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Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

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Libre à tous ceux qui ne participent pas au bal du 24 Décembre 2041. Ce sujet continuera d'être alimenté au gré de l'avancement du bal même si personne n'intervient. Néanmoins, s'il vous prend une soudaine folie de faire intervenir votre personnage, je vous rappelle seulement de bien lire les posts déjà présents pour vous rendre compte de l'état de Charlie quelque peu hérissé.




Soirée festive. Des bruits de pas bourdonnaient, des vociférations détonaient et des messes basses fusaient dans tout le château. Festive objectivement, certes. Quant à Charlie, son esprit rodait dans une dimension sinueuse, méandrique emplie d'obsession, d'amertume, de rage et d'indifférence extrême. Respectivement : Aelle, Yuzu, Nora et le Bal.

La Rouge et Or avait décidé depuis longtemps qu'elle irait contempler les étoiles durant toute la durée du bal. Son intention était d'y aller seule depuis qu'elle avait eu l'idée. Puis s'était ajoutée la variable Aelle, l'Entité Obsessionnelle. Déterminée à lui demander de l'accompagner, ses espoirs s'étaient envolés à la fin de la rencontre la plus marquante qu'elle est faite. Des sous-sols, des invectives, des larmes et elle ne voulait pas y penser.
Absence de variable permettant d'être comblée, cette fois-ci par Yuzu, l'Amitié Incomprise. Elle était introuvable depuis la retenue avec le Professeur Flynch, malgré les recherches de Charlie, personne ne l'avait vu ; finalement, c'est Duncan qui lui avoua l'avoir vu partir de Poudlard, une valise à la main, selon ses dires : « Partie en vacances ». Cette révélation déclencha chez la gryffone une telle rancune envers la Japonaise qu'elle ne voulait plus rencontrer la moindre personne. Depuis six jours, elle vaquait dans les salles vides du château ancestral à la recherche de paix. Rentrant se coucher dans son dortoir vers trois heures du matin, pour ne rencontrer personne, et repartant à six heures, pour la même raison. Avec trois heures de sommeil dans les veines, Charlie s'assoupissait continuellement un peu partout : sur le sol de salles vides, sur les branches d'arbres bien larges pour caler son dos et d'autres lieux improbables comme sous les toiles du terrain d'entrainement de Quidditch ou les toilettes des filles déserts.

Saisissant sa couette dans les dortoirs, elle ne pouvait s'empêcher d'observer les autres filles glousser ou rire aux éclats. Agacée, elle sortit rapidement de cet endroit beaucoup trop chargé d'euphorie à son goût. Emmitouflée dans sa cape et la couette sous le coude, elle dévala les escaliers pour se diriger vers le hall d'entrée. Charlie n'avait pas prévu de manière exacte où se déroulerait le bal ; ainsi elle avait pensé au terrain de Quidditch, imaginant les festivités sous une grande toile magique et majestueuse ; rien n'était plus faux. La veille, elle avait appris qu'une salle de bal était agencée au quatrième étage, donc les événements seraient concentrés dans le château.
Frustration de plus, la Rouge et Or pesta en maudissant ces murs. Ses plans étaient gâchés, voulant admirer les étoiles depuis l'extérieur au rythme de la musique du bal, elle devra à présent se contenter du chant des criquets, quelque peu monotone et discordant. Au moins, les étoiles ne pouvaient être désintégrées.

Prenant conscience de son arrivée dans le hall, Charlie leva la tête au ciel en enlaçant sa couette contre sa poitrine. La vue était vertigineusement inversée d'ici, ce n'était pas impressionnant à cause d'une certaine hauteur jusqu'au sol, mais c'était bien la distance du sol jusqu'au plafond du septième étage qui était monumentale. Les escaliers qui n'en font qu'à leur tête, changeant de direction aléatoirement. Ne répondant à aucun code, protocole, ni schéma. Comme…

*Aelle !* gémit sa conscience.
La force de cette pensée la déstabilisa, commençant à perdre l'équilibre en arrière, elle ramena brutalement sa tête à l'horizontale, déclenchant un vertige qui lui fit perdre les notions essentielles d'équilibre : bas, haut, gauche, droite, devant, derrière. Un voile noir s'abattit sans transition sur sa vue, faisant violemment passer Charlie dans la catégorie de la cécité ; elle brassa l'air de ses bras en des gestes amples avant qu'une douleur sourde n'explosât dans sa fesse droite.
Cette fois-ci, c'est avec une lenteur cruelle que le voile s'envolait, soufflé par l'oxygénation de son esprit. Jetant un regard aux alentours, elle se trouvait au sol, sur son séant, la couette étalée à ses côtés. Quand l'avait-elle lâchée ?


La barbe… pesta Charlie à haute voix, se relevant difficilement. L'impression d'avoir une fesse droite creuse, quasi inexistante était étrange. Elle avait absorbé tout le choc. Boitant faiblement, elle ramassa sa couette et se dirigea vers la sortie. Direction le parc.

À quelques pas des marches d'entrée, Charlie vira à droite et étala sa couette sur l'herbe glacée. La neige était très peu présente à cet endroit, sûrement à cause des élèves qui devaient marcher dessus toute la sainte journée ou faire des batailles de neige.
La Rouge et Or fut saisie de nostalgie, c'était le premier Noël qu'elle passait sans son père. Elle avait toujours vécu qu'avec son paternel et cela lui faisait une drôle d'impression de ne pas être en sa compagnie ce soir, à crier et à danser ; agissant comme un rituel, son inconscient avait gravé ce jour avec l'étiquette « Papa ». Étiquette bien inutile à présent. Peut-être serait-il judicieux de la remplacer par « Glace ».

Elle s'affala lourdement sur son matelas de fortune. Une pensée se dévoila : Pourquoi ne pas avoir pris directement le matelas de son lit ? Charlie se maudit, même son esprit la trahissait ! LE MONDE ENTIER TOURNAIT SANS ELLE !

*J'en ai marre...* soupira sa conscience, fatiguée de toutes ces calamités qui ne s'arrêtaient pas de s'abattre. Son cœur était ardent d'indignation, illuminant tous les organes d'autant de virulence ; dont son esprit.
S'enroulant d'abord dans sa cape puis dans sa couette, elle croisa ses bras derrière sa nuque et observa le ciel, les étoiles scintillantes. La neige commença à attaquer le tissu de la maigre couette, mouillant la première couche.
Son Obsession revint à la charge. Cette fois-ci, elle ne repoussa pas sa méditation. Au tréfonds de son âme, la gryffone avait attendu chaque jour, fébrilement, une lettre d'invitation de la Poufsouffle ; en vain. Elle n'osait pas retourner vers elle en premier, pas après ce venin qu'elle lui avait craché au visage. Un poison qui la consumait depuis des jours. Elle n'avait aucune idée du Pourquoi de sa réaction, si véhémente. Une réponse logique serait : Le serpent ne crache-t-il pas son venin quand il se sent en grand danger ? Très bien. Alors quel était le danger dans la situation de Charlie avec Aelle ? Un danger pour Charlie ou pour Aelle ?

*Pourquoi cette réaction ?* se questionna-t-elle, inlassablement.
La gryffone était perdue, même son propre corps la trahissait. S'évanouissant à tort et à travers. Nora… Il était vrai que Charlie l'avait cherché, même si elle ne se l'avouait pas. Pire avec Aelle, la transition ne s'était pas faite ; c'était une perte de conscience nette, de la lumière éclatante à l'obscurité profonde.

Toutes les personnes qu'elle avait rencontrées semblaient heureuses dans ce château, à l'exception de Yuzu.
*Tiens ! Est-ce que Aelle est heureuse ?* La Rouge et Or n'en avait aucune idée. Elle fut secouée par un frémissement alors qu'une horde de questions l'agressait : *Est-ce que Aelle pense à moi ? Est-ce qu'elle reviendra ? Pourquoi ne m'envoie-t-elle rien ? Est-elle heureuse… sans moi ?*
Un seul fait était sûr : Charlie n'était pas heureuse. Ressassant ses tourments, elle fourra sa main dans sa robe pour tirer une lettre, signée par la main de la Poufsouffle. Elle contempla son trésor. Étrangement, c'était la dernière lettre reçue qu'elle appréciait le plus, bien que ce soit la plus courte et la plus raturée. À l'image de leur relation.
Elle tendit ses bras avec la lettre au bout et entama une relecture, sous la lumière blafarde de la lune se reflétant sur la neige.


Alors je t'en enverrais toujours,
Aelle.


Cette phrase écrite à l'encre noire concluait le parchemin ; la Poufsouffle évoquait le sujet des hiboux, promettant qu'elle lui en enverrait toujours.
*J'aimerai… tellement…* se lamenta Charlie en détournant le regard du bout de parchemin, il commençait à être sacrément abimé à cause de son tripotage inlassable et de son emplacement habituel : on fond d'un revers de robe balloté toute la journée.
Son cœur se serra, cette émotion de grande détresse ne se révélait qu'en présence d'Aelle ou d'un souvenir la concernant. Pourtant, elle avait aussi atteint un stade d'allégresse inégalé. Jamais elle n'avait ressenti de telles sensations de bien-être qu'avec la proximité de la Poufsouffle, son Sens.

Le Sens, essentiel pour se lever le matin. Aelle était l'élue, devenue la priorité numéro un de Charlie. Sans Aelle, elle avait seulement l'impression d'exister, pas de vivre. Le reste était secondaire. Pourtant, elle avait l'impression que la Poufsouffle était insaisissable, inextricable. Ce mystère la tourmentait, l'empêchait de dormir convenablement, elle ne savait pas quoi en penser. C'était comme essayer de garder de l'eau au creux de sa main, une mission impossible. Les journées qui passaient étaient longues et tortueuses sans Aelle. Il fallait trouver une solution ! Et vite avant de perdre la raison. La gryffone posa la lettre de son Sens sur sa poitrine et reprit sa position de bras croisés derrière sa nuque.
En ce mois de décembre, plusieurs constellations étaient visibles, dont Orion. Son amour pour l'alchimie avant Poudlard l'avait forcé à apprendre la quasi-totalité des étoiles principales peuplant le ciel terrestre, et par corrélation, les constellations. Pourtant, les cours de Potions ne la passionnaient pas. Il y manquait cette variable essentielle qu'elle adorait : l'imprévisibilité. L'alchimie est loin d'être une science exacte, mais elle a le mérite de ne pas être basée sur des interprétations hasardeuses comme l'astrologie ou la divination.
Charlie divaguait, prenant conscience de l'éclat de l'étoile de Rigel, son étoile préférée, un son étouffé s'éleva subitement.


Mmh… gémit la gryffone en se tordant le cou à l'extrême vers la source du bruit. Cela émanait du château.

*Une valse ?!* s'étonna Charlie, n'en croyant pas ses oreilles. C'était bien ça, une musique s'apparentant à de la valse perçait les murs, ou les fenêtres, du château et débouchait, après moult réverbérations, dans les oreilles de la Rouge et Or.
Se détendant, elle reprit sa position d'origine ; ramassa la lettre d'Aelle qui avait glissé pour la remettre sur son buste puis ferma les yeux. Écoutant profondément cet air harmonieux.

« Je pouvais encore sentir ma jambe me gratter de l'intérieur ; je lâchai l'une de mes manches pour faire crisser mes ongles sur ma peau, pour la déchirer afin de faire disparaître le tiraillement ».
« *Vingt-deux heures... BON DIEU DE MERDE !* »

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

Tourments et cauchemars engendrés par un passé tortueux faisait état de constante présence chez Neithan. Ce même passé qui d'une autre part fit de Neithan un être emplit d'ambitions traduits par un devoir qu'il se devait d'accomplir. Nul besoin de préciser qu'à onze hivers passés, le jeune serpentard ne vivait pas de la même manière que tout être de son âge; du moins son passé en avait fait en sorte. Ainsi, le seul échappatoire, le seul exutoire, que trouva Neithan résida dans le travail de la magie et dans l'écriture de contes qui, pour ces derniers, l'accompagnent depuis sa plus tendre enfance, lorsque celle-ci pouvait encore se résumer à manger, passer du temps avec les siens, lire et profiter de la pure nature. La nature, voilà également un échappatoire qui ne manqua jamais de faire grand bien au jeune serpentard. Mais cet échappatoire, aussi pur soit-il, était grandement inefficace lorsque la solitude était absente. Et bien que Neithan considérait Poudlard comme son foyer, en ce lieu la solitude lui manquait cruellement. Partout où il allait se trouvait du monde, et bien que la plupart des autres élèves se montraient plus que sympathiques, la foule et le bruit constant étaient grandement perturbants pour Neithan. La bibliothèque et la tour d'astronomie demeuraient les seuls lieux supposés calmes que Neithan appréciait, mais il désirait voir d'autres choses en solitaire afin de connaître un repos nouveau et d'écarter les pensées de son passé qui le tourmentaient et le torturaient et dont il voulait se séparer et ceci grâce à la nature qui demeure sa pensine personnelle.

Par chance, aujourd'hui se tenait le bal de Noël. Et bien que cela fasse immédiatement penser à une foule et du bruit, cela signifiait également que le reste du château se tenait dans le calme et que la plupart des lieux étaient vide laissant, une fois n'est pas coutume, place à la solitude pour la plus grande joie de Neithan (et la joie se faisait rare parmi les sentiments du serpentard). Car bien qu'il eut reçu une invitation de la part de sa camarade de maison Gwenaëlle à aller au bal, le serpentard se retrouva desormais heureux de ne pas être au bal et remercia au fond de lui Gwenaëlle de s'être inscrite au cavalier mystère. *C'est mieux ainsi* pensa-t-il, puisqu'il aurait probablement accepté l'invitation de Gwenaëlle par politesse. Seulement Neithan n'ose penser à ce qui aurait pu advenir si ce dernier s'était en effet trouvé au bal, accompagné de Gwenaëlle mais également de ses tourments imprévisibles qui ne manquaient pas une occasion de le tourmenter. C'était en effet mieux ainsi. Ainsi après avoir, comme à son habitude, souffert du fait de cauchemars et tourments et après avoir trouvé un exutoire dans le travail pour ses ambitions et son devoir, Neithan ne désirait rien d'autre hormis le repos et la compagnie de la nature. En cette soirée de bal, Neithan ne pensait à rien d'autre si ce n'est au froid réconfortant de l'hiver, à la blanche neige brillante tels des gemmes blanches qui envoutent quiconque pose son regard sur celles-ci. La blanche neige illuminée par le blanc de la lune au clair si puissant et resplendissant que les ombres qu'elle engendre sont elles-même admirables. Les ombres de frênes, hêtres, saules qui malgré l’absence de feuilles et de verdure demeurent splendides par leur grandeur, leur robustesse face à l'hiver ainsi que par leur admirable architecture. Si la vue des arbres, aussi divers étaient-ils, pouvait être anodine chez autrui, Neithan quant à lui en était profondément dépendant et jamais ne s'en lassait. *Un repos pour l'esprit, une paix pour le coeur, un plaisir pour le regard* pensa Neithan, c'est ainsi qu'on lui avait enseigné la manière de voir les arbres.

Ainsi, Neithan entreprit de passer une soirée en compagnie de son éternelle amie qu'était la nature. Le soleil s'était couché et Neithan se trouvait à la bibliothèque. Sa décision prise, il rangea rapidement ses affaires, désireux de retrouver son amie ainsi que de trouver du repos dont il manquait cruellement. Puisque chaque nuit laissait place à un terrible cauchemar portant toujours sur le même sujet, chaque réveil torturait Neithan à l'aide de souvenirs tortueux ainsi que du cauchemar dont il venait de se sortir. Neithan quitta donc la bibliothèque en direction de sa salle commune où il y déposa ses affaires. Sur le chemin il put constater les différents élèves vêtus à l'occasion du bal de manière très élégante, Neithan eut également à emprunter les escaliers qui fidèle à eux-même n'en faisaient qu'à leur tête ne répondant à aucune règle, ce qui fut un peu à l'image de ... *mes tourments...* pensa Neithan, mais étant si enthousiaste à l'idée de se retrouver seul en compagnie de la nature, ce dernier n'accorda pas l'occasion à ses fameux tourments de le tourmenter, il exprima même un petit rire après avoir comparé ses tourments aux escaliers de Poudlard. Ainsi donc, après avoir déposé ses affaires dans son dortoir, Neithan quitta sa salle commune en direction du parc où jamais il n'avait eu le loisir de profiter de la nature en solitaire. La soirée promettait d'être reposante et Neithan avait bien l'intention de faire en sorte qu'elle le soit.

Il n'eut qu'à mettre un pied à l'extérieur pour sentir immédiatement les caresse du vent qui furent pour Neithan comme un signe de bienvenue de la part de la nature. Ce fut chose rare pour lui ces temps-ci, mais Neithan exprima bel et bien un sourire sincère. Pas à pas il découvrit un parc calme et splendide. Les arbres étaient tels qu'il les avait imaginés, si ce n'est plus beau encore car ce qu'il observait à cet instant était réel. C'était d'autant plus le cas de la lune, haute torche dans le ciel noir qui, accompagnée des étoiles, illuminaient le parc ainsi que l'humeur de Neithan. Sa thérapie était sur le point de commencer, loin de lui ses tourments quotidien, éloignés étaient les souvenirs de son passé tortueux. L'instant n'était accordé qu'au repos apporté par l'apaisante nature et la tant désirée solitude. Mais après plus ample observation Neithan put constater qu'il n'était pas seul. *Cela aurait été trop beau* se dit-il non sans soupirer. En effet, son regard croisa une jeune fille Rouge et Or. Toutefois, il fallait admettre que cette jeune fille ne troublait en rien la thérapie de Neithan. Cela se voyait confirmé à travers le fait que ses pensées porteuses de tourments se tenaient toujours loin de lui et Neithan se sentait bien. Sa quête de repos était un succès. Alors le jeune vert et argent aurait pu rester dans son coin à profiter de la nature et d'une certaine solitude. Or ce n'était pas le Neithan habituel, celui qui demeurait froid et distant du fait de son passé. La nature l'avait rendu joyeux, c'est alors qu'il eut l'idée de se comporter de manière amicale et sociable en cette veille de Noël, ce qui était chose inédite. Quand soudain, émergea du château une valse. Voilà que l'ambiance du bal s'ajouta à celle de la nature et ce fut loin d'être désagréable, bien au contraire. Ce fut une ambiance plaisante qui firent de Neithan un être joyeux. Sa décision prise, il alla vers la jeune Rouge et Or, et de manière polie, amicale et joyeuse, il s'adressa à celle-ci.

— Bonsoir, dit-il simplement.

"Je suis le Lotus..."
(2ème année RolePlay)

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

*J'aurais dû l'inviter* Potentiellement *Elle m'aurait recalé* Sûrement *Elle me l'aurait dit en face* Évidemment *Crier à la gueule* Probablement *Est-ce qu'elle passe de bonnes vacances ?* Je ne peux répondre *Qu'est-ce qu'elle fait ?* Je ne peux répondre *Tu sers à quoi ?* Je suis Toi et tu es Moi *Je sais* Alors réveille-toi.


Écarquillant les yeux, Charlie replongea dans le bain froid Réalité. Elle s'était laissée bercée un peu trop profondément par ses pensées accompagnées de la valse hypnotique, son rythme lent et ses notes délibérément espacées créant le kaléidoscope grisant. La Rouge et Or releva légèrement sa tête pour vérifier la présence de la lettre. Elle trônait docilement sur sa poitrine, pas de problème de ce côté-là. Son attention se porta sur les notes musicales tandis qu'elle enfouit la tête dans sa capuche et ferma les yeux.
Lent. Qu'est-ce que le rythme de cette valse était lent. La gryffone se laissait porter modérément, essayant de ne penser à rien de spécial, rien de compromettant, rien d'embarrassant pour elle-même ; essayant d'imposer à son esprit de se cacher loin, là-bas dans les talus, oui, loin là-bas dans la forêt obscure, le plus loin possible, la promiscuité de son esprit avec sa conscience créait une douleur taraudante. Une douleur ayant deux couleurs.

Charlie soupira bruyamment, elle était ici pour observer les étoiles, mais n'arrivait pas à se concentrer sur quoi que ce soit, préférant garder les yeux fermés. Le Rien est Libérateur, le Néant est Castrateur. Douce ironie que celle-ci s'imposant avec insouciance : Charlie était passée du Néant au Rien. Une évolution ? Oui. Il suffit pourtant de tourner la carte pour constater une régression. Non.
La Rouge et Or s'imprégna du rythme langoureux des harmoniques, essayant de se remplir le crâne de musique, puis commença à chanter faiblement : «
Ma belle, discordante symphonie, ma belle, susurrante harmonie ». Elle ne pouvait empêcher ses doigts — placés derrière sa tête — de tapoter doucement sur sa nuque, battant la mesure des notes. À peine le premier vers fini que la voix de la gryffone mourut, laissant le soin du deuxième vers aux criquets. L'extinction de voix n'était pas son œuvre, c'était contre sa volonté, cette traitresse de gorge s'était serrée brusquement, faisant écho au cœur. Charlie s'en moquait, aujourd'hui, elle se laisserait aller à ses pensées, elle laisserait ces gangreneuses mentales l'assaillir de toute part. Elle était seule physiquement, mais Ô grand jamais seule psychiquement. Cette soirée, elle la passerait avec Aelle, que celle-ci le veuille ou non.

Ae…

Le début du troisième vers fut coupé, la voix chantée de Charlie se stoppa net en plein milieu de la deuxième syllabe. Sa mâchoire se crispa. Il ne fallait pas se laisser abattre, pas ce soir ! Une autre tentative : « A… ». Encore moins fructueuse. Elle n'y arrivait pas. Ou plutôt : si elle continuait, sa voix allait prendre des tons larmoyants, ce qu'elle ne voulait pas. Charlie en avait assez de pleurer seule, de jour comme de nuit, assez d'attendre sans fin, assez de cette école de magie, lassée d'avoir mal. Alors ce soir, la Rouge et Or s'autoriserait une entorse à ses valeurs, elle allait profiter de cette envie insatiable de se replonger dans l'Océan. Ce soir, Charlie allait imaginer une scène qui ne s'était pas passée, une scène inventée par le seul pouvoir de son imagination, une scène où elle serait enfin la metteuse en scène et non plus la victime désignée. S'étant toujours interdit cette pratique à cause de sa capacité à se plonger trop profondément dans son esprit, ce soir, elle voulait essayer, prendre ce risque, elle n'en avait réellement plus rien à cirer des conséquences. Elle voulait seulement passer un moment avec l'Océan. Un seul moment avec Aelle.

Son imagination s'activa, son esprit accéléra la marche, en avant ! Soyez l'Étendard ! Soyez la Puissance dans l'Illusion ! Soyez la Réalité !
Dans la pénombre de ses yeux clos, Charlie commença à distinguer deux orbes, infimes. Naissants du Rien, ils prenaient de l'ampleur. Deux orbes tourbillonnants avec élégance, pris dans une danse folle qui éveillait le Réel dans l'Irréel, tournoyants férocement pour réveiller l'excitation de Charlie, les cors de l'imaginaire s'imposaient à sa conscience. Étrange. Noirs sont les Orbes. Comment déceler le Noir du noir ? Oh, c'est très simple. Le Noir des Orbes était bien plus pénétrant que la Vie, bien plus perçant que la Naissance, bien plus enivrant que l'Évolution et bien plus berçant que la Mort. Pensez-vous qu'il est toujours impossible de distinguer le Noir du noir ? Vous vous trompez. Dans les deux cas. Il n'y a que Charlie qui peut percevoir le Noir du noir, car seulement elle s'est attardée assez profondément dans le Noir d'Aelle.
Les deux orbes frénétiques se figèrent, aussi violemment que délicatement, tel un ralenti exceptionnel d'une scène véloce. Ils se tenaient symétriquement, un à droite, l'autre à gauche. L'esprit de Charlie poussa plus loin encore, il prenait de l'ampleur. Sa conscience débutait la plongée dans l'esprit. Le noir autour des orbes commençait à se calciner, s'effacer superbement pour laisser apparaître un visage souriant, un visage avec des contours oniriques, tracés psychiquement. Le visage radieux d'une jeune fille aux Orbes Noir Charbon. Océan.

Les doigts de Charlie s'étaient serrés sur sa nuque, les ongles commençant à attaquer sa peau tendre.

Son esprit s'étendit encore, prenant ses aises, de l'envergure, apposant des couleurs à tout ce concert surréaliste. Une grande salle apparut, Aelle se trouvait au milieu de la place concentrique, baignée de lueurs ocre. La Rouge et Or ne pouvait détacher son regard des Orbes, ils étaient si…
*Dieu…* si happant. Annihilant tout le décor autour, plus rien n'importait, alors son esprit céda, inutile de continuer son expansion, la conscience de la gryffone se focalisait seulement sur ces Orbes. Orbes qui s'alimentaient, à présent, de détails, de puissance, de réalisme. Élan d'indépendance profond, l'esprit matérialisa une main à la jeune fille souriante — sourire brouillé, embrumé puisque les souvenirs étaient récalcitrants, ils se cachaient les sales chacals ! — cette main lévita un instant, puis se posa avec tendresse sur le bassin de Charlie. Les Orbes devenaient plus profonds. Ils s'approchaient. Plus envoutants. ILS S'APPROCHAIENT. Plus déroutants. ILS S'APPROCHAIENT !

ARRÊTE !

La gryffone hurla dans un sursaut et se leva brutalement. Le froid glacial transperça sa peau. Elle était à quatre pattes, les mains dans la neige. La poudre était aussi ardente que glacée. Charlie avait l'impression dérangeante de se faire brûler par cette blancheur, le courroux de sa conscience. *Il faut toujours que ça dérape trop loin* gémit son être. Son visage se défigura, son regard était perdu, ses yeux commençaient à s'humidifier, inexorablement, le temps ne guérissait rien. Le Rien était une blessure ouverte. *Bordel…* Son esprit lui refaisait vivre son aventure irréelle, ces Orbes, cette Main. Elle avait craqué, elle s'était laissé aller, elle s'était abandonnée. *Pourquoi ?* Tout ce qu'elle avait récolté se résumait à de l'implosion. *J'en peux plus* L'édifice de son être était en ruine.
Deux larmes s'écrasèrent dans la neige en fumant, jusqu'à que leur chaleur soit consumée et dévorée par le froid. Charlie se laissa tomber sur le dos, un peu trop fort puisque sa respiration fut coupée quelques secondes ; elle ne s'en préoccupait pas, sachant que ses poumons allaient refonc… Eh bien voilà ! La gryffone pouvait à nouveau respirer. Le regard perdu dans les hauteurs, les étoiles tordues par les larmes, la Rouge et Or posa ses mains sur son buste.

*Bon Dieu !* éclata son esprit. Elle se souleva d'un coup d'un seul, la lettre d'Aelle était un peu plus loin, mouillant tranquillement sur la neige saccagée. Charlie l'arracha à l'emprise de la poudre blanche et se remit dans sa position initiale, la lettre sur sa poitrine, les mains derrière la nuque et les yeux fermés. Deux sillons creusés sur les tempes de son visage d'enfant, acheminant des charges de larmes dans la capuche de sa cape. Elle resta un moment ainsi, à pleurer silencieusement sa médiocrité.

Autoriser son esprit à prendre le contrôle de son imagination n'était vraiment pas une idée brillante. Charlie détestait faire sienne une réalité qui lui échappait, elle ne s'autorisait même pas une telle folie dans son esprit. Pourtant, personne n'était dans sa tête pour surveiller. Qui lui en voudrait ? Qui la réprimanderait ? Sa conscience. Oui, sa conscience n'acceptait pas le rêve avant l'acquis. Sa conscience n'acceptait pas A…

*Bonsoir ?* répéta Charlie intérieurement. Elle avait cru entendre une voix. Ouvrant ses yeux larmoyants et fatigués, elle se tordit le cou. Un jeune garçon avec des cheveux noirs de jais était planté à quelques mètres. Directement, les larmes de la Rouge et Or cessèrent. Maudissant ce garçon, elle reprit sa position et se demanda s'il était possible de rester seule. Juste seule. Seulement seule. À pleurer sa solitude. Pleurer ces Orbes qui lui manquaient tant. Un vil espoir s'était éveillé en elle, une étincelle d'euphorie et de terreur. Pendant un infime instant, elle avait cru que c'était Aelle. *Tss…* Agacée, elle se rendait compte à quel point son optimisme avait été ridicule. Jamais son Sens ne commencerait une phrase par un simple « Bonsoir », elle en était persuadée. C'était trop simple, trop formel, trop superficiel, trop… *Ça ne lui ressemble pas* Sa lèvre tiqua, sa conscience avait parlé trop vite. Charlie se rendait compte de sa pensée. Comment pouvait-elle la connaître après — tout au plus — dix minutes passées ensemble ? *Dix minutes…*
Le froid glacial la ramena à la réalité. Elle s'essuya les yeux à l'aide de son avant-bras, renifla sans gêne et se décida d'agir comme depuis début Novembre : en recalant sévèrement. Sa bouche s'ouvrit ; éclair de lucidité. Non. Il fallait qu'elle oublie ces Orbes, qu'elle les éloigne au moins un instant. Réfléchis. Réfléchis ! La manipulation piégée. Voilà à quoi était bon Charlie : elle pouvait modeler les relations qu'elle désirait avec n'importe qui ; quelle injustice, oui, quelle infâme injustice qu'elle n'y arrivait pas avec la seule personne qui comptait pour elle. Ô Douce Ironie.

Salut gars, t'aimes bien regarder les étoiles ? demanda-t-elle d'un ton chaleureux avec un soupçon de jubilation.

Grâce au long silence avant sa réponse, sa voix avait eu le temps de se débarrasser du ton larmoyant qu'elle pouvait prendre, elle reprenait le contrôle, sa confiance assurée et infaillible reprenait son trône. La Rouge et Or désigna le ciel du bras pour ponctuer sa question ; il était l'heure, la machine infernale s'était remise en marche, trop longtemps chavirant dans l'Océan. L'Océan Charbon.

« Je pouvais encore sentir ma jambe me gratter de l'intérieur ; je lâchai l'une de mes manches pour faire crisser mes ongles sur ma peau, pour la déchirer afin de faire disparaître le tiraillement ».
« *Vingt-deux heures... BON DIEU DE MERDE !* »

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

Un certain temps s'écoula avant que la Rouge et Or ne réagisse, un temps qui engendra quelques doutes dans l'esprit du jeune serpentard. *Me suis-je exprimé de la bonne manière ?* se demanda-t-il, et ce fut une interrogation qui trouvait naturellement sa place dans l'esprit de Neithan. En comptant la jeune rouge et or, le serpentard n'avait adressé la parole qu'à très peu de personnes. Il avait adressé la parole à si peu de personnes qu'en réalité, ces derniers pouvaient être comptés sur les doigts d'une main. Une main innocente d'un jeune enfant ne sachant pas s'adresser à autrui, un éternel solitaire. Lui qui avait traversé les portes de Poudlard avec l'espoir de trouver certaines personnes qu'il pourrait avec le temps appeler "amis", le temps a su faire en sorte d'amoindrir ses espoirs et le jeune serpentard s'était depuis longtemps résolu à demeurer tel un loup solitaire, où plutôt un loupiot solitaire, dans une meute du nom de Poudlard. Quoiqu'il en soit, Neithan n'eut pas seulement des doutes à propos de sa manière de s'exprimer, puisque, fort de l'expérience qu'il acquit des seules conversation qu'il eut, le serpentard craignait désormais ses cauchemars. Le jeune serpent craignait qu'ils resurgissent de l'ombre afin de couvrir la lumière qui occupait son esprit. Mais il savait également que le fait de penser à ces cauchemars ne ferait que les rendre plus forts, puisque la peur ne peut vivre sans l'hôte qui lui accorde de l'importance et seule la lumière peut chasser la peur car la peur est telle l'ombre. Ainsi il en va de même pour la nature, lorsque le soleil et la lumière sont présents, l'ombre n'est qu'une infime partie d'un tout qui demeure recroquevillée sur le sol n'ayant point le pouvoir de troubler le monde. Mais lorsque la lumière disparait, l'ombre se relève et s'assombrit afin d'occuper l'espace à tel point qu'elle couvre vos yeux et parfois elle en vient jusqu'à couvrir votre cœur. C'est pour cela que, de manière inconsciente, Neithan tourna son regard vers les étoiles. Ainsi l'ombre de la peur se dissipa, chassée par la lumière d'une pensée lumineuse engendrée par la vue des étoiles brillantes. C'est alors que la jeune Rouge et Or troubla la vision étoilée de Neithan et lui adressa la parole de manière plutôt chaleureuse.

— Salut gars, t'aimes bien regarder les étoiles ?

Encore une fois, et bien qu'il était censé être habitué aux langages différents du sien, Neithan fut surpris par la manière de parler de la jeune fille. Toutefois, il est important de noter le fait que Neithan apprécia grandement la question posée et il aurait immédiatement répondu, si seulement il n'y avait pas eu ce reniflement et si seulement il n'y avait pas eu ce mouvement de l'avant-bras sur les yeux qui révélèrent la présence de larmes quelques minutes auparavant. Malgré son jeune âge, Neithan comprit immédiatement la situation, c'est pourquoi il demeura quelques secondes le regard fixé sur la jeune fille. C'est ainsi que Neithan put lire dans la Rouge et Or afin d'y trouver ce qu'il reconnut comme des lointains échos silencieux d'un cœur troublé. Il avait lu de manière inconsciente car le fait qu'il comprenait ce sentiment et qu'il le vivait constamment, que ce soit lorsque la lune sublime le ciel ou lorsque le soleil illumine les cieux, lui donnait la capacité de reconnaitre le tourment lorsqu'il le croisait. Devait-il apporter une aide ? Devait-il interroger la jeune Gryffondor ? Ce furent tant de questions qui naquirent dans l'esprit du jeune serpent. Mais il considéra stupide le fait de suivre une intuition concernant le cœur d'autrui. Alors Neithan décida simplement de répondre à la question posée par la jeune fille.

— Oui, j'apprécie grandement la vue des étoiles. Elles m'évoquent les grands héros de contes car elles brillent et vous illuminent malgré la noirceur et les ténèbres qui les entoure.

"Je suis le Lotus..."
(2ème année RolePlay)

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

Compagne du Silence. Résidu d'une Absence. Charlie avait posé sa question en continuant à observer le ciel, sans jamais croiser le regard du jeune garçon. Aussitôt la question posée qu'un cavalier surgit : Le Chevalier du Regret. La gryffone se maudissait, pourquoi ne l'avait-elle pas congédié ? Simplement, comme elle le faisait tout le temps. Ce « tout le temps » débutant il y a quelques jours, pas longtemps. Depuis le départ de Yuzu. C'était la seule personne qui arrivait un tant soit peu à combler l'oppression du temps, qui l'aidait à éconduire superbement ses tourments, son calvaire, sa douleur. Ces jours n'étaient plus, happés. Aujourd'hui, la simple vue d'une quelconque âme lui rappelait férocement la présence de la Poufsouffle. Ne voulant personne d'autre qu'elle, sachant que tous les Autres n'étaient rien. Ils ne comptaient pas, ils n'existaient pas. Vous voyez un élève ? Charlie perçoit Aelle. Vous voyez un Professeur ? Charlie voit Aelle. Vous voyez les Autres ? Charlie ressent Aelle. C'était une vérité brûlante, tout n'était que miroir de ses pensées. L'esprit de la Rouge et Or se projetait partout, mais n'éclairait rien, il ne faisait qu'obscurcir la rancune qu'elle éprouvait contre Aelle. Oh, une rancune terrible. Celle qui gronde et qui donne un ton frémissant à l'atmosphère. Abandon. La Poufsouffle n'était pas revenue, un Abandon complet pour une Rancune complète. Complète ? Non. Pas complète, un autre sentiment, très lié à cette rancune atroce, à vrai dire, c'était la mère de cette amertume profonde : l'Attirance des Yeux. Un émerveillement profond, une lueur indescriptible, une puissance déflagrante, une couleur unique. Charlie ne voulait pas oublier ses souvenirs, ils étaient trop préc…

Oui, j'apprécie grandement la vue des étoiles.

Le soupir d'agacement que poussa la gryffone était inconscient. Tout aussi incontrôlable, la force de ses compétences en manipulation s'activait, ses pensées s'accéléraient et n'attendait que l'autorisation de la conscience pour exploser. *La barbe…* soupir du conscient. Charlie détestait beaucoup de choses, presque autant qu'elle en aimait, néanmoins, l'imitation provoquait en elle une répulsion vomitive. Encore plus si cela se couplait à de la rêverie. Elle posait souvent cette question concernant l'attrait pour les étoiles et se heurtait à la médiocrité, au mimétisme de bas-étage : les Autres répondaient « Oui » à sa question car cela donnait un style, une étiquette de rêveur, un passeport par procuration dans le domaine de l'acceptation-j'rentre-bien-dans-l'moule. De la peine, c'était le sentiment qu'elle ressentait par rapport à ces personnes-photocopies. Elle vérifiait donc ses suppositions par une deuxième et ultime phrase qui closait toute tentative de communication future : « Alors tu dois bien connaître le nom d'une étoile intéressante et surtout son histoire. Prouve-moi que j'ai raison ». Question castratrice qui clouait l'Autre sur place. *Imitateur* Elle allait ouvrir la bouche, il fallait bien qu'elle brise les élans de cet insolent qui se donnait le luxe de ne pas penser par lui-même ! Ensuite elle ordonnerait à ce perturbateur de dégager rapidement s'il ne voulait se faire faucher violemment. Toujours sans observer son interlocuteur, Charlie commença à ouvrir la bouche.

Elles m'évoquent les grands héros de contes car elles brillent et vous illuminent malgré la noirceur et les ténèbres qui les entourent.

*Qu…* La bouche de la gryffone resta dans sa position semi-ouverte. Elle prenait conscience rapidement des mots qui venaient d'être prononcés au clair de lune. *Ah ouais...* Charlie referma sa bouche, elle fit basculer mollement sa tête en arrière pour observer ce Serpentard, elle trouvait que c'était étrange d'observer quelqu'un à l'envers, les traits étaient tirés et faussés. Étrange. « Elles brillent et vous illuminent malgré la noirceur et les ténèbres qui les entourent » cette phrase se répétait dans son esprit. Elle ne releva pas le vouvoiement, étant habituée à cette façon de parler. Que devait-elle faire ? Son piège n'avait pas fonctionné, le destin voulait qu'elle tombe sur un Autre étrange, doté d'une intelligence certaine. Pourtant, Charlie n'était pas d'accord avec ses dires, elle aurait pu acquiescer s'il lui avait déblatéré cette phrase deux mois plus tôt, elle aurait pu être émerveillé par cette vision propre qu'avait le Serpentard seulement deux foutus mois plus tôt, dommage, à quelques jours près, il aurait pu toucher le cœur de Charlie ; à présent, rien de tout cela n'était vrai. Elle reposa son regard sur les étoiles puisqu'elle n'arrivait pas à bien voir les yeux du garçon, son œil gauche déficient y étant pour beaucoup dans cette semi-pénombre. L'éclat du ciel était majestueux. Depuis deux mois, il s'était passé de grandes choses, des événements bouleversants impliquant deux couleurs. Couronnés par Une Couleur Unique : Le Noir.

Tu te trompes, elles n'éclairent pas toujours. Il existe des étoiles noires, commença-t-elle, perdant doucement contact avec la réalité, se calant en symbiose avec ses pensées.

Pensées dirigées vers le Noir. La Rouge et Or avait passé si peu de temps avec Aelle, trop peu d'instants ensemble, mais elle avait l'impression de la connaître. Cette déflagration entre elles avait eu des répercussions profondes sur Tout. Charlie était effrayée, un effroi viscéral qui la rongeait de l'intérieur.

Oh, elles sont bien plus enivrantes que les autres mon gars.

Lui envoyer une lettre n'était pas possible, Charlie voulait recevoir. L'interpeller dans la grande salle n'était pas possible, Charlie attendait l'appel. Lui faire passer un message n'était pas possible, Charlie espérait qu'un élève lui parle d'Aelle.

Bien plus profonde… bien plus horrible parc'qu'elles bouffent tout.

Non, décidément elle ne ferait rien. Elle en avait assez de ramasser sa douleur tous les jours, il ne restait que des miettes de son cœur, tout était par terre, tout coulait et se dissipait. Tout, à l'exception des Orbes Noir Charbon qui persistaient dans son esprit. Charlie prononça sa dernière phrase dans un murmure, ne parlant pour personne en particulier à part elle-même :

Et j'me suis fait bouffer par les deux plus dangereuses… Oh, si tu les voyais… ça te rendrait fou.

*Ou mort* précisa son esprit. C'était cela, Charlie ressentait une solitude morbide. L'Ombre de la Mort était proche à cause d'une personne et non de sa maladie ; pour la première fois, elle ressentait cette douleur unique. Elle ferma les yeux, ayant envie de se laisser aller à ses pleurs, les larmes la libéraient tellement. La gryffone faisait l'exact inverse de son grand principe : Pleurer, c'est pisser son chagrin par terre. Elle ne pouvait faire autrement, cela lui faisait un bien fou de tout évacuer, pleurer jusqu'à ne plus pouvoir grimacer, pleurer jusqu'à s'endormir dans un dernier hoquet, mais ce qu'elle ne savait pas et qu'elle découvrait progressivement, c'était l'Insidieuse qui se cachait derrière le chagrin telle une lâche : La Brèche Béante. Et cette brèche, quant à elle, perdurait et ne pouvait être effacée.
« Elles brillent et vous illuminent ». Cette phrase faisait encore écho dans l'esprit de Charlie. Brusquement, elle écarquilla les yeux. Elle n'était pas seule ! Comment avait-elle pu oublier ? Son désir de pleurs se coupa net avant même de pouvoir être assouvi. Elle avait honte d'avoir parlé ainsi, en perdant le contrôle de ses pensées, elle devait l'empêcher de répondre et il fallait faire vite. Il avait parlé de héros de contes, c'était ça ?
*Des héros, hein ?* La Rouge et Or espérait que les talents de conteur du Serpentard égalaient ceux de son père. Autant elle n'aimait pas lire, mais les histoires contées de vive voix étaient un rituel avec son papa, Adam. Mue par une envie soudaine, Charlie souleva son buste et se tourna vers le garçon, toujours assise sur les fesses, elle croisa ses mains autour de ses genoux. Observant son interlocuteur, elle demanda rapidement, dans une tentative d'annihilation des mots précédents :

Raconte-moi l'histoire d'un de tes héros.

Une voix quasi-monocorde, son ton n'évoquait pas l'intérêt certain qu'elle portait à l'histoire qu'elle voulait entendre. Elle n'avait plus l'envie d'user de manipulation ce soir, à partir de cet instant, Charlie s'exprimait de sa voix instinctive et non plus de sa voix marionnettiste.

« Je pouvais encore sentir ma jambe me gratter de l'intérieur ; je lâchai l'une de mes manches pour faire crisser mes ongles sur ma peau, pour la déchirer afin de faire disparaître le tiraillement ».
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Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

— Elles m'évoquent les grands héros de contes car elles brillent et vous illuminent malgré la noirceur et les ténèbres qui les entourent.

Les héros, l'évocation de ces derniers apportait constamment de la lumière dans le cœur du serpentard. Ainsi son esprit voyageait à travers plaines, montagnes et forêts porté par une aventure inconnue mais bienveillante puisqu'elle l'éloignait des pensées ténébreuses. Un vent vint caresser le visage de Neithan qui se souvint qu'il n'était point seul. Alors il reporta son regard accompagné d'un sourire sur la jeune fille. Lointaine fut la dernière fois où Neithan eut l'occasion de ressentir ce qu'il ressentait, une paix porteuse de frisson apaisants, elle-même portée par tout ce que Neithan appréciait: la nature et les bonnes histoires. Il était pleinement entouré de ce qu'il appréciait et ainsi ses tourments furent affaibli par la lumière du bonheur. Si bien qu'il ne pouvait espérer plus, tout ce que le serpentard pouvait espérer fut de ne pas perdre la lumière. Malheureusement, sa peur de perdre la lumière fut fondée. Puisque les mots de la jeune rouge et or vinrent lui arracher cette tant appréciée et réconfortante lumière.


— Tu te trompes, elles n'éclairent pas toujours. Il existe des étoiles noires, prononça la jeune fille.

Il serait idiot de sous-estimer le pouvoir des mots, car bien qu'ils aient le pouvoir de guérir et d'illuminer, ils peuvent également blesser et assombrir. C'est ce que firent les mots dénués d'espoir et de lumière de la jeune fille sur le jeune serpent qui fut soudainement tiré vers l'obscurité.

— Oh, elles sont bien plus enivrantes que les autres mon gars.

Neithan fut tiré vers son obscurité, celle contre laquelle il mène une injuste lutte afin de s'en éloigner. Âgé de onze hivers, qu'elle injustice que celle de devoir subir des tourments dont il n'est en rien responsable. *Non*, s'exclama-t-il alors que son corps se figeait sans son consentement. Lumière Verte. *Dors fils*, ses tourments revinrent plus rapidement qu'ils n'avaient disparu.

— Bien plus profonde… bien plus horrible parc'qu'elles bouffent tout.

Les mots de la jeune Gryffondor résonnèrent dans l'esprit du Serpentard ce qui ne fut pas en sa faveur dans sa lutte contre son obscurité. *Dors fils*. Lumière Verte. Hurlements. Tremblait-il ? Neithan n'en savait rien, pourtant il en avait l'impression. La peur grandissait et resserrait le coeur du serpent. Neithan était censé ne plus faire attention au monde extérieur tant il fut happé par ses tourments, pourtant il tentait bravement de se ressaisir afin de ne rien laisser paraitre. *Dors fils* ces maudites paroles continuaient malgré tout de résonner.

— Et j'me suis fait bouffer par les deux plus dangereuses… Oh, si tu les voyais… ça te rendrait fou.


*Je les vois !*, hurla Neithan en son for intérieur incapable de parler. *Que cela cesse !* hurla-t-il à nouveau tandis que l'étau de l'obscurité maintenait une pression sur lui. *Avada ...*, Hurlements. Un choc frappa Neithan, cette fois-ci ses souvenirs le torturaient de manière inédite. Il tremblait réellement, déchiré par ses tourments, l'effort dont il faisait preuve afin de rester debout, le désir de lutter, et l'échec évident. Des larmes voulurent s'échapper, mais ne rien laisser paraître était une règle que Neithan s'était imposé. Il fit donc barrages aux larmes. Désormais il attendait simplement une aide extérieure, une pluie venant éteindre le brasier ténébreux qui le brulait, un vent venant l'arracher de l'emprise des tourments, ou simplement un flocon blanc se posant sur son cœur afin de briller au sein de l'obscurité. *Mère...* prononça-t-il intérieurement, *aide-moi...*. Ce fut un triste appel à l'aide, puisque le fait de savoir où se trouvait sa mère ne fit qu'assombrir le cœur de Neithan. Impuissant. Neithan était impuissant et abandonna la bataille qu'il menait face à ses tourments. Il ne maintenait plus qu'un simple effort afin de rester debout. Les pensées tourmenteuses avaient désormais tout le loisir d'envahir le cœur du Serpentard. Mais avant que ce ne fut tristement le cas, ceux qui avaient tiré Neithan dans son obscurité vinrent le sauver.

— Raconte-moi l'histoire d'un de tes héros.

Les mots sont, en effet, notre plus belle source de magie, capables du pire comme du meilleur. Puisque ceux de la jeune Rouge et Or, bien que simples, eurent le pouvoir de sauver Neithan. Ils furent telle une graine engendrant le plus grand des arbres ou telle une petite bougie qui, au milieu de la noirceur, brille de tous ses éclats. *Raconte-moi l'histoire d'un de tes héros* les mots résonnèrent tels un halo lumineux dans l'esprit du Serpentard, chassant ainsi l'obscurité et captant ainsi l'attention du jeune garçon. Peu à peu, l'évocation de ses histoires favorites grandit dans l'esprit de Neithan. Le fameux halo lumineux s'intensifia, en réalité ce fut tel un Patronus, et la peur s'en alla doucement tandis que Neithan fut de nouveau capable de ressentir le vent et la neige. *L'histoire d'un de mes héros* se demanda Neithan. Cela pouvait paraître idiot après ce qu'il venait de vivre, mais il savait pertinemment que cela lui apporterait le plus grand bien.

— Ce sera avec grand plaisir, s'exclama-t-il. Il avait répondu sur un ton enjoué afin de cacher les restes de misère qu'avaient apportés ses terribles tourments ténébreux.

Il ne lui fallut pas longtemps afin de trouver l'histoire adéquate, celle d'un héros pouvant être représenté par une étoile qui brille et vous illumine malgré les ténèbres qui l'entourent.


— Voilà une histoire qui trop peu de fois fut contée. Il s'agit de l'histoire d'un jardinier joyeux et amical. Il aimait la nature ainsi que les choses simples, mais plus que tout, il aimait son village et son foyer, et de ce fait il n'aspirait pas à l'aventure. Pourtant, c'est l'aventure qui vint à lui lorsque son meilleur ami fut contraint à l'aventure, car le brave jardinier accompagna son meilleur ami malgré les ténèbres qui s’annonçaient. Ainsi, il prirent part à la plus sombre des quêtes, une quête faite de dangers, de larmes et d'injustice. Ils furent contraint d'atteindre la plus haute montagne du sud ouest afin d'y détruire un objet renfermant toute la noirceur du monde. Cet objet, qu'il est également possible de qualifier de fardeau, fut porté par le meilleur ami du jardinier, et ensemble ils traversèrent plaines, forêts, collines et montagnes non sans affronter les ténèbres. Cette aventure, bien qu'étant considérée par beaucoup comme l'aventure du meilleur ami plus que celle du jardinier, n'aurait pas pu connaitre de fin heureuse sans ce brave jardinier, car lorsque la fin de la quête fut venue, et que les ténèbres entouraient nos deux héros plus que jamais, le meilleur ami se trouvait faible et incapable d'avancer. Lui ainsi que le jardinier durent s'arrêter au milieu des ténèbres, l'espoir les avait abandonnés. C'est alors que le jardinier la vit, cette étoile dans le ciel noir du pays ténébreux. Elle fut blanche et scintillante et sa beauté poignit le cœur de notre cher jardinier. Tandis qu’il la contemplait dans ce pays abandonné, l’espoir lui revint. Car, tel un trait, net et froid, la pensée le transperça qu’en fin de compte l’ombre n’était qu’une petite chose transitoire : il y avait à jamais hors de son atteinte de la lumière et une grande beauté. Le jardinier se releva alors et, entraîné par une volonté ardente engendrée par cette étoile, il porta sur ses épaules son meilleur ami qui, affaiblit par son fardeau, se trouvait dans l'incapacité d'avancer. C'est grâce à ce brave jardinier que les deux amis parvinrent au bout de leur quête, ainsi ils détruisirent l'objet sombre et ténébreux et ainsi ils purent retrouver leur foyer, après avoir sauvé le monde. Même la plus petite personne peut changer le cours du temps, c'est ce que fit le jardinier. Cette histoire fait partie de ces grandes histoires, celles qui importent vraiment, celles où il y a danger et ténèbres. Parfois on ne veut pas connaître la fin car elle peut ne pas être heureuse, comment pouvait-il y avoir tant d'obscurité et de ténèbres ? Et en fin de compte, elle ne fait que passer cette ombre, même les ténèbres doivent passer. Au final, un nouveau jour viendra et lorsque le soleil brillera, il n’en sera que plus éclatant. Ce sont ces histoires dont je préfère me souvenir, et qui signifient tellement, même lorsque l'on est trop petit pour comprendre.

C'est ainsi que Neithan reçut la plus belle des thérapies, aussi ironique que cela puisse être, il s'était lui-même apporté cette thérapie. Les histoires et les héros étaient son étoile brillante au-dessus du ciel sombre de ses pensées, et désormais il comprit que se focaliser sur cette étoile était bien plus honorable et bénéfique pour lui. Car au final, un jour nouveau viendra où ses tourments ne seront que souvenir, et lorsque le soleil brillera, il n'en sera que plus éclatant. Après avoir conté cette histoire et après avoir réalisé tout ceci, Neithan libéra une seule larme, une larme à laquelle il ne fit pas barrage, car toutes les larmes ne sont pas un mal.

"Je suis le Lotus..."
(2ème année RolePlay)

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

La lune était haute derrière le Serpentard, sa clarté illuminait son dos ; ainsi, son visage était plongé dans une certaine pénombre, ne laissant pas le loisir à Charlie de contempler ses yeux et d'y déceler les restes languissants d'émotions. Pourtant, la Rouge et Or avait son regard braqué sur l'Autre, sur le reflet flou de son âme qu'était son regard. Ne distinguant ni la couleur, ni la lueur, ni la profondeur, elle attendait. Assise sur sa cape d'hiver singulière, l'impression que celle-ci était dotée d'une certaine protection magique effleura l'esprit de la gryffone, elle ressentait une sensation dérangeante et grandissante depuis qu'elle s'en était drapée il y a quelques minutes ; pourtant, c'était impossible, son ressenti devait être faussé, elle n'avait pas éprouvé ce malaise la première fois qu'elle l'avait mise, pourquoi éprouverait-elle cette sensation cette fois-ci ?
Sa réflexion se coupa aux premiers mots du Serpentard.
*Parfait* se réjouit-elle. Au moins, il ne tenait pas compte des autres mots qui ne lui étaient, finalement, pas destinés. Le jeune garçon aux cheveux couleur identique-à-ceux-de-Charlie paraissait pensif, immergé dans ses souvenirs pour extirper la meilleure histoire, sans doute. Une histoire qui pourrait bouleverser autant que procurer des émotions, une histoire qui pourrait se caler dans l'Histoire d'une personne, une histoire qui, par le simple pouvoir de sa présence, pourrait ébranler une conscience endormie. La gryffone attendait toujours, sa facette impatiente ne se révéla pas, étouffée par la culpabilité. Quand elle faisait une erreur, s'effacer était son abri, son Cavalier Protecteur. Elle aimait les histoires parce qu'elles les prenaient toujours au sens premier, appliqué pour sa propre personne ; elle essayait d'y déceler des aides pour Comprendre. Charlie ne souhaitait pas tout comprendre, seulement ce qu'elle jugeait utile, elle se focalisait ardemment et rejetait le superflu. Aujourd'hui, elle cherchait à se comprendre elle-même parce que son esprit la trahissait, il était d'une puissance sans limites, il imposait ses décisions, mais n'assumait pas les conséquences. Charlie devait, seule, accepter ces choix douloureux. Son esprit traitre avait brisé la promesse qu'elle lui avait demandé de respecter : Ne plus s'attacher, à personne. Alors pourquoi diable Aelle ? POURQUOI ?! Oh sa conscience hurlait avec tant de hargne, elle était acculée. *Son âme est dangereuse* conclut-elle du tréfonds de son être, peut-être qu'elle ne voulait pas se laisser atteindre. Elle n'était pas prête.

La bouche de l'enfant commença une danse folle. Les mots s'extirpaient, prenaient sens grâce à la concentration de Charlie. Elle observait le regard brouillé du Serpentard, debout qu'il était resté, elle avait oublié de l'inviter à s'assoir près d'ell… Non. Plus personne ne devait s'assoir près de son corps. La consternation de sa dernière invitation avait laissé des traces de glaces.
*T'as été si méchante* Rancune. Au gré de l'écoulement des mots, Charlie se reconnaissait entre les lettres. *J'avais rien demandé* Elle avait toujours recherché l'aventure qui s'était imposée à elle *Tu m'a tellement touché, sans me toucher* Souvent, ce qu'on désire le plus n'est que le pâle reflet de ce qu'on déteste le plus. Cet effet est encore plus saisissant lorsque le désir est tenu fermement dans le creux de notre main. *Pourquoi tu ne me comprends pas ?* Quand ce désir nous consume tellement qu'il attaque la chair et calcine l'être. Comment se rendre compte de la profondeur des choses sans y plonger totalement ? *Tu n'es pas près de moi* Charlie était immergée tellement profondément qu'elle ne voyait plus rien quand elle relevait la tête, pas même une once de lumière, le Noir était Partout. *Alors que j'ai tellement besoin de toi* Ces ténèbres, ce voile obscur qui émanait avec intensité des lèvres du jeune garçon, ces mots qui hypnotisaient Charlie, tout cela n'était qu'illusion ? Qui était Charlie ? *J'en peux plus d'attendre* Définie par ce qu'elle désirait ou ce qu'elle était ? *Je croyais à notre compréhension* Ou définie par sa compréhension ? Une compréhension incompréhensible. Qu'est-ce ? Le sens des mots coulait tel un long fleuve tranquille. *J'y crois encore tellement* Cet ami, ce meilleur ami qui a sauvé le porteur. Est-il l'Étendard ? Est-il le Sens ? *Mais… tu ne veux pas de moi* Charlie ne se retrouvait plus dans les mots concluants. Comment pouvait-elle sortir des ténèbres sans étoile brillante ? Était-elle réellement dans les ténèbres ? Avait-elle besoin d'une étoile brillante ? Tout ce qu'elle désirait était contenu dans les Étoiles Noires. Si attirantes. Si repoussantes. Les Étoiles Noires étaient Brillantes. *Alors je ne veux plus de toi* L'Ombre était trop proche. La Rouge et Or prenait une décision. Il fallait s'éloigner au risque de sombrer encore plus. Il fallait émerger. IL LE FALLAIT. *Je sors de ton ombre* La danse des mots creva sèchement, emmenant le cœur de Charlie dans sa tombe. Une Danse Verte et Argent. *C'est de ma faute, Aelle*

Elle avait avoué ses torts, intérieurement, certes, mais Charlie ne culpabilisait jamais, elle rejetait sans relâche la faute sur les Autres. Cette fois, il en était autrement. Elle repensa à trois mots : « Je te déteste ». *Pardon. Pardon. PARDON !* La gryffone se décida, elle devait envoyer une lettr… Un scintillement miroita. Bref, mais puissant pour Charlie. Sa réalité s'évapora pour retourner à celle qui s'imposait à elle : une larme coulait avec grâce. Le conteur brisé par son propre conte. *Pitié…* Prenant appui sur la poudre glacée, la Rouge et Or sauta sur ses jambes avec agilité et fonça vers le Serpentard. Elle haïssait les larmes plus que tout, et être témoin de pleurs était un supplice sans nom pour sa conscience. Délicatement, elle entoura le visage du garçon de ses mains. Ses joues étaient froides. D'un mouvement du pouce, elle balaya la larme qui n'avait rien à faire sur ce visage. Les deux têtes à quelques centimètres l'une de l'autre, Charlie souffla : « Ton histoire est classe ». Comme dans un dernier geste et une dernière note, elle écarta les mèches noires du Serpentard et déposa un baiser sur son front. Un baiser d'enfant, innocent, réconfortant. C'était la manière d'agir la plus naturelle pour Charlie, elle pensait que le toucher et la vue étaient les plus belles créations de ce monde. Quand elle jouait du piano, le simple fait de frapper à une vitesse hallucinante sur les touches la rendait euphorique, sans même écouter les sons qui faisaient danser l'atmosphère.

Enfin. Le contact des yeux se fit, la gryffone était assez proche pour distinguer le bleu du Serpentard. Un bleu intense, abyssal.
*Comme Papa* pensa-t-elle, inconsciemment. Elle lâcha le visage du conteur et essaya de sourire malgré son envie de hurler au garçon de ne jamais pleurer en fac… La lèvre supérieure de Charlie frémit, son corps se raidit. Elle venait d'apercevoir un miroir, une abomination, une lueur. La Lueur. Sa conscience était en alerte, son esprit fronçait ses sourcils psychiques, il n'aimait pas ce qu'il voyait. Il haïssait cette vision abominable. Ce n'était pas vrai. Elle n'avait rien vu. Elle se mentait à elle-même. Pourtant, elle ne fit pas un seul geste de plus, tétanisée par la peur. La peur, certes, mais le désir de Connaitre cette information était trop élevé, sa curiosité était avide. Elle voulait se nourrir de ce savoir. Et tout de suite.
Brusquement, elle agrippa les épaules du Serpentard et lui fit faire demi-tour, face à la clarté de la lune. Elle le lâcha puisqu'il aurait pu penser à une agression, elle ne voulait pas qu'il réagisse mal, puis elle lui fit face en un seul bond. Lueur. OH LA LUEUR ! Le visage de Charlie se décomposa.
*Bordel !* Ce qu'il y avait dans ces yeux n'était qu'intensité, à l'exception de CETTE LUEUR. *Désolée…* Une Lueur Putride. *J'suis tellement…* Une Lueur de Mort. *Désolée* La même Lueur que dans le Vert Émeraude de Charlie.

Elle détourna le regard, cette lueur, cette facette si profonde la répugnait. Fourrant ses mains dans sa cape, la Rouge et Or lâcha d'un ton agacé et mauvais :

Arrête de pleurer, ne gaspille pas ton chagrin.

Il ne fallait surtout pas qu'elle s'attache à ce Serpent, ils n'apporteraient que le malheur autour d'eux. Charlie, seule, était déjà une calamité, elle n'osait pas imaginer ce qu'ils pouvaient être ensemble. Des aimants putrides. Des auras repoussantes. Des rebus dégoutants. Elle était habituée à casser, recaler, démanteler jusqu'à l'exténuation ; pourtant, ce qu'elle s'apprêtait à dire ne lui plaisait pas. C'était comme se couper sa propre tête. Notre propre miroir fait peur. Il tétanise et brûle sa propre image de Soi. Ô Grande Faiblesse de Charlie, arrête de la Confronter à Elle-même. Arrête.

Tu m'dégoutes.

Sur ces mots, qu'elle prononça sans même regarder le Serpent et dans une grimace rageuse, elle se dirigea vers les grandes portes du château.
Danse. Aller danse ! DANSE DE VERT ET D'ARGENT !

« Je pouvais encore sentir ma jambe me gratter de l'intérieur ; je lâchai l'une de mes manches pour faire crisser mes ongles sur ma peau, pour la déchirer afin de faire disparaître le tiraillement ».
« *Vingt-deux heures... BON DIEU DE MERDE !* »

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

Elle avait coulé sans encombre, comme une rivière dans une forêt, une forêt douce, calme et apaisée malgré les tourments qui la guettent. Neithan comprit qu'il n'avait point eu tort en laissant couler cette larme; car elle ne fut ni tortueuse, ni poignante, ni douloureuse. La larme fut emplie de douceur, une douceur apaisante et libératrice semblable à une caresse maternelle, la plus sincère et légère des caresses, une caresse qui manquait cruellement au jeune Vert et Argent, si cruellement qu'il regretta immédiatement les quelques secondes durant lesquelles la larme avait coulé. Mais le jeune serpent ne regretta pas cet instant au point de retrouver sa compagne de toujours: la tristesse. Non, Neithan continuait de sourire, il souriait de telle sorte qu'il fut aisé de croire que le jeune serpent menait la plus belle des vies. Tel fut le pouvoir de la larme, une larme symbolique et inoubliable.

Et Neithan ne fut pas le seul à donner de l'importance à cette unique larme. Dès lors que cette dernière fut sur le point de rejoindre les racines des plus grands arbres qui ornaient le parc, la jeune Rouge et Or bondit avec grâce et agilité avant de s'approcher du serpent afin d'entourer de ses mains le visage de ce dernier. La jeune fille avait balayé du pouce ce qu'elle avait probablement considéré comme une larme tortueuse et porteuse de chagrin. Puis de manière naturelle, elle avait déposé un baiser sur le front du Vert et Argent. Le tout s'était déroulé en quelques secondes pourtant Neithan avait vécu cet instant hors du temps. Cette rupture temporelle avait été causée par la douceur de la jeune fille aux yeux couleur émeraude. Neithan était resté sans voix, non pas car la proximité de la jeune Rouge et Or gênait le jeune serpent, simplement car toute l'attention du Vert et Argent était focalisée sur deux de ses sens : le toucher et la vue. Le toucher avait été sollicité par les douces mains de la jeune fille qui eurent le même pouvoir que la larme, le pouvoir d'une caresse apaisante qui n'engageait rien de plus que la sincérité. De même que le baiser, un baiser qui s'était déposé sur le front du jeune serpent de la même manière qu'une plume se déposant sur une herbe douce et uniforme grâce aux caresses du vent. Ce fut un baiser léger par sa simplicité et par l'évidence de son pouvoir; ce fut un baiser qui, lui aussi, n'engageait rien hormis la sincérité. Un baiser bien différent de ceux que certains élèves partagent à Poudlard, celui de la jeune fille était grandement semblable au baiser d'une mère, un baiser attentionné et protecteur, bien plus protecteur que les sorts de protection et ayant le pouvoir d'engendrer le plus beau des patronus.

Le sens de la vue, quant à lui, fut sollicité par la proximité du visage de la jeune Rouge et Or. Le regard sollicite le regard et les yeux de la jeune fille furent si proche que Neithan put lire dans le regard de cette dernière. Cet instant aurait pu être parfait, cet instant aurait pu être un instant constitué uniquement de bonheur et de lumière mais le clair de lune éclairait le regard de la Rouge et Or à la perfection et il est tant aisé de lire dans ce qui se rapproche de soi-même. Ce que Neithan pu lire dans le regard émeraude de la jeune fille ne fit que confirmer les soupçons de Neithan : un coeur tourmenté. La lueur ténèbreuse brillait dans le regard émeraude, de même qu'elle brillait quotidiennement dans le regard de glace. Cette constatation fit naitre dans le coeur de Neithan un sentiment nommé compassion, il voulut poser ses mains sur le visage de la jeune fille, déposer le même baiser et sourire, trois choses qu'il n'avait pas fait depuis ce Jour particulier. Mais il n'eut pas le temps d'agir car il est tant aisé de lire dans ce qui se rapproche de soi-même. La jeune Rouge et Or fit faire demi-tour au jeune serpent afin de le placer face au clair de lune. Neithan comprit immédiatement : la jeune fille lisait dans son regard de la même manière que Neithan avait lu dans le sien et naturellement, elle y décela la même chose...La lueur.

Il est si aisé de lire dans son reflet, mais pour certains le reflet est effrayant. Et Neithan pu voir la peur dans le regard émeraude de la Rouge et Or lorsqu'elle s'était plongée dans le regard de glace.


— Arrête de pleurer, ne gaspille pas ton chagrin.

Il y eut alors un grand silence, avant la réaction opposée.

— Tu m'dégoutes.

Pour certains, le reflet est effrayant. Neithan ne fut même pas brusqué par ces mots, il ne fut point étonné ni attristé, mais il demeurait compatissant. Chaque personne avait sa manière d'agir face à ses propres tourments et cauchemars. Il n'avait accordé aucune importance à autrui depuis son arrivée à Poudlard, mais il devina qu'il lui serait désormais impossible d'ignorer le monde, car il était difficile d'ignorer son reflet. Pourtant, ignorer son reflet fut le choix de la Rouge et Or, c'est ainsi qu'elle se dirigea vers le château et c'est ainsi que Neithan décida de prononcer les paroles qu'il considéra comme adaptées à la situation :

— Si le sombre ciel de la nuit est constitué d'étoiles noires et d'étoiles lumineuses, je pense que, de la même manière que les héros de contes, malgré les ténèbres le choix d'être une étoile noire ou lumineuse nous est offert.

Dès lors qu'il avait prononcé ces mots, il ne put s'empêcher d'accorder une pensée à elle, car sa voix avait résonné dans l'esprit de Neithan à mesure que les mots s'écoulaient, de la même manière que sa voix avait résonné lorsque la larme coulait.

"Je suis le Lotus..."
(2ème année RolePlay)

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

La clarté de la lune était aveuglante. Tellement aveuglante que je voyais plus que la Noirceur. L’herbe noire, la neige noire, la brise noire. Je fonçais vers le château noir, d’un pas noir accompagné de mes bottines noires. Tant de Noirceur m’enveloppant et m’oppressant, je l’entendais rire. Pourquoi rire ? Je n’en savais rien, il n’y avait aucune raison à ça. Aucun sens. Peut-être que c’était le contrecoup de mon abandon. Mon Sens… C’était spécial, comme si ce vœu que j’avais fait datait d’un autre temps ; d’une autre personne qui n’était pas moi. Je l’avais abandonnée ? Dans ce bourbier de Noir, je la voyais sourire. Et plus je marchais, plus son sourire prenait consistance, il se formait ! *Encore !*. Un cri, un chuchotement, les deux en même temps. Non, son sourire ne se formait pas, il était déjà là. Je ne faisais que m’approcher de sa bouche qui se révélait, prenant des couleurs uniques. Bien loin du Noir dans lequel je baignais. Je ne marchais pas, je courrais. Et je me noyais. Je ne voyais pas ses lèvres, ni ses dents, mais seulement un sourire. Une métaphore, une idée, un truc. *ENCORE !*. Je volais. Où ? Je ne volais pas. Où ?! L’espace était ce sourire, qui n’en était pas un. Deux Orbes. Plus Noirs que noir. Ils souriaient ?

Hha…

Ils ne pouvaient pas faire ça. Ils ne pouvaient pas me sourire après m’avoir fait si mal. C’était un piège auquel j’avais envie de croire. Pourtant, c’était trop simple. Rien n’était plus simple que revenir souriant après avoir fait mal. Et rien n’était plus douloureux. Moi, je ne souriais pas. Je leur en voulais, à ces foutus Orbes. Ce soir, je détestais Aelle pour m’avoir encore une fois oubliée. Je la détestais tellement que ça me faisait peur, j’avais envie d’être en face de sa tronche et de lui avouer à quel point je la détestais. J’avais envie de lui hurler à la gueule qu’elle était un monstre sans cœur. Je n’ai pas reçu une seule miette de nouvelle ! Rien ! Elle avait pleuré pendant que j’étais dans ses bras, elle s’était peut-être dit que, cette fois-ci, elle était allée trop loin.
*Bon Dieu !*. La corrélation qui venait de se faire me choqua profondément. Elle avait infligé cette douleur à combien de personnes ? Peut-être…
Mes bottines frappaient la neige noire et ravageaient toutes mes pensées claires. Alors, je m’arrêtai brusquement. Attentive, tendue, mon oreille capta, entre les accords enfantins du bal, des mots. Ils voyageaient jusqu’à moi et je les accueillais dans mon crâne ; sans saisir leur sens. Je me retournai inconsciemment. Ils étaient là, les yeux putrides. La Lueur dansait à l’intérieur, c’était une valse fascinante, complexe. La Lueur rampait en onze temps, des mesures cassées, oh ouais, ça ressemblait à du Brahms. Il avait déjà rencontré Aelle ? Ce Serpentard pleurnichard était une victime. Je n’aimais rien chez lui. Son air arrogant, ses phrases de bourge, ses yeux agonisants ; il était tout ce que je haïssais. Surtout son regard de chien. «
Que ? ». Je me plantais férocement dans le sol, je venais de faire quelques pas dans sa direction. *Mais !* ma conscience s’emballait. Je ne contrôlais pas mon corps ? Je m’étais avancée sans m’en rendre compte ?! L’expiration que je laissais passer dans le gouffre de ma gorge était lourde, si lourde que j’étais certaine de m’enfoncer un peu plus dans le sol par ce seul poids. Un poids que je créais moi, pour moi-même. J’en voulais à cette partie de mon esprit qui voulait se jeter sur ce Serpentard dégoutant pour lui demander s’il connaissait Aelle. La réponse à cette question me faisait peur. Je ne supporterais pas une affirmation, je ne savais pas pourquoi exactement, mais je savais que ça me ferait exploser. Pourtant, s’il l’avait connu et qu’elle lui avait fait mal à lui aussi, on pourrait s’allier. Contre Aelle, contre cette pouffy qui laissait derrière elle tant de ruines. Malgré toute la logique de cette déduction, je n’avais aucune envie de l’appliquer. La seule chose qui m’importait, c’était de voir la tronche de ce gars après lui avoir arraché ses orbites dégoutantes. Mon regard glissa de sa caboche pour sombrer au loin, sur un arbre noueux et imposant. Il était gigantesque, le Saule Cogneur. Un arbre immobile, mais si vivant. Je me demandais s’il voyait tout, s’il m’avait vu avec ce Serpentard, s’il arrivait à lire l’exténuation dans mon regard, s’il avait déjà aperçu Aelle plus près que moi. *Aelle…*. Son prénom était peint sur chaque mur de mes pensées, et je le voyais à chaque fois que je faisais fonctionner ma cervelle. Plus présent que mon propre reflet, elle avait envahi mon esprit dans son entièreté. Je ne la repoussais pas, au contraire, même s’il m’arrivait de la détester, je ne pouv…

Plus près… chuchota mon être.

Plus près que moi ?! Un éclair traversa mon esprit, et pendant une seconde, je crus sentir ma main droite se déchirer. Tous mes sens s’éveillèrent en un concerto bruyant. Je me sentais agressée par mes propres sens. Le faisceau glacé de la pleine lune sur mon visage, tellement glacé qu’il me brûlait la peau. La griffure de cette douce brise sur mes mains abimées, durcissant ma peau. Le mouvement gracieux, timide, presque harmonique du Saule en accord avec la musique du Bal. Cet arrière-goût désagréable de larmes dans ma bouche, datant de plusieurs heures. Mais surtout, ce volcan qui montait en moi et qui faisait gronder ma colère. Arrachant mes yeux du Saule, je les dirigeais sur le gars.
*Va chier* grognais-je intérieurement, puis je me retournais avec force. La cape sur mon dos me fit perdre l’équilibre, son mouvement était tellement ample que je ne m’y étais toujours pas habituée. Je m’écroulais sur le sol, lourdement. La douleur pulsa dans mes genoux. *Va… chier*. Les Orbes avaient disparu, comme la belle couleur d’une joue après une gifle. Fuite du Sourire puisque je le cherchais, maintenant, ce Sourire. Alors je sautais sur mes jambes et m’élançais de toutes mes forces vers le château. À chaque choc de mes bottines contre la neige, je priais pour ne pas glisser et m’étaler par terre. Je sentais la neige redevenue blanche gémir sous ma vitesse, je n’avais pas couru avec tant de conviction depuis des mois et des mois. Je venais de comprendre, j’étais juste aveugle, depuis le début de cette soirée que je croyais perdue. Je n’avais pas besoin de mots pour la comprendre et Aelle n’avait pas besoin de m’écrire pour que je la comprenne. Ma cape virevoltait et claquait dans mon dos, je sentais mes cuisses brûler sous l’effort et l’adrénaline. Je brûlais !
C’était limpide, j’avais juste mis un temps fou à comprendre. Mes talons hurlaient, je ne les utilisais jamais et les solliciter avec tant de violence et de soudaineté me faisait grimacer de douleur. Je maudissais la lenteur de mon esprit, tout comme ma capacité pourrie de pouvoir me concentrer sur une seule chose sans prendre du recul. Ou peut-être que tout ça n’était qu’une bonne grosse illusion ? Je n’avais pas le temps de douter. J’avais accumulé tant de vitesse que je fis un bond gigantesque de la première marche jusqu’à la dernière, glissant à moitié, tirant sur mes adducteurs pour ne pas m’écraser par terre. «
Bordel ! ». C’était bon ! D’un mouvement de hanche, je continuais ma course. Tournant brusquement vers la gauche, dévalant les marches des sous-sols en trébuchant sous la précipitation. Elle m’attendait là, depuis le début de la soirée, elle devait être sublime, pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? POURQUOI ?! Toute ma poitrine brûlait, je manquais d’oxygène, mes cuisses agonisaient. Pourtant, l’allée où plein d’armures étaient alignées, je l’avais traversée en moins de dix secondes. Ma vision se déformait sous l’effort, mais je savais qu’elle était là. Tout avait commencé dans ces sous-sols, alors tout se réglerait dans ce même endroit. Plus qu’un seul angle, une seule minuscule bifurcation avant d’arriver. Tout était si bruyant, et j’étais l’origine de ce boucan. « AELLE ! » hurlais-je à gorge déployée, puis je ralentis dans un dernier dérapage.

Lueur blafarde, ma vue brouillée, je ne voyais pas grand-chose. Pourtant, je sentais qu’il n’y avait rien. Rien. Je sentais que… «
Aelle ? » murmurais-je d’une voix étrange, presque larmoyante. Je sentais des glaires brûlantes me trouer la gorge et mes cuisses se vider de toute énergie. « T’es là ma belle ? ». Je sentais quelque chose tomber en moi. Sans fin. Ça faisait mal. « Aelle… ». De cette douleur qui se condense dans la poitrine tout en déchiquetant les parois. « Je pensais... ». De cette douleur qui mord dans le cœur tout en crachant dans la gorge. *Je… je…*. De cette Douleur… Cette Douleur ayant deux couleurs. Je sentis ma bouche s’ouvrir contre mon gré, j’entendis ma propre voix gémir. Je subissais le torrent de mes larmes, l’abandon de mes yeux. J’endurais l’humidité de mes genoux, le tremblement de mes bras bleuis. Pourtant, bordel, j’étais concentrée uniquement sur mon cœur de merde ; qui ne pulsait plus.

« Je pouvais encore sentir ma jambe me gratter de l'intérieur ; je lâchai l'une de mes manches pour faire crisser mes ongles sur ma peau, pour la déchirer afin de faire disparaître le tiraillement ».
« *Vingt-deux heures... BON DIEU DE MERDE !* »

Bercée de Jaune et de Noir  Libre 

Tant d'espoir. Ces paroles portaient tant d'espoir. Et Neithan n'espérait rien d'autre qu'atteindre le cœur de la jeune fille et y insuffler ne serait-ce qu'une petite braise. Une petite braise qui pourrait alors donner vie à une bougie, une bougie qui danserait chaleureusement de rouge et d'or et qui aurait la capacité de redonner vie au cœur du plus massif des lions. Ainsi, après avoir prononcé ces paroles qu'il jugeait comme plus précieuses que tout l'or du monde, Neithan ne put constater qu'un triste effet, qu'un triste tourment, une triste bulle, une bougie d'émeraude qui s'étouffait seule, une fleur de Lotus qui fanait avant même de se déployer.

Pour une fois, le regard de glace de Neithan ne désirait rien hormis le pouvoir d'apporter une chaleur réconfortante. Mais si un regard peut être porteur d'aide, il faut d'abord accepter de plonger dans ce dernier. Et ce n'est pas ce que fit la jeune fille. Elle courait, ou plutôt fuyait, il y avait tant à se méprendre sur son comportement. *Pauvre fleur...* pensa Neithan qui ne savait que trop bien ce que la jeune fille endurait. Aujourd'hui, il n'était pas le tourmenté, mais voir une autre personne, une sorte de reflet, souffrir de la même manière que lui n'engendrait qu'une furieuse et ardente compassion, comme s'il souffrait de ne pas voir une fleur de Lotus se déployer mais mourir injustement. Peine, tel était le sentiment. Et Neithan la voyait, il la voyait fuir, tomber, hésiter, souffrir et fuir à nouveau. Il était conscient de ce qu'il advenait, *Elle s'assombrit* se dit-il, *une étoile noire dans son ciel noir*. En cet instant, il ne souhaitait rien d'autre que voir la jeune fille briller, et si cela avait eu un quelconque effet, il aurait, sans hésiter, tendu sa main en signe de soutien afin de l'arracher des griffes de la noirceur. Mais il savait que tout était noir, qu'elle voyait sans voir, qu'elle entendait sans entendre, et qu'elle s'enfermait. Alors le jeune serpent n'eut pas d'autre choix que d'observer tristement, impuissant, le tourment tourmenter la jeune fille. Et alors qu'elle disparaissait dans l'enceinte du château Neithan dut se retenir pour ne pas la suivre, car s'il avait compris une chose sur le comportement de cette jeune fille, c'était qu'il était impossible de l'aider si elle ne le souhaitait pas.


Tout se déroula rapidement, et dès lors que la jeune fille disparut dans la noirceur, Neithan se retourna et dirigea son regard vers son alliée de toujours, la lune. Et il l'observait, espérant qu'elle le libère de la peine qui dominait, par sa présence, son cœur. "Puisses-tu briller et te déployer"dit-il à voix haute alors qu'il se rendit compte qu'il ne connaissait même pas son nom. Ce souhait prononcé, Neithan prit une grande inspiration et décida finalement de profiter de l'instant. La douce musique du bal, le saule cogneur, les autres arbres, les étoiles qui peuplaient le ciel et brillaient sur le sol, et le clair de lune qui apportait une chaleur unique. Les instants tels que celui-ci sont rares et Neithan n'était, à son plus grand regret, plus naïf désormais. Les tourments reviendront à la charge, de même que les cauchemars, la lumière verte réapparaitra, ainsi que la désolation. Tôt ou tard, ils reviendront dans l'esprit et le cœur du jeune serpent, et il souffrira de la même manière que la jeune fille. Mais contrairement à cette pauvre fille, il n'aura d'autres choix que de briller par la noirceur de ses tourments, il en a fait la promesse, celle de devenir la plus belle des fleurs de Lotus. Mais les tourments, l'ambition, les promesses, le travail, la solitude et la persévérance, tout cela n'adviendra et n'aura d’intérêt que demain. En cet instant, seuls le repos et la nature importaient.

"Je suis le Lotus..."
(2ème année RolePlay)