Salle de bal

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Table de O. Flynch et K. Loewy

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Cette table est réservée à Owen Flynch et Kristen Loewy.

Au menu : Il vous est proposé comme entrée... du Foie gras, du Saumon fumé ou des Verrines de Noël (au choix).
Comme plat, vous pourrez savourer... une délicieuse Dinde de Noël, accompagnée de pommes de terre et d'haricots verts.
Comme dessert, vous aurez le choix entre... un Tiramisu, une Bûche de Noël ou une Mousse Framboise.

Passez une merveilleuse soirée !

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Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Table de O. Flynch et K. Loewy

Grand jour, ou plutôt soir, pour Owen : c'était maintenant le bal. Le pauvre jeune professeur de métamorphose n'avait pas grand nombre d'amis, mais il ne tenait pas non plus à totalement se ridiculiser devant toute l'école, surtout pour sa première année d'enseignement à Poudlard. Il avait tout de même sa fierté et son ego, et le jeune homme ne souhaitait pas passer sa soirée seul, comme un imbécile. Le choix d'une cavalière avait été fort compliqué, d'autant qu'Owen avait longtemps oscillé entre y aller accompagné d'une femme ou d'un homme, mais son choix s'était finalement arrêté sur la seule et unique personne pour qui il avait un grand respect et une profonde admiration : Kristen Loewy. Cela pouvait sembler quelque peu hautain et cavalier de sa part d'oser demander la grande directrice qui lui avait accordé son poste à Poudlard, mais Owen s'était tout de même jeté à l'eau et avait envoyé son hibou, tout propre, direction la volière de la directrice, pour y déposer une lettre en bon et due forme, soignée, proposant à sa supérieure de l'accompagner au bal.

Owen avait d'abord pensé que sa demande n'irait pas bien loin, après tout, il jouait là avec le feu, ne sachant même pas si Kristen avait déjà quelqu'un ou non pour l'accompagner au bal. Mais bien que son pari était osé, Owen savait qu'il ferait grand effet en entrant avec la directrice à son bras - si tant est qu'elle daigne lui prendre le bras, lui accorder une danse, ce genre de chose - Du coup, le jeune professeur de métamorphose avait été assez surpris de croiser la directrice qui lui avait dit qu'elle acceptait son invitation, sans exprimer la moindre émotion. Peu importe pour le professeur, lui était ravi de pouvoir aller à ce bal avec une femme, lui qui pourtant n'est pas très doué avec la gente féminine. Mais il voyait en la personne de madame Loewy quelque chose d'assez différent des femmes qu'il avait pu connaître.

L'invitation étant acceptée, Owen s'était donc efforcé de bien s'habiller et d'apporter un présent pour sa cavalière, qui n'était décemment pas femme facile à combler, d'après les ouïes dire. Habillé en costume tout à fait classique, Owen portait un noeud papillon qui relevait la sobriété de son costume, mais ce dernier lui allait parfaitement. Peut-être un peu serré au niveau de la chemise, mais le professeur était déjà content d'avoir retrouvé un costume en bon état. Chemise blanche, veste noire, pantalon bleu foncé et chaussure somme toute assez huppée, Owen attendait devant l'entrée de la salle de bal sa cavalière. Son présent dans une main, qu'il ne révelerai qu'au moment opportun, il se sentait confiant, bien que quelque peu stressé, ce qui n'était pas dans es habitudes. * Mieux vaut conserver les formalités hiérarchiques * songea-t-il, conscient qu'il sortait là le temps d'une soirée avec sa supérieure. Néanmoins, l'idée de cette soirée le ravissait, et Owen avait hâte de voir où tout cela allait le mener. Patiemment, il attendit que madame Loewy arrive, et ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes à voir quelques couples d'élèves passer - qu'il saluait d'un signe de tête - qu'il cru reconnaître au loin sa cavalière.

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Cette année encore, un bal avait été organisé à Poudlard pour fêter Noël. C’était un moyen pour tous les élèves qui restaient à Poudlard pendant les vacances de fêter Noël ensemble, et c’était aussi l’occasion de faire fleurir les bouquets de commérages pour les journaux des Maisons. Contrairement à l’année passée, cependant, les élèves et les adultes résidant à Poudlard seraient les seuls à fêter Noël ainsi : pas de présence nordique représentée par les élèves de Durmstrang, pas de raffinement à la française avec les élèves de Beauxbâtons ; pas d’homologues de Kristen, personne avec qui distiller une conversation.

Elle ne comptait pas se rendre à ce bal, pour être honnête. Elle avait pensé qu’elle le passerait dans son bureau, à travailler, comme elle le faisait déjà lorsqu’elle n’était pas encore directrice, aux bals qui avaient été organisés pour la Saint Valentin ou pour Noël. Elle ne se sentait pas particulièrement tenue d’y assister, contrairement à l’année passée.

Et pourtant, ce soir, elle se retrouvait devant son miroir, bloquée sur son reflet. Elle s’observait en train de raffiner son teint sans comprendre pourquoi elle le faisait. Pourquoi, déjà ? Owen Flynch, le nouveau professeur de métamorphose, l’avait invitée à ce bal, et par politesse, elle avait accepté. En soi, elle n’avait pas vraiment de raisons de refuser, et elle s’était vue prise au dépourvu par elle-même. Elle avait reçu l’invitation, et lorsqu’elle avait croisé Flynch dans un couloir, elle lui avait dit, en passant : « Ah, Owen. J’ai bien reçu votre invitation pour le bal de Noël. Et bien, c’est d’accord. Bonne journée. » Et voilà comment l’affaire avait été réglée.

Kristen se rendait à la salle de bal en évitant soigneusement les regards des élèves qu’elle croisait, et soupirait discrètement lorsqu’elle sentait ces regards curieux se poser sur elle. Ils devaient se demander : « Ah tiens, Madame la directrice va au bal ? Mais avec qui ? » et se l’imaginer l’agaçait.

Elle sentait dans sa petite pochette le paquet qu’elle avait préparé pour le professeur de métamorphose, qui contenait le cadeau qu’elle allait lui offrir. C’était la règle, cette année : on n’entrait pas si l’on n’avait pas de cadeau pour son partenaire. Elle ne connaissait pas suffisamment Owen Flynch pour savoir ce qui pourrait lui faire plaisir, alors elle avait choisi un petit quelque chose qu’elle avait trouvé amusant dans une boutique d’objets magiques, et qui lui semblait à propos pour un passionné de métamorphose. Elle lui offrirait sans doute lorsqu'ils seraient installés, ce serait plus commode.

Lorsqu’elle arriva devant la salle, elle s’aperçut que son cavalier l’attendait déjà. Elle jugea que sa tenue était correcte. Kristen, elle, avait relevé ses cheveux dans un petit chignon rentré, qui donnait un air très distingué. Elle portait une robe longue noire qui prenait sa forme grâce à une élégante ceinture et agrémentée de sortes de plaques argentées sur la partie haute. Elle portait évidemment ses petits gants qui cachaient sa main malade. Elle adressa un sourire poli à son cavalier, inclina légèrement la tête et dit avec un soupçon d’ironie :

« Monsieur… »

Pour l’entrée, elle accrocha son bras au sien, comme il convenait de le faire.


Reducio

Draco dormiens nunquam titillandus.
- La lueur de l'éclair ; la force du vent -

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Puisque Owen ne s'était apparemment pas trompé en apercevant au loin sa cavalière, il se retrouvait maintenant avec une femme fort bien habillée et fort belle à son bras. L'entrée en matière de madame Loewy n'avait pas été très chaleureuse, mais Owen ne s'attendait pas vraiment à quelque chose de festif, de toute façon. Il se contenta de répondre par un simple " Madame ", en faisait exprès d'omettre le titre de directrice derrière puisque, après tout, c'était un bal, et officiellement, madame Loewy était sa cavalière. Bien sûr le professeur n'oubliait pas les us mais il ne voulait pas non plus trop en faire, et puis la situation était déjà assez gênante comme cela pour le professeur, bien que ce dernier n'avait pas imaginé qu'elle le serait à ce point.

Quoiqu'il en soit, il sourit à sa cavalière, et l'entraîna dans la salle de bal, lieu des festivités. Quelques mondanités sur la décoration et sur l'atmosphère qui se dégageait de la salle furent rapidement échangés entre les deux adultes, mais Owen était surtout subjugué par la tenue de madame Loewy. Non pas qu'habituellement, elle ne s'habille pas bien, mais sa tenue de soirée lui faisait presque oublier qu'il tenait là le bras de sa directrice. Pour autant, l'atmosphère entre eux n'était pas non plus à la rigolade et aux sourires amicaux comme c'était le cas avec les quelques couples qu'Owen pouvait observer du coin de l'oeil. Son cadeau pourrait peut-être sauver la mise, encore que ce qu'il avait choisi n'était pas une réussite assurée, mais il verrait bien la réaction de la directrice en temps voulu. Pour l'heure, Owen cherchait dans la salle leur table de repas, en essayant de jouer un maximum les gentlemans, et d'éviter somme toute les regards consternés des élèves et autres participants du bal.


« Je crois bien que nous attirons les regards curieux, madame », tenta Owen, sans vraiment savoir si sa réflexion faisait sourire ou non la directrice de Poudlard.

Suite à cela, Owen finit par trouver la table qui leur était attribuée, et invita sa cavalière à prendre place, en tirant sa chaise, comme la convention sociale le voulait. Même si le professeur était parfois un peu rustre, il savait tout de même quoi faire en pareille situation, et il n'espérait pas non plus une soirée amoureuse, loin de lui cette idée-là. Être accompagné au bal était déjà bien, et il souhaitait juste passer une bonne soirée, saluer quelques collègues ainsi que quelques élèves, et retourner dans ses appartements après un bon repas et une danse - qu'il avait promis à une élève un peu étrange des Gryffondor - Owen prit à son tour place sur la table, mais conserva son cadeau caché pour le moment. Ne sachant trop par où commencer, Owen s'essaya à une phrase " bateau " :

« Merci d'avoir accepté mon invitation, madame. Vous êtes ravissante. »

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Kristen écoutait Owen Flynch sans vraiment porter très haut la valeur de ses remarques. Il s’agissait surtout de banalités, évidemment, et Kristen ne sentait pas son esprit s’élever sous l’influence de cette conversation. Les remarques de Flynch étaient des évidences gênées : oui, en effet, ils attiraient les regards curieux, comme il fallait s’y attendre. Elle observa autour d’elle et constata que Flynch faisait reposer ses affirmations sur des faits avec un soupir. Kristen regarda autour d’elle et se laissa amener à la table à laquelle le professeur de métamorphose et elle devaient dîner. Elle était un peu distraite et regardait autour d’elle, cherchant peut-être quelque chose d’intéressant - ou espérant revoir quelqu'un qui ne risquait pas d'être là.

Lorsqu’elle était élève et qu’il y avait eu des bals à Poudlard, elle n’y allait pas non plus. Elle comprenait, aujourd'hui encore, pourquoi elle avait préféré passer ces soirées-là dans son dortoir à lire et étudier. Les livres offraient beaucoup plus de choses à l'esprit que ces fêtes.

Lorsque le professeur de métamorphose complimenta Kristen, celle-ci força un sourire de politesse et dit :

« Merci. »

Mais elle ne pensa pas à complimenter son cavalier en retour.

Elle posa ses yeux sur un petit carton qui était posé sur la table : c’était le menu. Elle vit rapidement deux choses : d’abord, on proposerait des verrines de Noël, ce qui était une excellente chose. Secondement, on leur souhaitait une merveilleuse soirée, ce qui était aussi une bonne chose en soi, mais qui fit naître sur les lèvres de Kristen un petit sourire en coin et lui fit hausser un sourcil.

Elle reporta son attention sur Owen Flynch et sortit le fameux petit paquet de sa pochette. Elle le tendit à Owen avec un air poli et précisa :

« Votre cadeau. En espérant qu’il vous plaise. »

Le paquet était en forme de petit cube. Le papier cadeau était doré avec des petits flocons plus clairs, et entouré d’un ruban marron et doré. Dessus était accrochée une petite étiquette de Noël que le vendeur du cadeau lui avait fournie, sur laquelle était écrit le nom du destinataire et un glorieux « Merry Christmas ! ». Kristen s’était appliquée à emballer ce cadeau, plus pour satisfaire son propre goût des choses bien faites que parce qu’elle y avait réellement mis du cœur.

Elle avait trouvé, dans une boutique d’objets sorciers en tous genres qui fonctionnent très bien aux périodes de fêtes, un objet de métamorphose assez amusant. Il s’agissait d’une feuille de papier qui pouvait prendre toutes sortes de formes selon l’état d’esprit de celui qui la possédait, qui pouvait – paraît-il – aussi prendre la forme d’une petit bonhomme qui faisait de drôles de signes, parfois, comme s’il comprenait son propriétaire. Sur la boîte, il était écrit que cela pouvait être un petit être de compagnie en papier.

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N'ayant eu comme simple réponse à son compliment un " merci " à peine audible, Owen comprit qu'il n'avait peut-être finalement pas très bien choisi sa cavalière, pour le bal, et ses chances de se trémousser comme un fou sur le dance floor étaient très largement réduites. Non pas que le professeur aimait les fêtes, mais il n'était pas non plus du genre à passer une soirée les fesses clouées sur une chaise. * Ma foi * pensa Owen, en soupirant très faiblement pour ne pas vexer la directrice de Poudlard. En fait, le jeune homme repensait rapidement à son ancien ami d'université qui lui, savait beaucoup mieux que lui s'y prendre avec les femmes. Qu'à cela ne tienne, cette soirée serait la première bataille du soldat Owen.

« Votre cadeau. En espérant qu’il vous plaise. »

Cela tira Owen de sa rêverie, et il réceptionna le petit paquet avec grand plaisir et en remerciant sa cavalière d'un signe de la tête. L'objet semblait bien emballé, avec un sens de la perfection et de l'esthétisme qui cacherait presque quelque chose, mais Owen savait bien que madame Loewy n'était pas du genre à faire les choses à moitiés, et l'emballage gracieux et bien ficelé qu'il tenait dans la main lui confirmait son hypothèse. Poliment, Owen ouvrit son cadeau, et y découvrit un fort bel ouvrage de métamorphose, petit gadget qui le fit sourire jusqu'aux oreilles, puisqu'il était passé devant ce même objet en pensant qu'il se l'achèterai bien, et c'était désormais chose faite. Véritable petit être de compagnie en papier, accompagné d'un joyeux Noël, Owen était fort contenté par ce cadeau. La feuille prit d'ailleurs des allures de sourire, confirmant également l'humeur du professeur. En retour, ce dernier tendis lui aussi son paquet cadeau à sa cavalière
:

« Un fort beau cadeau, je vous remercie. Voici pour vous, j'espère également qu'il sera vous convenir », lança Owen d'un ton aussi sobre que l'atmosphère qu'il régnait entre les deux convives.

Owen tendit son petit paquet carré, lui aussi très bien emballé puisqu'Owen aimait également les choses bien faites. Avec un paquet aux couleurs blanches et bleues, parsemé de flocons de neige et un ruban rouge ondulé pour fermer le petit paquet, ce dernier était fort agréable à regarder. Sa cavalière prit le paquet en main et semblait assez intriguée, mais Owen espérait fortement que ce cadeau ferait son effet. Le paquet contenait un certain objet magique, qui s'accordait en fonction de la personnalité de son porteur. Un très beau collier, somme toute, qu'Owen avait réussi à trouver dans une boutique d'objet magique. Le vendeur lui avait assuré que collier s'accorderait avec la tenue et avec la personnalité de son porteur, variant ainsi entre couleurs clairs et foncées. Mais Owen ne s'était pas arrêté là : il avait gravé les initiales K.L sur ce même collier, afin de le rendre plus personnel. Ne sachant vraiment pas comment la directrice de Poudlard allait prendre ce cadeau, il dévia son regard ailleurs.

Ainsi, Owen observa rapidement le contenu du menu qui était affiché sur la table et en conclut qu'il allait avoir droit à un bon repas. Ce n'était bien entendu pas ce qui l'intéressait le plus, mais il est vrai que son estomac commençait à crier famine. Kristen semblait avoir ouvert son paquet, et le jeune professeur de métamorphose attendit sa réaction - qu'il savait par avance sobre et dénuée d'expression - alors même que son regard se posa sur les gants de sa cavalière, qu'elle n'avait pas ôtés. Curieux, et espérant animer un peu la conversation d'assez bas niveau, Owen demanda alors, sans détour :


« Vous n'enlevez pas vos gants ? Non que cela soit impoli, mais ... Ma curiosité est attirée. Avez-vous toujours cette blessure dont j'ai pu entendre parler ? »

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Kristen prit entre ses deux mains le présent d’Owen Flynch et observa le paquet, le tourna dans tous les sens avec un léger sourire sur son visage. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas reçu de cadeau ainsi emballé, et qu’elle n’avait pu se demander ce qu’un tel emballage pouvait contenir et si le destinateur avait pensé à elle en l’achetant, se demandant si cela conviendrait, ferait plaisir, etc. Tout ce qui constitue un cadeau de Noël, en somme. Elle le déballa en tirant sur le ruban du bout des doigts, fit très attention à ne pas déchirer le papier et enleva le scotch qui fermait l’emballage. Avant même d’ouvrir la boîte qu’il recouvrait, elle plia le papier cadeau très soigneusement et observa la boîte avec une grande attention. Elle l’ouvrit finalement, et vit ce qu’elle contenait : c’était un collier. Elle le sortit doucement, le leva en l’air et le fit reposer sur son autre main.

Elle expira un petit rire amusé et ses yeux se plissèrent avec ce qui ressemblait peut-être à de l’attendrissement. Kristen retourna le collier et ouvrit des yeux surpris en découvrant ses initiales gravées. Elle jeta un coup d’œil à Owen Flynch, qui regardait dans une autre direction, comme s’il avait craint que Kristen ne lui lance un regard comme elle savait si bien les faire. Elle reporta son attention sur le collier et alors qu’elle s’apprêtait à remercier très sincèrement le professeur de métamorphose, celui-ci changea de sujet très subitement, ce qui surprit un peu la directrice. Elle fixa son collègue en passant les deux bouts de la chaîne du collier du côté de sa nuque. Le collier s’attacha de lui-même lorsque Kristen fit se joindre les deux bouts. Elle observa le pendentif, qui avait pris une couleur bleu foncé, presque noire, de cette couleur caractéristique des abysses.

La directrice reporta son attention vers Owen Flynch et inclina la tête sur le côté. Elle lui adressa un sourire en coin.

« C’est un très beau cadeau, merci beaucoup. Si votre curiosité n’avait pas repris le dessus, j’aurais presque pu penser que vous essayiez de m’avoir dans votre poche. »

Elle expira à nouveau un petit rire et plissa les yeux.

« Je me demande bien où vous avez pu entendre parler de ma blessure. Mais oui, je l’ai toujours. »

Elle fit voguer son regard sur la marée de robes et de froufrous de la salle en pensant que l’an dernier, son cavalier, Arseni Stoyanov, avait aussi exprimé un peu de curiosité – ou d’inquiétude, mais le résultat était le même – à propos de ces mains gantées. Finalement, cela avait jeté un véritable froid et la soirée aurait pu être plus agréable, entre eux.

« Navrée si cela vous dérange, mais je vous assure qu’il vaut mieux cela. »

Elle passa rapidement à un autre sujet :

« Vous avez faim ? »

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« C’est un très beau cadeau, merci beaucoup. Si votre curiosité n’avait pas repris le dessus, j’aurais presque pu penser que vous essayiez de m’avoir dans votre poche. »

Owen reporta son attention sur sa cavalière, et était ravi que le cadeau qu'il avait eu tant de mal à trouver fasse son petit effet. Arborant désormais des couleurs en accord avec l'iris de la directrice de Poudlard, le collier relevait parfaitement le teint de madame Loewy et s'accordait parfaitement avec sa tenue. Cependant, la curiosité excessive d'Owen l'avait apparemment conduit sur un sentier bien sombre : sa cavalière rétorqua avec simplisme et d'une façon assez cinglante que sa blessure était toujours présente. Le professeur comprit là son erreur et n'essaya pas d'envenimer les choses en continuant sur cette lancée, il valait mieux pour lui qu'il fasse profil bas. C'est dommage, alors même que son cadeau allait peut-être détendre l'atmosphère, voilà que ce rustre d'Owen ressortait au grand jour. Peu importe, ce dernier ne se laissa tout de même pas démonter, et il préféra s'excuser poliment de sa curiosité gênante :

« Je suis content qu'il vous plaise, j'ai hésité pour les initiales, mais si cela vous convient, j'en suis ravi, commença-t-il, gêné. Ce n'était pas mon intention voyons ! »

La feuille de papier qu'Owen avait reçu quelques instants plus tôt prit une forme pour le moins étrange, et qui trahissait le malaise du professeur : elle était maintenant toute froissée, avec un sourire qui n'en était plus vraiment un.

« Je suis navré, ma curiosité me fait bien souvent défaut. Cela ne me dérange absolument pas, au contraire, vous avez un goût tout particulier en matière d'habillement, ces gants vont bien avec votre tenue. Je vous prie de pardonnez ma question quelque peu gênante. »

Se frottant la tête comme un jeune enfant dans une situation quelque peu malaisante, Owen ne savait plus vraiment où se mettre. Il est vrai que la soirée s'annonçait de base compliquée, puisque sa cavalière n'avait pas pour habitude de s'afficher en public lors de telles mondanités, mais Owen faisait un gros effort pour tout ruiner, apparemment. Bien que ce ne soit pas son intention, le pauvre jeune homme semblait dépassé par les événements : il n'avait pas le droit à la moindre erreur ce soir, et il venait déjà de jeter trois boulets à la mer, comme ça, avec une simple question. La directrice semblait d'ailleurs quelque peu las de l'attitude de l'homme qui se trouvait en face de lui et Owen comprit qu'elle n'aimait pas vraiment que l'on s'apitoie sur son sort, aussi il laissera tout ce qui est santé de côté. Il était intrigué par cette femme, et il aurait aimé en savoir plus concernant son parcours et son ascension jusqu'au poste de directrice, mais la conversation retourna à un stade beaucoup plus bas : la nourriture. Hochant la tête, Owen approuva la question de sa cavalière :

« Eh bien, je dois avouer que mon estomac commence à crier famine, en effet. Le repas à l'air délicieux », répondit-il avec un léger sourire gêné. Il ne savait vraiment plus où se mettre, sa cavalière le désarçonnait complètement - blague à part.

Entendant un brin de musique festive, Owen se risqua tout de même à demander quelque chose à sa cavalière :

« Me feriez-vous l'honneur d'une danse, madame ? Je ne suis pas un expert en la matière, mais je sais me débrouiller. Qui plus est, cela nous permettra d’attendre le repas »

Confiant, mais sachant pertinemment qu'il essuierait un probable refus de la part de sa cavalière, Owen observait par moment sa feuille de papier qui modifiait son apparence trahissant ses émotions, et le collier qu'il avait offert à la directrice. * Il faudra vraiment que je mette de côté cette feuille avant la fin de la soirée * songea Owen. Ce dernier se tenait tout de même prêt à emmener miss Loewy sur la piste de danse, juste au cas où.

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Kristen n’avait jamais réellement remarqué à quel point sa simple présence pouvait être gênante. Pourtant, certains signes ne trompaient pas : quand l’interlocuteur baissait les yeux, rougissait, se frottait les mains ou la tête, bafouillait… Kristen ne semblait pas se dire clairement « c’est moi qui suis gênante » et cette observation restait au stade de drôle d’hypothèse. Kristen ne faisait pas souvent attention à ce genre de choses, car elle considérait que de toute façon, cela ne pouvait avoir d’incidence sur sa propre attitude : elle agirait comme bon lui semblait, et c’était tout. C'était ce qui guidait sa vie, pour ceci et pour cela : quoi qu'il advienne, je ferai ce que j'ai décidé.

De temps en temps, Kristen baissait les yeux sur la feuille magique qu’elle avait offerte à Owen. Elle constata que celle-ci était toute froissée, torturée, pas à son aise comme ne devait pas l’être le professeur Flynch. Elle ne releva pas le compliment de Flynch sur ses goûts en matière d’habillement, car elle le jugea un peu superflu et devait surtout avoir pour fonction de rattraper l’erreur du professeur de métamorphose plutôt que d'exprimer une subite observation.

Owen Flynch disait avoir faim et l’estomac qui criait famine, mais souhaitait apparemment se creuser définitivement le ventre en allant faire quelques pas sur la piste de danse. Kristen avait quelquefois dansé – surtout avec Baldur – et il fallait admettre qu’elle se débrouillait plutôt très bien. Elle n’avait étrangement pas cette rigidité qui la caractérisait, lorsqu’elle dansait, et penchait plutôt du côté du raffinement et de la précision. C’était mesuré. Il n’y avait pas d’abandon total – plus maintenant, en tout cas – mais ce n’était pas non plus trop scolaire et réglé. Un bon équilibre entre la liberté et la fluidité de la danse et la mesure des conventions.

Kristen se leva lentement, passa ses mains sur le devant de sa robe pour éviter que ne se fassent des faux plis, et elle se tint face à Owen Flynch. Elle n’avait pas prononcé un mot et tendait désormais une main lâche à son collègue, attendant qu’il l’emmène danser. Elle n’était pas particulièrement enjouée, mais pas non plus réticente au point de refuser la danse à son collègue. Elle avait l’impression de faire le minimum requis à un bal. C'était cela : elle avait le sentiment de faire ce qui était attendu d'elle et détestait cela ; elle se sentait revenir à la lointaine époque où elle n'était pas encore tout à fait libre. Elle affichait un air juste poli.

En relevant brièvement le regard, elle vit dans la salle la silhouette de Sybille Luneau, qui avait voulu rester à Poudlard pour ces vacances, comme pour les autres. Kristen, nostalgique, soupira en pensant une fois de plus que l'année dernière, ce n'était pas comme cela.

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L'invitation du jeune professeur de métamorphose semblait avoir fait son effet puisque sa cavalière se tenait maintenant devant lui, main tendue, pour aller danser. Satisfait, et sans demander son reste, Owen se leva délicatement, en profitant au passage pour dissimuler le présent qu'il avait reçu, et pris la main de la directrice avant de l'accompagner sur la piste de danse, non loin, sous de nombreux regards curieux. N'y prêtant pas attention, Owen attendit le début d'une nouvelle musique, et non des moindres, puisqu'il s'agissait là d'une valse. Lui et sa cavalière se positionnèrent à un endroit sur la piste et attendirent le début de la valse, alors même que d'autres couples se joignaient à eux pour danser. Owen pu d'ailleurs reconnaître quelques-uns de ses élèves et les salua d'un sourire en coin, avant de reporter son attention sur Kirsten. Depuis le début de la soirée, il ne l'avait pas appelée par son prénom, mais une fois n'est pas coutume, et puisque c'était un bal de Noël, et qu'il s'apprêtait à danser en très charmante compagnie, Owen n'hésita pas un seul instant :

« J'espère que vous ne jugerez pas mes talents de danseur trop rapidement, Kirsten, lâcha-t-il alors qu'il positionnait ses mains autour de la taille de cette dernière. »

La musique commença, et Owen prit les devants comme tout danseur masculin se doit de faire. Gracieusement, et comme il avait appris à le faire étant plus jeune, Owen virevoltait au rythme de la valse, donnant les pas à suivre pour sa cavalière, qui ne semblait pas exprimer grand intérêt pour cette danse. Le couple suivait le rythme de la musique sans accroc, et Owen s'efforçait du mieux qu'il le pouvait de suivre, lui aussi, le rythme et les pas de danse qu'il convient de suivre en pareil cas. Le jeune professeur de métamorphose se débrouillait plutôt bien et souriait à sa cavalière tout en se perdant dans l'immensité de la couleur de ses yeux, n'ayant pas vraiment ailleurs où regarder. La petite danse dura quelques bonnes minutes, après lesquelles chaque couple se saluèrent et Owen en fit de même en accordant une révérence polie à sa cavalière. Satisfait de lui-même, il constata que le collier qu'il avait offert avait modifié sa couleur, mais il n'y prêta pas plus attention que cela. Jugeant qu'une danse suffisait pour le moment, il raccompagna sa cavalière à la table qui leur était assignée, et tira la chaise de la directrice, pour jouer les gentleman.

Une fois retourné à la case départ, Owen commençait à vraiment avoir faim, mais préféra ne pas trop le montrer pour le moment, les plats devraient de toutes façons bientôt arriver. Lui préféra s'intéresser à sa cavalière, qui n'avait encore pour le moment rien dit depuis quelques minutes déjà. C'est alors qu'Owen remarqua très justement que de nombreux regards étaient tournés dans leur direction, ce qui le fit quelque peu sourire, au même titre que cela l'exaspérait quelque peu. Peu importe, le professeur choisit de relancer la conversation du mieux qu'il le pouvait en montrant son intérêt pour sa cavalière de bal. Il avait en effet à cœur d'en savoir un peu plus sur cette madame Loewy, et Owen pensait que discuter un petit peu d'elle pourrait peut-être lui faire plaisir, tout en étant un peu plus stimulant que les conversations qu'ils avaient pu avoir jusqu'ici. Calmement, il demanda donc :


« Vous ne m'avez jamais vraiment expliqué votre parcours. Comment êtes-vous arrivée à la tête de la plus grande école de magie d'Ecosse, dites-moi ? »

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La danse se passa sans encombre. On ne dira pas qu’elle se passa bien, car il n’y avait rien d’exceptionnel, mais elle se passa. Owen Flynch se conduisait en parfait gentleman. Kristen aurait pu trouver cela distingué jusqu’à un certain point, mais à force, elle avait le sentiment d’être assistée et commençait à trouver cela désagréable. Oui, c’était bien vu qu’un homme tire la chaise d’une femme, cela faisait bien, mais tout de même, elle savait le faire, elle aussi. Il ne fallait pas faire d’excès de ces attitudes, car cela pouvait finir par sembler ridicule. Néanmoins, Kristen ne dit rien et se contenta de placer elle-même la chaise correctement pour s’assoir, après que Flynch l’eut fait.

Certains élèves jetaient encore et toujours des regards intrigués à leur table, mais Kristen n’y faisait presque plus attention. Qu’ils s’usent donc les yeux, ils n’auraient de toute façon rien à se mettre sous la dent. Elle n’était définitivement pas intéressée par le professeur de métamorphose, et d’ailleurs, n’y pensait pas le moins du monde. Les idées que les élèves pouvaient se faire en regardant leur table ne faisaient même pas partie de la possibilité d’imagination de Kristen.

Owen posa alors une question sur le parcours de Kristen. La directrice nota que Flynch avait une affinité pour les phrases bateau, mais il essayait de faire de son mieux pour s’intéresser à Kristen et faire la conversation, alors elle lui pardonna. En effet, Poudlard était la plus grande école de magie d’Ecosse, mais aujourd’hui, elle était surtout la seule, pour l’enseignement secondaire. Ce n’était donc pas bien difficile d’être le meilleur quand il n’y avait de concurrence.

Elle réfléchit quelques instants et répondit :

« J’ai commencé ici en tant que professeur de soins aux créatures magiques… »

C’était toujours étonnant, pour ceux qui croyaient connaître Kristen via ce que l’on pouvait dire d’elle. On la voyait assez mal s’occuper de bébêtes, et, en vérité, on avait raison. Si elle avait une affinité avec certaines créatures, elle préférait étudier les créatures dangereuses – celles qu’on n’étudie pas à Poudlard – et le rapport aux cultures dont elles sont issues, plutôt que s’occuper des bobos des niffleurs.

« … Mais ce n’était pas vraiment un poste qui était fait pour moi. Je suis devenue professeur de Défense contre les Forces du Mal quelques semaines plus tard, suite au départ précipité d’un autre professeur. »

Elle soupira et haussa un sourcil.

« Poudlard a connu durant deux années consécutives de fâcheux événements, à la suite desquels un certain nombre de professeurs ont préféré démissionner. J’y ai résisté, et me voilà, toujours prête à protéger cette école. »

Elle avait vu défiler tant de collègues, mais elle était toujours restée malgré tout ce qui pouvait abîmer cette école, et c'était sans doute ce qui avait fait qu'elle avait pu accéder à ce poste.

Draco dormiens nunquam titillandus.
- La lueur de l'éclair ; la force du vent -

Table de O. Flynch et K. Loewy

Etrange sentiment que ressentait le professeur de métamorphose à cet instant précis. N'allez pas vous imaginez quoique ce soit, Owen n'était pas intéressé par la directrice, ce n'était là qu'un bal auquel il ne voulait pas se retrouver seul. Non, ce dernier ressentait plus de la soudaine réserve vis à vis de sa cavalière, alors même qu'il ne s'y attendait pas. Il n'avait soudainement plus tant envie que cela de lui faire la conversation, comprenant bien qu'il ennuyait la directrice malgré ses efforts. Owen était quelqu'un d'impulsif, mais de réservé et de bien éduqué, aussi il ne daigna pas déranger la directrice dans sa conversation alors même que celle-ci lui expliquait son parcours pour le moins impressionnant. Owen dû tout de même reconnaître qu'il avait affaire là à une personne bien déterminée, ce qui n'enleva rien au respect qu'il avait pour cette femme apparemment exemplaire. Le professeur de métamorphose semblait bien ridicule par rapport au parcours de miss Loewy, mais il ne s'en offusqua pas, au contraire, il prenait plutôt exemple sur cette femme qu'autre chose, mais passons. La conversation suivait son cours, le bal également, et Owen portait une oreille attentive à tout ce que lui disait sa cavalière.

« Poudlard a connu durant deux années consécutives de fâcheux événements, à la suite desquels un certain nombre de professeurs ont préféré démissionner. J’y ai résisté, et me voilà, toujours prête à protéger cette école. »

Il est vrai qu'Owen avait entendu parlé de récents événements inquiétants avant de postuler pour le poste de professeur, mais cela n'avait pas entaché sa détermination, lui avait plutôt préféré venir voir ce qu'il se tramait dans cette école par lui-même, cependant il avait rapidement compris que certaines choses n'étaient pas de son ressort, et en homme sage qu'il était, il avait laissé son nez loin des affaires de l'école, après tout, celui-ci n'était qu'un professeur. Il se devait de protéger ses élèves, en tant que tel, mais ce n'était pas à lui de résoudre les affaires délicates de cette grande institution. Quoiqu'il en soit, Owen admirait la détermination qu'il pouvait lire dans les yeux de sa cavalière au moment même où elle prononçait les mots " protéger cette école ". * Une femme inflexible * pensa Owen ravi de voir quelqu'un d'aussi passionné. Pour ne pas faire en sorte que la conversation retombe à plat - si ce n'était déjà fait - Owen renchérit sur les paroles de sa cavalière :

« Eh bien, je suis impressionné, je dois dire. Je ne vous aurais pas imaginé en tant que professeure, pour tout vous dire », dit-il en souriant. « C'est amusant, les créatures magiques m'ont toujours intrigué en quelques sortes, mais comme vous le savez, j'ai toujours préféré la métamorphose et ses aspects si ... mystérieux. »

On pouvait lire des flammes dans les yeux du professeur qui était toujours définitivement passionné par sa matière et par sa soif de connaissance. Celle-ci le perdra peut-être un jour, d'ailleurs.

« Je comprends donc que vous avez porté plusieurs casquettes, cela réduit considérablement mon estime, avoua-t-il en rigolant d'un rire qui ne se voulait pas trop sincère. Mais mon poste me convient parfaitement, quand bien même certains élèves manquent de détermination, j'en ai bien peur. »

Il continua quelques instants sur son adoration pour la matière avant qu'un Elfe vienne prendre commande de ce que les deux invités désiraient à manger. Owen opta pour du saumon en entrée et une mousse framboise en dessert, son estomac criant famine au moment même où il passait commande. Ceci étant fait, le professeur de métamorphose se tourna vers la directrice, pour connaître ses choix de repas, qu'elle n'hésita pas à donner. L'Elfe reparti, laissant les deux adultes en tête à tête, à nouveau. Owen observa les alentours et constata que bons nombres d'élèves étaient en train de discuter le bout de gras, certains entre amis, d'autres entres amis plus proches, et cela fit sourire le professeur.

« Amusant de voir les élèves dans ce genre de situation, vous ne trouvez pas ? »

Son sourire se baissa un instant.

« Il faudrait que je vous adresse une requête, si vous me le permettez, madame »
, lança-t-il sérieux.

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Kristen écoutait son collègue en hochant la tête de temps en temps. Elle pensa qu’il était amusant qu’on ne l’imagine pas professeur : cela devait venir du fait qu’on ne l’imaginait pas du tout, la plupart du temps. En fait, on ne connaissait pas beaucoup Kristen, et il était rare que quelqu’un puisse viser juste sur ce qu’elle pensait. Elle semblait froide, distante, elle avait l’air de ne rien aimer, n’avait rien de ce côté un peu maternel qu’ont certains professeurs. Mais pourtant, elle était bien le « professeur Loewy », et ce n’était pas qu’un petit nom de directrice. Oui, elle avait enseigné, et elle aimait cela, tout comme elle aimait, finalement, s’occuper de cette école et de ses jeunes résidents.

Owen Flynch disait préférer la métamorphose pour ses aspects « si… mystérieux ». Kristen haussa un sourcil, car il était vrai que c’était là un domaine intéressant, plein de mystères, mais elle trouvait cependant les créatures magiques tout aussi mystérieuses. Après les commentaires de Flynch sur son poste à Poudlard, Kristen jugea bon de lui faire remarquer :

« La magie en elle-même est mystérieuse et complexe, qu’il s’agisse de métamorphose, ou des créatures, ou de n’importe quel autre domaine. »

La créature magique abyssale que Kristen avait entrepris de découvrir cet été-même, en voyageant au Chili, n’était-elle pas l’un des plus grands mystères de la Magie du continent Américain ? Mais évidemment, tout le monde ne s’intéressait pas aux magies du monde, et dans l’univers occidental, des choses si simples qu’un sortilège de magie un peu noire pouvaient être un grand mystère – alors qu’il y avait parfois bien plus complexe ailleurs. Kristen aurait aimé poursuivre cette conversation, mais un elfe des cuisines arriva pour s’inquiéter de ce que voulaient manger Madame et Monsieur. Kristen opta pour les verrines en entrée et le tiramisu en dessert, bien que son cœur ait balancé entre ceci et la mousse à la framboise.

A la remarque de son collègue, Kristen jeta un regard circulaire sur la salle, vit à nouveau Sybille Luneau et reporta son attention sur le professeur de métamorphose. Elle imaginait que c’était encore plus amusant pour eux de voir leurs professeurs ainsi. Elle s’apprêtait à le faire remarquer quand Flynch reprit, avec un air plus sérieux. Il avait une requête à adresser à Kristen. La directrice n’avait pas la moindre idée de ce dont il pouvait s’agir. Quelque chose en rapport avec la métamorphose, peut-être, lui qui semblait complètement obnubilé par ce seul domaine ? Le dossier de ce professeur, avant son entrée à Poudlard, était un peu trouble. Y aurait-il là un rapport ?

« Quelle est-elle ? »

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La soirée allait bon train, et Owen trouvait cela intéressant de commencer à débattre quelque peu sur la magie, ses complexités, ses diversifications, et les préférences de chacun mais il souhaitait également quelque chose d'autre. Il ne faut pas imaginer le pire scénario non plus, Owen n'avait pas invité la directrice dans le seul but de pouvoir quémander ses faveurs, bien sûr que non. Il s'était surtout tourné vers la seule personne avec qui il avait entretenu ce qui s'apparentait le plus à une conversation. Étant très solitaire, Owen n'avait pas vraiment eu l'occasion de discuter avec ses collègues, si ce n'était pour les discussions obligatoires sur tel ou tel événement dans le château. Quoiqu'il en soit, il n'était pas certain de la réponse de la directrice, ce qu'il demandait était purement privé, sans vraiment d'intérêt pour l'école, mais il espérait néanmoins obtenir une réponse favorable :

« Eh bien, vous voyez, je n'ai pas beaucoup d'amis, que ce soit dans l'enceinte du château ou en dehors. Le seul que j'ai, et à qui je dois probablement ma situation actuelle, est resté au pays de Galles. »

Il marqua un court instant, comme si l'évocation de son passé lui faisait de la peine. On aurait presque dit un tout autre homme.


« Je voulais vous demander s'il était possible qu'il passe deux ou trois jours à Poudlard. J'aimerais beaucoup le revoir et échanger avec lui sur le poste que j'occupe actuellement. »

Une fois la question lâchée, Owen se sentit beaucoup mieux. En partie, tout du moins, il pourrait jubiler uniquement si la directrice lui accordait cette petite faveur. Il ne savait pas vraiment où il allait en demandant ainsi promptement les choses, mais qui ne tente rien n'a rien, et c'était la devise du professeur. D'autant qu'il n'avait pas revu John depuis un moment, même si les deux amis étaient toujours en correspondance par hiboux interposés. Le jeune professeur serait ravi de montrer à son ami, son seul ami en fait, qu'il avait réussi quelque part, là ou John l'avait poussé en quelques sortes. C'était la seule personne qui avait cru en lui, dans les moments les plus difficiles, alors même que sa propre famille lui tournait le dos. Aussi, ceci était important pour lui, et c'était clairement lisible dans l'expression qui se lisait dans ses yeux.

Un blanc s'était installé, et Owen attendait toujours une réponse, mais il s'attendait également à essuyer un grand refus. Cependant, il savait que la directrice, bien qu'elle ne soit d'apparence froide et intimidante, n'était pas une femme dure et sans coeur, aussi peut-être avait-il ne serait-ce qu'une petite chance. Il réfléchissait à tout cela lorsqu'il aperçut au loin un elfe qui semblait apporter les premiers plats de nourritures. *Bien, cela donnera au moins l'occasion de faire quelque chose* pensa Owen, tout en observant toujours la directrice. Spontanément, il jugea bon de rajouter :


« Cela signifierait beaucoup pour moi, vous savez. Mais je comprendrais que je sois là trop audacieux. »

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Elle observa le professeur de métamorphose avec un sourcil haussé, les lèvres plates et des yeux blasés. La réponse lui semblait tellement évidente qu’elle se demandait s’il était nécessaire d’user de la salive pour la donner. Aussi resta-t-elle figée sur son collègue et attendit qu’un elfe des cuisines, qu’elle avait vu s’approcher d’eux, termine de les servir. Elle l’aida à poser les assiettes sur la table, car l’elfe était trop petit pour atteindre la table sans risquer de tout renverser - il se tenait sur la pointe des pieds et posait les assiettes dangereusement près du bord de la table. Elle lui adressa un sourire aimable et se pencha pour dire :

« Merci, Pez. »

Elle avait reconnu cet elfe particulièrement timide et maladroit à son regard qui rappelait celui des elfes qui étaient encore soumis par habitude. En se redressant, son sourire s’effaça, et alors qu’elle prenait sa cuillère dans une main et sa première verrine dans une autre, elle dit, d’un ton qui était sans appel :

« C’est hors de question. »

La demande lui semblait invraisemblable et insensée : il n’y avait aucune raison pour que la directrice tolère la venue d’un inconnu à Poudlard sous prétexte qu’un professeur se sentait seul et mal-aimé : ce n'était pas son problème. Flynch n'avait-il pas des jambes pour se déplacer et aller lui-même rendre visite à son ami ? Kristen était sincèrement agacée par cette étrange demande, qui ressemblait assez à un caprice d'enfant qui veut inviter son copain à la maison.

« Poudlard n'est pas un hôtel. Vous pouvez bien vous déplacer pour lui rendre visite. »

Kristen avait bien remarqué l’expression qui suintait du regard du professeur de métamorphose, elle comprenait bien que cela signifiait sans doute beaucoup pour lui, mais elle ne comprenait même pas la question. Elle n’avait jamais empêché quiconque de voir ses amis en dehors de l’école, de sortir de l’école sur ses temps libres, ou quoi que ce soit. Mais faire venir quelqu’un de l’extérieur, surtout en ces temps-ci, était une question qui ne se posait pas tant elle manquait de logique.

Elle plongea sa cuillère dans sa verrine à la mousse de concombre.

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