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 SOLO  Orbes Immaculées

12 Octobre 2043
Lisière de la Forêt Interdite — Poudlard
2ème année


Le Souffle m’écrase et manque de me faire choir au sol. Un pas. Je tourne le dos au Château dans un refus définitif d’apercevoir ce qui s’y cache. Deux pas. Ma tête se baisse encore plus pour ne pas céder à la tentation. Trois pas. Les brins d’herbe qui s’entremêlent sont un joli sujet de réflexion. Quatre pas. Mais le Souffle est encore présent, je sens toujours sa Puissance me réduire à néant. Cinq pas. Je sais d’où vient le Souffle. Six pas. Mais je ne dois pas me retourner pour fouiller le vent à sa recherche. Sept pas. La brise s’est transformée en tempête, battant la mesure du Souffle. Huit pas. Mes ongles s’enfoncent dans ma peau, toujours plus fort, parce que je ne dois pas me retourner. Neuf pas. Mon regard se perd dans l’herbe haute que le Souffle maltraite. Dix pas. Même ces petits brins de rien du tout sont accrochés par le Souffle, attrapés avant d’être balancés au sol.

SHLAC !

*Bordel !*, hurlé-je. Le Bruit du Souffle est finalement parvenu à mes oreilles. Le déni n’aura servi à rien, finalement. Le Souffle est un Battement. Le Battement de la mesure des Ailes. Derrière moi, la Chose se déploie. Elle s’est même déjà envolée ; c’est pour ça que le vent chante le Battement du Souffle. Le premier Souffle n’était qu’une illusion de puissance ; celui ci m’écrase en silence et me terrifie par son Battement.

SHLAC !

Le Souffle est un fouet qui claque, frappant ma peau et meurtrissant mon Âme. Ma bouche se déforme, mes lèvres devenant deux petites choses pâles et dégoutantes, tandis que je sens l’air se déformer derrière moi. Je sais quelle sorte de Chose agite l’air. Je sais que la première est imposante et immaculée, tandis que la seconde, celle qui produit le réel Souffle, est, à ce qu’il parait, la créature la plus immense et écrasante du Monde. Je sais même à quoi elle ressemble, puisque son éclat a capturé mon regard pendant un instant lorsque j’ai pris au pas de course la direction du parc, une fraction de seconde trop tard pour ne pas l’entrevoir. La Chose qui m’écrase avec le Battement du Souffle brille d’un éclat azur. Azur. C’est le mot, l’essence même du Nom de la Chose terrifiante : l’Azuré du Népal. Celle que je ne veux pas voir et qui se bat avec le vent derrière mon dos.

SHLAC !

Nouveau coup de fouet me transperçant le crâne. Après le bas de mon visage métamorphosé en une bouillie informe, c’est au tour du haut de se mettre à dégouliner. Ma vision se floute soudainement, s’embuant d’eau. *Non !*, m’emporté-je, hurlant en cœur avec le Battement. *Je n’dois pas pleurer !*. Mais les larmes sont là ; aujourd’hui, ce ne sont pas des simples Ombres. Elles dégoulinent, et lorsqu’elles commencent leur chute vers le sol, laissant des trainées sales sur mes joues pâles, je sens mon cœur se serrer.

Bam.

Le Battement du Souffle est remplacé par le Battement de mon cœur. Un nouveau pas, et j’atteins la Frontière. Jamais je n’ai été aussi heureuse de rencontrer la lisière de la Forêt. Aujourd’hui, les arbres marquent une réelle Limite : ils sont le lieu où la Ciel m’est caché, où la tentation disparaitra réellement. Ils sont aussi le lieu où les multiples bruits des sous-bois et l’éloignement me dissimuleront le Battement.

Bam.

Dans mon dos, l’Azuré doit être loin, réellement loin. Cette Chose toute faite de puissance a laissé son Empreinte, mais je ne l’entends plus. Le Souffle est toujours là, dans ma mémoire, mais le Battement s’est définitivement évanoui. *Ahhhh...*, soupiré-je lentement, expirant soudainement l’air que j’accumulais sans m’en rendre compte. Je ne respirais même plus, forcée dans la Contemplation. La Contemplation ; bien que je ne puisse Contempler que le Battement du Souffle et non la Chose elle-même. Mais désormais, j’inspire et j’expire à nouveau. Lentement. Les feuilles et les branches me frôlent tandis que je les repousse pour pouvoir me frayer un chemin dans la Forêt si dense. Une brindille me griffe le visage, juste sous l’œil droit, avant que je ne la repousse violemment et que je reprenne mon avancée d’une démarche ferme et décidée.

*Je... ça f’sait longtemps qu’j’étais pas v’nue*. Un sourire mélancolique me monte aux lèvres quand je réalise cela, mais je le repousse bien vite. La mélancolie et le regret n’ont pas leur place ici ; seule compte l’Avancée. Je dois Avancer ; non pas avancer dans la Forêt mais bien Avancer, passer un autre palier à l’intérieur de moi-même. L’Azuré est partie. Tout ça, c’est finit. Je ne les reverrais jamais. *Je n’reverrais jamais Qiong...*, ressassé-je. *Ah ! Je n’dois pas y penser !*. Tous ces cris intérieurs me déchirent le crâne. Pourtant, c’est clair. Logique. Elle est partie. Et elle ne reviendra pas. Mais... l’Autre est encore là. *Qu...*. Explosion de couleur. Je ne reverrais jamais la chinoise, certes ; mais je pourrais toujours tenter d’arracher le secret de la belle fille à l’éclat émeraude.

Le rythme de mon cœur ralentit, passant de Battement à Murmure, et je continue de me mouvoir dans la masse coordonnée et harmonieuse des arbres. La face défaite, les larmes continuant de dégouliner, l’Âme déglinguée par le Battement de l’Azuré, le cœur serré, je dois ressembler à un spectre. Un spectre trop pâle, une sorte de cadavre. Les traits émincés, les cernes crayeuses.

Et là, devant moi, un trait de lumière. Filtrant entre deux arbres, la lueur d’une clairière. Une lueur d’espoir. Encore un pas. Ma main repousse lentement la dernière branche qui se dresse entre moi et la lumière d’Héméra. Un deuxième pas. Je hais le Jour, mais aujourd’hui, en ce lieu, c’est sous la lumière de la déesse du Jour que se déroulera ma rencontre avec les Ténèbres. Troisième pas. Le Soleil d’Hélios m’explose le regard mais j’esquisse tout de même un sourire. Quatrième pas. Je pénètre dans le cercle de lumière et les rayons d’Hélios se perdent dans mes cheveux sombres.

*Tu e...*.

« Tsss, » tiqué-je. Je ne m’étais pas trompée.
Il est là.

chut(e)
ô, voici venir mon Sabotage (amoureux ?)