larmes brûlantes qui s’agglutinent dans mes yeux et qui mouillent mes joues.
Je pleure de frustration. Je pleure de tristesse. Je pleure de peur.
Saul. Chu-Jung. Thalia.
Trois idiots qui n’en sont pas.
C’est moi, l’idiote.
Que sait-il ? Le baiser ? Les promesses ? Une Vérité que je ne connais pas ?
Sait-il si elle serait capable de me faire mal ? Sait-il si elle me ment ? Lui a-t-elle parlé de moi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
La rage s’étiole pour laisser place à la peur. Un monstre instable et dangereux qui fait son nid dans mon coeur et qui grandit tout au fond de moi. La peur est pire que la colère ; elle ne va pas m’étouffer, non, elle va me figer. Me laisser tout accepter, tout subir. Je me redresse légèrement, je ne dois pas me laisser bouffer par elle, surtout pas. Je repousse loin de moi les souvenirs de Thalia, je repousse ma crainte, je repousse mon angoisse. Ne doit rester que le gamin qui se tient face à moi avec son air d’idiot. Seulement lui et ses yeux qui me perforent.
Nos regards sont en lutte constante. Parfois, l’un d’eux vrille et l’autre prend le dessus. Mais là, je suis incapable de dire qui Contrôle ; est-ce lui avec ses yeux tremblants ou moi avec la rage qui plisse les miens ?
L’abruti bouge. C’est léger, mais bien là. Il se redresse. Je n’aime pas cela ; je préfèrerais le voir écrasé par la peur. Là, il se redresse et se libère de mon regard. Il se grandit, il fronce les sourcils. Même son regard, celui-là même qui me fouille, change imperceptiblement. Il m’échappe. *Faut que j’le retienne !* Je me penche légèrement, ma main se crispe nerveusement autour de ma baguette.
Et mon coeur, par l’amour de Merlin, mon coeur qui s’affole dans le secret de ma poitrine. C’est l’angoisse qui le fait battre avec tant de force. Non, la rage. Celle que je dois ressentir, je le dois !
Sans prévenir, alors que les deux Entités, celle de la rage et de la peur, s’affrontent en moi, le gamin parle. Son regard me fait mal, son regard me glace : « Essaie, alors, » dit-il et sa voix envahit ma tête.
Je me fige. Non par peur, mais par compréhension : il me défie. Non, rectifié-je, pire que ça : il se fout de moi. Alors, figée par ma propre surprise, je le regarde faire quelques pas en arrière puis se retourner pour quitter la salle.
Arrête-le !
Lance-lui un sort !
Mais je suis incapable de faire quoi que ce soit tant je suis surprise et frustrée. Il s’en va sans me donner de réponse, il s’en va en faisant fi de mes menaces, il s’en va car il n’a pas peur de moi. La porte claque derrière lui et enfin je me réveille.
Je cligne des yeux et me penche pour reprendre mon souffle. Je n’avais pas eu conscience de retenir ma respiration.
Il est parti.
La main qui tient ma baguette tremble terriblement. Je serre mes doigts autour de ma Moitié pour contenir les tremblements.
Sans rien me dire, il est parti.
*C’est n’import’ quoi*, songé-je en faisant quelques pas tremblants vers la porte, comme si j’allais lui courir après. N’importe quoi ; il s’est bien foutu de ma gueule. Un sourire tremblant traverse mes lèvres et ça y est, je le sens grandir au fond de moi : le rire du désespoir, le rire de la nervosité. Le même qui m’a pris face à Thalia ; la coïncidence est trop folle pour ne pas me faire vriller. Je passe une main sur mon visage et sens sous mes doigts les larmes de frustration.
J’essaie de me retenir.
Mais la colère et la frustration sont trop grandes. Plus de peur, plus de crainte, seulement cette colère brûlante et cette frustration piquante. Mon sourire s'agrandit et enfin je ris.
Mon rire est discret, renfermé, coincé à l’intérieur de moi. Il est grinçant et flippant ; dès que j’entends le son, je me tais. Le silence m’enveloppe et je prends conscience que je suis seule dans cette salle de bal, complètement seule, sans avoir pu trouver de réponse à la moindre question ; ni celles concernant Chu-Jung ni celles concernant Thalia.
Et le gamin s’est enfui comme si je n’étais rien. Rien du tout.
La colère déforme mon visage. Elle s'infiltre dans mes veines, elle accentue mes tremblements, elle fait tourbillonner ma magie. Ma respiration s’affole ; en l’espace de quelques secondes, j’en suis réduit à n’être que cela : un animal de colère.
« Espèce… » Ma voix est horrible dans ce silence. « … de sale… » Elle est grave et aussi pâle que mes infructueux essaies d’intimidation. « … petit… »
Les mots se coincent dans ma gorge.
Tout se coince. Entre mes doigts serrés, ma baguette crépite et je suis pourtant incapable de l’utiliser. Ni pour envoyer l’expulso qui me démange contre un mur, ni pour m’encourager à poursuivre le gamin pour lui arracher ses réponses.
Je ne suis capable de rien car cette colère que je ressens est si puissante qu’elle s’étouffe elle-même, comme tout à l’heure. Comme lorsque j’aurais du envoyer mon poing dans la gueule du gamin.
Je plonge mon visage entre mes mains, étouffant un cri qui ne serait de toute manière jamais sorti. Je le déteste, par Merlin, je les déteste ces Autres. Et Thalia, si seulement il n’avait jamais prononcé son prénom.
Les larmes coulent sans prévenir. Des larmes brûlantes qui s’agglutinent dans mes yeux et qui mouillent mes joues.
Je pleure de frustration. Je pleure de tristesse. Je pleure de peur.
Saul. Chu-Jung. Thalia.
Trois idiots qui n’en sont pas.
C’est moi, l’idiote.
- Fin -
C'est moi qui te remercie, car dans cette Danse tu n'as pas fait que m'émouvoir : tu m'as fait pleurer, tu m'as fait crier de colère et tu m'as fait découvrir une tendresse que je ne pensais pas accessible dans une telle tornade d'émotions.
Je te dis à bientôt, car je ne tiendrais pas longtemps sans partager quelques mots avec toi.
Je te dis à bientôt, car je ne tiendrais pas longtemps sans partager quelques mots avec toi.