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La plume des aiglons  PV Solal Rosenberg 

La discussion avait dérapé sur le sujet de l'amour : quelque chose à laquelle Solal ne comprenait rien. Il mentait s'il disait ne s'y être jamais intéressé, après tout, le mot était sur toutes les bouches et il lui semblait que l'humain de façon générale ne pouvait pas vivre sans amour —pourtant il y arrivait très bien, mais sa mère lui avait dit que c'était parce qu'il était encore trop jeune, soit, les adultes étaient-ils donc plus nécessiteux en affection, en compliments et en câlins ?
Il n'avait pas répondu aussitôt à Lucy, il s'était redressé et, les genoux pliés contre son torse, il avait posé une joue sur son genou comme pour se renfermer dans sa bulle et mieux réfléchir. Lors des vacances d'avril, il avait remarqué les regards que ses parents s'échangeaient, et bien qu'il avait essayé de les oublier, la conversation lui rappela le souvenir désagréable. Ils échangeaient des regards qui n'avaient en rien l'air de regards amoureux, est-ce que ça aussi, ça signifiait qu'ils ne s'aimaient plus ? Est-ce que c'était une illusion, un mensonge, une pièce de théâtre mise en scène pour rassurer les enfants qui semblaient n'y voir que du feu ? Pas même Amory ou Oskar ne paraissaient avoir remarqué quelque chose —et s'ils l'avaient fait, ils avaient laissé le petit Solal en dehors des nombreux secrets qu'ils partageaient. Un de plus, un de moins.

« J'sais pas. » Il haussa les épaules et se leva, la conversation ne le dérangeait pas mais la tournure que prenait le flot de ses pensées l'embêtait. La vague d'interrogations se transformait en ras-de-marée, en quelque chose qui emportait tout sur son passage : la bonne humeur et la sérénité du petit Rosenberg avec. Il se mit à faire les cent pas devant sa camarade en étirant ses bras, peut-être que l'activité lui ferait oublier que sa famille avait des ombres qu'il aurait voulu ne jamais connaître. Sa famille n'était plus le grand soleil de sa vie, et pour une fois il avait assez d'éléments pour douter.

À présent contrarié, Solal eut même du mal à se concentrer sur les dires de Lucy, qui parlait souvent beaucoup. Cette caractéristique ne le gênait pas habituellement, mais lorsqu'il était embêté par quelque chose, il connaissait des difficultés à concentrer ses pensées sur autre chose. Il essayait, essayait, essayait. Il s'accrochait aux mots de sa camarade : mieux d'être un sorcier. Il avait de la chance d'être sorcier, il n'avait aucune raison de voir le mauvais côté des choses et de se concentrer sur les ombres de sa famille.
« Non, c'est comme nous : l'amour ça nous manque pas parce qu'on l'a jamais connu, j'crois. » L'illusion de la perfection lui manquait, et pour une fois, il aurait préféré se bercer de mensonges que de se rendre compte que sa vision de sa propre famille était erronée. Quelle erreur. Il se planta devant Lucy, les mains dans les poches, et haussa à nouveau les épaules pour paraître nonchalant.
« Mh, t'as une idée ? Moi je suis à court. » Il arrive à prononcer en souriant, mais le cœur n'y est plus et il s'assoit de nouveau à côté de Lucy.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

La plume des aiglons  PV Solal Rosenberg 

Lucy avait à nouveau saisi le calepin et le crayon, bien décidée à terminer ce poème. Elle n’aimait pas faire les choses à moitié ; quand elle entreprenait quelque chose, elle allait jusqu’au bout. Mais l’inspiration manquait. Après cette conversation avec Solal, elle se sentait comme… vide. Son camarade semblait lui aussi contrarié. Comme enfermé dans une bulle, il semblait perdu dans ses pensées. Il se redressa et fit les cent pas. Les yeux de Lucy se teintèrent d’inquiétude. Et si, en changeant de sujet pour ne plus penser à des choses désagréables, elle avait par accident ravivé des souvenirs douloureux chez le garçon ?  Toujours assise, ses yeux curieux suivaient les déplacements de Solal. Finalement, il lui répondit, puis avec un sourire qui sonnait faux, il feignit de s’intéresser au poème.
 
Même si elle était en désaccord avec ce que pensait Solal, Lucy eut la présence d’esprit de ne pas relever ses propos. Elle ne souhaitait pas embêter davantage le garçon, elle voyait bien que la conversation le mettait mal à l’aise. Pour elle, on ne pouvait pas dire qu’on n’avait jamais connu l’amour. Après tout, l’amour, ce n’était pas forcément que pour les grands, et au sein d’un couple. L’amour, ça pouvait aussi être ce que les parents ressentaient pour leurs enfants et inversement. Et puis, Lucy ne comprenait pas pourquoi chaque mot devait avoir une définition bien précise, quand cela concernait les sentiments, elle ne parvenait jamais à mettre ce qu’elle ressentait dans ces cases si étroites qu’étaient les mots. L’amitié, ce n’était pas une forme d’amour, aussi ? Elle, elle le ressentirait, ce manque, s’il n’y avait pas d’amour. Elle l’avait ressenti, à l’école, où elle était rejetée de tous.

« Je suis un peu à court d’idées aussi… » dit-elle finalement après un long silence. « Je crois que je vais écrire quelques vers pour terminer, puis on va s’arrêter à là, tu ne crois pas ? » Elle interrogea le garçon du regard. Elle sourit et se pencha à nouveau sur le petit carnet où leurs deux écritures enfantines se mélangeaient. Elle lut le poème depuis le début et griffonna quelques mots avant de reposer le crayon. Elle grimaça. « Ce n’est pas parfait, j’ai pas fait de rimes ! Mais au moins, c’est terminé. » Elle adressa un grand sourire au garçon.

Le reste de l’après-midi s’écoula tout en douceur, les enfants restèrent encore un peu ensemble, tantôt à discuter de banalités, puis à partir sur des sujets plus profonds, enfin parfois, quelques silences planaient et ils se contentaient alors de regarder les nuages. Quand le ventre de Lucy gargouilla pour annoncer l’heure du dîner, ils rentrèrent au château.
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RP terminé ! Merci Solal pour cet échange. <3 

Tous à l'abordage !
Tallucy, les princesses rebelles.
J'aime les choux à la crème.