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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

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Janvier 2043
Emy



Le silence. Complet. Comme chaque minute, chaque jour de ma petite vie. Qu'était ce que le bruit, la musique, les bavardages ? Je ne sais pas et à vrai dire je n'en saurais probablement jamais rien. Est-ce que ça manquait à ma vie ? Non. Pourquoi, me demanderez-vous ? Parce que ça me permet de ne pas entendre les bêtises que profèrent les gens de mon âge, tout comme ce qu'ils chuchotent quand je passe. Parce que oui, je sais qu'ils chuchotent. Je le vois sur leurs lèvres, ils ne sont pas discrets. Je n'entends pas, mais je ne suis pas aveugle quand même. De toute façon, je ne veux pas savoir, je m'en fiche de ce qu'ils disent sur moi dans mon dos, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, je n'en ai rien à faire. Les gens ne sont bons qu'à parler dans le dos des uns des autres de toute manière…. Bon, ok, je sais que je généralise, ils ne sont surement pas tous comme ça. Mais le fait est que je n'ai pas encore trouvé la perle rare, celui ou celle qui m'aimera comme je suis, pour ce que je suis, et pas parce que je suis une curiosité, pour attirer le regard, parce que ouloulou c'est génial d'être ami avec une sourde. De toute façon, ces gens-là se lassent vite et me délaissent, fatigués d'avoir besoin d'écrire pour me parler. Peut-être que je rêve éveillée, que je me fais des illusions, et que cette perle rare n'existe pas. En attendant de la trouver, je fuis la foule, je fuis les gens, je fuis le monde. Je fuis pour ne pas être blessée. C'est lâche, je sais. Je suis lâche après tout. Mais le fait est que mes livres, mes pinceaux ou mes crayons ne m'ont jamais fait la moindre remarque sur ma surdité, ils ont toujours été présents pour moi quand j'en avais besoin, ils ont toujours été fidèles au poste. Jamais ils ne m'ont quittés, et jamais ils ne le feront.
Ce matin, j'avais eu besoin de calme. J'avais toujours besoin de calme me direz-vous, mais aujourd'hui avec plus de force que d'habitude. Je n'en pouvais plus de l'agitation de la salle commune des Pouffys. C'est pas contre eux, ils doivent être sympa, en tout cas certains. J'avais profité de m'être réveillée tôt en cette magnifique mâtinée enneigée pour sortir dessiner dans le parc. J'en avais besoin. C'était en quelques sortes ma drogue personnelle, même si ça sonne de façon négative dit comme ça. Certains ont besoin de danser, de chanter, d'écrire, moi j'ai besoin de dessiner pour être heureuse, pour m'évader.
J'étais sortie du château, bien au chaud dans mon manteau, mon carnet et mes crayons à la main. J'avais pris le temps de m'arrêter sur le parvis du château, pour admirer le parc couvert de neige, désert à cette heure matinale. C'était beau, calme. Je pris le chemin de mon banc favori, à l'ombre d'un grand arbre. Depuis cet endroit, j'avais une vue imprenable sur l'étendue enneigée, et ce paysage enchanteur avait donné le jour à nombre de mes croquis, soigneusement conservé dans le petit carnet qui ne me quittait jamais. Ce carnet, c'était à la fois celui qui me permettait de communiquer avec les Autres, et la porte qui laissait mon esprit s'évader. Il était plus important que tout à mes yeux, et je ne supportais pas que qui que ce soit pose ses mains dessus. Même mes parents n'y avaient jamais eu accès. C'était mon jardin secret à moi, rien qu'à moi.
Un sourire naquit sur mon visage à la vue de mon banc. Le simple fait de savoir qu'il était là, que j'allais pouvoir dessiner, et quitter le château pour quelques heures me rendait heureuse. J'espérais juste ne pas être dérangée. De toute manière, qui aurait bien pu venir me voir et me parler ? Personne.
Je déneigeai rapidement le banc, avant d'y prendre place, assise en tailleur. J'inspirai profondément et ouvris mon carnet là où je m'étais arrêtée. Mon dernier croquis était inachevé, mais je n'avais pas l'intention de le continuer. Je voulais en faire un autre. Je n'étais plus dans le même état d'esprit que lorsque je l'avais commencé, et j'étais certaine de faire un dessin incohérent si je poursuivais. Je brandis mon crayon. Mes doigts étaient rougis par le froid, mais je n'y fis pas attention. Je m'en fichais, je voulais juste partir. M'évader. C'était tout ce qui comptait. Je réajustai mon cache oreille sur ma tête, avant de commencer à faire courir ma mine sur le papier. De temps en temps je relevais la tête pour vérifier que je gardais une certaine cohérence avec le paysage que je représentais. Mais je n'en gardais que le minimum pour permettre de reconnaitre modèle. Le reste je l'inventais, je revisitais à ma manière, selon mes idées du jour, mes émotions, et c'était ce qui rendait chacun de mes croquis différent des autres, alors que je partais toujours du même point de vue du parc. Différents, mais semblables, voilà ce qui les définissait le mieux à mes yeux.

"On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats"
Responsable des Nouveaux Arrivants de Serdaigle | Maman poule emmitouflée en 2017

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

La. Neige. De la neige. Partout. Tellement... tellement de neige. Un manteau blanc dont on ne pouvait voir les limites. Un paysage vierge et scintillant. Un pur bonheur. Oui, assurément, une merveille. La magnificence de ce paysage enneigé était telle que Lyn restait béate d'admiration, immobile. Complètement amorphe. Devant la fenêtre de sa salle commune, à regarder le parc tout blanchi par la neige tombée en quantité extraordinaire ces derniers jours. Enfin, pour la jeune italienne, c'était extraordinaire. Peut-être pas pour d'autres personnes. Mais c'est aussi ça qui fait la magie de la neige. Quand la neige est rare chez soi, c'est un véritable miracle d'en voir autant. Tant de neige... Lyn en bavait presque. Elle n'avait eu l'occasion de voir ça que lorsqu'elle partait à la montagne, en hiver. Mais ça n'était pas tous les ans, et là, la fillette avait vraiment attendu avec impatience qu'il neige enfin. Enfin.
Qu'est-ce que c'était beau ! Des reflets bleutés, une atmosphère douce, enchantée. Il n'y avait plus que cette étendue blanche. Toute forme de vie avait été dissimulée, rien ne bougeait. C'était l'impression que Lyn avait. Comme si elle contemplait un tableau. On n'entendait rien, la neige étouffait le bruit. À perte de vue, du blanc. Un silence relaxant. Lyn poussa un sourire de ravissement. Elle n'avait pas la moindre envie de bouger, elle voulait rester là à regarder ce paysage, par la fenêtre de la tour de Serdaigle. Mais très tôt, le parc avait pris vie. Les élèves couraient en tous sens, et même si l'illusion d'un tableau était toujours présente, le paysage commençait à se dégrader. Oui, Lyn sentait qu'à présent, le merveilleux ne serait plus depuis son poste de guet, là-haut, mais au sein du tableau lui-même. En bas, dans le parc. Sur la neige du sol, sous la neige des arbres, dans la neige. Dans ce manteau incroyable, qui semblait immortel et était pourtant si fragile... Déjà, certaines zones brunissaient, dépouillées de leur neige pour former des projectiles, et creusées du pas de nombreuses personnes. Mais, malgré cela, cette neige était toujours présente, persistante. Lyn espérait que cela durerait.
La fillette fit un énorme effort pour s'arracher à cette vision sublime. Elle se détourna de la fenêtre pour se préparer, se mettre en tenue adéquate. Collant, pantalon, t-shirt, pull, doudoune, bottes, sans oublier des gants, une écharpe et un bonnet (rose avec un pompon, s'il vous plaît) : au bout de dix minutes à chercher ses affaires et à s'en vêtir, Lyn était fin prête. Par réflexe, elle se tourna vers Solwen au moment de passer la porte de la salle commune, mais elle secoua la tête. Évidemment, son amie ne la suivait pas, puisqu'elle avait décidé d'aller travailler de bonne heure à la bibliothèque. Travailler ! Lyn était sidérée, elle n'en revenait toujours pas. Travailler avec une neige pareille ?! Allons donc... Solwen avait sûrement voulu lui faire une blague et était en fait allée dans le parc, ça n'était pas possible autrement. Mais Lyn savait que ce n'était pas le genre de sa camarade. Oui, elle était bien à la biliothèque. Dommage. Lyn lui aurait bien dit d'être moins sérieuse et plus détendue, de s'amuser, mais elle était à moitié endormie, dans les vapes, lorsque Solwen lui avait dit qu'elle partait bosser à la bibliothèque. Et Lyn s'était contentée de répondre un vague "hmm ok" avant de retomber dans un état de demi-sommeil. L'aiglonne était donc seule lorsqu'elle franchit la porte donnant sur le parc. Mais cela ne la dérangeait pas tant que ça. Elle pouvait désormais se plonger au cœur du tableau enneigé. Splendide.

Lyn ressentit un frisson d'excitation dès son premier pas dans la neige. Ni trop dure, ni trop fragile, le pied de la fillette s'enfonça légèrement dans l'épaisse couche de neige, produisant un faible bruit crépitant, qui fit sourire Lyn. Un vrai régal. L'aiglonne se concentra ainsi sur chacun de ses pas, regardant les marques qu'elle laissait dans la neige, détaillant le fin motif laissé par ses semelles. Après quelques pas comme ça, elle s'arrêta, releva la tête, et inspira. Expira. Inspira. L'air était doux, frais. Même au plus près des batailles, le bruit était quelque peu étouffé, ce qui produisait une impression de calme, sans pour autant être mort. L'ambiance était parfaite. Inimitable. Lyn aurait voulu rester ici éternellement, elle aurait souhaité que la neige ne fonde jamais. Mais elle savait que c'était impossible, et que le plaisir serait diminué si la neige ne possédait plus ce côté éphémère.
Lyn contourna les batailles, ne désirant pas se prendre une boule de neige en pleine figure, et se balada entre les autres élèves. Elle n'était pas venue pratiquer quelque chose de précis, elle verrait bien ce que son esprit lui soufflerait de faire avec cette neige. Ici, des élèves formaient des bonshommes de neige, tout seul ou à plusieurs. Là, certains s'enfonçaient dans la neige en battant des bras et des jambes, de manière à former des anges. D'autres couraient en tous sens, se poursuivant, se poussant dans la neige. Bref, l'ambiance était au jeu, où que l'on regarde. Cela plut à Lyn, qui tenta de se rapprocher de certains groupes, mais elle ne voulait pas non plus taper l'incruste. Elle se contentait de vagabonder, de slalomer entre les gens, ramassant de temps à autre un peu de neige pour la regarder fondre dans sa main ou pour la lancer, sans viser une cible particulière. C'était grisant, d'avoir toute cette neige à portée de main.

La petite italienne finit par apercevoir une fillette installée en tailleur sur un banc, mais qui ne semblait pas venue ici pour la neige. Pas du tout. Penchée sur un carnet, crayon en main, elle dessinait. Elle paraissait à peine plus grande que Lyn. Et surtout, Lyn avait le sentiment de l'avoir déjà vue. Elle fit fonctionner ses méninges à toute vitesse pour se rappeler où elle avait bien ou la voir. Et ça lui revint. La Répartition, tout simplement. Elle avait remarqué cette fillette parce que Solwen lui avait dit qu'elle la connaissait. Bon, mais Lyn n'avait pas retenu grand chose à part ça. Elle avait une bonne mémoire, mais ça dépendait pour quoi. Si Solwen avait présenté les deux filles l'une à l'autre, ça aurait probablement été différent. Mais là, Lyn avait tout oublié, quellles que soient les informations qui lui avaient été livrées. Enfin. Elle savait donc que c'était une fille de Première année. Elle ne se souvenait même plus de la maison avec certitude. Peut-être Poufsouffle. Ce devait être ça, oui. Mais pas certain.
Lyn réfléchit donc quelques secondes ainsi avant de décider de s'approcher. "Les amis de mes amis sont mes amis", cela semblait donc une bonne idée de faire connaissance. D'autant plus que pour le coup, Lyn ne taperait pas l'incruste dans un groupe. Certes, elle dérangerait sûrement la fillette, mais elle était plus à l'aise que si elle avait voulu venir lui parler au milieu d'autres personnes. Et puis, au pire, elle enverrait bouler Lyn, et ? La journée continuerait sans perturbation. Lyn poursuivrait son vagabondage dans le parc.
Après quelques pas dans la direction de la fillette, l'aiglonne ralentit. Elle était soucieuse de bien faire, et ne souhaitait pas la prendre par surprise et peut-être lui faire faire un faux mouvement qui gâcherait son dessin. Vous me direz, un trait au crayon, ça se gomme. Mais pour une première impression, il était plus judicieux d'être délicat. Lyn marcha donc vers le banc, ralentissant de plus en plus, et elle hésita quelques secondes avant de finalement s'asseoir sur le côté gauche du banc, sans prendre la peine de pousser la neige qui le recouvrait encore un peu (visiblement, la neige avait déjà été un peu dégagée). Au départ, Lyn resta immobile, un peu tendue, à une distance raisonnable de l'autre fille. Puis elle jeta un rapide coup d'œil au carnet, sans voir grand chose. Consciente que ça n'était pas très poli de scruter (ou même de tenter de scruter) ainsi ce que faisait la fillette, Lyn détourna le  regard quelques instants, puis elle se décida finalement à sortir un son, sans vraiment savoir ce qu'elle allait dire.

– Hmm... Sa-lut ! Tu... tu dessines - le château ?

Lyn avait posé sa question au hasard, histoire d'entamer la conversation. Elle n'avait strictement aucune idée de ce que pouvait bien dessiner cette fille. L'aiglonne regretta d'ailleurs cette question stupide et plutôt indiscrète, et elle rougit légèrement. Bon... si on oubliait le côté idiot de cette salutation, et que la fille n'était pas trop renfermée ou grognon, ça passait. Enfin ça devait passer à peu près. Histoire de ne pas paraître agressive, Lyn fit un sourire engageant. Elle se détendit un peu, aussi. Il n'y avait pas de raison de craindre un faux pas. L'aiglonne était toujours de bonne humeur, et on ne pouvait pas lui faire de reproches parce qu'elle essayait de se sociabiliser. Le sourire de Lyn s'élargit.

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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Mon croquis devenait de plus en plus complet à chaque coup de crayon. C'était tellement satisfaisant de voir que ma mine obéissait exactement à mes pensées, représentant précisément ce que j'avais dans la tête. Evidemment, il m'avait fallu un peu, voire beaucoup de temps avant d'arriver à dessiner comme ça du premier coup. Ça tombait bien, du temps j'en avais eu pas mal les années précédentes. Quand on n'a pas d'amis et des parents toujours absents à cause du travail, le temps à tuer est notre plus fréquent compagnon. C'était dans ces moments d'ennui que j'avais commencé à dessiner. Au début, je n'avais pas d'inspiration, mes dessins n'étaient pas ressemblants, mes trais tremblants, mais à force de dessiner tous les jours, dès que j'avais un moment, une véritable passion était née et j'avais progressé en flèche. Le dessin m'était maintenant devenu vital, j'en avais besoin pour être de bonne humeur, pour me vider l'esprit. Pour m'"évader", comme j'aimais dire.
J'avais complètement perdu la notion du temps, je ne savais plus depuis combien de temps j'étais assise sur mon banc. Tout ce que je savais c'était que mon croquis avançait à un bon rythme, comme je le voulais, et que j'étais complètement détendue. Du coin de l'œil, je voyais les élèves qui étaient venus s'amuser avec la neige dans le parc. Je soupirai. Ils allaient gâcher tout le paysage avec leurs batailles de boules de neige… D'ici le lendemain, il serait tout marron de terre et de traces de pas. Mais tant qu'ils ne venaient pas détruire la partie que j'étais en train de revisiter, ça ne m'importait pas pour le moment. Je pouvais à la rigueur faire abstraction des gens qui passaient lorsque je représentais un lieu fréquenté, mais je n'arrivais pas à imaginer les courbes de la neige, ni à dessiner sa légèreté sans un modèle parfait. J'avais encore des progrès à faire sur les modèles qui étaient plus éphémères comme la pluie ou la neige. Puisque je ne pouvais pas en dessiner tous les jours, mes croquis manquaient parfois de réalisme. C'était ce que j'étais venue travailler ce matin.
Une jeune fille s'approcha lentement de moi. Je ne la vis pas immédiatement, concentrée que j'étais sur mon dessin. Elle s'assit à mes côtés, mais je ne lui portais pas plus d'attention que ça. Après tout, elle avait bien le droit de s'asseoir, ça n'était pas mon banc. Je continuais à dessiner un moment, puis en relevant la tête vers le lieu que j'immortalisais sur mon carnet, je vis que la jeune fille me regardait. Avec un sourire. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Encore une qui avait envie de voir ce que ça faisait de trainer avec une sourde ? Elle n'avait plutôt pas intérêt, je n'avais pas pour habitude d'accueillir avec le sourire les gens qui voulaient faire ma connaissance juste pour ça. A une époque je ne disais rien, je laissais couler, j'étais contente qu'on s'intéresse à moi, même si ma surdité devait en être la cause. Puis peu à peu on m'avait délaissée, parce qu'au final, être ami avec quelqu'un qui n'entend rien, c'est plus un fardeau qu'autre chose, et j'avais appris que l'amitié, en tout cas telle que je l'avais toujours vécue, ça n'a pas forcément que du bon. Il n'y avait qu'une seule personne avec qui je m'entendais vraiment bien. Puis nous nous étions disputées, le jour de son départ. Nous nous étions revues quelques fois mais j'avais brisé quelque chose en m'emportant contre elle, j'en étais certaine, même si elle disait le contraire. Je m'en voulais encore pour ça d'ailleurs. Mais je préférais ne pas y penser, je n'avais pas besoin que la culpabilité vienne s'ajouter à tout ça.
Le regard de la fille ne semblait pas vouloir se détourner, c'était gênant, d'autant plus que je ne comprenais pas ce qu'elle voulait. Si elle avait envie de taper la discute, elle s'était trompée de porte en venant me voir. Elle risquait d'être déçue si elle attendait que je dise quelque chose juste parce qu'elle me regardait en souriant.
Une lumière se fit soudain dans mon esprit. Peut-être qu'elle m'avait dit quelque chose avant que je ne la regarde ? Elle n'attendait peut être pas que je lance la discussion, elle attendait juste que je réponde. J'avais dans ce cas deux possibilités. Soit je l'ignorais totalement, et je retournais à mon dessin. Je passerais alors pour quelqu'un de très mal élevé, mais qu'est-ce que j'en avais à faire ? Après toutes les rumeurs qui devaient circuler sur moi, je n'étais plus à une personne qui ne m'aimait pas sans me connaître près.  Sinon, je pouvais toujours lui écrire que j'étais sourde, et lui demander de coucher sur papier ce qu'elle venait de me dire. Mais ça voulait dire lui faire confiance, accepter de prendre le risque qu'elle me blesse si on devenait "amies". Et ce risque-là, je n'étais pas sure d'être prête à le prendre une nouvelle fois, j'avais déjà pas mal donné. Je décidais donc de retourner à mon dessin. Je recommençai à faire courir mon crayon sur la feuille de mon carnet. Mon trait n'étais plus comme avant que je regarde cette fille. Il ressortait parmi les autres et ça n'était pas joli. Je le gommai rapidement. Elle m'avait déconcentrée, je n'étais plus dans la bonne atmosphère…
*Tss ça me gave ça !* Je le savais, une fois que j'avais perdu mon état d'esprit et ma concentration, impossible de me remettre dedans. Mon dessin resterait à jamais comme cela, je ne le finirais pas. *C'est trop bête, il était super bien partit… Fin bon tant pis, je vais pas me lamenter, c'est fait c'est fait.* Puisque je ne pouvais pas continuer mon croquis, je décidai de tenter d'entamer une discussion avec la fille à mes côtés. *T'es sure de ce que tu fais ?* Carrément pas, mais on ne pouvait savoir sans avoir essayé, n'est-ce pas ? Puis je n'avais rien à faire d'autre, je n'avais pas envie de retourner en salle commune pour le moment. Je tournai donc rapidement les pages de mon carnet pour arriver à la toute fin, là où de nombreuses écritures avaient noircies les feuilles. Rapidement, je griffonnai quelques mots, avant de tourner mon carnet dans sa direction.

"Tu m'as dit quelque chose ? Je n'ai pas entendu, désolée. Je suis sourde"

"On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats"
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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Un sourire, quelques mots, et le silence. Un silence qui s'installa, comme si aucun son n'avait traversé l'air. Comme si la neige avait tout étouffé. Pourtant, Lyn entendait toujours les petits cris et les rires des bambins qui s'amusaient non loin. Elle percevait toujours le grattement, léger, presque inaudible, mais bien présent, du crayon sur le papier. Elle avait aussi entendu les mots s'échapper d'elle, avant même qu'elle puisse les retenir. Pourtant, ils étaient idiots, ces mots. Peut-être était-ce pour ça que rien n'était venu en retour. Des mots trop idiots pour être considérés ? Hum, non. Même des mots idiots trouvaient une réponse, généralement. Sauf si la fillette était au-dessus de ça. Et pourtant... n'y avait-il pas eu un petit regard, lancé rapidement ? Cette fille n'avait-elle pas, une fraction de seconde, jeté un coup d'œil à Lyn ? Il lui semblait. Mais c'était probablement de la curiosité, ou un simple réflexe ?
Plusieurs options. Ou bien cette petite dessinatrice n'avait pas entendu. Lyn ne pouvait pas l'en blâmer, ça pouvait arriver qu'on ne se rende pas compte que quelqu'un s'adressait à soi, surtout si on était affublé d'un cache-oreille, ou très très concentré (et ça avait l'air d'être le cas de cette fille, le regard fixé à son dessin). Ou bien, deuxième option, ses mots avaient été entendus mais Lyn venait de se faire superbement ignorer. Pas toujours très agréable, mais bon, quand on a pas envie de se déranger, pourquoi pas. Peut-être que l'œuvre éait trop précieuse pour être interrompue la moindre petite seconde. Lyn pouvait comprendre aussi. Troisième option, la petite réfléchissait à la réponse qu'elle allait apporter. Enfin bon. Si tel était le cas, ça serait sûrement une réponse plus intelligente. Pour une réponse banale, ça aurait probablement été spontané.
Lyn préféra donc faire preuve de patience, et son sourire, même s'il faiblit quelque peu, demeura fixé sur son visage. Et si elle n'obtenait aucune réponse ? Hum. Elle devait réfléchir à une solution de repli qui ne lui ferait pas perdre contenance. Elle commença à regarder si elle connaissait certaines personnes présentes dans le parc, s'il n'y avait pas des groupes où elle pourrait s'incruster. Mais bon, si elle était venue auprès de cette fille, c'était bien parce qu'elle n'osait pas se joindre aux autres élèves.
Mais à peine la petite italienne avait-elle commencé à jeter des coups d'œil aux autres gamins qu'elle perçut un mouvement chez l'autre fille. Normal, me direz-vous, puisqu'on ne peut pas dessiner sans bouger, à moins d'utiliser la magie, et encore. Fin bref. Toujours est-il que ce changement d'attitude se manifesta par un arrêt dans son dessin, après un unique coup de gomme. Un arrêt, et après... elle feuilleta son carnet. Tourna les pages, tourna encore. Arriva à la fin du carnet. Allait-elle commencer un nouveau dessin ? Elle posa une nouvelle fois la mine de son crayon sur le papier. Mais son tracé ne fut pas celui d'un dessin. Il fut rapide, serré, presque brutal, linéaire, empli de boucles et de petits coups de poignets. La fillette écrivait. Oui, Lyn entrevoyait, devinait ces petites lettres, couchées sur le papier. Mais ne pouvait voir plus. Elle n'était même pas sûre de distinguer une seule lettre avec précision. Elle savait que c'en étaient, et c'était tout.
Maintenant... écrivait-elle pour elle, ou pour Lyn ? Peut-être était-ce comme un journal pour elle ? La réponse arriva bien vite. Dès que la petite eut fini d'écrire, elle le présenta à l'aiglonne. Lui montra ses mots. Ne souhaitant pas le lui arracher des mains, Lyn mit prit juste délicatement le carnet sur le côté, pour le soutenir et le réorienter de manière à pouvoir lire facilement. L'écriture était jolie, et très lisible, aussi Lyn n'eut-elle aucun mal à déchiffrer ces mots.

Sourde. C'était le mot que le regard de Lyn avait accroché. Sourde. Que ressentit la petite italienne à ce moment ? De la surprise, d'abord, sans aucun doute. Une immense surprise. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Des milliers de questions venaient se bousculer dans sa tête. Que percevait-on lorsque l'on était sourd ? Pourquoi communiquait-elle par écrit si elle était sourde ; était-elle aussi muette ? Avait-elle perdu l'ouïe ou était-ce de naissance ? Tant d'interrogations que l'aiglonne oubliait au fur et à mesures qu'elles arrivaient. La seule chose que Lyn ne s'était même pas demandé, pas une seconde, c'est si c'était une blague. Ce n'était pas envisageable, il y avait trop d'éléments qui allaient en faveur de ces quelques mots, de ce mot. Sourde.
Le deuxième sentiment de Lyn fut... la pitié ? Très probablement. Lyn commençait à énumérer intérieurement, malgré elle, tout ce que son "interlocutrice" ne pouvait pas connaître, si elle était totalement sourde. Les sons des mots, leur prononciation. Qu'elle ne pouvait que lire sur les lèvres. Les voix. Des milliers, des milliards de nuances de voix différentes, et aucune accessible à ses oreilles. Tous les bruits qui pouvaient alerter, signaler quelque chose. Et puis, la musique. Un art merveilleux mais... hors de portée pour cette jeune fille. Qui ne devait même pas savoir ce qu'elle manquait – maigre consolation.
Ces sentiments, et d'autres, tourbillonèrent rageusement, sans que Lyn sache où donner de la tête. Elle ne savait pas du tout comment réagir. Elle lâcha le carnet, écartant légèrement ses doigts des pages. Seuls ses yeux pouvaient exprimer son étonnement et sa compassion. Le reste du visage ne transmettait rien, sa bouche restait fermée, immobile. Elle réfléchissait à toute allure. Que dire, que dire ?
La première chose sensée qui lui vint à l'esprit fut que, pour répondre, elle devrait peut-être écrire elle aussi. Aussi reprit-elle le carnet, toujours tendu vers elle. Elle réfléchit quelques instants à ce qu'elle pouvait bien dire, mais rien ne la satisfaisait. Elle prit le crayon que lui tendait la petite, et posa la mine sur le papier. Et puis, elle se lança. Même si elle avait des milliers de choses à dire. Même si elle n'avait que du vide à écrire.

"Ah... Désolée. Je te demandais ce que tu dessinais." Après ces quelques mots, entrecoupés de petites pauses, la jeune Capitaine arrêta son geste une seconde, puit reprit. "Je m'appelle Lyn."

Elle hésita à rajouter son nom, sa maison, son année, et puis elle se ravisa. Ces informations étaient inutiles. Inutile aussi d'écrire un roman. Toujours pas satisfaite, Lyn tendit donc le carnet – et le crayon – à sa camarade, espérant qu'elle parviendrait à lire sans trop de mal. Déjà, Lyn n'avait plus aucune pensée pour la neige, pour tout ce qui l'entourait. Il n'y avait plus que cette fille. Cette fille, qui ne s'était définie que par un mot. Pourquoi un seul mot ? On était des milliers de choses. Sûrement qu'il fallait bien commencer par quelque part. Pour cette fille, à ce moment, ce quelque part, c'était ce mot. Sourde.

Désolée pour cet affreux retard :sweatingbullets: 

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L'Inquiétude. Je crois que c'est le mot qui définit le mieux ce que je ressentais à ce moment précis. Elle avait attrapé le coin de mon carnet pour le pencher dans sa direction, et je voyais ses yeux parcourir les quelques mots que j'avais tracés. Je n'avais pas vraiment apprécié de la voir toucher mon carnet comme ça, sans autorisation, mais je n'en laissais rien paraître. Après tout, je lui avais posé une question, donc pour qu'elle y réponde il fallait bien qu'elle le prenne dans ses doigts. Mais sur le coup, je n'avais pas aimé qu'elle pose ses mains dessus. Au début, je ne vis aucune réaction chez elle. Pourtant elle avait lu ce que j'avais écrit, j'en étais sûre, j'avais même vu ses yeux s'arrêter un moment sur le tout dernier mot. Sourde. Était-ce pour ça qu'elle ne réagissait pas ? Je l'avais choquée ? Une part de moi était contente de voir que je l'avais surprise. Ça prouvait qu'elle n'était pas venue me voir juste parce que j'étais sourde et qu'elle n'avait jamais entendu les rumeurs sur mon compte. Elle n'avait donc aucun à priori. C'était déjà ça de pris.
Après quelques instants d'immobilité, je m'attendais à ce qu'elle saisisse mon crayon pour me répondre. Mais au lieu de ça elle lâcha mon carnet, comme si elle s'était brûlée. Ça me fit l'effet d'un coup de poing. Finalement, elle ne valait pas mieux que les autres. Je ne savais pas ce qui était pire. Qu'elle se moque de moi, qu'elle profite de mon handicap pour s'attirer la bénédiction des autres, ou alors qu'elle me rejette comme ça. Ce n'était qu'un geste, elle avait juste lâché mon cahier. Tout le monde l'avait lâché un jour ou l'autre de toute manière. Mais avant ça, j'avais vu ses yeux se bloquer sur le dernier mot. Et ça, ça changeait tout. J'étais déçue. J'avais espéré. Espéré rencontrer une personne différente des autres. Espéré que peut-être, peut-être il y aurait eu une chance qu'on devienne…. Je ne sais pas moi ! Amies ? Et c'était une nouvelle déception. Et après ma mère me disait que je ne faisais pas d'efforts, que si je n'avais pas d'amis c'était de ma faute ! Ahah mais quelle blague ! Est-ce que je n'ai pas fait d'effort là ? Je lui avais écrit, j'avais essayé de m'ouvrir, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Certes ça n'était pas grand-chose, mais c'était déjà bien non ? Mais visiblement ça ne suffisait pas. *Stop. J'abandonne. J'en ai marre. *
J'allais lui retirer mon carnet, prête à prendre mes affaires et me tirer de ce banc, probablement pour retourner me vautrer sur mon lit, ou alors à la bibliothèque, lorsque je vis ses yeux. Toujours accrochés à ce mot. Pourtant, ils ne trahissaient ni dégoût, ni quoi que ce soit d'autre. Les seules choses que j'y lu, ce fut de l'étonnement d'abord, puis de la compassion. Je savais depuis un bout de temps lire sur les visages, et j'étais certaine de ne pas me tromper. J'avais complètement oublié ce que je voulais faire, oublié que je voulais me casser, à peine quelques millièmes de seconde plus tôt. C'est dingue comme on peut rapidement changer d'avis. J'étais contente de voir que ce qui l'avais poussé à lâcher mon carnet c'était juste son étonnement, et en même temps j'étais triste. Je ne voulais pas qu'on me plaigne, pas qu'on me jette des regards plein de pitié. Comme si ça allait changer quelque chose. Comme si ça allait changer mes oreilles. Comme si elles allaient fonctionner un jour. NON ! Elles ne marchaient pas, elles ne marchent pas et elles ne marcheraient jamais ! Et c'est pas parce que les gens sont tristes pour moi que ça va y faire quoi que ce soit !
Soudain, elle pris une nouvelle fois le carnet entre ses doigts, puis, après quelques instants, elle attrapa le crayon, que je gardais encore dans la main dans l'espoir qu'elle le saisisse pour me répondre. Je la vis poser la mine sur le papier, puis la laisser danser en traçant quelques mots. Elle avait une écriture vraiment différente de la mienne, un peu plus brouillonne, irrégulière. J'avais toujours adoré écrire, donc j'y avais très tôt mis beaucoup d'attention. Après tout, ça n'est qu'une sorte de dessin, avec toujours les mêmes traits qui reviennent, pour former à chaque fois un dessin différent, un dessin que chacun peut comprendre. L'écriture c'est un peu comme le dessin en fait. Quand je trace quelque chose sur le papier, ça représente toujours quelque chose que n'importe qui peut voir. Mais ça, ça n'est que la surface, il y a quelque chose de plus derrière mes dessins, plus profond, mais que les gens ne vont pas toujours chercher, parce qu'ils s'en fichent. Quand on écrit c'est pareil, il y a le premier sens, que n'importe qui peut comprendre en mettant bout à bout le sens des Mots utilisés, et derrière, il y a le second sens, celui que seuls certains cherchent à saisir. C'est ce côté double que j'aime.
Je me reconcentrais sur ce que la fille avait tracé sur mon cahier. Elle avait commencé par s'excuser. Mais s'excuser de quoi ? D'avoir dit quelque chose que je n'avais pas pu entendre ou bien elle avait écrit ça par pure politesse parce que je lui avais dit que je n'entendais pas ? Je choisis de comprendre le premier sens, je ne voulais pas qu'elle s'excuse pour ma surdité. Ça n'était pas de sa faute donc pourquoi dire qu'elle était désolée ? Bref. Elle précisait ensuite qu'elle m'avait demandé ce que je dessinais. Donc elle s'intéressait à mon dessin ! Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'avait fait plaisir. Une seule personne s'était intéressée à mes dessins… *Ne pense pas à elle…* Elle releva son crayon au moment où j'entamais la lecture de sa dernière phrase. Elle se présentait, elle s'appelait Lyn. *Lyn…. J'ai déjà entendu ce nom, non ? Mais où ? Bonne question…* Je sentais que ça m'échappait, mais j'avais envie de savoir. Et plus j'avais envie de savoir plus c'était impossible à retrouver. *Rah cherche !* Mais je cherchais, je cherchais mais je ne trouvais pas. Quelqu'un m'avait parlé d'une Lyn pourtant, j'en était sûre. J'eus soudain un flash, et un visage flotta dans mon esprit. Je ne le vis qu'un pouillème de seconde, mais il ne m'en fallut pas plus pour la reconnaître. Grands yeux bleus, cheveux ondulés jusqu'à la taille, bruns presque noirs. J'étais sûre que c'était elle qui m'avait parlé d'une Lyn. Mais je ne lui avais pas vraiment prêté attention, donc je ne me souvenais plus du tout de ce qu'elle m'avait dit sur la fille assise à côté de moi. 'Fin bref, c'était court comme prénom, j'aimais bien.
Relisant ce qu'elle avait écrit quelques instants plus tôt, je lui pris le crayon des mains, tout en réfléchissant aux mots que je pourrais tracer. J'avais l'idée en tête, donc je posai la mine de mon crayon sur la page, avant de la laisser courir pour faire apparaître mes mots. "Je dessinais le parc. Je fais ça souvent, j'aime bien ce point de vue. " La mine suspendue quelques millimètres au-dessus de la feuille, j'hésitais à rajouter quelque chose, des détails sur mes dessins, puis je me dis que peut être que ça ne l'intéresserait pas. Je finis rapidement par un "Moi c'est Emy" avant de reposer le crayon sur mon carnet.
Dernière modification par Solwen Estendle le 27 avril 2018, 22 h 45, modifié 1 fois.

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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Fini. Terminé. Cette angoisse subite, fugace. Ce stress que Lyn avait eu un très court instant, cet instant où elle avait écrit des mots ternes sur ce carnet. Et s'ils étaient trop ternes ? Et s'ils ne valaient pas la peine de répondre ? Et si, au contraire, ils étaient trop... envahisseurs ? Et si... Des mots pouvaient tout faire basculer. Mais pas ces mots, pas ces mots... faibles, si ? Pourtant, elle avait eu peur, peur d'avoir été maladroite ou indiscrète ou importune ou... Elle avait eu peur, parce qu'elle sentait que chez cette fille, qui n'entendait pas, les mots couchés sur le papier avaient bien plus de sens. Elle pouvait probablement y percevoir une intonation, une émotion, là où les autres se baseraient sur la voix. Non, elle n'avait pas les voix pour cela. Les écrits avaient-ils alors plus de sens chez elle ? Comment percevrait-elle ces quelques mots ?
Oui, fini, terminé, ces questions s'envolèrent, s'éteignirent. Lyn se relâcha. Elle se relâcha car elle sentit que ses craintes étaient infondées. Relevaient de la paranoïa. Ses angoisses, qu'elle pensait avoir refoulées au cours de l'année précédente, son anxiété dont elle pensait s'être libérée, mais qui revenait parfois à la charge, sans qu'elle sût dire pourquoi. Elle laissa filer cette tension qui l'avait habitée quelques fractions de seconde. Inspira, expira, très légèrement. Elle releva le regard vers la fillette à ses côtés. Qui, elle aussi, avait le regard rivé sur ces mots, tracés d'une écriture enfantine, irrégulière, pas très belle. Celle de Lyn, celle qu'elle avait tortillée dans tous les sens depuis qu'elle avait commencé à écrire. Celle qui mettrait encore des années avant de se stabiliser, si elle se stabilisait un jour.
C'était amusant, d'ailleurs. D'habitude, les discussions auxquelles Lyn prenait part se faisaient dans les gestes, dans la voix, le ton, les expressions du visage, tout le corps. Là, les yeux n'étaient pas concentrés sur l'Autre mais bien sur ses mots. Sur ce qu'il avait tracé. On pouvait certes déceler quelques émotions sur les visages, mais Lyn n'était pas la plus douée pour ça. Passant une main sur son visage pour écarter une mèche et la remettre derrière son oreille, Lyn patienta, sachant que la discussion était lancée. Plus de raison de stresser, les bases étaient posées, les mots fileraient désormais, avec ou sans fluidité, mais présents.

La petite fille reprit le crayon, et une nouvelle fois, elle appliqua sa jolie écriture sur le papier. Avide de savoir ce qu'elle répondait, Lyn suivit le tracé au fur et à mesure qu'il apparaissait.
Le parc. Elle dessinait le parc. Des milliers de pensées arrivèrent à l'esprit de l'aiglonne. Le parc. Qu'elle avait oublié un moment. Le parc, si joli avec la neige. Elle l'avait immortalisé. Elle avait fait de ces flocons éphémères une neige éternelle. Et pas que. Souvent. Avait-elle donc des centaines de versions du parc ? Merveilleux. Fantastique. Peut-être, en mettant bout à bout ses dessins, pouvait-elle même retracer le Temps, avec la succession des saisons, leur progression. Le parc, cet endroit que jamais Lyn n'avait pu prendre en photo, parce que les appareils photo ne fonctionnaient évidemment pas à Poudlard. Le parc. Un parc éternel, non, des dizaines de parcs éternels se cachaient donc sur ces pages. Dans ce carnet.
Lyn avait des étoiles dans les yeux. Elle sourit, un grand sourire, qui laissait même voir un peu ses dents. Elle continua sa lecture. Emy. C'était donc le prénom de cette fille. Emy, oui, c'était ce que lui avait dit Solwen, maintenant qu'elle y repensait. Emy, un prénom... que Lyn aimait beaucoup. Joli, et sans prétention. Simple, et doux. Et pourtant, également pétillant. Lyn le chuchota, pour se l'entendre dire. Ce fut un son rapide, mais elle savoura ce court instant à le prononcer. Mais elle voulait l'entendre mieux. Elle le dit d'une voix plus claire, pas très haute mais sans murmure. Emy.

Lyn n'avait plus qu'une envie désormais. Contempler les fameux dessins du parc. Les admirer, les imprimer dans sa tête. Elle voulait pouvoir observer un arbre en fleurs en plein hiver. Elle voulait avoir l'occasion de revoir les flocons lorsqu'on serait en mai. Elle voulait voir un parc irréel, plat, mais qui serait pourtant bien là. Et puis, elle souhaitait ardemment la voir, elle, Emy, dessiner. La voir bouger son poignet, une nouvelle fois, encore. La voir faire naître un énième parc. Lyn était fascinée par le dessin, elle qui n'était pas du tout douée à cet art.
Elle songea à plusieurs choses avant de reprendre le crayon en main. Tout d'abord, peut-être que les dessins d'Emy n'étaient pas aussi réalistes que Lyn se l'imaginait. Non pas que ça la gêne, au contraire, elle appréciait tout dessin où l'artiste mettait du cœur, de la passion. Mais le simple fait de penser que les dessins pourraient être dans un autre style que réaliste fit naître en Lyn une envie accrue de voir les œuvres. Parce qu'elle n'avait aucune idée des techniques utilisées, de la manière de reproduire le paysage, tout ça. Et puis, sa deuxième pensée fut que... peut-être Emy désirerait-elle garder ses dessins pour elle. Tel un jardin secret où elle seule pouvait se réfugier.
Et pourtant, Lyn ne le saurait jamais si elle ne demandait pas. Elle prit donc délicatement le crayon dans ses mains, puis attrapa le carnet. Cette fois, elle ne réfléchit pas très longtemps à ce qu'elle allait écrire. Dans sa hâte, elle écrivit même moins bien, mais elle essaya de faire de larges boucles pour que ça reste lisible.

"Tu m'autoriserais à regarder tes dessins ?"

Après ça, Lyn tourna aussitôt le carnet vers sa camarade, les yeux brillants, tout sourire. Elle savait que plusieurs dessins, si ce n'était tous, étaient dans ce carnet. Elle avait vu Emy tourner les pages pour écrire à la fin, mais c'était bien le même carnet. Pour autant, Lyn ne se serait pas permise de regarder sans autorisation. Elle savait qu'on pouvait être gêné quand quelqu'un regardait ce qu'on faisait, même si c'était beau. Tout comme Lyn fermait la porte de sa chambre lorsqu'elle s'amusait à programmer, et fermait tout de suite son logiciel dès que quelqu'un entrait. Tout comme elle fermait son livre si elle sentait que quelqu'un venait voir derrière son épaule.
On avait tous un jardin secret, et Lyn le comprenait, et le respectait. Elle respectait cette fille, qui semblait avoir fait du dessin une passion. Lyn respectait tout cela, et même son souhait flamboyant de jeter un œil aux créations d'Emy ne pouvait la rendre malpolie au point de s'approprier ce droit, ce droit de vision, sans le demander.

Décidée à patienter aussi longtemps qu'il le faudrait, et préparée à peut-être essuyer un refus, Lyn restait immobile, ce sourire chaleureux fixé sur son visage, les yeux pleins de vie, les mains posées sur ses genoux. Elle était heureuse, elle n'aurait su dire pourquoi. Elle n'était même pas sûre de pouvoir contempler les parcs de papier, mais malgré tout, elle se sentait plus confiante, et souhaitait au moins continuer de discuter avec cette fille. De la lire. De lui écrire. D'en apprendre plus sur elle, de faire connaissance. Au fur et à mesure que les écrits arrivaient, une nouvelle information fusait.

Sourde. Dessin.

Emy.

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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Au fur et à mesure que ses yeux couraient sur ce que j'avais tracé sur le papier, je vis ses pupilles se mettre à briller d'excitation. Ou de contentement, je n'aurais su dire. On ne se connaissait pas encore assez bien pour que je réussisse vraiment à lire sur son visage comme je le faisais sur celui de mon amie d'enfance. Par contre, le grand sourire qui naquit sur son visage tandis qu'elle continuait sa lecture ne laissa aucun doute sur ses pensées. Elle était contente. De savoir que je dessinais le parc ou bien juste que j'ai répondu à sa question ? Ça me semblait un peu disproportionné comme réaction si c'était la deuxième solution, mais pourquoi pas hein, certains étaient plus démonstratifs que d'autres après tout. Le regard fixé sur son visage pour percevoir chacune de ses expressions, je la vis murmurer, très brièvement, certainement juste un mot. Qu'est ce qu'elle pouvait bien dire ? Je lui avais expliqué que j'étais sourde, donc le mot qu'elle avait prononcé je ne pouvais pas l'entendre, et elle le savait. Est ce qu'elle se parlait à elle même alors ? Certainement, mais c'était un peu étrange. Mais lorsqu'elle recommença une deuxième fois, ses lèvres articulèrent mieux, et je compris. Emy. Aucun doute possible. Je n'étais pas encore très douée pour lire sur les lèvres, mais mon amie d'enfance m'avait aidée à apprendre à saisir ce que disaient les gens. Bon pour ça il fallait qu'ils parlent doucement, en articulant et en me regardant, mais c'était déjà bien, pour ceux qui avaient la flemme d'écrire. Ça me donnait l'impression d'être "normale", de comprendre sans avoir besoin de passer par les Mots tracés sur le papier. C'était pas grand chose, mais j'étais contente qu'Elle m'ait aidée à le faire. Mais pourquoi est ce qu'elle prononçait mon prénom ? J'avais beau me creuser la tête, j'avais du mal à en comprendre l'intérêt. 'Fin bon, si je comprenais toujours tout ça aurait été inquiétant quand même. 
Je la vis reprendre le crayon dans sa main, puis saisir le carnet. Cette fois ci, je n'eus aucune envie de la voir retirer ses sales pattes de mon cahier, déjà parce que j'étais contente qu'elle ait toujours envie de discuter avec moi, et parce j'avais presque hâte de voir les mots qui allaient apparaître sur la page blanche. Mais surtout parce que je l'aimais bien. 'Fin aimer. C'est un bien grand mot, surtout associé à cette fille que je ne connaissais que depuis quelques minutes, mais j'avais l'impression qu'elle était sincère, qu'elle ne jouait pas la comédie, et ça me plaisait. Puis elle connaissait Solwen, donc elle ne pouvait pas être méchante. D'ailleurs, elles se ressemblaient un peu toutes les deux. Pas vraiment au niveau du physique, mais plus de l'attitude. Solwen non plus n'avait pas fuit quand elle avait appris que j'étais sourde, elle non plus ne s'était pas moquée de moi. Et elle aussi s'intéressait à mes dessins. Je me revis soudain quelques années plus tôt. 

Nous courions dans le jardin. Nous avions six sept ans. Elle fonçait devant moi, et je la poursuivais. Je la voyais rire, sans l'entendre, son visage éclairé par son sourire. Elle repoussait sans cesse ses cheveux qui lui tombaient devant les yeux à chaque pas. C'était dans l'espoir de voir les miens aussi longs et aussi beaux que je m'étais mise à les laisser pousser. Mère était contente, je pouvais enfin les attacher en chignon. Super. Lorsqu'elle m'avait quittée, je les avais coupé aux épaules sur un coup de tête, persuadée qu'elle ne reviendrait jamais, qu'on ne se reverrait pas. Je voulais l'oublier Elle, mais aussi oublier ce que j'avais fait. Cette année sans elle fut l'une des pires de ma vie. Mais tout comme elle avait ralenti ce jour là, pour que je puisse la rattraper et qu'elle devienne le chat à son tour, elle était revenue vers moi, elle m'avait pardonné. Par gentillesse. Parce qu'elle tenait à moi et qu'elle voulait me voir heureuse, un sourire aussi large que le sien sur le visage. Elle avait réussi. Enfin, elle avait presque réussi.

En sentant mon nez se mettre à me piquer je quittai mes souvenirs à regret. Ces quelques années en sa présence me manquaient. Et dire qu'elle était là, à Poudlard, qu'on mangeait dans la même salle, qu'on parcourait les mêmes couloirs, qu'on avait les mêmes profs. J'aurais du être contente de pouvoir de nouveau la voir tous les jours et passer du temps avec elle. Mais si elle elle m'avait pardonné, ça n'était pas mon cas. Je m'en voulais encore. C'est pour ça qu'à chaque fois qu'elle passait dans un couloir je me cachais dans la masse des autres élèves, espérant qu'elle ne me verrait pas. Au début elle était quand même venue me voir à chaque fois qu'elle m'apercevait, mais je l'ignorais, je l'esquivais, je la fuyais. J'avais vu que je lui faisais mal, mais j'avais continué. Jusqu'à ce qu'elle cesse de venir. Je la voyais toujours dans les couloirs ou à la bibliothèque, mais elle ne m'approchait plus, elle se contentait de me lancer un petit sourire triste lorsque son regard croisait le mien. *Crois moi, je préférerais mille fois revenir auprès de toi. Mais je peux pas. Pas maintenant en tout cas. Laisse moi le temps.*
Du coin de l’œil je vis que Lyn avait cessé d'écrire. Son écriture semblait plus pressée, moins soignée et moins lisible. Mais je réussis sans trop de difficultés à déchiffrer ce qu'elle avait couché sur papier. Si je m'étais écoutée et que je n'avais pas réfléchi, j'aurais immédiatement tracé un petit "Non." tout sec. Parce que c'était mes dessins, je détestais qu'on les regarde. Je n'étais pas encore aussi douée que je le voudrais, et si j'étais fière de moi, je ne l'étais pas assez pour les montrer. Seule Solwen avait été  suffisamment intéressée par mes dessins pour me demander si elle pouvait les voir. J'avais refusé tout net au début, mais elle avait insisté jusqu'à ce que je craque et que je la laisse feuilleter mon carnet. Au final j'étais contente de l'avoir laissée faire. Elle ne dessinait pas beaucoup elle même, mais elle savait voir les défauts de ce que je dessinais, au niveau de la perspective ou des détails, et son aide m'avait été précieuse pour m'améliorer. Son aide m'était toujours précieuse me direz vous. Et c'est pas faux. Mais si j'avais finit par lui laisser l'accès à mes dessins, je n'étais pas sure de vouloir faire de même avec Lyn. C'était quand même assez personnel, un peu comme un journal intime, sauf que ça n'était pas des mots mais des croquis. Je n'avais pas envie que n'importe qui puissent les voir. Mais était-elle n'importe qui ? Après tout, elle semblait vraiment intéressée par ce que je dessinais, si j'en croyais l'étincelle qui brillait dans son regard, et elle n'avait pas fait de réflexion sur ma surdité donc elle ne devait pas être du genre à se moquer. En même temps, j'avais envie qu'elle les voit, juste pour savoir ce qu'elle en pensait, et d'un autre côté, je refusais qu'elle pose son regard dessus, surtout par jalousie. Nous étions seulement deux à les avoir jamais vu, et je voulais que ça reste ainsi. *C'est égoïste. Et tu le sais très bien* Oui c'était égoïste, et alors ? Elle m'avait demandé si je l'autorisais donc elle s'attend à ce que je puisse possiblement lui refuser non ? Donc voilà. Je voulais pas. *T'es méchante. Et après tu te demandes pourquoi les gens ne t'aiment pas* C'était quoi le rapport ? Déjà, les gens ils me demandaient pas si ils pouvaient regarder mes dessins, puis c'est pas eux qui m'aimaient pas c'est moi qui les aimais pas. C'est pas pareil. Mais ma conscience avait semé le trouble dans mon esprit. Quelle autre raison avais-je de refuser à part mon égoïsme ? J'avais beau me creuser la tête, bah... je n'en avais aucune. Légèrement hésitante, je repris une nouvelle fois mon crayon. Elle avait gentiment tourné le carnet dans ma direction et me regardait avec des yeux brillant d'espoir, un sourire scotché aux lèvres. Je ne savais plus depuis combien de temps elle attendait ma réponse, mais je me dépêchais de poser ma mine pour ne pas la faire patienter plus que nécessaire. Je la laissais danser, marquant la feuille de traits gris de graphite. "Oui, vas-y" Puis je lui tendis le carnet. Quand je relevai la tête, je sus que j'avais fait le bon choix. 

"On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats"
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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Lorsque l'on s'ennuie, le temps passe plus lentement. Les secondes s'étirent, les minutes traînent. En cet instant précis, Lyn attendait, elle attendait et ne faisait rien. Le temps s'allongeait, et à la fois, elle ne s'ennuyait pas. Elle ne s'ennuyait pas, parce que son esprit regorgeait de pensées et d'interrogations, d'espoir et d'appréhension, de... patience et d'impatience. Oui, les deux à la fois. Son cœur guettait la réponse d'Emy avec avidité, tandis que, plus sage, une partie d'elle savait que la réponse viendrait, et qu'il ne fallait pas brusquer les choses. Laisser les gens réfléchir, ne pas s'agiter. Autrement dit, patience et longueur de temps bla-bla-bla. Ce qu'on rabâchait souvent aux enfants.
Lyn ne laissa paraître aucun signe d'agitation extérieure. Seul son regard laissait percer une certaine excitation, mais à part ça, elle restait stoïque, et patientait. Pendant qu'Emy, elle, semblait réfléchir, peut-être peser le pour et le contre ? Choisir quels dessins montrer et lesquels garder secrets ? Ou peut-être était-elle perdue dans ses pensées ? Peut-être un peu des trois.

Au bout d'un moment, la petite dessinatrice reprit son crayon. Elle posa sa mine. Les yeux de Lyn se firent encore plus grands, si c'était possible. Le trait gris commença à se former.
Les lettres arrivèrent à toute vitesse. Chaque nouveau coup de crayon faisait intérieurement sauter de joie la petite brune. "Oui". Affirmation superbe. Y avait-il un "mais", derrière, qui suivrait ? Même pas. Ce fut plus qu'une autorisation, ce fut une invitation. Un "vas-y". Froid en apparence, mais qui rayonna dans l'esprit de Lyn. Une invitation, une incitation. Un cadeau. Un honneur ? Une envie qui avait grandi en quelques secondes dans l'esprit de l'aiglonne, une envie qui allait être apaisée. Et... un sentiment d'excitation encore plus grand qui prenait place. Plus que quelques secondes, quelques fractions de secondes.


Emy tend le carnet. Un geste calme et anodin. Mais plus que ça encore, un signe de confiance. Un partage. Un geste qui perce le silence, qui fait croître un sourire.
Le carnet est dans cette petite main. La main sourit, elle aussi. Elle lui dit.
"Vas-y."
Prends. Ouvre. Contemple.
J'y vais. Ok, j'y vais.
Je le prends. Douce sensation du carnet contre mes doigts. Il se détache de sa main.
Je l'ouvre à une autre page, au début. Là où elle dessinait le parc. Une page au hasard. N'importe laquelle, chacune est une œuvre à voir.
Je contemple.


Lyn contemplait. Le regard scotché au carnet, au dessin qui l'avait happée dès qu'elle l'avait vu. Une page au hasard, oui. Une page unique, comme les autres. Celle-ci n'avait pas de couleurs. Noir et blanc. Et gris. Un trait au crayon. Tantôt gras, tantôt fin, tantôt sec, tantôt droit, tantôt fragile. C'était son trait, à Emy. Dans l'ensemble, on pouvait voir un arbre. Lyn devina que c'était un de ceux non loin du banc. Un arbre du parc. Et à côté, toutes sortes de choses qui venaient compléter le tableau. On pouvait ne voir que l'arbre, on pouvait ne voir que le décor. On pouvait ne rien voir et seulement regarder ce tracé. Un tracé précis, qui rendait... bien. Lyn n'avait pas de mots. Piètre dessinatrice, la petite italienne savait tout juste faire un ours en peluche. C'était ça, son unique fierté. Elle en était fière quand même. Mais là, elle avait juste pris un dessin au hasard dans ce carnet, et elle était impressionnée.

Lyn savait tout juste assez dessiner pour connaître la difficulté de cet art, et en même temps pas assez pour s'estimer réellement artiste. On est tous des artistes, direz-vous. Simplement, Lyn, à cet instant précis du moins, se sentit bien moins artiste que sa camarade. Et qui était-elle pour s'arrêter sur les défauts de ces beautés de papier ? Non, Lyn ne voyait pas la moindre imperfection. Il y en avait toujours, mais Lyn avait l'esprit suffisamment ouvert pour ne pas les voir par-dessus le dessin. Elles étaient le dessin, et n'enlevaient en rien la douceur et la puissance de ces œuvres.
Lyn, après un petit moment passé ainsi à observer cette page, se décida à la tourner. Changer, chercher ailleurs. Elle prit plusieurs feuilles à la fois dans sa main, et rabattit la liasse au dos du carnet. Se trouva face à une nouvelle étincelle d'art.
Une explosion de couleurs. Pour Lyn qui adorait cela, c'était... magnifique. Ce devait être en automne. Le parc, dessiné dans une vue plus globale. Avec de belles couleurs rouges, marron, jaunes, orange, une myriade de couleurs chaleureuses qui faisaient percevoir la beauté de l'automne au premier coup d’œil. Lyn n'aimait pas l'automne en tant que saison météorologique. La pluie, la boue, berk. Très peu pour elle. En tant que saison poétique, elle trouvait ça superbe. Rien de moins.
Et là, ce dessin recouvert au crayon de couleur, il était superbe aussi. Et même plus. C'était l'automne immortel, l'automne juste beau, l'automne dans toute sa splendeur.

Lyn passa moins de temps dessus. Elle sentait que tout lui plairait. Et elle voulait en capter le plus possible. Se sentir assaillie de toutes parts par les couleurs et les crayonnés, par les taches et les tracés.
Ce fut la même chose avec les pages suivantes. Quelques secondes seulement, mais suffisamment pour s'en imprégner. Et pour ne pas dévorer le carnet entier, elle ne le parcourrait pas dans sa totalité. Elle laisserait des pages cachées. Pour le jardin secret d'Emy. Pour la surprise, si Lyn avait un jour l'occasion de replonger à travers ces pages enchantées.
Des pages magnifiques. Un régal. Ici un dégradé de bleu, de la profondeur à la clarté. De la nuit au jour. Là, des petits coups secs, serrés, qui faisaient se dresser l'herbe avec vigueur. Tout rendait le paysage vivant et immortel. Infini.

Lyn arriva à la dernière page des dessins. Celui-ci était inachevé. Comment ne pas le reconnaître ? Le parc, enneigé. Aujourd'hui. Quelques minutes, quelques heures seulement auparavant. Un parc déjà disparu, mais que quelqu'un avait pensé à garder en vie pour un certain temps encore. L'ébauche était déjà bien avancée, et très belle. Chaque mot qui traversait l'esprit de Lyn pour décrire ce qu'elle voyait lui semblait bien terne à côté de ce qu'elle ressentait réellement en les regardant.
Avec un léger soupir, Lyn referma le carnet, avec douceur. Pour protéger ces merveilles. Les yeux toujours aussi brillants, le sourire qui remonta d'un coup après ce moment d'émotion. Un regard intense et joyeux vers Emy.

- Waow, c'est... superbe, vraiment !

Au même instant, l'esprit de Lyn se remit en marche. Mais elle ne se démonta pas. Ces mots resteraient en l'air, et personne ne les aurait. Emy en avait peut-être perçu le sens. Elle pouvait le deviner, la petite brune en était pratiquement sûre. Toujours sourire aux lèvres, elle prit le crayon, de nouveau. Rouvrit le carnet à la fin, feuilleta pour retrouver les dernières pages gribouillées de mots.
Et, encore une fois, traça ses lettres.


"Tes dessins sont magnifiques. Merci beaucoup. Merci."

En relisant rapidement ses phrases, Lyn se rendit compte qu'elle avait écrit deux fois la même chose. Elle n'avait pas fait attention sur le coup. Elle voulait remercier Emy pour... tout. L'avoir autorisée à regarder ses dessins, ne pas l'avoir arrêtée dans sa contemplation, avoir partagé son jardin secret, lui avoir donné l'occasion d'observer d'aussi jolis dessins de si près, avec tant d'intérêt.
Vraiment, ça avait été un excellent moment. Le retour à la réalité n'en était pas dur pour autant. Lyn se réjouissait de ce que pouvait encore lui réserver la matinée. Mais déjà, elle était comblée. Apaisée. Elle se sentait tellement bien, ici.
Avec la neige.
Avec ces merveilles de papier.
Avec Emy.

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