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Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Début février 2042
Au milieu du Parc - Poudlard
1ère année



Une noirceur palpable, étouffante. L’air autour de moi était moite, j’avais des difficultés pour respirer. Les yeux fermés, j’essayais d’ignorer les voix qui chuchotaient près de moi. "Aelle. Aelle ! Reste ici et calme-toi !" La voix cria dans mon oreille. Alors je reculais, trébuchant sur un obstacle invisible, elles m’effrayaient. Elles se pressaient autour de moi, m’acculant de tout côté, ne me laissant pas un instant de répis. Depuis combien de temps cela durait-il ? "Aelle ? J’te déteste." Oh non, pas celle-ci, pas cette voix. Ma respiration se fit haletante, seul un filet d’air parvenait à passer le gouffre de ma gorge. "AELLE !"


Effrayée, je me réveillais en sursaut, un cri au bord des lèvres. Je le retins au dernier moment, cachant ma bouche derrière ma main. Sur les rideaux qui cachaient mon lit aux autres, d’étranges ombres dansaient ; j’ouvrais grand mes yeux, tentant de percer la noirceur du dortoir. Le coeur battant, je tattonnais près de moi, sans quitter du regard les étranges mouvements. Un gémissement craintif m’échappa ; il résonna dans le dortoir silencieux. Mon coeur battait dans mes oreilles, était-ce normal ? Brusquement, je trouvais ma baguette. Je me jetais dessus à corps perdu en balbutiant « Lumos ». Le rayon de lumière qui s’échappa du lampion m'éblouit, mais je ne fermais pas les yeux. Le soulagement déferla dans mon corps, et je pris une grande respiration pour me calmer. Il n’y avait rien.

Je tombais sur mon coussin en soupirant ; je me saisis du lampion, le posant près de moi. Je laissais mes yeux brûlant de fatigue courir sur le plafond. Je ne pourrais pas me rendormir, pas après ce cauchemar. Un éclair de crainte traversa mon esprit ; les cauchemars se faisaient de plus en plus présent, alors qu’ils avaient cessé depuis longtemps. Ils étaient revenus en force. Comme d’habitude, je repoussais ces pensées loin de moi, les laissant pour un moment plus propice à cette réflexion. Un léger frisson me traversa ; je tirais ma couette sur moi et me blottissais sur le matelas, tout en prenant soin de rester sous le rayon lumineux du lampion jaune.



Je rouvrais les yeux de longues heures plus tard ; j’avais finalement réussi à me rendormir. Je me redressais difficilement en agitant ma baguette, « Nox, » dis-je d’une voix éteinte. Mon corps entier se rappela à moi, m’hurlant que si je ne prenais pas rapidement du repos, cela allait s’empirer. J’étais habitué, alors je me contentais de soupirer et d’ouvrir les rideaux. Un rayon de soleil puissant m’abima les rétines, et je grognais en m’abritant les yeux. La matinée était avancée, je n’avais pas cours ce matin.
Le dortoir était vide, ne restait que moi et ma lassitude. Je ne savais que faire ; aujourd’hui ne serait pas différent. Je pris une grande respiration pour enfouir mes sentiments en moi. Le seul moyen de ne pas me laisser emporter par mes pensées et mes craintes, était de suivre un programme précis. Sans un seul instant de répis. Comme tous les jours.
Mes mouvements étaient inconscient, rendu habituels par toutes les matinées passées à les enchaîner. Vêtements, douche, rangement, soupir, préparation de mon travail de la journée, regard triste lancé à mon cadre retourné sur ma table de chevet, fuite hors du dortoir.

Le bruit de la Salle Commune me frappa de plein fouet. Des rires, de l’effervescence, des objets qui volaient. Je me sentais extérieure à tout cela, et c’est le coeur plus lourd encore que je quittais le repère des Blaireaux. Les couloirs étaient plus calmes, plus froid. C’était ce dont j’avais besoin ; je détestais le froid.

Je savais où aller, le parc. Les couloirs se ressemblaient tous, les têtes que je croisais aussi, rien ne se distinguait ou alors rien ne m’intéressait. Je laissais les choses passer par-dessus moi sans chercher à les arrêter. Tout fonctionnait, sauf moi, qui était à l'arrêt. Rien n’avait d’importance si ce n’est le but sans forme que je m’imposais. Et les connaissances que j'ingurgitais comme une drogue. Un rythme idiot que je m’efforcais à suivre alors que cela m’épuisait, tant physiquement que psychiquement. Je devais forcer, tous les jours, sur ma motivation inexistante pour me lever et Faire. Mais je n’arrivais plus à voir d’intérêt. A quoi pensais-je avant ? Je ne m’en souvenais plus.

Je dépassais la Grande Salle sans un regard pour elle. Je n’avais pas faim, et je n’avais aucune envie de me mélanger à la population poudlarienne, garder le visage baissé sur cette foutue table car je craignais de voir ce que je ne voulais pas voir.
*Je m’en fous pas de tout, en fait*, pensais-je avec hargne en jetant un regard noir à une élève qui passait. Non, il y avait encore des choses qui me tenaient à coeur, mais c’était des choses que je souhaitais oublier, *tout oublier pour enfin être en paix, c’est trop demander ?*. Comme tous les jours, je secouais violemment la tête pour me sortir ces idées de la tête. C’était insupportable, ça revenait toujours en boucle, sans ne jamais s’arrêter.

Le parc, le soleil, le froid. J’allais pour serrer les pans de ma cape mais mes doigts ne saisirent que le vide. Le vide ? Je baissais les yeux, me regardant avec ahurissement. J’avais oublié ma cape. *Comment…*, déplorais-je le coeur lourd. S’il y avait bien une chose que je n’oubliais jamais, c’était ma cape. Cette cape qui renfermait mes trois trésors, ceux qui me suivaient toujours. Et cette cape qui me protégeait du froid que je haïssais tant. Je n’avais même pas pris ma baguette. Une vague d’accablement me traversa ; je savais que les larmes arrivaient avant même de les sentir. C’était idiot d’avoir envie de pleurer pour cela, j’en avais conscience mais n’avais pas la force d’avoir honte. Ni de retourner à la Salle Commune.

J’avançais de quelques pas dans le parc, trouvant le chemin qui je suivais tous les matins. Le froid lancinant de ce mois de février me frappa de plein fouet. Le vent s’agitait autour de moi, amenant quelques flocons qui promettaient une fin de journée blanche. Je regardais le parcours épuisant qui m’attendait et soudainement, je ne m’en sentais pas capable. La fatigue pulsait dans chacun de mes membres, m’exhortant à me poser. A ce moment précis, je pris conscience qu’aujourd’hui, je n’irais pas courir. Je ne voulais pas. Encore une chose que je ne voulais plus.

Je ne bougeais pas. Je restais sur le sommet de cette petite colline, m’imaginant seule sur le pic d’une montagne. La Montagne de la Lassitude
. *Ouais...*. Je me laissais tomber dans l’herbe humide et posais le menton sur mes genoux. Une position foutrement agréable, comme si elle me permettait de garder en moi tout ce qui souhaitait en sortir. Un souffle tremblant s’échappa de mes lèvres entrouvertes, et la nuque pliée vers le ciel, je regardais la fumée qui sortait de ma bouche voler vers les nuages blancs. C’était beau, et harmonieux, tout le contraire de moi.

Reducio
Prochain post réservé.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

L'individu, au cours de sa vie, est forcément amené à se demander un jour « pourquoi ? ». L'adolescence est d'ailleurs l'âge d'or de cette question car cette période amène bien souvent des interrogations dues aux changements dans la vie d'un enfant, qui bientôt passera à l'âge adulte. 
Pour Katy, du haut de ses quatorze ans, pas un jour ne passait sans que cette question ne surgisse. Chaque matin ce « pourquoi » se manifestait alors qu'elle accrochait son insigne de préfète sur sa cape. Oui car, l'Aiglonne qui quelques mois plus tôt avait tenté de s'enfuir du château, se demandait bien comment il était possible qu'on lui ait confié une telle responsabilité après son acte. Traversant la salle commune de la Maison Bleue, elle se demandait ensuite pourquoi elle ne parlait, pour dire plus, avec son petit ami lorsqu'elle l'apercevait. Et puis la journée continuait, et elle se demandait alors pourquoi on l'obligeait à se bourrer le crâne avec des leçons dont la plupart ne lui servirait jamais... Tous les jours, d'innombrables questions comme celles-ci revenaient à la charge, sans qu'elles ne puissent trouver de réponse. Et puis les jours ainsi que les interrogations s'enchaînaient tandis que les réponses se perdaient. Le principal problème étant que sans ces réponses, Katy avait l'impression de ne pas avancer dans sa vie, d'avoir une existence tout simplement inutile.

Un matin de février, alors qu'elle se levait, la quatrième année se précipita à sa fenêtre. La seule chose qui lui importait était de voir s'il neigeait. La neige était l'une des seules choses capable de faire ressortir son âme d'enfant. Il faut dire que cette neige, qui chaque année venait revêtir Poudlard et ses alentours faisait ressortir de nombreux souvenirs en elle. Il y avait le bal de Noël, la bataille de boules de neige avec les autres Serdaigle, son premier match de Quidditch avec les Eclairs... Tant de choses... Tant de choses qui s'étaient déroulées les années précédentes et qui n'avaient à ce jour plus rien de présent. Ce n'était plus que des souvenirs, des fantômes du passé qui ne faisaient que hanter l'Aiglonne. Pourquoi à son âge n'avait-elle déjà plus goût à rien ? Toutes ces choses qu'elle avait vécues à Poudlard, pourquoi ne faisait-elle rien pour les revivre ? Sa scolarité dont elle se souciait tant, pourquoi la délaissait-elle ? Encore une fois, il y avait trop de « pourquoi » d'un coup.
Pendant ce temps, les filles se pressaient dans le dortoir, faisant des aller-retour entre la salle de bain et leur malle. Les cours commençaient dans moins d'une heure, et comme à chaque fois, toutes s'activaient pour ne pas être en retard. Katy, elle, voyant que quelques flocons de neige tombaient çà et là, décida de rester contempler le paysage ; la tour de Serdaigle étant la plus haute du château, elle donnait une vue magnifique des environs. Les minutes passaient et le dortoir se vidait pour permettre au calme de faire son retour. La préfète regarda sa montre. Il était trop tard pour qu'elle soit à l'heure. Quel était son premier cours ? Botanique. Pour le peu d'intérêt qu'elle portait à cette matière, autant ne pas y aller plutôt que d'arriver en retard.

Katy resta encore un peu à regarder les rares flocons de neige tomber, puis elle décida d'aller directement au contact de l'air extérieur, peut-être qu'elle s'y sentirait mieux. La Serdaigle aimait l'air froid, elle trouvait qu'il avait quelque chose d'apaisant. Ne sachant quelle température il faisait dehors, elle se vêtit chaudement et commença à descendre les escaliers. Elle se revoyait encore, en première année, en train de dévaler quatre à quatre les marches pour être sûre d'être à l'heure, et devant la bonne salle de cours. C'est fou comme le temps avait réussi à changer sa mentalité. Elle qui se préoccupait du regard des autres à chaque action qu'elle entreprenait lorsqu'elle était plus jeune, n'avait maintenant plus rien à faire de l'avis des élèves et de ce qu'ils pouvaient bien dire sur elle.

En arrivant dans le Hall, la quatrième année pressa le pas. Elle ne voulait surtout pas qu'on la voit et lui ordonne de rejoindre son cours de Botanique. Heureusement pour elle, cette fois il n'y avait pas  de Miss Peters dans les parages pour la rattraper. Seul le vent froid vint plaquer ses vêtements contre elle, mais cela ne l'arrêta pas pour autant. Elle avança, regardant l'horizon qui se dessinait devant elle, un peu plus loin il y avait une silhouette. Cette silhouette paraissait toute recroquevillée.
*Qu'est-ce que... ?* se demanda la quatrième année. Le parc était dénué de toute vie hormis ce corps assis sur l'herbe. C'était assez intrigant. Katy s'approcha doucement et vit qu'il s'agissait d'une fille, à en juger par la longueur de ses cheveux. Silencieusement elle continua de marcher vers elle. Elle se rendit compte que l'élève ne portait pas de cape, le froid devait donc sans doute expliquer ses légers tremblements. Mais que faisait-elle ici, à cette heure, et dans cet état ? En tant que préfète, Katy devait se soucier un minimum des autres élèves, surtout des plus jeunes, et la fille qui n'était maintenant plus qu'à quelques mètres d'elle ne devait pas avoir dépassé la deuxième année. La Serdaigle enleva sa cape tout en continuant son avancée vers l'élève. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, elle lui adressa enfin la parole, assez timidement.

« Tout va bien ? Elle continua tout en lui tendant sa cape. Tu devrais mettre ça, il fait plutôt froid ce matin. »

N'ayant pas de réponse dans l'immédiat, l'Aiglonne décida de s'asseoir sur l'herbe humide. Même dépourvue de sa cape elle n'avait pas froid. La fraîcheur de l'air n'était rien comparée à la froideur du tempérament de la Serdaigle.

Lorsqu'ils déploient leurs ailes, les Aigles vous ensorcellent.

'Je crois en toi' comprendra qui pourra...

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Inexorablement, la brise fraîche qui faisait danser les brins d’herbe les plus haut me rappelait la cape que j’avais oublié. Plus que l’oubli, il m’était douloureux de me rendre compte une nouvelle fois des erreurs que je faisais dorénavant, ce genre d’erreurs que je ne me serais jamais permise il y a de cela six mois. Le ciel était blanc au dessus de moi, cette barrière de nuages m’empêchait de me plonger dans l’infini du ciel ; je regardais alors les flocons descendre lentement vers le sol, dans une chute que seul le vent savait bousculer. Je tremblais, peut-être avais-je froid mais je ne le ressentais pas, je tremblais pour essayer de m’éveiller à ce monde ; quitter un état de larve dans lequel je ne me sentais pas à ma place. Ce n’était pas mon habitude de ne pas savoir comment m’occuper ; une chose dans mon esprit, le poussait sans cesse à se questionner : “que faire, maintenant ?”. Et sans fin, je tirais de l’autre côté, tentant de m’éloigner de cette question qui ne trouvait pas de réponse.

Je soupirais en dépliant la nuque ; devant moi le parc de Poudlard, cette forêt sombre et attirante, ces montagnes écrasantes. Je tournais le dos au château comme je tournais le dos aux Autres. Je ne pourrais rien dire de la vie ces derniers temps, je ne connaissais plus le visage de mes voisines de dortoirs, j’oubliais régulièrement les personnes que je croisais ou celles qui m’adressaient la parole ; je ne vivais plus avec mais à côté du monde. Mais une fois encore, ce n’était pas de l’oubli, c’était de l'inattention, car dans chaque visage, je craignais d’en voir un et souhaitais en voir un autre. Je crispais les doigts sur mon pantalon, n’aimant pas le chemin de mes pensées. Ma conscience, telle une piqûre amère, m’asséna un rappel désagréable :
*elle aussi crispait ses doigts comme ça*. Je baissais les yeux sur mes mains. Deux pattes blanchâtres rougies par le froid et séchés par le vent d’hiver. Il n’y avait désormais plus de signe visible du bouleversement qu’avait vécu mes vacances, rien si ce n’est une douleur sourde qui grondait lorsque je serais trop fort les poings. Une trace invisible, malheureusement plus que celle qui persistait en moi ; je fermais les yeux pour échapper à ces souvenirs, oublier ce regard émeraude qu’aujourd’hui j’aurai aimé ne jamais connaître, je n’en pouvais plus de les ressasser sans fin.

Le bruit qui s’éleva soudainement dans mon dos me fit sursauter, j’ouvrais grands les yeux en sentant mon cœur s’affoler dans ma poitrine. Ma respiration se bloqua dans ma gorge ; je me retournais lentement. Le moindre changement de mon environnement me faisait réagir avec force. C’était comme un réveil brutal, un verre d’eau frais que l’on me jetais au visage. Je me prenais la baffe dans toute sa puissance, avec l’impression que mon corps réagissait excessivement pour me réveiller de mon état ; sauf que cela ne suffisait pas à réveiller ma conscience. Je me tordais le cou pour regarder vers l’arrière, qui que ce soit, cela n’avait pas grand intérêt. J’avais seulement besoin de rester seule, car les Autres me plongeaient dans une lassitude plus grande encore, leur vie m’agaçait, ils m’agaçaient, et je ne souhaitais pas l’être, Merlin non. Mon regard se durcit, une moue se dessina sur mon visage, mes cheveux et mon attitude négligés criait à tous qu’il n’était pas temps de me déranger.

Elle se trouvait à quelques mètres de moi, je la pensais plus éloignée. Grande, mince, brune, yeux bleus. Je la trouvais effroyablement banale, horriblement inconnue.
*C’est qui, elle ?*, crachais-je intérieurement, sans toutefois vouloir avoir connaissance de la réponse. Elle restait bloqué face à moi, me regardant avec des yeux scrutateurs, dérangeants. Comme souvent avec les Autres, je me pris de plein fouet ma propre image, me voyant soudainement avec ses yeux bleus ; petite et à terre, négligée, moi. Elle m’adressa la parole et alors je la haïssais. Pourquoi me parlait-elle ? Ne pouvait-elle pas passer son chemin ? Ne devait-elle pas ne pas me voir ? Pourtant j’avais tant d’ardeur à me traîner, que je pensais quelquefois qu’il n’y avait pour seule explication à ma lassitude, mon inexistence. Et elle, avec sa chaude cape et son air de pitié, me ramenait ma réalité en pleine tête. Je ne lui avais rien demandé.

Quelle ironie j’entendais dans sa voix, voyait-elle que ses paroles n’avaient aucun sens ? Avec un effroi feint, je la vis s’avancer vers moi, pénétrer mon espace en tendant sa cape vers moi. Électrochoc ; écœurement si réel qu’il me noua la gorge, mes sourcils se levèrent, ma bouche se tordit, un bruit inaudible m’échappa. Elle approchait ! J’eu peur sans raison, un seul mouvement de recul me trahis, mais cela passa rapidement, mes yeux plissés regardaient cette cape que l’Autre avait retirée. Je me revoyais soudainement, déposant presque tendrement ma cape sur le corps quasiment vide de vie de Charlie. Mon cœur s'emballa,
*Charlie*. Je secouais brutalement la tête, visualisant mes souvenirs et les envoyant loin de moi ; je portais mon attention sur l’autre. La grande fille était rentrée dans mon cercle intime, s’asseyant à mes côtés comme si elle était une vieille amie. Je ne pus m’en empêcher, je ricanais ironiquement, me demandant ce qu’elle pensait faire.

A peine eut-elle posé son corps près du mien que je me levais, comme poussée par une force qui était loin de m’appartenir. La tête me tourna un instant, accompagné par mon estomac révolté par ce soudain mouvement ; je les ignorais tout deux, m’éloignant de celle qui me dérangeait.


« Si ça n’allait pas, je ne serais pas là. », lui lancais-je soudainement sur le ton de l’évidence. Ma voix était grasse, je l’utilisais si peu. « Ma montagne est tienne, bonne bataille. »

Je n’avais pas l’habitude de m’entendre si moqueuse. Je ne me retournais pas pour regarder l’inconnue, sa pitié me faisait fuir, je n’en voulais pas. Une envie brutale de me trouver seule m’empoigna le cœur et c’est d’un pas tout aussi éteint que ceux m’ayant amené ici que je m’éloignais. Mes pieds foulaient une herbe rendu craquante par le gel matinal ; je frissonnais violemment, le froid était plus fort maintenant que je m’offrais à lui. Debout, je faisait face au même ennuie qu’auparavant, il s’entourait autour de mon esprit comme la tentacule de ce calmar que j’aurais aimé rejoindre. C’était un voile qui se posait sur mes pensées, les rendant ternes et incompréhensibles, limpides et pourtant sans sens. Je fis quelques pas hésitant, ne comprenant pas les larmes qui s’accumulaient dans mes yeux. J’eu l’envie de me rouler en boule pour m’échapper à cela, mais je ne devais pas m’arrêter de marcher. Non, je ne pouvais pas. Je marchais sans prendre conscience de ce qui m’entourait, entièrement focalisé sur la seule chose que je souhaitais ne pas voir : moi-même.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Quelle ne fut pas la surprise de l'Aiglonne au moment même où son corps vint se poser sur le sol. La jeune élève se leva instinctivement. Ce fut comme si le sol avait joué un rôle de balancier, faisant s'asseoir une personne, en relevant une autre. Katy ne comprenait rien à la situation. Elle avait déposé sa cape auprès de la fillette à la chevelure blonde car celle-ci n'avait pas daigné tendre son bras pour l'attraper, et lorsqu'elle s'assit, il y eut comme une répulsion du sol conduisant l'autre élève à se lever brutalement, sans prendre la cape abandonnée sur l'herbe fraîche et humide. La préfète observa la scène sans ajouter un mot de plus, elle se demandait bien ce que la fillette face à elle comptait faire, car sa manière d'agir était on ne peut plus intrigante.
Sa voix ne tarda pas à s'élever. C'était une voix désagréable à entendre. Elle se mariait d'ailleurs très bien avec les propos énoncés. D'un ton ironique et moqueur à la fois, elle avait rétorqué deux phrases à Katy. Ces deux courtes phrases qu'elle laissa s'échapper de sa bouche auraient pu se résumer à quelque chose comme : « tu ne vois pas que j'ai envie d'être seule ? Fiche-moi la paix ! ».
*Mais elle est folle !* se dit la préfète, qui jusque là croyait avoir fait une bonne action. Elle n'aurait jamais pensé que de telles paroles puissent sortir d'un si petit être. Il faut dire que c'était assez violent de se prendre ce genre de réflexion, surtout lorsqu'on pensait bien faire. Et puis bon, se faire renvoyer d'où on vient par quelqu'un ayant au minimum deux ans de moins, c'était limite. L'ego de Katy venait d'en prendre un sacré coup. Cela renforçait la lassitude qu'elle éprouvait envers les autres.
Elle assista, de façon impuissante, au départ de la mystérieuse élève qui se tourna et ne perdit pas une seconde pour se mettre en marche. Où allait-elle ? L'Aiglonne n'en savait strictement rien. Elle contempla, avec une certaine fascination, le pas d'abord hésitant puis déterminé de la fillette blonde.
*Oui, elle est complètement folle !* marmonna-t-elle pour confirmer sa première hypothèse.

En temps normal, la Serdaigle n'aurait pas cherché à comprendre le pourquoi du comment. Elle aurait simplement ramassé sa cape et serait tranquillement retournée dans son dortoir. Mais cette fois c'était différent. Elle prenait l'événement qui venait de se dérouler comme une défaite, et elle ne souhaitait pas rester sur un échec. C'était hors de question. De plus, il lui restait une bonne heure à tuer, alors autant se rendre utile. Elle se releva péniblement. En très peu de temps le froid avait gelé ses membres et ses jambes ne répondaient presque plus aux ordres données par son cerveau. Katy reprit sa cape et la glissa sous son bras. Elle apercevait encore la silhouette de l'élève, bien que celle-ci fût déjà assez lointaine. Si elle voulait vraiment la rattraper, alors il allait falloir qu'elle court. C'est ce qu'elle essaya de faire mais son corps semblait vouloir contredire sa volonté, il se faisait lourd et engourdi. Malgré tout, elle fit l'effort. L'inconnue l'avait bien trop intriguée pour la laisser filer ainsi. Et puis il y avait peut-être aussi une histoire de fierté, elle ne pouvait laisser passer ce qu'elle considérait comme une sorte de manque de respect.
Chemin faisant, elle regrettait encore son manque d'endurance. Certes le froid rendait la course plus difficile, mais sa condition physique ne jouait pas en sa faveur non plus. A quelques mètres de la fillette, elle faillit renoncer, se demandant
*Mais pourquoi je fais tout ça en fait ?*. Peu importait la réponse, elle avait fait l'effort et ne pouvait pas abandonner maintenant, de toute façon cela ne pouvait pas être pire que quelques minutes auparavant. Elle dépassa l'élève, faisant obstruction de son passage, et lui lança un regard noir. Ce n'était pas réellement de la colère qui ressortait de la noirceur de ses yeux, c'était plutôt de la conviction, de la détermination pour arrêter la fille blonde.

« Je peux savoir à quoi tu joues ? Je voulais simplement t'aider. C'est tout. »

Encore une fois c'était juste pitoyable. Comment Katy espérait-elle se faire respecter en tant que préfète si elle n'était même pas capable de parler normalement, sans aucune intimidation, à une élève moins âgée qu'elle ? L'élève se trouvant face à elle avait vraiment de quoi rire de son aînée. Elle l'avait déjà à moitié humiliée du haut de « sa montagne », il ne lui restait plus qu'à l'achever sur place en lui répondant à nouveau avec l'une de ses phrases sarcastiques. Ou alors peut-être qu'avec un peu de chance elle ne répondrait pas et prendrait la fuite ; ceci étant préférable pour la quatrième année qui se trouvait dans une posture ridicule, toujours sa cape sous le bras.
Une brise de vent la fit frissonner. Elle commençait à avoir froid. Peut-être aurait-il fallu qu'elle bouge, mais elle livrait une sorte de duel du regard avec son homologue et elle ne comptait pas perdre cette fois, question de principe. Une sorte de rivalité était en train de naître entre les deux filles. C'était tout bonnement absurde mais aucune des deux ne souhaitait sortir perdante de ce contact visuel insistant.

Lorsqu'ils déploient leurs ailes, les Aigles vous ensorcellent.

'Je crois en toi' comprendra qui pourra...

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Je déambulais sans but dans le parc, obligée par une inconnue à fuir une place que j’avais fait mienne ; le contraste avec mon comportement d’antan me frappa alors. J’étais persuadée qu’il y a quelques mois, je n’aurais bougé pour rien au monde, me sentant à ma place avec la présence ou non de l’intruse. Aujourd’hui, j’avais fuis, c’était devenu mon quotidien ; un quotidien fort différent que celui que je m’étais construit depuis mon entrée à Poudlard. Je ne pouvais m’empêcher de penser à avant. C’était récurrent, j’étais toujours dans la comparaison, et cela me donnait plus envie encore de ne pas être dans ce présent là, présent dans lequel je ne comprenais pas comment j’avais atterri. Et aujourd’hui, me voilà m’éloignant de l’autre fille, agacée par sa seule intervention.

J’allongeais le pas ; en marchant, le froid était plus présent. Je ne regardais pas où j’allais, persistant à regarder mes pieds se poser et se soulever du sol. Les flocons tenaient sur le sol froid, bientôt le paysage serait blanc et les traces de mes pas visibles sur le sol. Mes mains ressentaient déjà l’effet de la brise d’hiver, mes phalanges étaient douloureusement sèches et ma main droite me tiraillait presque agréablement. J’aimais la sentir pulser au bout de mon bras ; le traitement que j’avais abandonné dans ma table de nuit se faisait ressentir, la douleur n’irait qu’en empirant, mais j’étais préparé.

Mes pas m’avaient amené du côté Nord du parc, dans un coin que je n’avais guère visité. Je levais les yeux lorsque je frôlais un arbre, manquant de le cogner de peu. Je tournais légèrement la tête pour le regarder, remarquant qu’un autre tronc se trouvait non loin de moi, sans que je ne sache comment je l’avais dépassé sans le voir. Je ralentis légèrement ; avant de remarquer que le-dît tronc n’était pas immobile comme il se devait de l’être. Cette fois-ci, je tournais clairement la tête pour regarder derrière moi et ce que je vis me laissa pantoise. La grande fille me suivait en courant, se dirigeant droit vers moi avec une détermination étonnante. N’avait-elle pas compris mon besoin de solitude ? J’accélérais de nouveaux le pas, légèrement agacée qu’elle se croit permise de me suivre ainsi.

Soudainement, elle me dépassa et s’arrêta devant moi. Je me stoppais, sans pouvoir toutefois le faire avant de me trouver à quelques centimètres d’elle ; j’étais si proche que son souffle froid et chaud à la fois me caressa le haut du visage. Intrigué par la chaleur qui s’échappait de son corps, mon coeur sursauta dans ma poitrine avant que je ne réagisse vivement ; je me reculais d’un bon pas, instaurant une distance respectable entre nous. Je relachais ma respiration dans une longue expiration. Je pensais un instant à la contourner pour m’en aller, mais elle ouvrit la bouche - que mes yeux fixèrent alors intensément - et m’envoya ses dures paroles au visage. Lasse, je pliais la nuque pour la regarder ; ses yeux bleus, glaciaux, s’ancrèrent dans les miens. La fatigue rendait mon propre regard lourd, je ne faisais aucun effort pour leur insuffler un peu de vie. Je fronçais les sourcils ; pourquoi me suivait-elle ? Nous ne nous connaissions pas, elle n’avait pas à s’acharner. Et je ne souhaitais pas qu’elle le fasse, je n’avais qu’une envie, fuir le plus loin possible de cet endroit où je ne parvenais pas à trouver la paix.

Un voile s’abattait sur moi, rendant chacune de mes actions difficile à réaliser ; j’étais à bout de souffle. Mon regard se perdait dans le sien, et j’avais la sensation que je pouvais rester des heures ainsi ; sentant mon nez me piquer, je levais le bras pour le gratter de ma manche, sans toutefois quitter la jeune fille du regard. Ainsi, je tentais de m’encourager à défendre mes droits de ne pas accepter son aide. Mais aucune phrase ne parvenait à dépasser le voile de lassitude que me rendait si invisible à moi-même. Je n’avais rien à lui dire, rien à penser et rien à défendre.

Je brisais notre échange de regard. Simplement, sans même avoir conscience de le faire ; je me penchais légèrement sur la gauche, voyant derrière elle se dessiner le parc sommairement blanc. Me suivrait-elle, si je partais sans ne rien dire ? Je lui lancais un regard de biais, connaissant la réponse sans même connaître la fille. Alors je soupirais et m”éloignais d’un pas de plus ; je me frottais les yeux pour les en débarrasser de leur fatigue.

« Si je joue, je connais pas le jeu, » répondis-je alors en détournant le regard vers le château. « Je ne veux pas de ton aide. »

Elle semblait si déterminée ; la cape qu’elle tenait toujours dans les mains, sans se la mettre sur le dos alors qu’elle semblait clairement avoir froid, le prouvait. Et je n’aimais pas cela, car je savais pertinemment bien que c’était peut-être la chose la plus importante qui nous séparait. Je la regardais une nouvelle fois, cette grande fille aux cheveux bruns, et je me fis la réflexion qu’elle était tout ce que je souhaitais fuir ; en fait, elle me faisait peur.

« T’as rien à faire ici » lui dis-je simplement. *Avec moi*, entendais-je. « Tu vas… »

Les mots me quittaient soudainement ; je ne savais plus ce que je voulais dire. Je la regardais d’un air consterné. Elle faisait dors et déjà son boulot d’Autre : me perdre plus que ce que je n’étais déjà. Je me détournais d’elle pour offrir mon visage au château imposant qui nous écrasait de sa taille. Ce faisant, le vent me frappais le dos et ramenait mes cheveux châtains devant le visage, je ne les écartais pas. Ils étaient une barrière naturelle m’éloignant du regard de la jeune fille. Je fus tenté de me laisser tomber au sol, comme sur ma Montagne, mais je ne souhaitais pas lui laisser croire qu’elle pouvait s’installer près de moi. Si elle ne partait pas rapidement, mon comportement naturel aurait tôt fait de la faire fuir.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Le regard de l'élève face à Katy se durcissait. C'était incroyable de ressentir une telle assurance dans les yeux d'une si jeune personne. La Serdaigle, elle, ne pliait pas et continuait de fixer cette inconnue. Au-delà de ce qu'elle prenait pour une rivalité, il y avait aussi une sorte d'intrigue concernant cette mystérieuse jeune fille. Qui était-elle ? Quel âge avait-elle ? De quelle Maison était-elle ? Son visage n'était pas totalement étranger de l'Aiglonne qui l'avait sans doute déjà croisé dans les couloirs ou la Grande Salle. Néanmoins, elle avait beau faire l'effort de chercher, elle ne pouvait mettre un prénom ou une quelconque information sur cette tête.

L'élève détourna son regard, elle essayait de trouver un moyen de fuir, mais pourquoi ? Pourquoi s'obstinait-elle tant à vouloir échapper à la préfète ? Avait-elle quelque chose à se reprocher ? Elle semblait être sur la défensive, comme si elle souhaitait échapper à un ennemi invisible. Et finalement elle se décidait à cracher une nouvelle fois des paroles envenimées, refusant l'aide qui lui était proposée. Il y avait une certaine insolence dans son comportement que Katy ne tolérait pas, et qui la surprenait par la même occasion. On aurait dit de cette jeune fille qu'elle était une sorte démon dans une peau d'ange. La Serdaigle la regardait de haut en bas, sans rien dire. Beaucoup de choses se dégageaient de l'élève. Il y avait du désespoir, de la lassitude, de la crainte aussi, et puis un peu de colère. C'était donc compliqué de devoir formuler une réponse car l'autre élève était imprévisible. Une tornade d'émotions sommeillait en elle. Elle se tourna vers le château et se remit en marche pour la seconde fois.
*Mais pourquoi ?* se demandait l'Aiglonne. Elle tremblait encore à cause du froid et son cœur battait faiblement. Elle avait encore le souffle coupé par la course qu'elle venait d'entreprendre mais elle se sentait prête à recommencer si l'inconnue s'en allait. Dans un premier temps elle la suivit, marchant sur ses pas mais gardant une distance raisonnable. La jeune fille ne se retournait pas, elle se contentait d'avancer, alors Katy décida de lui parler en espérant la faire réagir.

« Je crois que tu as mal compris. Je ne te proposais pas mon aide, je te l'imposais en réalité. »

La Serdaigle s'arrêta. L'autre élève continuait malgré ses paroles. C'était peu commun de constater autant d'indifférence mais Katy ne voulait pas laisser passer cela, elle ne pouvait pas. Alors, toujours immobile et regardant l'élève s'éloigner, elle reprit la parole.

« Je suis préfète, et c'est mon rôle de veiller à ce que les autres élèves aillent bien. Et là je vois que tu ne vas pas bien donc au lieu de me fuir, tu devrais me parler. Elle fit une pause, laissant l'écho de ses paroles se perdre dans le vaste Parc puis poursuivit. Tu peux peut-être me fuir, mais tu ne peux fuir tes problèmes. » Dit-elle avec plus d'insistance, afin que la jeune fille lui tournant le dos puisse l'entendre.

En pensant à ce qu'elle venait de dire, Katy eut une sorte de pincement au cœur. Elle trouvait ses paroles dures, et même si l'autre élève ne lui avait jusqu'à maintenant pas répondu très gentiment, elle culpabilisait de le lui rendre. La mentalité
« œil pour œil, dent pour dent » ne faisait pas partie de l'éducation qu'on lui avait inculquée. Aussi, bien que depuis bientôt un an elle reniait l'autorité parentale, la quatrième année n'avait pas abandonné tous les habitus ancrés en elle. Et malgré les événements passés qui l'avaient rendue encore moins sensible au monde extérieur, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une sorte de pitié pour la jeune fille car selon elle, elle n'était pas devenue si... introvertie, sans aucune raison. La voyant poursuivre son chemin sans émettre la moindre réaction, Katy se dit qu'il fallait peut-être s'y prendre autrement avec elle. Elle avait essayé la manière douce, la manière forte également. Mais elle ne lui avait pas adressé directement la parole ; sans doute était-il temps de le faire. Elle se remit à courir pour éviter d'avoir à hurler à travers le Parc les quelques mots qu'elle voulait dire, et lorsqu'elle se sentit assez proche elle tenta désespérément un dernier moyen d'aborder l'inconnue.

« Au fait, je m'appelle Katy. Katy Smith. Et toi ? Qui es-tu ? »

La préfète se doutait qu'elle risquait de se prendre un autre vent mais elle n'était plus à cela près. Et puis qui sait, peut-être que l'élève aurait la bonté de lui répondre. C'était peu probable certes, mais pas impossible. Alors la Serdaigle continua de marcher, au cas où... Le vent qui était à présent dans son dos, envoyait un souffle glacial qui lui faisait regretter de ne pas se revêtir de sa cape. Son tempérament, un peu trop borné, était fréquemment la cause de ses regrets, et elle le savait très bien.

Lorsqu'ils déploient leurs ailes, les Aigles vous ensorcellent.

'Je crois en toi' comprendra qui pourra...

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Je marchai sans avoir réellement conscience de le faire ; mon pas, hagard, me ramenait près du château. Je n’avais qu’une seule idée en tête, celle de mettre de la distance entre l’Autre et moi. Ma gorge était douloureusement serrée de frustration, mon envie d’être seule était plus vive encore. Il y avait toujours ces émotions quand les autres étaient près de moi, des émotions que je ne souhaitais pas ressentir.

« Je crois que tu as mal compris. Je ne te proposais pas mon aide, je te l'imposais en réalité. »

La voix claire de la jeune fille s’éleva dans le silence du parc pour venir me frapper. La surprise fut si forte que je trébuchai ; je battis des pieds pour retrouver mon équilibre. Mon coeur s’emballa. *Elle me suit encore !*. Étonnement, je ne me sentais pas en colère ; juste éreintée par l’insistance de la fille et par l’impossibilité d’être seule. J’allongeai le pas en essayant de calmer ma respiration. L’herbe couverte de neige était glissante, et je manquai de m’affaler plusieurs fois sous le coup de la pression et de la crainte qu’elle ne me rejoigne.

« Je suis préfète, et c'est mon rôle de veiller à ce que les autres élèves aillent bien. Et là je vois que tu ne vas pas bien donc au lieu de me fuir, tu devrais me parler. » cria-t-elle derrière moi.

Epuisée par les ondes négatives que semblait ne pas vouloir cesser m’envoyer la fille, je me sentai acculée de toute part ; je m’arrêtai, hésitante. Une part de moi souhaitait l’attendre et lui crier ses quatres vérités à la figure, la remettre à sa place, défendre ma vie privée. Mais l’autre part, la plus puissante, voulait se libérer de tout cela. De cette pression qui lui martelait le crâne et le coeur.

« Tu peux peut-être me fuir, mais tu ne peux fuir tes problèmes. » continua-t-elle.

« S’il te plait…, » soufflai-je dans le silence du parc « laisse-moi »

Je l’entendai, elle se rapprochait. J’avancai d’un pas tremblant, puis d’un autre ; le parc s’étendait devant moi mais je ne le voyais pas. Je respirai difficilement. *Laisse-moi*, gémissait mon esprit. Brutalement, mes yeux me brûlèrent, annonçant l’arrivée des larmes ; je levai les mains pour me frotter le visage, anéantissant leur arrivée avant même qu’elles ne coulent. Je voulu accélérer, mais je sentai mes jambes si lourdes sous mon corps que je ralentis. Soudainement, mon cauchemar se rappela à moi ; ces voix qui m’appelaient, Sa voix. Elles me tiraillaient, apparaissaient puis disparaissaient. Je pouvais encore entendre leur écho dans mon esprit et la noirceur qui les accompagnait. Je frissonnai ; étais-je toujours dans mon cauchemar ?

« Au fait, je m'appelle Katy. Katy Smith. Et to… »

Ma vision se brouilla. Elle ne disparut pas, mais l’horizon du parc se mit à trembler, le contour du château se fit moins net, et la lumière moins forte. Je compris alors que je n’avais pu retenir mes larmes ; ces horribles démonstrateurs de panique, je n’avais jamais autant pleuré dans ma vie que ces derniers mois. Je posai une main sur ma poitrine, elle se soulevait au rythme de ma respiration rapide ; j’appuyai fort pour amoindrir la douleur qui pulsait dans mes poumons comprimés.

A cet instant, toute mon attention était tournée vers la jeune fille, je me sentai comme une bête que l’on traquait jusqu’au dernier sursaut de vie ; j’étais la proie, et elle le danger. Tout comme la noirceur me traquait dans mon cauchemar, elle était ces voix qui me parvenait de toute part.


« tu ne peux fuir tes problèmes » me poussaient-elles
« je te l'imposais en réalité. » tonnaient-elles
« au lieu de me fuir, tu devrais me parler. » elles me chuchotaient.

Je me retournai.
Elle était là, assez loin de moi pour qu’elle ne s’aperçoit pas de mon état défait ; elle approchait encore.

J’avancai. Je retrouvai mes pas qui m’avaient menés là et je les suivis. A chaque mètre foulé, je sentai mon corps se crisper un peu plus, mon coeur battre plus fort et la boule dans ma gorge devenir plus douloureuse. Et ces voix qui continuaient à battre dans mes oreilles : « Aelle », je secouai la tête, « Aelle », je fermai les yeux et les rouvrai, « je m’appelle Katy, Katy smith », je gémis.


« Arrête ! » je criai soudainement.

Je me stoppai net à quelques pas de la fille. Ma voix résonnait étrangement à mes oreilles, comme si elle ne m’appartenait plus. Puisque je n’avais pas la force de les retenir, je laissai couler mes larmes ; j’étais fatiguée, épuisée, éreintée.

« Arrête de me suivre » baragouinai-je en balançant un bras vers elle. « Je me fous de… c’que tu dis ! Arrête ! »

Mes mots étaient difficile à sortir tant ma respiration était erratique. Mais ils me faisaient un bien fou ; je crapahutai pour m’approcher un peu plus de la fille. Le sol brillant et étincelant, la brise glaciale qui me frappait le visage, la douleur dans mes poumons ; tout était là pour me montrer que je n’étais pas réellement coincée dans un cauchemar qui allait puisser toute mon énergie. Mais si je n’étais pas dans l’un de mes songes, pourquoi la réalité était-elle si tiraillante ? Pourquoi la voix de cette fille insistait-elle ?

J’étais tout proche maintenant, je revenais au point de départ, celui que j’avais fui ; un éternel recommencement. Je ne la regardai pas dans les yeux. Je remarquai tout juste si elle était plus grande que moi, mes yeux s’arrêtait près de son buste que je fixai d’un regard noir hanté.

Soudainement, j’eu l’envie de la secouer pour la faire fuire. La pousser, l’éliminer de mon chemin. J’amorçai un geste vers elle, avançant mon pied dans la neige et levant une main. Soudainement, brusquement, douloureusement, je la sentis. Ma panique.
Mon souffle se bloqua dans ma gorge.

Je reculai avec effroi.
*Pas maintenant*, me souffla ma conscience, paniquée ; je m’éloignai. Une angoisse glaçante s’empara de mon corps ; je regardai autour de moi et remarquai qu’il n’y avait que la fille et moi dans le parc. Je me sentis brusquement pitoyable et horriblement mal. J’ouvrai la bouche pour crier ma haine au visage de la jeune fille mais aucun son ne sortit. Je pris une grande respiration, une chape de douleur dans la poitrine me força à me courber ; je m’agenouillais près du sol en fermant les yeux.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

La Serdaigle était à bout de souffle. La course avait été bien trop rude, et les mots qu'elle s'était efforcée d'énoncer avaient noué sa gorge. Elle était toute tremblante, à cause des vagues de froid envoyées par le vent dans son dos. Sa seule satisfaction était d'avoir réussi à atteindre l'autre élève avec ses paroles. En effet, l'Aiglonne avait pu observer une réaction assez brusque de l'élève ; celle-ci ayant manqué de peu de tomber lorsqu'elle eut entendu le discours moralisateur de la préfète. Elle le rejetterait sans doute une fois de plus, néanmoins il semblait y avoir eu un certain impact sur elle. De cet impact ne tarda pas à naître une réponse verbale qui se solda donc – comme on aurait pu s'y attendre – par un refus. Un refus d'écouter. Un refus de parler. Un refus de s'arrêter, et de rester. Les approches douces et dures avaient, semble-t-il, échoué. Pour autant, Katy avait continué de suivre la mystérieuse élève dont la vivacité s'était estompée ; ses pas se faisaient plus lourds, lents et incertains.

Encore quelques minutes passèrent et la marche silencieuse se poursuivait. La quatrième année était gelée par le froid, et n'en pouvait vraiment plus. Intérieurement, elle se félicitait de sa persévérance, car elle ne se trouvait maintenant plus qu'à quelques pas de la jeune fille. Celle-ci dut d'ailleurs se douter que la distance qui la séparait de la personne qu'elle souhaitait fuir s'amoindrissait, puisqu'elle se tourna précipitamment, et cria de sorte à repousser définitivement la préfète. Katy put observer les larmes qui recouvraient les joues de l'élève. Pourquoi était-elle dans cet état pour si peu ? C'est ce que la Serdaigle aurait aimé savoir avant qu'elle ne se fasse agressée pour la énième fois par les propos de la jeune fille. Mais c'était fini. Non, elle ne voulait plus faire le moindre effort pour elle. Elle se demandait déjà bien pourquoi elle avait tant insisté, car d'ordinaire, elle n'aurait jamais été aussi persévérante avec un autre élève. Peut-être qu'au fond elle avait ressenti la détresse de l'élève, et qu'elle n'avait pas réussi à faire autrement que de lui apporter son aide. Ou alors peut-être que de la voir ainsi, seule, lui rappelait la difficulté qu'elle-même avait éprouvée pour s'intégrer aux autres élèves du château lors de sa première année. Il y avait sans doute un peu des deux.

Finalement elle parvint à rester impassible malgré la douleur qu'elle ressentait en entendant les mots de la jeune fille résonner dans son esprit. Peut-être était-elle affectée par sa méchanceté, mais elle, elle ne pleurait pas, et c'était tout ce qui lui importait : réussir à ne pas montrer sa fragilité. La préfète s'arrêta à l'instant même où elle vit que l'élève devant elle se tournait. Elle paraissait n'être plus qu'un simple fantôme qui s'approchait. En arrivant à la hauteur de Katy, elle s'immobilisa et un nouveau combat de regard débuta. Et puis la jeune fille avança sa jambe. Elle n'était maintenant plus qu'à quelques centimètres de la Serdaigle, dont le souffle fut coupé instantanément. Elle regarda impuissamment l'intrigante élève lever sa main dans sa direction. Que lui prenait-elle ? Comment pouvait-elle réagir avec une si grande violence ? Encore une fois, la préfète resta de marbre. Une fois sa main redescendue, l'élève recula brusquement, ce qui permit à Katy de souffler. La pression était redescendue d'un cran. Les battements de cœur de Katy retrouvaient de nouveau une fréquence normale. Enfin, la jeune fille tenta désespérément une dernière attaque verbale, qui se solda par un échec, puisque aucun son ne parvint à sortir de sa bouche. Se rendant compte de sa faiblesse, elle finit par s'agenouiller sur l'herbe givrée du Parc.

L'Aiglonne, qui s'était promis de laisser la jeune fille, ne put s'exécuter. La voir ainsi, seule, à terre lui faisait bien trop de peine. Sans compter que son rôle de préfète l'obligeait, lui aussi à agir, car il aurait été tout à fait irresponsable de laisser une jeune élève dehors, sans cape, par ce temps. Elle regarda la fille agenouillée, et trouva une sorte de solution qui pourrait peut-être arranger les choses.

Toujours sa cape sous le bras, elle s'avança lentement, et la posa délicatement sur le dos de l'élève. Elle s'éloigna de quelques pas, la fixant encore, puis elle se décida à prononcer quelques mots avant de rentrer au château.


« Je te laisse ma cape. Tu me la rendras quand tu voudras, de toute façon tu connais mon nom maintenant. »

La préfète se détourna de l'élève qui ne semblait pas réagir. Elle fit de nouveau quelques pas, observa la masse noire, immobile, à terre. Elle conclut sa rencontre en lâchant un « Passe une bonne journée. » aussi froid que l'atmosphère régnant dans le Parc. Ce n'était pas grand chose, mais cela lui permettrait de ne pas culpabiliser pour le comportement qu'elle avait eu avec cette étrange jeune fille.

Lorsqu'ils déploient leurs ailes, les Aigles vous ensorcellent.

'Je crois en toi' comprendra qui pourra...

Vers ce souffle d'hiver  Libre 

Je ne me relevai ; ma poitrine flambait, irradiait de douleur. C’était un monstre d’enfant, il enserrait ses griffes autour de mes poumons, les déchiquetant et recrachant les morceaux part mes yeux, sous forme de larmes. Des sillons douloureux qui dévalaient mes joues pâles, sautaient par-dessus la crevasse de mes cernes, tombaient dans le trou béant de ma bouche entrouverte. Une terrible peur, qui faisait battre mon coeur à la cadence de mes pensées ; une mélasse incompréhensible et non palpable.

Si je savais être dans le parc, je me sentais toutefois aussi vulnérable que je l’avais été cette nuit, lors de mon cauchemar ; mon coeur ne semblait pas vouloir reprendre un rythme normal. Je ne pouvais qu’espérer que l’autre fille ne remarque rien, elle empiétait déjà assez mon espace.
Pendant un instant, un court instant, j’avais eu la sensation que rien n’avait changé, que je pouvais encore laisser libre court à une colère destructrice et brutale ; dire que je n’aimais pas cela était un mensonge. Mais je n’avais pu me résoudre à cela. Face à la préfète, remplaçant son visage froid, j’avais entra-perçu les traits de mon frère ; la peur, la colère, la surprise. C’était tout ce que résumait ce visage. Je n’avais pu me résoudre.

Je pris une grande respiration tremblante, malmenant mes poumons ; une main sur le sol frais, l’autre posée sur la poitrine, je tentai de retrouver une stabilité. Un crissement dans la neige me fit lever la tête, comme un animal à l'affût. L’autre approchait ; je n’avais même pas le courage de m’en désespérer. Je la laissai faire, car elle m’avait déjà montré être capable de me suivre dans le parc pour me parler. Je ne voulais plus courir et crier ; je voulais simplement retrouver ma Montagne. Alors le corps crispé, je la laissai approcher.

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me touche, et lorsque sa main froide frôla par inadvertance ma joue humide, je poussai un cri que je n’avais pu retenir. Je tombai en arrière, les fesses sur l’herbe humide, posant un regard plus surpris que haineux sur la fille. Ce n’est qu’à cet instant, alors que mon regard se vrilla dans ses yeux bleus, que je pris conscience du poids sur mes épaules. Il n’était pas difficile de deviner qu’il s’agissait de sa cape ; un éclat soudain de colère m’emplit le coeur, et les sourcils froncés, je posai ma main sur mon épaule pour me débarrasser de ce morceau d’autre. Une certaine répugnance me faisait frémir, mais elle ne venait ni d’elle, ni de la cape ; ce n’était que mon propre dégoût de m’être ainsi laissé approcher. Je refermai ma main sur l’un des pans de la cape.

« Je te laisse ma cape. Tu me la rendras quand tu voudras, de toute façon tu connais mon nom maintenant. »

Mes yeux se braquèrent sur le dos de la fille, exaltés. *Son nom ?*, me souffla ma conscience fatigué. Je fouillai ma mémoire, mais je ne parvenai pas à me souvenir qu’elle m’ait décliné son identitée. Je n’avais de toute manière pas l’intention de me laisser à accepter son offre. C’était comme une horloge dont le temps s’écoulait lentement, plus les secondes passaient, plus l’envie d’arracher sa présence de mes épaules se faisaient ressentir de se faisait ressentir. Je n’avais pas besoin de son aide.
Pourtant, lorsque mon regard se porta au-dessus de sa tête, et que j’aperçu au loin cet arbre qui souffrait de la bourrasque que lui envoyait le vent, je laissai mes épaules s'affaisser pour profiter d’une chaleur et d’une protection bienvenue. Je n’avais pas besoin de son aide, mais la refuser signifierait devoir rentrer au dortoir pour récupérer ma propre cape ; ne pas l’avoir sur le dos, me faisait quitter durant un instant le poids des trésors qu’elle gardait enfouis. Le souffle tremblant, je baissai la tête. Ma logique l’emportait : accepter pour rester ici en paix.

« Passe une bonne journée,» me dit-elle. Et je ne lui répondis pas. Je me détournai d’elle, m’enveloppant à outrance dans le tissu plein de chaleur. Je sentai le bout de mes doigts me piquer, signer que je commençai à me réchauffer. Je retiens mon souffle, ne souhaitant pas me faire alpaguer par son odeur. Les effluves avaient trop d’importance, trop d’informations. *Papa…*, me souffla le vent, et laissai le mot s’échapper dans les éléments. Je fus tenté de fermer les yeux, mais je décidai de les laisser se porter au loin, sur la forêt interdite.

Alors que j’avais enfin trouvé la solitude que j’avais recherché, seule au sommet de ma Montagne, je me souvins soudainement, et un soupir rassuré s’échappa de mes lèvres pâles ; ma panique s’était calmé d’elle-même, sans même que la fille ne s’en aperçoive. Je m’enveloppai plus fort encore dans le tissu, me protégeant autant des aléas extérieurs que de ce qui provenait de moi.
Je ne savais pas si l’autre était parti, mais cela n’avait pas d’importance. Elle le ferait, je le savais ; son geste parlait de lui-même. Plus tard, lorsque je tomberai sur les préfets de Poufsouffle, je leur remettrai la cape pour qu’ils la rendent à cette fille. Son nom avait de toute manière déserté mes souvenirs, et je ne ferai aucun effort pour m’en souvenir.

Physiquement apaisée, je me laissai tomber en arrière ; la cape épousa mes formes d’enfant, le contact de mon dos avec le sol humide me permettrait de garder consistance avec la réalité. Un contraste éprouvant avec la chaleur qui irradiait à l’avant de mon corps.
Je fermai les yeux. Je-m'appelle-Katy-Katy-Smith. Je les ouvrai. Aelle. Il n’était pas venu le moment de laisser mes cauchemars prendre possession de moi. Je n’avais pas oublié.

Je ferme les yeux. La toile Carmin les hante. Ciel, qu’elle les Hante.