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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

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Emy, Onze ans


Janvier 2043



Le silence. Complet. Comme chaque minute, chaque jour de ma petite vie. Qu'était ce que le bruit, la musique, les bavardages ? Je ne sais pas et à vrai dire je n'en saurais probablement jamais rien. Est-ce que ça manquait à ma vie ? Non. Pourquoi, me demanderez-vous ? Parce que ça me permet de ne pas entendre les bêtises que profèrent les gens de mon âge, tout comme ce qu'ils chuchotent quand je passe. Parce que oui, je sais qu'ils chuchotent. Je le vois sur leurs lèvres, ils ne sont pas discrets. Je n'entends pas, mais je ne suis pas aveugle quand même. De toute façon, je ne veux pas savoir, je m'en fiche de ce qu'ils disent sur moi dans mon dos, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, je n'en ai rien à faire. Les gens ne sont bons qu'à parler dans le dos des uns des autres de toute manière…. Bon, ok, je sais que je généralise, ils ne sont surement pas tous comme ça. Mais le fait est que je n'ai pas encore trouvé la perle rare, celui ou celle qui m'aimera comme je suis, pour ce que je suis, et pas parce que je suis une curiosité, pour attirer le regard, parce que ouloulou c'est génial d'être ami avec une sourde. De toute façon, ces gens-là se lassent vite et me délaissent, fatigués d'avoir besoin d'écrire pour me parler. Peut-être que je rêve éveillée, que je me fais des illusions, et que cette perle rare n'existe pas. En attendant de la trouver, je fuis la foule, je fuis les gens, je fuis le monde. Je fuis pour ne pas être blessée. C'est lâche, je sais. Je suis lâche après tout. Mais le fait est que mes livres, mes pinceaux ou mes crayons ne m'ont jamais fait la moindre remarque sur ma surdité, ils ont toujours été présents pour moi quand j'en avais besoin, ils ont toujours été fidèles au poste. Jamais ils ne m'ont quittés, et jamais ils ne le feront.
Ce matin, j'avais eu besoin de calme. J'avais toujours besoin de calme me direz-vous, mais aujourd'hui avec plus de force que d'habitude. Je n'en pouvais plus de l'agitation de la salle commune des Pouffys. C'est pas contre eux, ils doivent être sympa, en tout cas certains. J'avais profité de m'être réveillée tôt en cette magnifique mâtinée enneigée pour sortir dessiner dans le parc. J'en avais besoin. C'était en quelques sortes ma drogue personnelle, même si ça sonne de façon négative dit comme ça. Certains ont besoin de danser, de chanter, d'écrire, moi j'ai besoin de dessiner pour être heureuse, pour m'évader.
J'étais sortie du château, bien au chaud dans mon manteau, mon carnet et mes crayons à la main. J'avais pris le temps de m'arrêter sur le parvis du château, pour admirer le parc couvert de neige, désert à cette heure matinale. C'était beau, calme. Je pris le chemin de mon banc favori, à l'ombre d'un grand arbre. Depuis cet endroit, j'avais une vue imprenable sur l'étendue enneigée, et ce paysage enchanteur avait donné le jour à nombre de mes croquis, soigneusement conservé dans le petit carnet qui ne me quittait jamais. Ce carnet, c'était à la fois celui qui me permettait de communiquer avec les Autres, et la porte qui laissait mon esprit s'évader. Il était plus important que tout à mes yeux, et je ne supportais pas que qui que ce soit pose ses mains dessus. Même mes parents n'y avaient jamais eu accès. C'était mon jardin secret à moi, rien qu'à moi.
Un sourire naquit sur mon visage à la vue de mon banc. Le simple fait de savoir qu'il était là, que j'allais pouvoir dessiner, et quitter le château pour quelques heures me rendait heureuse. J'espérais juste ne pas être dérangée. De toute manière, qui aurait bien pu venir me voir et me parler ? Personne.
Je déneigeai rapidement le banc, avant d'y prendre place, assise en tailleur. J'inspirai profondément et ouvris mon carnet là où je m'étais arrêtée. Mon dernier croquis était inachevé, mais je n'avais pas l'intention de le continuer. Je voulais en faire un autre. Je n'étais plus dans le même état d'esprit que lorsque je l'avais commencé, et j'étais certaine de faire un dessin incohérent si je poursuivais. Je brandis mon crayon. Mes doigts étaient rougis par le froid, mais je n'y fis pas attention. Je m'en fichais, je voulais juste partir. M'évader. C'était tout ce qui comptait. Je réajustai mon cache oreille sur ma tête, avant de commencer à faire courir ma mine sur le papier. De temps en temps je relevais la tête pour vérifier que je gardais une certaine cohérence avec le paysage que je représentais. Mais je n'en gardais que le minimum pour permettre de reconnaitre modèle. Le reste je l'inventais, je revisitais à ma manière, selon mes idées du jour, mes émotions, et c'était ce qui rendait chacun de mes croquis différent des autres, alors que je partais toujours du même point de vue du parc. Différents, mais semblables, voilà ce qui les définissait le mieux à mes yeux.
Dernière modification par Solwen Estendle le 24 septembre 2018, 17 h 03, modifié 1 fois.

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Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

La. Neige. De la neige. Partout. Tellement... tellement de neige. Un manteau blanc dont on ne pouvait voir les limites. Un paysage vierge et scintillant. Un pur bonheur. Oui, assurément, une merveille. La magnificence de ce paysage enneigé était telle que Lyn restait béate d'admiration, immobile. Complètement amorphe. Devant la fenêtre de sa salle commune, à regarder le parc tout blanchi par la neige tombée en quantité extraordinaire ces derniers jours. Enfin, pour la jeune italienne, c'était extraordinaire. Peut-être pas pour d'autres personnes. Mais c'est aussi ça qui fait la magie de la neige. Quand la neige est rare chez soi, c'est un véritable miracle d'en voir autant. Tant de neige... Lyn en bavait presque. Elle n'avait eu l'occasion de voir ça que lorsqu'elle partait à la montagne, en hiver. Mais ça n'était pas tous les ans, et là, la fillette avait vraiment attendu avec impatience qu'il neige enfin. Enfin.
Qu'est-ce que c'était beau ! Des reflets bleutés, une atmosphère douce, enchantée. Il n'y avait plus que cette étendue blanche. Toute forme de vie avait été dissimulée, rien ne bougeait. C'était l'impression que Lyn avait. Comme si elle contemplait un tableau. On n'entendait rien, la neige étouffait le bruit. À perte de vue, du blanc. Un silence relaxant. Lyn poussa un sourire de ravissement. Elle n'avait pas la moindre envie de bouger, elle voulait rester là à regarder ce paysage, par la fenêtre de la tour de Serdaigle. Mais très tôt, le parc avait pris vie. Les élèves couraient en tous sens, et même si l'illusion d'un tableau était toujours présente, le paysage commençait à se dégrader. Oui, Lyn sentait qu'à présent, le merveilleux ne serait plus depuis son poste de guet, là-haut, mais au sein du tableau lui-même. En bas, dans le parc. Sur la neige du sol, sous la neige des arbres, dans la neige. Dans ce manteau incroyable, qui semblait immortel et était pourtant si fragile... Déjà, certaines zones brunissaient, dépouillées de leur neige pour former des projectiles, et creusées du pas de nombreuses personnes. Mais, malgré cela, cette neige était toujours présente, persistante. Lyn espérait que cela durerait.
La fillette fit un énorme effort pour s'arracher à cette vision sublime. Elle se détourna de la fenêtre pour se préparer, se mettre en tenue adéquate. Collant, pantalon, t-shirt, pull, doudoune, bottes, sans oublier des gants, une écharpe et un bonnet (rose avec un pompon, s'il vous plaît) : au bout de dix minutes à chercher ses affaires et à s'en vêtir, Lyn était fin prête. Par réflexe, elle se tourna vers Solwen au moment de passer la porte de la salle commune, mais elle secoua la tête. Évidemment, son amie ne la suivait pas, puisqu'elle avait décidé d'aller travailler de bonne heure à la bibliothèque. Travailler ! Lyn était sidérée, elle n'en revenait toujours pas. Travailler avec une neige pareille ?! Allons donc... Solwen avait sûrement voulu lui faire une blague et était en fait allée dans le parc, ça n'était pas possible autrement. Mais Lyn savait que ce n'était pas le genre de sa camarade. Oui, elle était bien à la biliothèque. Dommage. Lyn lui aurait bien dit d'être moins sérieuse et plus détendue, de s'amuser, mais elle était à moitié endormie, dans les vapes, lorsque Solwen lui avait dit qu'elle partait bosser à la bibliothèque. Et Lyn s'était contentée de répondre un vague "hmm ok" avant de retomber dans un état de demi-sommeil. L'aiglonne était donc seule lorsqu'elle franchit la porte donnant sur le parc. Mais cela ne la dérangeait pas tant que ça. Elle pouvait désormais se plonger au cœur du tableau enneigé. Splendide.

Lyn ressentit un frisson d'excitation dès son premier pas dans la neige. Ni trop dure, ni trop fragile, le pied de la fillette s'enfonça légèrement dans l'épaisse couche de neige, produisant un faible bruit crépitant, qui fit sourire Lyn. Un vrai régal. L'aiglonne se concentra ainsi sur chacun de ses pas, regardant les marques qu'elle laissait dans la neige, détaillant le fin motif laissé par ses semelles. Après quelques pas comme ça, elle s'arrêta, releva la tête, et inspira. Expira. Inspira. L'air était doux, frais. Même au plus près des batailles, le bruit était quelque peu étouffé, ce qui produisait une impression de calme, sans pour autant être mort. L'ambiance était parfaite. Inimitable. Lyn aurait voulu rester ici éternellement, elle aurait souhaité que la neige ne fonde jamais. Mais elle savait que c'était impossible, et que le plaisir serait diminué si la neige ne possédait plus ce côté éphémère.
Lyn contourna les batailles, ne désirant pas se prendre une boule de neige en pleine figure, et se balada entre les autres élèves. Elle n'était pas venue pratiquer quelque chose de précis, elle verrait bien ce que son esprit lui soufflerait de faire avec cette neige. Ici, des élèves formaient des bonshommes de neige, tout seul ou à plusieurs. Là, certains s'enfonçaient dans la neige en battant des bras et des jambes, de manière à former des anges. D'autres couraient en tous sens, se poursuivant, se poussant dans la neige. Bref, l'ambiance était au jeu, où que l'on regarde. Cela plut à Lyn, qui tenta de se rapprocher de certains groupes, mais elle ne voulait pas non plus taper l'incruste. Elle se contentait de vagabonder, de slalomer entre les gens, ramassant de temps à autre un peu de neige pour la regarder fondre dans sa main ou pour la lancer, sans viser une cible particulière. C'était grisant, d'avoir toute cette neige à portée de main.

La petite italienne finit par apercevoir une fillette installée en tailleur sur un banc, mais qui ne semblait pas venue ici pour la neige. Pas du tout. Penchée sur un carnet, crayon en main, elle dessinait. Elle paraissait à peine plus grande que Lyn. Et surtout, Lyn avait le sentiment de l'avoir déjà vue. Elle fit fonctionner ses méninges à toute vitesse pour se rappeler où elle avait bien ou la voir. Et ça lui revint. La Répartition, tout simplement. Elle avait remarqué cette fillette parce que Solwen lui avait dit qu'elle la connaissait. Bon, mais Lyn n'avait pas retenu grand chose à part ça. Elle avait une bonne mémoire, mais ça dépendait pour quoi. Si Solwen avait présenté les deux filles l'une à l'autre, ça aurait probablement été différent. Mais là, Lyn avait tout oublié, quellles que soient les informations qui lui avaient été livrées. Enfin. Elle savait donc que c'était une fille de Première année. Elle ne se souvenait même plus de la maison avec certitude. Peut-être Poufsouffle. Ce devait être ça, oui. Mais pas certain.
Lyn réfléchit donc quelques secondes ainsi avant de décider de s'approcher. "Les amis de mes amis sont mes amis", cela semblait donc une bonne idée de faire connaissance. D'autant plus que pour le coup, Lyn ne taperait pas l'incruste dans un groupe. Certes, elle dérangerait sûrement la fillette, mais elle était plus à l'aise que si elle avait voulu venir lui parler au milieu d'autres personnes. Et puis, au pire, elle enverrait bouler Lyn, et ? La journée continuerait sans perturbation. Lyn poursuivrait son vagabondage dans le parc.
Après quelques pas dans la direction de la fillette, l'aiglonne ralentit. Elle était soucieuse de bien faire, et ne souhaitait pas la prendre par surprise et peut-être lui faire faire un faux mouvement qui gâcherait son dessin. Vous me direz, un trait au crayon, ça se gomme. Mais pour une première impression, il était plus judicieux d'être délicat. Lyn marcha donc vers le banc, ralentissant de plus en plus, et elle hésita quelques secondes avant de finalement s'asseoir sur le côté gauche du banc, sans prendre la peine de pousser la neige qui le recouvrait encore un peu (visiblement, la neige avait déjà été un peu dégagée). Au départ, Lyn resta immobile, un peu tendue, à une distance raisonnable de l'autre fille. Puis elle jeta un rapide coup d'œil au carnet, sans voir grand chose. Consciente que ça n'était pas très poli de scruter (ou même de tenter de scruter) ainsi ce que faisait la fillette, Lyn détourna le  regard quelques instants, puis elle se décida finalement à sortir un son, sans vraiment savoir ce qu'elle allait dire.

– Hmm... Sa-lut ! Tu... tu dessines - le château ?

Lyn avait posé sa question au hasard, histoire d'entamer la conversation. Elle n'avait strictement aucune idée de ce que pouvait bien dessiner cette fille. L'aiglonne regretta d'ailleurs cette question stupide et plutôt indiscrète, et elle rougit légèrement. Bon... si on oubliait le côté idiot de cette salutation, et que la fille n'était pas trop renfermée ou grognon, ça passait. Enfin ça devait passer à peu près. Histoire de ne pas paraître agressive, Lyn fit un sourire engageant. Elle se détendit un peu, aussi. Il n'y avait pas de raison de craindre un faux pas. L'aiglonne était toujours de bonne humeur, et on ne pouvait pas lui faire de reproches parce qu'elle essayait de se sociabiliser. Le sourire de Lyn s'élargit.

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Emy, Onze ans


Mon croquis devenait de plus en plus complet à chaque coup de crayon. C'était tellement satisfaisant de voir que ma mine obéissait exactement à mes pensées, représentant précisément ce que j'avais dans la tête. Evidemment, il m'avait fallu un peu, voire beaucoup de temps avant d'arriver à dessiner comme ça du premier coup. Ça tombait bien, du temps j'en avais eu pas mal les années précédentes. Quand on n'a pas d'amis et des parents toujours absents à cause du travail, le temps à tuer est notre plus fréquent compagnon. C'était dans ces moments d'ennui que j'avais commencé à dessiner. Au début, je n'avais pas d'inspiration, mes dessins n'étaient pas ressemblants, mes trais tremblants, mais à force de dessiner tous les jours, dès que j'avais un moment, une véritable passion était née et j'avais progressé en flèche. Le dessin m'était maintenant devenu vital, j'en avais besoin pour être de bonne humeur, pour me vider l'esprit. Pour m'"évader", comme j'aimais dire.
J'avais complètement perdu la notion du temps, je ne savais plus depuis combien de temps j'étais assise sur mon banc. Tout ce que je savais c'était que mon croquis avançait à un bon rythme, comme je le voulais, et que j'étais complètement détendue. Du coin de l'œil, je voyais les élèves qui étaient venus s'amuser avec la neige dans le parc. Je soupirai. Ils allaient gâcher tout le paysage avec leurs batailles de boules de neige… D'ici le lendemain, il serait tout marron de terre et de traces de pas. Mais tant qu'ils ne venaient pas détruire la partie que j'étais en train de revisiter, ça ne m'importait pas pour le moment. Je pouvais à la rigueur faire abstraction des gens qui passaient lorsque je représentais un lieu fréquenté, mais je n'arrivais pas à imaginer les courbes de la neige, ni à dessiner sa légèreté sans un modèle parfait. J'avais encore des progrès à faire sur les modèles qui étaient plus éphémères comme la pluie ou la neige. Puisque je ne pouvais pas en dessiner tous les jours, mes croquis manquaient parfois de réalisme. C'était ce que j'étais venue travailler ce matin.
Une jeune fille s'approcha lentement de moi. Je ne la vis pas immédiatement, concentrée que j'étais sur mon dessin. Elle s'assit à mes côtés, mais je ne lui portais pas plus d'attention que ça. Après tout, elle avait bien le droit de s'asseoir, ça n'était pas mon banc. Je continuais à dessiner un moment, puis en relevant la tête vers le lieu que j'immortalisais sur mon carnet, je vis que la jeune fille me regardait. Avec un sourire. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Encore une qui avait envie de voir ce que ça faisait de trainer avec une sourde ? Elle n'avait plutôt pas intérêt, je n'avais pas pour habitude d'accueillir avec le sourire les gens qui voulaient faire ma connaissance juste pour ça. A une époque je ne disais rien, je laissais couler, j'étais contente qu'on s'intéresse à moi, même si ma surdité devait en être la cause. Puis peu à peu on m'avait délaissée, parce qu'au final, être ami avec quelqu'un qui n'entend rien, c'est plus un fardeau qu'autre chose, et j'avais appris que l'amitié, en tout cas telle que je l'avais toujours vécue, ça n'a pas forcément que du bon. Il n'y avait qu'une seule personne avec qui je m'entendais vraiment bien. Puis nous nous étions disputées, le jour de son départ. Nous nous étions revues quelques fois mais j'avais brisé quelque chose en m'emportant contre elle, j'en étais certaine, même si elle disait le contraire. Je m'en voulais encore pour ça d'ailleurs. Mais je préférais ne pas y penser, je n'avais pas besoin que la culpabilité vienne s'ajouter à tout ça.
Le regard de la fille ne semblait pas vouloir se détourner, c'était gênant, d'autant plus que je ne comprenais pas ce qu'elle voulait. Si elle avait envie de taper la discute, elle s'était trompée de porte en venant me voir. Elle risquait d'être déçue si elle attendait que je dise quelque chose juste parce qu'elle me regardait en souriant.
Une lumière se fit soudain dans mon esprit. Peut-être qu'elle m'avait dit quelque chose avant que je ne la regarde ? Elle n'attendait peut être pas que je lance la discussion, elle attendait juste que je réponde. J'avais dans ce cas deux possibilités. Soit je l'ignorais totalement, et je retournais à mon dessin. Je passerais alors pour quelqu'un de très mal élevé, mais qu'est-ce que j'en avais à faire ? Après toutes les rumeurs qui devaient circuler sur moi, je n'étais plus à une personne qui ne m'aimait pas sans me connaître près.  Sinon, je pouvais toujours lui écrire que j'étais sourde, et lui demander de coucher sur papier ce qu'elle venait de me dire. Mais ça voulait dire lui faire confiance, accepter de prendre le risque qu'elle me blesse si on devenait "amies". Et ce risque-là, je n'étais pas sure d'être prête à le prendre une nouvelle fois, j'avais déjà pas mal donné. Je décidais donc de retourner à mon dessin. Je recommençai à faire courir mon crayon sur la feuille de mon carnet. Mon trait n'étais plus comme avant que je regarde cette fille. Il ressortait parmi les autres et ça n'était pas joli. Je le gommai rapidement. Elle m'avait déconcentrée, je n'étais plus dans la bonne atmosphère…
*Tss ça me gave ça !* Je le savais, une fois que j'avais perdu mon état d'esprit et ma concentration, impossible de me remettre dedans. Mon dessin resterait à jamais comme cela, je ne le finirais pas. *C'est trop bête, il était super bien partit… Fin bon tant pis, je vais pas me lamenter, c'est fait c'est fait.* Puisque je ne pouvais pas continuer mon croquis, je décidai de tenter d'entamer une discussion avec la fille à mes côtés. *T'es sure de ce que tu fais ?* Carrément pas, mais on ne pouvait savoir sans avoir essayé, n'est-ce pas ? Puis je n'avais rien à faire d'autre, je n'avais pas envie de retourner en salle commune pour le moment. Je tournai donc rapidement les pages de mon carnet pour arriver à la toute fin, là où de nombreuses écritures avaient noircies les feuilles. Rapidement, je griffonnai quelques mots, avant de tourner mon carnet dans sa direction.

"Tu m'as dit quelque chose ? Je n'ai pas entendu, désolée. Je suis sourde"
Dernière modification par Solwen Estendle le 7 août 2018, 14 h 52, modifié 2 fois.

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Un sourire, quelques mots, et le silence. Un silence qui s'installa, comme si aucun son n'avait traversé l'air. Comme si la neige avait tout étouffé. Pourtant, Lyn entendait toujours les petits cris et les rires des bambins qui s'amusaient non loin. Elle percevait toujours le grattement, léger, presque inaudible, mais bien présent, du crayon sur le papier. Elle avait aussi entendu les mots s'échapper d'elle, avant même qu'elle puisse les retenir. Pourtant, ils étaient idiots, ces mots. Peut-être était-ce pour ça que rien n'était venu en retour. Des mots trop idiots pour être considérés ? Hum, non. Même des mots idiots trouvaient une réponse, généralement. Sauf si la fillette était au-dessus de ça. Et pourtant... n'y avait-il pas eu un petit regard, lancé rapidement ? Cette fille n'avait-elle pas, une fraction de seconde, jeté un coup d'œil à Lyn ? Il lui semblait. Mais c'était probablement de la curiosité, ou un simple réflexe ?
Plusieurs options. Ou bien cette petite dessinatrice n'avait pas entendu. Lyn ne pouvait pas l'en blâmer, ça pouvait arriver qu'on ne se rende pas compte que quelqu'un s'adressait à soi, surtout si on était affublé d'un cache-oreille, ou très très concentré (et ça avait l'air d'être le cas de cette fille, le regard fixé à son dessin). Ou bien, deuxième option, ses mots avaient été entendus mais Lyn venait de se faire superbement ignorer. Pas toujours très agréable, mais bon, quand on a pas envie de se déranger, pourquoi pas. Peut-être que l'œuvre éait trop précieuse pour être interrompue la moindre petite seconde. Lyn pouvait comprendre aussi. Troisième option, la petite réfléchissait à la réponse qu'elle allait apporter. Enfin bon. Si tel était le cas, ça serait sûrement une réponse plus intelligente. Pour une réponse banale, ça aurait probablement été spontané.
Lyn préféra donc faire preuve de patience, et son sourire, même s'il faiblit quelque peu, demeura fixé sur son visage. Et si elle n'obtenait aucune réponse ? Hum. Elle devait réfléchir à une solution de repli qui ne lui ferait pas perdre contenance. Elle commença à regarder si elle connaissait certaines personnes présentes dans le parc, s'il n'y avait pas des groupes où elle pourrait s'incruster. Mais bon, si elle était venue auprès de cette fille, c'était bien parce qu'elle n'osait pas se joindre aux autres élèves.
Mais à peine la petite italienne avait-elle commencé à jeter des coups d'œil aux autres gamins qu'elle perçut un mouvement chez l'autre fille. Normal, me direz-vous, puisqu'on ne peut pas dessiner sans bouger, à moins d'utiliser la magie, et encore. Fin bref. Toujours est-il que ce changement d'attitude se manifesta par un arrêt dans son dessin, après un unique coup de gomme. Un arrêt, et après... elle feuilleta son carnet. Tourna les pages, tourna encore. Arriva à la fin du carnet. Allait-elle commencer un nouveau dessin ? Elle posa une nouvelle fois la mine de son crayon sur le papier. Mais son tracé ne fut pas celui d'un dessin. Il fut rapide, serré, presque brutal, linéaire, empli de boucles et de petits coups de poignets. La fillette écrivait. Oui, Lyn entrevoyait, devinait ces petites lettres, couchées sur le papier. Mais ne pouvait voir plus. Elle n'était même pas sûre de distinguer une seule lettre avec précision. Elle savait que c'en étaient, et c'était tout.
Maintenant... écrivait-elle pour elle, ou pour Lyn ? Peut-être était-ce comme un journal pour elle ? La réponse arriva bien vite. Dès que la petite eut fini d'écrire, elle le présenta à l'aiglonne. Lui montra ses mots. Ne souhaitant pas le lui arracher des mains, Lyn mit prit juste délicatement le carnet sur le côté, pour le soutenir et le réorienter de manière à pouvoir lire facilement. L'écriture était jolie, et très lisible, aussi Lyn n'eut-elle aucun mal à déchiffrer ces mots.

Sourde. C'était le mot que le regard de Lyn avait accroché. Sourde. Que ressentit la petite italienne à ce moment ? De la surprise, d'abord, sans aucun doute. Une immense surprise. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Des milliers de questions venaient se bousculer dans sa tête. Que percevait-on lorsque l'on était sourd ? Pourquoi communiquait-elle par écrit si elle était sourde ; était-elle aussi muette ? Avait-elle perdu l'ouïe ou était-ce de naissance ? Tant d'interrogations que l'aiglonne oubliait au fur et à mesures qu'elles arrivaient. La seule chose que Lyn ne s'était même pas demandé, pas une seconde, c'est si c'était une blague. Ce n'était pas envisageable, il y avait trop d'éléments qui allaient en faveur de ces quelques mots, de ce mot. Sourde.
Le deuxième sentiment de Lyn fut... la pitié ? Très probablement. Lyn commençait à énumérer intérieurement, malgré elle, tout ce que son "interlocutrice" ne pouvait pas connaître, si elle était totalement sourde. Les sons des mots, leur prononciation. Qu'elle ne pouvait que lire sur les lèvres. Les voix. Des milliers, des milliards de nuances de voix différentes, et aucune accessible à ses oreilles. Tous les bruits qui pouvaient alerter, signaler quelque chose. Et puis, la musique. Un art merveilleux mais... hors de portée pour cette jeune fille. Qui ne devait même pas savoir ce qu'elle manquait – maigre consolation.
Ces sentiments, et d'autres, tourbillonèrent rageusement, sans que Lyn sache où donner de la tête. Elle ne savait pas du tout comment réagir. Elle lâcha le carnet, écartant légèrement ses doigts des pages. Seuls ses yeux pouvaient exprimer son étonnement et sa compassion. Le reste du visage ne transmettait rien, sa bouche restait fermée, immobile. Elle réfléchissait à toute allure. Que dire, que dire ?
La première chose sensée qui lui vint à l'esprit fut que, pour répondre, elle devrait peut-être écrire elle aussi. Aussi reprit-elle le carnet, toujours tendu vers elle. Elle réfléchit quelques instants à ce qu'elle pouvait bien dire, mais rien ne la satisfaisait. Elle prit le crayon que lui tendait la petite, et posa la mine sur le papier. Et puis, elle se lança. Même si elle avait des milliers de choses à dire. Même si elle n'avait que du vide à écrire.

"Ah... Désolée. Je te demandais ce que tu dessinais." Après ces quelques mots, entrecoupés de petites pauses, la jeune Capitaine arrêta son geste une seconde, puit reprit. "Je m'appelle Lyn."

Elle hésita à rajouter son nom, sa maison, son année, et puis elle se ravisa. Ces informations étaient inutiles. Inutile aussi d'écrire un roman. Toujours pas satisfaite, Lyn tendit donc le carnet – et le crayon – à sa camarade, espérant qu'elle parviendrait à lire sans trop de mal. Déjà, Lyn n'avait plus aucune pensée pour la neige, pour tout ce qui l'entourait. Il n'y avait plus que cette fille. Cette fille, qui ne s'était définie que par un mot. Pourquoi un seul mot ? On était des milliers de choses. Sûrement qu'il fallait bien commencer par quelque part. Pour cette fille, à ce moment, ce quelque part, c'était ce mot. Sourde.

Désolée pour cet affreux retard :sweatingbullets: 

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L'Inquiétude. Je crois que c'est le mot qui définit le mieux ce que je ressentais à ce moment précis. Elle avait attrapé le coin de mon carnet pour le pencher dans sa direction, et je voyais ses yeux parcourir les quelques mots que j'avais tracés. Je n'avais pas vraiment apprécié de la voir toucher mon carnet comme ça, sans autorisation, mais je n'en laissais rien paraître. Après tout, je lui avais posé une question, donc pour qu'elle y réponde il fallait bien qu'elle le prenne dans ses doigts. Mais sur le coup, je n'avais pas aimé qu'elle pose ses mains dessus. Au début, je ne vis aucune réaction chez elle. Pourtant elle avait lu ce que j'avais écrit, j'en étais sûre, j'avais même vu ses yeux s'arrêter un moment sur le tout dernier mot. Sourde. Était-ce pour ça qu'elle ne réagissait pas ? Je l'avais choquée ? Une part de moi était contente de voir que je l'avais surprise. Ça prouvait qu'elle n'était pas venue me voir juste parce que j'étais sourde et qu'elle n'avait jamais entendu les rumeurs sur mon compte. Elle n'avait donc aucun à priori. C'était déjà ça de pris.
Après quelques instants d'immobilité, je m'attendais à ce qu'elle saisisse mon crayon pour me répondre. Mais au lieu de ça elle lâcha mon carnet, comme si elle s'était brûlée. Ça me fit l'effet d'un coup de poing. Finalement, elle ne valait pas mieux que les autres. Je ne savais pas ce qui était pire. Qu'elle se moque de moi, qu'elle profite de mon handicap pour s'attirer la bénédiction des autres, ou alors qu'elle me rejette comme ça. Ce n'était qu'un geste, elle avait juste lâché mon cahier. Tout le monde l'avait lâché un jour ou l'autre de toute manière. Mais avant ça, j'avais vu ses yeux se bloquer sur le dernier mot. Et ça, ça changeait tout. J'étais déçue. J'avais espéré. Espéré rencontrer une personne différente des autres. Espéré que peut-être, peut-être il y aurait eu une chance qu'on devienne…. Je ne sais pas moi ! Amies ? Et c'était une nouvelle déception. Et après ma mère me disait que je ne faisais pas d'efforts, que si je n'avais pas d'amis c'était de ma faute ! Ahah mais quelle blague ! Est-ce que je n'ai pas fait d'effort là ? Je lui avais écrit, j'avais essayé de m'ouvrir, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Certes ça n'était pas grand-chose, mais c'était déjà bien non ? Mais visiblement ça ne suffisait pas. *Stop. J'abandonne. J'en ai marre. *
J'allais lui retirer mon carnet, prête à prendre mes affaires et me tirer de ce banc, probablement pour retourner me vautrer sur mon lit, ou alors à la bibliothèque, lorsque je vis ses yeux. Toujours accrochés à ce mot. Pourtant, ils ne trahissaient ni dégoût, ni quoi que ce soit d'autre. Les seules choses que j'y lu, ce fut de l'étonnement d'abord, puis de la compassion. Je savais depuis un bout de temps lire sur les visages, et j'étais certaine de ne pas me tromper. J'avais complètement oublié ce que je voulais faire, oublié que je voulais me casser, à peine quelques millièmes de seconde plus tôt. C'est dingue comme on peut rapidement changer d'avis. J'étais contente de voir que ce qui l'avais poussé à lâcher mon carnet c'était juste son étonnement, et en même temps j'étais triste. Je ne voulais pas qu'on me plaigne, pas qu'on me jette des regards plein de pitié. Comme si ça allait changer quelque chose. Comme si ça allait changer mes oreilles. Comme si elles allaient fonctionner un jour. NON ! Elles ne marchaient pas, elles ne marchent pas et elles ne marcheraient jamais ! Et c'est pas parce que les gens sont tristes pour moi que ça va y faire quoi que ce soit !
Soudain, elle pris une nouvelle fois le carnet entre ses doigts, puis, après quelques instants, elle attrapa le crayon, que je gardais encore dans la main dans l'espoir qu'elle le saisisse pour me répondre. Je la vis poser la mine sur le papier, puis la laisser danser en traçant quelques mots. Elle avait une écriture vraiment différente de la mienne, un peu plus brouillonne, irrégulière. J'avais toujours adoré écrire, donc j'y avais très tôt mis beaucoup d'attention. Après tout, ça n'est qu'une sorte de dessin, avec toujours les mêmes traits qui reviennent, pour former à chaque fois un dessin différent, un dessin que chacun peut comprendre. L'écriture c'est un peu comme le dessin en fait. Quand je trace quelque chose sur le papier, ça représente toujours quelque chose que n'importe qui peut voir. Mais ça, ça n'est que la surface, il y a quelque chose de plus derrière mes dessins, plus profond, mais que les gens ne vont pas toujours chercher, parce qu'ils s'en fichent. Quand on écrit c'est pareil, il y a le premier sens, que n'importe qui peut comprendre en mettant bout à bout le sens des Mots utilisés, et derrière, il y a le second sens, celui que seuls certains cherchent à saisir. C'est ce côté double que j'aime.
Je me reconcentrais sur ce que la fille avait tracé sur mon cahier. Elle avait commencé par s'excuser. Mais s'excuser de quoi ? D'avoir dit quelque chose que je n'avais pas pu entendre ou bien elle avait écrit ça par pure politesse parce que je lui avais dit que je n'entendais pas ? Je choisis de comprendre le premier sens, je ne voulais pas qu'elle s'excuse pour ma surdité. Ça n'était pas de sa faute donc pourquoi dire qu'elle était désolée ? Bref. Elle précisait ensuite qu'elle m'avait demandé ce que je dessinais. Donc elle s'intéressait à mon dessin ! Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'avait fait plaisir. Une seule personne s'était intéressée à mes dessins… *Ne pense pas à elle…* Elle releva son crayon au moment où j'entamais la lecture de sa dernière phrase. Elle se présentait, elle s'appelait Lyn. *Lyn…. J'ai déjà entendu ce nom, non ? Mais où ? Bonne question…* Je sentais que ça m'échappait, mais j'avais envie de savoir. Et plus j'avais envie de savoir plus c'était impossible à retrouver. *Rah cherche !* Mais je cherchais, je cherchais mais je ne trouvais pas. Quelqu'un m'avait parlé d'une Lyn pourtant, j'en était sûre. J'eus soudain un flash, et un visage flotta dans mon esprit. Je ne le vis qu'un pouillème de seconde, mais il ne m'en fallut pas plus pour la reconnaître. Grands yeux bleus, cheveux ondulés jusqu'à la taille, bruns presque noirs. J'étais sûre que c'était elle qui m'avait parlé d'une Lyn. Mais je ne lui avais pas vraiment prêté attention, donc je ne me souvenais plus du tout de ce qu'elle m'avait dit sur la fille assise à côté de moi. 'Fin bref, c'était court comme prénom, j'aimais bien.
Relisant ce qu'elle avait écrit quelques instants plus tôt, je lui pris le crayon des mains, tout en réfléchissant aux mots que je pourrais tracer. J'avais l'idée en tête, donc je posai la mine de mon crayon sur la page, avant de la laisser courir pour faire apparaître mes mots. "Je dessinais le parc. Je fais ça souvent, j'aime bien ce point de vue. " La mine suspendue quelques millimètres au-dessus de la feuille, j'hésitais à rajouter quelque chose, des détails sur mes dessins, puis je me dis que peut être que ça ne l'intéresserait pas. Je finis rapidement par un "Moi c'est Emy" avant de reposer le crayon sur mon carnet.
Dernière modification par Solwen Estendle le 7 août 2018, 14 h 53, modifié 2 fois.

"Il y a des sourires si beaux qu'on en oublie la laideur du monde"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante."
Maman poule emmitouflée en 2017

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Fini. Terminé. Cette angoisse subite, fugace. Ce stress que Lyn avait eu un très court instant, cet instant où elle avait écrit des mots ternes sur ce carnet. Et s'ils étaient trop ternes ? Et s'ils ne valaient pas la peine de répondre ? Et si, au contraire, ils étaient trop... envahisseurs ? Et si... Des mots pouvaient tout faire basculer. Mais pas ces mots, pas ces mots... faibles, si ? Pourtant, elle avait eu peur, peur d'avoir été maladroite ou indiscrète ou importune ou... Elle avait eu peur, parce qu'elle sentait que chez cette fille, qui n'entendait pas, les mots couchés sur le papier avaient bien plus de sens. Elle pouvait probablement y percevoir une intonation, une émotion, là où les autres se baseraient sur la voix. Non, elle n'avait pas les voix pour cela. Les écrits avaient-ils alors plus de sens chez elle ? Comment percevrait-elle ces quelques mots ?
Oui, fini, terminé, ces questions s'envolèrent, s'éteignirent. Lyn se relâcha. Elle se relâcha car elle sentit que ses craintes étaient infondées. Relevaient de la paranoïa. Ses angoisses, qu'elle pensait avoir refoulées au cours de l'année précédente, son anxiété dont elle pensait s'être libérée, mais qui revenait parfois à la charge, sans qu'elle sût dire pourquoi. Elle laissa filer cette tension qui l'avait habitée quelques fractions de seconde. Inspira, expira, très légèrement. Elle releva le regard vers la fillette à ses côtés. Qui, elle aussi, avait le regard rivé sur ces mots, tracés d'une écriture enfantine, irrégulière, pas très belle. Celle de Lyn, celle qu'elle avait tortillée dans tous les sens depuis qu'elle avait commencé à écrire. Celle qui mettrait encore des années avant de se stabiliser, si elle se stabilisait un jour.
C'était amusant, d'ailleurs. D'habitude, les discussions auxquelles Lyn prenait part se faisaient dans les gestes, dans la voix, le ton, les expressions du visage, tout le corps. Là, les yeux n'étaient pas concentrés sur l'Autre mais bien sur ses mots. Sur ce qu'il avait tracé. On pouvait certes déceler quelques émotions sur les visages, mais Lyn n'était pas la plus douée pour ça. Passant une main sur son visage pour écarter une mèche et la remettre derrière son oreille, Lyn patienta, sachant que la discussion était lancée. Plus de raison de stresser, les bases étaient posées, les mots fileraient désormais, avec ou sans fluidité, mais présents.

La petite fille reprit le crayon, et une nouvelle fois, elle appliqua sa jolie écriture sur le papier. Avide de savoir ce qu'elle répondait, Lyn suivit le tracé au fur et à mesure qu'il apparaissait.
Le parc. Elle dessinait le parc. Des milliers de pensées arrivèrent à l'esprit de l'aiglonne. Le parc. Qu'elle avait oublié un moment. Le parc, si joli avec la neige. Elle l'avait immortalisé. Elle avait fait de ces flocons éphémères une neige éternelle. Et pas que. Souvent. Avait-elle donc des centaines de versions du parc ? Merveilleux. Fantastique. Peut-être, en mettant bout à bout ses dessins, pouvait-elle même retracer le Temps, avec la succession des saisons, leur progression. Le parc, cet endroit que jamais Lyn n'avait pu prendre en photo, parce que les appareils photo ne fonctionnaient évidemment pas à Poudlard. Le parc. Un parc éternel, non, des dizaines de parcs éternels se cachaient donc sur ces pages. Dans ce carnet.
Lyn avait des étoiles dans les yeux. Elle sourit, un grand sourire, qui laissait même voir un peu ses dents. Elle continua sa lecture. Emy. C'était donc le prénom de cette fille. Emy, oui, c'était ce que lui avait dit Solwen, maintenant qu'elle y repensait. Emy, un prénom... que Lyn aimait beaucoup. Joli, et sans prétention. Simple, et doux. Et pourtant, également pétillant. Lyn le chuchota, pour se l'entendre dire. Ce fut un son rapide, mais elle savoura ce court instant à le prononcer. Mais elle voulait l'entendre mieux. Elle le dit d'une voix plus claire, pas très haute mais sans murmure. Emy.

Lyn n'avait plus qu'une envie désormais. Contempler les fameux dessins du parc. Les admirer, les imprimer dans sa tête. Elle voulait pouvoir observer un arbre en fleurs en plein hiver. Elle voulait avoir l'occasion de revoir les flocons lorsqu'on serait en mai. Elle voulait voir un parc irréel, plat, mais qui serait pourtant bien là. Et puis, elle souhaitait ardemment la voir, elle, Emy, dessiner. La voir bouger son poignet, une nouvelle fois, encore. La voir faire naître un énième parc. Lyn était fascinée par le dessin, elle qui n'était pas du tout douée à cet art.
Elle songea à plusieurs choses avant de reprendre le crayon en main. Tout d'abord, peut-être que les dessins d'Emy n'étaient pas aussi réalistes que Lyn se l'imaginait. Non pas que ça la gêne, au contraire, elle appréciait tout dessin où l'artiste mettait du cœur, de la passion. Mais le simple fait de penser que les dessins pourraient être dans un autre style que réaliste fit naître en Lyn une envie accrue de voir les œuvres. Parce qu'elle n'avait aucune idée des techniques utilisées, de la manière de reproduire le paysage, tout ça. Et puis, sa deuxième pensée fut que... peut-être Emy désirerait-elle garder ses dessins pour elle. Tel un jardin secret où elle seule pouvait se réfugier.
Et pourtant, Lyn ne le saurait jamais si elle ne demandait pas. Elle prit donc délicatement le crayon dans ses mains, puis attrapa le carnet. Cette fois, elle ne réfléchit pas très longtemps à ce qu'elle allait écrire. Dans sa hâte, elle écrivit même moins bien, mais elle essaya de faire de larges boucles pour que ça reste lisible.

"Tu m'autoriserais à regarder tes dessins ?"

Après ça, Lyn tourna aussitôt le carnet vers sa camarade, les yeux brillants, tout sourire. Elle savait que plusieurs dessins, si ce n'était tous, étaient dans ce carnet. Elle avait vu Emy tourner les pages pour écrire à la fin, mais c'était bien le même carnet. Pour autant, Lyn ne se serait pas permise de regarder sans autorisation. Elle savait qu'on pouvait être gêné quand quelqu'un regardait ce qu'on faisait, même si c'était beau. Tout comme Lyn fermait la porte de sa chambre lorsqu'elle s'amusait à programmer, et fermait tout de suite son logiciel dès que quelqu'un entrait. Tout comme elle fermait son livre si elle sentait que quelqu'un venait voir derrière son épaule.
On avait tous un jardin secret, et Lyn le comprenait, et le respectait. Elle respectait cette fille, qui semblait avoir fait du dessin une passion. Lyn respectait tout cela, et même son souhait flamboyant de jeter un œil aux créations d'Emy ne pouvait la rendre malpolie au point de s'approprier ce droit, ce droit de vision, sans le demander.

Décidée à patienter aussi longtemps qu'il le faudrait, et préparée à peut-être essuyer un refus, Lyn restait immobile, ce sourire chaleureux fixé sur son visage, les yeux pleins de vie, les mains posées sur ses genoux. Elle était heureuse, elle n'aurait su dire pourquoi. Elle n'était même pas sûre de pouvoir contempler les parcs de papier, mais malgré tout, elle se sentait plus confiante, et souhaitait au moins continuer de discuter avec cette fille. De la lire. De lui écrire. D'en apprendre plus sur elle, de faire connaissance. Au fur et à mesure que les écrits arrivaient, une nouvelle information fusait.

Sourde. Dessin.

Emy.

“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince
Les Éclairs, une équipe du tonnerre ! - Lexie | Solynyle forever
3e année RP | #B6004A

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

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Emy, Onze ans


Au fur et à mesure que ses yeux couraient sur ce que j'avais tracé sur le papier, je vis ses pupilles se mettre à briller d'excitation. Ou de contentement, je n'aurais su dire. On ne se connaissait pas encore assez bien pour que je réussisse vraiment à lire sur son visage comme je le faisais sur celui de mon amie d'enfance. Par contre, le grand sourire qui naquit sur son visage tandis qu'elle continuait sa lecture ne laissa aucun doute sur ses pensées. Elle était contente. De savoir que je dessinais le parc ou bien juste que j'ai répondu à sa question ? Ça me semblait un peu disproportionné comme réaction si c'était la deuxième solution, mais pourquoi pas hein, certains étaient plus démonstratifs que d'autres après tout. Le regard fixé sur son visage pour percevoir chacune de ses expressions, je la vis murmurer, très brièvement, certainement juste un mot. Qu'est ce qu'elle pouvait bien dire ? Je lui avais expliqué que j'étais sourde, donc le mot qu'elle avait prononcé je ne pouvais pas l'entendre, et elle le savait. Est ce qu'elle se parlait à elle même alors ? Certainement, mais c'était un peu étrange. Mais lorsqu'elle recommença une deuxième fois, ses lèvres articulèrent mieux, et je compris. Emy. Aucun doute possible. Je n'étais pas encore très douée pour lire sur les lèvres, mais mon amie d'enfance m'avait aidée à apprendre à saisir ce que disaient les gens. Bon pour ça il fallait qu'ils parlent doucement, en articulant et en me regardant, mais c'était déjà bien, pour ceux qui avaient la flemme d'écrire. Ça me donnait l'impression d'être "normale", de comprendre sans avoir besoin de passer par les Mots tracés sur le papier. C'était pas grand chose, mais j'étais contente qu'Elle m'ait aidée à le faire. Mais pourquoi est ce qu'elle prononçait mon prénom ? J'avais beau me creuser la tête, j'avais du mal à en comprendre l'intérêt. 'Fin bon, si je comprenais toujours tout ça aurait été inquiétant quand même. 
Je la vis reprendre le crayon dans sa main, puis saisir le carnet. Cette fois ci, je n'eus aucune envie de la voir retirer ses sales pattes de mon cahier, déjà parce que j'étais contente qu'elle ait toujours envie de discuter avec moi, et parce j'avais presque hâte de voir les mots qui allaient apparaître sur la page blanche. Mais surtout parce que je l'aimais bien. 'Fin aimer. C'est un bien grand mot, surtout associé à cette fille que je ne connaissais que depuis quelques minutes, mais j'avais l'impression qu'elle était sincère, qu'elle ne jouait pas la comédie, et ça me plaisait. Puis elle connaissait Solwen, donc elle ne pouvait pas être méchante. D'ailleurs, elles se ressemblaient un peu toutes les deux. Pas vraiment au niveau du physique, mais plus de l'attitude. Solwen non plus n'avait pas fuit quand elle avait appris que j'étais sourde, elle non plus ne s'était pas moquée de moi. Et elle aussi s'intéressait à mes dessins. Je me revis soudain quelques années plus tôt. 

Nous courions dans le jardin. Nous avions six sept ans. Elle fonçait devant moi, et je la poursuivais. Je la voyais rire, sans l'entendre, son visage éclairé par son sourire. Elle repoussait sans cesse ses cheveux qui lui tombaient devant les yeux à chaque pas. C'était dans l'espoir de voir les miens aussi longs et aussi beaux que je m'étais mise à les laisser pousser. Mère était contente, je pouvais enfin les attacher en chignon. Super. Lorsqu'elle m'avait quittée, je les avais coupé aux épaules sur un coup de tête, persuadée qu'elle ne reviendrait jamais, qu'on ne se reverrait pas. Je voulais l'oublier Elle, mais aussi oublier ce que j'avais fait. Cette année sans elle fut l'une des pires de ma vie. Mais tout comme elle avait ralenti ce jour là, pour que je puisse la rattraper et qu'elle devienne le chat à son tour, elle était revenue vers moi, elle m'avait pardonné. Par gentillesse. Parce qu'elle tenait à moi et qu'elle voulait me voir heureuse, un sourire aussi large que le sien sur le visage. Elle avait réussi. Enfin, elle avait presque réussi.

En sentant mon nez se mettre à me piquer je quittai mes souvenirs à regret. Ces quelques années en sa présence me manquaient. Et dire qu'elle était là, à Poudlard, qu'on mangeait dans la même salle, qu'on parcourait les mêmes couloirs, qu'on avait les mêmes profs. J'aurais du être contente de pouvoir de nouveau la voir tous les jours et passer du temps avec elle. Mais si elle elle m'avait pardonné, ça n'était pas mon cas. Je m'en voulais encore. C'est pour ça qu'à chaque fois qu'elle passait dans un couloir je me cachais dans la masse des autres élèves, espérant qu'elle ne me verrait pas. Au début elle était quand même venue me voir à chaque fois qu'elle m'apercevait, mais je l'ignorais, je l'esquivais, je la fuyais. J'avais vu que je lui faisais mal, mais j'avais continué. Jusqu'à ce qu'elle cesse de venir. Je la voyais toujours dans les couloirs ou à la bibliothèque, mais elle ne m'approchait plus, elle se contentait de me lancer un petit sourire triste lorsque son regard croisait le mien. *Crois moi, je préférerais mille fois revenir auprès de toi. Mais je peux pas. Pas maintenant en tout cas. Laisse moi le temps.*
Du coin de l’œil je vis que Lyn avait cessé d'écrire. Son écriture semblait plus pressée, moins soignée et moins lisible. Mais je réussis sans trop de difficultés à déchiffrer ce qu'elle avait couché sur papier. Si je m'étais écoutée et que je n'avais pas réfléchi, j'aurais immédiatement tracé un petit "Non." tout sec. Parce que c'était mes dessins, je détestais qu'on les regarde. Je n'étais pas encore aussi douée que je le voudrais, et si j'étais fière de moi, je ne l'étais pas assez pour les montrer. Seule Solwen avait été  suffisamment intéressée par mes dessins pour me demander si elle pouvait les voir. J'avais refusé tout net au début, mais elle avait insisté jusqu'à ce que je craque et que je la laisse feuilleter mon carnet. Au final j'étais contente de l'avoir laissée faire. Elle ne dessinait pas beaucoup elle même, mais elle savait voir les défauts de ce que je dessinais, au niveau de la perspective ou des détails, et son aide m'avait été précieuse pour m'améliorer. Son aide m'était toujours précieuse me direz vous. Et c'est pas faux. Mais si j'avais finit par lui laisser l'accès à mes dessins, je n'étais pas sure de vouloir faire de même avec Lyn. C'était quand même assez personnel, un peu comme un journal intime, sauf que ça n'était pas des mots mais des croquis. Je n'avais pas envie que n'importe qui puissent les voir. Mais était-elle n'importe qui ? Après tout, elle semblait vraiment intéressée par ce que je dessinais, si j'en croyais l'étincelle qui brillait dans son regard, et elle n'avait pas fait de réflexion sur ma surdité donc elle ne devait pas être du genre à se moquer. En même temps, j'avais envie qu'elle les voit, juste pour savoir ce qu'elle en pensait, et d'un autre côté, je refusais qu'elle pose son regard dessus, surtout par jalousie. Nous étions seulement deux à les avoir jamais vu, et je voulais que ça reste ainsi. *C'est égoïste. Et tu le sais très bien* Oui c'était égoïste, et alors ? Elle m'avait demandé si je l'autorisais donc elle s'attend à ce que je puisse possiblement lui refuser non ? Donc voilà. Je voulais pas. *T'es méchante. Et après tu te demandes pourquoi les gens ne t'aiment pas* C'était quoi le rapport ? Déjà, les gens ils me demandaient pas si ils pouvaient regarder mes dessins, puis c'est pas eux qui m'aimaient pas c'est moi qui les aimais pas. C'est pas pareil. Mais ma conscience avait semé le trouble dans mon esprit. Quelle autre raison avais-je de refuser à part mon égoïsme ? J'avais beau me creuser la tête, bah... je n'en avais aucune. Légèrement hésitante, je repris une nouvelle fois mon crayon. Elle avait gentiment tourné le carnet dans ma direction et me regardait avec des yeux brillant d'espoir, un sourire scotché aux lèvres. Je ne savais plus depuis combien de temps elle attendait ma réponse, mais je me dépêchais de poser ma mine pour ne pas la faire patienter plus que nécessaire. Je la laissais danser, marquant la feuille de traits gris de graphite. "Oui, vas-y" Puis je lui tendis le carnet. Quand je relevai la tête, je sus que j'avais fait le bon choix. 
Dernière modification par Solwen Estendle le 7 août 2018, 14 h 54, modifié 2 fois.

"Il y a des sourires si beaux qu'on en oublie la laideur du monde"
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Maman poule emmitouflée en 2017

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Lorsque l'on s'ennuie, le temps passe plus lentement. Les secondes s'étirent, les minutes traînent. En cet instant précis, Lyn attendait, elle attendait et ne faisait rien. Le temps s'allongeait, et à la fois, elle ne s'ennuyait pas. Elle ne s'ennuyait pas, parce que son esprit regorgeait de pensées et d'interrogations, d'espoir et d'appréhension, de... patience et d'impatience. Oui, les deux à la fois. Son cœur guettait la réponse d'Emy avec avidité, tandis que, plus sage, une partie d'elle savait que la réponse viendrait, et qu'il ne fallait pas brusquer les choses. Laisser les gens réfléchir, ne pas s'agiter. Autrement dit, patience et longueur de temps bla-bla-bla. Ce qu'on rabâchait souvent aux enfants.
Lyn ne laissa paraître aucun signe d'agitation extérieure. Seul son regard laissait percer une certaine excitation, mais à part ça, elle restait stoïque, et patientait. Pendant qu'Emy, elle, semblait réfléchir, peut-être peser le pour et le contre ? Choisir quels dessins montrer et lesquels garder secrets ? Ou peut-être était-elle perdue dans ses pensées ? Peut-être un peu des trois.

Au bout d'un moment, la petite dessinatrice reprit son crayon. Elle posa sa mine. Les yeux de Lyn se firent encore plus grands, si c'était possible. Le trait gris commença à se former.
Les lettres arrivèrent à toute vitesse. Chaque nouveau coup de crayon faisait intérieurement sauter de joie la petite brune. "Oui". Affirmation superbe. Y avait-il un "mais", derrière, qui suivrait ? Même pas. Ce fut plus qu'une autorisation, ce fut une invitation. Un "vas-y". Froid en apparence, mais qui rayonna dans l'esprit de Lyn. Une invitation, une incitation. Un cadeau. Un honneur ? Une envie qui avait grandi en quelques secondes dans l'esprit de l'aiglonne, une envie qui allait être apaisée. Et... un sentiment d'excitation encore plus grand qui prenait place. Plus que quelques secondes, quelques fractions de secondes.


Emy tend le carnet. Un geste calme et anodin. Mais plus que ça encore, un signe de confiance. Un partage. Un geste qui perce le silence, qui fait croître un sourire.
Le carnet est dans cette petite main. La main sourit, elle aussi. Elle lui dit.
"Vas-y."
Prends. Ouvre. Contemple.
J'y vais. Ok, j'y vais.
Je le prends. Douce sensation du carnet contre mes doigts. Il se détache de sa main.
Je l'ouvre à une autre page, au début. Là où elle dessinait le parc. Une page au hasard. N'importe laquelle, chacune est une œuvre à voir.
Je contemple.


Lyn contemplait. Le regard scotché au carnet, au dessin qui l'avait happée dès qu'elle l'avait vu. Une page au hasard, oui. Une page unique, comme les autres. Celle-ci n'avait pas de couleurs. Noir et blanc. Et gris. Un trait au crayon. Tantôt gras, tantôt fin, tantôt sec, tantôt droit, tantôt fragile. C'était son trait, à Emy. Dans l'ensemble, on pouvait voir un arbre. Lyn devina que c'était un de ceux non loin du banc. Un arbre du parc. Et à côté, toutes sortes de choses qui venaient compléter le tableau. On pouvait ne voir que l'arbre, on pouvait ne voir que le décor. On pouvait ne rien voir et seulement regarder ce tracé. Un tracé précis, qui rendait... bien. Lyn n'avait pas de mots. Piètre dessinatrice, la petite italienne savait tout juste faire un ours en peluche. C'était ça, son unique fierté. Elle en était fière quand même. Mais là, elle avait juste pris un dessin au hasard dans ce carnet, et elle était impressionnée.

Lyn savait tout juste assez dessiner pour connaître la difficulté de cet art, et en même temps pas assez pour s'estimer réellement artiste. On est tous des artistes, direz-vous. Simplement, Lyn, à cet instant précis du moins, se sentit bien moins artiste que sa camarade. Et qui était-elle pour s'arrêter sur les défauts de ces beautés de papier ? Non, Lyn ne voyait pas la moindre imperfection. Il y en avait toujours, mais Lyn avait l'esprit suffisamment ouvert pour ne pas les voir par-dessus le dessin. Elles étaient le dessin, et n'enlevaient en rien la douceur et la puissance de ces œuvres.
Lyn, après un petit moment passé ainsi à observer cette page, se décida à la tourner. Changer, chercher ailleurs. Elle prit plusieurs feuilles à la fois dans sa main, et rabattit la liasse au dos du carnet. Se trouva face à une nouvelle étincelle d'art.
Une explosion de couleurs. Pour Lyn qui adorait cela, c'était... magnifique. Ce devait être en automne. Le parc, dessiné dans une vue plus globale. Avec de belles couleurs rouges, marron, jaunes, orange, une myriade de couleurs chaleureuses qui faisaient percevoir la beauté de l'automne au premier coup d’œil. Lyn n'aimait pas l'automne en tant que saison météorologique. La pluie, la boue, berk. Très peu pour elle. En tant que saison poétique, elle trouvait ça superbe. Rien de moins.
Et là, ce dessin recouvert au crayon de couleur, il était superbe aussi. Et même plus. C'était l'automne immortel, l'automne juste beau, l'automne dans toute sa splendeur.

Lyn passa moins de temps dessus. Elle sentait que tout lui plairait. Et elle voulait en capter le plus possible. Se sentir assaillie de toutes parts par les couleurs et les crayonnés, par les taches et les tracés.
Ce fut la même chose avec les pages suivantes. Quelques secondes seulement, mais suffisamment pour s'en imprégner. Et pour ne pas dévorer le carnet entier, elle ne le parcourrait pas dans sa totalité. Elle laisserait des pages cachées. Pour le jardin secret d'Emy. Pour la surprise, si Lyn avait un jour l'occasion de replonger à travers ces pages enchantées.
Des pages magnifiques. Un régal. Ici un dégradé de bleu, de la profondeur à la clarté. De la nuit au jour. Là, des petits coups secs, serrés, qui faisaient se dresser l'herbe avec vigueur. Tout rendait le paysage vivant et immortel. Infini.

Lyn arriva à la dernière page des dessins. Celui-ci était inachevé. Comment ne pas le reconnaître ? Le parc, enneigé. Aujourd'hui. Quelques minutes, quelques heures seulement auparavant. Un parc déjà disparu, mais que quelqu'un avait pensé à garder en vie pour un certain temps encore. L'ébauche était déjà bien avancée, et très belle. Chaque mot qui traversait l'esprit de Lyn pour décrire ce qu'elle voyait lui semblait bien terne à côté de ce qu'elle ressentait réellement en les regardant.
Avec un léger soupir, Lyn referma le carnet, avec douceur. Pour protéger ces merveilles. Les yeux toujours aussi brillants, le sourire qui remonta d'un coup après ce moment d'émotion. Un regard intense et joyeux vers Emy.

- Waow, c'est... superbe, vraiment !

Au même instant, l'esprit de Lyn se remit en marche. Mais elle ne se démonta pas. Ces mots resteraient en l'air, et personne ne les aurait. Emy en avait peut-être perçu le sens. Elle pouvait le deviner, la petite brune en était pratiquement sûre. Toujours sourire aux lèvres, elle prit le crayon, de nouveau. Rouvrit le carnet à la fin, feuilleta pour retrouver les dernières pages gribouillées de mots.
Et, encore une fois, traça ses lettres.


"Tes dessins sont magnifiques. Merci beaucoup. Merci."

En relisant rapidement ses phrases, Lyn se rendit compte qu'elle avait écrit deux fois la même chose. Elle n'avait pas fait attention sur le coup. Elle voulait remercier Emy pour... tout. L'avoir autorisée à regarder ses dessins, ne pas l'avoir arrêtée dans sa contemplation, avoir partagé son jardin secret, lui avoir donné l'occasion d'observer d'aussi jolis dessins de si près, avec tant d'intérêt.
Vraiment, ça avait été un excellent moment. Le retour à la réalité n'en était pas dur pour autant. Lyn se réjouissait de ce que pouvait encore lui réserver la matinée. Mais déjà, elle était comblée. Apaisée. Elle se sentait tellement bien, ici.
Avec la neige.
Avec ces merveilles de papier.
Avec Emy.

“C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.” - Le Petit Prince
Les Éclairs, une équipe du tonnerre ! - Lexie | Solynyle forever
3e année RP | #B6004A

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

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Emy, Onze ans


A peine venais-je de lui donner mon approbation qu'elle saisissait déjà mon carnet. J'aurais pu refermer ma main, l'empêcher de le prendre, dans un brusque désir de dire non, de reprendre mon invitation, de garder secret ce qui l'était encore. Mais je ne le fis pas, de peur d'éteindre la lumière que j'avais vu s'allumer dans ses yeux. Je sentis la caresse du papier sur mes doigts lorsqu'elle fit glisser mon carnet vers les siens. Elle ne perdit pas de temps, et l'ouvrit immédiatement à la première page, tombant sur l'un de mes multiples croquis du parc. Je relevai mon regard vers ses yeux, fixés avec attention sur les fines pages du carnet. Je les voyais sauter d'un détail à l'autre, et bien que mon premier dessin fut loin d'être parfait, sa bouche et son regard ne trahissaient que l'admiration. Aucune critique, aucune remarque, juste la contemplation de mes traits de crayon. Au bout de quelques instants passés à observer le premier dessin, je la vis tourner la page. Je ne baissais pas le regard, ça aurait été inutile, je savais déjà quel dessin se trouvait à sa suite. Mon premier dessin en couleur du parc. Il aurait été impossible de faire ressortir son éclat d'automne autrement, mon dessin aurait paru fade en comparaison du modèle si je ne l'avais pas fait. Je continuais à observer son visage, véritable miroir de ses émotions, qui me facilitait la tâche pour comprendre ce qu'elle pensait. Autant il était parfois compliqué de faire la différence entre deux sentiments, surtout sur un visage inconnu comme le sien, autant son expression ne laissait pas la place au doute. Elle appréciait ce qu'elle voyait, et je dois avouer que j'en ressentis une certaine fierté. Ce n'était pas mes premiers dessins, loin de là, mais c'était la première fois que je dessinais un ensemble aussi vaste, avec autant de détails, de jeux de perspective, d'ombres... D'habitude je me contentais d'un bout de notre jardin, juste une sorte d'extrait, voire je dessinais des objets. Jamais une étendue aussi grande. La voir apprécier le spectacle retranscrit sur le papier me fit sourire. Ça faisait longtemps que je n'avais pas souri à cause -ou plutôt grace- à quelqu'un. Ça faisait du bien.
Elle s'attarda moins longtemps sur cette page, elle la tourna rapidement, découvrant le dessin suivant. Son empressement se ressentait, les pages tournaient entre ses doigts, de plus en plus vite, et n'étaient plus visibles qu'une poignée de secondes. Mes dessins n'apparaissaient pas tous, je vis du coin de l’œil qu'il en manquait. Pourquoi ne les regardait-elle pas tous d'un coup ? Je n'arrivais pas à me l'expliquer, mais elle avait certainement ses raisons. 
Sa frénésie ne s'arrêta que lorsqu'elle atteignit le denier croquis, celui que j'étais en train de dessiner au moment où elle était arrivée. Son visage présentait toujours sa joie, elle était contente d'avoir exploré mon carnet. Elle finit par le refermer, doucement. J'appréciais qu'elle en prenne soin, mon carnet était vraiment précieux à mes yeux, et avait fait la connaissance de bien trop de mains trop peu délicates. Son sourire s'élargit, et elle releva enfin la tête dans ma direction, après de longues minutes plongée dans ces pages. Ses lèvres se séparèrent, formant des mots que je ne réussis pas à saisir, trop peu articulés. Je ne réussis à en lire qu'un seul, et encore, je n'étais pas certaine de moi. Avait-elle vraiment dit que c'était "superbe" ? Son expression laissait facilement deviner que oui. Lorsqu'elle saisit une nouvelle fois mon crayon, je baissai mon regard vers ses mains. J'avais envie -non j'avais besoin- de savoir si elle avait vraiment dit ce que je pensais qu'elle avait dit. Je ne sais pas pourquoi, mais que quelqu'un d'autre que Solwen apprécie mes dessins me mettait le cœur en joie. Je préférais ne pas songer à la possibilité que j'ai mal interprété ce petit mot. Le temps sembla ralentir quand elle saisit les dernières pages du carnet pour retrouver celle où nous avions échangé quelques mots. Je voulais savoir ce qu'elle en avait pensé, et pas juste le lire sur son visage, et en même temps j’appréhendais. Et si elle avait trouvé ça joli, mais sans plus ? Inconsciemment, je me penchai en avant lorsque la pointe de son crayon toucha le papier. Je voulais intercepter ses mots dès qu'ils seraient nés. La première phrase souleva les commissures de mes lèvres, sans que je ne le désire. Elle trouvait mes dessins "magnifiques". J'étais rassurée, et très fière de ses compliments. Lorsque je la vis continuer à tracer, j'eus un petit coup de stress. Allait-elle y ajouter un "mais" ? J'acceptais la critique quand elle avait pour but de m'aider à m'améliorer, mais cette fois ci, je n'en avais pas envie, je voulais juste savourer. Heureusement, elle n'ajouta que des remerciements. C'était peut être un peu extrême, après tout je n'avais pas fait grand chose, si ce n'est lui avoir laissé l'accès à mes dessins après une intense discussion intérieure. Mais je les prenais quand même, j'étais contente de recevoir ses compliments ainsi que sa gratitude en seulement quelques mots. Je lui adressai un grand sourire. Et chose exceptionnelle, il était Sincère, pour la première fois depuis... Je ne savais même plus à quand remontait la dernière fois que j'avais autant souri. Probablement un moment passé avec Solwen, il n'y avait qu'avec elle que j'avais un sourire "qui faisait trois fois le tour de mon visage", pour utiliser ses mots. Les Autres ne les méritaient pas, ou alors ne voulaient pas les recevoir. Comme mes parents, qui trouvaient qu'il était déplacé de sourire d'une façon aussi ostentatoire. A croire que voir une enfant sourire de toutes ses dents allait mettre mal à l'aise les adultes qu'ils côtoyaient. Ridicule. Un mot qui caractérisait parfaitement mes parents. Chez eux, la réputation était plus importante que tout, il ne fallait jamais faire un pas de travers, ni la moindre chose qui puisse leur porter préjudice. Leur "honneur" passait même avant leur bonheur, et avant le mien également. Peu importait que je sois contente tant que je n'entachais pas leur parfaite petite réputation. Mais je refusais de penser à eux. J'étais à Poudlard, et pendant toute l'année scolaire ils n'avaient rien à dire sur ma conduite. Conduite dont ils ne savaient rien, puisque je ne recevais jamais de carte de leur part. Si ce n'était celle qui était arrivée une semaine avant les vacances de Noël dans laquelle Mère me rappelait de penser à rentrer à la maison pour les fêtes. J'aurais mille fois préféré rester à l'école, mais je savais que défier l'autorité parentale n'était clairement pas la bonne chose à faire.
Rejetant le moindre souvenir désagréable pouvant naître dans mon esprit suite à la pensée de mes parents, je repris mon crayon des mains de Lyn, ainsi que mon carnet, toujours posé sur ses genoux. J'aurais pu écrire directement de là où il était posé, mais je préférais ne pas le faire. Avec Elle je me serais permis, mais pas avec Lyn. Le mouvement de mes mains était rapide mais précis. En quelques instants j'avais rédigé ma réponse, et je retournai le carnet, pour qu'elle puisse la lire facilement. "Je t'en prie, je suis contente qu'ils t'aient plu. Si je peux me permettre, lequel as-tu préféré ?" J'avais hésité à préciser que Solwen également appréciais mes dessins. En tout cas, avant elle les aimait, je ne savais pas ce qu'il en retournait maintenant. Je préférais ne pas évoquer son prénom devant Lyn, de peur de faire naître dans son esprit des questions auxquelles je préférais ne pas répondre pour le moment.
Dernière modification par Solwen Estendle le 7 août 2018, 14 h 54, modifié 1 fois.

"Il y a des sourires si beaux qu'on en oublie la laideur du monde"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante."
Maman poule emmitouflée en 2017

Le Silence est d'Or. Vraiment ?  PV 

Un sourire. La première chose que vit Lyn lorsqu'elle releva la tête vers Emy, ou lorsque cette dernière releva la tête. Peu importait qui, quand. Un sourire, radieux, immense. Un sourire plein de joie, plein de vie, et plein de douceur. Un sourire qui réchauffait, dans le froid de ce mois de février enneigé. La petite aiglonne aimait voir les gens sourire. Elle aimait quand c'était à elle qu'on souriait. Particulièrement quand le sourire était radieux comme ça. Pour Lyn, ça aurait été difficile de sourire plus. Elle allait de surprise en surprise, de merveille en merveille, et toujours son sourire demeurait. Une vraie petite pile électrique qui avait du mal à contenir sa bonne humeur - ce qui n'était pas une mauvaise chose d'ailleurs, en tout cas à ses yeux. Bref, voir quelqu'un manifester sa joie aussi intensément, ça ne pouvait que faire grimper celle de Lyn, et très haut.
La petite italienne s'était doutée que ses compliments feraient plaisir à Emy, mais pour autant, elle n'avait pas exagéré ses mots, son ressenti, et elle ne s'attendait pas à ce que sa camarade se déride autant. Ça faisait plaisir à voir. Et avec le silence des fillettes, les visages semblaient parler deux fois plus fort.
Emy s'empara à nouveau du crayon, après avoir repris le carnet. C'était marrant, ce va-et-vient. Elles se le renvoyaient comme une balle, après s'être fait passer un message. Leur discussion n'était pas bien remplie en mots, mais ces quelques mots suffisaient. Tout était parti de ce carnet sur lequel Emy esquissant quelques coups de crayon, et toujours le carnet demeurait une sorte de lien entre les deux. Pour autant, ce n'était pas la seule chose qui les connectait. Il y avait un véritable partage, en cet instant même. Et Lyn en profitait du mieux qu'elle pouvait.
Elle déchiffra ce que la petite artiste avait écrit. Elle était contente - ce que Lyn avait remarqué, mais ça lui faisait plaisir qu'elle le "répète" par écrit -, et enchaînait avec une question.

Lequel avait-elle préféré ? Quel dessin avait le plus retenu l'attention de Lyn ? La Serdaigle haussa les épaules en signe d'ignorance et d'indécision, dans un premier temps. Difficile de répondre. Tous étaient magnifiques. La Deuxième année n'aurait pas su donner une réponse sans avoir l'impression de dénigrer les autres œuvres. Elle avait... tout préféré. Ça n'était pas une réponse, mais c'était ce qu'elle ressentait, spontanément. Tout était différent et beau. Tout était beau à sa manière, beau comme les autres et incomparable aux autres. C'était peut-être exagéré, aurait dit quelqu'un regardant ces dessins d'enfants. Mais c'était pourtant ça, c'était pourtant là, c'était pourtant vrai.
Lequel avait-elle préféré ? En quelques secondes, elle laissa de côté son manque d'inspiration pour une réponse et chercha vraiment. Elle fouilla dans sa mémoire, sélectionnant les dessins qui l'avaient le plus marquée. Imperceptiblement, elle pouvait comprendre qu'elle avait mieux ancrés certains que d'autres. Elle pouvait être presque sûre que son "préféré" serait un avec des couleurs. Elle adorait les couleurs. La couleur rendait le tout plein de vie, et Lyn aimait cette vitalité. Elle aimait les contrastes, les alliages de couleur, harmonieux ou improbables.
Maintenant... Il y en avait pas mal, de colorés. Lequel, lequel ? Les images défilaient dans l'esprit de Lyn, elle mélangeait les dessins, les arbres couverts de feuilles orange se retrouvaient dans un décor de neige, le ciel de pastel surplombait un château au crayon, la beauté se ménageait et restait belle. Enfin, la fillette attrapa quelque chose. Quelque chose qu'elle tira doucement vers la surface de sa mémoire, pour mieux le voir. Oui, ce devait être une de ses œuvres préférées. C'était la première qui lui était vraiment venue à l'esprit, ça serait donc sa première réponse. Elle prit doucement le carnet, une nouvelle fois, et le retourna côté dessins. Elle le feuilleta rapidement, et arriva à celui auquel elle songeait.
C'était le parc - évidemment -, en automne. Le parc, à l'aquarelle. Un automne à l'aquarelle, une aquarelle d'automne. Le rouge et le jaune et l'orange et le brun des feuilles d'automne se mêlaient au vert des feuilles d'été pas encore toutes changées. Ce jour-là, il devait y avoir du vent. Les taches colorées volaient, on ressentait le mouvement. C'était vraiment un ensemble de couleurs... woaw. L'automne seul aurait été peut-être trop chaleureux. L'automne mélangé à des vestiges estivaux apportait des touches vertes par-ci par-là, ce qui rendait une certaine fraîcheur. Un ballet de feuilles et de couleurs, le tout sur un paysage large et aéré, voilà ce que Lyn voyait. C'était l'une des choses qu'elle avait le plus aimé, à défaut de la préférer aux autres.
Après l'avoir détaillée et contemplée à nouveau quelques instants, Lyn la pointa du doigt en regardant Emy, même si cette dernière avait dû se douter que si l'aiglonne s'était arrêtée dessus, c'est que c'était à elle qu'elle pensait.

Elle n'écrivit rien dans un premier temps, laissant Emy observer son propre dessin, posé entre les mains de la petite italienne. Elle resta ainsi, immobile, quelques instants, puis elle prit le crayon, signe qu'elle allait écrire. Mais elle ne retourna pas tout de suite le carnet, elle demeura comme en suspension, retardant le moment où elle quitterait cette page. Son dessin... préféré.
Enfin, elle se décida, referma le carnet, faisant disparaître cette danse de couleurs, et le rouvrit côté écritures. Lyn avait l'impression qu'elle était la seule correspondante d'Emy par ce carnet, même si elle savait que ce n'était pas le cas. C'était comme si leur discussion était devenue la seule de toutes ces pages. Les dessins d'Emy, les mots d'Emy, et tels des intrus, les mots de Lyn. De nouveaux intrus furent introduits.

"Ils sont tous très beaux en fait. C'était pas facile de choisir."

Elle avait écrit ces derniers mots avec un sourire, comme le sourire qu'elle aurait fait si elle les avait prononcés réellement. Non, ça n'avait pas été facile, et elle ne savait même pas si son choix avait été le bon. C'était ce qu'elle avait ressenti en tout cas, ce qu'elle avait voulu, ce qu'elle avait donné comme réponse. Peu importait, tout lui avait plu, et Emy le savait.
Lyn laissa le carnet ouvert sur ses genoux, légèrement tourné vers sa camarade, tout en jouant à faire tourner le stylo dans sa main. Elle regarda un instant le parc, dans toute sa globalité, pour essayer de poser par-dessus cette belle neige le paysage d'automne qu'elle venait d'observer. C'était comme un calque. Une superposition de deux décors, même endroit, moments différents. Même endroit, mais l'un réel, l'autre immortel. Et les deux : sublimes.
C'était ça que ressentait Lyn, qui animait Lyn, au moment où elle reposa distraitement le crayon : une sensation de voir le sublime, de le contempler, de l'ancrer profondément en elle, de le vivre.

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Emy, Onze ans


Je ne savais pas exactement quelle réponse attendre à ma question. Je n'étais même pas certaine qu'elle ait eu un préféré. Solwen n'en avait jamais. Ou plus précisément tous mes dessins étaient ses préférés, chacun pour une raison différente, chacun pour un détail, une atmosphère qui rendait ce dessin unique, différent de tous les autres. Le haussement d'épaule de Lyn me fit comprendre que comme Elle, elle avait du mal à en choisir un seul. C'était une question qui demandait de la réflexion après tout, je n'étais pas vraiment étonnée par sa réaction. Il fallait avoir tous les dessins en tête pour les comparer, et ressentir celui qui nous transmettait le plus d'émotions. Pour moi, c'était sans doute aucun celui à l'aquarelle représentant le parc en Automne, mon tout premier dessin de ce carnet auquel j'avais apporté de la couleur. Tout en lui en faisait mon préféré. Il était la première explosion colorée de mon carnet, quittant le monde noir et blanc qui habitait auparavant les feuilles de papier. Mais surtout, il représentait ma saison favorite dans son apogée. Souvent par Automne les gens entendent "retour du froid", "pluie", "fin de l'été", "feuilles qui tombent partout à balayer". Mais pourtant, ça n'est pas que ça, c'est aussi une myriade de couleurs chaudes éclatantes, des arbres semblables à des boules de feu lorsque le soleil les éclaire à son déclin, un tapis de feuilles recouvrant le sol. L'Automne est une saison réellement magique et chaleureuse, lorsque l'on cesse d'être négatif, de dire que les feuilles partout c'est chiant. Il suffit de regarder. Moi je n'ai que ça à faire de ma vie, regarder, pour ensuite reproduire avec un crayon, un pastel ou un pinceau dès que j'ai un moment. Mais j'ai l'impression que les adultes ne prennent plus le temps d'admirer la nature, ils ne s'extasient plus devant rien. Quand il y a des feuilles dans les allées, la seule chose à laquelle ils pensent c'est au temps que ça va prendre pour les enlever. Et c'est pareil quand il neige. Je n'ai jamais vu un adulte sourire en voyant les premiers flocons tomber, se précipiter dehors pour les sentir sur sa peau, espérer qu'il en tombe suffisamment pour que ça tienne et qu'il puisse faire un bonhomme de neige ou des batailles de boules de neige. Non c'est toujours "Putain il y a de la neige, ça va être la plaie sur la route, je vais être en retard au boulot." Ça ne me donne pas envie de grandir.
Comme si elle avait lu dans mes pensées, Lyn tourna les pages du cahier pour retourner du côté des dessins, avant de s'arrêter sur l'aquarelle d'Automne. Pendant quelques instants elle la regarda sans rien dire, et je compris que ce devait être son dessin préféré, ce qu'elle confirma en me le montrant, son regard pointé sur moi. J'étais contente que nous ayons le même favori. Peut-être n'y avait-elle pas vu ce que j'y voyais, mais après tout c'est ça l'art, c'est avoir chacun une interprétation différente pour une même œuvre. Quoi qu'elle y ait vu, quelles que soient les émotions qu'elle ait ressenti en la regardant, ça avait été assez puissant pour qu'elle retienne cette aquarelle parmi tous les autres dessins. 
Elle laissa le carnet immobile quelques instants, quelques secondes durant lesquelles je laissai les couleurs me submerger une nouvelle fois, d'autant plus éclatantes que le monde qui les entourait était blanc, couvert de neige. Elle finit par saisir le crayon, puis après avoir laissé fuir quelques secondes supplémentaires, elle retourna à la fin, faisant danser une nouvelle fois la mine, transcrivant ses pensées. J'eus le droit à un nouveau compliment, puis elle confirma ce que j'avais pensé suite à son haussement d'épaules, son choix avait été compliqué. Mon regard se releva sur son miroir d'émotion. Il était fendu d'un sourire. Et tout d'un coup, mes lèvres se relevèrent pour l'imiter. Parce que j'étais contente d'avoir eu des compliments, parce que j'étais contente qu'elle soit là. Parce que ça faisait longtemps que je n'avais pas souri sincèrement. Parce que j'avais envie de sourire tout simplement. Et parce que cette sensation de bien-être au creux de mon ventre m'avait manquée.
Elle reposa le crayon sur notre feuille, et je le rattrapai tout de suite, sans réfléchir. Je ne savais même pas ce que j'allais lui répondre, mais pour une fois j'avais envie d'être sincère, d'arrêter de trop réfléchir. Depuis que j'étais arrivée à Poudlard je ne m'étais ouverte à personne, ni à mes camarades de classe, ni aux autres Poufsouffle. Je n'avais pas confiance en eux, je n'avais pas envie de me lier avec eux, ni même d'essayer, certaine qu'ils n'arriveraient pas à me comprendre, ni à dépasser l'obstacle de mon handicap. Les seuls endroits où je pouvais être moi-même, sans complexe, sans différence c'était dans mon carnet et dans ma tête, deux endroits assez peu fréquentés par les gens normalement. Et pour la première fois ça me manquait ce lien fort qu'on pouvait tisser avec certaines personnes. Si je m'étais rouverte à Solwen, nous aurions pu redevenir amies, presque sœurs, j'aurais connu Lyn plus tôt, et j'aurais pu avoir deux amies avec qui passer mon temps. Et à ce moment-là je me dit que j'ai été conne. Borné dans mon dégoût de moi-même, j'avais refusé que Solwen me pardonne. Je m'étais éloignée, et j'avais bien fait, je ne la méritais pas. Mais lorsqu'elle était revenue, j'aurais du l'accueillir à bras ouverts, heureuse qu'elle ne m'en veuille pas. J'aurais dû accepter de tirer un trait sur tout ça. Et au lieu de ça, je l'avais blessée, repoussée, et je nous avais fait du mal à toutes les deux. Et soudain j'en avais eu marre, ça ne pouvait plus durer comme ça. Je ne pouvais pas continuer à l'éviter à chaque fois que je la voyais, à refuser de lui parler, refuser de me pardonner. Je me rendis compte qu'elle me manquait vraiment, que j'avais besoin d'elle, de ses sourires et de sa gentillesse. 
Lorsque mes yeux redescendirent sur la feuille, je sus soudain exactement ce qu'il fallait que j'écrive. Je fis tourner mon crayon dans ma main, puis je le laissai danser sur le papier, dans une valse effrénée. Les mots se bousculaient sous ma plume, comme si ils avaient craint que je ne les trace pas. Mais j'étais bien décidée à poser ma question à Lyn, je ne comptais pas faire machine arrière, pas maintenant. Ça avait assez duré, il fallait que ça cesse. 
"Mon dessin favori est le même que le tien, sacré coïncidence n'est-ce pas ?C'était assez nul, mais je n'avais tracé ces mots que pour amener ceux qui allaient suivre. Je fis une pause, suspendant ma mine. J'inspirai, et écrivis la suite, un air curieux sur le visage et mes jambes se balançant, dans le vain espoir de diminuer le nœud qui se formait dans mon ventre. "Dis, tu connais Solwen n'est-ce pas ?"
Et voilà, c'était aussi simple que ça. Les dés étaient jetés, je ne pouvais plus faire demi-tour


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Solwen


Après quelques heures passées à plancher sur mes devoirs et à réviser quelques contrôles qui approchaient, je décidai de sortir prendre l'air. J'avais bien avancé sur mon programme de révision, et je ne tenais pas à passer ma journée enfermée. Un peu de sérieux fait du bien, mais j'avais quand même besoin de faire autre chose, de m'aérer la tête, et surtout de passer du temps avec Lyn. Un coup d’œil à la fenêtre suffit à me convaincre que je trouverais ma meilleure amie dans le parc. J'étais certaine qu'elle n'avait pas su résister à l'appel de la neige. Je rangeai rapidement mes affaires dans mon sac que je balançai sur mon épaule, avant de me précipiter vers la sortie. Maintenant que j'avais décidé de me rendre dehors, j'en avais besoin, et vite. J'avais besoin de sentir l'air froid me brûler la gorge, d'entendre la neige crisser sous mes pieds. Je dévalai les escaliers un peu plus vite qu'il aurait été raisonnable de le faire, et je me retrouvai dehors en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Le parc était bondé d'élèves occupés à jouer avec la neige, que ça soit en batailles de boule, en construction de bonshommes, ou tout simplement en galipettes dans l'herbe enneigée. Nous étions loin de la blancheur immaculée qui couvrait le parc le matin même. Mais voir toute cette agitation avait quelque chose de plaisant, elle semblait dégager une impression d'harmonie. Cependant je n'étais pas là pour admirer les autres. Je fis un tour visuel du parc, sans réussir à distinguer Lyn. Je m'engageai donc sur le chemin, espérant la trouver sur un banc un peu à l'écart du bruit. 
Elle était en effet sur un banc à l'écart quand j'arrivais près d'elle. Mais elle n'était pas seule. Je reconnus tout de suite la silhouette vers laquelle elle était tournée. Je l'aurais reconnue entre mille. Emy. J'eus le souffle coupé. Pour la première fois depuis plusieurs mois, son visage n'était ni déformé par la colère, la tristesse, le regret ou la douleur. Non, il était déformé par un sourire. Ce sourire m'avait manqué.
Je vis Lyn écrire, puis tourner la feuille vers Emy. Feuille qui se révéla être un carnet. La blondinette s'en saisi et écrivit précipitamment dessus, après quelques hésitations, son sourire toujours ancré sur son visage. Je n'en revenais pas. Emy s'était complètement refermée depuis quelques temps, je le voyais. Et soudain elle se rouvrait, d'un coup, et laissait Lyn accéder à son carnet, allant même jusqu'à y prendre plaisir. Lui avait-elle également montré ses dessins ? Certainement. Mais qu'en avait pensé Lyn ? Est-ce qu'elle avait compris qui était la fille qui se tenait face à elle ? Est-ce que Emy avait compris elle aussi ? 
Je restai immobile au milieu du chemin, ne sachant plus quoi faire. Je voulais aller les voir, profiter de mon amie, retrouver Emy, la serrer contre moi, lui faire comprendre que je ne lui en voulais pas. Mais elle me fuyait. N'allait-elle pas également fuir si je m'approchais ? Surement que si. Elle n'était pas encore prête à me reparler. Et même si ça me faisait mal, je l'acceptais. Je ne voulais pas troubler leur moment, Emy semblait vraiment heureuse de passer ce moment avec Lyn, et si elle était contente alors je l'étais aussi. J'aurais juste aimé avoir la chance de les présenter l'une à l'autre, d'avoir été celle qui avait réussi à arracher à Emy ce premier sourire radieux depuis des mois. J'avais beau être infiniment contente de voir qu'elles s'entendaient à merveille toutes les deux, je continuais à sentir cette boule dans ma gorge. J'étais vraiment triste de ne pas pouvoir partager ce moment avec elles deux. J'avais envie de pleurer, à la fois de joie, de soulagement, mais aussi de tristesse. 
J'allais faire demi-tour, rejoindre le château, quand le regard d'Emy croisa le mien. Malgré la distance qui nous séparait, elle m'avait reconnue, j'en étais certaine. Et elle savait que je les avais vu. Voyant qu'elle continuait à sourire, même si ses lèvres s'étaient légèrement figées et crispées, j'hésitais à franchir les quelques pas qui nous séparaient. Mais il était surement trop tôt, je devais être patiente. Je laissais un sourire triste relever mes lèvres, puis je reculai d'un pas. J'écartais l'index et le majeur de ma main droite pour former un V horizontal, que j'abaissai. *A plus*. Puis je tournai les talons, retournant au château.

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Si c'était possible, le sourire d'Emy se fit plus grand encore. Il l'était tellement que c'était impossible de douter de sa sincérité, de sa spontanéité. Sourire et faire sourire. Deux sensations, plus que des actions. L'une réchauffait, l'autre gratifiait. Et les deux donnaient une sensation de fierté, une fierté non pas d'orgueil mais une fierté d'être heureux, de vivre le bonheur et de le donner. Lyn était fière, oui. Elle voyait bien qu'elle faisait plaisir à sa camarade, et elle-même se faisait plaisir. La petite italienne se demanda si Emy avait eu ce type de discussions avec beaucoup de gens ; au premier abord, elle avait eu l'air plutôt solitaire, mais n'était-ce pas également le cas de Lyn qui avait débarqué sans Solwen à ses côtés ? Et pourtant, elles étaient souvent - presque toujours ? - collées ensemble. Emy avait paru ouverte à se lier d'amitié avec une fille qu'elle ne connaissait pas quelques instants plus tôt, et si vite et avec tant de confiance que Lyn ne pouvait pas imaginer qu'elle n'ait pas d'autres amis. Et pourtant, l'aiglonne avait ce sentiment qui s'insinuait, et qui ne partait pas, celui d'être en quelque sorte "privilégiée". Elle se posait des questions, toutes plus insignifiantes les unes que les autres, des questions dont les réponses ne lui auraient pas été plus utiles les unes que les autres. Combien de personnes avaient vu ces dessins ? Combien avaient contribué à l'écriture de ces pages ? Combien s'étaient assis à côté d'Emy ? Lyn refoula ces questions le plus loin possible. Elle s'en fichait bien, des autres. Ce n'était pas une histoire de combien. Ce n'était pas une histoire de dessins, de communication manuscrite.
C'était une histoire qu'il fallait vivre, juste.
C'était une histoire de présent et de neige, d'Emy et de Lyn ce jour-là, c'était une histoire de sourire. C'était une histoire dont on ne voulait pas connaître la fin. C'était une histoire à laquelle on ne voulait pas de fin.

Emy avait vivement repris le crayon lorsque Lyn l'avait reposé, ce qui surprit et amusa cette dernière. Et attisait sa curiosité. Qu'avait-elle envie d'écrire, avec tant de hâte ? Mais ses mots ne vinrent pas tout de suite. Elle sembla réfléchir, peut-être hésiter ? Et alors, elle posa enfin le crayon sur le papier. Et commença à tracer, à toute vitesse.
Son dessin favori était le même, disait-elle. Oh. Sacrée coïncidence en effet, c'était exactement ce qui était venu à l'esprit de l'aiglonne en lisant le début. Elle était contente de partager cela avec Emy. Contente qu'Emy s'ouvre d'ell-même. La discussion filait naturellement, avec autant de fluidité qu'à l'oral. La différence était que seul l'essentiel était conservé. "Notre dessin." La pensée qui avait spontanément débarqué en Lyn la fit sourire, de naïveté, d'amusement et en même temps, par la vérité qu'il y avait là. Dès à présent, peut-être Emy penserait-elle à Lyn en regardant son dessin préféré. Peut-être s'amuserait-elle encore de cette coïncidence.
C'était vraiment plaisant et amusant, n'empêche. Cette discussion avait commencé par une question maladroite et un... malentendu, au sens propre. Et très vite, les deux fillettes s'étaient ouvertes l'une à l'autre ; et pourtant, que savaient-elles chacune ? Finalement, pas grand chose. Lyn n'avait confié que ses sentiments sur les dessins de sa camarade. Aucune n'avait réellement parlé d'elle, mais le courant était passé très vite, sans qu'il soit nécessaire de s'étendre sur les présentations. Elles auraient tout aussi bien pu ne pas se donner leurs prénoms, aurait-ce changé grand chose ? Cela ajoutait juste la connaissance d'une information. Mais c'était tout de même satisfaisant de se dire qu'elle pourrait associer un nom à ce visage, et un visage à ce nom.
Lyn s'attendait à ce que la fillette lui repasse son crayon pour lui permettre d'écrire sa réponse - bien que le sourire que la Deuxième année lui avait adressé soit suffisamment explicite quant à sa réaction sur ces mots tracés - mais visiblement, elle s'apprêtait à continuer. Les mots vinrent. "Dis". Cela devait annoncer une question. "Tu connais"... le regard de Lyn se fit plus intense, son visage légèrement penché vers le carnet. Qu'est-ce qui allait poindre ? Pendant le court instant où rien ne suivait encore, Lyn imagina toute sorte de choses. Allait-elle lui parler d'un livre, d'un tableau, d'un peintre ? S majuscule. Nom propre ; une ville, une personne ? La réponse arriva en une seconde à peine.
Solwen.
Si l'affaire des dessins était une belle coïncidence, celle-ci l'était d'autant plus. Impossible qu'elle parle d'une autre Solwen, même si ça avait été un prénom courant, le "n'est-ce pas" était clair : Emy le savait déjà, il ne pouvait s'agir que de cette Solwen. Lyn était surprise. Surprise, et intriguée. Il ne lui avait pas semblé les voir discuter, depuis le début de l'année. Peut-être à un moment comme celui-ci où Solwen et Lyn n'étaient pas ensemble. Lyn n'avait jamais entendu le nom d'Emy de la bouche de son amie, et voilà qu'elle lisait Solwen de la main de cette fillette qu'elle ne connaissait pas en se levant. Impossible de deviner d'où elles se connaissaient ; peut-être comme ça, tout simplement, en discutant sur un banc. Peut-être les mots de son amie figuraient-ils aussi dans ce carnet. Emy n'avait rien ajouté de plus.
L'aiglonne manifesta son air surpris par un léger haussement de sourcils, et répondit d'une voix claire par un "Oui". Elle ne savait pas vraiment quoi ajouter. Des milliards de questions naissaient et s'effaçaient, chacune balayée parce qu'elle avait moins d'intérêt qu'une autre. Enfin, elle supposait que la fillette l'éclairerait. Peut-être avait-elle posé sa question pour enchaîner, peut-être était-ce par pure curiosité et ça s'arrêterait là. En tout cas, Lyn en parlerait à son amie ; elle voulait savoir le pourquoi du comment. Pourquoi spécialement Solwen, alors que des dizaines d'écritures différentes semblaient parsemer ces pages ?
Lyn reprit le carnet et le crayon, sans savoir quoi dire. "Comment tu la connais ?" aurait été un peu brutal, mais sa curiosité était titillée. Elle réfléchit encore. Et elle sut ce qu'elle avait à écrire. Ce n'était pas à elle de poser la question, c'était à elle de répondre. Un "Oui" en l'air ne suffisait pas. On connaissait beaucoup de monde, mais qui pouvait donner un sens réel à "connaître" ? Lyn lui dirait qu'elle connaissait Solwen, qu'elle la connaissait au point de tout partager avec elle, ses journées et ses pensées, ses rires et ses délires. Enfin, peut-être ne lui dirait-elle pas de cette manière. Elle ferait simplement. Elle n'avait pas besoin d'écrire tout ce qu'était Solwen pour elle pour rendre ça plus vivant ; ce qu'elle ressentait suffisait.

Au moment où elle releva la tête vers Emy pour vérifier qu'elle ne l'avait pas trop fait attendre, elle la vit regarder au loin, le regard droit, et non pas baissé sur le carnet ou le crayon. Suivant son regard, Lyn aperçut une cascade de cheveux noirs, portée par une fillette dont la démarche n'échappa pas à l'aiglonne. Même de dos, il était impossible pour elle de se tromper. Solwen. Lyn baissa aussitôt le regard vers la feuille sur laquelle elle s'apprêtait à écrire encore une fois. Mais elle ne songeait plus à ce qu'elle allait écrire sur Solwen, elle songeait à ce qu'elle venait de voir d'elle. Elle était repartie en direction du château. Et Emy l'avait regardée. Solwen les avait-elle vues ? Elle savait que Lyn serait dans le parc ; elle y était venue ; et elle n'était pas allée jusqu'à elle.
Le regard perdu, dans le vague, Lyn était complètement immobile. Mais elle réfléchissait à toute vitesse, cherchant ce qui avait bien pu se passer. Rien ne lui venait. Juste une pensée. Une question, encore une question. Une question qui n'évoquait pas une quelconque colère, ou un ressentiment. Une question naïve, une question survenue spontanément, une sorte de conclusion à toutes ces interrogations qui affluaient et ne trouvaient pas de réponse. Pourquoi tu pars, Solwen ? Une question dont la réponse aurait sûrement apporté toutes les réponses depuis le début. Une question d'enfant, mais peut-être la plus logique en cet instant.

Reprenant ses esprits, Lyn secoua la tête. Il fallait qu'elle écrive un truc. Elle reprit son sourire, essayant de ne pas gâcher ce moment avec des interrogations floues dont elle aurait peut-être la réponse plus tard.
"C'est ma meilleure amie à Poudlard." Elle hésita. Demander pourquoi, ou demander ce qu'il en était pour Emy ? Elle reprit, écrivant sans vraiment faire attention. "Sacrée coïncidence aussi ! Je ne pensais pas que tu la connaissais." Elle avait opté pour la manière enjouée de manifester sa surprise, et une question indirecte. Ainsi, libre à Emy de choisir ce qu'elle en ferait. Lyn ne forçait à aucune réponse. Et pourtant, pour le moment, c'était un océan de questions sans réponses dans lequel elle avait plongé.
Elle était submergée. Submergée, mais elle savait qu'elle n'avait pas à s'en faire. Solwen était son amie, Lyn lui faisait confiance.
Lyn ne fit pas d'extrapolation sur ce qui pouvait bien se passer plus tard. Elle repensa au sourire d'Emy, si lumineux, et sourit à nouveau. Submergée, mais heureuse.

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Emy, Onze ans



Ma question suscita l'étonnement chez Lyn. Dès les premiers mots, elle s'était approché de la feuille. Et lorsque le nom de Solwen avait franchi ma mine, j'avais lu la surprise dans ces yeux. Elle finit par hausser les sourcils, et je lus sa confirmation sur ses lèvres. Ainsi je ne m'étais pas trompée. A vrai dire ça aurait pu facilement être le cas, mais j'aurais eu l'air bête si elle n'était pas la Lyn de Solwen, étant donné que ma question était quasiment une affirmation.. Elle n'avait évoqué son amie que dans quelques hiboux, vu que nous ne nous étions pas reparlé depuis notre dispute. Hiboux auxquels je n'avais jamais répondu, et auxquels je n'avais porté qu'une faible attention, ne les lisant en diagonale que pour apaiser ma conscience. Il aurait donc été facile que je me sois trompée dans le prénom de celle qu'elle qualifiait comme sa "meilleure amie chez les sorciers". A l'époque cette phrase m'avait fait mal, j'avais été remplacée si vite que c'en était douloureux. Mais maintenant je comprenais. Lyn était vraiment adorable, il me semblait impossible qu'on ne puisse pas l'apprécier. Et surtout pour Solwen je devais encore faire partie du monde des moldus, du monde d'avant quoi.
La jeune fille me reprit le carnet, mais sembla hésiter, le crayon en suspension dans sa main. Ne souhaitant pas me montrer trop pressante, je détournai le regard, m'absorbant dans la contemplation du parc. Mes yeux furent attiré par un mouvement derrière Lyn. Je les tournai dans cette direction. C'était une silhouette. Silhouette que j'aurais reconnu parmi des milliers, même de loin. Mon sourire se figea, tant j'étais stupéfaite de la voir. Elle me reconnut également, et s'immobilisa. D'habitude j'aurais été contente qu'elle s'arrête d'elle même. Mais pas maintenant. J'espérais que cette fois elle continuerait, qu'elle vienne nous retrouver. Mais je l'avais tellement repoussée qu'elle alla même jusqu'à reculer, son habituel sourire aux lèvres. Sauf que cette fois il était triste, et ne montait pas jusqu'à ses yeux. Je m'en voulais. J'allais lui faire signe de nous rejoindre, quand elle écarta son majeur et son index droits, pour former un V à la verticale qu'elle abaissa. Puis elle fit demi tour, d'un coup, sans se retourner. *Non, reviens !*  Pour un peu je me serais presque levée pour la rattraper en courant. Mais je ne le fis pas. Je ne pouvais pas abandonner Lyn. Je tournai la tête vers elle, dans l'espoir qu'elle ait fini d'écrire. Son regard surpris était fixé sur le point que mes yeux venaient de quitter. Solwen. Lyn devait avoir compris que notre amie nous avait vu, et avait fait demi tour, mais elle n'avait certainement pas la bonne raison en tête. Elle rebaissa le regard vers la feuille, toujours vierge de ses nouveaux mots. J'attendis. Son regard était fixe, elle ne bougeait pas. J'avais peur qu'elle ait été blessée par l'attitude de Solwen, pourtant tout ce qu'il y avait de plus logique. Elle secoua la tête, surement pour se tirer de ses pensées -je faisais pareil quand je m'enfonçais dans mon esprit, submergée par mes pensées, et que je souhaitais revenir à la surface d'un coup. Son sourire souleva une nouvelle fois ses commissures, et cette fois ci, elle se mit à écrire. Je me penchai légèrement vers elle, dans l'espoir de saisir ses mots dès qu'ils naîtraient du crayon. 
Je savais déjà qu'elle était sa meilleure amie à l'école, mais la voir confirmer me fit un sentiment bizarre. Un subtile mélange de tristesse, et de joie. J'étais contente que Solwen, pourtant si timide ait réussi à se lier d'un amitié si forte avec une fille comme Lyn. Elles revendiquaient chacune l'autre comme sa meilleure amie, je trouvais ce lien magnifique. Mais il l'était d'autant plus qu'elles ne se connaissaient même pas depuis un an, si je me souvenais bien. Solwen ne m'avait parlé d'elle que depuis le printemps dernier environ. Je ne me rappelais plus de tout, j'avais eu du mal à accepter qu'elle ait eu une nouvelle amie qui compte autant pour elle, mais je me souvenais que dès le début elle avait eu l'air de beaucoup l'apprécier. Maintenant je comprenais pourquoi. Lyn semblait pétillante, toujours de bonne humeur, et tolérante puisqu'elle n'avait pas eu de mouvement de recul quand je lui avais parlé de ma surdité. Une amie parfaite si on résume. *Pas comme moi* J'avais pensé que la jeune fille s'arrêterait après ces quelques mots, mais du coin de l’œil je vis que la danse de sa mine venait de recommencer. Elle nota la nouvelle coïncidence qui venait de pointer son nez, avant d'ajouter qu'elle ne pensait pas que je connaissais Solwen. Coup de poing. Est ce qu'elle m'en voulait au point de n'avoir parlé de moi à personne ? Ce n'était pas comme si j'avais mérité qu'elle m'évoque à vrai dire, mais je pensais que Lyn aurait au moins entendu mon prénom. Au moins elle avait pu se faire une idée de moi avant d'être au courant de ce que j'avais fait, au final ça n'était pas plus mal. Mais j'étais certaine qu'elle n'hésiterait pas à aller demander à Solwen d'où elle me connaissait, et là la vérité éclaterait. Il valait mieux que je lui explique moi même pourquoi Solwen avait fait demi-tour, pourquoi elle ne m'avait jamais évoquée, et pourquoi nous ne nous étions pas rencontrées avant. Je préférais être sincère. 
Une boule d'inquiétude au ventre, je lui pris le crayon des mains, les miennes tremblantes. La phrase de Lyn cachait une question, j'en étais sure. Elle avait envie de savoir d'où je la connaissais. Et j'avais prévu de lui répondre. Mais pourtant... N'allait-elle pas me détester pour ce que j'avais fait ? Ne risquais-je pas de perdre la seule personne avec qui j'avais pris plaisir à discuter depuis mon arrivée à Poudlard ? *De toute manière elle le saura, alors autant que ça vienne de toi.*  C'était une phrase typique de Solwen, et je savais qu'elle m'aurait dit exactement ça si elle avait été là, elle avait toujours préféré la sincérité au mensonge. Un jour elle m'avait d'ailleurs sorti une de ses nombreuses citations que j'avais précieusement notée dans mon carnet tant elle me plaisait : "Quand le mensonge prend l'ascenseur, la vérité prend l'escalier. Elle met plus de temps, mais finit toujours par arriver". C'était le moment de l'appliquer. *Ferme les yeux, commence à écrire, ça sera plus facile après* Et c'est ce que je fis. Je baissai mes paupières, posai ma mine sur le papier, et commençai à tracer. Mon esprit continuait à se poser des milliers de questions qui me déstabilisaient, me faisaient douter de ma résolution. *Assume tes actes Emy* Je rouvris les yeux, et continuai à écrire. C'était trop tard pour reculer.
"Elle était aussi ma meilleure amie. Avant Poudlard." Pause. "Ma seule amie en fait. On s'est disputées juste avant son entrée en Première année. Je lui ai dit des choses horribles, terrifiée et hors de moi à l'idée de la perdre pendant un an. On ne s'est pas reparlées depuis." Nouvelle pause. "C'est pour ça qu'elle a fait demi-tour tout à l'heure. Je la repousse depuis plus d'un an, parce que j'ai honte de ce que j'ai fait, je m'en veux. Au début elle venait quand même, mais je la fuyais, puis au bout d'un moment elle a arrêté de m'approcher. C'est aussi pour ça qu'elle n'a pas dû te parler de moi." Et voilà, finit. Au final ça n'avait pas été aussi dur que je ne le pensais, les mots avaient coulés tous seuls. J'avais surement eu besoin d'en parler à quelqu'un. Je n'avais jamais autant écrit d'un coup sur mon carnet, et mon dieu ça m'avait fait un bien fou. Pourtant j'avais l'impression d'oublier quelques chose. J'avais beau chercher, je ne remettais pas le doigts dessus. Laissant tomber, je reposai mon crayon sur la feuille. Au moment où il commença à rouler, je me souvins. Je le rattrapai, et traçai de nouveaux mots, abîmés par la vitesse de ma mine. "Si je t'ai posé cette question, c'est parce que j'en ai marre de ce froid entre Solwen et moi, elle me manque. Je voudrais savoir si tu pourrais lui demander de me rejoindre ici demain s'il te plaît. Vers dix huit heures. Désolée de te demander ça, ne t'en sens pas obligée" Je reposai définitivement mon crayon, pivotai mes mots dans sa direction et détournai le regard vers les arbres couverts de neige qui nous entouraient. Je ne me sentais pas capable d'affronter son regard après ce que je venais de lui dire. D'habitude je l'aurais dévisagée, à la fois par défi et curiosité, mais là j'en étais incapable. Mes mains étaient alertes, le bout de mes doigts en contact avec le papier, attendant qu'elle reprenne mon carnet pour me répondre, mais mes yeux couraient d'un point à l'autre, témoins de mon stress grandissant. J'avais peur de sa réaction. Peur qu'elle dise non. J'avais peur tout court en fait.

"Il y a des sourires si beaux qu'on en oublie la laideur du monde"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante."
Maman poule emmitouflée en 2017

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La surprise de Lyn demeura, mais la cause avait changé. Un instant plus tôt, elle s'étonnait de la question d'Emy. Sans compter qu'elle s'était posé des questions sur l'éloignement de Solwen. Non, à présent, sa surprise reposait sur autre chose : toute l'émotion d'Emy semblait être descendue de son visage à ses mains, d'un sourire à un tremblement. Un tremblement qui, s'il pouvait être dû au froid, ne l'était probablement pas. Enfin, ça aurait pu. Mais Lyn n'y croyait pas, sachant que ce n'était sûrement pas la première fois que la fillette dessinait dehors dans la fraîcheur de l'hiver, ou la fraîcheur tout court. Ce n'était pas un tremblement de quand on avait froid ; Lyn ne savait pas à quoi il était dû, mais pas au froid. Peu à peu, sa naïveté pragmatique s'estompait, et elle essayait de comprendre, de réfléchir, de saisir un sens plus profond à ce qui l'entourait. Exercice pas si simple, mais qu'elle appréciait de pratiquer en cet instant, où les mots étaient éliminés de la discussion. Pas de voix, alors des gestes. Des mouvements, des regards, un sourire. Un tremblement. Ce tremblement quand Emy reprit le crayon pour écrire, Lyn le percevait presque comme un tremblement dans la voix. Quelle voix, cependant, dur à dire. Lorsqu'elle lisait les mots d'Emy, une sorte de voix automatique, qui devait ressembler à celle de la petite italienne, se mettait en marche dans l'esprit de cette dernière. Elle aurait voulu entendre, même pour un mot, la voix de cette petite qui, bien que sourde, devait au moins pouvoir sortir un son.

Emy paraissait hésiter, encore. Elle ferma les yeux, se coupant un peu plus du monde. Que lui restait-il, sinon la sensation du froid et le parfum de la neige, le parfum de l'hiver ? Il lui restait du moins ce crayon qu'elle posa sur le papier, et avec lequel elle commença à écrire. Pas si coupée du monde que ça. Ce qui était rassurant, ce fut qu'elle rouvrit les yeux assez vite, préférant probablement être sûre de son tracé. Mais Lyn ne prêtait plus attention à ses yeux. Même sa main. Seuls comptaient les mots qui se traçaient là, comme si rien que le premier pouvait apporter une réponse à tout.
La première phrase était sensiblement la même que celle de Lyn, à ceci près qu'elle était au passé. Ce qui, en fait, changeait pas mal de choses. L'aiglonne se surprit à ressentir un léger malaise, comme si elle lui avait volé une amie, comme si elle avait remplacé Emy sans même y penser. Le "Avant Poudlard" renforça cette impression. Cette culpabilité. Pourtant, il y avait autre chose, elle le savait, le devinait. Cette pause qui suivit, ce n'était qu'une pause. Pas une fin. La réponse se déroulait, elle arrivait, et Emy se livrait, faisant se rejoindre en un même point les trois fillettes. Une histoire qui avait commencé bien plus tôt, et à laquelle Lyn s'était ajoutée le matin même, par hasard. Et apparemment, il n'y avait personne d'autre. Solwen était sa seule amie. L'aiglonne connaissait ça, on pouvait dire qu'elle était plutôt du genre solitaire - ou presque - aussi, avant Poudlard. Poudlard, le lieu de tous les changements, fallait croire.
Apprendre que les deux amies s'étaient disputées avant même la rencontre entre Solwen et Lyn provoqua un sentiment bizarre chez cette dernière. À la fois un soulagement de savoir qu'elle n'était pas la cause de ce... remplacement, si on pouvait l'appeler ainsi - Lyn était persuadée que Solwen n'avait jamais remplacé personne. Et à la fois, un malaise croissant. Tourné cependant, non plus vers elle-même, mais vers Emy, vers Solwen. Vers cette cassure. Cassure dans laquelle elle sentait qu'elle se glissait peu à peu, sans toutefois s'y confondre. Elle avait le sentiment de lire dans les pensées intimes de sa camarade, des douleurs auxquelles elle n'aurait pas dû avoir accès. Malgré tout, elle voulait la suite.

Emy écrivait, racontait, expliquait, et Lyn comprenait. Tout devenait clair, limpide, mais cela ouvrait la porte au tragique, à quelque chose de pas si joyeux. Une perte, finalement. Ça se résumait à une perte, de chaque côté. Dont chacune semblait souffrir.
Elle lâcha le crayon, après avoir tant écrit. À l'oral, cela aurait été si simple. D'autres détails se seraient ajoutés, sûrement. Qui auraient renforcé le pathétique de la situation, ou au contraire l'auraient nuancé. Là, on se contentait des faits purs et durs, mais c'était tout ce qu'il y avait à dire. Lyn ne se serait même pas étonnée de voir une larme tomber sur le papier. En cet instant, elle était touchée, et se sentait attachée à la fillette qui avait perdu la seule qu'elle avait jamais qualifiée d'amie. Celle qui peut-être lui avait arraché le plus grand nombre de sourires.

Le crayon roula, et Lyn s'apprêta à le prendre, pour le rattraper d'abord, pour peut-être écrire ensuite. Que dire pourtant ? Elle était restée immobile tout ce temps, regardant le carnet. Son regard n'était passé vers Emy que pendant les pauses, et puis à la fin ; un regard attendri, qui se voulait réconfortant.
Mais la Première année rattrapa le crayon aussitôt, et Lyn retira sa main aussi sec. Prise d'une illumination subite, Emy reprit, faisant danser sa mine avec plus d'ardeur encore. Cette fois, c'était une demande. Avant même que la demande elle-même vienne, Lyn le devina. Avant même que ça arrive, elle savait qu'elle répondrait oui, à tout, quoi que ce soit. Son affirmation anticipée se confirma en voyant la demande, la prière même, exprimée sur ce papier. Demain, 18 heures. Très bien. Elle n'attendait que ça, réunir les deux comparses. À cette pensée, elle eut un sourire, bien que plus si haut qu'un moment auparavant. Il était empreint d'une certaine tristesse, mais d'espoir aussi, et de son éternel optimisme.

Elle regarda donc Emy, ce sourire aux lèvres. Le regard presque perçant, brillant, pétillant.
Elle lui passa le bras droit derrière son dos, et lui frictionna affectueusement l'épaule, la rapprochant légèrement d'elle. Son autre main, elle la posa sur celle de la fillette. À travers son gant, elle ne pouvait pas sentir grand chose, mais voilà. Sa main était là tout de même.

Ne sachant pas trop quoi faire ensuite, et ne souhaitant pas brusquer Emy, elle ramena doucement son bras droit, qui passa ainsi de l'épaule au dos, et elle continua à légèrement la réchauffer, machinalement ; tandis que de sa main gauche, elle reprenait délicatement le crayon de la main de la fillette, ainsi que le carnet.
"Bien sûr. Je lui dirai."
Puis, après une petite pause pendant laquelle elle regarda vers le château, vers la tour de Serdaigle où Solwen n'était peut-être pas mais où elle l'imaginait :
"Ça va aller."
Le dernier mot partait légèrement de travers, parce que Lyn avait cessé de regarder ce qu'elle écrivait. Elle avait tourné la tête, tout sourire, vers Emy. Ce fut tout.

Elle resta ainsi un petit moment, le crayon en main, sans envisager un instant que Emy puisse vouloir écrire à sa suite. Elle ne pensait plus au carnet, elle pensait déjà à demain. Elle finit par se lever, les jambes engourdies, et avec l'impression d'abandonner quelqu'un qui a plus que jamais besoin de réconfort. Mais peut-être avait-elle aussi besoin de calme, de solitude, d'un instant pour réfléchir, seule sur son banc. À cette pensée, la culpabilité de Lyn grandit, mais elle ne jugea pas nécessaire d'expliquer qu'elle partait. Quand elle avait écrit ses derniers mots... eh bien, ça devait se voir que c'étaient ses derniers mots. Et qu'à partir de là, bientôt, ses dernières minutes ici. Elle ne voulait pas spécialement partir, mais elle voulait tout de suite remonter. Aller chercher Solwen. Lui dire ce qu'elle n'avait pas déjà vu ou deviné.
Elle ébouriffa un peu les cheveux d'Emy avant de s'éloigner en secouant la main, comme on fait coucou, comme on dit au revoir. Et bien sûr, le tout, toujours avec le sourire.

Ses pieds foulaient la neige, en des endroits pas encore noircis par le passage des autres élèves ; ça lui faisait du bien, et elle voulut siffloter, mais seule une sorte de soufflement sortit. Elle voulut alors chantonner - d'humeur joviale, elle n'allait pas s'arrêter sur un échec musical, alors autant tenter autre chose -, mais ce fut un son rauque qui parvint à ses oreilles. Combien de temps était-elle restée auprès d'Emy, sans parler, ou presque ? Elle n'en avait aucune idée à ce moment, mais la défaillance de sa voix laissait comme une trace de ces échanges manuscrits. Pour un temps, ses doigts, à l'écriture malhabile, avaient supplanté ses cordes vocales. Dans un réflexe, elle aurait toussoté, pour se dégager la voix, retrouver son babillement claironnant. Elle l'aurait fait, mais ne le fit pas, et referma simplement sa bouche, retournant au silence. Finalement, elle ne l'avait pas quitté, ce silence. Elle ne l'avait pas quittée, Emy.

♪♫♪

Lyn était remontée dans la tour de Serdaigle, elle avait gravi les marches, en se réjouissant du spectacle intérieur du château : çà et là, des traces brunes de neige fondue, de pas boueux déposés par les élèves revenus d'une balade sur ce manteau blanc. Pour autant, rien n'avait perdu de sa majesté, et ces taches donnaient même un côté vivant ; et surtout, elles témoignaient de l'état hivernal et neigeux. Ce qui était une merveille en soi et ne pouvait qu'embellir, tout. Bien sûr, les élèves n'étaient pas (tous) des sagouins et s'essuyaient les pieds avant d'entrer, mais on ne pouvait pas non plus nettoyer parfaitement ses semelles. Cependant, plus on progressait dans le château et au fil des escaliers, moins ces traces étaient présentes.
Lorsqu'elle arriva devant sa salle commune, Lyn regarda donc avec un sourire de satisfaction le sol propre qu'elle laissait derrière elle sur ses derniers pas. Elle enleva son bonnet et ses gants en même temps qu'elle entrait dans le chaleureux petit salon, et repéra tout de suite Solwen.
Avant même d'enlever sa doudoune, la petite italienne se dirigea vers son amie et lui mit les mains sur les épaules en la saluant, d'une voix encore un peu étouffée, mais assez distincte tout de même. Coucou toi ! Et puis elle se planta devant elle et ôta son épaisse parure, sourire aux lèvres. Elle ne fit aucune allusion à l'allée et venue de Solwen dans le parc, mais alla droit au but, sachant que de toute manière les deux fillettes devaient penser à la même chose.

- Emy voudrait te voir demain à 18 heures, dans le parc. Tu lui manques, tu sais. Elle avait prononcé cette dernière phrase sur un ton qu'elle voulait... réprobateur, mais en affichant clairement un air amusé, puis la fixa de son regard pétillant et adouci. Avant même que sa camarade lui réponde, elle rouvrit la bouche, la referma, jeta un coup d’œil à la fenêtre comme si depuis sa place elle pouvait voir Emy sur son banc - alors que seul le ciel gris-bleu et quelques cimes d'arbres se laissaient observer à travers les carreaux -, puis lâcha quelques mots, spontanément, sans vraiment réfléchir, sans savoir une seconde auparavant que c'était ça qu'elle allait dire.
- Elle dessine bien.
Tout du long, elle avait conservé son sourire, comme s'il s'était écrasé là pour demeurer ensuite. Un sourire ne fait pas de bruit, mais exprime plus que bien des paroles. Il est silence, mais rayonne. Et Lyn rayonnait.

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Emy, Onze ans


Je sentis le poids de sa main sur mon épaule. Son geste rassurant me donna le courage d'affronter son regard. Je relevai la tête. Sourire. Ses lèvres légèrement relevées furent la première chose que je vis. Elle ne me regardait pas avec dégoût, ni colère. Aucune émotion négative. Je retins un soupir de soulagement. A sa place j'aurais été écœurée de mes actes. D'un mouvement, elle m'attira vers elle, puis posa sa main sur la mienne. D'habitude je détestais qu'on me touche. Mon corps m'appartenait, à moi seule, les autres n'avaient pas à faire entrer leur enveloppe corporelle en contact avec la mienne. Je repoussais toujours ceux qui prenaient la liberté de le faire sans mon autorisation. Par "ceux" j'entendais mes parents en fait. De toute façon y a qu'eux qui avaient envie de me toucher. Mais qu'est ce qui leur disait que j'avais envie de les toucher moi ? Rien. Rien du tout, leur contact me dégoûtait. Mais eux ils en avaient envie, donc ils le faisaient, dans l'immense égoïsme qui était le leur. Sauf que là, grande première, je me surpris à apprécier son geste de réconfort. C'était bien la première fois que je laissais un inconnu faire ça. Quelque part, c'était pas gênant. C'était l'amie de Solwen. Elle lui était reliée. Si je fermais les yeux, je pouvais même imaginer que c'était elle, son bras dans mon dos, sa main sur la mienne. Mais ça n'était pas Solwen. Juste Lyn.
Elle finit par se retirer doucement, effaçant lentement le semblant d'intimité qui s'était créé entre nous. Elle attrapa une nouvelle fois le carnet, puis le crayon. Ses mots apparurent, me communiquant ce dont je m'étais déjà doutée. Elle acceptait de transmettre ma demande à Solwen. Je la remerciai d'un signe de tête, un sourire flottant sur mes lèvres. Je ne sais même pas si elle le vit, son regard s'étant détourné pour observer le château. Elle aligna trois nouveaux mots d'encouragement, dont deux plus alignés que le dernier, puis son regard rencontra le mien, inondé de son sourire. *J'espère que tout ira bien Lyn, je l'espère* Ce n'était pas tant la réaction de Solwen que je redoutais, j'avais plus peur de moi. Saurais-je trouver les bons mots ? Une bêtise était tellement vite écrite, et pouvait tellement faire mal. Je n'avais plus vraiment le droit à l'erreur.
Je ne savais pas quoi lui répondre, pas quoi ajouter. De toute manière, même si j'avais voulu poursuivre notre discussion, Lyn avait gardé mon crayon dans sa main, et n'ayant pas envie de la déranger alors qu'elle semblait dans ses pensées je n'aurais pas eu le courage de le lui reprendre. Je laissai le silence s'installer, sentant que la discussion était close, que le moment que nous venions de passer ensemble touchait à sa fin. Je me demandai à quel moment ses jambes prendraient le chemin du château, guettant le moindre signe qui trahirait son départ. *Ah bah maintenant visiblement* Je vis le poids de son corps basculer vers l'avant, puis elle se releva. D'un geste elle m'ébouriffa légèrement les cheveux, puis s'éloigna en agitant la main. L'une des miennes s'attaqua tout de suite à l'aplatissement des quelques mèches sortant de mes couettes, tandis que l'autre lui rendit son au revoir. Elle finit par se retourner, s'éloignant peu à peu. *Et voilà, c'est fini* Une étrange sensation naquit dans mon ventre. J'avais presque -je dis bien presque- envie de la suivre. Ma solitude me semblait plus évidente, plus pesante qu'avant. Autour de moi, tous les élèves étaient par groupes d'amis, occupés à plaisanter et rigoler. C'était bien la première fois depuis mon arrivée que je les enviais, que j'avais l'impression d'être l'anormale dans le tas, et non plus que c'étaient eux, avec leurs bouches trop ouvertes quand ils riaient, toujours fourrés en groupe, incapables de se séparer même pour aller aux toilettes. *Trop bizarre* Ouais c'était vraiment trop bizarre.
Je fermai les yeux, et basculai d'un coup ma tête en arrière. Mon cou craqua, mais je m'en tapais. Derrière mes paupières, je revoyais le sourire de Lyn, sa gentillesse, ses mots gravés sur mon carnet, à jamais. 


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Solwen


Assise dans la salle commune, un bouquin posé sur mes genoux, j'attendais son retour. Je ne cessai de jeter des regards vers la porte, comme si Lyn pouvait y apparaître par la simple force de ma volonté. J'étais tellement peu concentrée que les mots devant mes yeux ne trouvaient plus aucun sens, s'enchaînant devant mon regard, sans lien entre eux. Je me retrouvais en bas d'un paragraphe, sans souvenir de l'avoir lu, donc je revenais au début, pour le relire plus attentivement. Mais le moindre mouvement me déconcentrait, attirant mes yeux. J'avais hâte de savoir la raison pour laquelle Lyn était avec Emy, et ce dont elles avaient discutées toutes les deux. Est-ce qu'elles s'étaient bien entendues ? Surement oui, connaissant Emy elle l'aurait vite envoyée promener si ce n'était pas le cas. Était-ce la première fois qu'elles se voyaient ? Peut-être bien, Lyn m'en aurait parlé si elles s'étaient rencontrées plus tôt non ? Mais une petite voix me dit qu'elle n'avait aucune raison de le faire. Après tout elle avait sa vie, je n'avais pas à en connaître les moindres détails. Elle n'était pas non plus au courant de toute la mienne. 'Fin elle l'avait été, jusqu'à Novembre. 
Durant mes quelques secondes d'inattention, celle que j'attendais était arrivée. Elle passa dans mon dos, et je sentis le poids rassurant de ses mains sur mes épaules. Elle me salua avec énergie, et je basculai la tête pour la regarder, contente de sentir sa présence après quelques heures loin d'elle. C'était assez effrayant, mais elle me manquait très vite, surtout quand je la savais à quelques minutes de moi seulement. J'avais l'impression de n'être bien que quand elle était là, de ne pouvoir être totalement moi même qu'en sa présence. C'était faux bien sûr, mais quand on était loin toutes les deux c'était la sensation que j'avais. Sa jovialité me manquait vite. Je la suivis du regard lorsqu'elle vint se poster devant moi, ôtant son manteau. Je n'eus même pas besoin de lui poser de question, elle embraya tout de suite sur le sujet qui me tenait à cœur. J'écoutai ses paroles, pourtant quelque part ses mots refusaient de prendre sens. J'avais peur d'avoir mal compris, d'avoir entendu ce que je voulais entendre. Pourtant, sa voix repassait dans ma tête. "Emy voudrait te voir" *Sérieusement ?* Je ne demandais que ça depuis un an et demi, mais c'était elle qui semblait ne pas avoir envie de me revoir. "Tu lui manques, tu sais" Je n'osais même pas l'espérer. Pour moi elle avait tiré un trait sur notre amitié depuis le jour où elle avait refusé que l'on parle de l'accident. Je m'étais toujours demandé comment elle avait pu oublier tout ça aussi vite, comment toutes nos années de complicité avaient pu être effacées par ces quelques minutes. Comment elle avait pu tourner la page aussi rapidement, alors que moi, même après plus d'un an sans aucune nouvelle d'elle j'en avais été incapable. Peut-être que c'était débile de s'accrocher autant à des souvenirs que je semblais être la seule à vouloir voir revivre, auxquels je souhaitais donner une suite. Et pourtant, il semblerait que ça ait payé, au final elle acceptait de me revoir. C'était même plus qu'accepter, c'était demander. 
Lyn hésita, fermant puis rouvrant les lèvres, comme si elle souhaitait ajouter quelque chose, mais que rien ne venait. Puis elle finit par lâcher un compliment sur les dessins d'Emy qui fit naître un sourire de fierté sur mes lèvres, presque aussi rayonnant que celui qui habitait les siennes.*Bien sûr qu'elle dessine bien, c'est elle la meilleure*
Et en trois mots, je lui fis comprendre que je serais au rendez-vous.

Fin

"Il y a des sourires si beaux qu'on en oublie la laideur du monde"
"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante."
Maman poule emmitouflée en 2017