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 PV  Les nuances de la Magie


3 Octobre 2043
Parc — Poudlard

Thalia, 12 ans
2ème année

[ 15:04 ]

« Eh, Petite, ce n’est pas parce qu’autour de toi tout le monde prend le même chemin que tu es obligé de le prendre également ; ils prennent tous la route de bitume qui va tout droit parmi les landes de l’Ignorance, prends donc le sentier tortueux qui traverse les forêts de la Connaissance. »


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Le ciel bleu est aussi vide de nuages que mon cœur est plein d’anxiété. Le parc est bruyant. Les cris aigus des premières années qui jouent, le silence pesant de ceux qui révisent, le chuchotement incessant des groupes d’amis qui discutent. Le bruit de fond typique des samedis après-midi de beau temps. Le Château en pleine activité. Le fourmillement sans fin de fourmis minuscules dans une fourmilière géante.
Oui, le parc est bruyant. Pourtant, je n’entends rien. Comme si tout cela n’était qu’un vieux souvenir que je me repassais, seule, avec les images un peu floues et les sons étouffés.
Seul le ciel est là. Le ciel immense, s’ouvrant tout entier à ma vue. Je suis tournée vers lui, ouverte à sa beauté. Mon corps tout allongé sur la verte herbe du parc est immobile, les jambes un peu écartées, les bras ouverts de chaque côté de mon buste, les paumes tournées vers la voûte céleste et le regard perdu dans l’immensité bleue. Petite fille dans le ciel vert observant le vent soufflant sur l’herbe bleue. Ciel et terre. Deux Mondes à lier, patiemment. Ouranos et Gaïa, attendant qu’un contact les fasse enfin se rejoindre.

Les doigts de ma main gauche jouent habilement avec un brin d’herbe. Les éclaboussures de lumière vive venues de l’astre solaire me donnent envie de grimacer atrocement, mais je maintiens mon regard fixé sur le ciel et mes lèvres immobiles. Aucune expression. Je ne souris pas, ne pleure pas, ne ris pas, ne souffre pas. Sans doute que je réfléchis. À cette pensée, les coins de ma bouche se relèvent enfin — je commençais à croire qu’ils étaient figés là à jamais — et esquissent une moue de dégout. Ça ne me sert à rien de réfléchir. Mon cœur contre chaque réplique de mon esprit, comme toujours.
Et je sais très bien. Ce qui est vrai, et ce que je veux.
Ce que je sais, c’est que dans quelques jours les chinois vont partir. À jamais.
Ce que je sais, c’est que dans quelques jours je ne verrai plus jamais l’Aveugle-Reine. Qiong.
Ce que je sais, c’est que je ne suis plus la même depuis que j’ai vu leurs bracelets. Leur Magie.
Ce que je sais, c’est que j’aimerais bien en avoir rien à faire mais que c’est totalement faux. Un mensonge.

Ce que je sais, c’est que ça me fait mal.
Ce que je sais, c’est que la Magie de Poudlard est moche alors que les autres Magies sont belles.
Ce que je sais, c’est que j’aimerais bien apprendre.
Apprendre ces Magies-là.

Ce que je sais aussi, c’est qu’il y a des rumeurs dans les couloirs. Des rumeurs sans intérêt, comme toutes les rumeurs. Pourtant, mon souffle s’est figé lorsque j’ai entendu celle qui parlait de Kwon. Celle qui soufflait un peu partout dans le Château que Kwon n’était pas britannique — suffit de la voir pour le comprendre, je le savais déjà — et qu’elle avait étudié ailleurs. Ailleurs. Un mot qui ouvre tant d’horizons.
L’ailleurs a fini par se nommer Cas... *’rde !* Castolia... Non. Castelo... bruxo ! Castelobruxo ! École de Magie d’Amérique du Sud — impossible de se rappeler de l’endroit exact et encore moins de comprendre comment une asiatique a étudié en Amérique —, et donc d’ailleurs. Avec une Magie peut-être différente de la moche des orientaux. Peut-être même comme celle des chinois, qui sait !
Mon souffle s’est figé quand je l’ai entendu, et mon cœur s’est mis à me souffler sans relâche : rate pas ! Rate pas l’occasion d’apprendre aut’ chose ! Que’qu’chose de beau !

Les rumeurs sont inintéressantes. Celle ci relève de la Connaissance, et est moins une rumeur qu’une vérité-presque-vraie. Alors je perds mon regard dans le ciel sans nuages. Le ciel bleu, vide de toute trace, qui me hurle d’aller voir. D’aller apprendre.

Se relever après une inactivité aussi longue est douloureux pour chaque muscle de mon corps. Mes genoux craquent quand je les force à supporter tout le poids de mon corps, et j’ai la sensation que mes pieds vont lâcher quand je commence à courir beaucoup trop vite pour moi. Une course toute entière dirigée vers ce coin du parc, une course qui épuise mon souffle et donne un prétexte à celui ci pour être bien trop rapide et haletant. Une course horriblement douloureuse mais qui me permet d’oublier mes soucis. Je m’arrête devant ma destination, laissant loin derrière moi les regards surpris et moqueurs des Autres qui me fixent. Moi, je ne les regarde pas. Je fixe les serres.

« Kwon ? murmuré-je. Un, deux, trois. Pas de réponses. Merlin, je suis impatiente ! Je reprends, bien plus fort cette fois. Miss Kwon ! » La fin de mon appel est devenue un cri, et je me mords la lèvre inférieure en constatant que je n’obtiens pas de réponses. Un coup d’œil jeté aux serres me permet de comprendre qu’elle n’y est pas, et je grimace en constatant que je n’ai aucune idée de l’endroit où je pourrais trouver l’asiatique. « Par Dumbledore ! » juré-je en secouant la tête. La seule fois où j’ai besoin d’aller trouver une prof’, faut que celle-ci ait décidé d’aller voir ailleurs. Mon sourcils se froncent et je m’assois contre la porte des serres, jouant avec ma baguette. Une Autre un peu plus grande que moi débarque et s’installe à côté de moi. Mon regard noir l’accueille, accompagné d’un « Dégage pauv’ nulle. » murmuré à son intention.

Ses Perles à elle sont en furie ; elles lancent des éclairs. Quatrième année, certainement, vu la puissance qui semble émaner de sa baguette. Devant sa fureur contenue, j’agis comme la gamine que je suis : je tire une langue sèche et moche vers la Grande Moche. « Eh la gosse, qu’est c’t’as ?D’où tu m’... tu m’causes comme si j’étais d’la bouse de dragon, là ? » Ses lèvres bougent trop vite, bien trop vite, et les mots percutent mes tympans à pleine vitesse. *Calme toi Grande Moche*. Elle reste assise à côté de moi, mais ses cheveux blonds trop longs ont percuté mon visage quand elle s’est tournée vers moi pour cracher ses paroles. Je repousse les mèches avec violence, *j’veux pas d’toi*.

« T’dégage que j’t’ai dit. J’veux... j’veux PAS D’TOI ! »

Mes paroles ont cette tendance énervante à se finir en cri. Mais cette fois, je ne leur en veux pas : la Grande Moche affiche un visage surpris puis de nouveau énervé et se lève avec empressement, me dominant de toute sa Grandeur. Je suis oppressée, si petite devant la Grande que je perds toute contenance. Mes lèvres s’entrouvrent, ma bouche sèche, mes poings s’ouvrent. Laisse moi tranquille ! Je ne veux pas d’elle, non, non, NON !

« Tu m’parles bien ou j’te défonce, la gosse. J’ai envie d’êt’ là, alors j’y suis, pis c’est tout ! » tonne-t-elle avec sa voix grave de Grande Moche. Son seul ton me donne une puissante envie de lui cracher dessus, mais j’en suis incapable. Trop grande. Trop grande !

« Tu... laisse moi. Pourquoi tu voudrais êt’ là, hein ? Menteuse ! » Elle n’est là que pour m’énerver, cette Grande Moche horrible et répugnante. Se taire à jamais ne lui viendrait pas à l’esprit, non, elle ouvre lentement une grande bouche encore plus grande qu’elle, qui pourrait m’engloutir toute entière, avant de déclarer : « L’asiat’ y’est pas, alors j’vois pas pourquoi j’aurais pas l’droit d’êt’ un peu tranquille près des serres. J’les aime bien, elles sont calmes. Donc j’te laisse pas, la gosse. » La. L’asiat’. L’asiatique. Kwon ! Elle dit que Kwon n’est pas là ; elle sait où est Kwon ?

« L’asi... t’sais où qu’elle est ? Tu sais où est passée Kwon, toi ? J’dois... j’crois que j’dois lui causer. Un peu. C’est... important. » balbutié-je à toute vitesse. Savoir où est la prof. Vite ! L’Autre me regarde avec un air ahuri et fronce les sourcils au moins aussi fort que moi ; alors je fronce encore plus les miens. Maintenir l’écart, ouais. Mais la Grande déclare rapidement : « Bah ouais, là-bas, pas loin ! » en pointant un coin du parc avec son doigt. Les yeux plissés, j’aperçois Kwon.

Mes jambes se tendent d’elles-mêmes. Mon crâne me lance brutalement quand je prends conscience que je me suis relevée, et je commence à partir d’un pas rapide. La peur qui monte au cerveau. La conscience soudaine que je ne sais pas quoi dire. La terreur de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir obtenir ce que je veux. Je serre les poings et balance par-dessus mon épaule :

« À jamais, Grande Moche ! »

Un éclat de rire nerveux franchit mes lèvres sèches. Sec. Énervé. Terrifié. Empli de la drôle de sensation qui m’habitait. Peur. Envie. Hâte. Incompréhension. Avec la tête qu’a cette Grande Moche, elle doit sûrement être une amie d’Emy. Emy. Amie. Emy-Amie. Emyamiemyamie. Mon cerveau me lâche sous la pression de ces mots : Emy a qui je n’ai plus parlé depuis plus d’un an, Emy qui aurait des amis. Ce n’est pas possible, pourtant : Emy-la-Grande ne peut qu’être avec moi. Sans moi, elle n’existe pas, voilà tout. *N’est c’pas ?*. Pourtant, quelque chose me dit qu’elle a une vie. Que si je ne l’ai pas vu depuis si longtemps, ça ne veut pas dire qu’elle a disparu. Peut-être que cette Grande Moche va aller la retrouver et qu’elles vont rire ensemble. Rire. Comme j’ai rit, petite. Petite ! Tous les chemins qu’emprunte mon esprit me ramène à elle. Emy qui me surnommait Petite quand je lui murmurais ma belle ; Emy la Méchante que j’ai tant détesté et tant aimé en même temps. *Faudrait que j’lui r’parle, hein ?*. Je grimace, et pourtant, c’était vraiment. Je devrais lui parler. Un de ces jours, pas trop vite.

Pour le moment, la Grande Moche ne m’intéresse plus. Devant moi, il y a Kwon. À cinq, quatre, trois, deux... stop ! Arrivée à quelques mètres dans son dos, je continue en marchant pour me planter en face d’elle. « M... Miss ? » Ma gorge me brûle après ma course. Ma gorge me brûle devant mon incertitude. Comment aborder le sujet ? Quoi dire ? Mon souffle est douloureux en remontant le long de mon corps, mais je finis par lâcher la question fatale.

« C’est vrai qu’vous avez étudié à Ca... Castela... ‘fin, au Brésil ? »

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 PV  Les nuances de la Magie

Solar s'était réfugiée près du lac pour réfléchir et se détendre. L'Azuré du Népal, visible de très loin, accaparait son attention. Elle n'osait pas s'approcher, de peur de déranger. Mais il était si majestueux, si noble, la professeure mourait d'envie de lui parler. Peut-être que l'occasion ne se présenterait plus...
Son attention fut détournée par un groupe d'élève qui s'amusait près du lac. Elle vérifia un instant qu'ils ne tentaient rien de dangereux, puis détourna son regard dès qu'elle en était sûre. La journée était plutôt calme, elle n'avait pas de cours à donner. Solar songea un instant à rendre visite à Sigmund, mais ce dernier était sûrement en plein cours. Elle jeta un coup d'oeil en direction des salles de classe du château et repéra une élève qui courait vers elle. Oh non, encore un soucis ? La jeune femme se souvenait encore de son entrevue compliquée avec Cassiopée.
Cette pensée s'envola vite en écoutant la question de Thalia. Solar ne connaissait pas son nom, mais devina facilement qu'elle était de Poufsouffle. La première chose que répondit la jeune femme à l'accent encore bien audible, ce fut :
Comment t'appelles-tu ?
Elle lui laissa le temps de répondre tout en proposant de prendre place sur l'herbe à ses côtés. Au début, elle ne comprit pas de quoi parlait la jeune fille. Caste quoi ? Solar pensa qu'une séance intensive d'anglais ne lui ferait pas de mal pour comprendre ses élèves. Mais ensuite le mot "Brésil" prit tout son sens.
Ah, Castelobruxo ? Oui, j'y ai étudié. Comme mes parents vivaient au Brésil - et y vivent toujours d'ailleurs, c'était tout à fait légitime que j'entre là-bas. Pourquoi cette question ?
Solar savait que pour entrer à Poudlard, le procédé était différent. Mais elle évita d'entrer dans de grandes explications, après tout peut-être que Thalia n'était pas là pour ça.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !

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Ma question était prononcée, lancée en l’air. Je ne pouvais plus agir dessus, la distordre pour la changer. C’était dit ; maintenant, à moi d’assumer les conséquences que cela aurait. Les autres interrogations que je devrais poser à la professeure. Professeure. Un mot qui peuple les couloirs du Château mais qui ne représentait jusqu’alors qu’un groupe d’individus auxquels je ne prêtais aucune attention, qui n’étaient intrigants que par le Savoir éventuel qu’ils pouvaient me divulguer. Jamais je ne suis allée voir un professeur en privé. Jamais, que ce soit pour une question de cours ou tout autre chose. Et pourtant, je suis devant Kwon. Kwon, Solar. Femme au nom de soleil, qui lui correspond bien plus que je ne l’avais jamais remarqué. Ma gorge est toujours sèche : je flippe en pensant à tout ce qu’elle va peut-être me demander. Et pourtant...

« Comment t’appelles-tu ? » commence-t-elle. Je tique tout d’abord sur l’emploi du tu. *P’tain*. Aucun professeur ne nous tutoie. Le vouvoiement m’a suivi depuis que je suis entrée dans ces couloirs, le vouvoiement insupportable et dérangeant. Je ne suis pas une adulte qu’on vouvoie ; Kwon, elle, semble l’avoir compris. Merci, formulent des voix dans un coin de mon esprit, tandis que d’autres leurs répondent : et alors, ça reste une prof ! Puis la question me frappe au visage. Surprenante par son aspect étrange ; elle ne correspond en rien à ma précédente question. Terrifiante par le fait que Kwon saura qui je suis, et que si, pour une quelconque raison, ça tourne mal — ça tourne toujours mal —, elle connaitra mon nom.
Mais ce Visage-de-Soleil fait du bien à regarder ; sa voix est douce à entendre. Alors mes lèvres s’écartent dans une tentative de parler de manière audible, et les paroles déchirent ma gorge en feu à cause de la course frénétique :

« Th... » je balbutie doucement, le cœur battant de la Recherche. Je suis avide, avide de la Connaissance que Visage-de-Soleil détient et que je vais bientôt absorber. Si elle refuse, je la forcerai ; j’obtiendrai ces informations coûte que coûte, et cette pensée me fait frémir de bonheur. Le frémissement s’interrompt brutalement, dans la seconde même où mon souffle de voix cesse. Elle ne parle pas. Pourquoi ? Je veux la suite. Je veux absorber et dévorer tout ce qu’elle peut me révéler. Cette pensée a fait mourir mon souffle, mais elle le fait renaitre aussitôt. Tremblante devant ma hâte, je lance un assuré « Thalia... » avant de reprendre mon souffle. *Mais t’...* ; une nouvelle constatation me frappe : elle s’en fout. Non, Visage-de-Soleil, elle veut mon nom de famille. Comme tous les Grands. Ma stupidité est légendaire, ses aventures devraient être contées à travers le monde. Alors le « Gil’Sayan ! » que je souffle avec autant de hâte que précédemment me déchire un peu le cœur à sa manière : si je n’ai commencé que par mon prénom, c’est qu’instinctivement je songeais à Kwon non pas comme à une professeure mais comme... autre chose. *Stupide !*. Elle n’est rien d’autre qu’une Grande dont je veux aspirer tout le Savoir. Et pourtant, elle m’a tutoyé. Elle n’est pas comme *chut*. Ce n’est qu’une éraflure de plus, une énième déception causée par moi-même.

Sa proposition de m’asseoir me ferait froncer les sourcils si c’était quelqu’un d’autre qui me le proposait ; devant un élève, je hurlerais avec fierté que je n’ai pas besoin de m’asseoir ; devant un professeur, je refuserais avec empressement pour ne pas me soumettre. Mais c’est Kwon au Visage-de-Soleil, et je veux savoir tout ce qu’elle a à me dire. Mes genoux se plient lentement et douloureusement ; la balade nocturne de ce soir ne m’a pas laissé reposer mes jambes des allers-retours dans l’immense Château. Et mes fesses heurtent l’herbe tandis que je me laisse tomber aux côtés de Kwon.

« Ah, Castelobruxo ? » commence-t-elle et mes yeux s’écarquillent. Oui, oui, cette école au nom imprononçable. C’est ça. « Oui, j’y ai étudié. » *OUI !* explosé-je de joie. Un sourire danse soudainement sur ma face et étire étrangement mes lèvres ; cette sensation est inhabituelle, si bizarre. Je ne souris pas, moi, ou seulement des sourires faux. Mais mes lèvres affichent une grimace sincère et presque heureuse. Stupide. Mais elle a dit oui ! *CONTINUE !*. « Comme mes parents vivaient au Brésil - et y vivent toujours d'ailleurs, c’était tout à fait légitime que j’entre là-bas. Pourquoi cette question ? » J’m’en f... non, c’est faux. C’est intéressant. Ou plutôt, pas immédiatement, mais tout est intéressant. Alors j’ingère ; je place ces paroles dans ma mémoire pour m’en rappeler quand le moment sera venu. Car pour l’instant, je ne veux que mes réponses. Et donc mes questions. Les mots de Kwon-le-Soleil me reviennent en plein dans la face et je dois cligner une ou deux fois des yeux, imperceptiblement, pour savoir comment réagir. L’Indiscrétion suprême des Autres commencent !

« Oh, je... » Tout se coince dans ma gorge. Tout m’étouffe. Je dois répondre, mais je ne sais pas. Que puis-je lui dire ? Hurler mais je sais pas ! serait stupide. Pourtant, j’ai l’impression que je ne sais pas pourquoi je veux tout savoir sur l’école étrangère. *CONCENTRE TOI !*. Je le savais, je le savais ! Je suis venue la voir alors que je savais tout : je dois le savoir encore, c’est obligé. Affolées, mes pensées. Puis deux mots explosent sous mes yeux :
Les chinois !
Et le sourire qui venait de mourir reprend sa place sur mes lèvres. Oui, je sais. Je sais tout ce que je veux. Alors je lui déclare mes pensées qui se bouleversent :

« Les chinois ! J’veux dire, leur Magie. Elle est pas comme la no... la mienne ? » Merlin, Kwon fait-elle de la Magie comme moi ? Ou plutôt comme les britanniques ; ma Magie m’est propre. « Leur Magie est... sublime. Impressionnante ! Comme la Ma... » Je jette un coup d’œil vers la Masse qu’est l’Azuré au loin, et je change mes paroles au dernier moment : « Leur Dragon, là-bas. Donc, leur pouvoir, il est explosif ! Juste... juste beau. Alors qu’la mienne, ‘fin, celle d’ici... » Je songe à ma baguette, aux ridicules enchantements que le Château me dévoile : une Magie intéressante, certes, mais pas profondément sublime comme celle des chinois. « En comparaison, c’est nul. Moche. Vous avez vu Mei et l’aut’ chinois, pendant la dernière épreuve ? » L’aut’ chinois. Oh, par tous les Mages. *Aelle*. « C’était juste... waouh ! Même la manière dont ils abordent la Magie Noire est différente, comme deux forces en équilibre, qui se complèteraient, même si c’est plus dangereux et interdit ici. Et Qiong, quand elle a fait surgir le dôme noir ? » Qiong. Charlie. Mei. Jenkins. L’autre chinois. *A... non, tais-toi*. « C’est pas comme les sorts d’ici, pas comme la Magie apprivoisée qu’on apprend. La Magie est faite pour être lâchée ! La mienne est explosive, elle demande juste à surgir, pas à être contenue dans un sortilège ! »

Elle ne doit rien comprendre. Mais moi je comprends tout ce que je dis, j’aime le dire, enfin. Mes yeux brillent, emplis d’étincelles.

« Alors, Miss... j’me disais que, puisque les chinois avaient une Magie différente, y’en avait peut-être d’autres encore ? Je veux dire, je sais qu’il y a autant de Magies qu’il n’y a de sorciers pour pratiquer ces Magies, mais je parle de forme de Magie. » Pour une fois, ma voix est assurée. Je ne crie pas, mais je ne murmure pas. Je sens qu’elle va me donner ce que je veux. J’espère. « Vous n’avez pas étudié à Poudlard. Pas en Europe non plus. Non, vous avez étudié au Brésil. » Tu comprends ? « Tu... vous comprenez ? » Alors ? Ma dernière phrase s’élance dans les airs : « Vous pouvez m’expliquer comment c’était, à Castelobruxo, et surtout... si la Magie était abordée différemment d’ici ? » Je ne prête même plus attention au fait que j’ai réussi à prononcer le nom de l’école. Je ne prête attention qu’à ce Visage-de-Soleil qui se tient devant moi.

Mais derrière mes lèvres closes, une dernière pensée est enfermée. Celle qui se cache derrière toutes les autres. Elle hurle ; en disharmonie avec ce que je souhaiterais qu’elle soit. Mais bien réelle.
Miss, vous pouvez m’apprendre une aut’ Magie ? Ici, j’suis... j’suis perdue ! hurle la pensée derrière mes lèvres qui l’empêchent de s’élancer vers Kwon.
Oui, ici, *je ne suis pas vraiment à ma place*. Dis, Kwon au Visage-de-Soleil, tu peux m’aider ?

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 PV  Les nuances de la Magie

La jeune fille avait du mal à s'exprimer, mais Solar la laissa prendre son temps. Ainsi, elle se nommait Thalia. Thalia Gil'Sayan. La professeure comptait faire de son mieux pour bien retenir son nom. Elle lui rendit son sourire et attendit la suite des questions qui viendraient forcément. Ah... La magie de la délégation chinoise.
C'est vrai que c'est beau et impressionnant.
Solar se demanda si sa magie n'était pas comme celle dont parlait Thalia. Qui ne souhaitait pas être "entravée" par un support magique. Si en déménageant, ses parents n'avaient pas réduis ses chances d'être douée à néant. Si en réalité, Solar nécessitait d'utiliser la magie différemment pour son plein potentiel. Peut-être qu'à Zhuangyán ou Jadugara, ça aurait été totalement différent pour elle, sa vie aurait prit un tournant très différent.
Thalia allait être déçue d'apprendre la vérité sur l'école Brésilienne.
Castelobruxo est différente de Poudlard, mais reste similaire par l'usage de la baguette. Ce qui est bien différent, c'est la manière dont nous appréhendons le monde, la faune, la flore. Nous avons une vision un peu à nous. Je pense tout de même que nous avons le point commun de prôner le pacifisme.
Solar l'observa pour voir sa réaction. Elle voulait sûrement du sensationnel, comme en Chine.
Nous savons que tout a sa place et nous prônons le respect de la nature. Même une plante mortellement dangereuse dite inutile par les humains a pleinement sa place dans le monde. La magie à Castelobruxo est apprise un peu comme ici, mais sans avoir autant d'importance que les matières que sont la Botanique et les Soins aux Créatures Magiques. On peut parler de Magizoologie, c'est plus représentatif, du moins je trouve. L'ouverture d'esprit est importante à Castelobruxo.
Que pouvait-elle dire d'autre ? Solar n'ajouta rien et laissa Thalia à sa compréhension et peut-être à de futures questions de sa part.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !

 PV  Les nuances de la Magie

Extérieurement, cette femme a toujours l’air rayonnante. Heureuse, exaltée, comme si tout la contentait. Souriante comme si son occupation était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Un Soleil terrestre. Avouer que son rayonnement me terrifie est dur. Mais si vrai. Trop joyeuse, cette Grande. C’est cela ; trop. Elle l’est trop. Mes muscles se tendent devant ce rayonnement, dans un instinct profond. Un instinct qui me hurle que sa joie peut m’atteindre et me blesser. Mais mon cœur murmure, lui. Il murmure en distillant une envie. Désir de comprendre ce qui se cache derrière la joie. Rien ne peut être si rayonnant sans raison. Cela, je l’ai appris, et c’est une certitude. Est-ce un masque ? Une façade ? Peut-être. Alors je veux le découvrir. Découvrir ce qui se cache derrière ce Visage-de-Soleil. Peut-être seulement une joie sincère ; mais comment fait-elle ? Comment fait-elle pour sourire sans cesse, être si belle ? L’aura qui flotte autour de Kwon est une aura de bonheur ; c’est elle qui me terrifie. Car il y a Douleur. Douleur me dit que si j’ai mal, je vais lui faire mal aussi, mais que si elle est heureuse, elle ne va pas me rendre heureuse. Comme si la joie des Autres ne faisait que faire grossir Douleur. Je hais Douleur. Et elle murmure, elle souffle, elle vocifère. Emily me dirait de ne pas l’écouter, mais Emily ne comprend pas. Si, Emily comprend tout, mais elle n’entend pas Douleur. N’est-ce pas ? Pourquoi l’entendrait-elle, après tout ?
D’Attraction à Répulsion, d’Avant en Arrière, de Passé en Présent, Douleur me secoue dans tous les sens. Mais sous-estime le pouvoir de Visage-de-Soleil. Puissants, ses mots traversent le bouclier de Douleur. Pour annoncer que Là-bas, dans l’Ailleurs qui me fait tant rêver, les baguettes existent aussi. Coup de tonnerre. Impossible ! Par Merlin, c’est impossible ! Tout est pareil, alors ? Mais le Soleil, qui soudain me brûle au lieu de me réchauffer, aligne des mots. Encore et toujours. Flous, je ne les comprends pas. Impossibles à atteindre. Tout est impossible. Comme si les questions que je lui ai posé déterminaient ma vie, alors que ce n’étaient que de pauvres interrogations sans réel but. Pas un rêve, non, rien du tout. Juste...
*Menteuse* assène ma conscience douloureuse. Bien sûr que c’est important.

« Même une plante mortellement dangereuse dite inutile par les humains a pleinement sa place dans le monde. » lance le Soleil sans comprendre ce qu’elle avance. *Même une enfant...*. Vérité à mensonge. Mensonge à vérité. Entre-deux. *... mortellement différente dite inutile par les Autres...*. Comment savoir ce qui est Vrai ? Qu’est-ce que le Vrai ? Ce n’est rien, c’est tout. De Rien... à Tout. Alors, qu’est-ce que le Faux ? Rien de plus que le Vrai. Je ne comprends rien à ce que je pense ! *... a pleinement sa place dans le Monde*. C’EST FAUX ! Juste un énième mensonge. Pourtant, Castelobruxo prône ceci. Égalité. Ça ne veut rien dire, ce mot. J’ai tenté tant de fois de le comprendre. Égalité. Stupide. « J’crois qu... j’aime bien. » Nuée bourdonnante, mes mots me frappent. Imprévus, ces mots. Je ne voulais pas ouvrir les lèvres, articuler était hors de mon contrôle. Pourquoi l’ai-je fait ? Idiote.

« À quoi sert la plante ? Celle mortellement dangereuse, profondément différente. Vous avez dit qu’elle avait son utilité. Laquelle ? »

*À quoi je sers, moi ?*. Par tous les Mages, c’est de plus en plus stupide. Je veux en savoir plus sur le Brésil et les formes de Magies, pas sur ça. Stupide ! Dans ma tête embrouillée, mes pensées s’emmêlent. Nœud indésirable. « Non ! Enfin, c’est pas important. Expliquez moi c’que vous en faites, de ce lien avec les plantes. Votre Magie... elle est comment, avec la Nature ? Vous la ressentez comment ? »

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

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Navrée pour ce retard !

Thalia devait être en pleine réflexion, Solar attendit avec patience qu'elle lui réponde. Elle imaginait la déception de l'élève, mais cette dernière aimait bien. La jeune femme eu un sourire, soulagée de ne pas se retrouver avec une réponse amère sur la banalité que pouvait être cette forme de magie aux yeux de Thalia. Cependant, elle ne semblait pas avoir compris la phrase de la professeure.
Les plantes, ou tout être autre qu'elles, n'ont pas à avoir une utilité pour exister. Bien sûr si on y réfléchis, une plante mortellement dangereuse peut avoir un usage, assez morbide, pour certaines personnes elle peut être utile.
Elle n'avait pas forcément envie de donner des exemples assez sensibles, la jeune fille n'avait pas besoin de ça. Les questions suivantes posaient une colle à Solar. Sa magie était un sujet sensible. Elle ne savait pas comment exprimer son ressentis, ni même si elle la percevait vraiment.
Ma magie, je m'efforce de la laisser harmonieuse avec la nature. Je veux la respecter, la préserver. Comment je la ressens... C'est assez difficile pour moi à vrai dire. Je la sens un peu, c'est sûr. Un flux léger et doux. Le lien que j'ai avec les plantes, avec les créatures magiques, c'est un lien de respect profond. Tout le monde devrait la respecter davantage.
Mais ça, c'était une autre histoire. La jeune femme s'était sentie un peu embarrassée par ses explications sur sa propre magie et espérait que Thalia ne cherche pas à en savoir plus. Son manque de confiance en elle était toujours aussi fort quand cela concernait sa baguette et ses compétences magiques.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !

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Désolée du retard.

*Elle ne comprend pas*. La pensée s’impose à moi, plus claire que jamais. Une pointe de déception m’envahit. Cette professeure au Visage-de-Soleil, elle ne comprend pas. Bien évidemment, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me comprenne, mais ses précédentes paroles avaient fait miroiter devant mes yeux un espoir qu’elle comprenne ce que je voulais dire. Bien sûr, qu’elle n’ont pas besoin d’avoir une utilité pour exister. Mais elles en ont forcément une. Sinon, elles ne trouveraient pas leur place dans l’Équilibre ; c’est obligé. Et moi, je veux entendre leur utilité, à ces plantes si différentes des autres, qu’on peut trouver inutile. Elles me ressemblent un peu.

Quand elle parle de sa Magie, la professeure-Soleil semble hésitante. Étrange. Parler de Magie devrait être facile pour un adulte ; les Grands sont censés tout savoir. Les paroles qu’elle me sert sont tout aussi étranges, mais bien plus intrigante. Une Harmonie ; entre la Magie, et la Nature. Peut-être la Magie et la Nature sont-elles une seule et même chose ? Ou alors sont-elles en parfaite Osmose ? Quoiqu’il en soit, cette tentative d’harmonie est différente de tout ce qu’on apprend ici, au Château.
Alors la Magie de Kwon est douce et légère. Liée à la faune et à la flore. *Ça n’m’étonne pas* réalisé-je. Cette femme toute entière est douce et légère ; rassurante. Faite pour aimer la Nature, sans aucun doute. Profondément différente de moi. Mais intrigante. Définitivement intrigante.

« Je vois... j’suis d’accord, la Nature est bien plus bienveillante que les gens. Elle est harmonieuse, et tout y est... ordonné, j’sais pas si vous voyez c’que j’veux dire, mais chaque chose a sa place. » tâtonné-je pour essayer de me faire comprendre. Parler d’harmonie avec une prof, voilà bien la dernière chose à laquelle je m’attendais en venant voir cette femme-Soleil. Et pourtant, ce n’est pas si désagréable. « J’crois que j’comprends, pour votre Magie. ’L’est un peu comme vous, j’trouve. Logique, puisqu’elle fait partie de vous. Mais la mienne est pas du tout comme ça ! »

Sur la fin, je me suis un peu emballée. Mon ton s’est fait plus puissant, bien que je n’ai pas parlé plus fort : je ne parle jamais fort, sauf pour hurler ma colère. Maintenant, elle va me demander d’expliquer. Je déteste me soumettre à ce genre de questionnement ; alors je dois la devancer et répondre avant.

« J’la sens qui bouillonne, à l’intérieur, dis-je en pointant mon cœur. Tout le temps. Elle sommeille. Et quand je lance un sort, c’est comme si c’était un feu dans lequel on jetait une buche : elle se ravive. Mais j’crois pas qu’elle soit douce, la mienne. Plutôt pleine de rage, par moment. En tous cas, elle est puissante ! Même si elle m’obéit pas. C’est un peu comme un animal sauvage qui serait enfermé quelque part et qui chercherait à sortir. Mais elle est belle, quand même. »

Bien sûr qu’elle est belle, c’est ma Magie. La Magie, c’est toujours beau, contrairement aux Autres. Même si c’est douloureux, même si je n’ai pas toujours envie d’être à Poudlard, ce n’est pas la faute de la Magie : c’est la faute de ce qu’on a fait d’elle.
Oui, ma Magie est une bête féroce enfermée dans mon cœur. Et parfois, elle cherche à en sortir. J’aimerais être capable de la libérer.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 PV  Les nuances de la Magie

Solar est soulagée de ne pas devoir s'étendre davantage sur le sujet. Elle s'étonnait un peu de la réponse de la jeune fille au sujet de sa magie qui au final est comme elle, mais c'est assez logique en fin de compte. Thalia est bien différente, ça ne faisait aucun doutes pour Solar qui écouta sans l'interrompre ses explications. Au moins pour l'harmonie, elles étaient plutôt d'accord.

Les mots de la jeune fille lui rappelèrent ceux du dragon qu'elle avait pu rencontrer. À ce qu'il avait dit, au sujet de sa magie. Cela laissa pensive Solar quelques instants, mais elle revint vite à la réalité pour ne pas rater les dernières paroles de Thalia.

Je n'en doute pas, assura Solar. Pour le moment c'est difficile de la dompter, mais je suis sûre que tu y parviendras avec le temps. Après tout, Poudlard est aussi là pour ça.

La jeune femme lui offrit un sourire et laissa son regard se perdre dans le paysage. Elle avait beau y réfléchir, elle ne comprenait pas vraiment ce qu'avait dit l'Azuré, du moins ce qu'elle avait voulu dire. Sa magie était puissante, peut-être, mais endormie, refoulée ? Solar finira bien par le découvrir, du moins l'espère-t-elle. En repensant aux mots de la jeune fille, elle ajouta :

Cette rage, elle est liée à ce que tu ressens ? Tout va bien ?

La professeure ne savait pas vraiment si son élève souhaitait discuter davantage sur tout ça, si elle allait s'ouvrir à elle. Thalia allait peut-être parfaitement bien. Solar ajouta finalement :

As-tu d'autres interrogations ?

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !

 PV  Les nuances de la Magie

Kwon déclare qu’avec le temps, j’apprendrai à dompter ma Magie. Aussitôt, je réprime une grimace. Un sourire gentil étire toujours mes lèvres, mais j’ai profondément envie de froncer les sourcils. Qu’est-ce qui lui dit que j’ai envie de dompter ma Magie ? Elle est très bien comme ça, enragée et sauvage. *Pas complètement* réplique ma conscience, et je suis obligée de lui donner raison. Être incapable de faire ce que je veux de mon pouvoir est insupportable. Certains des élèves lancent des sorts quand ils le souhaitent, et moi j’ai l’impression que ma Magie est bancale, qu’elle peut fuir et m’abandonner à tout instant. Et pourtant, la dompter ne risquerait-il pas de l’oppresser, de la réduire ? Mieux vaut encore avoir une Magie puissante par moments qu’une Magie banale et peu importante à chaque instant.

Lorsque la professeure se met à regarder au loin, je me demande d’abord pourquoi elle ne me regarde plus. Ne suis-je plus digne d’intérêt ? A-t-elle trouvé étrange ma réponse au sujet de ma Magie ? *M’en fiche*. Si je réussis à obtenir toutes mes réponses, je m’en fiche un petit peu qu’une professeure me trouve étrange. Seulement un petit peu, parce qu’au fond, je préfèrerais qu’elle garde de moi une trace positive. Perdue dans mes pensées, je ne vois pas venir la phrase qui s’abat soudain sur moi.

« Cette rage, elle est liée à ce que tu ressens ? Tout va bien ? » questionne-t-elle.

J’ai déjà remarqué que les Autres sont curieux et qu’ils s’intéressent à tout ce qui ne les regarde pas. Pourtant, cette question là, je ne l’avais pas vu venir. Pas de la part de Kwon ; pas de la part d’une adulte. Et pourtant c’est son rôle, j’imagine, ou ce qu’elle pense être son rôle. S’occuper des gosses et savoir s’ils vont bien. Mais pour moi, sa tâche n’est que de nous apprendre son Savoir, de nous permettre d’intégrer de nouvelles connaissances. Pas de s’intéresser imprudemment à mon intimité. *Tout va bien ?* répète la voix de la professeure-Soleil dans mon crâne. Elle tonne, elle gronde. *Tout va bien ?*. Dans le même instant, elle demande si j’ai d’autres questions. Je verrai après. Pour le moment, il y a juste cette voix qui me demande si ça va.

« Ouais. J’veux dire, ça va, bien sûr. C’est rien d’grave. » tenté-je avec un sourire forcé. Mensonge, mensonge. Tout va bien ? Non, tout ne va pas bien avec Poudlard, tout ne va pas bien avec la Magie, tout ne va pas bien avec Arthus, tout ne va pas bien avec Papa, tout ne va pas bien avec Shaina, tout ne va pas bien avec les Autres, et tout n’ira jamais bien avec mon souvenir de Maman. Mais ça, ça ne regarde pas Kwon. Et j’espère juste qu’elle va avaler l’immense mensonge que je lui sers aujourd’hui.

« Et, euh... Si à Castelobruxo, on respectait la Nature et que vous préfériez ça, pourquoi vous avez voulu v’nir en Grande Bretagne ? La culture sorcière est pas trop différente ? »

Changer un peu de sujet pour lui faire oublier sa précédente question et ma réponse si maladroite. La réponse m’intéresse réellement : tout ce qui a trait à de nouvelles cultures, et donc de nouveaux savoirs, m’intéresse. Alors je souris toujours, en essayant de me concentrer sur ma Recherche de Connaissance, en oubliant que je ne suis pas du tout crédible quand je mens.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

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Solar n'était pas totalement convaincue par la réponse de Thalia. Son sourire ne semblait pas naturel. Mais la jeune femme avait l'impression que la jeune fille ne voulait pas s'étaler davantage sur le sujet. Alors elle hésita à en savoir plus. Est-ce que Thalia voudra réellement lui dire plus en détails ce qui se passe ? La professeure resta pensive quelques instants, mais fini par lui répondre :

Si tu as besoin d'en parler, n'hésite pas. Ça peut faire du bien de se confier.

Au moins ça ne l'engageait en rien à tout déballer à Solar. Mais la jeune femme souhaitait faire comprendre qu'elle pouvait être une oreille attentive, peut-être même l'aider à surmonter certaines choses. Elle n'était pas experte, pas psychologue, mais faisait toujours de son mieux, tout en gardant le secret de ce qu'on lui confiait.
Solar accueillit la question avec le sourire. De base, il lui fallait juste un travail, mais elle était un peu sélective avec ce dernier. Professeur n'était pas son rêve, mais finalement, ce n'était pas si mal. Pour le moment.

Eh bien, si je peux transmettre l'importance de la nature aux prochaines générations au-delà du Brésil, je pense que ça vaut le coup. Je voulais voyager un peu...

Même si Solar aurait volontiers enseigné dans son ancienne école. Hélas, ils ne cherchaient pas pour la Botanique ou les Créatures magiques.

Oui, la culture est différente, la nourriture, certains modes de pensée... Mais ce n'était pas trop dépaysant finalement. Je dois juste maîtriser un peu plus l'anglais, et mon accent.

Elle eu un sourire amusé. Sous le coup de certaines émotions, son accent avait tendance à être plus prononcé, rendant parfois la compréhension un peu plus difficile.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !

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Quand l’adulte parle de se confier, un sourire nerveux remplace mon faux-sourire. Je ne suis pas habituée à ce que l’on me propose de parler et de me confier, et je ne suis pas du tout sûre d’aimer ça. Clignant des yeux, je me mords doucement la lèvre inférieure en attendant qu’elle parle — ses paroles me laissent un peu de temps pour réfléchir, un peu de répit. Mon cœur bat à peine trop vite, stressé, incapable de savoir ce que je suis censée répondre.

L’adulte au sourire solaire termine en affirmant qu’elle doit plus maitriser son accent, et mon sourire nerveux vacille vers un sourire un peu plus sincère. « Pas besoin d’le maitriser votre accent, vous parlez bien anglais et on vous comprend, ça montre d’où vous venez et qui vous êtes. Je trouve ça bien, c’est une part de vous. tenté-je. » Quand je parle français, je garde mon accent anglais, de même quand je m’essaye à prononcer quelques mots en grec antique. C’est une partie de moi. C’est comme le fait de se glisser dans la peau d’un personnage en lisant, sans pour autant oublier que l’on est soi-même.

Finalement, j’essaye d’étirer un peu plus mon sourire, passant outre ma nervosité, et je réponds d’une voix faussement assurée :

« Puis sinon, j’ai pas vraiment besoin d’en parler vous en faites pas, c’est juste... familial. Et personnel. » C’est juste ma grande mère qui est morte cet été, mon père qui se remarie alors que Maman est morte il y a moins de trois ans, ma belle-mère qui est une sale garce, mon petit frère qui me déteste, moi qui n’arrive à rien et qui n’aie aucun ami. Ce n’est rien. « Mais c’est rien d’grave ! » Je tente de la rassurer, il ne manquerait plus qu’elle en parle aux profs affiliés à Poufsouffle, ou aux préfets. La dernière chose dont j’ai besoin est bien que les Autres se mêlent de mes affaires.

Malgré tout, je me détends légèrement, car cette professeure me donne presque confiance. Je ne suis pas sûre d’aimer ça, mais c’est une sensation inédite. Et je continue de sourire.

Navrée de ce retard.

Comme une Poupée Russe abandonnée qui retrouve sa Moitié.

 PV  Les nuances de la Magie

Solar ne pu s'empêcher de sourire lorsque Thalia lui répondit pour son accent. La jeune femme était d'accord, elle voulait surtout éviter une incompréhension. Mais au moins personne n'avait encore critiqué sa manière de parler. C'était bon signe. Elle remarqua le sourire qui s'étirait, manquant encore de sincérité. Solar n'insista pas, mais décida de prévenir ses collègues à Poufsouffle de faire attention à cette élève. Sans aller la voir pour la brusquer, plutôt en surveillant son état pour éviter de réagir trop tard en cas de problème.

Rien de grave, mais juste assez pour la déprimer. Le sourire de Thalia ne partait plus, Solar sentit que cela devenait plus naturel. Elle laissa le silence planer tout en observant les environs. C'était plutôt calme et détendu. La jeune femme ne savait pas comment alimenter la conversation avec cette élève qui ne voulait rien dire.

Tu te plaît à Poudlard ? Tout se passe bien ?

Solar savait que ces questions n'obtiendraient peut-être pas de réponses. Mais elle ne souhaitait pas partir comme ça, sans essayer d'en savoir un peu plus pour l'aider. Elle attendit alors la réaction de son élève, tout en admirant l'Azuré plus loin. Elle pensa aussi à ce qu'elle répondrait si on lui demandait la même chose. La jeune femme n'avait pas à se plaindre. Si ce n'est que Castelobruxo lui manquait un peu et qu'y enseigner aurait été un rêve.

En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j’atteins.
Kwon, pas Know, pensez-y !