Salle de bal

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Arabesques adolescentes  PV 

Evelyn Wedenjack, Eve pour les intimes, réussirait brillamment sa dernière année d'études d'ingénieure dans les prochains mois. Jusque-là, rien d'alarmant. Joy était même très fière de sa grande sœur, si rayonnante d'intelligence et d'humilité. Pour ce que Joy en savait, ingénieure, ce n'était pas rien. Elle avait déjà jeté quelques coups d’œil aux projets d'Eve et elle n'avait rien saisi aux interminables lignes de calculs qui s'étendaient sous ses yeux. Quand un Moldu demandait à Joy ce que sa grande sœur faisait, et qu'elle répondait "ingénieure !" avec un sourire jusqu'aux oreilles, les gens hochaient la tête d'un air convaincu, et ils disaient "c'est bien ça, ingénieur", et Joy renchérissait "oui, c'est très bien", même si elle n'en savait rien.

Ces fameuses brillantes études, donc, touchaient à leur fin. Evelyn allait être diplômée, et ça ne posait de problème à personne, que du contraire. Le bal de fin d'études, en revanche, c'était une sacrée affaire. Joy y avait été conviée par son aînée qui tenait absolument à lui présenter ses amis, ses professeurs, bref, tous ceux qui l'avaient accompagnée durant ces dures années de labeur. Joy avait accepté sans trop y réfléchir, parce que ce bal, de toute façon, c'était dans longtemps et puis elle s'en fichait pas mal.

Sauf qu'à un bal, il fallait danser, et ça, elle y avait pensé un peu tard. Joy ne savait pas danser. Elle n'avait jamais su. Elle avait participé aux bals de Noël de Poudlard, bien sûr, mais elle n'avait dansé qu'une fois, et pas pendant très longtemps. C'était avec Rose Adams et elle s'était laissée guider par la musique sans se poser de questions. Les bals de Poudlard étaient remplis de jeunes élèves engourdis par la magie de Noël et qui dansaient n'importe comment, alors à l'époque, ça ne lui avait pas posé de problème. L'histoire d'Evelyn, c'était différent. Il fallait faire bonne impression - ou tout du moins, ne pas se ridiculiser.

Alors, afin d'éviter la catastrophe, Joy avait décidé qu'elle s'entraînerait dans la salle de bal de Poudlard, à ses heures perdues. Ce dimanche matin semblait être le bon moment. Elle était d'une humeur plutôt optimiste et elle n'avait rien à faire de sa journée. Après avoir avalé un petit-déjeuner rapide, elle se rendit dans la salle de bal bienheureusement vide et se retrouvera un peu bête, à la merci de ce qui lui sembla être une immensité.

« Heu... s'enquit-elle d'un ton hésitant. »

Elle tourna sur elle-même et aperçut plusieurs instruments de musique disposés dans un coin de la pièce. Pas très sûre d'elle, elle s'adressa à eux. 

« Est-ce que ce serait possible de jouer de la musique... ? Une valse, un truc dans le genre... Pas Mozart non plus, hein. C'est de la valse, Mozart ? Vous connaissez Mozart, hein ? Ou vous avez que des références sorcières ? »

Comme s'il avait été vexé par les propos de l'adolescente, l'orchestre magique se mit à jouer ce qui sonnait effectivement comme une valse.

« Cool. Top. Juste un peu moins fort, peut-être ? »

Le son baissa et Joy remercia les instruments. Sans hésiter davantage, elle tenta d'épouser les notes que lâchaient pianos, violons et autres joyeusetés avec autant de grâce que possible. Elle n'était pas tout-à-fait convaincue par la réussite du projet et regretta de ne pas s'être dégoté un professeur de danse. L'entreprise aurait certainement été plus productive.

Joy était sur le point d'abandonner lorsque les portes grincèrent. Elle se retourna et aperçut une chevelure noire qui lui était familière mais dont la présence ici la surprenait un peu.

« Amaëlle ! Marrant de te voir ici. Comment ça va ? »

Sans hésiter, de son plus beau sourire, Joy posa la question qui lui brûlait les lèvres.

« Dis-moi, à tout hasard... Est-ce que tu sais danser ? »

Les gens du pays pensent que la vie est belle ici. La vie est belle, oui, mais quand on la rêve.

Arabesques adolescentes  PV 

Cela faisait bien longtemps qu’Amaëlle avait compris une chose : à Poudlard, et plus particulièrement à Serpentard, on évitait de parler du monde moldu lorsqu’on pouvait l’éviter.
Bien entendu si on lui avait explicitement demandé quelles étaient ses origines elle aurait répondu sans trop mentir. Après tout elle s’assumait. Néanmoins elle savait qu’il était préférable de ne pas s’assumer trop fort, particulièrement alors que les temps étaient si troubles. Et tant bien même les temps ne l’auraient pas été, si troubles, qu’il valait mieux rester discret : les sorciers bien pensants ne côtoyaient pas les moldus. Certes les moldus étaient des êtres humains bien sous tous rapport, capables d’engendrer quelques bons sorciers, mais vivons en paix, vivons séparés. N’est-ce pas ? C’est du moins l’impression qu’elle en avait.
Aussi, mis à part quelques élèves de son année et quelques plus jeunes recrues nés de moldus des verts et argents qu’elle avait tenté un jour de rassurer, peu connaissaient son ascendance. Et c’était mieux ainsi, n’en déplaisent à ceux qui clamaient l’égalité des chances et l’évolution des mentalités. D’autant que son faible potentiel magique ne jouait pas en sa faveur.

Cependant, en cette belle matinée de dimanche, Amaëlle avait un problème. Un problème plus ou moins moldu pour lequel elle se voyait donc mal demander assistance à ses camarades : elle ne savait pas danser. Dit ainsi on voyait assez mal le caractère moldu de la chose, certes, cependant si elle avait besoin de savoir danser c’était pour le faire au milieu de moldus. La chose était-elle différente entre moldus qu’entre sorciers ? La demoiselle ne savait pas et se doutait qu’il y avait très certainement beaucoup de similitudes entre les deux, néanmoins dans tous les cas il était délicat d’expliquer pourquoi elle avait besoin d’apprendre à danser maintenant. D’autant qu’un certain nombre de ses camarades savaient déjà le faire, cadeau d’une éducation distinguée.

C’est pourquoi, à défaut de demander assistance à quelqu’un et risquer d’afficher à la fois son incompétence et sa proximité avec le monde moldu, l’adolescente avait pris le chemin de la salle de bal, espérant y trouver quelques fantômes ou tableaux capables de l’aiguiller.

Voyez vous, Amaëlle venait de renvoyer un hiboux chez elle destiné à un certain Jack MacAllistair dans lequel elle babillait joyeusement à propos d’un début d’année plus ou moins fictif et acceptait – après moult hésitations – d’être sa cavalière à un bal pour le centenaire d’une obscure association dont il faisait partie. A vrai dire la cinquième année n’avait pas vraiment saisi tous les tenants et aboutissants de l’événement auquel elle avait accepté de participer... et si pour une Serpentard telle qu’elle aimait penser être c’était pour le moins curieux, il fallait comprendre dans cette affaire que ce bal n’était, pour l’un comme pour l’autre, qu’une occasion de se voir et l’assurance qu’elle rentrerait pour les vacances. Un rancard, aurait susurré son frère, railleur.

Chassant la petite voix ridicule de son frère qui - comme d’habitude - disait n’importe quoi, Amaëlle décida plutôt de se concentrer sur la couleur des pavés sur lesquels elle marchait, le nombre de tableaux qu’elle rencontrait et la musique qu’elle avait l’impression d’entendre en s’approchant de la salle de bal. Était-ce là un concert fantôme et solitaire que quelques instruments se donnaient à eux même ou bien quelques musiciens étaient venus investir les lieux ? La première possibilité la poussait à poursuivre son chemin, la seconde à le rebrousser, néanmoins elle ne pouvait se résoudre à partir sans au moins avoir essayé de savoir. Arrivée devant les lourdes portes de la salle, elle les poussa donc, glissant une tête curieuse dans l’entrebâillement.

L’opération malheureusement ne se fit pas sans un terrible grincement, témoin certainement de l’âge de Poudlard, ne manquant pas d’interrompre ce qu’il se passait à l’intérieur.

« Amaëlle ! Marrant de te voir ici. Comment ça va ? »

Marrant, c’était le mot. Surprenant aussi. Ouvrant la porte un peu plus grand, non sans la faire grincer un peu plus, Amaëlle se glissa entièrement dans la pièce avant de refermer derrière elle.
« Ça va », lança t-elle avec un petit sourire

Un petit « Et toi ? » lui chatouilla la langue mais il lui sembla qu’il n’était pas approprié de le dire face au sourire de Joy Wedenjack. La Serdaigle avait l'air prête à dire autre chose et la fin de sa phrase se serait très certainement noyée.

« Dis-moi, à tout hasard... Est-ce que tu sais danser ?  »

La verte ne put empêcher un petit rire de sortir tandis qu’elle finissait d’analyser la situation. Dans un coin de la pièce un orchestre sans musiciens semblait les écouter, s’étant tus depuis qu’Amaëlle était entrée. Une contrebasse en particulier était penchée en avant, comme pour ne rien louper de leur conversation, l’archet suspendu en l’air. Le sourire de la Serpentard augmenta d’un cran et elle se retourna vers la jeune fille qui lui faisait face et qui était loin de lui être inconnue. Non, en ce château, Joy faisait partie de ceux en qui elle avait confiance. C’est sans doute pour cela qu’elle ne cacha aucunement ses intentions lorsqu’elle répondit, un sourire dans la voix :

« Absolument pas... A vrai dire je venais pour essayer d’apprendre. Mais je ne pensais pas te voir là non plus. Tu tentes de faire revenir le soleil pour cet après midi avec un rituel chamanique ? »

C’était étrange, d’être là face à la petite blonde. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle ne s’étaient pas vues plus qu'en coup de vent dans les couloirs et que face à elle elle était un peu gauche, ne sachant plus tout à fait comment faire mouche de ses propos. Ça ne faisait pas si longtemps… mais peu de temps c’est parfois long dans la vie des adolescents.

Même le plus petit serpent a du venin (si si)
Cinquième année RP