Cité de Londres

Inscription
Connexion

La course aux hostilités

Livre 1

JUILLET 2029
à Londres


Chapitre 1 : 1. La course

La piste d'athlétisme était visiblement récente ; la brique pilée rouge ocre n'était pas encore abîmée par les pas des sportifs. Quant au gazon qu'entourait la piste, il semblait avoir été tondu très récemment. De grandes tribunes permettaient à d'éventuels spectateurs d'avoir une vue sur les quatre-cent mètres que les coureurs sillonnaient. Pour l'instant, une dizaine d'adolescents s'entraînaient sur cette piste, sous l'œil attentif d'une entraîneuse qui devait avoir environ quarante ans.

Eleanor Hill était coach de course à pied depuis six ans. Elle avait eu une carrière de professeur de sport dans une petite école bourgeoise, mais elle s'en était rapidement lassée. Entraîner des élèves qui, pour la plupart, n'étaient pas motivés, c'était particulièrement décourageant. Eleanor avait besoin de seconder des personnes passionnées, qui avaient le goût du sport et qui voulaient toujours dépasser leurs limites ! C'était pourquoi elle avait démissionné et était devenue l'entraîneuse d'un groupe de jeunes talents qui venaient en stage de sport de leur propre gré. Certains pratiquaient la course à pied depuis de longues années et connaissaient déjà les techniques à apprivoiser ; la respiration, le rythme régulier, et tous ces trucs qui servent à ne pas se fatiguer inutilement. D'autres étaient novices et avaient besoin d'apprendre à contrôler leur corps.

Parmi ces débutants, il y avait ceux qui s'intéressaient aux « bons plans » et qui acquéraient les techniques de leurs aînés. D'autres avaient le souffle coupé et la respiration haletante après un kilomètre. Il y avait cependant une exception ; une jeune fille qui ne s'obligeait pas à inspirer un grand coup puis à expirer deux petits coups, qui ne démarrait pas sa course en faisant exprès de « trottiner pour ne pas s'épuiser », qui ne tendait pas les bras en l'air pour éviter les points de côté, qui se fichait éperdument des conseils d'Eleanor Hill, en somme. Pourtant, elle se débrouillait étonnament bien et n'abandonnait jamais ses courses avant la fin. Elle s'entraînait plus souvent que tous ses camarades. Cette jeune fille avait quinze ans, un air sérieux plaqué au visage, des cheveux bleus électrique, des jambes finement musclées. Elle s'appelait Octavia Peters.

Indifférente au sifflet du coach Hill qui annonçait la fin de l'exercice, Octavia continuait de courir en se délectant du son de ses baskets qui crissaient sur le sol. Son groupe, qui était déjà parti aux douches, savait que la jeune Peters se pliait rarement aux ordres d'Eleanor. L'entraîneuse devait insister pour que Octavia l'écoute, ce qui avait le don de les agacer toutes les deux. Auparavant, Madame Hill faisait pleuvoir les reproches sur la jeune adolescente aux cheveux bleus, mais elle avait cessé de s'égosiller en constatant que ça n'atteignait pas Octavia. Elle lui avait plusieurs fois dit qu'elle allait stopper net son stage et qu'elle allait la renvoyer chez elle, mais elle n'avait jamais mis ses menaces à exécution, parce qu'elle savait pertinemment que la jeune Peters avait besoin de se défouler.

Singulièrement agacée, Eleanor en revint à son ancienne méthode pour obliger la coureuse à s'arrêter ;

« PETERS ! VIENS ICI IMMÉDIATEMENT OU TU VAS LE REGRETTER ! »

L'adolescente fut contrainte de rejoindre la coach au pied des tribunes. Les joues rouges, elle essuya la sueur qui perlait de son front d'un revers de la main. Elle se planta devant son entraîneuse et attendit que celle-ci la réprimande pour son comportement. Les critiques ne vinrent cependant pas et Octavia coupa court au silence ;

« Bon ? Je vais rester ici toute ma vie ou je peux aller me laver ? »

Eleanor Hill était une femme qui ne supportait pas l'arrogance, mais qui y avait souvent été confrontée, lors de son parcours professionnel. Elle avait appris à y faire face et à rester calme et compréhensive à l'égard des jeunes qui se défendaient par la parole. Octavia était une de ces adolescentes qui se braquaient et devenaient facilement insolentes.

« Qu'est-ce que je dois faire pour que tu m'écoutes ? , questionna la coach sans perdre patience. »

Octavia fronça les sourcils et répondit du tac au tac.

« Être polie. »

Eleanor retint un soupir et s'adossa à la barrière qui séparait la piste d'athlétisme et les tribunes. Octavia la déconcertait ; comment devait-elle s'y prendre pour que cette jeune fille baisse la garde ?

« Ne me prends pas pour une idiote, Octavia. J'ai essayé la méthode douce et ça n'a pas fonctionné. »

L'adolescente ne répondit pas, ne voyant rien à répliquer. Cette conversation, qu'elle commençait à trouver trop intime, la mettait mal à l'aise. Elle aurait voulu pouvoir s'échapper et ne pas devoir supporter les questions infernales de son entraîneuse.

« Pourquoi ça te gêne tant, d'obéir aux ordres ? reprit-elle. Il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu sais que tu peux me parler, si tu as des problèmes. »

Le regard fuyant, Octavia répondit d'un ton cinglant :

« Pas la peine d'en faire un flan. J'ai rien de spécial à vous dire. Silence, puis : Je peux aller me doucher ? »

Cette fois, Eleanor soupira pour de bon.

« Puisque je n'obtiendrai apparemment rien de ta part, oui, se résigna-t-elle. N'oublie pas que je suis à ta disposition si tu as besoin de te confier. »

Soulagée, la jeune Peters quitta les lieux en laissant son entraîneuse seule.
Dernière modification par Octavia Peters le 30 juin 2017, 16 h 20, modifié 5 fois.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

La course aux hostilités

NOVEMBRE 2029
à Poudlard


Chapitre 1 : 2. Elle

Trois mois. Cela faisait trois mois que la jeune Octavia Peters était rentrée à Poudlard pour entamer sa cinquième année. Elle saturait. Tout, dans cette école, l'agaçait ; les tableaux qui bavassaient sans cesse, les élèves qui étaient tous enchantés d'être ici, les hiboux qui apportaient le courrier avec des hululements perçants, la nourriture trop savoureuse pour être nette, les cours définitivement barbants, et j'en passe. Elle voulait rentrer chez elle pour pouvoir, enfin, profiter d'un peu de tranquillité et de solitude. Mais non, c'était trop demander ; il fallait qu'elle reste coincée dans cette école pendant des mois, à devoir supporter le rythme « dormir – cours – devoirs – dormir » qu'elle haïssait viscéralement. Son seul échappatoire était le bienheureux Parc, dans lequel Octavia passait la majorité de son temps libre. C'était bête, mais elle adorait courir dans cette étendue de verdure ; faire du sport l'apaisait tant qu'elle en oubliait sa mauvaise humeur massacrante. Certains élèves (assurément des Serdaigle, ces gens-là étaient insupportables) la regardaient d'un air moqueur, mais la plupart des étudiants se fichaient complètement que la Cinquième Année passe son temps libre à courir. Tant mieux.

Les cours étaient un supplice. Octavia avait l'impression qu'elle aurait du mourir d'ennui une quinzaine de fois. Elle n'arrivait pas à trouver un quelconque intérêt aux baratins répétitifs de ses professeurs. Les seuls cours qu'elle ne rechignait pas à suivre, c'était ceux de Sortilèges ; le fait de pouvoir utiliser la magie pour se simplifier le quotidien lui plaisait particulièrement. Cependant, l'intérêt qu'elle pouvait manifester s'arrêtait à cette matière. En ce jour de fin Novembre 2029, la jeune adolescente aux cheveux bleus aurait tout donné pour pouvoir s'enfuir de la classe d'Histoire de la Magie. La paume de sa main droite tenait son menton et son coude droit était posé sur son banc ; elle avait l'air tellement flasque qu'on avait l'impression qu'elle allait s'écrouler d'un moment à l'autre. Sa voisine de table lui jetait quelques coups d'œil suspicieux de temps en temps, comme pour vérifier que la jeune Peters ne s'était pas endormie.

Les propos du professeur d'Histoire de la Magie entraient par une oreille et ressortaient par l'autre. Octavia réprima un bâillement et se frotta les yeux ; effectivement, il n'aurait pas été étonnant qu'elle tombe de fatigue. Pourtant, au lieu de piquer un petit somme, elle s'adressa à sa voisine.

« T'sais c'qui est l'plus exceptionnel, dans cette école ?, demanda-t-elle en chuchotant. C'est qu'ils arrivent à faire des cours aussi nuls. J'en ai marre. »

Jane, ladite voisine de table, se tourna vers Octavia et s'arrêta momentanément de prendre des notes. Elle la fixa quelques instants et se remit à écrire frénétiquement sur son parchemin, sans répondre à la Serpentard. Jane Hill était une élève de Gryffondor aux antipodes de ce qu'était Octavia ; elle était douée, motivée et intéressée. Une amitié s'était étrangement nouée entre elles, alors que tout les destinait à se haïr cordialement. Après un petit soupir, Jane répondit finalement à son amie, sans pour autant relever la tête de ses notes.

« T'es pas possible, Octa. Comment tu peux être autant blasée par ce genre de cours ? Cette école t'apprend à pratiquer la magie, bon sang, c'est pas comme si t'étais en cours de mathématiques appliquées. »

La Cinquième Année de Gryffondor était Née-Moldue, et son père était professeur de mathématiques dans une haute école. Puisque Jane s'intéressait à tout, et notamment au métier de papa Hill, autant dire qu'elle en connaissait un rayon. Octavia, en revanche, se fichait bien de ce que pouvaient être les mathématiques.

« Mmh ? »

Apparemment, Jane avait compris que ce « mmh ? » signifiait « très franchement, ce que tu dis ne m'intéresse pas des masses, mais je te réponds quand même pour pas que tu te vexes. »

« Laisse tomber. Je m'demande pourquoi je continue à être ton amie. »

Jane avait cette particularité d'être trop sincère.

« Sympa, grinça Octavia. »

La Gryffondor arrêta momentanément d'écrire pour se tourner vers sa voisine, l'air singulièrement agacé.

« Pitié, Octavia, arrête de prendre les gens pour des imbéciles, y'a rien d'plus énervant. Si j'arrêtais de te parler du jour au lendemain, tu t'en rendrais à peine compte. »

C'était faux. Octavia avait fâcheusement tendance à négliger ses amis, mais il y en avait une qui faisait exception ; Jane Hill. Si cette dernière sortait du lot, c'était probablement parce qu'elle était différente des autres. Elle était plus intelligente, plus réservée, moins extravertie, et surtout plus attentionnée, plus soucieuse de ses proches. Cette fille avait l'exceptionnel pouvoir de rendre Octavia moins féroce.

« Si tu l'dis, concéda pourtant Octavia, ne souhaitant pas s'engager sur le terrain de ses relations amicales. Franchement, c'pas la peine d'en faire un drame, j'pense pas que... »

« Boucle-la, maintenant, coupa Jane d'un ton sévère. J'essaie de suivre le cours. »

Et contre toute attente, Octavia se tut.
Dernière modification par Octavia Peters le 30 juin 2017, 16 h 20, modifié 5 fois.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

La course aux hostilités

MARS 2011
à Londres


Chapitre 1 : 3. Leur drame

Violette Dupuis ; un nom et un prénom à la consonance française. Un nom qui évoquait ces femmes aux jolies courbes, aux sourires charmants, à la distinction qui s'impose, aux manières courtoises et aux lectures raffinées. Violette était de ces jeunes femmes un peu en retard sur son temps, qui aimait traîner dans les rues tard le soir mais qui détestait faire la fête, qui adorait les films en noir et blanc et qui exécrait les jeux vidéos. Elle était de ces femmes simples mais rares, de celles à la philosophie qui se voudrait différente, de celles qui ont connu beaucoup d'hommes, qui détestent les responsabilités, de celles un peu atypiques, mais comme elle le disait si bien elle-même ; « tu peux trouver une touche d'originalité chez le plus banal des hommes, si tu cherches bien. »

Sa grande particularité, c'était sa passion pour les voyages. De Moscou à Pékin et de Rome à Los Angeles, la jeune femme adorait visiter les plus beaux lieux du monde. Née dans une famille aisée, elle s'était payée ces nombreux voyages sans jamais rencontrer la moindre difficulté. Ayant des facilités avec les langues, elle avait appris les bases de plusieurs d'entre elles, et se débrouillait particulièrement bien en Anglais et en Espagnol. Ses parents étaient fiers d'elle, louant son intelligence et sa culture auprès de leurs nombreux amis.

Et un matin de Mars deux-mille-onze, Violette décida de louer un hôtel à Londres pour visiter certains lieux qui lui avaient échappés lors de sa première visite dans la capitale du Royaume-Uni. Elle avait été charmée par les manières des Anglais, par cette ville bouillonnante d'activité, par les nombreuses jolies places à découvrir, par le brouhaha incessant de la journée et l'ambiance mélancolique de la nuit. Et un jour, dans la rue, aux alentours de vingt-deux heures, elle croisa le regard d'Andrew Peters.

Un homme qui n'avait rien d'exceptionnel, sinon des yeux bleus d'eau magnifiques, un sourire timide et des cheveux bruns pas coiffés. Sous la lumière des lampadaires, Violette l'avait trouvé plutôt charmant, et s'était approchée de son groupe d'amis pour lui demander son chemin dans un anglais approximatif. Un mensonge typique, une technique de drague bidon, mais Andrew avait pourtant pris du temps pour aider Violette, pour discuter avec elle, pour jeter quelques regards discrets à ses lèvres. Et, à la fin de son explication, il avait souhaité à Violette un bon retour à son hôtel et lui avait demandé si elle accepterait un rendez-vous pour demain, midi, dans un restaurant à quelques pas de là. Le sourire de Violette s'était agrandi, elle avait hoché la tête et avait repris le chemin de l'hôtel, ignorant les taquineries et les félicitations que les amis d'Andrew adressaient au futur mari de la jolie Dupuis.

Violette prolongea son séjour en Angleterre. Elle voyait Andrew tous les jours, et la passion amoureuse des premières semaines les enchaînait lentement l'un à l'autre. Elle resta une semaine de plus. Puis deux. Puis trois. Mais l'hôtel, quatre étoiles, n'était pas gratuit, et elle dut rentrer en France, emportant avec elle le numéro de téléphone d'Andrew. Il lui manquait. Elle voulait le revoir, retourner à Londres, quitter la France, perfectionner son anglais, pouvoir pleinement vivre son amour. Alors, sur un coup de tête, et deux mois seulement après leur rencontre, les deux tourtereaux prirent une décision qui changea leur vie ; ils décidèrent de vivre ensemble. Violette quitta l'appartement qu'elle louait à Paris et s'installa dans celui qu'Andrew louait à Londres. Elle avait vingt-trois ans, lui vingt-cinq, ils emménageaient ensemble, Violette abandonnait sa famille en France pour se consacrer à un amour éphémère.

Rapidement, Violette devint parfaitement bilingue et apprit l'existence du monde sorcier auquel Andrew appartenait. D'abord surprise, elle devint rapidement admirative de ses pouvoirs. Tout alla très vite. Ils se marièrent en Octobre de l'année suivante, après un peu plus d'un an de vie commune. Et en Avril deux-mille-treize, alors que déjà leur amour s'éteignait à petit feu, ils décidèrent de faire un enfant pour retrouver la passion de leurs débuts.
Dernière modification par Octavia Peters le 24 juin 2017, 17 h 53, modifié 2 fois.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

La course aux hostilités

AVRIL 2023
à Londres


Chapitre 1 : 4. Le début de la fin

Violette ne voulait pas des tas d'enfants, pas d'amour fatigué, pas de routine, pas de dîners dans un restaurant chic tous les samedis soir, pas de couches à acheter, pas de bébé à embrasser. Elle voulait de la passion, de la nouveauté, de l'ivresse, un amour éphémère, elle voulait des surprises, être surprise. En épousant Andrew Peters, Violette renonça à ce dont elle avait toujours rêvé. Elle signait pour une vie d'ennui. Les yeux pleins d'étoiles, le cœur sur une barque qui tanguait, elle s'était faite prisonnière elle-même. Elle avait cru qu'avec Andrew, ce serait le bonheur tout le temps, elle avait pensé que ce serait un amour qui dure pour toute la vie. Mais comment voulez-vous que la passion perdure, alors que Violette et Andrew n'avaient jamais eu les mêmes attentes, jamais eu la même conception de la vie à deux ?

Faire un enfant fut la pire idée qu'ils aient eu. On ne renouvelle pas la passion en créant la vie. Au contraire ; c'est la meilleure façon de la détruire. Ils se disputèrent longuement à propos du prénom qu'ils allaient donner à leur poupon. Violette voulait quelque chose d'original, de raffiné et d'exotique à la fois. Andrew, lui, voulait quelque chose de plus simple, il voulait un prénom courant mais élégant, comme Mary ou Alice. Finalement, il se plia au choix de sa femme, las de tant de disputes, et n'apprécia donc jamais le prénom de sa propre fille ; Octavia.

Au tout début, quand elle n'était qu'une petite fille comme toutes les autres, Octavia avait cru qu'elle grandirait dans l'amour. Elle avait cru qu'elle ferait comme « tout le monde » ; qu'elle allait devenir une adolescente charmante et aimée de tous, puis une grande personne qui imposait le respect. Elle avait hâte de devenir belle comme sa maman et patiente comme son papa. Cette idylle d'illusions, commune à beaucoup de jeunes enfants, eut bientôt fait de s'envoler comme un mirage insaisissable. Au milieu des colères et des cris, les jolis rêves d'Octavia n'avaient plus beaucoup de sens, et elle les oublia rapidement.

Le dix avril 2023 aurait pu être un jour comme tous les autres. Pourtant, ce fut le bouleversement, l'officialisation de leur instabilité familiale, ce fut la vraie rupture. L'après-midi, les parents Peters convièrent leur fille dans le salon, parce qu'ils devaient « lui parler ». Octavia n'avait que neuf ans mais elle savait déjà distinguer avec clairvoyance les bons et les mauvais signes. Et ça, c'était très mauvais signe, c'était la promesse d'une discussion longue et barbante. Les parents d'Octavia étaient particulièrement laxistes ; ils laissaient tout passer, ils ne faisaient jamais de sermon à leur fille (« à quoi bon ? il faut qu'elle prenne conscience de ses erreurs toute seule »), ils disaient oui à tout, ils la couvraient de cadeaux. Par contre, ils ne lui faisaient jamais de bisous, ils ne lui avaient jamais dit qu'ils l'aimaient, ils ne jouaient jamais tous les trois, ils n'avaient jamais été dans un zoo ni dans un parc d'attraction en famille, ils ne l'avaient jamais réprimandée pour ses mauvaises notes. Il était donc très rare qu'ils décident d'avoir une vraie discussion avec elle ; en fait, cela n'était arrivé qu'une fois ; le jour où le chat qu'avait recueilli Octavia s'était fait écraser.

Alors, que pouvait-il s'être passé de suffisamment grave pour que Violette et Andrew la convoquent de la sorte, elle qui n'avait pas dix ans et qui, il y avait cinq minutes à peine, était absorbée par les images colorées que lui renvoyait sa télévision ? Octavia ne tarda pas à comprendre ; ses parents allaient se séparer pour de bon. Le divorce, les disputes pour la garde, la répartition des biens,... Cette séparation annonçait une nouvelle ère de discordes ; dans un premier temps, Octavia se sentit désemparée. Elle voulait que ses parents restent ensemble, qu'ils se réconcilient, qu'ils continuent à faire des efforts, qu'ils fassent semblant de s'aimer, qu'ils soient des parents normaux. Rapidement, l'incompréhension se mua en colère. En quelque sorte, ce fut le début de la fin.


Fin

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.