Cité de Londres

Inscription
Connexion

L'orage

Livre 1

OCTOBRE 2026
à Poudlard


Chapitre 2 : 1. Son soleil

Commençons par souligner un fait exceptionnel ; en cette matinée d'octobre, Octavia n'était pas en retard. Elle traversait les couloirs de Poudlard en traînant un peu, pas vraiment pressée d'arriver devant la classe de Métamorphose. En fait, elle espérait secrètement qu'elle se perdrait et qu'elle aurait ainsi de quoi justifier un retard. Ses pas la conduisirent pourtant jusqu'à bon port et elle ne put s'empêcher de lâcher un petit soupir de désespoir lorsqu'elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur de la classe ; plusieurs élèves étaient déjà assis derrière leur pupitre, semblant attendre presque impatiemment l'arrivée du professeur. Octavia n'était à Poudlard que depuis deux ans et était déjà fatiguée de tous les cours, mais celui-ci était vraiment celui qu'elle détestait le plus – quoique l'Histoire de la Magie était plutôt barbante aussi.

En se dirigeant vers une place libre, Octavia intercepta le regard d'un Serpentard qu'elle appréciait et qui s'appelait Thomas. De manière générale, elle aimait bien les Serpentard, parce qu'ils n'étaient pas lourds, pas idiots, et assez solidaires entre eux. Ils étaient parfois condescendants, mais Octavia l'était aussi, alors elle le remarquait à peine. Le soir de sa répartition, elle avait été assez indifférente à son sort. Elle n'avait même pas pris la peine de s'intéresser aux quatre Maisons et n'avait eu aucune préférence, aucun souhait particulier ; aujourd'hui, elle s'estimait plutôt chanceuse d'être à Serpentard, car il y avait bien pire ; les Serdaigle, par exemple, respiraient la prétention – et non l'excellence, comme ils se plaisaient souvent à le prétendre. Si Octavia avait dû faire un classement des Maisons de Poudlard, Serdaigle serait arrivée bonne dernière.

Et puis il y avait les Gryffondor, que certains de ses camarades aimaient tant critiquer. Les Gryffondor n'étaient sans doute pas aussi insupportables que les Serdaigle, mais il fallait reconnaître qu'ils avaient ce petit air supérieur qui leur allait très mal. Quant aux Poufsouffle, Octavia les trouvait trop naïfs et bienveillants, mais ils arrivaient deuxièmes de son classement, parce qu'ils étaient malgré tout plutôt agréables à vivre. Si certains disaient que ce Choixpeau stigmatisait les élèves, Octavia, elle, pensait qu'il faisait un sacré tri entre les gens qui étaient fréquentables et ceux qui ne l'étaient pas.

Alors qu'elle attendait l'arrivée du professeur de Métamorphose avec une relative patience, Octavia vit une jeune fille de Gryffondor qui s'approchait et qui semblait décidée à s'asseoir à côté d'elle. L'élève de Serpentard leva les yeux au ciel et lâcha :

« Sérieux, y'a vraiment pas moyen qu'tu te mettes autre part ? »

La Gryffondor fronça très légèrement les sourcils.

« J'aurais pu aller autre part, oui, si tu me l'avais demandé autrement, répondit-elle en installant ses affaires à côté d'Octavia. J'adore contrarier les Serpentard aussi peu sympathiques que toi. »

« Super, commenta Octavia avec le ton qu'on emploie lorsqu'on n'écoute pas un mot de ce que son interlocuteur raconte. »

Tandis que l'autre cruche était en train de lui expliquer qu'être agressive ne lui servirait jamais à rien dans la vie, Octavia se mit à fouiller dans son sac pour chercher quelques feuilles de parchemins, sa plume et son encrier. La Gryffondor cessa ses remontrances à trois Noises pour faire une nouvelle remarque.

« Ah ouais. T'as une organisation de malade, toi. Viens avec un badge "touriste" la prochaine fois, ce sera plus simple. »

Octavia se pinça les lèvres pour ne pas rire. Elle qui n'était pas franchement susceptible, elle trouvait le franc-parler de cette fille assez amusant.

« Bon, ça y est, t'as fini ton show ? Tais-toi ou casse-toi, tu me saoules là. »

La petite Gryffondor leva les sourcils d'étonnement et répondit, dans une exclamation terriblement naturelle :

« Mais tu parles super mal ! »

Heureusement, Octavia réussit à échapper au sermon qui allait suivre, car l'enseignant entra enfin dans la classe et salua ses élèves. La petite Serpentard était presque persuadée que la Gryffondor serait une véritable pipelette en cours, alors elle fut étonnée de constater que dès que le professeur eut commencé ses explications, sa voisine de table ne prononça plus un mot. Elle semblait écouter attentivement et prenait pas mal de notes, contrairement à Octavia qui n'écrivait pas grand-chose. Après une vingtaine de minutes, la Gryffondor jeta un œil sur le parchemin presque vierge de sa voisine. Elle décala légèrement son propre parchemin, comme pour que la Serpentard ait une meilleure vue sur ce qu'elle écrivait (alors qu'entre nous, Octavia se fichait royalement de ce que cette Gryffondor pouvait bien noter) et murmura :

« Recopie. »

Cette Gryffondor s'appelait Jane Hill et rien ne la destinait à apprécier la désagréable Octavia Peters. Pourtant, les deux enfants nouèrent une amitié qui dura toute leur scolarité et qui ne se rompit pas après leur septième année. Pendant des années, Jane ralluma toutes les lumières qu'Octavia s'épuisait à éteindre. Elle fut sa bouée de sauvetage.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

L'orage

JUIN 2030
dans le Poudlard Express


Chapitre 2 : 2. Sa tempête

Octavia se lova encore un peu plus dans les bras de Jack, faisant passer ses bras autour de son cou. Le jeune homme sourit à sa petite-amie puis releva la tête vers son meilleur ami, qui était assis sur la banquette d'en face et qui venait apparemment de raconter quelque chose très drôle, puisque Jack s'esclaffa bruyamment. Octavia, qui n'avait pas trouvé la blague très fine, n'esquissa pas un seul sourire.

Soudain, Jack sembla avoir une merveilleuse idée, puisqu'il se tourna brusquement vers sa petite-amie, un air béat plaqué sur le visage.

« Mon cœur, t'es cap' d'aller trouver un gosse dans un autre compartiment et de lui voler sa baguette ? »

Octavia fronça imperceptiblement les sourcils, se demandant s'il était vraiment nécessaire de jouer à ce genre de choses là, maintenant, alors qu'ils étaient en route pour King's Cross et qu'ils ne pourraient sans doute pas tous se réunir pendant l'été. Octavia aurait probablement l'occasion d'aller chez Jack plusieurs fois durant ces deux mois, mais certains de leurs amis habitaient très loin de la capitale et ne pouvaient pas facilement se déplacer jusqu'à Londres. Elle aurait voulu que ce dernier jour se passe tranquillement, mais la tranquillité n'était pas un concept que ses amis semblaient apprécier.

« On est obligés de faire ça maintenant ? Tu veux pas plutôt qu'on passe ce trajet entre nous ? »

Mais Jack, évidemment, n'était pas du tout séduit par l'idée et leva les yeux au ciel. Il tourna la tête vers Ellen, une fille de Serpentard aux longs cheveux bruns qui respirait l'arrogance. Octavia se fichait pas mal de cette fille, même si elle prétendait être son amie. En fait, elle était assez indifférente au sort de tous ceux qui étaient officiellement ses amis ; les deux personnes dont elle se souciait réellement étaient Jack Taylor et Jane Hill – qui n'était évidemment pas dans ce compartiment. Jane détestait cordialement toutes les fréquentations d'Octavia, et ne cessait d'ailleurs de lui conseiller de tous les envoyer balader.

« Toi, Ellen, tu peux le faire ? »

Ellen offrit un splendide sourire à Jack, l'air terriblement sûre d'elle. Octavia était blessée que son petit-ami se soit aussi facilement détourné d'elle, mais elle ne fit aucune remarque et se contenta d'observer les événements se dérouler, toujours collée à celui qu'elle aimait.

« Carrément, répondit Ellen en se levant. »

Elle ouvrit la porte du compartiment, fit un clin d’œil à Octavia et s'enfonça dans les couloirs du train à la recherche de sa victime. Les commentaires sur le potentiel de réussite d'Ellen fusèrent dès qu'elle eut fermé la porte derrière elle, et Jack, quant à lui, reporta enfin son attention sur sa petite-amie.

« Ça fait longtemps que t'as cette couleur de cheveux, non ?, demanda-t-il en attrapant une mèche bleue électrique d'Octavia. Tu voudrais pas changer ? J'adore le rouge. »

Octavia, elle, aimait bien ses cheveux bleus, alors elle ne répondit rien, ne tenant pas à contredire Jack. Il lui demanda comment ils pourraient s'organiser pour se voir pendant les vacances, et ils se décidèrent donc sur quelques dates ; ils avaient tous les deux des parents laxistes qui les laissaient faire plus ou moins tout ce qu'ils voulaient. C'était incroyablement facile pour eux de continuer à se fréquenter en juillet et en août, surtout qu'ils vivaient tous les deux à Londres.

Quelques minutes plus tard, Ellen coupa court à toutes les discussions avec un retour triomphant. Sourire aux lèvres, elle brandissait une baguette magique tel un trophée de guerre et elle s'empressa d'expliquer comment elle s'y était prise :

« Je l'ai prise à un petit Poufsouffle. C'était pas difficile, j'lui ai juste dit que j'en avais besoin pour faire des tests. Il avait tellement peur qu'il a même pas protesté. »

Quelques rires allèrent bon train, mais celui d'Octavia ne se mêla pas à ceux de ses amis. Elle n'avait jamais trouvé ce genre de paris très drôles, même si paradoxalement, il lui arrivait parfois de les relever. Elle ne s'opposa cependant pas à ses amis, qui trouvaient le coup d'Ellen merveilleux, et passa le reste du trajet à discuter avec Jack. Il lui arriva quelques fois de s'intéresser à ses autres partenaires de compartiment, mais ils ne parvenaient jamais à retenir son attention bien longtemps.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à King's Cross, Octavia fit exprès de traîner, laissant sa bande sortir du train avant elle, leur promettant de les rejoindre sur le quai. La baguette magique volée traînait négligemment sur un siège ; ils l'avaient oubliée, exactement comme Octavia s'y était attendue. Elle s'en empara et sortit de son compartiment. Elle repéra bien vite l'élève qu'elle cherchait, car à quelques pas d'Octavia, il y avait un jeune garçon qui semblait complètement paniqué. Comme l'aurait fait Jane, elle s'approcha de lui.

« C'est à toi, ça ?, demanda-t-elle en lui montrant la baguette magique qu'elle tenait dans sa main. »

Le visage du gamin s'éclaira et il hocha la tête, l'air intimidé.

« Tiens, lui dit Octavia en tendant le bout de bois magique au Poufsouffle. Ne laisse plus personne te la prendre, d'accord ? »

Il ne répondit rien, se contentant de hocher timidement la tête une deuxième fois et de récupérer sa baguette. Octavia soupira.

« Si la fille de Serpentard qui est venue te la prendre tout à l'heure t'embête l'année prochaine, essaie de me trouver et de me prévenir. Je serai en sixième année et j'aurai les cheveux rouges, je devrais pas être difficile à repérer. »

Le petit lâcha un « merci » et quitta le train. Octavia espérait sincèrement qu'Ellen ne s'acharnerait pas sur lui. Elle n'avait pas envie de jouer les sauveteuses au grand cœur devant Jack.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

L'orage

AOÛT 2030
à Londres


Chapitre 2 : 3. Sa petite révolution

« Pourquoi tu ne manges pas avec moi ? »

« Parce que ça me fait plaisir de t'entendre poser une question et de ne pas y répondre, maman. » Octavia fixa sa mère d'un regard dénué d'expression et haussa les épaules. Elle avait plutôt faim, en fait, mais cela faisait trois jours qu'elle n'avait rien avalé lors des repas qu'elle « partageait » avec sa mère – et elle ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin. Les deux premiers jours, Violette n'avait rien dit, remarquant à peine que sa fille ne se nourrissait plus, et de toute façon, elle savait pertinemment qu'Octavia continuait à s'alimenter lorsqu'elle était seule. Elle n'était pas du genre à faire des grèves de la faim.

Cette semaine était un peu spéciale. Depuis trois jours et pour quatre jours encore, Octavia avait décidé de ne plus manger et parler en présence de sa mère. En fait, ce petit jeu lui plaisait tellement qu'elle hésitait à le réitérer la semaine prochaine, quand elle devrait passer sept jours en compagnie de son père. Mais Andrew était particulièrement taciturne, alors il y avait fort à parier que si Octavia ne pipait mot, il se contenterait de se délecter du silence. Non, pour provoquer son père, le mieux était encore d'hurler toute la journée.

« Tu m'agaces, Octavia, ajouta Violette en constatant que sa fille ne réagissait pas. Tu grandis mal. »

Octavia, qui avait le regard plongé dans son assiette pleine de légumes, de pommes de terre et de viande de bœuf, releva doucement la tête vers sa mère. Elle sentit l'effusion de colère qui la gagnait, la rage qui se réveillait, la haine qui se décuplait. À cet instant-là, rien n'aurait été capable de la calmer. Sa colère avait atteint le stade de non-retour, il fallait absolument qu'elle écoute ce cœur qui s'emballait et cette tête qui lui hurlait de réagir, ce besoin irrépressible d'extérioriser tout ce qu'elle ressentait. Sans prévenir, elle se leva brusquement et renversa la table. Son assiette et celle de sa mère volèrent en éclats et répandirent tout leur contenu sur le sol. Octavia donna un violent coup de pied dans sa chaise et courut se réfugier dans sa chambre sans jeter un seul regard à sa mère qui avait crié de surprise.

Octavia n'avait pas peur de Violette. Sa mère n'avait jamais été violente. Elle n'avait pas fui la salle à manger par peur des représailles mais juste parce qu'elle avait l'impression qu'elle allait exploser si elle posait encore une fois son regard sur elle. Elle avait l'impression qu'elle était sur le point de pleurer, mais étrangement, aucune larme ne roula sur ses joues. Tant mieux. Pendant une vingtaine de secondes, elle cassa tous les objets fragiles qui lui tombaient sous la main, puis elle sentit enfin la colère qui s'apaisait et le besoin de faire des dégâts qui s'éloignait. Elle s'effondra dans son lit, étouffa un hurlement dans sa couette, et s'endormit.

Elle revint au monde réel une trentaine de minutes plus tard. Rien n'avait changé, sa chambre était toujours dévastée. Elle n'avait cependant plus la moindre envie de casser quoi que ce soit et elle se dirigea vers la salle à manger avec une certaine curiosité. Là non plus, rien n'avait changé, ce qui ne l'étonnait que moyennement. La table était toujours renversée, sa chaise aussi, et la nourriture était toujours éparpillée au sol. Ah, si, il y avait eu un changement ; les bouts coupants d'assiettes cassées avaient visiblement été ramassées et mis à la poubelle.

Octavia n'appela pas sa mère, premièrement parce qu'elle n'avait pas envie de la voir, deuxièmement parce que crier après elle comme une enfant de huit ans aurait blessé son égo, et troisièmement parce qu'elle était toujours bien décidée à ne pas briser la règle de silence qu'elle s'était imposée. Sa mère était humaine, par Dieu ! Elle avait forcément été marquée par le coup de colère de sa fille, elle se posait forcément des questions. Elle ne le montrait peut-être pas, mais elle était sans doute préoccupée par le comportement d'Octavia. L'adolescente refusait d'envisager le contraire.

Après quelques petites minutes d'errance dans l'appartement, Octavia comprit que sa mère n'était plus là. Impossible de savoir où elle était partie et quand elle comptait rentrer. Quand elle revint dans la salle à manger, Octavia jeta un œil au désastre et, l'espace d'une seconde, hésita. Mais non. Évidemment qu'elle ne rangerait pas.

Octavia n'avait pas envie de voir Jack le lendemain, mais elle ferait, parce qu'elle pensait que son petit-ami avait le don d'agacer sa mère, au moins un peu.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.

L'orage

FIN JUILLET 2032
à Londres


Chapitre 2 : 4. Le beau temps

Octavia ferma les yeux. L'air était pourri, le bruit de la ville était bourdonnant, mais l'espace d'une seconde, elle sentit son cœur se gonfler. Elle n'arrivait pas vraiment à croire qu'elle était là, toute seule, libre. Tout avait semblé si... facile. Les événements s'étaient enchaînés tranquillement, un peu comme si elle avait suivi de simples instructions. Durant l'année, elle avait commencé à faire des recherches pour un appartement d'étudiant. Elle avait ensuite quitté Jack vers mi-juillet, puis elle avait expliqué à ses parents qu'elle souhaitait vivre seule, et là voilà aujourd'hui ! Prête à recommencer à zéro, à passer le seuil de son nouveau cocon de vie.

Exister allait être différent, à présent. Elle devait impérativement bannir la fatigue et la procrastination de ses journées. L'appartement n'allait pas se payer tout seul, il lui faudrait conjuguer petits boulots et études. Elle ne vivrait que par elle-même, elle ne dépendrait plus de personne d'autre. Entrer dans le monde adulte si subitement allait la bouleverser, bien sûr, car elle n'était pas une grande habituée de l'autonomie. Mais elle était dotée d'un sacré culot et d'une motivation nouvelle, alors tout devrait bien se passer.

Octavia ne pouvait pas ignorer cette chance qui lui tendait les bras. Elle ne pouvait plus faire semblant de ne pas remarquer les opportunités qui s'offraient à elle. Elle avait enfin saisi l'occasion, elle s'était jetée dans l'Inconnu. Il était effrayant, mais il ne pouvait pas être pire que la Haine et la Rancœur. Ce chapitre était terminé, bouclé, bon pour la poubelle. Elle avait enfin rompu les liens toxiques.

Octavia sortit ses clés de sa poche, ouvrit la porte de son appartement et entra. Elle l'avait déjà visité, bien sûr, mais l'observer maintenant qu'elle le louait officiellement, cela lui procurait une sensation de bien-être toute nouvelle. Elle était apaisée. Elle se frotta les poignets, comme s'ils étaient encore un peu endoloris par les chaînes qui l'avaient retenue tant d'années. Le déménagement n'avait pas été un casse-tête, Octavia avait tenu à récupérer peu de ses biens : il y avait ses vêtements, ses livres, sa baguette magique, quelques autres affaires personnelles et tout l'argent que ses parents lui avaient donné.

Elle posa ses clés sur la table de cuisine et fit une nouvelle fois le tour de ce lieu de vie. C'était plutôt petit, mais elle s'en accommoderait. En fait, c'était parfait. Il y avait un lit, une cuisine, un réfrigérateur, un canapé et une télévision. De quoi donc aurait-elle eu besoin de plus ? Elle était enchantée par tout ce qu'elle voyait, il y avait chez elle cet émerveillement typique de l'innocence des enfants.

Tout allait bien se passer. Elle prenait un nouveau départ et avait effacé tout ce qui était mauvais. Elle avait toutes les cartes en mains pour réussir. Elle avait de quoi se construire la vie dont elle rêvait, elle avait l'opportunité de s'entourer des bonnes personnes. Octavia prit sa baguette magique, l'observa un instant puis la rangea soigneusement dans un tiroir. Elle voulait vivre ses premiers jours ici comme comme une Moldue ; cela pouvait paraître étrange, mais pour l'instant, elle ne rêvait de rien d'autre que de simplicité. De toute façon, Octavia n'était pas le genre de sorcière qui utilisait la magie pour tout et n'importe quoi. Avant d'entrer à Poudlard, elle avait vécu assez éloignée de la magie – bien que son père soit sorcier – et lors de sa scolarité, elle avait rarement utilisé sa baguette magique en dehors des cours. Elle n'avait jamais ressenti le besoin de changer de mode de vie.

Pour cette première soirée ici, pas de fête, pas de superficialité : elle commanderait une pizza, regarderait une émission télévisée moldue et se mettrait à ses révisions dès demain. Octavia n'avait pas prévu d'entamer ses études supérieures tout de suite ; elle préférait d'abord combler ses lacunes en révisant seule, en se cultivant, en s'entraînant, en lisant. Cela pourrait lui prendre une année ou deux, mais ce n'était pas un problème ; le temps n'était plus une contrainte.

Vraiment, la vie d'Octavia aurait pu être parfaite.
S'il n'y avait pas eu l'enfant.
Celui-là même qui grandissait déjà dans le corps d'une adolescente qui, à cet instant précis, n'imaginait pas une seule seconde qu'elle puisse être enceinte.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.