Salle de bal

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Le chant du cœur  RPG+ 

Libre mais m'envoyer un hibou si souhait de participer...

Gniiiiiiiiiii...

Lou poussa les lourds battants de l'immense porte qui menait à la salle de bal et resta un moment, là, immobile devant l'espace qui s'offrait à ses yeux.  Elle se retourna vivement. Non, personne ne l'avait suivie. Doucement, elle rentra et referma lentement les portes derrière elle.

Baoum...

Et tandis que l'écho se dissipait contre le givre éternel qui tapissait les murs, la jeune aiglonne s'avança vers le centre. Ses pas résonnaient dans la salle vide. Soudain, elle s'arrêta et le silence s'installa posément. Lou ferma les yeux. Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait pas ressenti ainsi. Un bourdonnement sourd lui emplit les oreilles alors qu'elle retenait sa respiration, cherchant à retenir ce qui s'échappait... trop vite... tandis qu'une goutte de givre tombait, tombait...

Ploc.

Les yeux de la fillette s'ouvrirent d'eux même, à l'affut. Elle était maintenant au centre de la salle et le son dans son oreille s'était tut. Elle reprit sa respiration, inspirant silencieusement l'air glacé.

Que faisait-elle ici? Elle même se le demandait. Fuyant le boucan de la Grande Salle, elle avait erré sans réfléchir dans le château, montant des escaliers vides, parcourant des couloirs silencieux. Ses pas l'avaient menés jusque là, c'était si simple que cela. Elle fit lentement le tour d'elle même, détaillant cette énorme salle. On aurait dit qu'elle avait été délaissée, abandonnée au froid de l'hiver. De longues stalactites descendaient vers des tables brillantes de givre. Lou s'en approcha à petits pas discret, solennellement. Il n'y avait pourtant personne ici... aucun besoin de se faire toute petite pour qu'on la laisse tranquille. Mais... non. La jeune Foxer la sentait. Comme un présence qui pesait sur la salle. On pouvait presque la toucher. Elle était partout dans ce château mais c'était ici, Lou le sentait, qu'elle s'imposait le plus. C'est donc à pas feutrés que la fillette contourna une chaise solitaire pour s'avancer vers une des grandes tables blanches. Elle passa son doigt sur la nappe. Non, elle ne s'était pas trompée, il y avait bien du givre là dessus.

La jeune fille se retourna. Ses pas avaient laissés sur le sol poussiéreux des traces nettes jusqu'ici. Elle les remonta jusqu'au centre et là... elle s'arrêta. Non, elle ne voulait pas ressortir. Pas maintenant. Elle n'était pas prête à retrouver les "autres", à parler et écouter. Elle voulait simplement se retrouver ELLE. Depuis qu'elle était ici, jamais elle n'avait jamais vraiment pensé à ELLE. D'ailleurs, elle ne savait plus qui elle était. Où était la petite Lou froide et distante? Pourquoi son cœur semblait découvert, sans l'armure de pierre qu'elle lui avait forgé? Et puis la jeune Foxer eut un sursaut. La bête, le monstre de son ventre... elle ne sentait plus qu'un doux air sucré au creux de son estomac (peut-être aussi à cause des chocoballes qu'elle avait grignotées...). Les yeux de Lou s'agrandirent. Elle... la fillette trébucha et se retrouva par terre, les bras autour de son ventre, elle était partie, elle l'avait laissée, enfin elle avait choisi de relâcher son étreinte douloureuse.

La jeune aiglonne se redressa, en tailleur, là, au centre de la salle. Quelque chose de pétillant se formait dans sa poitrine, là, un peu plus à gauche... Lou cligna des yeux. La chose enflait, scintillait joyeusement. Et puis soudain, elle explosa en millier de feux d'artifices. La fillette ne put le contenir plus longtemps. Elle bascula la tête en arrière et le relâcha. Un rire magistral emplit la pièce silencieuse, faisant vibrer les feuilles de houx. Un rire clair, joyeux... gonflé d'espoir, qui enflait peu à peu, recouvrant le givre. C'était son cœur, oui, Lou le sentait, c'était son cœur qui riait ainsi! Raisonnant de tout les côtés, il revint vers elle et Lou se laissa emporter par ce son, le laissant la pénétrer, la réchauffer. Elle était maintenant debout et se sentait comme... brillante de mille éclats! La lumière éclatante traversant sa robe, venait de son cœur, de ce cœur qui se réveillait enfin, qui semblait avoir gonflé, avoir triplé de volume!

Si son rire venait de rebondir une dernière fois contre le plafond, elle sentait la chaleur et la lumière encore là dans sa poitrine. Elle se tenait là, debout, au centre de la pièce, les mains ouvertes, les yeux brillants... elle était...                                                                     VIVANTE!

« Leur nom, elles le signent de la pointe de la baguette, d'un Z qui veut dire Zorras! »

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Mai 2043

Lucy n'aimait pas le bruit. Elle n'aimait pas non plus la foule. Cela la stressait. Alors, pour combler ce besoin de solitude, la jeune fille était partie à la découverte du château. Tout le monde était dans la Grande Salle ou dans les salles communes, à cette heure. Lucy s'était éclipsée en cachette de sa salle commune. Son endroit à elle, elle ne l'avait pas encore trouvé, et elle le cherchait. Depuis que son coin avait été découvert, elle en cherchait un autre. Trimballant contre son coeur son crayon à papier et ses dessins, la rousse cherchait. Dans les couloirs, personne, mais c'était trop risqué ; elle en avait fait les frais la dernière fois.

Elle grimpait les escaliers, en faisant le moins de bruit possible. Cinq ou six ans auparavant, cette expédition l'aurait amusée. Aujourd'hui, Lucy ne s'amusait plus en grimpant des escaliers. D'ailleurs, de quand datait son dernier fou rire ? Les autres ne s'approchaient pas d'elle, elle les avait trop repoussés, et même si Lucy se sentait bien seule, un peu de compagnie ne lui faisait pas de mal. Certes, il y avait Ada, mais elle voulait plus que ce dont se contentait la petite blonde. Elle voulait une osmose parfaite, elle voulait donner de la gentillesse, elle voulait partager la beauté de ce monde avec tous, leur faire comprendre pourquoi vivre, c'était magnifique. Depuis sa rencontre avec Ada, Lucy s'était davantage ouverte au monde. Comme si le fait d'être amoureuse lui avait fait comprendre ce que c'était qu'être humaine.

Malgré tout, Lucy restait Lucy et ce besoin de solitude l'étouffait encore souvent, et pendant ces instants où elle ne voulait voir personne, elle avait besoin de l'endroit qu'elle cherchait aujourd'hui.

Arrivée au quatrième étage, elle trouva tout d'abord la salle de musique occupée par des musiciens, puis elle vit une porte fermée. Elle la poussa de toutes ses forces et se trouva dans une salle vide, pleine de givre, dans laquelle le froid régnait. *La salle de bal*

Posant son cahier sur la table et nouant ses cheveux fins en un chignon à l'aide du crayon, la jeune fille observa cette salle. C'était magique. Tout ce givre, toute la beauté de l'hiver qui ne tarderait pas à s'en aller pour cette année, immortalisée ici. Elle observa chaque recoin de la salle, et défit ses cheveux pour le dessiner. Elle ne regrettait pas d'être venue, cet endroit était magique.

S'asseyant dans un coin pour dessiner, elle entendit soudainement un grincement signifiant que la porte venait d'être ouverte. Surprise, elle fila se cacher sous la table, espérant ne pas se faire remarquer. La porte se referma et Lucy vit les jambes d'une personne passer près d'elle. Cette personne, sans doute une élève à en voir la forme et la taille des jambes, marchait à petits pas. Elle se tourna ensuite vers les stalactites qui tapissaient la salle et la rousse aperçut entièrement la petite fille. Les cheveux blancs lui dirent immédiatement quelque chose. C'était Lou, du club d'écriture ! Cette dernière s'arrêta soudainement, et bientôt, le rire de la jeune fille résonna dans toute la pièce.

Le rire est contagieux, et Lucy éclata elle aussi de rire, suivant la jeune fille et évacuant tout le stress qu'elle contenait en elle depuis tout ce temps. Libérée de tous ses problèmes pour un instant, riant toujours à gorge déployée, Lucy se leva d'en-dessous de la table, posa ses affaires, et alla en direction de Lou, les pas légers.

Elle planta ses yeux, bien moins beaux que ceux de la blonde, dans ces derniers et elle sourit. Prenant les mains de la Serdaigle dans les siennes. Chaleur Humaine. Tournoyant sur elle-même, sans peur du ridicule, Lucy entraîna Lou avec elle, danser. La Danse que Rien n'aurait pu arrêter. Sans toucher à aucune autre partie du corps de Lou que ses mains, et ne détournant jamais son regard. Lucy espérait transmettre à l'Aiglonne ce qu'elle ressentait, cette boule dans sa gorge qui s'en allait, ses ailes qui se déployaient ; elles pouvaient s'envoler.
Dernière modification par Lucy Wood le 14 août 2018, 21 h 57, modifié 1 fois.

Luehssyie Woudde Pecker
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Je revois chacun de tes gestes, tu veux pas lâcher du leste. Que je t'aime, que je te déteste, je pense à toi.

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Reprenant son souffle, là, au milieu de la salle de bal, Lou était traversée par des émotions de toutes sortes. Bonheur, Calme, Peur, Joie... Ça se répercutait de part et d'autre dans sa tête. Quand un rire cristallin revint faire briller les stalactites de la pièce, l'aiglonne eu même un doute. Riait-elle donc encore? Son cœur brillait toujours autant alors... pourquoi pas? Elle finit tout de même par comprendre que ce rire ne lui appartenait pas. C'était celui d'un autre.

Aussitôt, chaque membres de la fillette, qui pourtant s'étaient relâchés, se crispèrent et son souffle reprit un rythme anormal. On l'avait suivit... ? En tout cas on l'avait surprise dans un moment intime. Toute la magie du moment se volatilisa en l'espace d'une seconde. Le rire devenu effroyable à ses oreilles l'encerclait, comme le hurlement des chiens d'une battue. Elle était prise au piège... Comme un renard qu'on surprend, Lou tourna vivement la tête de tous côtés pour essayer de voir le chasseur qui l'avait traqué ainsi. Pourquoi maintenant? Elle ne serait donc jamais tranquille.

Soudain, elle lui fit face. Le traqueur était une traqueuse aux cheveux flammes et aux yeux de terre. Ses mains, pâles comme la mort, vinrent la menotter. Lou eut beau tirer pour se libérer, la peur que lui procurait cette chasseuse lui avait enlevé toute la force qu'elle aurait pu avoir. La terreur emplissait le corps de l'aiglonne de part et d'autre. Elle n'aurait jamais du baisser sa garde, jamais du croire qu'un jour, elle serait tranquille, seule avec elle-même. Maintenant, elle allait mourir...

Et puis...

Lumière dans le tourbillon des ténèbres qui enveloppait Lou, quelque chose attira son regard affolé.

Un sourire.

La fillette s'y accrocha dans un dernier espoir. Ce sourire n'était pas celui d'un chasseur. C'était un sourire de petite fille. Un sourire heureux, un sourire qui pouvait tout dire. Se dépêtrant des ténèbres gluants, l'aiglonne revint peu à peu à la lumière, attirée par le sourire. Et tandis que son champ de vision s'agrandissait, elle revit les cheveux d'or, les yeux chocolats, la peau enneigée. Ce n'était plus le chasseur qui la menottait devant elle mais la joie d'une petite fille, le bonheur lui même, qui l'entrainait dans une danse. Ses lunettes lui renvoyaient l'éclat du sourire, balayant l'enfer qui s'apprêtait à la dévorer. Tout semblait briller chez cette enfant, tout comme Lou avait pu briller quelques minutes plus tôt. En observant son cœur, la fillette remarqua vite la différence. Il ne brillait plus du même éclat. C'était une lueur vacillante, comme la flamme d'une bougie sur laquelle on souffle.

Soudain, quelque chose vint se rattacher à elle et Lou quitta son cœur des yeux, attirée par la "chose". Son regard, soudain, fut englobé par un océan sucré. Tentant de comprendre la réalité, la fillette cligna des yeux... avant de se retrouver face à ceux de la petite fille. C'était comme une corde qu'on lui tendait pour s'y raccrocher et Lou ne se fit pas prier. Comme aidée par le bonheur de la petite fille, son cœur se gorgea de la lumière qu'on lui tendait pour raviver la flamme. Tout en cette fille était doux et sucré, ses yeux chocolats pour commencer. Ils l'invitaient à se laisser aller, à décoller, à danser dans les airs avec sa partenaire.

Alors, Lou sourit à son tour. Rendant son sourire et sa joie à la petite fille, elles partageaient, ensemble, leur joie et leur bonheur. Elles volaient au centre de la salle de bal, battant à l'unisson leurs ailes de lumière, s'élevant dans un tourbillon de joie. C'était beau de danser ainsi, main dans la main, sans se soucier du reste. La fillette aurait voulu que rien de s'arrête. Que le reste de sa vie ne soit plus que ce bonheur et ce sourire sur les lèvres de la fille aux cheveux d'or.

Mais la vie ne se résume pas qu'à cela. Glissant sur une dalle trop givrée, Lou trébucha et tomba au sol, entrainant sa partenaire avec elle.

Vraiment, vraiment, vraiment navrée de ce retard énoooorme... :sad: Je tacherai de me rattraper au mieux. :cute:

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A son plus grand soulagement, Lou ne protesta pas et accepta la proposition. Elle accepta de danser, sur le sol de cette salle de bal, que personne n'avait foulé cette année. Les yeux de Lucy brillaient d'une étincelle de joie, d'une émotion intranscriptible, le bordel dans son cœur, dans son corps, particulièrement dans son ventre, où une boule d'angoisse venait de partir, remplacée par une boule de stress positif, et elle continuait à rire, pour tout libérer.

La plupart du temps, elle ne se trouvait pas belle. Et là, elle venait de comprendre que la beauté résidait aussi et surtout dans la possibilité d'effectuer cette danse sans se préoccuper du regard de l'autre, de lui sourire. Au moment où elle le réalisait, elle sentit un déséquilibre, qui, rapidement, l'entraîna au sol, par dessus sa partenaire. Gênée - elle lui avait sans doute fait mal - elle se déplaça.

- Je… Désolée.

Le moment intense de libération, d'humanité, d'une quasi fusion, sans réellement se connaître, venait d'être brisé par la chute de Lou, tout comme l'éclat de rire qui était resté sans fin, coupé net, décapité. La boule de stress reprit sa place dans son ventre, là où elle était reine depuis longtemps, et les larmes vinrent aux yeux de Lucy. Elle ne savait même pas pourquoi ; elle ne s'attachait pas aux gens, et pour le moment, Lou semblait plutôt en bon état, alors, ce n'était pas ça. Qu'était-ce donc ? Le moment brisé. Est-ce que c'était ça, le coup de foudre en amitié ? Elle avait déjà eu un coup de foudre amoureux, et ça ne s'était pas du tout passé comme ça… Est-ce que la Serdaigle ressentait la même chose qu'elle ? Et devait-elle en parler ?

Elles avaient partagé des éclats de rire, mais la méfiance s'était réinstallée du côté de la rousse. Ca n'avait aucun sens. Pourquoi se laisser emporter, danser, rire, si l'issue de ce passage ne se trouvait que dans ses habituelles peurs ? Elle comprenait, à présent que son mécanisme de défense fonctionnait trop fort, qu'elle devait simplement laisser parler son cœur, qui lui demandait de partager ses impressions avec sa partenaire, elle s'était déjà entièrement livrée, qu'est-ce que ç'allait changer ? 

- Est-ce que… ?

Est-ce qu'elle comprendrait ? Elle comprendrait si elle ne lui parlait pas, ou qu'à moitié ? Est-ce que cette fusion entière, cette parfaite osmose existait réellement ? Et si oui, Lou en était-elle capable ? Pouvait-elle décrypter chaque message informulé qu'elle envoyait chaque jour à tellement de personnes et qu'elles ne comprenaient pas ?

- Tu me comprends ? Tu sais comprendre sans parler ? Tu sais lire dans les yeux ?

Un silence de sa part. Elle attendait la réponse, pour continuer ou non de lui parler, pour se relever ou pas, pour retourner danser ou pas. Lucy dénotait, par ses cheveux de feu dans la salle givrée et blanche, sa cravate jaune qui colorait un peu la pièce, d'une couleur plus chaude que le bleu de celle de Lou, et par ses gestes, que n'importe qui aurait qualifiés de bizarres, elle le savait, et s'en fichait totalement. Cependant, la réaction de l'Aiglonne lui importait, et elle espérait qu'elle n'était pas rebutée par ses gestes et paroles étranges…

- Attends. Juste… Si tu veux me dire que je suis bizarre, c'est pas la peine. On me l'a assez dit comme ça. Sincèrement… J'aimerais bien parler avec toi, si c'est…

Elle espérait que sa partenaire comprenait le dernier mot, qu'elle n'arrivait pas à faire sortir de sa gorge, qui restait coincé au même endroit que cette boule d'angoisse. Et également que la blonde ne la jugerait pas. Ses mécanismes de défense s'étaient ouverts, s'il advenait qu'ils doivent se refermer, elle serait blessée, profondément blessée.

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Son dos rencontra soudain la surface glaciale du sol et la douleur lui remonta jusque dans le crâne. Ce n'était pas grand chose, Lou était habituée à tomber, et de plus haut que cela... Presque aussitôt après, un poids vint appuyer sur son ventre et l'aiglonne eu le souffle coupé durant une seconde, juste avant que la fillette ne se décale sur le côté. Se redressant sur un coude, Lou chercha sa camarade, presque apeurée qu'elle ne se soit envolée. Mais elle était là, à ses côtés... Un soulagement incroyable explosa dans le cœur de la fillette, très vite remplacé par un pique ardant. Certes, la fille était encore là mais... le sourire. Son si beau sourire lui s'était bel et bien envolé, laissant place sur son visage de lumière à une grimace gênée

-Je... Désolé.

Un temps passa avant que Lou ne comprenne que c'était la petite fille qui avait parlé. Se reprenant au plus vite, elle secoua vivement la tête. C'était bien elle qui avait glissé, l'autre n'avait rien à se reprocher. L'aiglonne allait la rassurer quand quelque chose attira son regard, bloquant les mots sur le bord de ses lèvres. Un petit quelque chose, brillant, semblait border le bord des yeux de la fillette qui lui faisait face, comme un minuscule océan sur lequel un soleil se couche. Une larme.
Soudain imaginer que cette petite fille, si joyeuse un instant plus tôt, devint triste à en laisser couler des larmes fit l'effet d'un éclair sur la conscience de Lou. Cette larme qui glissait peu à peu sur les cils de la petite fille, elle aurait tant voulu s'en détourner pour ne pas la voir s'éteindre contre ses joues pâles et y laisser le chemin des pleurs. Seulement elle ne pouvait pas... Encore et toujours, le regard de l'autre s'accrochait à elle et elle ne pouvait pas déchirer ce lien, ce ruban de soie si fin que si peu de gens y portait suffisante attention. Combien de fois Lou l'avait vu, par des yeux désintéressés, déchiqueté en milles morceaux, effiloché et brisé... Et le ruban qui réunissait leur deux regards était plus fin que tout, l'aiglonne ne pouvait pas se permettre même une hésitation. Elle continua donc à fixer la larme, retenant son souffle pour ne pas la brusquer.
Et puis les yeux de la petite fille clignèrent, effaçant la larme, pour se rouvrir sur un éclat plus sûr.

-Est-ce que...?

La question se finit dans un souffle et Lou ne put que se plonger un peu plus dans les yeux de la petite fille qui l'englobaient maintenant d'une étincelle pressante. Et soudain, Lou comprit. Elle comprit pourquoi ce regard lui était si familier. Elle l'avait déjà vu la petite fille, du coin de l’œil, évitée, éloignée par le monstre qui lui avait tant déchiré les entrailles. C'était Lucy. La jeune Poufsouffle du club de lecture. Seulement, cette lumière dans le bazar ténébreux de ses souvenirs mit un peu plus d'ombre là où flottait la question inachevée.

- Tu me comprends ? Tu sais comprendre sans parler ? Tu sais lire dans les yeux ?


Le silence qui suivit ces paroles inquiètes cisailla le cœur de la fillette. Lucy ne méritait pas que Lou baisse les yeux en secouant la tête. Seulement, l'aiglonne ne savait pas mentir, elle ne pouvait simplement pas. Alors elle se replongea dans les doux abîmes des yeux de la Poufsouffle, cherchant dans ses profondeurs comment lui répondre sans la blesser.

- Attends.


Lou réprima un frisson. Elle était au bord des larmes, toute petite au milieu de cette immense salle si froide. Faire du mal à Lucy la blesserait peut-être bien plus qu'à la petite fille.

- Juste… Si tu veux me dire que je suis bizarre, c'est pas la peine. On me l'a assez dit comme ça. Sincèrement… J'aimerais bien parler avec toi, si c'est…


Le ton de Lucy était passé presque au supplice et Lou y reconnu celui qu'elle avait tant employé là bas, en Irlande, au cœur de sa forêt. Le front appuyé contre l'écorce d'un grand arbre, ses larmes coulant silencieusement vers ses racines, se nichant dans les fentes et mousses, quand elle lui murmurait qu'elle était venue seule, qu'il pouvait se révéler vrai face à elle et quand, face à l'immobilité, ses larmes redoublaient, poussées par son cœur compressé dans sa poitrine. Elle savait quelle douleur on éprouvait face à certains silences comme face à un coup dans l'estomac.

Mais c'était ainsi avant. Avec le temps, elle avait appris à comprendre son arbre. Elle avait compris qu'il ne pourrait bouger mais qu'il entendait... il écoutait et il répondait. Silencieusement mais c'était ce petit quelque chose qui parcourait de fourmillement les mains pâles de la fillette posées contre ses racines. Les mots n'avait aucun sens, seules les pensées pouvaient exprimer réellement ce que l'on voulait faire comprendre. Alors, comme avec le grand arbre de sa forêt, Lou posa sa main sur celle de Lucy sans la lâcher des yeux.
Les mots ne servaient à rien. D'un lent hochement de tête, elle tenta de lui faire saisir qu'elle comprendrait. Qu'elle allait essayer. L'intensité que l'aiglonne pouvait ressentir lui faisait monter les larmes aux yeux. Celles-là même qui faisaient briller les yeux sans couler. Celles qui allumaient des étincelles dans le cœur. D'une voix quelque peu enrouée par l'émotion, Lou laissa échapper quelques mots inutiles mais elle en avait besoin.

- Moi aussi.

Et sa main se resserra presque imperceptiblement autour de celle de la jeune Poufsouffle. Un fil d'or brodait doucement le ruban de soie entre elles mais Lou avait si peur que ce soit pour rendre plus jolie leur séparation.

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Lou comprenait, ça, Lucy le savait, et pour elle, c'était déjà une première victoire. Parce que, là où tant d'autres se seraient contentés de dire qu'elle était bizarre, de baisser la tête - sa manière d'être, de parler, de regarder, et surtout de voir, en déroutait certain·es au point qu'iels ne la regardaient pas dans les yeux. L'Aiglonne fixait ses yeux, comme Lucy en avait fixé des millions avant. D'un regard plein de curiosité. Cependant, il y avait une différence dans ces regards ; la tendresse. Comment pouvait-on avoir autant de douceur envers une personne qu'on connaissait à peine ? La rouquine croyait au coup de foudre, elle l'avait vécu. Mais ce n'était pas de la douceur, qu'elle avait ressenti dans un premier temps, mais de la fulgurance.

Les sentiments de Lou étaient un paradoxe, très compliqués à comprendre, pour elle, mais en même temps si instinctifs. Elle les ressentait comme les siens… Comment était-ce possible ? Pendant qu'elle soutenait le regard, inspectait chaque recoin des yeux de son interlocutrice, elle voyait tout ce qui se déroulait en elle. La connexion qui se maintenait entre elles. Cette expérience nouvelle lui plaisait.

Quand la blonde prit la parole, pour dire deux mots, qui voulaient tout dire, sa main se posa sur celle de la Poufsouffle, dont les yeux pétillèrent. Allait-elle répondre à sa question ? Savait-elle lire dans les yeux ? Pouvait-elle lui apprendre ?

- Moi aussi.

Réaction immédiate.

- Toi aussi… Toi aussi, tu veux parler ? Tu en as besoin ?

Ce n'était pas le sujet dont elle voulait parler, à la base, mais elle allait faire un effort, pour une fois, et essayer de s'adapter à la gamine en face, qui semblait tenter de s'adapter à elle. Ou alors, elles se ressemblaient juste un peu trop.

- J'aime bien ton rire. Il est beau. Il est… Je sais pas comment dire. Tu vois, j'ai l'impression que t'as vécu plein de choses, et que ça t'aide à tout surmonter. Moi, ça faisait longtemps que j'avais pas vraiment ri. Et que ça m'avait pas fait du bien.

Elle fit craquer quelques os dont elle ignorait jusque là l'existence en tentant de se relever, car elle commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Mais ses mains glissaient sur le sol gelé, donc elle se contenta de changer sa jambe de position.

- J'aime pas le rire. 

Cet aveu paraissait extrêmement surprenant de la part d'une enfant de onze ans et demi. Tous les enfants aiment rire… 

- Enfin, si, j'aime bien rire toute seule. Mais pas avec les autres…

Elle mettait du temps à se livrer, à rouvrir son cœur à Lou. En prenant une grande inspiration, elle continua à raconter :

- Les autres, quand ils riaient, c'était pas avec moi. C'était contre moi. Du coup, j'ai arrêté de rire avec les autres. 

Mais ç'avait changé. En entendant rire la Serdaigle, Lucy s'était jointe à elle, avait partagé un moment de rire avec elle. Maintenant, elle se sentait libérée d'un poids : celui de ce secret qu'elle n'avait jamais raconté à personne.

- Mais ça a changé avec toi.

Et elle lui sourit.

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