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Tonitruant  PV 

Eadric Sturrlock rajouta un peu de tabac dans sa pipe et, après un discret coup de baguette pour l’allumer, il la porta à sa bouche. Il inspira longuement et souffla la fumée dans les airs. Avant de s’étouffer violemment et de porter les mains à son torse comme pour essayer d’atteindre ces poumons abimés à travers le costume à bouton, la peau et les os. Tentative futile, bien sûr. Il ne put que tenter d’aspirer l’air londonien qu’il avait retrouvé il y a seulement quelques jours. Un air frais, sentant la saleté, la poussière et la pollution, mais qui malgré tout lui rappelait de bons souvenirs. Du temps où il opérait au Chaudron Baveur.

Le voyage avait été long, tantôt agréable, tantôt difficile. Mais couronné de succès. Rien n’avait pu avoir raison du vieil Eadric.

Il était largement en âge de partir à la retraite, mais dans son esprit, cette idée était tout simplement impossible. Il répétait souvent aux gens, qui étaient étonnés de le voir continuer à enchaîner les petits boulots malgré ses cheveux grisonnants qui commençaient maintenant à virer au blanc, et ses fréquentes crises de toux causées par l’usage abusif du tabac, que seule la mort arriverait à le faire arrêter de travailler. Il ne se voyait pas s’arrêter du jour au lendemain et devenir un vieux grand-père gâteux tout juste bon à avaler sa purée avant de se mettre au lit à dix-huit heures tapantes : il lui fallait quelque chose à faire sa vie, c’était indéniable. Et c’était d’ailleurs pour cette raison qu’il était à Londres.

Il commença à remonter la rue qui était inhabituellement bondée. Ses habitudes dataient d’il y a trente ans, certes, mais tout ce petit monde le faisait grimacer, et il mordilla sa pipe comme il avait l’habitude de le faire lorsque l’exaspération s’emparait de lui. C’est essentiellement des Moldus : il ne vit parmi eux aucun sorcier, qui se dissimulaient habituellement dans des habits verts ou violets. Pendant un instant, il crut qu’il s’était trompé de chemin ; mais non, pourtant, le trottoir gris qui longeait Charing Cross Road était celui où il fallait se trouver si vous vouliez vous rendre au Chaudron Baveur. Dans sa marche, il bouscula une Moldue qui était focalisée sur l’instrument bizarroïde qu’ils appelaient téléphone. Le choc la fit lâcher l’objet, qui tomba au sol, et son premier réflexe fut bien sûr de crier sur Eadric, au lieu de faire comme toute personne douée d’un peu de bon sens l’aurait fait, à savoir, ramasser l’objet et venir vers lui après. Il se retourna vivement, ses longs cheveux gris et poisseux volant avec le mouvement, la natte basculant d’un côté de la tête vers l’autre. Il adressa un regard furibond à la femme, l’un de ces coup d’œil chargé de colère et d’exaspération, qui baissa la tête et ramassa l’appareil. Il se remit en chemin. Et après quelques pas, éclata de rire à voix haute, attirant les regards des passants qui le prirent pour un vieux fou. C’était vraiment trop drôle pour être contenu. Un peu de méchanceté et les gens détalaient comme des lapins. Dans sa jeunesse, on se serait battu pour moins que ça…

Il arriva bientôt devant l’entrée du Chaudron. Ne s’attardant pas plus longtemps à l’extérieur, car il commençait à prendre froid, il poussa la porte et pénétra à l’intérieur.

Il se trouve qu’il n’y avait pas que les passants qui avaient changés. L’intérieur de l’endroit aussi. Il y faisait bon, et, à une heure pareille – il devait être aux alentours de dix heures, dix heures trente – l’endroit était presque vide. L’agencement des meubles différait également de celui de ses souvenirs, plus de tables, moins de chaises, et le bar plus dégagé. Quelques nouvelles marques de bouteilles avaient fait leur apparition sur les étagères à boisson, et… l’endroit était malgré tout moins poussièreux que lorsque c’était lui qui s’en occupait. Bon, il allait bientôt se mettre au boulot. Mais avant…

Il se racla la gorge et cria de toutes ses forces, réveillant tous les clients – et sûrement tout Londres dans le même temps :


« CA FAIT DU BIEN D’ÊTRE DE RETOU… »


Il fut coupé par un crise de toux douloureuse qui brisa totalement l’effet produit par son petit spectacle.

Patron du Chaudron Baveur.
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Tonitruant  PV 

En ce doux matin de septembre, Sara se trouvait au Chaudron. Elle avait abandonné son fils pour assurer ses obligations de patronne. Pour le moment, la jeune femme n'avait pas encore repris l'habitude de travailler, surtout lorsqu'elle savait que son fils n'était pas en compagnie de personnes qu'elle connaissait personnellement. En effet, étant donné qu'elle ne pouvait pas amener Oliver sur son lieu de travail et que toutes les personnes qu'elle connaissait n'étaient pas disponibles - soit parce qu'ils travaillaient, soit parce qu'ils n'étaient pas à Londres -, Sara avait dû embaucher une baby-sitter lambda. C'était un peu difficile pour elle de quitter son fils chaque matin pour rejoindre le Chaudron, elle avait l'impression qu'il n'était pas en sécurité, sans elle, mais c'était sûrement parce qu'elle avait encore un peu de mal à s'imaginer sans lui. Au fur et à mesure du temps, elle finirait par s'y habituer, et puis, ce n'était pas comme si elle ne le retrouvait pas chaque soir.

Chassant ses idées de la tête, Sara tenta de se concentrer sur ce qu'elle faisait. Debout derrière le comptoir, elle répondait aux diverses demandes des clients. Certains souhaitaient réserver une chambre, d'autres voulaient simplement commander une bonne bièraubeurre. Regardant l'heure du coin de l'oeil, elle n'osait imaginer comment faisaient ces gens-là pour boire de si bon matin sans culpabiliser ou éprouver un quelconque sentiment. Réalisant son travail sans rechigner, elle hocha simplement la tête et s'en alla chercher la commande du client en réfléchissant. Peut-être fallait-il qu'elle instaure quelques règles, notamment l'interdiction de commander de l'alcool avant au moins onze heures trente. Ce n'était pas une si mauvaise idée, lorsqu'elle y réfléchissait bien. Les clients ne s'en porteraient que mieux si une telle chose était instaurée, ils auraient notamment une bien meilleure santé. Enfin, pour le moment elle ne pouvait rien faire, aussi, après une petite minute, le client retrouva sa commande et Sara enchaîna avec les clients qui suivaient.

Ils n'étaient pas très nombreux ce matin-là, d'ailleurs. Il ne fallut pas plus d'une dizaine de minutes pour répondre à toutes les demandes des clients, et lorsqu'ils furent servis ou renseignés, Sara s'en alla vers les cuisines pour souffler un peu, laissant Jake gérer l'endroit quelques instants. La reprise était finalement plus difficile que prévue. Elle n'avait qu'une envie : rentrer chez elle et s'occuper de son fils, mais elle ne pouvait cependant pas se permettre de quitter le Chaudron, il lui fallait encore attendre quelques heures. Décidant que sa minie pause était terminée, Sara s'apprêtait à quitter les cuisines. Une voix assez familière se fit entendre à cause du hurlement produit par la personne, ce qui commença à mettre la jeune femme en colère. Qui était cette personne pour se permettre de semer ainsi le trouble dans son Chaudron ?

Des chopes, il y en avait à portée de main, et sans réfléchir à ce qu'elle faisait, l'une d'elles voltigea à travers la pièce en direction de l'homme aux cheveux gris. Vu son allure, Sara se doutait à qui elle avait à faire, et elle ne regrettait pas un seul instant son geste. C'était d'ailleurs la première fois, depuis qu'elle gérait l'endroit, qu'elle s'autorisait à ce genre de pratiques, mais c'était pour la bonne cause. Eadric Sturrlock semblait être de retour et prêt à embêter le monde. Il était donc du devoir de Sara de le calmer, et même si cela devait se faire par des lancers de chopes.


« À peine arrivé, et tu me casses déjà les pieds ! Qu'est-ce qui t'amène ici ? Ça fait un bail que t'es pas venu. Dit-elle, s'appuyant sur le comptoir, toujours en colère. »

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Tonitruant  PV 

Il existait deux types de douleurs. La première, la plus commune des deux, était la douleur physique. Provoquée par un choc brutal à laquelle la peau ne s’attendait pas, la collision entre le petit doigt du pied et un pied de table en bois, par exemple, elle provoque une vive réaction chez la personne pour l’avertir d’un danger : la personne en question, avertie, va prendre conscience du risque, et tout faire pour s’en extirper. Si nous appliquons cette première définition au cas d’Eadric, la crise de toux, la douleur, le poussa à faire de grandes respirations pour stopper sa souffrance. Très vite, ses poumons se calmèrent et il resta debout, à se tenir la gorge avec force, tempérant sa respiration. Il sentait son cœur cogner contre sa poitrine, mais pas à cause de son cri : la crise l’avait frappé avec une intensité rare, et cela l’avait surpris. Lui, le vieil Eadric, coupé net par une crise de toux ? C’était hors de question. Alors qu’il allait reprendre sa phrase de plus belle, un autre événement arriva ; et c’est ainsi que le vieil homme goûta, quelques secondes, au deuxième type de douleur. La douleur mentale, créée par la honte de s’être pris une chope devant tous les clients.

Il tourna lentement la tête, prêt à bondir tel un chasseur découvrant que la proie qu’il traquait venait le narguer calmement. Mais il ne s’attendait pas à ce que la proie ait le visage d’une vieille connaissance.

Sara Jenkins. Juste avant qu’il ne quitte le Chaudron Baveur, elle était serveuse, elle aussi. Mais il y avait beaucoup de choses qui avaient changées chez elle. Elle semblait plus grande, plus mature, loin de cette petite fille de ses souvenirs qu’il passait son temps à critiquer. Mais la chose la plus dérangeante, dans tous ces changements, était peut-être, voir même sûrement, la couleur du tablier qu’elle arborait. D’un blanc pur.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas le fonctionnement hiérarchique du Chaudron Baveur, en voici un très bref résumé : vous pouviez différencier les différents types de serveurs par la couleur de leur tablier. Les stagiaires et autres personnes en formations revêtaient un tablier bleu : les serveurs plus aguerris, en contrat, et formés aux habitudes du métier, s’habillaient en gris – c’était la situation d’Eadric avant son départ. Enfin, tout en haut de la chaîne alimentaire, se trouvait l’ultra-prédateur, le patron du Chaudron Baveur, qui avait lui le droit à un tablier blanc qui était enchanté et ne se salissait jamais. C’était un tablier qui se transmettait de dirigeant en dirigeant – en l’occurrence, ici, en dirigeante.

Le visage d’Eadric se déforma lorsqu’il réalisa ce que la couleur signifiait. Voir Sara Jenkins, qui était arrivé au Chaudron un bout de temps après son arrivée à lui, être devenue patronne pendant son absence – longue de plusieurs années, d’accord – était très frustrant. Eadric Sturrlock était un personnage ambitieux qui avait longtemps rêvé d’enfiler ce tablier blanc : le voir sur Sara qu’il avait considérée comme moins bonne que lui, était une surprise qu’il allait mettre du temps à digérer. Il décida de mettre sa rancœur de côté – pour un tout petit moment – et la salua comme il aurait salué n’importe quelle vieille connaissance. Avec panache.

« Sara ! Quel malheur, et moi qui pensait ne plus jamais te revoir. » dit-il d’un ton empreint d’un sarcasme évident. « Tu sais très bien que j’ai mon petit caractère. Joli lancer, au fait. Je vois que tu n’as pas oublié tout ce que je t’ai appris, ça me fait plaisir de te voir en colère. »

Elle lui demanda ce qu’il était venu faire ici, mais il contourna la question. Il ne voulait pas y répondre. Pas encore. Il prit une grande bouffée de fumée et la souffla dans les airs, puis observa les volutes s’élever en spirales doucereuses jusqu’au plafond.

« En effet, ça fait un bout de temps… La preuve, c’est toi la patronne, maintenant. J’arrive pas à y croire. Ce n’est pas contre toi, mais… dis-moi, qu’est-ce qui a changé ? Je veux dire, les autres… ils sont tous partis aussi ? C’est pour ça que t’es patronne ? »

Par les autres, il entendait leurs anciens collègues communs, à Sara et lui : collègues qu’il n’avait pas encore vus au Chaudron. Il remit sa pipe en bouche et toisa Sara avec impatience.

Patron du Chaudron Baveur.
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Il fallait dire que, bien qu'elle n'était pas dans un moment très calme, la situation restait très amusante. Si Sara n'avait pas été autant en colère à cause de l'homme qui était entré quelques minutes plus tôt dans le chaudron, elle aurait probablement éclaté de rire. Sa façon de lancer des chopes de bière n'était pas aussi ridicule qu'elle le pensait, d'autant plus que cela faisait des années qu'elle ne s'était pas entraînée. Depuis qu'Eadric avait quitté le chaudron, en somme. En réalité, la jeune femme n'osait pas avouer qu'elle était plutôt contente de revoir un visage aussi familier que celui de ce bon vieux Sturrlock. C'étaient des pensées qu'elle regretterait au bout de quelques heures, voire quelques minutes, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Au fond (mais vraiment au fond, hein), elle l'appréciait quand même un peu. Un chouilla.

En regardant bien, Sara pouvait constater que le vieux n'avait pas tellement changé. D'après ce qu'elle avait entendu quelques secondes plus tôt, l'homme n'avait toujours pas laissé sa pipe de côté, provoquant ses toux incontrôlées. Son apparence, quant à elle, était plus ou moins la même, à quelques exceptions près, notamment la couleur de ses cheveux, de sa barbe, et des plis plus prononcés sur son visage. Il commençait à se faire vieux, cela ne faisait aucun doute.


« Sara ! Quel malheur, et moi qui pensait ne plus jamais te revoir. »

Eadric Sturrlock était toujours un homme très courageux. De nombreuses chopes n'attendaient plus que le moment fatidique, à chaque seconde, elles espéraient entrer en contact avec les mains soignées de Sara pour être balancée en direction de cet homme qui n'en manquait pas une pour approfondir la colère de Sara. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait d'ailleurs, mais elle s'était déjà beaucoup trop donnée en spectacle devant tous les clients présents. Que penseraient-ils du Chaudron Baveur si la patronne lançait à tout bout de champ des objets sur la tête d'un vieux papy ? Ce n'était pas vraiment correct, alors à contre-coeur, elle n'en fit rien, arquant simplement un sourcil en attendant la suite des paroles du vieux grognon.

« Tu sais très bien que j’ai mon petit caractère. Joli lancer, au fait. Je vois que tu n’as pas oublié tout ce que je t’ai appris, ça me fait plaisir de te voir en colère. »

Ne prêtant pas vraiment attention aux réflexions d'Eadric, Sara observa quelques instants le vieil homme. Sans aucune gêne, celui-ci se permettait de fumer et de s'amuser à recracher la fumée, qui par ailleurs, n'était pas très agréable pour les narines. Il était possible que l'homme fasse exprès de fumer pour embêter Sara, après tout, il avait toujours été comme ça. Dès qu'il en avait l'occasion, Eadric se permettait des répliques cinglantes à l'égard de la jeune femme, et certaines fois, comme aujourd'hui, il se permettait des gestes qui ne lui plaisait pas forcément. Réfléchissant à un moyen d'éliminer cette pipe qui dégageait une odeur abominable, le vieux repris la parole :

« En effet, ça fait un bout de temps… La preuve, c’est toi la patronne, maintenant. J’arrive pas à y croire. Ce n’est pas contre toi, mais… dis-moi, qu’est-ce qui a changé ? Je veux dire, les autres… ils sont tous partis aussi ? C’est pour ça que t’es patronne ? »

Son deuxième sourcil s'arqua lorsque les paroles fussent prononcées. Pensait-il qu'elle était incapable de tenir ce poste, pour ainsi dire de telles choses ? Car c'est ce qu'elle ressentait. Sans doute voulait-il être méchant, comme il en avait l'habitude.Autrefois, elle aurait passé outre, préférant ne pas s'attarder sur ce genre de remarques. Etrangement, et cela venait sûrement du fait qu'elle n'était pas dans son assiette ces derniers temps, la jeune femme pris mal les paroles. Elle ne dit cependant rien, préférant garder ses émotions-là pour elle-même. D'un ton très naturel, elle répondit à son interlocuteur :

« Eh bien, oui et non. Il ne reste plus que moi, oui, mais je suis patronne parce que j'ai mérité de l'être, pas parce qu'il n'y avait personne d'autre. Elle se tut un instant avant de reprendre : Tu veux boire ou manger quelque chose ? »

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Un test, voilà la tournure que prenait cette discussion. Sara se montrait méfiante avec Eadric, qu’elle n’arrivait pas à percer ; et Eadric, devant la réaction plutôt modérée de Sara, ne savait pas ce qu’il pouvait penser d’elle, et avançait à vue. Elle ne fit pas de commentaires sur la fumée – ce qui étonna le vieillard – et lui proposa même de boire ou de manger quelque chose.

L’occasion parfaite.


« Je connais l'endroit, je te remercie. »

Eadric remit sa pipe en bouche et, sous les yeux ébahis des quelques clients dont l’attention avait été attirée par le bruit de la chope sur son crâne, il alla se mettre derrière le comptoir. Il prit son temps pour regarder les différents récipients qui avaient fait leur arrivée entre son départ et aujourd’hui, et sélectionna un verre à whisky qu’il posa sur le comptoir. Il se retourna ensuite et passa ses yeux sur les différentes bouteilles. Le Chaudron Baveur était plongé dans un silence morbide qui n’était pas pour déplaire à Eadric. Il sélectionna une petite bouteille de rhum dont il reconnut l’étiquette, la prit entre ses mains et commença à dévisser le bouchon tout en fixant Sara dans les yeux pour s’assurer de sa réaction. Il versa un minuscule fond de boisson dans le verre, retira sa pipe et le but d’une traite. Le mélange de la fumée et de l’alcool ne faisait pas bon ménage, mais Eadric n’était plus à cela près. C’est ce qu’il se disait toujours, pour se donner bonne conscience, pour excuser sa dépendance à ces deux drogues dures

S’il s’était servi une si petite quantité de boisson, c’était pour la simple et bonne raison suivante : il allait avoir besoin de tous ses moyens pour convaincre Sara de le reprendre au Chaudron Baveur. Cher lecteur, vous êtes tout à fait en droit de penser qu’Eadric échouera dans sa requête, surtout au vu du nombre de provocations à la minute très élevé qu’il venait de réaliser. Mais vous apprendrez bientôt qu’Eadric a toujours plus d’un tour dans son sac et qu’il savait très bien comment amadouer celle qu’il appellerait bientôt sous le nom de « patronne ». Sara Jenkins avait un bon fond, il le savait, et un tout petit, microscopiquement infime coin de ce fond était réservé à Eadruc Sturrlock. Coin qu’il allait bientôt dépoussiérer.

Il remplit ensuite son verre d’eau, remit sa pipe en bouche et alla s’asseoir à une table vide, où il invita Sara à le rejoindre. Sans vérifier si elle le ferait ou non – il avait toutefois confiance, elle s’assiérait – il continua de regarder la fumée s’envoler dans les airs. Il sortit sa baguette. Lorsqu’il était préoccupé, le vieil Eadric s’amusait à dessiner des formes avec les volutes. Et plus les formes étaient détaillées, plus il était tracassé. Alors qu’il était en train de donner vie à une chèvre qui cavalait en laissant une trainée de fumée derrière lui, Eadric prit son courage à deux mains et ouvrit la bouche.


« Sara, je dois rester au Chaudron. En tant que serveur. Et ne t’y opposes pas. »

Craignant que les paroles ne prennent des airs de menaces, il rajouta :


« S’il te plaît. »

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Bien que le comportement d'Eadric ne surprit guère Sara, cette dernière n'en fut pas moins agacée. La pipe que possédait l'homme était -pour elle-, déjà de trop, alors lorsqu'il s'incrusta derrière le bar comme s'il était dans sa propre maison pour se servir un verre, les joues de Sara passèrent au rouge. Il avait fait ça presque naturellement, comme si tout était normal et que le Chaudron Baveur lui appartenait. Comme si toutes les bouteilles qui se trouvaient derrière le comptoir étaient à lui et qu'il était le maître des lieux. Malheureusement pour lui, ce n'était pas vraiment le cas. Eadric n'était qu'un client parmi tant d'autres, et le comportement qu'il avait n'était pas vraiment toléré par la patronne du Chaudron. Aussi, lorsqu'elle comptait lui faire la remarque, Eadric se retira simplement sans un mot, préférant aller s'asseoir sur une chaise au beau milieu de la salle.

Sara avait beaucoup hésité à le suivre, mais finalement, elle y était allée. Elle voulait savoir pourquoi le vieux était là, au fond, elle savait qu'il n'était pas venu pour rien. Ca paraissait logique, d'ailleurs. Il s'était passé de nombreuses années depuis la dernière fois où Eadric avait mis les pieds au Chaudron, et c'était assez étrange qu'il revienne. Il avait sûrement quelque chose à demander. C'était même sûr, mais quelle requête souhaitait-il faire, exactement ?

Voyant que l'homme s'amusait encore et toujours avec sa vieille pipe, Sara décida de faire quelque chose. L'odeur immonde de la fumée lui donnait envie de vomir, et même pour le respect des autres clients, il fallait que cela cesse. Lorsque son ancien collègue détourna le regard, Sara en profita pour incorporer un peu d'eau dans la pipe. Tout de suite, tout devenait plus agréable. La fumée avait directement cessé et l'odeur, qui restait néanmoins présente, disparaissait peu à peu. La patronne du Chaudron imaginait déjà la réaction du vieux lorsqu'il se rendrait compte de tout ça, mais elle s'en fichait. Eadric Sturrlock n'avait qu'à bien se tenir.

Quelques secondes plus tard, l'heure des révélations avait enfin sonné. Eadric venait de demander à Sara de le réembaucher, avec des paroles qui n'étaient pas franchement très plaisantes. Le « S’il te plaît. » à la fin l'avait quand même fait douter, prendre une décision immédiatement n'était pas une chose aisée. Elle avait besoin de réfléchir, mais Eadric semblait attendre une réponse. Son comportement n'avait pas été vraiment exemplaire, et cela allait grandement jouer dans la décision finale qu'elle prendrait. D'un autre côté, elle savait qu'Eadric était un bon élément, il était -autrefois, en tout cas-, un serveur très efficace.


« Non. »

Le mot était finalement sorti naturellement, cela lui faisait mal au coeur, c'était indéniable, mais elle ne s'imaginait pas travailler aux côtés d'un homme qui ne respectait rien.

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Eadric vit Sara le rejoindre malgré le fait qu’elle ne cache pas ses réticences à lui donner ce qu’il voulait. Il l’avait mis très mal à l’aise devant les clients, qui faisaient à présent semblant de ne pas remarquer l’étrange personnage qui venait de formuler une demande plus étrange encore. Eadric ne serait pas étonné de voir ces clients repartir prestement si le mot « oui » sortait de la bouche de Sara, et ne plus jamais revenir, de peur de devoir affronter l’odieux personnage.

Mais le Chaudron Baveur garderait ses clients.

Car Sara venait de refuser.

Une partie du plan d’Eadric s’effondrait. Mais pas son petit monde à lui. Il garda son calme et mit sa pipe en bouche. Inspira. Et sentit le goût désagréable de tabac mouillé lui passer sur la langue. Dégoûté, il arracha l’objet de ses lèvres et s’apprêta à cracher sur le sol : mais, sentant le regard pesant de Sara, il se retint. Il la regarda dans les yeux. Et avala ce qu’il venait d’aspirer d’une traite, le regard sévère, sans cligner des yeux. Puis il éclata de rire.


« Tu sais combien de temps ça prend, d’enlever l’eau d’une pipe ? Ah, Sara, j’ai vraiment déteint sur toi, c’est terrible… »

Mais le son de l’hilarité ne changeait rien, et ne changerait rien, à la situation. Sara refusait de le reprendre au Chaudron Baveur. Avait-il fait des erreurs ? A présent qu’il y repensait, il n’avait fait que cela. Débarquer à l’improviste, fumer, se servir, crier, rien de tout cela n’avait joué en sa faveur. Et il ne s’en rendait compte que maintenant. Il secoua la tête, toujours le sourire aux lèvres. Son esprit commençait-il à se faire vieux ? Il serait complètement excusé si c’était le cas, mais il ne voulait pas l’accepter ; tout comme il n’acceptait pas d’être poussé ainsi vers la sortie du Chaudron Baveur. Vous ne vous sépariez pas aussi facilement d’Eadric Sturrlock. Le vieux avait la peau dure et la digestion de mauvaises nouvelles difficiles. Il rangea sa pipe dans la poche de sa veste, et se leva.


« J’imagine que je ne peux rien faire de plus, si ton avis est celui-ci… Très bien. Je suis content de t’avoir revue, ma chère. »

Il tourna le dos à la patronne du Chaudron Baveur et alla se placer devant la porte. Le silence s’était fait encore plus silencieux, comme si lui-même attendait de voir ce qui allait se passer. Eadric posa sa main sur la poignée, mais ne l’actionna pas. Pas tout de suite.

Et il abattit sa dernière carte.


« Au fait, Valentine est enterrée au cimetière de Highgate. Je crois que ça lui ferait plaisir que tu passes lui dire le bonjour, un de ces jours. Elle est bien seule dans la monotonie de son linceul.»


Il rajouta, plus bas, mais juste assez fort pour qu’elle l’entende :

« Et deux Sturrlock seuls, c’est un de trop. »


Valentine était, pour les lecteurs qui l’ignorent encore, l’ex-femme d’Eadric, morte six ans plus tôt, frappée par une voiture alors qu’elle traversait une rue pour se rendre au Chaudron Baveur, qui était également son lieu de travail. C’était la seule personne qui comptait aux yeux d’Eadric.

Mais aujourd’hui, lui n’avait plus aucun remord à l’utiliser comme un énième moyen pour arriver à ses fins. Car il savait qu’elle ne lui en aurait pas tenu compte, si elle était encore en vie.

Et puis, d’ici à ce que les morts parlent…


« Au revoir, Sara. » dit Eadric en passant la porte de l’endroit.

De dos, elle ne le verrait pas.

Le sourire satisfait gravé sur les lèvres usées du vieillard.


Reducio
Fin du RP de mon côté !

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L'action de Sara sur la pipe de son ancien collègue venait de porter ses fruits. Alors qu'il tentait, pour la énième fois, d'aspirer dans l'objet et d'intoxiquer la pièce où ils se trouvaient, rien ne se produisit. Aucune fumée ne sortait. La jeune femme sentait presque le regard outré d'Eadric peser sur elle, mais il laissait sa bouche fermée, avalant un mélange qui ne semblait pas fort agréable. Sara, elle, maintenait tant bien que mal son regard soutenu vers l'homme. Peut-être finirait-il par comprendre que c'était elle la patronne désormais, et qu'il fallait qu'il respecte ça. Chose qu'il n'avait pas faite jusqu'ici. La jeune femme observait donc ses moindres faits et gestes, prête à l'attaquer s'il commettait l'erreur de trop. Pour la première fois, Eadric restait sage et après quelques paroles, il se leva, prêt à partir. Le dos tourné, il s'en allait vers la porte et patientait quelques instants, comme s'il attendait quelque chose. Les bras croisés, aucun mot ne s'échappait de la bouche de Sara.

« Au fait, Valentine est enterrée au cimetière de Highgate. Je crois que ça lui ferait plaisir que tu passes lui dire le bonjour, un de ces jours. Elle est bien seule dans la monotonie de son linceul. »

C'était si violent pour elle, ce qu'il venait de dire, que le visage de Sara se décomposait petit à petit. Valentine était une femme qu'elle avait beaucoup apprécié, et apprendre son décès de cette manière avait été comme un choc pour elle. Eadric Sturrlock l'avait complètement déboussolée, si bien qu'à présent, elle ne savait plus quoi faire, ni quoi dire d'ailleurs. Elle n'avait pas prêté attention aux dernières paroles du vieux grognon, tant elle restait à la fois choquée et triste.

Sara demeurait au milieu de la pièce, les larmes aux yeux. Sans réfléchir à ce qu'elle faisait, ses jambes la portèrent vers le comptoir où étaient rangés les quelques tabliers des serveurs, ceux qui possédaient la couleur grise. Elle ne savait pas exactement si ce qu'elle faisait était bon ou mauvais, mais c'était plus fort qu'elle. Au fond, même sans cette dernière nouvelle, elle n'aurait pas laissé Eadric derrière elle, tout simplement parce qu'elle l'aimait bien, et qu'elle savait qu'il était un bon employé. Son côté grognon la rebutait un peu, mais elle ne pouvait se résoudre à le laisser partir. Ils allaient vivre de sacrés moments encore, Sara n'en doutait pas.

Sans plus tarder, et avant qu'il ne parte vraiment vers d'autres contrées lointaines, la patronne du Chaudron emprunta la porte qu'avait franchi Eadric quelques instants plus tôt. Il n'était pas très loin, fort heureusement pour elle, et alors qu'elle lui emboîtait le pas, toujours accompagnée du tablier, elle lui cria après :


« Eh vieux schnock ! Finalement, je pense qu'on aurait bien besoin de deux mains en plus derrière le comptoir. Par contre, je te préviens, la pipe n'est pas tolérée si tu veux rester ! Et tu ne te sers pas non plus dans les bouteilles, elles sont uniquement pour les clients, pas pour toi ! »

Un large sourire venait de naître sur le visage d'Eadric. Sara soupçonnait que celui-ci avait déjà tout prévu quant au déroulement de cette scène, mais il était à présent trop tard. Pour le moment, elle ne regrettait pas son choix, et elle espérait vivement qu'elle ne le regretterait jamais. Après cet échange, les deux personnages retournèrent au Chaudron pour continuer le travail qu'ils avaient à faire. Durant le reste de la journée, Sara demandait des informations à Eadric à propos de Valentine. Le soir même, elle ne manqua pas d'aller déposer une fleur sur sa pierre tombale, et lui parla même un peu.

FIN DU RPG

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