Stade de Quidditch du Hertfordshire

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La loge officielle

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GLEN HAMILTON


Le coup d’envoi de la rencontre venait d’être donné. J’imitai la foule en applaudissant chaudement nos huit finalistes tandis que les écossais se portaient les premiers à l’attaque. Assis au troisième rang de la loge officielle, je jouissais d’une vue imprenable sur l’étonnant spectacle donné au premier rang par madame la ministre. En fine politicienne, Slughorn avait trouvé un moyen subtile de rappeler à notre hôte de marque la tension vive qui animait nos relations diplomatiques. Ainsi, avait-elle convié Savoir Vaudelune — le principal ennemi politique du gouvernement Ricoter — à s’asseoir à sa droite, à la place qu’aurait normalement du occuper Charles Laudevent en tant que représentant officiel du gouvernement magique français. Comble de l’insulte, Laudevent avait été remisé au bout du premier rang, à côté d’un sorcier africain dont je ne connaissais pas l’identité.

J’esquissai un sourire, amusé par le pied de nez autant que par le visage fermé de Laudevent. L’homme ne semblait guère apprécié d’être ainsi moqué par son hôte aux yeux de toutes les personnalités présentes dans la loge. Comment lui en vouloir ? Je détournai mon regard quelques instants, désireux d’engranger le maximum d’informations comme me l’avait demandé Slughorn. Mélisse Vidérance, mon homologue française, discutait tranquillement avec Aude Luneau et Kristen Loewy au deuxième rang. Quoi que justifiée, sa présence ici était une autre pique envoyée par Slughorn à Laudevent. Vidérance était si populaire au sein de la communauté magique française — ses nombreux titres avec les Tapesouafles de Quiberon avaient largement contribué à sa renommée comme son remarquable travail à la tête du Secrétariat des sports magiques — que le gouvernement Ricoter n’avait pas pu se résoudre à la licencier. L’indéboulonnable Mélisse Vidérance avait continué son petit bonhomme de chemin, et se payait même le luxe de critiquer ouvertement la politique de son ministre. Il n’y avait qu’à surprendre les regards en coin que Laudevent envoyait parfois à sa collègue de travail pour comprendre toute l’animosité qui régnait entre elle et les partisans de Ricoter. A moins que ces regards ne fussent destinés à la célèbre Aude Luneau ? Une possibilité que je ne devais pas négliger. Je tournai aussitôt ma tête pour observer les deux gorilles qui campaient à l’entrée de la loge. Les gardes personnels de Laudevent ne donnaient pas le moindre signe de s’intéresser à celle que nous avions décidé de protéger contre l’influence de Ricoter. J’espérais de tout cœur que Laudevent n’aurait pas la mauvaise idée de tenter quoi que ce soit à l’encontre d’Aude Luneau.

Je glissai ma main dans la manche de ma robe pour tâter le bois de ma baguette magique. Il y avait peu de chance que je la sorte mais je devais rester sur mes gardes et garder un oeil sur nos chers invités. Slughorn s’était montrée catégorique en affirmant qu’elle ne tolérerait pas qu’un seul échange ait lieu entre Laudevent et l’ex-directrice de Beauxbâtons. Elle comptait sur ma vigilance… une vie à chasser les Viffets et les Vifs vous rendait naturellement vigilant. J’accrochai le regard de Peter McCullogh alors qu’il entrait dans la loge en compagnie de son épouse. Il me salua et j’en fis de même avant de le regarder s’asseoir au cinquième rang. Lui aussi avait reçu quelques consignes de la part de Slughorn… l’âge et les séquelles de l’attentat avait beau l’avoir émoussé, il demeurait encore l’un de plus surprenants Animagus recensés par le ministère.

Un ours brun aurait vite fait de mater deux gorilles.

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

La loge officielle

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MÉLISSE VIDÉRANCE


Ce n’était pas la première fois que je mettais le pied sur le sol britannique, mais pour la première fois je m’y trouvais en tant qu’ennemie. On avait beau dire, ça me faisait tout drôle. Il suffisait de tendre l’oreille — en faisant abstraction des clameurs de la foule à chaque fois que le Souafle ou le Cognard changeait de main — pour se rendre compte que l’ambiance n’était pas au beau fixe dans la loge officielle. Comment aurait-il pu en être autrement ? Britanniques et français étaient à couteaux tirés depuis que le melon de Ricoter avait fini par exploser à force de gonfler. La première à en avoir souffert se tenait à ma droite, aussi belle que dans mon souvenir. Un petit détail — du genre à déchainer la presse s’il était aperçu sur une photo — ne cessait d’attirer mon regard, tel un aimant : la main d’Aude délicatement posée sur l’avant-bras de la directrice de Poudlard.

Je souris en songeant que si relation il existait entre ces deux-là, le monde magique était bon pour un décollage imminent. Le sourire permanent qui embellissait ses traits — si c’était seulement nécessaire… pourquoi diable la nature s’évertuait à tout donner à certains, en l’occurence à certaines, et à tout prendre à d’autres ? — ne pouvait pas me tromper. Il y avait de l’amour dans l’air ou j’étais bonne à me jeter un maléfice de Glu perpétuelle en pleine figure, histoire de terminer ma vie en ayant les yeux collés.

« Je vous envie, murmurai-je à mes prestigieuses voisines en me penchant légèrement vers elles. Votre courage, votre abnégation, même votre bonheur — je baissai momentanément mes yeux sur la main d’Aude à ce moment-là — me rappellent à quel point j’aimerais, moi aussi, vivre en dehors d’un nid de vipères. »

Je soupirai de manière théâtrale, harponnant à la volée le regard de ce pauvre Laudevent, réduit aux oubliettes de l’histoire. Madame Slughorn avait de la suite dans les idées, ce n’est pas moi qui aurait affirmée le contraire, mais il lui manquait vraisemblablement cette petite touche d’humour « British » que nous, français, imaginions présente dans les gènes de tous les rosbifs. Dotée de cet humour, elle aurait peut-être eu le chic de placer Laudevent à deux pas des toilettes, comme un présage de ce qui lui arriverait tôt ou tard.

« Je suis lasse de la solitude qui est mienne, même ce cher Laudevent reste hermétique à mes œillades, dis-je en adressant à ce dernier mon plus beau faux-sourire suivi d’un clin d’œil. »

L’animal me fusilla d’un regard noir. J’en aurais presque été outrée si seulement je n’avais pas été consciente que le purin ne pouvait pas sentir la rose. Il se retourna ensuite vers le terrain où la défense française avait déjà fait des siennes. Je tournai mes yeux vers Aude et Kristen Loewy.

« L’énerver est un de mes passe-temps favoris, commentai-je gaiement. Encore que je ne vous arrive pas à la cheville, même dans ce domaine… je suis certaine qu’il a du ensorceler un portrait dans son bureau afin de lui donner vos traits à toutes les deux. Portrait qu’il s’amuse à attaquer à longueur de journée à défaut de pouvoir vous atteindre ici. C’est que l’animal a la rancune tenace, voyez-vous. »

Je partis à rire en me l’imaginant, cheveux tout ébouriffés et le front dégoulinant de sueur à la fin d’une séance de vengeance-infructueuse-sur-portrait-statique. Aude imagina peut-être la même chose car son rire cristallin me réchauffa le cœur. Kristen Loewy, elle, restait digne de sa réputation outre-Manche : aussi énigmatique qu’elle était singulièrement froide. La pauvre ne devait pas supporter de se tenir à quelques mètres d’un de ceux qu’elle rêvait d’étrangler à mains nues (car oui, il se disait aussi qu’elle avait un certain goût pour les travaux manuels… un Sphinx n’était plus là pour en attester.)

« Déridez-vous professeur, lui dis-je en espérant détendre aussi bien ses traits que l’atmosphère. Un seul de vos sourires aurait sur mes collègues du ministère les mêmes conséquences qu’un maléfice d’Estomac inversé. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le au moins pour la postérité. Rien ne me ferait plus sourire que de voir et revoir leurs têtes de mort posés à côté de votre visage triomphant sur les photos officielles de cette finale. »

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

La loge officielle

Dans une main, elle tenait les restes de l’enveloppe qu’elle venait d’ouvrir, et dans l’autre, un morceau de parchemin plus épais que la norme.

« Nous sommes invitées par Madame la Ministre à assister à la finale de la coupe d’Europe dans sa loge, dit-elle en relevant les yeux vers Aude. »

Kristen se pinça les lèvres et pensa qu’elle détestait cette femme. Elle avait envoyé une invitation pour elles deux, un seul et même hibou.

Elle avait prévu d’assister à ce match. Elle avait dit qu’elle irait, car son fils irait, et elle voulait être sur place… au cas où. La sécurité serait sans doute le maître mot pour cette rencontre opposant les équipes de France et d’Écosse – quel hasard, vraiment… -, mais Kristen ne faisait confiance qu’à elle-même pour assurer la sécurité de ses proches. Elle croiserait alors Nathan, qui accompagnerait Owen – c’était lui qu’elle voulait voir. Sans prétention, elle avait pris une place quelconque, pas forcément offrant la meilleure vue : de toute façon, le match ne l’intéressait pas tant que cela. Par la suite, elle avait proposé à Aude de venir, peu désireuse de la laisser seule à Poudlard quand elle serait de sortie, et avait pris une place dans le même secteur des tribunes.

Mais entre-temps, il y avait eu cette invitation. Aldérande Slughorn, Ministre depuis le décès d’Arseni, invitait Aude et Kristen à assister au match depuis sa loge – la loge des gens importants, visiblement, mais la loge des vipères. Kristen n’avait aucune envie d’aller se paumer là-dedans.

Elle resta plantée là quelques instants, réfléchissant à une stratégie pour décliner l’invitation. Le meilleur moyen, c’était d’espérer qu’Aude refuse catégoriquement, car elle aurait eu toutes les raisons de le faire, et alors Kristen se serait rangée de son côté.

« Voulez-vous répondre positivement à cette invitation ? »

Après de longues minutes de tergiversations, Aude avait décidé que ce n’était pas une si mauvaise idée, qu’elle pourrait ainsi voir quelques personnes intéressantes et que ce serait peut-être moins risqué d’être dans cette loge. Kristen voulut dire que la présence de gardes du corps, d’Aurors, du Ministre en personne n’avaient pas empêché quelqu’un de se faire exploser au cœur du ministère, mais elle ne dit rien et revendit ses places.

Ce serait une occasion d’analyser un peu les personnes présentes, mais elle n’y allait pas avec beaucoup de bonne volonté.

___


Le jour du match, Kristen eut envie de rester à Poudlard, finalement. Elle se prépara pourtant à partir et à l’heure convenue, elle transplana avec Aude jusqu’à l’aire adéquate, proche du stade. Elle se sentait d’une humeur massacrante, mais faisait des efforts pour avoir l’air relativement agréable, se disant qu’Aude n’y était pour rien si Aldérande Slughorn était une peau de vache au cœur de pierre.

Plus tard, dans les tribunes, Kristen chercha du regard la tignasse rousse de Nathan. Ils s’étaient donné rendez-vous quelque part, parce que Kristen voulait bien voir qu’Owen et lui étaient là, mais se retrouver restait difficile tant la foule était dense. Enfin, elle le vit, lança un regard à Aude et s’avança vers lui, invitant la Française à la suivre.

« Bonsoir, Nathan. »

Il sourit un peu – cet imbécile aurait pu sourire en toutes circonstances, ou presque – et s’approcha de Kristen pour la saluer. Il fit un petit geste du bras, Kristen se raidit et il se ravisa, comprenant que l’effleurer serait signer son arrêt de mort. Il remarqua Aude au moment où Kristen la présentait :

« Nathan, voici Aude Luneau, directrice de Beauxbâtons. »

C’était plus ou moins vrai, et Kristen n’avait pas trouvé d’autres façons de la présenter. Nathan la regarda de haut en bas et son sourire s’élargit.

« Ah mais oui, bien sûr ! Alors vous êtes Française : dois-je vous faire la bise ? »

Kristen soupira et trancha :

« Ce ne sera pas nécessaire. »

Elle pencha la tête sur le côté tandis que Nathan et Aude se saluaient comme des personnes bien élevées mais qui ne se font pas la bise.

« Où est Owen ? Tu devais l’emmener voir le match, non ? »

Kristen avait plus prévu cette petite entrevue pour voir son fils que Nathan. Elle eut un frisson et imagina que Nathan l’avait laissé quelque part, tout seul, perdu au milieu de la foule et peut-être qu’il se ferait enlever, Merlin ce serait terrible s’il avait fait ça elle le tuerait ça c’est sûr il ne ferait pas long f…

« Il est là-haut avec Max, il était impatient de s’installer. »

Kristen resta figée quelques instants. Qui était ce Max ? Owen avait-il préféré s’installer que de voir sa mère ? Vraiment ? Elle serra les mâchoires et son visage se ferma.

« Max ? »

Nathan fut un peu gêné, car il comprit que sous cette question, il y en avait une autre.

« Maxine. Tu sais, ma collègue. Je t’ai conseillé de la contacter pour la journée des dragons. »

Si c’était de la jalousie, c’était moins parce que cette jeune femme allait voir le match avec Nathan qu’avec Owen, et qu’elle était en ce moment avec lui, alors qu’elle, sa mère, en était privée. Elle fulminait et oubliait Aude un instant, regrettant cette entrevue.

« Ah, oui, je vois. »

Elle ajouta « très bien » mais elle ne pensait pas du tout que c’était « très bien ».

« C’est mieux comme ça, osa-t-il dire. »

Mauvaise, Kristen sourit avec ironie et répondit :

« Oui, bien sûr, tu sais toujours ce qui est mieux pour tout le monde. »

Il ne dit rien, désolé. Puis, n’ayant absolument rien à dire à Nathan, Kristen saisit la main d’Aude, dans un excès de fierté et de colère, et conclut :

« Eh bien, merci. Bon match. »

Elle s’en retourna à pas rapides. Plus loin, elle lâcha la main d’Aude alors que celle-ci envisageait de calmer Kristen par des petites caresses du pouce. Elle se rendit compte que son comportement avait été assez ridicule. Elle s’excusa pour ce moment gênant, expliqua qu’elle avait espéré voir son fils – ce qu’Aude savait déjà, puisque Kristen lui avait dit pourquoi elles se rendaient là avant de regagner la loge de la Ministre – et que tant pis et encore désolée. Elle ne voulait pas plus épiloguer, Aude tenta de la rassurer :

« Laissez faire le temps, il reviendra vers vous. »

Kristen eut du mal à y croire mais apprécia l’effort d’Aude, et elles regagnèrent la loge de la Ministre.

___


Elles saluèrent la Ministre, et Aude présenta à Kristen les têtes qu’elle connaissait parmi les invités français. Kristen plissait les yeux pour mieux les voir et enregistrait chaque information dans un coin de sa tête. Elle jeta un nouveau regard à la Ministre en se disant que cette femme avait bien préparé son coup et n’avait absolument pas choisi ses invités au hasard. Ricoter n’était pas là. Kristen ne pensait pas sérieusement qu’il eut pu être invité, mais allez savoir, avec les politiciens… Á la place, il y avait son second, et surtout quelques opposants au Ministre français.

Enfin, Kristen et Aude s’installèrent à la place qui leur était réservée. Aude posa sa main sur l’avant-bras de Kristen et celle-ci en fut assez surprise : généralement, on évitait ce genre de gestes devant les autres, sauf erreur, comme tout à l’heure. Kristen regarda cette douce main posée sur son avant-bras, comprit ce qu’elle voulait dire et sourit un peu à Aude. Malgré tout ce qui pouvait lui tomber dessus ce soir : cette « Max » qui était tranquillement avec son fils, le nid de vipères et la vipère-en-chef Slughorn – quand on a un nom pareil, franchement – et tout le reste... Aude serait là. Il était beaucoup trop agréable de ne plus se sentir seul au monde pour envisager de perdre un jour ce cadeau. Elle fit des motifs abstraits sur la main d’Aude du bout de l’index puis reposa sa main sur son genou, appréciant simplement le contact de cette douce main sur elle.

Le match ne tarda pas à être lancé. Kristen suivit vaguement les premières actions, mais son regard vrillait régulièrement sur les personnalités présentes dans la loge. Suspicieuse, elle attendait le moindre mouvement de travers. Au bout d’un moment, la femme assise à côté d’elles engagea la conversation, ayant visiblement remarqué un petit détail, le lien qui devait exister entre Aude et Kristen. Kristen ne répondit rien, appréciant relativement l’expression employée par cette Mélisse – Aude lui avait dit son nom – le « nid de vipère. » En d’autres circonstances, cette femme aurait pu amuser Kristen, mais celle-ci restait trop soucieuse pour s’autoriser un sourire franc. Aude, elle, rit franchement quand Vidérance évoqua l’éventualité d’un Laudevent massacrant son portrait pour faire passer sa colère de petit garçon frustré. Kristen regarda Aude qui riait, et jeta un œil à Laudevent pour voir s’il pouvait se douter que ce rire était le fruit d’une moquerie dont il était le sujet. Ce n’était pas qu’elle avait peur de sa potentielle réaction, mais Kristen avait moyennement envie de jouer au chat et à la souris ce soir. Elle voulait simplement que tout se passe bien, et hop on rentre à la maison tranquille, on ne fait pas de vagues.

Néanmoins, pour prouver qu’elle pouvait aussi se « dérider », Kristen s’autorisa un minuscule sourire en coin et répondit :

« Laissons-les savourer ce match. Ils auront bien vite l’occasion de goûter à mes sourires. »

~ Draco dormiens nunquam titillandus. ~
“The wishes I’ve made are too vicious to tell.”
Fuseau horaire : Côte Est - États-Unis

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THOMAS ECKERT


Les gardes de Charles Laudevent m’accueillirent avec le regard méprisant que semble porter sur toutes choses ces colosses payés à jouer les murailles pour de riches renards. Je leur souris en sentant des picotements de magie me mordiller le bout des doigts. Dans d’autres circonstances, ces deux troncs d’arbre auraient fini encastrés dans le mur tout proche afin de leur apprendre les bonnes manières mais ce n’était ni le lieu ni le moment. J’étais là pour affaire et non pour me battre. Je fis un effort pour me détendre, ravalant cette magie qui ne demandait qu’à égratigner ces yeux acérés tournés vers moi.

« Faites savoir à votre maître que Thomas Eckert demande à le voir, dis-je en croisant les mains dans mon dos. »

« Monsieur Laudevent n’est pas disposé à vous recevoir pour le moment, me répondit le plus subtile des deux. »

Je n’avais jamais été très patient… c’était une qualité nécessaire à tout marchand, mais un défaut quand il était question de jouer les diplomates — je détestais jouer les diplomates. Je forçai cependant mon sourire en triturant les bagues en or qui entouraient chacun de mes dix doigts ; une tentative comme une autre de détourner mon esprit de ces deux abrutis.

« Je pense que nous nous sommes mal compris, assurai-je en plantant mon regard dans le leur. Je vous ordonne de le faire.»

Le sourire prévisible qui se dessina sur leurs énormes faces me révulsa mais je trouvai le moyen de m’en tenir à mon rôle.

« Et si nous ne sommes pas disposés à obéir à vos ordres ? me demanda le cerveau du duo. »

« Et bien je suppose que les membres du ministère britannique se feront une joie de ramasser vos corps quand ils vous auront retrouvé morts dans un coin du stade qu’ils étaient venus démonter… disons demain ? »

Avant même de leur laisser le temps de méditer cette menace, je dégainai un gallion de ma poche. Gallion que je fis joyeusement rebondir entre mes doigts pour attirer leur regard sur un détail qui, en général, faisait toujours son petit effet. Bingo ! Une lueur craintive naquit instantanément dans leurs grands yeux et il me sembla même apercevoir la formation de quelques gouttes de sueur sur leur large front. Des sueurs froides, sans doute.

« Vous obéissez à mon ordre ou bien je vous fais disparaître ; c’est le genre de marché auquel votre satané gouvernement est plus ou moins habitué n’est-ce pas ? insistai-je, davantage par plaisir que par volonté de faire la causette. »

Le cerveau dévala maladroitement les marches qui nous séparaient du premier rang. Laudevent tourna à peine la tête pour écouter les murmures que son garde lui souffla à l’oreille. Il ne donna d’ailleurs aucun signe d’avoir compris. Ce n’est qu’une quinzaine de secondes plus tard qu’il se leva de sa chaise et monta me rejoindre.

Je rangeai la mythique pièce de la Guilde marchande, celle qui déliait toutes les langues et ouvrait toutes les portes parce qu’elle symbolisait les moyens quasi-illimités d’une organisation vieille d’un millénaire. Je tendis ensuite ma main droite vers le pauvre homme… il avait les traits contractés de tous ceux qui nous devaient beaucoup mais ne savaient pas comment nous annoncer qu’ils n’avaient pas encore trouvé le moyen de rembourser leurs dettes.

Je consolidai mon sourire, ravi des intérêts que le gouvernement Ricoter allaient devoir nous concéder sans broncher.

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AUDE LUNEAU


Les clameurs de la foule avaient beau inonder ses oreilles, Aude Luneau ne parvenait pas à se détourner complètement de la présence de Charles Laudevent. Aussi discrètement que possible, elle essayait de garder un oeil sur lui, persuadée qu’il portait la même attention à son égard, même si ce n’était pas par ses propres yeux. Que craignait-elle, au juste ? Elle ne le savait pas vraiment. En présence de Kristen, de membres éminents du ministère de la Magie britannique, de Vaudelune ou encore de la fidèle Mélisse, que pouvait-elle craindre ? Tout, lui murmura sa petite voix intérieure tandis qu’elle pensait aux morts qu’avait laissé derrière lui le tristement célèbre attentat de l’Atrium. Ce qui s’était produit là-bas pouvait tout aussi bien se produire ici et maintenant. Cette simple idée crispa la main qu’elle gardait sur la jambe de Kristen. Un regard vers elle et Aude sut au fond d’elle-même ce qu’elle redoutait vraiment. Qu’il effleure un seul de tes cheveux et je le tuerai comme j’aurais du tuer son maître.

Quand Aude reporta son attention vers le premier rang, un frisson glacé descendit le long de son échine en découvrant le siège vide de Laudevent.

« Où est-il passé ? s’interrogea-t-elle, non consciente d’avoir exprimé sa pensée à voix haute. »

« A l’entrée de la loge, répondit Mélisse. Avec le nouveau maître de la Guilde marchande, regardez. »

Aude suivit l’indication de son amie et constata avec un certain soulagement que Laudevent se tenait encore à portée de vue — elle se sentait nettement plus rassurée en le sachant dans son champ de vision qu’à ne pas savoir ce qu’il manigançait dans son dos. Le sbire de Ricoter discutait avec un sorcier à la peau sombre comme l’ébène, vêtu de plusieurs couches de drapés colorés et d’une cape fabriquée à partir de plumes d’oiseaux exotiques à en juger l’explosion de couleurs chaudes proposée par l’ouvrage.

« Que peut-il bien manigancer avec la Guilde marchande ? demanda Aude en étudiant le faciès de ce Thomas Eckert. Le plus jeune maître de la Guilde depuis plus de huit cents ans, à ce qu’elle avait vaguement cru lire dans les journaux. »

« Pour ce que j’en sais, Ricoter a contracté un emprunt conséquent auprès de la Guilde pour financer sa campagne, déclara Mélisse en reportant ses yeux sur le match. Je serais en revanche curieuse de savoir ce que la Guilde a exigé en échange. Ce n’est pas dans ses habitudes de s’occuper de politique. »

Ces nouvelles n’avaient rien de rassurantes aux yeux d’Aude qui détourna tant bien que mal son attention des deux hommes, de peur de se faire remarquer de ceux qui avaient juré sa perte. Elle avait du mal à croire que la Guilde puisse être l’allié officieux du gouvernement Ricoter, ça allait à l’encontre de toutes ses règles. Qu’est-ce que Ricoter avait bien pu céder à la Guilde qu’elle ne pouvait s’acheter sans son intervention ? Une autre question qui restait pour le moment sans réponse.

Angoissée par ces sombres perspectives, Aude chercha le seul réconfort qu’elle pouvait obtenir de Kristen en public. Elle trouva, en tâtonnant un peu, sa main qu’elle serra tendrement entre ses doigts. Ne me laisse pas. Je ne veux pas être seule au milieu de cette meute de loups.

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6

Ambitions


Quatre mois suffirent à Aldérande Slughorn pour imposer son style à la tête du ministère de la Magie. L’organisation irréprochable de la Coupe d’Europe de Quidditch lui valut même la considération de ses pairs. Tout d’abord envisagée comme une simple remplaçante, que certains avaient peut-être espérés influencer ou manipuler, Aldérande Slughorn se transforma en une candidate sérieuse à la succession d’Arseni Stoyanov aux yeux d’un certain nombre de personnalités influentes de la communauté magique britannique. Déterminée et méthodique, Aldérande Slughorn était résolue à marcher dans les pas de son prédécesseur. Nul ne pouvait présager alors de ce qu’elle réussirait à accomplir dans les mois suivants.


*

Tout était en place. J’applaudis le capture du Viffet de bronze par l’équipe écossaise en affichant un sourire ravi, mais mes pensées étaient résolument tournées vers Laudevent. Je tournai la tête vers Vaudelune et lui glissai une remarque sur la rapidité de Molly Dunn. Ce mouvement me servit de prétexte pour jeter un coup d’oeil éclair vers l’entrée de la loge. Eckert était entré en piste, comme nous en avions convenu. Il discutait avec Laudevent de manière calme et détachée. En reportant mon attention sur le terrain, j’harponnai au passage le regard de Peter McCullogh qui s’empressa de m’adresser un clin d’oeil. La suite, je ne la vis pas, mais j’imaginais fort bien Peter se tourner vers sa femme pour lui glisser quelques mots à l’oreille.

Édith McCullogh était la clé de voûte de mon plan. Sa magie n’était plus de première jeunesse, mais elle avait justement acquis la finesse et la discrétion de l’âge. Ce dont nous avions besoin dans ces circonstances délicates. Peu de monde le savait, et à plus d’un titre dans cette loge, mais Édith avait effectué une brillante carrière au département des Mystères. Chef du Laboratoire du savoir durant vingt cinq ans, elle avait travaillé sans relâche à décortiquer l’art de la legilimancie sous toutes ses facettes. Ce travail d’une vie lui avait permis de mettre au point une discipline sous-jacente de la legilimancie : la cambiromancie. Par son biais, Édith avait obtenu l’étonnante capacité d’échanger ses pensées avec celles de sa cible pendant quelques secondes tout en préservant la volonté des deux corps. Pour parvenir à un tel résultat, la cible devait être mentalement fragilisée. Sur ce point, j’avais fait tout mon possible pour énerver Laudevent et le laisser bouillonner dans son coin. Quelques secondes, c’est tout ce dont nous avions besoin. Le temps nécessaire pour Peter d’interroger l’esprit de Laudevent. Je n’avais plus qu’à espérer qu’Eckert neutraliserait bien les gardes de Laudevent dans la plus grande discrétion…

Ce n’est que lorsque j’abaissai mes yeux sur mes mains que je pris conscience de ma nervosité. Depuis combien de temps déjà je me triturais les doigts ? Je pris une courte inspiration pour me calmer. Ce qui n’échappa pas à l’oeil acéré de mon voisin.

« Quelque chose ne va pas ? me demanda Vaudelune. »

« Ce n’est rien, répondis-je en m’armant de mon plus beau sourire. Je suis acrophobe… mais ne vous en faites pas, ça va passer. Je dois seulement focaliser mon esprit sur autre chose. »

Plus le mensonge était gros, plus les gens facilement charmés comme Vaudelune tombaient dans le panneau.

« Voulez-vous que nous sortions de la loge quelques minutes ? insista-t-il d’un air préoccupé. »

« Non, surtout pas ! Je dois affronter ma peur pour la vaincre. »

Cette réponse sembla lui suffire bien qu’il conserva un regard inquiet posé sur moi. J’essayai tant bien que mal de lui sourire avant de reporter mon attention sur le terrain. Ma nervosité n’était pas dû au hasard… Eckert avait fixé un prix élevé pour son intervention. Je n’avais eu d’autre choix que de l’accepter, pressée par le temps, Eckert étant le seul sorcier à ma connaissance à pouvoir agir avec toute la discrétion nécessaire à l’opération que nous avions montée dans les quarante-huit heures qui avaient suivi la qualification de la France pour la finale.

La seule idée de devoir me confronter de nouveau à Kristen Loewy et à son esprit trop étroit pour obtenir ce prix me retournait l'estomac.

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THOMAS ECKERT

2

Comme un charme dans l'air


Les mages d’air de la tribu Tágu comptent parmi les sorciers les plus étonnants qu’il soit de voir en action. Au-delà des fantastiques drapés dont ils se vêtissent, je me souviendrais toute ma vie, je crois, de ces enfants, à peine plus âgés que nos plus jeunes pousses d’Ilvermorny, capables d’endormir n’importe qui d’une simple pression des mains. Un art saisissant de délicatesse et de manipulation que nos petites têtes blondes auraient bien du mal à tenter avant leur dernière année d’étude et qu’aucun sorcier occidental, à ma connaissance, ne saurait égaler.


*

Charles Laudevent avait beau se faire passer pour le bras droit de Simon Ricoter, il ne m’était pas difficile de percevoir à travers son aura magique qu’il était un peu trop puissant pour se cantonner à ce genre de second rôle. Les occidentaux étaient généralement aveugles à ce genre d’émanations magiques, mais elles ne pouvaient tromper le reste de l’élève d’Uagadou qui vivait encore en moins. Slughorn avait flairé quelque chose, cela ne faisait aucun doute à mes yeux. Mais elle ne savait probablement pas à quel point le personnage était dangereux.

Un contrat étant un contrat, je mis mes observations de côté pour me concentrer sur la seconde raison de ma présence ici. Slughorn avait souhaité mon intervention et ma fenêtre d’action était bien trop mince pour que je me perde en réflexions inutiles. D’un rapide coup d’oeil, j’estimai la distance qui me séparait des gardes du premier secrétaire et m’appuyai ensuite sur les excuses de ce-dernier pour me rapprocher. Je lui tapotai l’épaule au passage.

« Ce n’est rien. La Guilde peut parfois se montrer accommodante. Alors disons que nous repoussons l’échéance… d’une semaine ? »

Le visage de Laudevent s’éclaira. C’était vraisemblablement une proposition inespérée pour lui mais un moindre coût pour nous. Alors qu’il se répandait en remerciements nauséabonds, je réévaluai la distance entre ses gardes et moi ; et la jugeant satisfaisante, je pivotai sur moi-même pour me trouver presque dos à dos avec le premier secrétaire. Avant même que le sentiment d’urgence ait eu le temps d’atteindre la minuscule cervelle de ces deux armoires à glace, j’apposai d’un geste vif et maîtrisé ma main contre leur poitrine en déchainant une onde magique qui fit courir un vent glacial le long de mes bras.

« Braves bêtes. Dormez maintenant, dis-je en affermissant ma prise tandis qu’ils sombraient dans un sommeil profond. »

Probablement surpris par la rapidité de mon mouvement, Laudevent n’avait pas encore eu la bonne idée d’empoigner sa baguette magique. En tenant compte de l’angle de tir demandé par la vieille femme, je me recroquevillai en attirant au sol mes deux proies. Je ne le vis pas mais sentis son sortilège provoquer des picotements le long de ma nuque avant qu’il n’atteigne sa cible. Le public se répandit soudain en applaudissements, probablement parce qu’une des deux équipes avaient fait grimpé le score. La chance était avec nous. Je profitai du vacarme pour trainer les deux gardes endormis au-delà du moindre coup d’oeil indiscret en provenance de la loge puis me plantai devant le corps de Laudevent. Le sortilège n’avait rien changé à sa posture. J’apposai ma main sur l’avant-bras qu’il avait eu le temps de plonger sous sa cape et consentis à parler pour n’éveiller aucun soupçon de la part des gens présents dans la loge.

« Ce sortilège est déroutant, dis-je en souriant. »

« Moins que ne l’est votre magie, me répondit la bouche et la voix de Laudevent bien que je ne fus pas en présence de son esprit. »

« Je vous ferais remarquer que vous ne m’avez toujours pas dit votre nom. »

« Vous n’avez pas besoin de le connaître. »

Douée et rusée, me dis-je en jetant un coup d’oeil vers le cinquième et dernier rang de la loge où l’esprit de Laudevent était entrain de subir un interrogatoire décisif pour les héritiers de Stoyanov.

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

La loge officielle

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MÉLISSE VIDÉRANCE


L’Ecosse menait de vingt petits points grâce au talent singulier de son gardien et capitaine. Mélisse commençait à se demander si Isis et les siens pouvaient trouver une parade à cet obstacle particulièrement envahissant. Il ne lui avait pas échappé que le score aurait pu être tout autre si les trois tirs avaient franchi les anneaux d’or au lieu de buter sur Ryan Dunn. Molly Dunn n’était pas mauvaise non plus dans son genre. En réponse à ces constatations, Mélisse poussa un soupir en s’enfonçant dans son siège. Elle commençait à sentir l’appréhension monter en elle… elle était peut-être la présidente du Secrétariat des sports magiques, mais elle était une fervente supportrice de la France avant tout.

« J’ai un message pour vous, chuchota-t-elle à l’intention d’Aude Luneau après s’être assurée que personne ne pouvait l’entendre en dehors de ses deux voisines. De la part du professeur Lemevelle. »

Aude Luneau releva le menton et tourna un regard mi-étonné mi-apeuré vers Mélisse.

« Je l’ai rencontré dans le plus grand secret il y a de ça une lune, raconta Mélisse en conservant son regard braqué droit devant elle pour ne pas attirer l’attention de potentiels mouchards. Elle m’a demandé de vous assurer que tout allait bien, que vos élèves ne manquaient de rien malgré les restrictions du ministère. Elle me fait vous dire que personne ne vous en veut, que votre décision de fuir était justifiée. Tout le monde vous préfère en vie et en sécurité plutôt que diminuée dans les prisons de Ricoter. »

Mélisse s’enthousiasma en voyant Marc intercepter la relance de Ryan Dunn. Elle s’avança sur son siège, le cou tendu pour guetter la contre-offensive française. Elle n’avait pour autant perdu de vue le sujet de discussions qu’elle venait de lancer dans l’indifférence générale. Elle tressaillit pourtant quand la main d’Aude Luneau se posa sur la sienne. La directrice en exil avait la tête basse et les yeux voilés par une émotion que Mélisse ne sut déchiffrer.

« Est-ce que… »

« Je ne reviendrai pas, coupa Aude Luneau. »

Mélisse n’était pas certaine d’avoir compris le murmure d’Aude Luneau.

« Je vous demande pardon ? »

« Faites savoir à Ingrid que je ne reviendrai pas, murmura Aude Luneau, les mâchoires à présent contractées. Au fond d’elle-même, elle le sait déjà… ce retour est impossible. L’académie a besoin d’une nouvelle directrice… cette directrice, c’est elle. »

Aude Luneau retira vivement sa main et se redressa, l’air digne, mais Mélisse sentit son coeur se tordre lorsque le visage de la directrice en exil se décomposa et que des larmes cristallines se mirent à couler le long de ses joues. Pas un reniflement, pas une variation dans la contraction de ses mâchoires, Aude Luneau éprouvait sa peine en silence. Mélisse détourna les yeux de ce triste spectacle. Elle avait le sentiment qu’une chose exceptionnelle venait de prendre fin et que plus rien ne serait jamais plus comme avant. Elle se mordit la lèvre et chercha la main d’Aude pour l’empoigner un bref instant avant d’applaudir pour encourager son équipe de coeur.

« Allez la France ! cria-t-elle. »

Mélisse s’adossa contre son siège en continuant d’applaudir pour couvrir ses derniers mots pour Aude Luneau.

« Comptez sur moi, murmura-t-elle. Et bonne chance, Aude. »

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

La loge officielle

Le match se poursuivait, les deux équipes étaient au coude à coude. Les Écossais avaient une défense exceptionnelle, et les Français butaient trop souvent sur le gardien au goût de leurs supporters. Mais Kristen n’y faisait qu’assez peu attention : elle avait la sensation qu’un autre match se jouait dans la loge. Parfois, elle essayait de deviner où étaient installés Owen, Nathan et sa fameuse collègue, plissait un peu les yeux, ne pouvait évidemment pas les voir, et reportait son attention sur la loge elle-même plutôt que sur le match. Elle regardait Aude, qui regardait Laudevent avec une pointe d’inquiétude – elle savait très bien la dissimuler, mais la pression de sa main contre celle de Kristen permettait à cette dernière d’imaginer à quels tourments se livrait l’esprit de son amie. Elle croisa son regard, répondit à la pression de sa main et ferma les yeux lentement, ce qui voulait dire : « ne t’inquiète pas, je suis là. »

Cette histoire de Guilde Marchande ne pouvait qu’avoir un fond douteux. Ces espèces de sectes ne servaient jamais que leurs intérêts. S’ils avaient aidé Ricoter, c’était certainement parce que Ricoter pouvait leur offrir quelque chose en échange. C’est comme ça que ça fonctionne, les marchands ne connaissent que l’or et le troc. Kristen croyait moins à une histoire de gallions que d’objet précieux, car il s’agissait en l’occurrence du financement de la campagne de Ricoter. L’investissement était trop bancal s’il ne s’agissait que de gallions. La question était donc la suivante : quel était cet objet, en possession de Ricoter ou qu’il pouvait obtenir de façon relativement certaine (les marchands n’investissent jamais au hasard), que la Guilde voulait se procurer ? Dans tous les cas, il s’agissait d’une affaire qui ne se finirait pas proprement, au gré de tous.

Il devait y avoir du mouvement du côté de Laudevent quand Kristen entendit que leur voisine de loge, Mélisse Vidérance, s’adressait à Aude. Naturellement, elle tendit l’oreille. Elle avait le droit de savoir ce qui se disait, après tout, c’était légitime. Le nom du professeur Lemevelle rappela à Kristen le jour de l’arrivée d’Aude à Poudlard, en janvier. Lemevelle avait alors envoyé son Patronus dire à Aude qu’on l’avait forcée à dire où la directrice de Beauxbâtons était partie se réfugier, en lui faisant boire du Veritaserum.

Et le reste rendit Kristen confuse. Aude affirmait qu’elle ne reviendrait pas à Beauxbâtons, que le professeur Lemevelle serait bien placée pour reprendre le flambeau. Kristen regarda le match avec beaucoup d’attention, gênée d’être sans doute possible l’une des causes de cette démission officielle. Connaissant Aude, il devait y avoir autre chose, mais elle s’en voulut malgré tout. Aude était l’image même de la directrice de Beauxbâtons, irremplaçable.

Kristen lui adressa finalement un regard et vit à quel point elle était digne. Elle venait de quitter le poste de sa vie et se tenait là, la tête haute. Kristen fut soulagée trop peu longtemps. Le masque d’impassibilité d’Aude Luneau se craquela, et des larmes de fin d’ère coulèrent le long de ses joues roses. Kristen détestait voir Aude pleurer, mais elle choisit de la laisser s’en remettre avec toute la dignité dont elle savait faire preuve. Aude était sensible, mais forte. Elle glissa ses doigts entre les siens et observa les joueurs filer d'un bout à l'autre du terrain à une vitesse épatante.

~ Draco dormiens nunquam titillandus. ~
“The wishes I’ve made are too vicious to tell.”
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