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 PV | Les Champions du Grand Nord 

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Aller et retour d'un Spectre, par Arseni Stoyanov

2.



      L’homme, seul, se tenait debout au fin fond du jardin familial. Un bout de terrain soigneusement entretenu ; en attestait la pelouse verdoyante, coupée au millimètre près, et les rangées de fleurs rigoureusement alignées le long des haies. Arseni Stoyanov, la trentaine non atteinte, un bon mètre quatre vingt dix, lui aussi bien entretenu, dominait deux pierres tombales en marbre gris où se lisaient les noms de deux êtres chers à son cœur.

En mémoire de notre sœur tant aimée,
Véra Stoyanov

En mémoire de notre mère tant aimée,
Anika Netchev Stoyanov

      Stoyanov repoussa les mèches qui lui barraient la vue.
      Je sais… ça fait longtemps que je ne suis plus venu vous voir, mère. Je suis désolé. Je fais un piètre fils en ce moment…
      Il détourna les yeux sur l’autre stèle.
      Et toi, petite sœur… me pardonneras-tu un jour de ne pas voir été là au moment où tu en avais le plus besoin ?
      Une bourrasque de vent renversa le pot de coquelicots posé au pied de la stèle et emporta tout silence avec elle. Au loin, une porte claquait.
      Arseni Stoyanov s’accroupit et, tout en replaçant le pot contre la pierre, se remémora les heures que sa sœur passait à les entretenir dans ce même jardin ; à une époque où les heures étaient moins sombres, et que les Stoyanov écoulaient des jours heureux en compagnie de leur mère. Si cette période n’avait duré que très peu de temps à l’échelle de sa vie, Arseni en avait conservé de très bons souvenirs, les derniers passés en famille.
      – Elle croyait bien faire, commenta une voix derrière lui.
      Arseni Stoyanov leva les yeux par-dessus son épaule et rencontra le regard de sa sœur aînée.
      Irina Stoyanov était une belle et grande femme de trente quatre ans, cheveux châtain coupés au carré, yeux verts, le visage ferme d’une personne habituée à ne pas révéler ses sentiments. Irina occupait un poste très important au Département de la Coopération Magique Internationale. D’aucuns disaient que c’était essentiellement du aux vingt bagues de championne de Duel Sorcier accrochées à ses doigts et au carnet de contacts qui en avait résulté. Son frère savait que c’était un peu plus que ça. Irina était une femme de fer du genre à commander et non à suivre. Elle était brillante ; elle l’avait toujours été, et elle avait l’avantage de parler couramment plus d’une dizaine de langues. Le Département serait passé à côté d’une perle s’il ne l’avait pas recruté.
      – Nous croyons tous bien faire, rétorqua Arseni en se redressant.
      – Toi le premier.
      Irina accompagna sa réplique d’un sourire crispé. Elle fouilla dans la poche de sa veste en laine et en sortit un magnifique kiseru ( une pipe traditionnelle japonaise ) qu’elle porta aussitôt à sa bouche.
      – Tu es décidée à agir ? demanda Arseni.
      – Nous sommes les aînés, répondit calmement Irina en bourrant de tabac la tête de sa pipe. Nous sommes les mieux armés pour agir.
      – Sans doute.
      – Tu peux toujours les localiser grâce à Elle ?
      Arseni Stoyanov plongea les mains dans ses poches de pantalon et leva le nez en l’air. Le ciel était gris mais parcouru de grosses masses nuageuses plus sombres. La pluie ne tarderait pas à tomber.
      – Oui, grosso modo, répondit-il, impassible. Mais il me faudra quelques uns de tes meilleurs agents de liaison pour les débusquer. Tu pourras m’arranger ça ?
      Irina mit le feu au tabac avec une allumette, la secoua, puis la jeta dans l’herbe. Elle tira plusieurs bouffées de fumée et les relâcha toutes d’un coup en ouvrant grand la bouche.
      – Ne t’occupe pas de ça, déclara-t-elle, nonchalamment. Arrange-toi seulement pour me faire parvenir leur nombre. Il ne me faudra pas plus d’une semaine pour les trouver.
      Je n’aimerais pas t’avoir pour ennemie, grande soeur… pensa Arseni en prenant une profonde inspiration.
      – Et ensuite ? demanda-t-il en ramenant son regard sur sa sœur.
      Sans un regard pour lui, Irina s’accroupit. Le geste ferme de celle qui n’hésitait jamais, elle caressa l’inscription sur la stèle de leur sœur.
      – Ensuite, nous les détruirons de l’intérieur. Comme cela aurait du être fait depuis longtemps.
      Arseni acquiesça intérieurement. Depuis ses vingt deux ans, il se préparait à mener cette guerre de l’ombre. Il était bien conscient qu’il y avait un risque important qu’il y laisse sa propre vie, mais rien ne pouvait plus l’empêcher d’appliquer la vengeance de son clan. Une vengeance qu’il avait lui-même initiée.
      – Je dois retourner à l’école, annonça-t-il après avoir jeté un coup d’œil à sa montre à gousset ; seul héritage de son père disparu. Fais attention à toi. Je n’aimerais pas l’idée de devoir venir au fond de ce jardin pour te parler.
      Irina étouffa un rire en éloignant la pipe de sa bouche.
      – J’ai trente quatre ans petit frère. Presque six ans sont passés, pourtant chez nous on m’appelle encore la Reine de Glace, et dans le Grand Nord, Cœur-de-Givre. Mes mains sont lourdes de vingt bagues de championne. La personne qui me tuera aussi facilement que tu sembles l’imaginer n’est pas encore née, crois-moi. Et puis, ce n’est pas comme si j’agissais seule. J’ai avec moi le Dragon Écarlate, pas vrai ?
      – Assurément, finit par répondre Arseni, après s’être longuement remémoré le jour où il avait reçu ce sobriquet. Il avait dix neuf ans et venait de remporter son premier titre de champion de Bulgarie de Duel Sorcier.
      Le Dragon Écarlate, le sorcier capable d’engendrer des flammes brûlant avec la même intensité que celles soufflées par les dragons.

*

      Un claquement sourd précéda son apparition soudaine devant les grilles de Poudlard. Stoyanov n’avait d’autre choix que de transplaner en dehors de l’enceinte de l’école ; le privilège de pouvoir le faire à l’intérieur étant exclusivement réservé au directeur de l’école.
      La pluie tombait dru sur Poudlard. Avant même qu’il ait atteint le portail, Stoyanov était trempé de la tête au pied.
      Un coup de baguette magique sur la serrure lui permit d’ouvrir l’imposant portail soutenu par deux piliers sur lesquels séjournaient deux sangliers en bronze. C’était là une très ancienne magie que Stoyanov avait appris au contact du directeur Faust à la signature de son contrat de professeur.
      En remontant le chemin vers le château, il ne croisa pas un chat, pas même l’ombre d’une vie. Arrivé à l’escalier qui menait aux Grandes Portes, il s’arrêta et sans s’intéresser le moins du monde à la pluie battante qui lui dégoulinait sur le visage et le corps, il s’assit sur la première marche pour réfléchir, ne serait-ce qu’un moment, en paix, à ce qui l’attendait.
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Ancien sorcier  

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Des odeurs, du bruit, un ciel magique… Jade, dans la Grande Salle, s’empiffrait de rôti de bœuf, accompagné de fagots d’haricots verts au lard, et d’un écrasé de pommes de terre, en ignorant parfaitement ses collègues. En effet, elle songeait à son après-midi de libre, qui l’attendait enfin. Une minute de réflexion, et son programme pour combler son temps libre était déjà élaboré.
Quelques semaines auparavant, la jeune directrice des verts s’était promenée à Pré-au-Lard pour faire ses achats de Noël. Elle était ensuite tombée par hasard sur une élève à elle, Amy Collins. Bref, cela étant, elle avait fini par boire un thé délicieux accompagné de cookies chez Madame Piedodu.
Cet après-midi donc, elle avait eu l’envie de s’offrir à nouveau le même goûter, et de flâner dans les boutiques.
Repue, c’est ainsi qu’elle quitta la Grande Salle pour se diriger dehors. Le temps était maussade, gris. De gros nuages noirs surplombaient le ciel, prêt à lâcher leurs gouttes.


«  Mince ! »

Jade espérait ne pas se prendre une averse en pleine figure sur le chemin du petit village. Quelques petits kilomètres plus loin, elle était enfin posée sur une chaise recouverte de franfreluches roses chez Madame Piedodu. La jeune femme était parfaitement sèche, et le temps se maintenait quelque peu, en tout cas, pour le moment. Une tasse de thé bouillante lui fut servie, ainsi que de petits biscuits chocolatés.
Après avoir assouvi sa gourmandise sans faille, la professeure s’offrit quelques chocogrenouilles chez Honeydukes, ainsi que des patacitrouilles. Puis, chez Zonko, elle acheta une paire d’oreilles à rallonge, qui lui permettrait de suivre les ragots du château. Qu’il était amusant de les partager avec ses autres commères de collègues, comme Erin ou Calyra !
17h00. L’après-midi était déjà bien avancée. Le temps de retourner au château, il commencerait déjà à faire noir.
Jade prit le chemin du retour. Elle marcha furtivement sous le noir qui commençait à tomber. Seules quelques lueurs se démarquaient de l’obscurité. Le château n’était plus loin ! Mais, une averse tomba. Elle fut trempée en moins de deux minutes. La pluie en Angleterre, ce n’était pas rien.
Soudain, une silhouette se démarqua du reste. A cette distance, Jade ne pouvait deviner son identité.Elle s’approcha doucement, et c’est ainsi qu’elle reconnut Arseni, l’un de ses collègues masculins.


«  Purée ! Ce n’est pas vrai ! »

Jade ressentit une sensation étrange au creux de son ventre. Elle appréhendait cette rencontre. La dernière fois qu’elle l’avait vu, elle avait agi comme une parfaite idiote ! Hélas, elle ne pouvait plus reculer. Le rouge lui monta aux joues, et elle se dirigea doucement vers le jeune homme.C’est avec une voix tremblante qu’elle l’aborda :


«  Bonsoir, hum, pourquoi restez-vous sous la pluie ? Vous euh, vous allez tomber malade… »

Mais quelle sotte ! Lui, un homme plutôt viril, tomber malade en restant sous la pluie quelques secondes ? Mais n’importe quoi ! La jeune femme prit un peu ses distances, honteuse. Un silence troublant s'installa, puis Jade prit enfin le courage de reprendre la parole.


« Mais au fait, après les Wizards Awards, nous ne devions pas nous revoir pour fêter nos trophées respectifs ? »

La jeune femme esquissa un petit sourire en coin, contente de son initiative, mais néanmoins gênée face à lui… Ses longs cheveux noirs de jais retombaient en une cascade brillante, ce qui lui allait très bien. Elle se dandina timidement, et continuait de dévisager son interlocuteur.

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      La pluie s’intensifia. En parallèle, les yeux brun orange d’Arseni s’assombrirent. L’eau perlait sur sa chemise de lin noir depuis chaque pointe de ses cheveux, quand la pluie ne la frappait pas directement. Trempé jusqu’à l’os, Arseni ne bougeait pourtant pas d’un cil. La tête légèrement enfoncée dans ses épaules, il guettait le sol sans toutefois le percevoir.
      Ses pensées étaient éparpillées aux quatre vents, divisées entre ce qui l’attendait et ce qui lui restait. Inévitablement, il revoyait le jour où sa sœur Viktoria lui avait annoncé la mort de leur sœur cadette dans un flot de larmes incontrôlé. Ce souvenir lui fit serrer les dents. Il se figura ensuite les visages de chacune de ses sœurs encore en vie. Ana, la plus jeune et la plus réservée, celle qui lui ressemblait le plus de visage et d’esprit. Viktoria, la plus douce et la plus belle, avec son opulente chevelure auburn et ses grands yeux vert. Enfin, Irina, la plus vieille et la plus charismatique, avec ses grands airs et son regard de faucon. Voilà tout ce qu’il restait de sa famille, et tout ce qu’il redoutait de perdre.
      Prisonnier de ses songes, il ne vit arriver son homologue, préposée à l’Histoire de la Magie. Se fut son ton vibrant qui lui fit se rendre compte de sa présence.
      « Bonsoir, hum, pourquoi restez-vous sous la pluie ? Vous euh, vous allez tomber malade… »
      Arseni releva la tête, ses boucles d’oreille tintant sinistrement au creux de l’averse. Conservant le silence qu‘il affectionnait tant, il observa Jade Wellington comme s’il la voyait pour la première fois. Il se souvenait fort bien de leur première rencontre sur le tapis rouge des Wizards Awards, mais le cadre était à ce jour différent, moins glamour sans doute. D’ailleurs, Jade paressait différente avec ses longs cheveux de jais plaqués contre sa peau par la pluie.
      « Mais au fait, poursuivit-elle précipitamment en s’armant d’un sourire, après les Wizards Awards, nous ne devions pas nous revoir pour fêter nos trophées respectifs ? »
      A son tour, Arseni sourit en détournant les yeux. Il avait presque oublié cette invitation au milieu du chaos ambiant dont s’était nourri les derniers mois de sa vie. Il se surprit même à souhaiter revenir dans le passé, pour revivre la tranquillité de la cérémonie au cours de laquelle il avait remporté deux prix. Son regard fuit vers les eaux sombres du lac, tandis que s’entrelaçaient ses mains au bruit des six anneaux et des neufs chevalières lovées autour de ses doigts.
      « J’ai du enterrrer ma sœurr, finit-il par déclarer. J’y ai perrdu la pluparrt de mes prroumesses… »
      Son propre aveu lui noua l’estomac, bien qu’il s’efforça de conserver un visage parfaitement neutre. Se répéter que Véra ne foulerait plus jamais de ses pieds la terre de ce monde était comme un coup de poignard en pleine poitrine.
      Un poignard particulièrement bien affûté…
      Ne se donnant pas la peine de repousser les mèches qui lui collaient à la vue, Arseni bascula légèrement en arrière, les mains en appuis sur l’arête de la marche. Le menton pointé vers le ciel, il en observa les teintes tantôt métalliques, tantôt charbonneuses, en se demandant s’il retrouverait jamais une vie normale. Une vie où il n’aurait plus besoin de surveiller ses arrières, où il n’aurait à prendre aucune précaution pour assurer sa propre sécurité et celle des siens, où il ne serait un danger pour personne, même pas pour ses collègues de travail.
      Lentement, son regard retomba dans celui de Jade. Une Jade qui devait avoir bien du mal à jongler avec ses silences, surtout après ce qu’il lui avait révélé.
      « Je manque de poulitesse, parrdounnez-moi, concéda-t-il en retrouvant son sourire de façade. Avez-vos des frrèrres et des sœurrs mademoiselle Wellington ? »
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Ancien sorcier  

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Arseni, installé sur les marches du château, la fixa, dès la sortie de ses premiers mots. Il semblait la dévisager, comme s’il ne l’avait encore jamais vu. Chose étrange, puisque elle se souvenait encore lorsqu’il l’avait « sauvée » des photographes, et lorsqu’il avait plaisanté avec elle.
Était-ce son maquillage qui dégoulinait sous la pluie ? Ses cheveux se montraient-ils indisciplinés ? Jade n’en saurait rien. Elle n’oserait pas lui demandait ce qu’il avait à la regarder comme cela.
La jeune femme, qui n’avait pas pu se retenir de lui rappeler l’invitation qu’il lui avait faite durant leur dernière rencontre aux Wizards Awards eu un choc, lorsqu’il lui répondit.


« J’ai du enterrrer ma soeurr J’y ai perrdu la pluparrt de mes prroumesses… »


Le professeur de Métamorphoses semblait ne rien ressentir. Peut-être était-ce son tempérament de ne pas montrer ses sentiments. Jade trouvait que cet homme, en ce moment même, en face d’elle, bien que poli et dévoué dans son travail, se montrait, comment dire… inaccessible et très troublant. Son visage affichait toujours la même expression, et Jade croyait même qu’elle n’avait jamais entendu un acte de colère ou même d’humour venant de sa part. La directrice des verts était en fait parfaitement troublée par cet homme, et rien ne semblait l’impressionner.
Aussi soudainement qu’Arseni l’avait fixé lorsqu’elle l’avait abordé, il détourna rapidement le regard vers le ciel agité. Jade se sentait vraiment mal à l’aise. Elle, la sotte qui n’avait été au courant de rien, et qui n’avait fait que de lui rappeler un stupide rendez-vous sous-entendu lors de la cérémonie glamour d’il y a quelques mois, n’arrivait pas à ouvrir la bouche. Elle ne savait jamais comment s’y prendre pour consoler les gens. D’ailleurs, elle n’aimait pas ça. Pour elle, seul le temps pouvait panser quelque peu les blessures.
Des secondes gênantes et silencieuses défilaient. Le rouge empourpra ses joues laiteuses. Et à part regarder attentivement le jeune homme devant elle, elle ne savait absolument pas que faire. En fait, elle devait probablement gêner, ou bien était-elle en train de se couvrir de ridicule.
A sa grande stupéfaction, Arseni l’Impressionnant relança la conversation.


« Je manque de poulitesse, parrdounnez-moi. Avez-vos des frrèrres et des sœurrs mademoiselle Wellington ? »

Avant de lui répondre, Jade s’empressa de s’assoir à ses côtés. Parler de sa sœur ? C’était quelque peu douloureux, mais ça ne le sera jamais autant que son collègue.

« Je, je euh… Oui, j’ai une sœur nommée Ivy. On ne se voit plus depuis qu’elle est mariée. Je suis de nature patiente, sociable, et on ne peut plus gentille je crois, mais là, ça relève des soucis stupides de famille. Je ne peux pas voir mon « beau-frère » en peinture. Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter à ce propos. »

A chaque fois qu’elle avait eu l’occasion de parler à son voisin, elle bafouillait tout le temps, ce qui était tout de même relativement humiliant.

«  Non, en fait, pour tout avouer, c’est un parfait crétin. »

Sa gorge se serra brusquement. Cela se produisait toujours lorsqu’on la questionnait sur sa sœur, la seule qu’elle avait.

«  Mmmmhh, j’espère ne pas me montrer indiscrète, mais que s’est-il passé ? Je crois qu’il n’y a rien de pire que de « perdre » un proche ».


Jade étouffa un sanglot, et se détourna sur le côté. Oui, seul le temps pouvait guérir les blessures, et là, ça faisait tout de même un peu plus d’une année. Mais elle avait toujours espoir qu’elles se retrouveraient un jour.Elles ne partageaient maintenant qu’une relation épistolaire, ce qui se montre incomparable à la belle époque.
La professeure d’Histoire de la Magie se calma silencieusement. Elle dévisagea ensuite le « Bulgare » ( ou le Roumain si on en écoutait les élèves).

«  Je suis navrée de vous parler de cela. Une querelle, c’est bien moins grave que de perdre quelqu’un. »

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.............Planté comme il l'était sous l'averse, Arseni ressentait les morsures de plus en plus vivaces de l'humidité sur son corps. Ses pensées s’embrumaient mais ne perdaient jamais de vue ses tourments. Au fond de lui, Arseni ressentait toute l'angoisse déferler. Balotté, maltraité, son estomac encaissait tant bien que mal ce déchainement de force tandis que les premières nausées faisaient surface. Comme à sa plus grande habitude, Arseni réussissait à sceller le tout pour que rien ne puisse paraître sur son visage. L'effort demandé était colossal, mais c'était le juste prix à payer pour être ce qu'il était. Il n'était pas prêt de changer.

.............La révélation du professeur Wellington dénoua toutefois le nœud autour de ses entrailles. Soulagé et surtout amusé, Arseni tourna un regard pétillant dans sa direction. S'il ne pouvait réellement se figurer l'aversion qu'elle pouvait ressentir à l'égard de son beau-frère ( ses soeurs ne s'étant jamais mariées, il n'en avait jamais connu ) l'image d'une Jade Wellington prisonnière d'une colère noire le fit sourire. De tous les professeurs de Poudlard, Jade Wellington était bien la personne qu'il avait le plus de mal à voir concrètement s'énerver. Essayer de l'imaginer dans ce rôle prêtait donc tout naturellement aux plus grandes extravagances.

.............La légèreté de l'instant permit à Arseni de faire le vide. Silencieux, il écouta attentivement chaque mot, chaque phrase qui lui était adressée, tandis que son regard dévalait les pentes verdâtres pour se perdre dans le mur de pluie permanent qui semblait cerner le château.

.............Les sursauts dans la voix de sa collègue ne le surprirent pas. Pas plus qu'il n'essaya de les déchiffrer. En réalité, il comprenait naturellement le lien presque existentiel qui pouvait parfois exister entre des frères et des soeurs. Il comprenait parfaitement bien ce qu'on ressentait lorsque ce lien si précieux menaçait de se briser... on éprouvait de la peur. Celle de se perdre aussi.

.............Sentant le regard de son homologue peser sur ses épaules avec insistance, Arseni tourna la tête et l'affronta.

............. Elle a été assassinée, dit-il.

.............Silence. Un long silence durant lequel la pluie sembla s'abattre avec d'avantage de force, ou en tout cas au point d'en faire plus de bruit. La voix d'Arseni n'avait trahis la moindre émotion, comme si annoncer une telle chose ne lui arrachait aucun sentiment. C'était naturellement faux. Ses entrailles bouillonnaient, tout comme le sang qui circulait dans ses veines.

............. Pensez-vous que je devrrais la venger ? Est-ce que c'est une chose que vous ferriez pourr votrre soeurr ?

.............En lui demandant cela, son regard s'éloigna de nouveau, au demeurant aussi insensible qu'il ne le paressait lui-même. Il ne savait pas vraiment pour quelle raison il se permettait de parler si franchement à sa collègue, mais il avait comme l'impression qu'elle ne pouvait lui nuire de quelques façons que ce soit. Peut-être ressentait-il, aussi, le besoin inconscient de morceler le mystère qui régnait sur sa vie pour mieux l'éprouver à nouveau. Même si cela signifiait, plus tard, de souffrir à nouveau.
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Ancien sorcier  

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Jade fixait toujours Arseni. Ce dernier daigna enfin la fixer, pour lui répondre d’une voix monocorde.

« Elle a été assassinée »


La jeune femme le regarda soudain avec stupeur, ne sachant que répondre à cette révélation. Oui, la sœur d’Arseni a été assassinée. Ce fut un choc d'apprendre ça pour Jade. Arseni n'avait rien laissé paraitre. C’était une mort si soudaine, et parfaitement horrible pour la famille de celui-ci.
Un long silence régna entre les deux personnes. La jolie brune ne savait que dire, et puis, elle était mal placée pour essayer de le rassurer. Déjà, premièrement, elle détestait cela, car elle ne savait jamais comment s’y prendre, et deuxièmement, elle n’avait jamais connu la perte d’un proche, causée par un assassinat. Du moins, pour l’instant.
Son mystérieux collègue entrouvrit les lèvres, et de la même voix posée, cita une étrange réplique.


« Pensez-vous que je devrrais la venger ? Est-ce que c'est une chose que vous ferriez pourr votrre soeurr ? »

Jade en perdit ses moyens. Que dire à cela ? Jade n’était pas de nature à faire du mal aux autres. Mais qui sait ce qu’elle ferrait si sa chère Ivy serait tuée ? Elle n’avait pas d’avis sur la question, et préférait ne pas penser à une telle chose. Étonnement, elle s’entendit répondre…


«  Tout dépend des circonstances. Elle a été assassinée par un inconnu, ou vous connaissez le coupable ? Je suis sincèrement désolée de ce qui est arrivé à votre sœur. Vous voulez savoir si je serai capable de tuer pour venger ma propre sœur ? Je n’en sais rien, et je ne peux m’imaginer une telle chose. Après, si je connais le coupable, il est clair que je me donnerai tous les moyens pour lui pourrir l’existence. Tout d’abord par le biais de la justice, et si ça échoue, peut-être de mes propres mains. D’autant plus si je sais que ma sœur n’était qu’une parfaite innocente. »

Jade ne savait pas pourquoi elle avait fait cet aveu, qui plus est, récité avec une voix emplie d’amertume. Décidemment, elle n’allait pas très bien en ce moment. On était loin de l’image angélique de «la gentille Mlle Wellington ».Peu importe. Son seul souhait était de connaitre davantage le jeune homme à ses côtés.


«  En fait, j’aimerai apprendre à vous connaitre Mr Stoyanov. Vous m’intriguez beaucoup. Enfin, vous devez très bien vous douter que je ne suis pas la seule dans ce cas-là. Nous entendons toujours dans les couloirs des ragots sur vous, sur votre mystérieux comportement, mais moi, je préfère croire ce que je vois et ce que j’entends de la propre bouche des personnes concernées. Vous cachez des secrets, je le sens. »


La conversation prenait un drôle de tournant. Pourquoi lui avait-elle sorti de tels mots, alors qu’il lui parlait déjà du fléau qui s’était abattu sur sa famille, tout du moins sur sa sœur ? Sûrement l’impatience et la curiosité, qui étaient ses défauts. Tant pis pour elle, son interlocuteur allait se refermer comme une huitre, et elle n’apprendrait rien de plus que ce qu’il lui avait avoué ces dernières minutes.

«  Je euh, je ne voulais pas vous dire ça comme ça, tout du moins, pas dans ces circonstances. Vous m’en voyez navrée, j’ai encore parlé trop vite. »

Jade s’apprêta à se lever, pour disparaître de sa vue le plus rapidement possible.

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De la fratrie Stoyanov, Arseni fut en tous temps le plus prompt à l'hésitation, au trouble, et au ressentiment ; en même temps qu'il était le plus sujet à l'espérance, à la mélancolie, et au respect. Son esprit était aussi vif et lumineux qu'une flamme et de la même façon, pouvait s'éteindre dans un ruban de fumée ou s'embraser dans une pluie d'étincelles. Ceci expliquait pourquoi, aujourd'hui encore, personne n'était en mesure de prévoir ses réactions.

Assit au côté de Jade, Arseni écoutait attentivement sa réponse en dénouant un à un les fils de son discours. Il ne manifesta aucune réaction au terme de celui-ci ; non pas qu'il rechignait à parler, Arseni préférait laisser l'usure du temps faire son office, et comme toujours dans ces cas là, entendre la langue de son interlocutrice se délier pour finalement ajouter une ou deux données supplémentaires à l'équation.

Sans surprise, Jade s'exprima avec ce que son coeur pouvait compter de doutes, d'interrogations, mais surtout de limites. En réponse, le visage d'Arseni s'illumina d'un sourire franc. Un sourire qui en disait long sur ce qu'il pensait à cet instant précis. A savoir que Jade était une femme courageuse mais loin d'être téméraire. Il en tenait pour preuve l'agitation qui animait la jeune femme et la manière peu conventionnelle qu'elle avait d'avancer de deux pas dans la conversation pour soudainement en reculer de trois.


« Je ne connais perrsonne qui n'aie pas un secrret à cacher mademoiselle Wellington. Au final, la seule chose qui nos différrencie à ce sujet, c'est le nombrre de secrrets que nos avons à cacher. Peut-êtrre qu'à ce jeu là je suis plus forrt que beaucoup d'autrres, tout simplement. » répondit-il avec le plus grand calme.

L'eau ruisselait du sommet de son crâne jusqu'aux extrémités de ses orteils sans laisser la moindre parcelle de peau sèche. Trempé à n'en plus pouvoir, Arseni ramena quelques mèches de cheveux derrière son oreille et se leva.


« Je ne sais pas qui a tué ma soeurr. Je sais seulement qu'elle ne mérritait pas d'êtrre emmenée si jeune... elle était indomptable et si accessible à la fois. C'était une fille bien. Comme vos. »

Arseni tourna les talons et monta une marche, décidé à partir. Quelque chose le retint toutefois. Une forme de gratitude pour celle qui avait pris le temps de l'écouter parler sans le connaître.

« Vos n'avez le drroit qu'à une seule question. Posez-moi n'imporrte quelle question. J'y rrépondrrai honnêtement. », lui proposa-t-il en la guettant du coin de l'oeil.
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Ancien sorcier  

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Jade, qui n’attendait pas vraiment de réponse de la part de son collègue, fut quelque peu surprise, lorsqu’elle vit un sourire franc étirer les lèvres de celui-ci suite à son discours.
Se moquait-il d’elle ? Difficile de savoir ce qu’Arseni pouvait bien penser.


« Je ne connais perrsonne qui n'aie pas un secrret à cacher mademoiselle Wellington. Au final, la seule chose qui nos différrencie à ce sujet, c'est le nombrre de secrrets que nos avons à cacher. Peut-êtrre qu'à ce jeu là je suis plus forrt que beaucoup d'autrres, tout simplement. »

Que pouvait bien répondre la jeune femme à cela ? Oui, tous les individus devaient probablement avoir des secrets enfouis au plus profond d’eux. Des secrets bien gardés. Mais dans ce cas, Arseni était fort, très fort dans le domaine de la dissimulation. Par conséquent, il venait ici même, d’admettre qu’il avait des secrets, surement plus qu’elle d’ailleurs…
Ne sachant que dire, Jade regarda son voisin, trempé par la pluie dense. Il se leva. Leur conversation était proche de la fin donc, à cause de ce déluge. Ou alors, peut-être était-elle ennuyeuse avec ses questions. Elle ne savait pas.


« Je ne sais pas qui a tué ma soeurr. Je sais seulement qu'elle ne mérritait pas d'êtrre emmenée si jeune... elle était indomptable et si accessible à la fois. C'était une fille bien. Comme vos. »

Une fille bien, comme elle ? Pourquoi ce compliment, alors qu’elle n’était qu’une inconnue ? Cela ne suscita qu’une gêne, chez le professeur d’Histoire de la Magie. Sa peau laiteuse devint subitement couleur tomate bien mûre.
Toujours muette, elle constata que son collègue commençait à partir. Ainsi, elle ne saurait pas grand-chose de plus sur lui, ni si elle allait le recroiser bientôt pour apprendre à le connaitre encore davantage. Dommage. Regardant droit devant elle, elle tenta d’oublier toutes ses questions qui lui brulaient la langue. Trempée jusqu’aux os, elle ne voulait tout de même pas rentrer au chaud, au château. Oui, rester seule un moment lui convenait, après cette conversation étrange. Partie dans ses pensées, elle ne savait que dire de ses rencontres avec Arseni. C’était à la fois terriblement étrange, mais aussi tellement surprenant et agréable. Cela ne la laissait sans doute pas indifférente, en fait.
De nouveaux mots surgissent dans son dos, coupant net ses rêveries.


« Vos n'avez le drroit qu'à une seule question. Posez-moi n'imporrte quelle question. J'y rrépondrrai honnêtement. »

Une seule question ? Mince, elle qui en avait tant en stock. Bref, elle se leva puis se retrouva face à lui, son visage rayonnait, comme une enfant face à son cadeau.

« Quelle est votre histoire ? Toute votre histoire ? »

La question était suffisamment vague. Peut-être que cela lui permettrait d’apprendre pas mal d’informations. Cela étant, elle avait subitement changé d’humeur. Ses yeux brillaient d’impatience, elle esquissa un sourire malicieux, mais néanmoins, elle s’efforçait d’attendre sagement une réponse.
Maintenant, il n’y avait plus qu’à espérer qu’elle soit riche de renseignements. Quoi que, Jade s’attendait à tout. Le jeune homme était tellement imprévisible, qu’elle ne savait jamais où tout cela la menait.

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Les gouttes d’eau teintaient gaiement contre la pierre, coulaient le long des marches, puis formaient une marre que la terre avait rendu auburn au bas de l’escalier.

Immobile, Arseni écoutait.

Ce qui n’était qu’une averse grondante en apparence, vibrait comme une symphonie à ses oreilles. Chaque goutte d’eau possédait une note bien à elle. La pierre était le virtuose qui les faisait se métamorphoser en une composition unique, apaisante.

La voix du professeur Wellington accompagna un temps la pluie puis se mura une nouvelle fois dans le silence. Arseni se laissa aller à un sourire plus prononcé. Une question avait-il dit ; elle lui en posait deux.

Elle souhaitait connaître son histoire. Lui doutait de pouvoir tout raconter. Son univers était un labyrinthe tortueux, sa vie une interminable mésaventure. Lui demander son histoire équivalait à dissiper une partie du nuage qui l’entourait ; l’atteindre au plus près.

Mais une parole était une parole. Pour les bulgares plus que pour quiconque.

Alors très délicatement, sa bouche s’entrouvrit. De sa voix sûre mais emprunte d’un soupçon de douceur, il raconta :


« Mon nom est Arrseni Aleksandarr Rradoslav Stoyanov. Je suis né dans la ville de Banitsa, il y a vingt sept ans. Nous étions six enfants, quatrre filles et deux garrçons. Je viens juste derrrièrre les deux aînés de la famille. Ma sœurr Irina et mon frrèrre Stanislav. »

L’éclat de sa voix s’atténua tandis qu’une lueur traversait la couleur noisette de ses iris.

« Nous avons tous étudié à Durrmstrrang. J’ai pourr ma parrt suivi la voie du duel. Ce que vos autrres appelés currsus. Ma scolarrité a été exemplairre, si bien qu’à peine terrminée, l’institut m’a prroposé de devenirr prrofesseurr d’arrt du Duel. J’ai accepté et je crrois avoirr bien fait le trravail qui m’était demandé. Mais loin de moi, la Bulgarrie s’enfonçait dans un grrave conflit, identique à celui que ce pays et cette école ont connu. Le nombrre de meurrtrres commis était seulement dix fois plus élevés qu’ici… »

Son sourire s’effaça. Quelque chose en lui se noua. La suite lui en coûterait.

« Ma famille était en danger. J’ai du quitter Durrmstrrang pourr rrentrrer dans mon pays… ou ce qu’il en rrestait. Tout y était dévasté. Rruiné. Heurreusement, moi et ma soeurr aînée avons rréussi à fairre sorrtirr ma famille du pays. Elle s’est ensuite rréfugiée en Angleterrre… »

Un filet de cheveux glissa de son oreille pour s’étaler sur sa joue. Captif de ses propres souvenirs, Arseni ne le sentit même pas.

Lentement, il inspira. Lentement, il expira.


« Nos dirrigeants étaient corrrompus. Tous, sans exception… ma soeurr aînée, mon frrèrre, et moi étions connus dans notrre pays. Nous avons eu du mal à nous enfuirre. Nous avons été trraqué… et mon frrèrre est tombé. »

L’averse cessa. Une éclaircie fendit le manteau nuageux à l’est. Arseni déglutit.

« Je suis un étrranger mademoiselle Wellington, ici comme parrtout ailleurrs… et comme toutes les bonnes mèrres, la vôtrre a du vos l’apprrendrre. Il ne faut pas parrler aux étrrangers… »

Il inclina la tête, comme pour saluer le professeur Wellington avec un couvre-chef qu’il ne possédait pas, et se mit en marche.

Silencieux, le parc regarda l’ombre du sous-directeur disparaître entre les grandes portes. Au même moment, un vol d’hiboux s’élançait depuis la volière, un frémissement remontait de la Forêt Interdite, et plusieurs bulles gigantesques venaient mourir à la surface du lac. Le monde était revenu à la normalité.



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Ancien sorcier  

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Jade, avide de connaitre l’histoire d’Arseni, ne pouvait s’empêcher de scruter intensément le visage de ce dernier.

« Mon nom est Arrseni Aleksandarr Rradoslav Stoyanov. Je suis né dans la ville de Banitsa, il y a vingt-sept ans. Nous étions six enfants, quatrre filles et deux garrçons. Je viens juste derrrièrre les deux aînés de la famille. Ma sœurr Irina et mon frrèrre Stanislav. Nous avons tous étudié à Durrmstrrang. J’ai pourr ma parrt suivi la voie du duel. Ce que vos autrres appelés currsus. Ma scolarrité a été exemplairre, si bien qu’à peine terrminée, l’institut m’a prroposé de devenirr prrofesseurr d’arrt du Duel. J’ai accepté et je crrois avoirr bien fait le trravail qui m’était demandé. Mais loin de moi, la Bulgarrie s’enfonçait dans un grrave conflit, identique à celui que ce pays et cette école ont connu. Le nombrre de meurrtrres commis était seulement dix fois plus élevés qu’ici… »

Jusqu’ici, le jeune bulgare avait parlé posément, racontant le début de son histoire. Mais sans prendre garde, la suite de son récit fut plus tardive à arriver. Il déglutissait, et respirait plutôt bruyamment. On pouvait clairement percevoir qu’il lui coûtait d’étaler ses souvenirs comme ceci.


« Nos dirrigeants étaient corrrompus. Tous, sans exception… ma soeurr aînée, mon frrèrre, et moi étions connus dans notrre pays. Nous avons eu du mal à nous enfuirre. Nous avons été trraqué… et mon frrèrre est tombé. »

Jade fut soudainement gênée. Elle s’était plainte de son crétin de beau-frère, tandis que son interlocuteur avait eu une existence très triste. Bien qu’elle ait des raisons de se méfier de Kyle, ses soucis faisaient bien pâle figure à côté de ceux qu’elle venait d’entendre.


« Je suis un étrranger mademoiselle Wellington, ici comme parrtout ailleurrs… et comme toutes les bonnes mèrres, la vôtrre a du vos l’apprrendrre. Il ne faut pas parrler aux étrrangers… »


Sur cette dernière tirade, Arseni Stoyanov tourna les talons et rentra au Château. Il ne faut pas parler aux étrangers ? Jade doit-elle comprendre qu’elle n’aurait pas dû engager la conversation avec lui ? Ou alors, le fait d’avoir avoué qu’il se sentait comme un étranger, peu importe où il allait, ne cachait-il pas qu’il se sentait bien seul dans ses malheurs ?Ce serait un sujet à aborder lors d’une prochaine entrevue. Pourquoi pas.

«  Au revoir », murmura Jade du bout des lèvres, n’ayant même pas eu le temps de lui souhaiter une bonne soirée.

Décidemment, elle craignait de ne pouvoir le comprendre, lui qui était si mystérieux et qui semblait avoir de nombreux secrets. Il avait commencé à évoquer son histoire, certes, mais elle était loin de tout savoir, et était persuadée qu’il ne lui avait pas dévoilé les périodes les plus noires de sa vie.
La Serpentarde mourrait d’envie de percer la carapace de cet homme depuis un moment déjà. Mais le fait qu’il soit parti si subitement en prononçant une phrase si triste avait attisé sa curiosité extrême. Elle avait donc hâte de discuter de nouveau avec lui.
Ceci étant, « Miss W. », petit surnom venant de la bouche de ses élèves adorés, rentra à son tour dans le Hall, pour rejoindre ses appartements.