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La nuit de papier  PV 

-Flashback-

Août 2041


« Ambre ? »

La porte de sa chambre grinça. La tête de sa mère apparut alors dans l’entrebâillement qui venait de se former. Elle avait le visage grave. Couchée sur son lit, à contempler le plafond, Ambre ne bougea pas d’un iota à l’annonce de son prénom. Elle savait évidemment les raisons de la venue de sa mère dans sa chambre. Les éclats de voix provenant du salon et qui résonnaient encore dans sa tête ne mentaient pas.

« Ton père va aller passer quelques jours dans votre… Votre monde de sorciers… Il propose que tu l’accompagnes. Mais tu peux rester ici si tu préfères… »

Elle s’était rapprochée et se trouvait maintenant à côté de son lit. Ses bras croisés et son visage marqué par la fatigue et la colère rentraient presque dans le champ de vision de la jeune fille, qui cherchait pourtant à ne pas croiser le visage de sa mère. Elle fronça les sourcils, faisant mine de réfléchir. Pourtant, sa décision était déjà toute faite.
Elle se leva alors de son lit et contourna sa mère en regardant droit devant elle :


« Je dois acheter une nouvelle protection de Quidditch, pour l’épaule, je viens de casser la mienne. »

« Tu viens de la casser ? Mais nous sommes en août Ambre, tu n’as pas joué depuis plus de deux mois… »

La rouquine s’arrêta dans l’encadrement de la porte et se retourna, croisant ainsi le regard de sa mère pour la première fois depuis plusieurs heures. Elle semblait fatiguée. Son regard dévia alors sur son bureau.

« Je sais. Mais elle est quand même cassée. »

En suivant son regard, on pouvait clairement voir l’épaulette rigide fendue en deux. A côté reposait sa batte. La jeune sorcière quitta sa chambre pour chercher le sac où elle pourrait mettre ses affaires, laissant sa mère seule.

Plus d’un an que cette même pièce se jouait en boucle au foyer des Baxrendhel. Les allers retour incessants de son père, les problèmes de garde, les cris, les pleures, la fatigue, la pression exercée sur la jeune fille… Cela devenait lassant.


-Fin du flashback-

Janvier 2042


Bien emmitouflée dans sa cape et quelques autres couches de vêtements bien chauds, la quatrième année quitta la chaleur du château, le regard vide et les pensées ailleurs. Le vent froid venait lui lécher les joues au point qu’elles rougirent au bout de quelques secondes. Il faisait nuit. Elle n’avait rien à faire dehors à cette heure-là. Elle en était consciente ; mais rester une seconde de plus dans l’ambiance chaleureuse de la salle commune de Poufsouffle n’était pas une bonne chose. Le cerveau bouillonnant, la respiration rapide et saccadée, elle ne désirait qu’une seule chose : être seule et pouvoir se calmer. Et pour cela, elle n’avait rien trouvé de mieux que de braver le couvre feu et le froid de l’extérieur.

Ses pas s’enfonçaient dans la couche de neige qui recouvrait la vaste étendue du gazon du parc de Poudlard. La Poufsouffle n’avait pas de but, pas de destination, elle marchait au hasard, doucement, en évitant de trop s’éloigner du château. Quelles étaient les raisons de sa ballade nocturne ? Beaucoup de chose. Beaucoup de questions qui demeuraient sans réponse, mais également des sentiments qui, parfois, ne pouvaient être exprimé, juste être ressentis.

Elle avait, quelques heures plus tôt, reçu une énième lettre provenant de ses parents. Elle ne comptait plus le nombre qui comportaient diverses excuses pour les fêtes de fin d’année, le fait qu’elle ne les ait pas vu ou encore le fait qu’elle n’avait eu aucun cadeau de Noël cette année-là. D’autre encore lui expliquait la difficile et longue procédure de divorce qui était en cours. Cela durait depuis un an, et ce n’était pas encore terminé. La lettre qu’elle venait de recevoir était le commencement d’une vie nouvelle. Son père venait de lui annoncer qu’il déménageait dans une maison dans une quelconque ville sorcière. Ce n’était pas étonnant. Il n’avait pas assez d’argent moldu pour habiter une de leurs habitations. Sa mère garderait la maison où elle avait grandit. Et elle, elle ferait des allers retours. Ou peut-être pas. Rien n’était expliqué dans la lettre.

Elle soupira, s’arrêta brusquement et s’accroupit dans la neige, y plongeant ses mains. Le froid la calma un peu, faisant redescendre la chaleur qui s’était accumulé au niveau de son visage alors qu’elle s’était perdue dans ses pensées.


« A quoi ça sert d’aimer si c’est pour que ça se finisse comme ça ? », murmura-t-elle, tout en refermant ses poings dans la neige, en en attrapant au passage une petite poignée.

Alors qu’elle se redressait, le visage d’Echoe apparut distinctement dans sa tête. Un léger sourire traversa sa figure avant qu’il ne se transforme en moue. Les yeux baissés vers ses poings d’où coulait la neige fondue, elle se mit à marmonner :

« Et comment on fait là ?... »

Ses paroles ne devaient pas avoir beaucoup de sens pour quiconque les entendaient sans en connaître les raisons. Il aurait fallu être dans la tête de la Poufsouffle pour en comprendre tout leur sens. Ou peut-être que cela ne changerait rien. De toute façon, il n’y avait qu’elle et ses pensées, aucun autre élève ne se trouvait dans le parc à cette heure-là.

« T’as vu les garçons là-bas, ils sont mignons tu trouves pas ?, dit-elle, imitant la voix de sa mère avant de reprendre une voix normale, Ouais ouais…, un rire triste s’échappa de sa bouche, c’est juste un peu plus compliqué que ça... Les filles qui sont avec eux sont beaucoup mieux... »

Alors qu’elle allait reprendre son chemin vers le château, des bruits de pas s’arrêtèrent juste derrière elle. Elle frissonna. Elle savait qu’elle était en tort. Mais peut-être n’était-ce qu’un élève, comme elle ? Elle se retourna alors, le visage neutre.

« Miss Peters », dit-elle dans un souffle et le visage blême.

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

La nuit de papier  PV 

Octavia leva les yeux et observa les étoiles. Elle soupira comme elle soupirait souvent, sans raison apparente, juste parce que c'était ce dont elle avait envie sur le moment. Le ciel était si sombre qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il engloutisse Poudlard d'une minute à l'autre. Pourtant, il ne se passa rien, tout resta à sa place – le ciel en haut, la terre en bas. Octavia détacha finalement son regard des étoiles et s'avança dans le parc.

Les hivers de l'Écosse étaient froids, et ce soir-là, Octavia en prit pleinement conscience. Elle portait tout un attirail destiné à la protéger des vents glacés de janvier, mais il lui sembla que le froid parvenait encore à transpercer toutes ses protections. Elle porta sa main au col du long manteau noir qu'elle portait, puis elle réajusta son écharpe en laine. La nuit avait avalé le parc, mais Octavia parvenait à distinguer quelques éléments informes, car ses yeux avaient pu s'habituer à l'obscurité – la masse irrégulière qu'elle perçut, là-bas, devait être le saule cogneur. Elle ne se dirigea pas vers cet arbre ; au contraire, elle prit la direction opposée.

Octavia avait terminé sa ronde. Aucun élève ne traînait dans le château, qui gagnait d'ailleurs en noblesse lorsqu'il était complètement vide. Une fois débarrassée de tous ces étudiants turbulents, l'école de sorcellerie ressemblait à un monument triste, froid, abandonné, mais incroyablement intimidant. Lorsqu'elle déambulait seule dans Poudlard, Octavia avait parfois l'impression d'être une reine rôdant dans son château médiéval, à la recherche de quêtes à accomplir, de mystères à découvrir, mais pas de cœur à conquérir. Voilà des années qu'elle avait abandonné l'idée que le bonheur doive nécessairement se construire à deux.

Octavia était donc retournée dans ses appartements, mais le sommeil n'était pas venu à elle. Elle s'était très vite rendue compte qu'elle ne parviendrait pas à dormir – pas tout de suite. N'ayant pas la moindre intention de passer ses prochaines heure à se retourner dans son lit, elle s'était vêtue en fonction du temps, puis était venue dans le parc. Elle n'avait pas l'intention d'y rester longtemps ; juste le temps d'une promenade nostalgique. Pendant qu'elle marchait, Octavia repensa aux nombreuses fois où elle avait défié le couvre-feu lorsqu'elle était élève, juste pour pouvoir se dépenser ici-même. Elle avait fait des centaines d'aller-retours dans ce parc, au beau milieu de la nuit, juste pour extérioriser la rage qui l'habitait alors.

Aujourd'hui, le sport occupait une place moins importante dans sa vie. Elle continuait à courir de temps en temps, mais c'était devenu plus irrégulier, moins nécessaire. C'était un passe-temps, plus une passion. Désormais, ce qui l'occupait, ce qui la faisait vivre, c'était son métier – et elle se savait chanceuse d'aimer son métier, car c'était loin d'être le cas de tout le monde. L'enseignement était sa vocation. Elle voulait éduquer les futurs grands sorciers du monde, perpétuer ses acquis. C'était ce qu'elle voulait réellement faire de sa vie. Il y avait dix ans, elle n'aurait pas cru qu'être professeur à Poudlard la passionnerait – le jour où elle repartie dans le Poudlard Express, à la fin de sa septième année, elle s'était jurée de ne jamais remettre les pieds dans cette école. Le temps faisait les choses de façon inexplicable, mais il les faisait bien.

Alors qu'elle se promenait depuis deux – peut-être trois – minutes, et qu'elle commençait à avoir l'impression que le froid lui giflait le visage, Octavia entendit le son d'une voix. Elle crut d'abord halluciner, car elle ne pouvait pas croire qu'une autre personne soit sortie dans le parc alors que la température était si basse. Pourtant, elle tendait l'oreille et la voix ne s'éteignait pas. Elle s'approcha alors de la provenance du son, et ses doutes se confirmèrent rapidement ; il s'agissait d'une élève. Elle comprit que l'étudiante n'était pas accompagnée, et qu'elle se parlait sans doute à elle-même.

Lorsque Octavia fut assez proche pour comprendre ce que l'adolescente disait, celle-ci était en train de parler de garçons, des filles qui étaient avec eux, et qui étaient bien plus intéressantes. Octavia fronça légèrement les sourcils, puis sortit sa baguette de la poche de son manteau et lança un Lumos. Elle reconnut le visage d'Ambre Baxrendhel au moment où celle-ci reconnaissait le sien.


« Bonsoir, Mademoiselle Baxrendhel. »

Sa voix était sévère. Ce qu'elle avait entendu ne devait pas influencer son jugement. Elle y réfléchirait plus tard, convoquerait peut-être son élève, en parlerait éventuellement à son Directeur de Maison – car il sembla évident que cette jeune Poufsouffle avait besoin d'un soutien.

« Vous n'avez absolument pas le droit d'être ici en pleine nuit. Je croyais que vous le saviez, en tant qu'ancienne préfète. »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

La nuit de papier  PV 

-Flashback-

Février 2041 :


Le paysage défilait rapidement sous les yeux encore rougit de la jeune fille. La neige recouvrait le paysage, lui donnant un aspect féerique. La réalité l’était beaucoup moins. Le wagon dans lequel elle se trouvait était vide, le reste du train quasiment désert. Peu nombreux étaient les étudiants de Poudlard à retourner chez eux pour les vacances de février. Tous s’en réjouissaient. Pas Ambre Baxrendhel. Rentrer signifiait faire face à ce qu’elle redoutait depuis maintenant quelques mois. Alors que certains profiteraient de ce moment pour voir leur famille, pour aller skier chez les Moldus, la rouquine, elle, passerait ses vacances à… A quoi finalement ? A voir la même comédie encore et encore ? Voir ses parents faire semblant d’être heureux ensembles alors que la lettre qu’ils lui avaient envoyé quelques semaines auparavant prouvait bien à quel point les choses n’allaient plus ? Sentant une nouvelle larme couler, elle l’essuya d’un revers de manche et se mit à fixer le paysage défilant de plus en plus vite.

6h plus tard


« Ta mère est à l’intérieur, nous t’attendions pour parl… »

« Je sais. Pour parler. De toute façon on a rien d’autre à faire non ? », lui dit-elle le regard dur, tout en attrapant la valise qui se trouvait à l’arrière de la voiture.

Une heure. Une heure à attendre dans la gare de Londres, seule, que son père vienne la chercher. Mais après tout, une heure dans une vie, ce n’est rien n’est-ce pas ? Elle ne lui avait rien dit, n’avait pas fait de remarque sur son retard. Elle s’était juste dirigée vers la voiture, pour qu’ils puissent rentrer et qu’enfin les choses soient annoncées clairement et officiellement.

Elle avait l’impression d’assister à un enterrement. L’enterrement d’une vie heureuse qui avait duré quelques années et qui, maintenant, ne serait plus qu’un souvenir. Elle voulait retourner à Poudlard. Être dans sa salle commune, dans son dortoir, avec ses amis. Et pas ici, face à ses parents dont les visages graves et marqués lui donnaient la nausée.


« Ambre… Ce que nous voulons te dire n’est pas très simple tu sais… »

« Oui… Comme je te l’ai dit dehors… »

« Vous vous séparez, oui, je sais. »

La rouquine venait de dire ça calmement, le visage crispé. Crispé par l’agacement que cette mise en scène stupide lui procurait : elle, assise sur le canapé, face à ses parents, debout, face à elle. Elle plongea tour à tour son regard dans ceux de ses parents :

« Vous savez, je n’ai pas oublié la lettre que vous m’avez envoyé il y a quelques semaines. Vous étiez très explicites. »

Elle se leva et les contourna. Ils n’essayèrent même pas de l’en empêcher. Ils savaient que cela ne servirait à rien. Mieux valait laisser la Poufsouffle tranquille dans ces situations. Elle se dirigea rapidement vers l’escalier qui la mènerait à sa chambre. Avant de grimper les quelques marches, elle se retourna une dernière fois et leur dit, alors que quelques larmes dégoulinaient sur ses joues rougies :

« Ça ne servait à rien que je vienne ici. Rester à Poudlard n’aurait rien changé. »

-Fin du flashback-


La voix sévère de Miss Peters la fit frissonner. A moins que cela soit dû à la faible température extérieure. Il faut dire que sortir en pleine nuit, sans vêtements vraiment adaptés au froid et surtout, avoir plongé ses mains dans la neige glacée quelques minutes auparavant, n’était peut-être pas la meilleure chose à faire si la rousse voulait éviter un passage à l’infirmerie dans les jours qui allaient suivre. La professeure de sortilège, elle, semblait avoir bien préparé sa sortie : un long manteau noir la recouvrait, si bien que sans les éclats de lumière qui s’échappaient du bout de sa baguette magique, elle aurait ressemblé traits pour traits à une ombre glissant sur le sol. Ambre aimait bien cette vision. Elle s’imaginait sa professeure, vêtue de ce même manteau, glisser dans la nuit noire, invisible aux yeux de tous mais bien présente. Ces pensées furent rapidement remplacées par une toute autre vision, celle d’une potentielle punition, lorsque sa supérieure évoqua le fait qu’elle était précisément en train d’enfreindre le règlement.

Le visage toujours tourné vers la directrice de Serpentard, la quatrième année ne put s’empêcher de se mordre les lèvres, bien consciente qu’elle était en tort. Après avoir, inconsciemment, regardé autour d’elles, cherchant peut-être désespérément quelque chose qui pourrait l’aider, elle dit, lentement :


« Si je vous disais que j’étais somnambule, vous ne me croiriez pas, n’est-ce pas ? »

Après avoir poussé un soupire devant l’aberration de ses propres paroles, elle enchaîne presque immédiatement, sans laisser le temps à Miss Peters de pouvoir dire quoi que ce soit :

« Je sais que j’ai enfreint le règlement, effectivement… Miss, n’avez-vous jamais ressenti le besoin de faire quelque chose, même si cela va contre le règlement, simplement parce que vous pensez que cela peut vous aider à aller mieux ? »

« DÉFONCE-LES TOUS », Monseigneur Endive • « Le souffle des Poufsouffle jamais ne s'étouffe » • Batteuse des Frelons

La nuit de papier  PV 

Ambre Baxrendhel tourna la tête à gauche, puis à droite, comme si elle cherchait un repère, quelque chose qui attraperait son regard et la sauverait de cette situation. Bien sûr, elle ne put rien voir d'autre que le Parc recouvert d'une couche de neige et la silhouette du château qui se découpait dans la nuit. Inévitablement, elle reporta son regard sur le professeur Peters, qui plissa légèrement les yeux. Elle attendait la réponse de la jeune élève avec une mine sérieuse, et savoir qu'elle venait de prendre une élève en flagrant délit ne lui procurait pas la moindre once de satisfaction. Cela n'avait jamais rien de plaisant lorsque, pendant vos rondes, vous tombiez nez à nez avec un élève qui avait fui ses dortoirs après le couvre-feu. Violation du règlement signifiait remontage de bretelles et reproches. Or, les professeurs étaient là pour enseigner, pour instruire des adolescents, pas pour passer leur temps à répéter que « quitter votre dortoir après le couvre-feu est strictement interdit, si vous le faîtes, vous écoperez d'une sentence à la hauteur de votre erreur,... ».

Lorsque Ambre Baxrendhel parla de somnambulisme, supposant à voix haute que cette excuse n'allait pas convenir à l'enseignante, cette dernière ne put s'empêcher de penser que cette élève venait de bousiller toutes ses chances. Octavia ne partait jamais du principe qu'un étudiant avait enfreint le règlement pour le plaisir, et gardait en tête qu'il y avait toujours la possibilité, aussi infime soit-elle, que l'élève en question ait agi à l'encontre des règles pour une bonne raison. Ambre Baxrendhel avait piétiné la possibilité de faire croire à Octavia qu'elle était, justement, somnambule. « Si je vous disais que j’étais somnambule, vous ne me croiriez pas, n’est-ce pas ? » Bah. Plus maintenant, en tout cas.

La suite du discours de la jeune Poufsouffle surprit Octavia. Alors que d'autres se seraient contentés de soupirer et seraient rentrés dans leur salle commune, murmurant des injures à l'égard du professeur qui les avait coincés, Ambre Baxrendhel ne semblait pas envahie par la rancune ou l'agacement. En fait, elle semblait juste désespérée – ce qui était pire, bien pire. Qu'est-ce que Octavia était censée répondre à la question de cette jeune fille ? Qu'aurait-il été convenu de dire ? « Non, absolument pas, je n'ai jamais enfreint le règlement, je suis un robot, une sainte, comme tous mes collègues, d'ailleurs. » Risible. Risible et lamentable. Des adolescents comme Ambre Baxrendhel n'avaient pas besoin qu'on leur présente des modèles de pseudo-sagesse ; ils avaient besoin qu'on leur montre qu'ils n'étaient pas seuls au monde, que c'était normal de se poser des questions, de se sentir perdu. Que ce n'était pas grave, si elle trouvait les filles plus jolies que les garçons. Alors, Octavia prononça la réponse qui lui sembla évidente, sincère et naturelle.

« Si. Bien sûr. »

Elle hésita une seconde avant d'ajouter, dans un murmure :

« C'est normal. »

Normal. Octavia n'aurait même pas su définir ce terme. Tous aspiraient à l'être, sans trop savoir pourquoi. « C'est normal », avait-elle dit, exactement comme elle aurait pu dire « ce n'est pas une mauvaise chose ». Ne pas être normal, c'était ne pas avoir de chance, tout simplement ; c'était être condamné à subir les railleries des plus intolérants.

En tant qu'enseignante, il y avait des principes qu'Octavia devait rigoureusement respecter, telle que l'impartialité. Pour une même faute commise, la sentence devait être égale pour tout le monde. Elle avait envie de ne pas punir Ambre Baxrendhel, de la laisser filer dans son dortoir, mais elle ne le ferait pas, car malgré tout, elle avait consciemment violé le règlement de l'école. Difficile, pourtant, d'observer cette jeune fille perdue dans ses sentiments et de souhaiter en rajouter une couche en l'obligeant à aller nettoyer les plus belles pièces de la Salle des Trophées.

« Je crois que nous ferions mieux de rentrer. Vous devez être gelée. »

Sans vraiment lui laisser le choix, elle l'entraîna jusqu'au château, constatant qu'effectivement, la jeune fille avec les joues rougies et les mains bleues. Une fois à l'intérieur, Octavia prit la direction de la salle commune de Poufsouffle, et sur le trajet, affirma :

« Je suis certaine que vous pouvez comprendre pourquoi je suis obligée de vous punir, Mademoiselle. »

La jeune femme repensait à ce qu'elle avait entendu, aux phrases qu'Ambre Baxrendhel avait murmurées, avant qu'elle ne s'aperçoive de la présence de l'enseignante. Octavia, qui souriait dans presque toutes les situations, ne sourit pas lorsqu'elle ajouta :

« Il y a autre chose que j'aimerais que vous compreniez. Quoique vous ressentiez, ce n'est pas mal. Personne ne peut vous en vouloir d'avoir des préférences et des sentiments. »

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

La nuit de papier  PV 

Un nouveau frisson parcourut son échine lorsqu’elle ferma la bouche après avoir posé sa question. Elle se sentait idiote à être sortie en pleine nuit, dans la neige, car n’ayant pas pu retenir un peu plus ce qu’elle avait sur le cœur. Elle baissa instinctivement les yeux pour ne pas croiser le regard du professeur Peters. Elle avait l’impression de s’enfoncer encore plus dans la situation qui ne tournait décidément pas en sa faveur et qui s’en éloignait un peu plus chaque minute. Pourquoi devait-elle encore et toujours craquer lorsqu’il ne fallait pas ? Devant Elina, pour de simples cauchemars, devant Miss Holloway l’année passée pour cette histoire de séparation, et maintenant devant Miss Peters. La quatrième année se sentait faible et cela ne faisait que renforcer sa sensation de se sentir perdue. A la réponse de la directrice de Serpentard, la rouquine reporta doucement son attention sur cette dernière. Elle esquissa un sourire qui s’évapora presqu’immédiatement. Comment pouvait-elle être sûre qu’elle lui disait ce qu’elle ressentait vraiment, et non quelque chose pour lui redonner un peu confiance ?

Avant même de pouvoir lui faire part de cette pensée la jeune femme émit l’idée de rentrer au château. Effectivement, rester dehors avec ce froid n’était pas très judicieux. Ambre approuva d’un faible signe de tête et une fois à l’intérieur du château, souleva ses mains pour les observer. Elle sentait un léger picotement sur ces dernières. Après tout, vu la couleur bleue qu’elles avaient pris, ce n’était pas étonnant.


Elles n’avaient pas dit un mot depuis qu’elles s’étaient remises en mouvement, à l’extérieur. Certes, la distance parcourue n’était pas très longue, mais au vu de la situation, cela paraissait être une éternité pour la quatrième année, qui fût surprise du silence brisé par Miss Peters. Le silence précédent lui avait donné l’impression d’être une condamnée que l’on conduisait sur l’échafaud. Ou peut-être qu’à cause de la fatigue c’était simplement son cerveau qui lui donnait cette impression légèrement disproportionnée ? Après avoir lâché un faible soupire de désapprobation et qu’une légère moue soit passé sur son visage fatigué, elle ne put que répondre par l’affirmative. Elle était en faute et elle en avait été consciente, ne cherchant même pas une excuse lorsque la professeure de sortilège l’avait pris la main dans le sac, ou plutôt, la main dans la neige.

«Il y a autre chose que j'aimerais que vous compreniez. Quoique vous ressentiez, ce n'est pas mal. Personne ne peut vous en vouloir d'avoir des préférences et des sentiments. »

-Flashback-
Juillet 2036 :


« Ça n’est pas normal. »

Assise sur une nappe à carreau en plein cœur d’Hyde Park, bien installée entre ses parents, Ambre releva la tête de son repas pour regarder les gens assis à quelques mètres d’eux. Tout comme la famille Baxrendhel, ils avaient visiblement décidé de profiter de cette belle journée ensoleillée pour faire un pique nique dans le plus grand parc de Londres. Evidemment, des dizaines et des dizaines de familles, de couples ou de personnes seules avaient décidé d’en faire autant. Certains pique-niquaient, d’autre flânaient tout simplement, et rares étaient ceux simplement venus pour courir bien que quelques courageux le faisaient. Chacun s’occupait de soi et de sa famille, de ses affaires, sans se préoccuper des autres et de leurs activités. A une condition près : le couple installé non loin d’eux.


« Regarde-les, c’est dégoûtant. »

En suivant le regard ahurit du couple, la jeune fille tomba sur un autre couple, en train de s’embrasser. Haussant un sourcil, elle reporta son attention sur son sandwich, qui lui semblait quand même beaucoup plus intéressant que ces gens en train de s’embrasser. Ses parents, eux, étaient en train de discuter de choses d’adultes, et ne faisaient pas attention à ce qu’il se passait aux alentours.

«  En public en plus. »

Cette fois, Ambre releva la tête en fronçant les sourcils. Elle ne pouvait pas manger tranquillement, quel était le problème avec ce couple qui s’embrassait ? Regardant à nouveau ce dernier, elle se rendit compte que ce n’était pas un homme et une femme, mais deux femmes. Le couple continuant de faire des remarques, la rouquine les regarda, apercevant alors leurs airs dégoûtés.

« Ils ne devraient pas exister. »

-Fin du flashback-


Aux paroles de l’enseignante, la quatrième année releva la tête vers elle. Une boule avait repris place dans son ventre et elle sentait ses yeux la piquer en repensant au souvenir du parc. Elle se mordit la lèvre inférieure et dit, calmement et sincèrement :

« Je sais. Mais ça n’empêche pas les gens de parler et de ne pas comprendre. Non ? »

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La nuit de papier  PV 

Octavia ne s'était jamais sérieusement questionnée sur son orientation sexuelle. Elle en avait déjà discuté avec des amis, bien sûr, et s'était même demandée si elle préférerait les garçons toute sa vie, mais ce n'était jamais allé plus loin. Elle avait décidé de laisser les choses se passer normalement, considérant que ce qui devrait arriver arriverait. En fait, Octavia ne le savait même pas, mais elle était pansexuelle. Elle ne se souciait pas du sexe de la personne qu'elle aimait. Quelle importance ? Elle aimait une âme, des idées, un cœur, des points communs, des discussions, pas un genre.

Octavia ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans l'esprit de cette adolescente, mais elle était certaine qu'elle s'était bien plus sérieusement penchée sur la question qu'elle. Le problème était simple ; sa façon d'aimer était inhabituelle et elle en souffrait. Peut-être qu'elle faisait simplement beaucoup trop attention aux autres. Le tout, c'était de se détacher de tous ces avis prononcés sans réflexion, et l'exercice était particulièrement difficile, surtout pour les adolescents. Durant cette période sensible, Octavia avait eu la chance de tant mépriser le monde qu'elle considérait tout avis contraire au sien comme erroné, et elle ne s'était donc jamais torturée l'esprit à cause de ceux qui n'étaient pas d'accord avec ce qu'elle faisait et qui elle était. Cela dit, entre nous, elle aurait bien eu besoin d'écouter les sages conseils des personnes qui lui recommandaient de contrôler sa colère, d'être moins irrespectueuse et moins aveuglée par l'amour qu'elle portait alors à Jack Taylor.

La phrase que prononça Ambre Baxrendhel confirma les suppositions d'Octavia ; le problème, c'était les autres. Ce qu'ils disaient. Facile à dire, terrible à entendre, mais pour Octavia, le seul moyen d'échapper à ce problème était de faire comme si il ne se passait rien.

« Les gens auront toujours quelque chose à dire. Toujours une remarque à faire sur tout, même s'ils n'y connaissent rien. Le mieux, c'est encore de ne pas faire attention à leur bêtise. »

L'enseignante considéra soudain l'affaire sous un angle nouveau ; et si c'était plus compliqué que ça ? Jusque-là, elle avait simplement imaginé que la société dans sa globalité dérangeait Ambre, mais qu'est-ce qui lui disait qu'elle n'avait pas personnellement été attaquée à cause de sa différence ? Octavia plongea son regard gris dans celui de son élève avant d'ajouter :

« Si l'idiotie et l'ignorance pures sont juste lamentables, sachez que la méchanceté, les injures, le harcèlement et la moquerie sont intolérables. Si vous subissez régulièrement des remarques désobligeantes ou que vous êtes insultée, je peux vous aider. »

Ambre Baxrendhel n'avait pas le profil type de l'élève harcelée, mais il aurait été ridicule de la part d'Octavia de ne pas aborder ce sujet avec elle pour une raison aussi superficielle. Si elle s'était réfugiée dans le parc en pleine nuit, si elle s'était mise à monologuer, ce n'était pas sans raison. La situation actuelle, quelle qu'elle soit, devait impérativement changer. Allez savoir ce qui pouvait bien se cacher sous la carapace réputée incassable de la célèbre batteuse de Poufsouffle...

Lorsque sa conversation avec Ambre fut terminée, que Octavia eut terminé sa ronde et qu'elle put aller se coucher, elle s'endormit avec l'idée amère qu'elle devrait, dès le lendemain, parler à Wilhelm de son ancienne préfète qui avait bafoué la règle du couvre-feu.

Reducio
C'était mon dernier post, merci pour ce RPG !

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.