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 RPG+  Les coups lisses d'un procès  PV Eadric 

Nuit noire de février, Londres 2043



Habillé de sa robe de sorcier, Robert parcourait les rues pavées de Londres sans pour autant attirer l'attention. Quelques lumières clignotaient par endroits, signes que le maire de la ville ferait bien mieux d'entretenir sa ville plutôt que de se concentrer sur autre chose. Bougonnant, Robert avançait avec un regard neutre, comme s'il savait déjà ce qui allait se passer ce soir. Il avait choisi cet horaire tardif pour éviter le plus gros des alcooliques, n'aimant pas qu'on se rappelle à lui. 

Pied gauche. Pied droit. Canne. Pied gauche. Pied droit. Canne.

Le pas lourd aussi imposant qu'une horloge défaillante avec une trotteuse cassée, le vieil homme se remémorait mentalement les questions qu'il comptait poser au condamné. Ayant déjà prévu quelques piques et quelques questions essentielles, il espérait tout de même tomber sur quelqu'un d'intéressant. Après tout, Robert avait vaguement déjà vu Eadric de loin dans sa jeunesse : ils n'étaient pas si différents en terme d'âge et avaient sans doute déjà pu se croiser à Poudlard... même si ça remontait à plusieurs dizaines d'années.

Pied gauche. Pied droit. Canne. Pied gauche. Pied droit. Canne.

Le bruit de la canne sur le parvis devenait de plus en plus fort avant de s'arrêter soudainement devant la devanture du Chaudron Baveur. Levant les yeux lentement, le vieil homme soupira avant de sourire : finalement, c'était juste un travail comme un autre. Poussant la porte de sa canne et de sa main, le journaliste sentit la chaleur du lieu l'envahir et, plissant les yeux, arbora un visage des plus sympathiques pour son entrée dans l'établissement. 

La salle à manger était relativement vide, l'heure de fermeture devait sans doute avoir lieu dans quelques minutes. Manquant de se faire raccompagner d'un regard par un sorcier peu avenant, Robert sourit une nouvelle fois pour saluer le personnel derrière le comptoir avant de s'avancer vers l'homme qu'il prit pour Eadric.

Pied gauche. Pied droit. Pied gauche. Pied droit.

Le visage encourageant, Robert défit sa cape. Le froid dehors ne semblait pas avoir de prise sur l'endroit. Une main tendue vers l'homme, il n'hésita pas une seconde.

- Eadric Sturlock ? 

Sans même laisser le temps de répondre à l'éventuel bonhomme, le vieillard enchaina sans même se soucier des considérations de son nouvel ami. 

- Robert Jewler, de la gazette ! Quel temps, n'est ce pas ? 

Cette fois ci, c'était un homme bien énergique qui montrait son visage. Malgré son âge, le vieillard ne tenait jamais en place et le peu de paroles prononcées allaient en ce sens. Lui laissant tout de même le temps de répondre, le journaliste en profiterait pour défaire ses gants avant de sortir un calepin et une plume sans pour autant l'ouvrir. Robert laisserait le temps le qu'il faudrait à son comparse pour se lancer, enchainant les banalités avant de finalement entrer dans le vif du sujet.

- N'auriez-vous pas un endroit où nous serions à l'aise, cher ami ? 

Cette fois ci, la partie commençait.

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Cette tache ne voulait pas partir. C'était terriblement frustrant. Eadric était en train d'astiquer, pour passer le temps, les plus belles chopes du Chaudron qui reposaient d'habitude derrière le comptoir, sur une petite étagère. Elles avaient beaucoup de valeur aux yeux du vieil homme. Elles étaient déjà là lorsqu'il était rentré au Chaudron, il y a de cela trop longtemps. C'était ces chopes que la précédente patronne s'amusait à lui lancer dessus, ces chopes qu'il prenait un malin plaisir à esquiver. Chacune d'entre elle avait une histoire. Celle qu'il tenait entre les doigts, par exemple, avait par exemple servi à réaliser le film Les Ensorcelés, en le rôle... hé bien, d'elle-même, de la chope marquée des armoiries de Jonathan Shields, un personnage complexé qui était prêt à tous les sacrifices pour devenir un grand réalisateur à Hollywood. Comment cette chope avait-elle fait le voyage entre Los Angeles et Londres, Eadric n'en avait aucune idée. Mais elle était là, et c'était tout ce qui comptait. 

Alors qu'Eadric procédait à son examen habituel, il avait remarqué qu'une épaisse tache rose s'était formée sur les armoiries mêmes. Il avait alors entrepris de la nettoyer à l'aide de tous les moyens possibles ; refusant même l'aide de Joanna, la jeune stagiaire qui officiait au Chaudron depuis quelques mois.

« Vieux fou... » avait-elle alors clamé avec un sourire éclatant. 

Il aimait bien cette petite. Motivée, souriante, elle contrebalançait un peu l'humeur maussade du propriétaire de l'endroit : et ce mélange, pour une raison inconnue, lui plaisait énormément.

Alors qu'il était sur le point d'enlever la tache, la porte du Chaudron Baveur claqua et des bruits de pas se mirent à retentir, marchant dans sa direction. Il était de dos, aussi ne pouvait-il pas voir qui était l'arrivant : mais pour venir à une heure pareille, il avait intérêt à avoir une excellente raison. 

Les pas s'arrêtèrent devant le comptoir et Eadric ne broncha pas. Une voix retentit alors :

« Eadric Sturrlock ? »

A ces mots, l'intéressé serra les dents. Il se retourna brusquement, la choppe toujours en main, prêt à l'abattre sur le visage de son interlocuteur. Toutefois, il se retint d'esquisser le moindre mouvement à la vue de celui qui l'avait interpellé. Un vieil homme, quelque peu similaire à sa propre personne, qui le regardait d'un air intéressé. Reniflant, il demanda d'un ton méfiant :

« C'est moi. Vous êtes qui ? Vous voulez quoi ? »

Il entreprit alors de se présenter. Au mot 'gazette', Eadric explosa de rire. 

« Alors maintenant les journalistes s’intéresseraient à un mage noir comme moi ? Décidément... le monde ne va plus très bien. »

*Je devrais vous abattre cette chope sur le crâne et espérer qu'elle vous assomme pour que vous soyez plus facile à mettre à la porte, Robert.* ajouta-t-il pour lui même.  

Il n'avait concrètement rien contre les journalistes, mais plutôt quelque chose contre tout ce qui se rapprochait de cette communauté magique où les héros étaient interdits d'utiliser leurs pouvoirs. Jewler demanda alors à ce qu'Eadric lui indique un endroit où ils 'seraient à l'aise'. Une pensée traversa son esprit, et il retint un sourire. A l'aise...

Devait-il seulement répondre aux questions de la Gazette ? Etait-ce là une chance de se racheter ? Ou un simple moyen de l'enfoncer ?

Il voulait en avoir le cœur net. 

Eadric indiqua à Jewler une porte sur sa droite, le laissant partir en premier. Puis il sortit de sous le comptoir un petit plateau, une bouteille de rhum et un verre. Il donna ensuite ses instructions à Joanna pour s'occuper des derniers clients qui étaient encore présents d'elle-même, qui se tenait là avec son regard espiègle, ayant sûrement elle aussi la même pensée qu'Eadric à l'esprit. Il lui lança la chope.

« Si jamais tu t'ennuies. Je compte sur toi pour ne pas l'abîmer. »

Il attrapa ensuite le plateau et s'aventura derrière la porte, vêtu du tablier blanc des maîtres du Chaudron.

Dans la pièce, large mais basse de plafond, brûlait un feu qui devait bien fixer la température aux alentours de vingt-huit ou vingt-neuf degrés. Dans l'un des coins de la pièce, une table noir et quatre sièges en cuir étaient installés. Eadric indiqua d'un grognement à Robert Jewler qu'il devait venir s'asseoir là-bas, avant d'aller s'y asseoir lui-même. Il posa le plateau sur la table et remplit le verre à moitié, avant de le tendre au journaliste. Puis, prenant la bouteille pour elle-même, il la porta à ses lèvres et avala une grosse gorgée du liquide ambré. Le patron marqua une pause, puis dit enfin :

« Vous êtes suffisamment à l'aise j'espère ? Bien. Alors dites-moi pourquoi vous êtes là. Une interview, hein ? »

Patron du Chaudron Baveur.
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La violence du procès semblait avoir eu des séquelles bien plus grandes que ce que l'homme avait laissé apparaitre lors de l'audience. Robert sourit devant le côté aigri de sa "star" du jour et pour cause : il était toujours bien plus facile de comprendre l'état d'esprit d'un homme lorsque celui-ci avait déjà pris du recul par rapport à une situation. Observer le condamné dans son milieu naturel rappelait au vieil homme sa fascination pour l'observation et l'analyse.

Il fallut tout de même peu de temps pour entrer dans le salon privé. Regardant la décoration plutôt élégante bien que sommaire, le journaliste ne se fit pas prier et s'installa comme indiqué. La chaleur de l'endroit contrastait avec l'hiver rude dehors et le vieil homme en profita pour enlever sa longue veste avant de s'installer sur le fauteuil de cuir.

Laissant sa canne sur le côté, il en profita pour croiser les jambes avant d'humer le parfum du rhum que Eadric apportait sur un plateau. Visiblement, le patron de ce bouge semblait avoir bon gout. Souriant et pas véritablement pressé par l'enjeu, Robert se permit une petite réflexion qui se voulait amicale et détendue... sans doute n'était-ce pas le moment mais il s'en contrefichait.

- Je ne me souvenais pas de si bons breuvages au chaudron...

Reposant son verre lentement à côté de lui pour toujours l'avoir à portée de main, l'ancêtre ne réagit par sur les dernières paroles, ou du moins à la pique qu'il semblait lui avoir adressé. Il préféra opiner du chef d'un signe de tête toujours aussi souriant. Des faux semblants... encore...

- Oui je suis là pour une interview bien évidemment. Pensez-vous ! Quelle histoire ! Mais je suis encore un jeune journaliste vous savez... dit alors Robert tout en sortant un calepin.

Une interview ? Evidemment qu'il était là pour ça, mais pas que ! Savoir que le condamné avait eu affaire à la justice et avait été plutôt salement condamné avec le retrait de baguette magique, il ne restait plus qu'à savoir démêler le vrai du faux, les enjeux, les tenants et les aboutissants. Après tout, Eadric Sturrlock aurait très bien pu avoir été "descendu" dans le seul but de l'écarter pour une raison sombre. Peut être avait-il trainé dans des affaires bien plus sombres encore, auquel cas, il aurait pu être envoyé à Azkaban. Non, on ne lui avait "que" retiré sa baguette et plusieurs choses pouvaient en être la raison.

- Alors comme ça, vous êtes mage noir ? Quel effet ça fait ? 

Le sourire disparut. Pas de préambule. Pas de tour de chauffe, non : le patron du bar avait de lui même lancé le sujet, c'était là une opportunité rêvé pour le journaliste tout frais que l'ancêtre était. Griffonnant quelques mots sur son calepin, il attendait la réponse avec impatience. Le coeur battant la chamade, le vieillard avait l'impression qu'une partie se jouait ailleurs. Sur cette simple discussion, sur cette interview intéressante dès le départ, un autre plan intéressait sans doute les deux vieux hommes. Y avait-il des sens cachés quelques part ? 

Deux choses pouvaient alors transparaitre dans ces quelques mots, comme si un "effet" était attendu. Le dérisoire de la seconde question pouvait indiquer un désapointement, comme si Jewler n'y croyait pas. En revanche, le sérieux qu'il affichait avec sa nouvelle fonction pouvait laisser croire qu'il cherchait simplement la vérité. Cachant mais dévoilant également ses intentions, Robert jouait sur deux pieds quitte à perdre son interlocuteur. Sans doute n'était-ce pas là la meilleure méthode... mais on ne perd pas les mauvaises habitudes acquises depuis longtemps. Qui a dit qu'une interview ne devait pas se passer comme un interrogatoire ? 

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Eadric ignora simplement la remarque sur la qualité des boissons et but une nouvelle gorgée de rhum. Son interlocuteur, qu'il ne connaissait pas encore très bien, semblait avoir une arrogance presque aussi développée que la sienne. Son interview idiote allait-elle se transformer en concours du vieillard avec les plus grosses chevilles ? Eadric relèverait le défi avec joie. Rien à perdre, tout à gagner, et puis, vous en être bien conscient, lorsque quelqu'un est arrogant, il ne se croit pas capable de perdre. 

« Un jeune journaliste. Pfeuh. Et moi, je suis l'ami et président de la Ligue de Défense des Créatures Magiques. »

Plutôt fier de sa pique, il attendit que son adversaire repasse à l'assaut. Estoc après estoc, parade ! Telle était la situation de la manière dont l'imaginait Eadric.

S'il était aussi sceptique face à ce journaliste qui semblait pourtant disposé à montrer patte blanche avec lui, c'était parce qu'à ses yeux, la Gazette du Sorcier représentait l'archétype de la condamnation qu'on lui avait infligée. Cela suivait une logique très simple : tous les sorciers lisaient la Gazette du Sorcier. Or, à son procès, aucun sorcier ne s'était levé pour le défendre - il devait sûrement être très intimidant, ou terriblement charismatique au point d'envoûter l'assistance ; cela voulait donc dire que la Gazette ne s'était même pas donnée la peine de prendre sa défense lors d'une tribune ou autre. Elle prenait la peine de s'intéresser à lui après la condamnation. Lorsque tout était terminé, somme toute.

Certains diraient qu'Eadric voyait le mal partout.... Mais le monde voyait en lui un mage noir, alors, pourquoi ne s'y mettrait-il pas également ?

La première question de Jewler était empreinte d'un certain sarcasme qui arracha presque un sourire à Eadric : celui-ci conserva toutefois son expression totalement neutre, presque à la limite du mépris. 

« Oh, il y a plein d'avantages à être un mage noir. Faire peur aux clients, par exemple. Ou pouvoir faire de gros éclats de rire démoniaques. »

Sur un ton plus sérieux, il reprit :

« Mais après tout, mage noir n'est qu'une étiquette que l'on a collé sur un pauvre patron de bar sans défense. Je suis prêt à vous parier que beaucoup d'autres personnes auraient fait usage du même sortilège que moi dans ma situation, sinon pire ; et je ne vous parle même pas  de ceux qui se seraient enfuis. »

Nouvelle interruption entrecoupée d'une nouvelle gorgée de boisson.

« Laissant un oiseau-tonnerre dans une enceinte pleine d'enfants. »

Patron du Chaudron Baveur.
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La tension était à son comble, presque palpable et terriblement malaisante. Non, c'était à se demander pourquoi Jewler était venu à la base. Etait-ce vraiment pour faire une interview du patron du bar, mage noir ? Ou bien avait-il décidé de lui en mettre plein la tronche ? En vérité, Robert ne savait pas vraiment et il eut une réaction somme toute aussi mauvaise. Lui aussi avait envie de jouer et de titiller son opposant... bientôt, la scènette risquait vite de virer à "qui a la plus grosse baguette", dommage pour Eadric de ne plus en avoir.

- Mon sérénissime alors ! 

Robert se plia d'une courbette, il n'avait pas vraiment l'habitude de rencontrer des présidents. Un large sourire fendant son visage, le vieil homme s'apprêtait à répliquer après les principales explications. De ce qu'il comprenait et de ce qu'en disait son homologue, lui aussi aurait sans doute eu recours au même sortilège. Il se permit une simple réflexion pour le concours de baguette.

- Faire peur sans baguette en tant que mage noir... voilà qui ne doit pas être des plus faciles ! 

Un petit rire étouffé eut à peine le temps de sortir. Robert changea presque du tout au tout pour aller dans le sens de la personne en face de lui : il avait eu raison d'agir ainsi. Se penchant en avant comme pour faire une confidence, il parla presque à voix basse.

- J'aurai sans doute réagi pareil...

Les enfants étaient sacrés. Quoi de plus normal après tout : ils incarnaient sans nul doute possible l'avenir du monde magique, s'il doit y avoir un sacrifice d'adulte pour que plusieurs enfants puissent survivre, alors c'est le prix à payer. Robert n'aurait pas hésité lui non plus.

- Dommage que j'étais en Afrique le jour du procès, dit-il en reprenant une gorgée du doux breuvage. Enfin... pour un mage noir, vous me semblez bien protecteur... 

La pique se voulait une nouvelle fois sarcastique. Bien que la relation conflictuelle ait d'abord pris place entre les deux protagonistes, cette simple phrase semblait indiquer une sorte d'ouverture : une véritable remise en cause et en question de ce qui avait pu se produire lors des évènements et durant le procès.

Robert observa un moment Sturrlock. Décidément, le tempérament des deux hommes n'avait rien de cordial à première vue. 

- Ta mère la moldue ! 
- Répète un peu pour voir !

Soudainement, des bruits en salle résonnèrent plus fort. Bien qu'il n'y avait que peu de monde au chaudron, deux individus semblaient bien alcoolisés. Les paroles parvenaient aux deux hommes comme des paroles particulièrement lointaine. Cet interlude contrastant nettement avec la situation au sein du salon privé, Robert se souvint tout à coup de ce qu'il était venu faire ici. Se frappant le crâne comme si c'était une évidence, le vioque paraissait perdre la boule bien souvent... sans doute devenait-il sénile ?

- Mais c'est bien sûr ! J'suis plus Auror ! Des fois, j'vous jure... 

Cette fois-ci, c'était un tout autre visage qu'affichait le vieillard. Il semblait être un piètre journaliste mais n'en demeurait pas moins intéressé. Histoire de faire correctement son travail, il entreprit de pour une seule question, ne pensant pas en avoir besoin de plus pour son article. Le reste de la discussion pourrait alors rester entre les deux hommes.

- Le journal est un autre contexte, qu'est ce que vous auriez aimé y voir, vous, en tant qu'interviewé ? Quel message auriez-vous aimé passer ? 

Robert n'était pas fainéant, loin de là. Cependant, cette simple question offrait un panorama certain sur la vision de l'homme. C'était simple comme bonjour au final, non ? 

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« Vous seriez étonné, monsieur le journaliste, de la facilité d'une personne à faire peur à la foule lorsqu'un malheureux concours de circonstance la fait passer pour un dangereux criminel. Revenez demain, ou le jour suivant, à une heure moins tardive : vous verrez alors ce que je vois tous les jours. »


Il marqua une pause.

« Des visages curieux ou effrayés, les gens qui se tournent vers vous comme si vous n'étiez rien d'autre qu'une curieuse chose comme une drôle de maladie ou une nouvelle espèce de dragon mangeur d'enfants... On chuchote sur votre passage, on essait de se rappeler votre nom... »

Nouvelle pause. Un large sourire se dessina sur les les lèvres d'Eadric, brillantes du rhum qu'il avait récemment bu.

« De quoi rendre n'importe qui fou. »

Bon. Eadric avait peut-être quelque peu joué sur l'exagération, mais l'idée était là. Il n'avait jamais été habitué à être vu dans la rue, encore moins à être reconnu. Hors, inutile de dire que l'intérêt des gens avait été piqué à vif lorsqu'ils avaient entendu qu'après la bataille de Poudlard, l'un des procès concernait l'un des défenseurs qui aurait, d'après quelques sources qui semblaient fiables, fait usage de méthodes communément désignées par l'expression  « peu scrupuleuses ».

Lorsque Robert Jewler lui fit son espèce de confession à moitié amusée, Eadric explosa d'un rire franc. 

« Vous devriez essayer de sauver Poudlard, la prochaine fois. Vous auriez vous aussi votre petit moment de gloire, et puis... si vous voulez me comprendre, vous allez aussi avoir besoin que l'on vous prive votre baguette. Vous verrez, ça peut-être très amusant. »

Des bruits retentirent dans la salle à manger du Chaudron. Deux des clients - l'un d'eux s'appelait Clutch - tardifs du Chaudron commençaient à s'énerver. Eadric afficha une expression joyeuse et dit à son interlocuteur : 

« Vous allez voir. »

Quelques secondes plus tard, une troisième voix, féminine celle-ci, s'ajouta à la conversation, avant que deux bruyants SCHBEUM ne fassent leur apparition. Les coups de chopes de Joanna étaient toujours très douloureux. Il espérait seulement qu'elle n'avait pas fait usage de l'objet qu'il lui avait donné pour qu'elle le nettoie. 

La question de Jewler prit Eadric de court. Un message à faire passer ? Mais quel genre de message pouvait bien avoir un vieux schnock désagréable comme lui ? Il lui fallait un moment de réflexion, un moment de pensées. Il s'accorda deux minutes, durant lequel aucun des deux vieillards ne pipa mot.

« Les gens disent que je devrais avoir honte de moi. Mais j'aimerais qu'eux se donnent la peine de comprendre, d'ouvrir les yeux. Ou alors, qu'ils se chargent d'ouvrir les miens. » ajouta-t-il avec un clin d'oeil.

Il but une nouvelle gorgée avant de demander :

« Je sais que c'est hors-sujet par rapport à l'interview, mais alors comme ça, vous étiez Auror ? C'est très surprenant de votre part d'être devenu journaliste. »

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Patron du Chaudron Baveur.
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Robert ne put retenir un rire franc en entendant les deux bruits sourds retentir dans l'enceinte de l'établissement. Le pauvre ancêtre manqua même de renverser son précieux breuvage, ce qui aurait pu être totalement dangereux pour son avenir : après tout un mage noir voyant un précieux rhum tomber sur le sol, il y avait de quoi commettre des meurtres non ? Après avoir entendu de quoi était capable l'acolyte du tenancier, Robert n'osait imaginer ce qu'il risquait de se passer au sein de cette pièce. 

Néanmoins, le rire du vieillard fit descendre la tension et pas qu'un peu ! En réalité, la conversation glissa bien vite et alors que Jewler effectua un petit geste de se baguette magique pour noter quelques unes des paroles de son interlocuteur afin de rédiger son article, il en profita par la suite pour refermer son calepin et profiter pleinement de la conversation. 

- Donc, il vous faut un rendez-vous avec un ophtalmologue. Okay, c'est noté ! 

Le premier degré du vieil homme n'avait pas encore la moindre limite mais il aimait tout de même profiter de chaque instant. Avec ce qu'il avait vécu par le passé, chaque phrase, chaque minutes et chaque secondes comptait triple et nécessitait de correspondre à un instant de bonheur ou de joie... et surtout sans magie. La joie d'une conversation, la joie d'une réplique, la joie d'un bon vieux rhum, il y avait de quoi prendre on pied avec peu de choses finalement ! 

Enfin, c'est une dernière réplique qui sortit le vieillard de sa contemplation. Son passé d'Auror aurait pu être une véritable fierté si elle ne s'était pas achevée de façon si particulière. Quant à sa raison de devenir journaliste, il avait simplement envie et besoin de bouger. Le vieillard ne supportait simplement pas l'inactivité et avait besoin de sentir le mouvement.

- J'étais Auror oui, et le journalisme... bah disons que la retraite c'est pas vraiment pour moi.

Haussant les épaules avec sa réplique, le vieil homme ne disait pas tout et semblait camoufler davantage que ce qu'il ne disait au travers de l'humour et de la bonne ambiance. En vérité, le vieil homme avait quitté le métier d'Auror à cause d'un homme nommé Gerald, la magie noire restait une fascination étrange et particulière... il fallait s'en méfier comme de la peste. Cependant même la peste méritait d'être étudiée après tout, non ? 

- Enfin bref !

Le regard perdu l'espace de quelques secondes à se ressasser silencieusement ses souvenirs, Robert dut se rendre à l'évidence et continuer un instant l'interview, pensant qu'il fallait mieux ne pas partir sur cette pente de la conversation. Le vieil homme en profita alors pour poser l'ultime question, assez simple et qui permettrait très certainement de clôturer l'interview.

- Du coup, quels sont vos projets ? 

Simple. Basique. Il ne fallait pas en attendre plus du grand père pour cette première interview après tout !