Salle de bal

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 Phoebe Swan/RPG+  dernière Chance, dernière Danse

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L'archet rappe sur les cordes de l'instrument en une mélodie envoûtante. Douce et délicieuse, un enchaînement de notes qui lui vrille l'esprit, qui lui traverse les os en une merveilleuse sensation. Elle flotte, elle vole. Mais ce n'est pas réel. Rien de cela ne l'est, ce n'est qu'un rêve parmi tant d'autres. Un rêve de gosse, qui la détruit peu à peu. Elle ne pourra jamais voler, peu importe comment la musique lui donne des ailes. Jamais ses pieds ne décolleront du sol. Jamais ses bras ne la porteront plus haut que les nuages. Si elle saute par la fenêtre, elle ne s'envolera pas. Elle tombera au sol, et elle ne se relèvera jamais. Alors elle ne saute pas, même si elle en a très envie. Tellement, tellement envie de s'envoler que ça la tue, la brûle. Ça la crève un peu plus chaque jour. Elle veut juste se laisser entraîner par la danse que forme ses notes. Faire bouger son corps et son âme en harmonie avec son violon de bois. Elle veut juste jouer à s'en déchirer les tendons, à s'en déchirer les doigts et les muscles. Elle veut danser à s'en brûler les pieds. Elle veut hurler à s'en déchirer les cordes vocales, vivre à s'en broyer le cœur. Mais elle n'arrive à rien. Elle est inutile, ne fait jamais rien correctement. Et pourtant elle essaye, Merlin qu'elle essaye. Tellement fort qu'elle n'y arrive pas. Elle n'est qu'une bonne à rien, on lui a répété tellement souvent. Inutile. Monstre. Ouais, elle est habituée. Au fil des années, elle a même apprit à aimer ces mots, aussi étranges qu'ils soient. Oui, elle les aime. Elle sourit au monde, car c'est la seule chose qu'elle puisse faire devant le destin qui s'acharne sur elle. Elle sourit pour montrer qu'elle est là malgré tout. Elle sourit parce que c'est la seule chose qu'elle sait faire. Mais même si elle sourit, elle pleure aussi. Car ça, c'est ce que son cœur fait, indépendamment de son esprit. Parce que c'est la seule chose que lui sait faire. Elle a tellement à apprendre, tellement de choses qu'elle ne comprend pas et qu'elle ne fera probablement jamais. Mais c'est pas grave. Car elle est là, debout face au monde. Ou à genoux. Ça ne fait rien, elle est là. Aussi faible qu'elle soit, elle est là et elle ne partira pour rien au monde. Pour elle. Pour Soleen. Pour Loïk et Samuel. Pour les gens qui veulent la voir à Terre. Elle est là, parce qu'elle ne veut pas disparaître, qu'importe si elle l'a voulu avant, ce n'est plus le cas. Mais elle ne sait pas comment faire, comment vivre. Et elle a très envie d'apprendre. Le violon est comme pourri. Nauséabond. Elle le lâche et il tombe au sol dans un bruit mat. Mais il ne se casse pas, elle veut qu'il le fasse ! Son archet lui brûle les mains. Elle les places aux extrémités et elle tord. Ses genoux touchent le sol. Elle les repli et ses moins martèlent les doux carreaux de la salle de bal.  Elle n'y arrive pas. La mélodie s'est brisée depuis longtemps, elle lance l'archet à travers la pièce et il tape le mur. Mais il ne se brise pas. BRISE-TOI, BORDEL !

« -Je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas ! Un torrent semble se déverser sur ses joues pales comme la lune. La Lune. Brisez-vous ! Elle hurle et sa voix se répercute contre les murs de la salle vide de tout son autres que sa voix disgracieuse et sifflante. La musique n'est qu'un songe. Qu'elle se brise, je t'en supplie qui que tu sois, Merlin. Brises-les. Les sentiments, les musiciens qui ne comprennent rien.

Elle pleure. Elle a mal. Brisez-les, ces sentiments qui la dévorent. S'il vous plaît.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
Mascotte Officielle des Crochets d'Argents, laissez passer s'il vous plait.

 Phoebe Swan/RPG+  dernière Chance, dernière Danse

L’adolescente marche dans les dédales depuis un moment. Elle fuit les espaces confinés, débordés. La fin de l’année approche, les élèves se concentrent tous au même endroit pour travailler. Phœbe n’arrive pas à se mêler dans les groupes de camarades, même entourée elle est seule, oppressée, c’est pourquoi elle avait préféré déambuler véritablement en solitaire. Elle avait profité de la tombée de la nuit pour s'éclipser en toute discrétion, sans avoir quiconque sur sa route.

Des sons étrangers à l’ambiance habituelle de Poudlard parvinrent aux oreilles de l’adolescente alors qu’elle était dans l’un des étages en hauteur du château, elle n’avait compté. Du violon… Une fois, lors d’un voyage en Europe, à Vienne, elle avait entendu sa couleur envoûtante lors d’un concert. L’enfant avait été enchantée mais ce n’était pas l’instrument qu’elle avait souhaité apprendre et maîtriser. Elle n’était pourtant pas insensible à son charme, et dès que la mélodie atteignit les oreilles de la petite Swan, celle-ci s’arrêta net et posa ses mains contre le mur. Pour s’y tenir ? Pour sentir les vibrations de la musique ? Ou les deux. Les paupières de l’étudiante se déposèrent sur son regard gris lune, et elle se laissa s’enivrer par le morceau. Jamais la sorcière verte et argent n’avait perçu autant de sensibilité et de force dans ce jeu, elle se sentait prise au cœur et attachée. La violoniste avait une implication rare et déversait un flot, un torrent d’émotions qui chargeaient les notes qu’elle tirait avec son archet. La jeune fille sentit un déchirement, presque familier. Un air de déjà-vécu. Phœbe secoua la tête, ce n’était pas à propos d’elle, c’était une autre histoire qui était ici racontée.

Subitement l’air se tut et un horrible silence régna. La Serpentard voulut s’exclamer « Non » mais ne produisit aucun son. Hébétée, elle regardait les pierres devant elle, irrégulières. Elle s’était râpée de façon superficielle la main, mais ne s’y arrêta pas. Collée contre le mur, la jeune magicienne avança à tâtons, jusqu’à rencontrer l’encoignure d’une porte. Sa silhouette se détacha alors dans son ouverture et son regard tomba sur une enfant, à quelque pas de l’instrument. Effondrée et en larmes, exactement le genre de situation où la petite Swan restait interdite, sans oser prendre une initiative. La préfète écouta en silence. L’adolescente se sentait incapable de produire des paroles consolantes. Toujours immobile, elle parla.

« Et c’est son pouvoir. Elle est le songe qui envoie la réalité voler au loin. J’ai besoin d’elle. »

Hésitante devant la fillette submergée et en sanglots, la sorcière s’avança de quelque pas et mis un genou à terre devant sa camarade, tentant de capter son attention avec ses yeux argentés.

« Tu as aussi besoin d’elle. Mais il n’est pas que question de la musique, n’est-ce pas ? »

Phœbe ne supporte pas le contact physique donc n’ose pas faire de geste à l’encontre de sa benjamine, elle reste dans la même position et patiente, sans rajouter le moindre mot. L’adolescente attend une réponse, des émotions était puissantes derrière son air, elle souhaite dévoiler ce petit être. Très jeune pour exprimer tant avec intensité. La petite Swan le ressentait quand les émotions étaient singées ou sincères dans un morceau. Et elle avait compris aux premières notes.

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 Phoebe Swan/RPG+  dernière Chance, dernière Danse

Elle danse avec la musique, elle vit avec la musique. Mais tout n'est que songe, et les songes ne sont pas la réalité. Dans un monde ou la loi du plus fort règne, il n'y a pas de place pour les faibles, elle l'a apprit. Par cœur. Comme une leçon qu'on lui faisait répéter tout les jours. Elle le sait, alors pourquoi continue-t-elle d'être si faible contre les rêves qui lui bouffent la tête ? Elle veut la réalité, un truc de vrai dans cette océan de conneries qu'on lui débite à la seconde. A quoi cela sert de parler en musique si personne ne comprend se langage pourtant bien plus beau que tous les autres. Ceux sortant de la bouches des Hommes. Remplis de mensonges. Affreuse la langue des Hommes. Ouais, affreuse, dégueulasse ! Ses yeux se lèvent sur la personne à ses côtés. « Tu ne peux être faible que lorsque l'on te surprend à l'être. Ne nous déçoit pas plus, Cassiopée ! » Pourquoi maman elle a dit ça ? Elle ne sait pas, ça fait tellement de temps que cette phrase lui a  été dite.... C'était quand elle pleurait, souriait encore. Tu ne peux être faible que lorsque l'on te voit. Elle se détourne essuie ses larmes et remet son masque. Elle n'est pas faible, elle n'a pas le droit. Arthur, lui, il n'est pas faible. Alors elle doit essayer de lui ressembler, juste pour que ses parents l'aiment un peu. Ne serait-ce qu'en la confondant avec lui. Ça lui ferait une minute d'amour. Elle demande pas grand chose, presque rien. Mais rien c'est tout. Et on ne veut pas tout lui accorder. Alors on ne lui donne rien, mais parfois, rien ce n'est pas tout. Alors elle se contente de ce rien. Car elle n'aura jamais rien d'autre. On lui a dit. Pourquoi gâcher du temps et de l’énergie à donner quelque chose à un monstre ? L'oxygène qu'elle volait aux bons, elle le payait chaque jour de son esprit. Il s’effritait. Mais en même temps elle adorait ça.

Est-ce qu'elle a besoin de la musique ? De la réalité ? Oui. NON ! Elle n'a besoin de rien, de rien, ni de personne. Elle est seule, comme on lui a apprit, elle ne doit pas déranger les autres. Alors, pourquoi elle espère qu'on finisse par la voir ? Peu-être que ce n'est pas une si bonne fille, au fond.  Mais avait-elle vraiment envie de l'être ? Mystère. Avait-elle envie de devenir invisible pour le bon vouloir de ses parents ? Pouvait-on encore appeler ça des parents, à ce stade ? Elle ne comprend pas le monde, les gens ou l'espace. Elle ne se comprend même pas elle-même, comment les autres pourraient-ils le faire à sa place ?

« -Horrible langue qu'est celle des humains. Les instrument chantent les paroles, alors que nous les crachons. Fille du rêve. Comprends-tu tout ce qu'elle dit ? Cette musique qui semble me déchirer la tête ?

Elle se met en position assise. Et ne comprend toujours pas les choses, la vie. L'autre comprenait-elle ces choses là ? Était-ce seulement elle qui ne savait pas comment vivre, ou cela arrivait-il aussi aux autres ? Ses yeux fixent ses mains. La musique ne se crée pas seule, elle ne peut pas chanter ses paroles seule. Et ce sont ses mains qui aident cette stupide rêverie à se réaliser dans une douce mélodie. Si elle se les coupait, ressentirait-elle encore le besoin irrésistible de jouer ? De faire courir ses doigts sur le clavier du piano ou de tenir délicatement l'archet qu, souplement, passe sur les cordes du violon ? Est-elle à ce point perdue dans son monde pour que seule la musique la montre au monde ?

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
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L’enfant essuie ses larmes d’un geste coupable. Comme si elle n’avait le droit de pleurer, son expression se modifie. Phœbe ne saisit pas ce qu’il se passe chez la fillette, mais doucement, s’assied en tailleur en face d’elle. Silencieuse, elle patiente sans faire un mouvement de plus. Elle ignore l’effet de son intervention, il s’agissait certainement de mots lâchés dans le vent, et c’était à son interlocutrice de décider si elle souhaitait les attraper ou non. Elle parle alors. Questionne son aînée. Qui la fixe quelques instants avant de vraiment assimiler ses interrogations. Soumettre à un examen critique le langage humain était à la fois pertinent et vain. Sans lui l’homme n’est plus vraiment homme car ne partage plus. Mais reste à déterminer si l’échange est si essentiel. La fillette y a recours en dépit de ses réserves apparentes, une véritable dépendance existe, contre laquelle il est difficile de lutter. La musique a aussi sa propre portée. Pourtant elle paraît plus noble. Des messages plus élevés lui sont attachés. Ce langage ne laisse pas la place à la banalité, il ne sort pas pour combler le vide, mais touche avec son propos et un mode d’expression unique.

L’adolescente ferme les yeux. Ce ne sont pas les mots qui l’ont le plus gênée dans son passé. Ce sont les actions. Le potentiel le plus redoutable y réside, les coups portés sont si soudain, sans délai. La parole vole, elle peut percuter un être, mais il est aussi possible de souffler pour la faire dévier, l’éloigner. Pour combattre l’action la sorcière est contrainte de changer sa route, car sa voie initiale se trouve barrée et impraticable. Lutter contre les mots est délicat. Ils peuvent s’ancrer profondément et bourdonner au fond d’une personne pour la consumer. Cependant on peut les contrer. La notion d’antinomie existe bien pour une raison. Une action inverse s’imagine bien plus difficilement, un anti-chaos pourrait-il survenir ? Que peut-elle dire, ‘cracher’, à l’enfant ? L’accord parfait est une chimère, la Serpentard ne l’imagine pas même en musique. Toute extériorisation n’est qu’une version terne de l’authenticité qui ne réside qu’au sein de chaque être. Phœbe entrouvre les lèvres.

« Elle raconte une histoire. Mais elle trahit nos émotions. Je ne voudrais pas être entendue. »

La petite Swan pose sa main contre son cœur, dans une sorte de geste protecteur, pour créer facticement une bulle autour d’elle. Les émotions sont trop secrètes et intimes pour être dévoilées, l’adolescente sait qu’elle n’a pas le courage de partager. Elle peut raconter les histoires qu’elle voit, mais ce ne sont que des retranscriptions, qui n’ont pas la profondeur qu’elles méritent.  La magicienne n’est pas prête à assumer, elle a besoin de temps pour saisir sa nature. Ce petit être assis en face d’elle a laissé sortir pourtant. Elle n’avait certainement pas prévu l’apparition de son aînée.

« Pourquoi as-tu joué ? »

L’étudiante est dans l’incompréhension, elle souhaite savoir comment sa benjamine a osé se dévoiler dans les cordes.

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Pourquoi ? Elle n'en a aucune idée. Elle avait eu envie, soudainement de gratter les cordes de son violon, de s'envoler quelque part où personne ne viendrait l'emmerder mais c'est impossible. Il y a toujours des gens qui la trouvent, où qu'elle aille, quoi qu'elle fasse. L'autre a raison, la musique dévoile les sentiments, elle ouvre votre tête aux autres, votre cœur même si vous ne voulez pas le faire, vous êtes obligés parce que vous ne pouvez pas jouer sans sentiments. Alors pourquoi elle a joué ? Parce qu'elle était seule ? Non, même pas puisque ce n'est pas le cas. Elle sait que montrer ses sentiments est une faiblesse, que ça peut vous briser. Elle a tellement fait confiance, elle a tellement montré qu'elle n'est plus capable de faire tout ça. Si elle a joué, c'est parce qu'elle ne pouvait pas faire autre chose. Elle ne peut pas retomber à nouveau dans son néant merveilleux alors elle a joué en espérant que cela la garde à la surface. Mais cela l'a-t-il fait ? On ne peut même pas savoir avant d'être au fond du gouffre. On ne comprend pas l'importance de voir le ciel avant de ne plus voir que l'océan noir qui vous noie. Elle, elle a vu cet océan l'engouffrer, elle sait ce que ça fait et elle ne veut vraiment pas avoir cette sensation à nouveau encrée dans la poitrine. C'est pour ça qu'elle a joué ? Ou alors, elle n'a joué que parce que ça la démangeait de le faire ? Que c'était comme un besoin vital de le faire. Mais pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Quand le bruit se taisait et qu'on l'entendait deux fois plus ? Est-ce qu'elle voulait être entendue .

-Je n'en sais rien.

Elle n'assume pas d'avoir été vue. Elle ne la connait même pas. Il y a tellement de chances pour qu'elle ne lui reparle jamais et pourtant c'est elle qui l'a vu comme ça, faible. L'autre est une Serpentard, elle le sait. Elle ne veut pas que son regard la suive, elle ne veut pas que l'autre la regarde. Qu'elle devienne aveugle. Elle n'aurait pas dû voir ça, elle n'aurait même pas dû être là. Mais ce n'est pas que de sa faute. Si le violon ne l'avait pas attiré comme ça sans raisons, elle n'aurait pas joué et l'autre ne l'aurait pas vu. Elle a souvent rêvé de jouer devant ses parents. Pour leur prouver qu'elle sait faire quelque chose de plus qu'Arthur, qu'elle n'est pas totalement sans talent. Mais elle ne l'a jamais fait. Elle n'a jamais eu le courage de jouer devant des gens comme ça. Parce que ça aurait été leur donner un privilège. Le privilège de la voir derrière le masque et même si elle voulait le faire, elle ne pouvait pas. Au fond d'elle, elle savait qu'ils n'en étaient pas dignes. La fille semble différente. Elle n'est pas comme eux.

-J'avais envie. Le violon m'attirait. Tu veux entendre un autre morceau ?

Pourquoi elle a dit ça ?

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D’un basculement en arrière la petite Swan se retrouva posée sur la pierre froide du château, son nez fin pointé vers le plafond. Elle préféra ne pas manifester les signes de l’attente, ainsi ni gestes ni regards. Son ouïe était encore éveillée pour capter et absorber les manifestations, mais l’adolescente n’y avait pas porté sa concentration et son attention. C’était follement sensationnel de ne pas voir le plafond, de ne pas voir sa plénitude de matière écrasante. La démesure extrême comporte plusieurs pendants. Elle savait que cette salle de bal en période d’affluence serait un endroit redouté à éviter sans la présence d’une Ancre pour la soutenir. Vide, avec la possibilité de voir les impossibilités de saisissements, elle présentait comme une caresse qui berce. Les limites s’estompaient et pour un peu la Serpentard se serait crut au Sommet. Son regard perdu dans une brume d’intangibilité, elle goûtait de ne pas avoir à s’ôter la vue pour conserver lucidité et clarté. Rien. Le flou avait du bon. Elle pouvait parfois artificiellement brouiller le monde en enlevant ses lentilles mais il n’y avait alors ni fluidité ni naturel. Noir de Brume d’attirance inexplicable. S’il ne se trouvait à quelques mètres d’elle la chaleur humaine, elle serait bien. Comme si c’était envisageable. La réponse qui n’est pas une réponse, un creux de son, vint appuyer cette sensation. Un tressautement et des soubresauts parcoururent la poitrine de Phœbe, faits du souffle de l’ironie. Il est si simple de ne rien dire dans un propre mutisme.

Très bien, enfant, ne dis rien. Nous sommes toujours mus par une poussée, la jeune ne fait que la taire. L’argentée n’avait pas réagi puisque considérait qu’elle n’avait accueilli aucun terme. Dans son immobilité, elle était telle une statue, illusion appuyée par la grande pâleur de son teint et de sa peau. Son visage ne se laissait pas distordre par les mini-expressions, il n’avait rien à exprimer. Cela n’empêchait pas toutes sortes de lueurs se diffracter dans ses pupilles se figurant la richesse des spectres en toutes circonstances et se trouvant en permanentes modulations. Alors que la petite Swan tentait de déceler sur les surfaces les éclats lumineux produits et multipliés par les vitres de la pièce, la voix de la fillette sortit en même temps que son aîné penchait très imperceptiblement sa tête sur le côté. La question était si étrange, si fausse. Non, elle ne pouvait être. L’enfant n’oserait jamais de toute façon. Elle n’arriverait jamais à s’arracher un autre morceau qui lui était constitutif pour le faire passer par l’impitoyable machine de l’instrumentation.

L’adolescente commençait à sentir les anguleuses pierres lui tancer les jambes, la poussant à changer de position. Dans le petit décalage entrepris, Phœbe en profita pour pivoter et se retourner. Différant par cette manœuvre la sortie de moindres mots, elle tourna sur un tel axe que sa benjamine ne pourrait alors rien voir de plus que son dos, couvert d’un tissu sombre et scintillant, supposés l’aider à se fondre dans les Ténèbres de la Nuit. La gamine n’avait aucune conscience, à se donner à son pouvoir, mais qu’il en soit ainsi. La petite Swan ne voulait pas en entendre plus de ses plaintes musicales. En dépit de l’envie la verte et argent se rejetait ses cours vifs et dansants. Si elle l’offrait, autant exploiter la jeune fille à produire son attente.

« Si tu proposes et que je veux… Chante-moi le Cygne. »

Sa requête avait été mielleusement enrobée et entourée de la ouate de la protection et de la politesse.  Elle avait senti qu’en se montrant impérieuse trop vite, un ascendant était perdu et ôtait toute marge de manœuvre pour s’élever. Alors elle avait pris garde dans le plus grand conventionnalisme de demeurer silence et de ne rien montrer de relevable. L’étudiante entendait le bois qui respirait, l’archet aux voletants crins, le vivant violon, et préparait son écoute. L’enfant le savait-elle, ce qu’était un Chant du Cygne ? Autrement, que comprendrait-elle ? Elle dévoilerait sur elle un connaissance personnelle si elle daignait faire tel choix ; pourtant la Serpentard ne s'en souciait pas outre mesure. *Chante, jeune joueuse de cordes, et dessine-le-moi.*

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Le Cygne. C'est beaucoup de choses, un cygne. Un bel oiseau qui étend ses ailes mais qui pince à vous en arracher la peau. Un cygne, c'est un peu comme la vie. C'est beau mais dangereux et ça cache cette partie sous quelques jolies plumes blanches. Mais un Cygne en musique, c'est spécial. Quelque chose qu'on ne rejoue jamais, qui vous reste dans la tête jusqu'à vous exploser le crâne sous ses notes tantôt douces et bienveillantes, tantôt dures et rapides. Glissantes, blessantes. Belles et dangereuses. Un Cygne, on ne le joue qu'une fois. C'est un peu comme mourir. La dernière chose qui sortira de son instrument sous ses doigts blancs. Est-ce que l'autre s'attend à ce qu'elle soit si stupide ? C'est elle qui l'est. Elle la coince, lui demande de jouer quelque chose qu'elle ne veut pas mais, si elle ne savait pas ce que cela voulait dire, elle aurait joué quelque chose et elle se serait perdue. Affreuse petite chose. Et pis elle ne sait même pas qui elle est. Elle vient, comme ça et elle lui demande de crever sa musique ? Qu'elle se brise en morceaux pour avoir osé demander ça à quelqu'un, pauvre humaine aussi désagréable que le reste de l'espèce. Hypocrite. Elle montre bien sa nature, elle la cache mal sous sa couche de belles paroles dont elle ne comprend le sens qu'une fois sur deux. Va crever. elle ne jouera pas ça, pas à toi, à personne.

-Non.

Elle plante son regard dans celui de l'autre, le violon pendant lâchement le long de son corps. Et elle s'approche.

-Je te chanterais pas le Cygne. Sais-tu au moins ce que cela signifie ?
Tu le mérites pas. Pas toi. J'te connais même pas, je sais pas qui t'es et t'arrive là, comme ça. Tu rentre dans la musique et tu la dégueulasse tout sur ton passage.

Elle ne le mérite pas. Elle n'est rien. Rien qu'une chieuse qui brûle tout sur son passage. Elle déteste les gens comme ça. Pourquoi elle lui demande ça ? Elle va pas bien. Pourquoi elle est venue ici, en premier lieu ? Pourquoi elle l'a dérangé comme ça ? Pourquoi elle n'a pas pu rester là où elle était, où elle ne la faisait pas chier ? Elle la connaît pas, elle veut pas le faire. Elle se fout d'elle, de son nom ou de ce qu'elle fait dans la vie. Elle lui a demandé de jouer le Cygne. Croyait-elle qu'elle ne savait pas ce que cela signifiait ? Elle ne le jouera pas pour elle. Elle ne le jouera pour personne parce qu'elle n'arrêtera jamais de jouer. Même quand elle ne sera plus qu'un tas d'os, la mélodie l'entourera encore. Elle est née de la musique et elle mourra de la musique. Foutue connerie humaine.

Moi ? Je n'fume pas, je n'bois pas, mais je M.L. Chacun son truc.
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Fébrilité, excitation, curiosité montent en elle si rapidement, sans vraiment prévenir. S’imposent. La réponse à sa requête lui paraît si importante. Essentielle. Elle n’est pas anodine, Phœbe en a conscience. L’enfant s’en rend-il compte pareillement… Possibilité. Mais incertitude. Elle écoute, car c’est tout ce qui peut importer en cette attente. Étrangement la musique ne vient pas. Il ne fallait pas se leurrer. Elle savait qu’il y avait de fortes chances que le silence se fasse Roi en cette opportunité. L’adolescente savait qu’il aurait été surprenant d’entendre des notes pleurer après quelques secondes, cela aurait impliqué une compréhension très rapide et particulière. Le refus lui explosa à la face. * C’est le sens que tu as choisi… * Phœbe l’entendit comme un signal pour se relever et elle se déplia pour se retrouver sur ses pieds. Aucune intention de dominer, sa stature n’était aucunement taillée pour cela. Violence Verbale qui attaque et pourfend. Un inédit pour la petite Swan qui pour autant ne se laissait pas atteindre. Sa compréhension ne le prenait pas comme des affronts personnels. L’expression simple d’une petite fille qui abrite en elle une Tourmente dont l’expression est celle qui s’est posé en spectacle devant l’argentée.

« Si tu étais un Cygne, je ne t’aurais pas demandé de chanter. En es-tu un ? Proposer la tentation destructrice de l’effondrement est cruel. »

Ses doigts s’abaissaient et se relevaient à un rythme régulier de façon décalée, dans un geste de pianotage contenu. Elle voyait cette petite enfant qui respirait, entraînant son violon dans son geste. Presque synchrones. La voix de l'étudiante Verte et Argent s’atténua pour devenir un murmure, proche du sifflement. Un persiflage, cri de l'amertume.

« Ou pas. Peut-être que je n’en ai cure. Peut-être que je suis terriblement, horriblement égoïste. Égoïste au point que je ne me soucie guère de l’altérité, petite bernique à mon histoire personnelle que je suis. Pourquoi s’intéresser à la Noirceur de l’autre quand la sienne ronge déjà assez pour un ? Tu as laissé entendre tes larmes onyx. Garde à qui elles atteignent. »

Un musicien peut transmettre son état d'âme. Cet État peut être sombre, profond. Mais si l'auditeur l'écoute et que la sensation provoque une entrée en résonance... Ressentira-t-il pour le musicien dans le respect de sa sensibilité et de son expérience, ou se reconnaîtra-t-il lui-même sans souci de l'artiste ? En cette configuration l'un offre, l'autre reçoit et compresse contre lui ce qui n'est pas sien, se l'approprie. La petite Swan n'aurait pas souhaité avoir cet écho si brusque. Elle n'aurait jamais fait le vœu assassin d'entendre un extrait de Conte familier. Contre son gré la Serpentard avait été tirée dans une fresque dont elle connaissait déjà quelques traits. Les autres, ses yeux de Lunes les avaient parcourus comme en une lecture, découverte de Mots, surtout d'un agencement inédit.

La jeune sorcière fit quelques pas en avant, elle louait la grandeur de l'espace de la Salle de Bal dans laquelle il était possible de s’étendre en relative liberté. Elle tournait le dos à la fillette, de nouveau. Son avant risquait de trop la trahir. Ne devenir qu'une Forme sans contours, une présence qu'on peut occulter. Son bras se dirigea en avant et ses doigts firent quelques traits, secouant l’air étant devant elle.

« La Musique esquisse à l'infini. Tu peux raconter sans être sujet. »

La représentation personnelle serait-elle un sacrifice ? une malédiction ? Un secret que l’on se raconte à soi-même. La publication lui ôte sa valeur purement individuelle. Phœbe demandait aussi de dépeindre ce qui est vu, à l’extérieur. Tout se figure. Par le regard et la perception qui figent l’Ersatz. Qui devient peu à peu manifestation propre. Tchaïkovsky, celui qui était pour elle un Mæstro, était-il le Cygne ? Ou celui qui observe le Cygne... Il avait construit une narration, était parvenu à filer l’histoire par ses notes. Quelle que soit sa position, son œuvre était un bel accomplissement. Du moins l’adolescente le croyait-elle, de sa perspective encore très jeune.

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