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Francisca retint un juron de justesse.

Elle baissa la tête, leva discrètement les yeux au ciel, attrapa le jouet en plastique sur lequel son pied nu venait de marcher et le rangea dans la boîte à jouets noire. L'enfant blond qu'elle portait dans ses bras protesta ; Francisca le posa sur le sol, s'accroupit et attrapa une autre boîte de jouets, blanche, dont elle sortit quelques livres et peluches. Elle s'assit sur le grand tapis vert, à quelques pas de l'enfant, et elle l'observa attraper un ours blanc tandis qu'un rire aigu s'échappait de ses lèvres. Il le tripota quelques instants puis leva un regard brillant vers Francisca, qui lui demanda :

« Tu viens près de maman ? »

Il rit et elle tendit les bras pour qu'il comprenne ce qu'elle voulait. Malheureusement, comme elle s'y attendait, il s'approcha d'elle en se déplaçant à quatre pattes. Elle aurait voulu qu'il tente de faire quelques pas debout. Lorsqu'il arriva à la hauteur de sa mère, Isaac lâcha sa peluche et tendit ses bras minuscules vers le cou de Francisca, qui l'attrapa doucement par la taille et le mit sur ses pieds. Il serra l'index de sa mère et se laissa guider par elle le temps de faire quelques pas, puis il tomba, rit à nouveau et se dirigea à quatre pattes vers la boîte noire que sa mère consentit à vider.

Francisca le savait : si elle voulait assurer la prospérité à la seule personne qu'elle était encore sûre d'aimer, il fallait qu'elle trouve un travail. Rapidement. Ses économies s'amaigrissaient à vue d’œil et elle n'avait aucun diplôme. En revanche, elle avait de l'expérience, notamment en tant que serveuse. Elle avait travaillé dans un bar moldu pendant deux ans lorsqu'elle vivait aux États-Unis, et c'était vers cette voie qu'il fallait qu'elle se tourne si elle voulait espérer obtenir un job dans les plus brefs délais. Elle aurait voulu passer ses journées en compagnie d'Isaac, mais c'était devenu impossible. Elle devrait le confier à une nourrice et recommencer à gagner sa vie. Cette idée lui brisait le cœur mais elle ne pouvait plus se payer le luxe d'avoir le choix.

Trois jours plus tard, après s'être renseignée sur les bars de la région, il semblait à Francisca que le Chaudron Baveur était le lieu parfait pour tenter sa chance. L'endroit semblait chaleureux et, de surcroît, était sorcier. Avec un peu de chance, si elle était embauchée, elle pourrait s'épanouir sur son lieu de travail. Elle avait trouvé une personne qui lui semblait parfaitement compétente pour s'occuper d'Isaac cette après-midi, ainsi que tous les autres jours où elle serait absente si elle obtenait ce poste.

Cela faisait maintenant des années que Francisca ne portait plus ce vert émeraude que les sorciers utilisaient pour se reconnaître dans les endroits moldus ; ce matin-là, elle s'était accoutrée avec simplicité, enfilant une paire de jeans, une chemise bleue et un long manteau blanc. Il existât un temps où elle faisait bien davantage d'efforts vestimentaires pour ses entretiens d'embauche, espérant tomber sur un patron à l'esprit superficiel, mais cette façon de procéder était désormais catégoriquement contraire à ses principes. Elle avait également essayé de gommer les cernes qui ternissaient son visage, mais elle n'était pas sûre que le résultat soit vraiment concluant. Un enfant demandait beaucoup d'attention et ces douze derniers mois, tout le temps et l'énergie de Francisca n'avaient été consacrés qu'à Isaac. Elle en oubliait presque la notion du mot repos.

Francisca bravait le froid de Londres, serrant son manteau blanc contre elle, ne levant jamais le regard. Après quelques minutes de marche, la peau rendue rouge par les incessantes bourrasques de vent, elle repéra le Chaudron Baveur et poussa la porte du bar. Quelques clients lui jetèrent machinalement un regard avant de rapidement retourner à leurs occupations. Francisca repéra deux serveurs qui s'agitaient puis aperçut la patronne, une certaine Sara Jenkins, qui se tenait dans un coin un peu isolé du bar et discutait avec un vieil homme. Elle se dirigea vers eux et ils s'interrompirent ; parvenant difficilement à cacher son air fatigué et, avouons-le, un peu désespéré, elle s'adressa à la femme qui tenait le pub d'une voix épuisée :

« Madame Jenkins... J'aimerais vous parler, lorsque vous serez libre. »
Dernière modification par Francisca Garzia le 21 décembre 2017, 15 h 25, modifié 1 fois.

Il dit peut-être qu'aujourd'hui rien de ce que tu penses ne mérite le nom de fleur mais demain, demain ! Demain tu t'éveilleras sans doute sous un arbre fruitier.

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Aujourd'hui était un jour spécial. C'était le jour où elle reprendrait toute sa vie en main, le jour où tout recommencerait. C'était sa nouvelle chance, celle qu'elle ne pouvait pas laisser passer. De nombreuses émotions parcouraient le corps de la jeune femme, si bien qu'elle ne savait pas réellement comment elle devait se sentir, exactement. Une part d'elle était triste, triste de quitter cet endroit qui lui avait apporté tant. Eadric et Jake faisaient partis de ces "choses", même si elle avait un peu de mal à se l'avouer. D'un autre côté, elle était heureuse, heureuse de pouvoir enfin partir du bon pied et de ne plus errer dans cette boucle infernale qu'est la déprime.

Comme d'habitude, Sara s'était rendue au Chaudron Baveur avec son fils, qu'elle faisait garder par Mily, son elfe de maison. L'excitation montait à chaque pas qu'elle faisait, elle ne savait plus tenir en place. Dans sa tête, Sara se remémorait les mots qu'elle souhaitait dire à Eadric, son collègue, suite à l'annonce qu'elle voulait lui faire. Au fur et à mesure qu'elle répétait cet exercice, tout s'embrouillait dans sa tête, elle ne savait plus réellement comment tourner les choses, et jugea bon d'y aller à l'improviste le moment venu.

Lorsqu'elle poussa la porte, Eadric était déjà là, installé derrière le comptoir. La jeune femme se stoppa net sur le pas de la porte, réalisant qu'au fond, malgré tout ce qu'elle avait traversé ici, le Chaudron Baveur et tout ce qui s'y trouvait allait terriblement lui manquer. Elle ne pouvait cependant pas faire machine arrière, il était bien trop tard pour cela. Lorsqu'elle fut enfin prête, elle invita Eadric à s'écarter un peu du public. Il était temps.


« Écoute Eadric, je ne sais pas vraiment comment t'annoncer ça mais les choses vont changer ici. J'ai passé de merveilleux moments ici, mais il est temps pour moi de quitter le Chaudron. Je voulais spécialement te parler car j'ai pensé que tu es la personne la plus apte à reprendre le tablier blanc. Je t'avoue que tu... »

Aucun son ne parvenait à sortir de la bouche de Sara. Comment pouvait-elle en arriver là ? Eadric était sans doute l'un des pires hommes qu'elle n'eut jamais connu, et elle était sur le point de lui dire qu'il lui manquerait. En même temps, ils avaient vécu pas mal de choses ensembles, l'arrivée de Sara au Chaudron Baveur et toutes les mesquineries qui allaient avec, les lançages de chopes qui avaient probablement fini par former un creux dans le crâne du vieil homme, ou plus récemment la bataille de Poudlard. Enfin, durant cette dernière les deux personnes avaient été vite séparés, mais il n'en restait pas moins qu'Eadric avait répondu à son appel, et ça, ça avait été très important aux yeux de la jeune femme. Peut-être qu'elle se trompait, mais pour elle, cela signifiait qu'Eadric rappliquerait dans la minute si elle en avait besoin.

« Tu vas beaucoup me manquer. »

Un soupir s'échappa de la bouche de la jeune femme. Quelques secondes plus tard, elle tendait le bout de tissu blanc vers l'homme qui se tenait devant elle. Lorsqu'elle s'apprêtait à ouvrir de nouveau la bouche, une femme au visage fatigué s'approcha de Sara et d'Eadric. Son allure était tellement triste que cela fît un pincement au cœur de Sara. Lorsqu'elle lui demanda de lui accorder son temps, l'ex-patronne hocha la tête et incita son interlocutrice à s'asseoir. Regardant Eadric, elle s'excusa de se retirer si précipitamment et s'approcha de la table vide la plus proche, prête à entendre ce que cette femme voulait lui dire.

Code couleur : #b7612c

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Eadric empoigna la pipe dans sa poche, et hésita un moment. Un long moment. Puis il détendit ses doigts et la relâcha. De toutes façons, elle n’avait plus le même goût.

C’était une toute nouvelle pipe faite en bouleau. Claire, légère, et plus moderne que l’ancienne, on pouvait y fourrer plus de tabac. Mais… il regrettait l’ancien objet. Lui était fait en bois de sapin, et… la fumée qui s’en dégageait pour aller polluer joyeusement les poumons de tous ceux qui avaient le loisir de la respirer avait un agréable petit fumet d’épine et de conifère qui n’était pas sans rappeler l’odeur qui régnait dans les forêts qui recouvraient les hautes montagnes des Alpes. Ce fumet, il l’avait perdu en affrontant l’oiseau-tempête lors de la bataille de Poudlard.

Il avait répondu à l’appel de sa patronne, non seulement par devoir envers elle mais aussi par envie de se battre un peu. Cela étant… il ne s’était pas attendu à un tel adversaire. Et l’oiseau lui avait fait perdre sa pipe alors qu’il l’avait dans ses mains. Sauvé par… il ne se souvenait pas vraiment qui, mais sauvé. Sa pipe, elle, par contre, était toujours dans le parc de Poudlard. Abandonnée.

Et elle lui manquait terriblement.

Il se tenait au comptoir de l’établissement, paisiblement tracassé par les petites embrouilles du quotidien. Le Chaudron allait bientôt manquer de Whisky Pur-Feu, et… les fêtes approchant plus vite que l’on ne pourrait le croire, il fallait également faire le compte du stock de nourriture. Alors qu’il s’apprêtait à quitter sa tanière ouverte pour s’adonner à ses tâches lorsque Sara l’appela soudain.

Eadric s’interrompit et soupira. Il n’était même pas en train de fumer. Elle lui montra un recoin du Chaudron, l’y invita. Il la suivit.

Intrigué.

Intriguant.

Puis, surpris.

Surprenant.

Sara lui apprit qu’elle allait bientôt quitter le Chaudron, et allait désigner le vieil homme comme son successeur. C’était pour le moins étonnant, pour le mieux impensable : elle ne pouvait pas juste laisser l’endroit entre les mains de quelqu’un comme Eadric de son vivant, c’était impensable.

Et pourtant.

Elle avait entre ses mains le tablier blanc et semblait terriblement emplie d’émotion. Eadric ne savait pas comment réagir. Devait-il montrer sa joie devant le tableau de sa soif d’ambition assouvie ? Devait-il remercier Sara au risque d’en faire trop ? Devait-il juste prendre le tablier et retourner à ses activités sans le moindre mot ?

La dernière possibilité était de loin la plus impolie. Et donc, en toute logique, la plus alléchante.

Eadric retira son propre tablier, gris, avant de le jeter au sol puis de prendre celui que sa patronne – enfin, ex-patronne – lui tendait. Il l’enfila. Oh, oui, le blanc lui allait merveilleusement bien. Une couleur bien méritée. Et pour laquelle il avait même perdu sa pipe. Alors qu’il s’apprêtait à… dire… une chose, une autre femme les rejoignit. Il la regarda avec curiosité, fronça les sourcils.

Intrigué.

Intriguant.

Sara l’emmena à part, s’asseoir à une petite table. Lui, n’ayant pu la remercier en bonne et due forme, retourna derrière le comptoir et en sortit un petit plateau sur lequel il posa deux verres, du Whisky Pur Feu, une carafe d’eau plate et une petite théière emplie d’infusion à la menthe, le breuvage favori de celle que l’on appellerait désormais professeure Jenkins. Il alla poser le plateau sur la table, toujours sans un mot, puis s’écarta, faisant semblant de nettoyer l’une des tables voisines.

En vérité, il était juste assez proche pour écouter leur discussion.

Patron du Chaudron Baveur.
http://jeux.poudlard.fr/viewtopic.php?t=12521