Salle de bal

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Table de O. Peters et M. Primard

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Cette table est réservée à Octavia Peters et Meilla Primard.

Au menu : Il vous est proposé comme entrée... du Foie gras, du Saumon fumé ou des Verrines de Noël (au choix).
Comme plat, vous pourrez savourer... une délicieuse Dinde de Noël, accompagnée de pommes de terre et d'haricots verts.
Comme dessert, vous aurez le choix entre... un Tiramisu, une Bûche de Noël ou une Mousse Framboise.

Passez une merveilleuse soirée !

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Dernière modification par Octavia Peters le 7 janvier 2017, 21 h 45, modifié 1 fois.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Table de O. Peters et M. Primard

La première fois qu'Octavia Peters et Meilla Primard s'étaient rencontrées, cela s'était mal passé. Il y avait eu un malentendu, elles s'étaient toutes les deux énervées et avaient commencé à jouer au triste jeu de « celle qui aura le dernier mot  ». Un comportement puéril, d'un côté comme de l'autre. Alors, il avait fallu réparer les pots cassés. Si elles allaient au bal ensemble, ce n'était pas parce qu'elles s'étaient liées d'une amitié profonde en quatre mois ; c'était pour l'image du corps professoral. Elles ne voulaient pas que les élèves puissent croire en des tensions au sein de l'équipe professorale, et elles avaient donc mis leur rancune de côté, pour être vues ensemble, le temps d'un bal.

Dans le fond, Octavia n'était pas tant dérangée que ça par l'idée d'aller au bal de Noël en compagnie de Meilla Primard. Après leur altercation, elles avaient eu l'occasion de discuter, pour des raisons strictement professionnelles ; et Octavia en avait déduit que sa collègue n'était pas d'une compagnie franchement mauvaise. Elle pouvait même être assez sympathique. L'enseignante en Sortilèges n'était pas de ces femmes rancunières, qui restaient accrochées à leur première impression sans prendre la peine de se remettre en question et de passer outre une querelle insignifiante. Elle doutait que leur relation puisse dépasser le seuil de la cordialité, mais, au moins, elle n'en était plus au seuil de la haine.

Octavia n'était pas du genre à participer à des centaines de soirées mondaines. En fait, depuis quelques années, elle exécrait toutes sortes de soirées ; les soirées, ce n'était que de l'ennui et de l'hypocrisie. La plupart des gens adoraient rester chez eux devant un film, mais ils allaient quand même en soirée, parce que c'était plus branché, parce que ça faisait bien. Pourtant, dans sa jeunesse, Octavia avait enchaîné les nuits folles, les danses endiablées, l'alcool à flots. Elle détestait son « elle d'avant  ». Elle détestait tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait été. Un jour, peut-être qu'elle se pardonnerait à elle-même.

Mais le bal de Poudlard échappait à la règle. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'Octavia s'y rendait avec grand plaisir, mais elle s'y rendait sans trop d'appréhensions. Elle espérait que sa collègue ne gâcherait pas la soirée en lançant quelques piques malvenues ; mais, de toute façon, plus le temps passait, et moins Octavia pensait que Meilla fut du genre à chercher la confrontation inutile.

Lorsqu'elle arriva dans la salle de bal, Octavia prit la peine d'admirer la somptuosité du lieu, puis elle se dirigea vers la table que les elfes de maison avaient préparé pour les deux professeurs. Elle soupira, et se demanda soudainement pourquoi elle avait fait tant d'efforts de préparation. Octavia n'avait pas l'habitude d'être vêtue n'importe comment, mais quand même ; elle avait passé plus de trois heures à s’apprêter. Elle avait même acheté une robe plutôt onéreuse, alors qu'elle était loin de crouler sous le poids de l'argent. Sa robe était longue, sombre, et plutôt élégante. La noirceur du tableau était allégée par l'extravagante couleur de cheveux de l'enseignante.

Quelques secondes plus tard, Meilla entra dans la salle à son tour, et en toute honnêteté, Octavia la trouva jolie. Elle était heureuse de constater que sa cavalière avait fait des efforts, elle aussi. L'enseignante en Sortilèges accueilla la maîtresse des Potions avec un petit sourire, et lui dit ;


« Bonsoir, Meilla. Heureuse de constater que vous avez de bons goûts en matière de robes. »

Et le sourire d'Octavia s'élargit.


Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Table de O. Peters et M. Primard

Depuis plus d'une heure, Meilla était assise dans un fauteuil de son logement, regardant dans le vide et réfléchissant à sa situation. Elle en était encore à se demander comment elle en était arrivée là mais elle ne trouvait pas d'explication logique à sa propre question. Dans une heure et demi tout au plus, elle serait dans la salle de bal, assise avec une de ses collègues qu'elle n'aimait pas. Il fallait bien le dire, elle avait beaucoup de mal à travailler avec elle. Leur première rencontre était encore fraîchement ancrée dans sa mémoire et elle avait du mal à ne pas penser au rabaissement qu'elle avait ressenti à chaque fois qu'elle devait s'adresser à elle. Octavia Peters n'était pas particulièrement désagréable pourtant, et la rouquine voyait bien qu'il n'y avait qu'avec elle que cela posait un problème, mais elle n'arrivait pas à passer outre leur première rencontre.

Alors pourquoi allaient-elles au bal ensemble me direz-vous? C'était une idée de la directrice de Serpentard qui avait décidé qu'il fallait montrer un corps professoral uni auprès des élèves. Sur le coup, la rouquine avait acquiescer, c'était peu après avoir reçu un premier bilan plutôt positif du professeur Straw concernant le travail effectué depuis le début de l'année et elle aurait pu accepter n'importe quoi. Mais maintenant qu'elle y réfléchissait, elle se disait qu'elle n'avait vraiment pas envie de se retrouver à ce bal avec quelqu'un qu'elle n'aimait pas tellement.

Alors que la jeune femme soupirait de lassitude, sa chouette vint troubler ses pensées. Après avoir récupéré la lettre et avoir caressé Ayla, la potionniste se rassit dans son fauteuil et entreprit la lecture de ce parchemin. Cory lui indiquait sa déception de ne pas pouvoir la voir pour Noël puisqu'elle restait au château. Il espérait qu'ils pourraient vite se revoir car elle lui manquait.

Meilla se surprit encore une fois à ne rien ressentir. Normalement, elle aurait dû être contente de recevoir une lettre aussi mignonne de son petit ami, mais cela ne lui faisait rien. Pas de papillons dans le ventre, pas de rougissements en vue... Encore quelque chose qui commençait à la tracasser, ces derniers temps, elle ne pensait même plus à Cory. Elle avait un peu changé depuis le début de l'année, avait acquis de la maturité, nécessaire à tout enseignant. C'était comme si en l'espace de quelques mois elle était devenue adulte en ayant sauté une étape.

La professeure laissa alors la lettre de côté en se promettant d'y répondre ultérieurement, il était l'heure pour elle de se préparer. Bien qu'elle n'ait pas tellement envie de se rendre en compagnie d'Octavia Peters à ce bal, elle avait décidé de faire des efforts. D'abord parce qu'elle aimait se sentir belle de temps en temps et ensuite parce qu'elle avait un statut à assumer. Elle avait donc acheté une longue robe bleu-grise qui contrastait avec ses cheveux sans pour autant jurer. A l'aide de quelques coups de baguette, elle transforma sa chevelure un peu désordonnée en chignon désordonné (si, si, cela change tout, n'allez surtout pas lui dire qu'elle n'était pas coiffée). Une touche légère de maquillage - ce qui était toujours compliqué avec sa couleur de cheveux - vint s'ajouter à sa tenue. Elle était prête physiquement, mais ne l'était toujours pas mentalement.

En sortant de son appartement, Meilla jeta un léger coup d'oeil coupable en direction de la lettre négligemment posée sur son bureau. Cory était si gentil, elle ne pouvait pas lui faire ça... Mais elle tourna vite ses pensées vers ce qui devait l'occuper ce soir, le bal.

Elle arriva alors dans la salle de bal et rejoignit sa collègue déjà installée. Elle n'aimait pas tellement sa robe dans le sens où elle ne se voyait pas porter une robe comme celle-là, mais elle rendait très bien sur sa partenaire. C'est d'ailleurs cette dernière qui engagea la conversation.


« Bonsoir, Meilla. Heureuse de constater que vous avez de bons goûts en matière de robes. »

La rouquine ne répondit pas tout de suite, cherchant où était le piège, la trace de sarcasme, le ton ironique, mais elle fut bien obligée d'admettre qu'il n'y en avait pas. Cette phrase était dite de manière tout à fait amicale, contrastant largement avec le souvenir de leur première rencontre.

« Je... Euh... Merci. Votre robe vous va à ravir, se retrouva bêtement à dire la jeune femme. »

Elles s'assirent donc toutes les deux et le moment gênant arriva. La potionniste ne savait pas vraiment quoi dire pour alléger l'ambiance. Elle ne savait plus trop non plus quoi penser de sa collègue. Elle était arrivée dans cette salle en pensant passer la plus mauvaise soirée de sa vie avec quelqu'un qu'elle n'aimait pas et elle se retrouvait d'entrée de jeu en face d'une femme qui la complimentait sur sa tenue. Il y avait de quoi être perdu. Quand elle réfléchissait à la manière dont ce bal allait se passer, elle s'était vue parler de choses futiles en répondant de mauvaise grâce à sa collègue, mais elle n'était plus aussi sûre de vouloir jouer à ce jeu. A quoi bon s'énerver? Elle décida donc de faire un effort pour paraître sympathique et se comporter comme une adulte, elles n'étaient pas seules.

« Vous êtes d'origine anglaise? demanda-t-elle soudainement avant de se rendre compte que sa curiosité pourrait être gênante Pardonnez moi, cela ne me regarde pas tellement, mais j'aime en apprendre un peu plus sur mes collègues. »



~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
Attention, apparition de carottes hallucinogènes dans le secteur des ornithorynques.

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Lorsque sa cavalière la complimenta en retour, Octavia n'eut qu'un sourire poli. Elle s'attendait à une réponse de ce genre. Il semblait évident que Meilla n'allait pas lui cracher dessus, ni quitter promptement la salle de bal ; lorsque quelqu'un était complimenté, les convenances indiquaient qu'il fallait dire merci. La soirée ne commençait ni bien, ni mal ; elle commençait comme on s'attendait à ce qu'elle commence. Octavia se demandait s'il y avait des chances pour qu'il se passe des choses intéressantes, ou si les heures sans saveur allaient tranquillement s'écouler, faisant de ce réveillon un réveillon banal.

Lorsque les deux jeunes femmes s'assirent, un petit silence s'installa, durant lequel Meilla sembla plongée dans ses pensées. Octavia l'observa brièvement, se demandant à quoi elle réfléchissait, avant de décider que cela ne la regardait pas. Octavia observa son cadeau, qu'elle avait posé sur la table ; il était emballé d'un papier rose, car le professeur de Sortilèges aimait les choses colorées. Elle aimait beaucoup le sombre aussi – sa robe en témoignait –, mais elle n'était jamais contre un peu de vigueur, d'éclat. Le papier qui emballait le cadeau qu'elle avait acheté n'était ni pâle, ni « flashy » ; c'était un ton entre les deux. L'emballage était fait-mains, plutôt propre, même si elle n'y s'était pas attardée longtemps, car elle estimait qu'elle avait autre chose à faire. Et de toute façon, le papier serait bien vite mis à la poubelle, alors à quoi bon s'y attarder ?

Quand Meilla reprit la parole, ce fut pour aborder un sujet anodin, mais elle avait le mérite de lancer la conversation. Elle s'empressa de se justifier ensuite, comme si elle avait fait quelque chose de mal, et Octavia se retint d'hausser les sourcils. Elle ne voyait pas ce qu'il pouvait y avoir de mauvais à s'intéresser à ses collègues, surtout que le lieu et l'heure étaient appropriés à une telle discussion.


« Pas de problème, répondit-elle, car il n'y avait effectivement aucun problème. Je suis née à Londres. »

En fait, tout bien réfléchi, si, il y avait un problème. Cette discussion imposait plus ou moins à Octavia de mentionner l'origine de ses parents, ce qui revenait à mentionner ses parents tout court. Et ça ne lui plaisait pas. Elle n'aimait pas les évoquer. Leurs liens étaient rompus, et les souvenirs d'Octavia qui leur étaient associés étaient, pour la plupart, mauvais. Mais elle n'avait pas envie d'installer une ambiance distante en évitant la question ; alors, elle décida qu'elle mentionnerait ses parents avec brièveté, comme si tout était normal.

« Ma mère est française et mon père est anglais. »

Le propos, plutôt simple, ne laissait pas d'ouverture pour un prolongement de la conversation. Il n'y avait rien à redire sur cette affirmation. Alors, pour ne pas que Meilla se retrouve dans l'embarras, à devoir répondre un « ah, d'accord...  » ou « c'est intéressant  », Octavia lui retourna sa question.

« Et vous ?  »

Octavia écouta la réponse de sa collègue, puis, décidant de s'engager sur un sujet plus sûr, elle prit son cadeau, qui était toujours posé sur la table. Elle le tendit à sa cavalière, avec sa main droite, car une vieille règle de politesse disait qu'il fallait toujours tendre les choses de la main droite.

« Voilà votre cadeau, précisa-t-elle inutilement.  »

On devinait d'emblée que le cadeau était très fin, car le paquet, de forme rectangulaire, l'était. C'était un de ces paquets mous, qu'on peut prendre et froisser, car le cadeau est facilement pliable. Cependant, Octavia n'avait pas eu le mauvais goût d'offrir un quelconque vêtement à sa cavalière. À l'intérieur du paquet, il y avait une carte. Une carte du monde en papier, grand format, propre, lisible. La carte était pliée, bien sûr, car elle était bien trop grande pour pouvoir être étendue dans un papier cadeau. Meilla devait probablement se demander pourquoi Octavia lui avait offert ceci, car en plus d'être très simple, ce genre de chose n'était pas de ce qu'on offrait à Noël.

« Elle est magique, précisa Octavia. Le vendeur a précisé qu'elle n'était pas utile, mais apparemment, les sorciers fans de voyage aiment beaucoup ce genre de carte. Est-ce que vous connaissez cette tendance des Moldus à accrocher des objets phosphorescents dans leur chambre ? Cette carte fonctionne sur le même principe. À chaque fois que vous visitez un pays avec elle, le pays en question deviendra phosphorescent. Le Royaume-Uni l'est déjà, naturellement, puisque nous nous y trouvons. L'astuce, c'est d'utiliser le sortilège de Ratatinage lorsque vous emportez la carte avec vous, et d'utiliser le sortilège d'Engorgement quand vous l'accrochez dans votre maison.  »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

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« Pas de problème. Je suis née à Londres. »

Meilla se rendit alors compte que c'était idiot d'être gêné par cela. Depuis quand était-elle gênée à l'idée de faire un faux pas envers Octavia? D'ailleurs, depuis quand pensait-elle à elle en l'appelant Octavia. Habituellement, elle se contentait d'éviter de parler d'elle, et si vraiment elle y était obligée, elle essayait d'éviter de devoir dire son prénom. Comportement absolument puéril, je vous l'accorde, mais la rouquine en avait décidé ainsi et se souciait désormais peu de ce que pouvait penser sa collègue de son comportement, elle n'avait aucune leçon à recevoir de la professeure de sortilèges. Alors pourquoi diable était-elle aussi attentionnée aujourd'hui? Si elle avait envie de satisfaire sa curiosité personnelle, elle pouvait très bien le faire ainsi, si cela devait mettre mal à l'aise son interlocutrice, où était le problème?

« Ma mère est française et mon père est anglais. »

Visiblement, il n'y avait pas que la famille Primard de compliquée, en tout cas, la jeune femme voyait là un point commun. Mère française, père anglais. Bon, il s'avérait que sa véritable mère n'était pas française finalement, mais c'était comme si c'était le cas pour elle. En tout cas, elle décida de ne pas insister, elle non plus n'avait pas tellement envie de parler de sa famille finalement. Mais, comme elle aurait pu s'y attendre, la question lui fut retournée et elle décida donc de répondre de manière concise, elle n'avait pas vraiment envie de s'étaler sur le sujet

« J'ai une famille compliquée, mais on peut dire que ma mère est française et mon père anglais. Je suis née en France, on a déménagé en Angleterre quand j'avais 9 ans.  »

Grâce à Octavia (après un grand débat intérieur, Meilla avait décidé qu'il fallait bien qu'elle commence par l'appeler par son prénom un jour, elle n'allait pas passer la soirée à l'appeler "la professeure de sortilèges" ou "elle".), la conversation assez dangereuse sur leur famille respective s'arrêta ici. Elle avait un cadeau à lui donner. Et c'est à ce moment-là que l'ancienne Serdaigle se rendit compte de sa bêtise, elle avait com-plè-te-ment oublié que c'était un bal de Noël. Qui dit bal de Noël dit cadeau pour son partenaire et elle était venue les mains vides... En réalité, elle avait tellement nier le fait qu'elle allait se retrouver pendant une soirée TOUTE entière avec "cette femme" comme elle l'appelait avant qu'elle avait loupé la partie cadeau.

Elle remercia la jeune femme d'un sourire sans réussir pour autant à vraiment masquer sa grimace. Mais franchement, comment avait-elle pu oublier un truc pareil! Les professeurs l'avaient bien précisé aux élèves de ne pas oublier.
*Arrrrg mais Meilla! T'aurais pas pu mettre tes sentiments de côté pour une fois, franchement, t'aurais pu faire un effort. Tu vas faire comment maintenant? Bravo. Bon ouvre le cadeau, elle va croire que t'es pas contente et cherche une solution pendant ce temps. Ah, et souris aussi. Voilà, bien.*

Après ce petit dialogue intérieur très intéressant, vous pouvez aisément comprendre la panique et le stress montant progressivement dans le corps de Meilla. Elle ouvrit cependant le paquet doucement, faisant bien attention à ne pas déchirer le papier, se laissant ainsi un peu plus de temps de réflexion. Dedans se trouvait une carte. Selon sa partenaire de bal, la carte était magique et affichait tous les pays où on l'avait emmenée. La rouquine fut tentée de se braquer en entendant le micro cours de sortilèges que lui faisait sa collègue, mais elle décida finalement que cela partait d'une bonne intention et qu'elle était sûre de s'en rappeler ainsi.

« Merci beaucoup, j'aime beaucoup cette carte. Et puis, j'aimerais voir le plus de pays possible, cela me permettra de ne pas en oublier!  »

Meilla se mordit alors nerveusement la joue, que pouvait-elle offrir à Octavia, elle ne pouvait décemment pas lui dire qu'elle avait oublié d'apporter son cadeau, cela ne se faisait tout simplement pas.

« Euh... Je... Et si nous mangions? Mon cadeau peut bien attendre.  »

Complètement cramée. C'était l'excuse la moins crédible que la rouquine aurait pu sortir. Non seulement elle était tête en l'air, mais en plus elle était incapable de mentir convenablement et s'enfonçait par la même occasion. Cette fois-ci, Octavia aurait toutes les raisons de la détester et Meilla ne pourrait même pas lui en vouloir. Bien sûr, ce n'était qu'un simple oublie de cadeau de Noël, et leur relation n'irait sans doute pas jusque là simplement pour ça. Mais cela ne faisait jamais plaisir de savoir que vous vous êtes creusé la tête à la recherche d'un cadeau pour une personne qui elle a oublié de vous en acheter un...

« J'aimerais prendre du saumon fumé.  »

Il fallait qu'elle réfléchisse. Comment trouver quelque chose sans trop en faire? Et puis, elle ne connaissait pas très bien sa collègue. Il était bien évidemment trop tard pour acheter quoi que ce soit, mais peut-être... Oui! C'était ça! Son idée était toute trouvée, mais il lui faudrait s'éclipser quelques instants.

« Ce saumon est très bon. Sinon, comment vous êtes vous retrouvée ici à Poudlard? Enfin, je veux dire, qu'est-ce qui vous a poussé à devenir professeure de Sortilèges ici?  »

Conversation plus que basique, mais Meilla avait du mal à trouver un sujet de conversation après la gêne qu'elle avait occasionné à cause de sa mémoire. Elle espérait tout de même qu'Octavia ne lui en tiendrait pas trop rigueur. Peut-être même qu'elle ne l'avait pas remarqué après tout?

~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
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Meilla affirma que le cadeau lui plaisait, et qu'elle aimait les voyages, ce qui soulagea plus ou moins Octavia. Si sa collègue avait eu l'audace de lui annoncer que ce présent lui serait inutile, Octavia l'aurait singulièrement mal pris – premièrement parce que genre de remarque était impolie, et deuxièmement parce que cette carte était plutôt onéreuse. Octavia surveillait son compte en banque avec une attention toute particulière ; sa propre expérience lui avait appris que l'argent ne tombait pas du ciel, et qu'il fallait savoir faire des économies pour s'assurer une vie sans problèmes financiers. Elle aurait été agacée de s'entendre dire que cet achat était superflu.

Et puis, alors qu'Octavia s'attendait naturellement à ce que Meilla lui offre un cadeau, celle-ci lui proposa de passer à table. Le professeur de Sortilèges fronça imperceptiblement les sourcils mais ne fit aucune remarque. Elle observa sa cavalière à la dérobée et ne put que constater le malaise flagrant qui semblait l'envahir. Octavia ne voyait que deux explications possibles à cet étrange comportement ; soit, pour une sombre raison, Meilla avait réellement envie que son cadeau attende, soit elle n'avait tout simplement rien à lui offrir. Cette idée fit naître un léger sourire sur les lèvres d'Octavia, car elle imaginait bien dans quelle situation inconfortable se trouvait peut-être actuellement sa collègue. La jeune femme fit mine de ne rien soupçonner, car elle était peut-être en train de faire fausse route – il y avait des chances, aussi maigres soient-elles, pour que Meilla ait pris l'étrange décision de cacher son cadeau sous la table.

Alors que le professeur de Potions commandait du saumon fumé, Octavia choisit une verrine de Noël. Elle trempa sa cuillère, avala une bouchée, et pensa que les elfes de Poudlard faisaient un travail véritablement merveilleux. Avait-on jamais vu cuisiniers si doués et dévoués ? Encore une fois, ce fut Meilla qui prit l'initiative de lancer la conversation, ce qui finit par convaincre Octavia de sa bonne volonté. Elle était plutôt contente de constater que sa cavalière y mettait du sien pour rendre cette soirée agréable. Il était certain que ce bal ne ferait jamais partie de ses meilleurs souvenirs, mais au moins, il ne serait pas classé parmi les pires.

Elle réfléchit quelques instants à la question qui venait de lui être posée. Qu'est-ce qui l'avait motivée à postuler pour ce poste ? Elle-même n'était pas certaine de réellement le savoir. C'était comme si cela avait été une évidence, une suite logique. Il fallait qu'elle se réconcilie avec cette école. Qu'elle apprenne aux élèves à ne pas être ce qu'elle avait été. Qu'elle consacre sa vie à se laver de ses torts en éduquant les adultes de demain. Mais au-delà de ce côté rédemption, il y avait également une envie pure d'enseigner, de transmettre ses savoirs, et elle un bon contact avec les plus jeunes. La plupart des adolescents et pré-adolescents avaient un côté très sincère, très « tac-au-tac », qui la touchait.


« Je pense que ce métier est aussi compliqué qu'important. J'aime les Sortilèges, bien sûr, et j'ai envie de les enseigner, mais être professeur, je crois que ça ne se résume pas seulement à monologuer toute la journée. Il y a aussi un côté humain que je trouve passionnant, mais difficile à gérer. Ce ne sont que des enfants, après tout...  »

Octavia soupira, promenant son regard sur les convives. Certains dansaient, et d'autres, plus discrets, préféraient rester à leur table et discuter tranquillement. Parfois, l'idée qu'elle était en partie responsable de leur avenir la terrorisait, car elle avait peur de mal faire.

« Difficile de se dire qu'on les côtoie tous les jours et que nous ne sommes pour eux que professeurs, de la même façon qu'ils ne sont pour nous qu'élèves. Vous ne trouvez pas ?  »

Octavia ne pouvait que s'attacher à certains d'entre eux. Comment faire autrement ? Elle leur enseignait son art, les interrogeait, les évaluait, les voyait grandir, les observait évoluer. Ce n'étaient que des enfants, oui. Mais pour combien de temps encore ?

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Table de O. Peters et M. Primard

« Je pense que ce métier est aussi compliqué qu'important. J'aime les Sortilèges, bien sûr, et j'ai envie de les enseigner, mais être professeur, je crois que ça ne se résume pas seulement à monologuer toute la journée. Il y a aussi un côté humain que je trouve passionnant, mais difficile à gérer. Ce ne sont que des enfants, après tout...  »

Des enfants... Oui, effectivement. Mais Meilla n'oubliait pas qu'elle n'avait qu'un an d'écart avec certains, qu'ils avaient été ses camarades pendant de nombreuses années et qu'elle restait assez proche de certains, comme Ambre ou Elina par exemple. D'ailleurs, où se trouvaient-elles? Après avoir jeté un léger coup d'oeil dans la salle, elle apprit qu'Elina était en grande conversation avec un garçon de sa maison, Paul si les souvenirs de la jeune femme étaient bons. Ce dernier n'avait pas l'air très à l'aise, mais étant un peu plus loin, la rouquine ne pouvait pas en être certaine. Quant à Ambre, elle était en compagnie d'une élève de sa maison. Ambre avait l'air d'aller, la potionniste se demandait si la bague qu'elles avaient trouvée dans le dominion avait été récupérée... Elle avait vraiment l'air dangereuse et la jeune femme n'avait pas tellement envie qu'il arrive quelque chose à son amie.

Se rappelant de l'endroit où elle se trouvait et avec qui, la professeure de potions reporta son attention sur sa collègue qui elle aussi regardait les autres tables et n'avait sans doute par remarqué son absence. En ce moment-même, Meilla ne savait pas trop où elle en était. Elle ne pouvait décemment pas continuer à détester Octavia, elle n'était plus une gamine. Mais étaient-ils possible qu'à la fin de la soirée elles soient amies? La jeune femme commençait vraiment à se demander pourquoi ses relations étaient devenues si compliquées depuis quelques années. Elle s'était renfermée en apprenant que sa mère n'était pas sa mère et avait un peu tendance à être sur la défensive quand elle rencontrait une nouvelle personne ou que cette dite personne commençait à l'approcher. Elle ne s'en rendait pas vraiment compte, mais si elle réagissait ainsi c'était bien par peur d'être à nouveau déçue.


« Vous ne trouvez pas ?  »

« Oui, c'est vrai.  »

Meilla ne savait pas exactement de quoi sa partenaire lui parlait, elle savait juste que cela avait un rapport avec le fait qu'elles étaient - en tant que professeures - constamment en contact avec les élèves.

Le saumon était excellent et pendant quelques instants, les deux professeures restèrent là sans parler à savourer leurs entrées. Il était assez difficile de trouver un sujet de conversation en réalité. Le plus logique aurait été qu'elles parlent de leur enfance/adolescence. Mais d'après ce que Meilla avait compris, c'était un sujet à éviter avec Octavia et elle-même devait avouer qu'elle n'avait pas forcément envie de parler de ça avec une personne qu'elle n'aimait pas encore une heure avant. Peu de gens étaient au courant de la situation familiale de la famille Primard et la rouquine ne voulait pas en parler avec n'importe qui. Elle décida donc, après avoir fini son saumon, d'aller chercher le cadeau dont elle avait eu l'idée quelques minutes auparavant.


« Je vous prie de m'excuser, je reviens dans quelques instants.  »

Meilla avait de la chance que son bureau ne se situe pas trop loin de la Grande Salle. Avec sa longue robe, elle avait beaucoup de mal à marcher rapidement et elle ne voulait pas s'absenter trop longtemps. Elle n'aimerait pas que son ou sa partenaire la fasse poireauter pendant 50 ans à une table toute seule. Après avoir trouvé ce qu'elle cherchait dans son bureau et avoir donné un petit coup de baguette sur la fiole pour l'emballer, elle fit demi-tour. Juste avant d'entrer dans la Grande Salle, elle marqua un temps d'arrêt. Et si Octavia était partie? La rouquine ne savait pas ce qu'elle aurait fait à sa place pendant les quinze minutes qu'il lui avait fallu pour faire l'aller-retour. Peut-être serait-elle allée discuter avec quelqu'un d'autre ou alors elle serait rentrée... Bon, de toute manière, ce n'était pas en restant plantée devant la porte qu'elle le saurait. Prenant son courage à deux mains, elle entra et soupira de soulagement en voyant que sa collègue se trouvait toujours à leur table.

« Tenez, dit-elle en tendant le paquet. Ce n'est pas grand chose, mais j'espère que cela vous plaira.  »

En ouvrant le paquet, Octavia pourrait découvrir une fiole tout en verre, laissant voir une sorte de nuage transparent avec des éclats bleutés. Une potion qui semblait toute légère à première vue. En réalité, cette potion pouvait faire apparaître de la neige. Un cadeau assez étrange, Meilla devait bien l'avouer, mais c'était une potion qui n'était pas encore commercialisée et dont personne n'avait entendu parler exceptés les personnes qui avaient travaillé dessus. Elle attendit patiemment d'avoir la réaction de sa partenaire après lui avoir expliqué les propriétés de cette potion, espérant qu'elle ne trouverait pas ce cadeau trop nul.

~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
Attention, apparition de carottes hallucinogènes dans le secteur des ornithorynques.

Table de O. Peters et M. Primard

Meilla Primard ne semblait pas franchement passionnée par les divagations de sa collègue, qui fut plutôt déçue par l'absence de réaction qu'elle obtenait. Elle avait l'impression que cette conversation était la seule discussion intéressante qu'elles avaient depuis le début de la soirée, et voilà que le professeur de Potions y mettait fin en affichant ouvertement son désintérêt. Encore une fois, Octavia resta muette – elle savait que feindre l'indifférence et contenir ses pensées négatives étaient les meilleurs moyens pour préserver l'ambiance courtoise de cette soirée. De toute façon, elle était si honteuse du comportement immature qu'elle avait adopté sur le Chemin de Traverse qu'elle était prête à faire des efforts immenses pour que cette soirée-ci ne connaisse aucun accrochage. Elle resterait maître d'elle-même, comme devait l'être tout bon professeur soucieux de montrer l'exemple.

Elles finirent donc leur entrée tranquillement, sans se presser, et alors que n'importe quel individu normal se serait contenté de passer au plat, Meilla prit congé. Enfin, ce n'est pas
exactement comme cela qu'elle annonça les faits, mais le résultat était le même ; elle quittait la salle de bal sans explication. La seule chose qui motiva Octavia à ne pas déserter les lieux fut les dernières paroles de Meilla, qui lui avait affirmé qu'elle « reviendrait dans quelques instants ». Voilà, c'était tout ! Comme si cette explication était suffisante, et qu'elle pouvait ainsi partir dans son bon droit, sans lui donner d'informations plus précises. Peut-être qu'elle avait simplement eu une envie pressante, et qu'elle n'avait pas osé le dire, car c'était le genre de chose qu'on n'aimait pas dévoiler, surtout aux personnes avec lesquelles on entretient des relations simplement cordiales, sinon tendues.

Octavia, donc, et bien que l'idée lui traversa l'esprit, ne quitta pas la salle de bal. Elle préféra faire confiance à sa cavalière, et croire qu'elle reviendrait réellement. En attendant, elle décida de s'intéresser au cadeau qu'elle avait acheté. Elle prit la carte entre ses mains et l'observa sous toutes ses coutures, se demandant si elle devait s'en acheter une deuxième. Elle aimait beaucoup ce présent – forcément, sinon elle ne l'aurait pas offert à sa cavalière –, et elle lui trouvait un côté plutôt poétique. Elle décida de remettre cette décision à plus tard, et elle reposa l'objet sur la table. Au moins trois minutes s'étaient écoulées durant l'observation minutieuse d'Octavia, qui essayait sans nul doute de tuer le temps comme elle le pouvait.

Elle observa les autres couples présents, quelques instants, mais elle ne s'attarda pas, car elle ne jugeait pas ce genre de scrutation intéressante. La seule chose qu'elle retint réellement, ce fut qu'Amy passait sa soirée avec le professeur de Botanique. Elle en était plutôt étonnée ; Amy ne lui parlait pas vraiment de lui, et elle ne pensait pas ces deux-là très proches – cela dit, sur ce point, Octavia n'avait rien à dire, puisqu'elle passait la soirée avec Meilla et qu'elles étaient loin de s'entendre à merveille. Enfin... elle était
censée passer la soirée avec Meilla. Octavia soupira. Penser à Nicholas Ferskjold l'amena à penser à la soirée où, tous les deux, ils avaient rencontré un certain professeur Engelbrecht à Pré-au-Lard. Cet homme recherchait d'ailleurs Erza – Octavia en était certaine, puisque Engelbrecht lui avait tendu une photo d'Erza. Sur le coup, Octavia ne l'avait pas reconnue, car elle ne l'avait plus revue depuis une quinzaine d'années, mais lorsque la sorcière était revenue à Poudlard, cela avait été un choc. Erza Nyakane, cette sorcière si particulière, à la magie fascinante, dont elle avait fait la rencontre lors de sa première année à Poudlard, était revenue dans ce château et était vraisemblablement poursuivie.

Octavia observa un instant sa verrine vide, et elle songea à se lever et à retourner dans ses quartiers. Elle estimait avoir suffisamment attendu. Et c'est cet instant que choisit Meilla pour réapparaître, un paquet en mains. C'était son cadeau, sans nul doute, qu'elle était allée chercher. Octavia ne savait pas si elle devait en vouloir à Meilla pour avoir oublié son cadeau et l'avoir laissée en plan, ou si elle devait apprécier les efforts qu'elle avait faits. Elle ouvrit le paquet et découvrit une fiole. Un sourire se dessina sur ses lèvres, car elle trouvait amusant que ce soit ce cadeau qui lui soit offert par la « maîtresse des Potions ». Sa cavalière lui expliqua que cette potion permettait de faire tomber de la neige. Octavia en fut plutôt surprise, car elle n'avait jamais entendu parler d'un tel philtre – et pourtant, elle avait lu des tas de livres sur les Potions.


« Merci, répondit-elle simplement en posant précautionneusement la fiole sur la table. Je tâcherai d'en faire bon usage. »

Et là, Octavia ne put s'empêcher de se dire qu'une fiole aux telles propriétés avait probablement de quoi émerveiller un enfant. Elle se demanda si sa fille l'aurait aimé, si elle aurait ri joyeusement en voyant cette neige magique tomber. Pour cesser d'y penser, Octavia reprit la parole :

« On passe au plat ? Il a l'air délicieux.  »

La question étant rhétorique, des plats apparurent, et Octavia goûta une bouchée avant de reprendre :


« Vous avez fait vos études à Poudlard, non ? Qu'est-ce qui vous a motivée à vouloir y revenir et à postuler pour le poste de professeur de Potions ?  »

Indirectement, Octavia lui demandait plus ou moins « comment est-ce possible que vous enseigniez alors que vous êtes si jeune ?  » Mais on ne pouvait pas la blâmer de poser des questions indiscrètes. Ce serait à Meilla de comprendre la question qui était sous-entendue, ou de ne pas comprendre.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

Table de O. Peters et M. Primard

Bon, à priori, Octavia semblait contente du cadeau que Meilla avait trouvé à la dernière minute. La rouquine n'avait aucun moyen de savoir si c'était bel et bien la vérité, mais elle décida de faire comme si sa partenaire était réellement contente de ce qui s'était passé. Cory était bien loin de ses pensées, elle ne pensait même plus à la lettre qu'elle avait reçue en fin d'après-midi. Qu'est-ce qui occupait ses pensées alors me direz-vous? Encore une fois ce que pensait sa collègue. Pour une raison qu'elle ignorait, elle avait vraiment envie de ne plus être détestée. Elle voulait devenir amie avec la professeure de sortilèges même si elle ne l'avouerait jamais à haute voix. Son comportement lors de leur première rencontre avait été puéril, elle le savait bien, et ses réactions depuis le début de l'année n'avaient pas été mieux.

Quand elle avait découvert que cette femme avec qui elle s'était engueulée était sa collègue, elle n'avait pu s'empêcher d'ouvrir grand les yeux et de lâcher un "Vous, ici?!". N'étant pas seules, elle n'avait pas plus insisté concernant cet épisode de sa vie, mais elle n'en pensait pas moins, elle n'avait aucune envie de devoir se mettre d'accord avec elle. Et puis, elle avait pris le parti de l'ignorer c'était le plus simple à faire.


« On passe au plat ? Il a l'air délicieux.  »

La jeune femme acquiesça et commença donc à manger de la dinde qui était exquise. Au soulagement de la rouquine, Octavia reprit rapidement la parole en lui demandant comment elle se retrouvait professeure. Meilla n'aimait pas trop parler d'elle, mais elle ne savait pas quoi demander à sa partenaire pour faire avancer la conversation. Là au moins, elle pourrait parler pendant quelques temps, jusqu'à arriver au dessert peut-être. Tout en continuant de manger, elle expliqua :

« Eh bien, j'avais très envie d'enseigner, l'année dernière, nous sommes allés à une sorte de salon des métiers et nous avons aussi pu poser des questions aux professeurs qui nous accompagnaient. Très vite, je me suis rendue compte que je ne pourrais pas faire un métier de bureau comme on dit. Et puis, pouvoir transmettre des connaissances me plaisait beaucoup. J'avais postulé pour entrer à l'Institut Magiques des Sciences, mais en réalité, après avoir visité l'école, je me suis rendue compte que ce n'était pas un endroit pour moi. Je n'aime pas tellement passer du temps avec les personnes de mon âge. J'ai entendu parler des recrutements "d'apprenti professeurs" à Poudlard alors j'ai tenté ma chance... Et je me suis retrouvée ici.  »

Quelques fois, Meilla s'était demandée pourquoi elle et pas quelqu'un d'autre. Il y avait sûrement beaucoup de gens qui avaient postulés pour le même poste. Les personnes passées avant elle n'avaient peut-être pas convaincu la directrice, mais pourquoi cette dernière n'avait pas attendu de voir les dernières candidatures avant d'engager Meilla? Avait-elle été si convaincante que cela? Peu importe, c'était Meilla qui avait obtenu le poste et cela lui convenait très bien.

« Vous préférez l'Angleterre ou la France? D'ailleurs, vous avez déjà visité beaucoup de pays?  »

Ce changement de sujet s'était fait après avoir laissé le temps à sa partenaire de répondre. Tout à coup, la rouquine s'était dit que c'était un sujet assez neutre pour ne pas créer de tensions, mais surtout un sujet qui pourrait lui permettre d'en apprendre plus. Et puis, elle avait l'impression que la professeure de sortilèges aimait aussi beaucoup les voyages. La jeune femme mangea sa dernière bouchée d'haricots verts et regarda Octavia un léger sourire sur lèvres, elle avait l'impression de vraiment s'être trompée sur toute la ligne la concernant, elle était sympathique finalement. N'importe qui serait parti en la voyant mettre autant de temps à aller chercher quelque chose.

~En voyage autour du monde et en couple avec la fille la plus extraordinaire du monde ~
Attention, apparition de carottes hallucinogènes dans le secteur des ornithorynques.

Table de O. Peters et M. Primard

Tout comme la verrine, la dinde était savoureuse. Octavia savait cuisiner ; c'était forcément le cas, puisqu'elle vivait seule depuis des années. Dans ces cas-là, il y avait des choses qu'on était obligé de savoir faire, même si on n'en avait pas envie. Octavia savait cuisiner, mais elle n'aimait pas le faire, car elle considérait que cela faisait perdre trop de temps. Pourtant, était-il vraiment sensé de parler de « temps perdu » alors que ce temps était consacré à préparer de la nourriture, et donc à se maintenir en vie ? Octavia se demanda si les elfes de Maison travaillant à Poudlard aimaient tous faire la cuisine, ou s'ils aimaient tout simplement l'idée de travailler, que ce soit en cuisinant ou en accomplissant quelconque autre tâche.

Lorsque Meilla lui raconta son parcours professionnel, Octavia pensa que sa collègue était définitivement faite pour l'enseignement. Apparemment, rien d'autre ne lui convenait, et elle ne se sentait à l'aise qu'à Poudlard. C'était comme si un lien incassable s'était tissé entre la rouquine et l'école de sorcellerie, et il semblait impossible de les séparer. À peine sortie de Poudlard, Meilla y était revenue pour enseigner. C'était aussi brillant que touchant – brillant parce que tout le monde ne pouvait pas devenir professeur à dix-neuf ans, et touchant parce que l'attachement que Meilla semblait porter à Poudlard était rare.


« Assez impressionnant, comme parcours, commenta Octavia avec un demi-sourire, puis elle enfourna un bout de pomme de terre dans sa bouche. »

La jeune femme songea qu'elles avaient presque dix ans de différence, mais qu'elles en étaient au même stade. Pendant un instant, elle estima que cette constatation était particulièrement dévalorisante, puis elle changea d'avis. Les années qu'elle avait en plus, elle ne les avait pas passées à rien faire. Tout d'abord, elle avait commencé par rattraper le retard catastrophique qu'elle avait pris à Poudlard, en étudiant avec acharnement. Bien vite, elle avait dépassé le niveau de septième année, se passionnant pour l'Histoire de la Magie de tous les continents, s'intéressant de près aux potions, à leurs modes de fabrication, leurs utilités, leurs particularités. Elle avait également tenté de rattraper ses lacunes en Métamorphose, avec plus ou moins de succès ; disons qu'elle se débrouillait, mais que c'était loin d'être spécialité. En d'autres termes, elle maîtrisait la métamorphose humaine, mais elle ne serait probablement jamais Animagus. Quant aux Sortilèges, elle n'avait eu de cesse de vouloir s'améliorer. Elle avait voyagé, aussi. Elle avait beaucoup pris le train, l'avion, le bus. Elle avait découvert d'autres pays, d'autres cultures, elle avait discuté avec des tas de personnalités différentes, mais elle n'avait jamais réellement tissé de liens. Et elle avait fait des études supérieures dans l'Académie des Enchantements et Sortilèges.

Meilla changea de sujet en abordant celui des voyages. Octavia réfléchit quelques instants à la question qui lui était posée, puis elle répondit.


« Je préfère l'Angleterre. La France est un beau pays, mais... je me sens mieux, ici. »

Fronçant les sourcils, elle ajouta :

« Après mes études supérieures et avant d'être enseignante, j'ai pu visiter quelques pays. Je suis surtout restée en Europe, en fait. J'ai vu la France, l'Italie, la Pologne et l'Espagne. Je n'y restais jamais bien longtemps... Un mois, maximum. Je louais des hôtels pas chers, je rencontrais des sorciers, je visitais un peu, puis je repartais enchaîner les petits boulots ici, jusqu'à amasser assez d'argent pour pouvoir m'offrir un nouveau voyage. C'était passionnant, comme vie. J'ai pu apprendre des tas de choses. En fait, les seules fois où j'ai quitté l'Europe, c'était pour rendre visite à une amie qui vit aux États-Unis.  »

L'amie, c'était Jane Hill, qui vivait effectivement aux États-Unis depuis plusieurs années. Elles se rendaient visite plus ou moins régulièrement, et même si elles avaient de moins en moins de choses à se dire, Octavia avait toujours une confiance aveugle en elle.

« Et vous ? Quels sont les endroits que vous avez pu visiter ?  »

Elle prit une nouvelle bouchée.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

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« Eh bien... Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de visiter un autre pays que l'Angleterre ou la France. Ma famille habite dans un petit village du Sud de la France. Mais, j'aimerais beaucoup découvrir d'autres endroits et c'est d'ailleurs dans mes projets.  »

La discussion semblait enfin engagée, Octavia commença à parler un peu de sa vie, de ses expériences, de ses voyages surtout. C'était incroyable le nombre de choses qu'elle avait l'air d'avoir faites. Bon aussi, il fallait dire qu'à 27 ans on avait normalement vu plus de choses qu'à 19. Meilla avait très envie de voir comment les sorciers vivaient dans d'autres pays que l'Angleterre ou la France. En fait, son rêve était d'aller en Nouvelle Zélande, en Afrique ou en Amérique Latine pour voir différentes formes de magie. Mais pour le moment, elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de le faire, ni l'argent pour le faire. Peut-être qu'avec son salaire elle aurait de quoi se payer un voyage dans les prochaines années, avec June, elles en avaient beaucoup parlé et elles avaient prévu de le faire quand elles seraient plus âgées.

« Vous avez beaucoup de chance d'avoir pu faire ça.  »

La rouquine trouvait cela vraiment admirable de se rendre dans des pays étrangers seule, sans savoir quand on aurait assez d'argent pour repartir. Elle n'aurait jamais osé faire cela. Elle était certes devenue indépendante dès sa majorité et avait plus ou moins réussi à s'assumer seule, mais vivre dans un pays étranger, avec des coutumes et habitudes différentes lui faisait un petit peu peur en réalité. Evidemment, elle ne l'avouerait jamais à personne, même pas à June et encore moins à Octavia. Elle avait beau avoir changé d'avis sur elle au cours du dîner, il était hors de question qu'elle lui avoue une quelconque faiblesse. Elles n'étaient pas encore devenues meilleures amies et pour le moment, cela paraissait impossible. Comment pourraient-elles devenir meilleures amies? C'était absurde, elles se toléraient en tant que collègue, pouvaient entretenir une relation cordiale propre à deux collègues, mais il n'y aurait jamais rien de plus. Après une courte pause, pour prendre une bouchée de la bûche de Noël qui venait d'arriver sur la table, la jeune femme continua, très curieuse de pouvoir en apprendre un peu plus sur d'autres civilisations.

« J'imagine qu'avec tous les voyages que vous avez faits vous avez eu l'occasion de voir beaucoup de choses! Vous ne voulez pas me raconter?  »

La rouquine espérait qu'Octavia ne pensait pas qu'elle en faisait trop. Elle était vraiment intéressée par ce sujet, ce n'était pas du tout feint. En réalité, elle n'avait pas été aussi honnête avec quelqu'un depuis un certain temps. Ces dernières semaines, la seule personne avec qui elle était honnête dans ses propos était June dans la limite de ce que Meilla s'avouait bien à elle-même. Même si elle se fichait éperdument de ce que la plupart des gens pouvaient bien penser, il y avait des gens à qui elle n'avait pas envie de faire de peine et c'est à ce moment-là qu'elle arrivait à se persuader de dire la vérité, comme avec Cory.

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Dans le monde, il existe des tas de gens qui aiment parler d'eux. Ils adorent raconter leur dernière partie de Scrabble, parler de ce qu'ils ont mangé durant la semaine, affirmer qu'ils aiment ceci et n'aiment pas cela, donner leur avis sur tout, sur rien, sur la politique, sur le consumérisme, et j'en passe. À l'inverse, il existe des gens plus silencieux, qui préfèrent écouter, qui n'osent pas trop donner leur avis, qui ne veulent pas raconter leur passé, leurs souvenirs. Certains sont muets comme des tombes parce que cela leur plaît, d'autres le sont par peur ou par timidité. Octavia ne savait pas trop dans quelle catégorie pouvait se trouver Meilla, mais d'instinct, elle l'aurait plutôt placée parmi ceux qui sont discrets parce qu'ils en ont envie.

C'est pour cela qu'elle s'étonna lorsque sa cavalière lui donna quelques détails sur sa vie, au lieu de répondre simplement « je n'ai vu que le Royaume-Uni et la France  ». Ainsi, Octavia apprit que la famille de sa collègue vivait loin d'elle. Il y avait quelques minutes, Meilla lui avait expliqué que sa famille et elle avaient déménagé en Angleterre dix ans plus tôt. Et maintenant, elle lui apprenait qu'ils étaient tous repartis. Pourquoi ? Était-ce par nécessité ou par choix ? Octavia n'osa rien demander, estimant que si sa cavalière n'en avait pas dit plus, c'était parce qu'elle n'avait pas envie d'en dire plus.

Sa cavalière lui dit ensuite qu'elle avait beaucoup de chance, ce que le professeur de Sortilèges approuva d'un léger signe de tête. Elle avait conscience que ce genre de voyage semi-improvisé n'était pas à la portée de tout le monde, et elle s'estimait heureuse d'être complètement indépendante. Beaucoup de personnes devaient organiser leurs voyages des mois à l'avance, car il fallait qu'ils fassent garder le chien, qu'ils appellent toute la famille pour les prévenir, qu'ils fassent cela pendant leurs vacances. Auparavant, la seule contrainte d'Octavia était l'argent – désormais, c'était le travail.

Lorsque Meilla lui demanda de lui raconter des choses sur tous ces voyages, Octavia fut prise au dépourvu. Elle n'avait pas prévu de s'étendre sur le sujet, mais elle décida d'accéder à la requête de sa cavalière. Pourquoi pas, après tout ? C'était un sujet comme un autre.


« Il y a une ville qui m'a particulièrement marquée. Riomaggiore, en Italie. Toutes les maisons sont colorées, j'avais adoré l'endroit. »

Octavia, un brin nostalgique, raconta qu'elle avait également été à Barcelone et qu'elle avait appris des tas de choses sur l'histoire de l'Espagne. Elle lui parla également du petit garçon de sept ans qu'elle avait rencontré en Pologne. En fait, les parents de l'enfant avaient loué le même hôtel qu'Octavia. Lors des repas, le garçon – qui était anglais et qui s'appelait James – venait de temps en temps à la table d'Octavia pour discuter avec elle. Il lui parlait souvent de son école (d'ailleurs, il n'aimait pas du tout l'école, il trouvait que c'était nul et ennuyeux, même s'il adorait son enseignante de mathématiques parce qu'elle leur donnait toujours des bonbons). James s'était passionné par les cheveux d'Octavia, qui les portait violets à cette époque. Cet enfant dynamique et joyeux avait égayé le voyage de la jeune femme, et parfois, Octavia se demandait où il en était, aujourd'hui.

Après cette séance souvenirs, les deux jeunes femmes avaient fini leur assiette. Elles auraient pu passer au dessert, mais Octavia décida de proposer une danse à sa cavalière. Après tout, elles étaient à un bal, et lors d'un bal, il était coutumier de danser. Avec un petit sourire, elle demanda donc :


« Voudriez-vous danser ? »

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Table de O. Peters et M. Primard

Ce post fait suite aux événements qui se sont déroulés sur la piste de danse.
***


Octavia quitta la piste d'un pas tranquille, tentant de masquer l'incompréhension et l'inquiétude qui la gagnaient. Une fois qu'elle eut rejoint sa table, elle observa pendant quelques secondes les deux cadeaux qui reposaient toujours dessus. Le dessert passerait à la trappe. C'était dommage de s'en priver, puisque tous les mets que préparaient les elfes étaient succulents, mais justement ; puisque toutes leurs préparations étaient délicieuses, elle aurait l'occasion de se rattraper lors des repas du lendemain.

Pour la seconde fois de la soirée, Octavia lâcha un petit soupir las, et elle se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Elle avait l'habitude de faire cela lorsqu'une situation la dérangeait, mais elle savait que c'était une manie arrogante qui pouvait être très mal interprétée. Elle levait les yeux au ciel depuis qu'elle était enfant et qu'elle avait commencé à se sentir supérieure aux autres. Ce trait de caractère s'était estompé au fil du temps, mais elle avait malgré tout gardé cette manie exaspérante. Elle tentait de ne jamais lever les yeux au ciel en public, cependant, car elle savait que c'était impoli et vexant pour ses interlocuteurs.

D'abord, Octavia s'empara de la fiole que Meilla lui avait offerte, puis elle prit la carte qu'elle avait elle-même achetée pour sa cavalière, et que cette dernière n'avait pas pris la peine d'emporter avec elle. Elle vérifia d'un dernier coup d’œil qu'elle n'avait rien oublié, puis elle se dirigea vers la sortie, tenant les deux présents dans sa main droite. Juste avant de quitter la salle de bal, elle intercepta le regard d'Amy Holloway et la salua d'un sourire. Elle aurait voulu lui souhaiter une bonne soirée, mais elle était trop loin pour que sa cousine puisse l'entendre.

Lorsqu'elle fut hors de la salle, elle eut l'impression d'être tombée dans un gouffre assommant de silence. Le couloir était parfaitement calme, comme vidé de toute présence humaine depuis des siècles. Rien à voir avec le brouhaha de la salle de bal, dont les différents bruits lui parvenaient encore. Elle n'avait pas encore pris conscience que ce lieu, rempli de rires, de musiques et discussions, était si bruyant. Octavia ne s'attarda pas et s'éloigna, tournant à droite pour retrouver le Grand Escalier.

Le silence sembla bourdonner dans son oreille pendant plusieurs minutes. Elle descendait les marches inlassablement, puis elle arriva enfin aux sous-sols. Elle prit la direction du bureau du professeur de Potions, et lorsqu'elle fut en face de cette pièce, elle frappa à la porte. Elle ne reçut aucune réponse, comme elle s'y attendait. Elle ne se gêna donc pas pour entrer. Comme si elle était dans son bon droit le plus complet, Octavia se dirigea jusqu'au bureau de sa collègue, sur lequel elle déposa la carte magique qu'elle lui avait offerte. Ensuite, elle quitta les lieux et se dirigea vers la salle commune de Serpentard.


Fin

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.