Cité de Londres

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L'autre monde


SEPTEMBRE 2042

Octavia était passée dans l'autre monde. Celui où les baguettes magiques n'étaient que des bouts de bois inutiles. Celui où la magie n'existait que dans les contes. Celui où elle se sentait à sa place.

Installée sur un pouf rouge, une dizaine d'enfants autour d'elle, Octavia tenait un livre intitulé « Cendrillon » sur ses genoux et attendait que l'assemblée se calme pour entamer sa lecture. Elle s'apprêtait à prononcer le premier mot de l'histoire lorsqu'une petite fille se mit à pleurer à chaudes larmes. Octavia se leva, la prit dans ses bras et l'installa à côté d'elle. L'enfant cessa ses pleurs et jeta un œil au livre.

« Est quoi ? »

Octavia lui montra la couverture du livre, sur laquelle était dessinée la princesse dans sa robe bleue.

« C'est Cendrillon. Tu la connais ? »

La petite fronça les sourcils et se remit à pleurer.

« Non ! Veux pas ! »

Octavia pencha légèrement la tête et demanda :

« Tu n'aimes pas les princesses ? »

Sans cesser de pleurer, elle secoua vivement la tête tout en expliquant, entre deux sanglots :

« Non ! Pas belles ! Veux camions ! »

Octavia rit franchement et, tandis qu'elle soulevait l'enfant pour la mettre debout, lui répondit :

« D'accord. Les camions. Tu peux y aller. Regarde, James et Tom jouent déjà aux camions, va les rejoindre. »

Octavia vérifia que la petite, qui s'appelait Maisy-Lee, arrivait à bon port, puis elle reporta son attention sur les enfants qui voulaient écouter l'histoire et se mit à lire.

Elle s'était rarement sentie engourdie d'une telle paix intérieure. Là, au milieu d'enfants dont l'âge variait de trois mois à trois ans, elle avait l'impression d'avoir enfin trouvé son but. Il avait fallu du temps à Octavia pour accepter son différend avec la magie. Petite, elle n'avait jamais eu de feeling avec ses pouvoirs ; à Poudlard, elle ne s'était intéressée qu'à un seul cours ; dans son appartement, elle se servait rarement de sa magie pour effectuer ses tâches ménagères - le comble, pour une professeur de Sortilèges ! Elle avait lu des tas et des tas de livres que l'on pourrait considérer comme des ouvrages « anti-magie ». Cela faisait des années qu'elle était inspirée par des auteurs sorciers qui avaient pour philosophie que la magie apportait énormément de mauvais et très peu de bon.

Désormais, elle se servait très rarement de ses pouvoirs et elle s'en sentait plus sereine. Elle aimait les enfants, l'enseignement, c'était une certitude. Lorsqu'elle avait vu, en juin, qu'une école moldue recrutait des personnes pour travailler en crèche, Octavia avait longuement réfléchi. Cette école était située tout près de son appartement, l'emplacement rêvé ! Cette opportunité l'avait tentée, vraiment, mais deux choses avaient failli retenir l'enseignante : Poudlard, parce qu'elle s'était malgré tout attachée à ce collège plein de souvenirs, et Meilla, cette collègue si particulière. Après mûre réflexion, Octavia avait pourtant décidé de partir, parce qu'elle savait que ce n'était pas en quittant Poudlard qu'elle oublierait tout ce que cette école lui avait apporté. Quant à Meilla... Octavia s'était trouvée ridicule de songer à continuer à exercer un métier juste parce qu'elle s'entendait bien avec une de ses collègues. Elle ne s'inquiétait pas pour Amy ; elle savait qu'elles continueraient à correspondre et à se voir.

Elle avait donc démissionné, postulé pour le poste qu'elle convoitait et l'obtint. Quelque chose n'allait pas, cependant. Quelque chose de terriblement simple, quelque chose qu'elle avait envisagé mais dont elle n'avait pas mesuré l'importance ; Meilla lui manquait. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Elle lui avait annoncé sa démission trop brusquement. Elle avait le sentiment qu'elle passait à côté de quelque chose. Alors elle lui avait écrit. Et elles s'étaient revues.

Elles avaient énormément discuté, et Octavia avait d'ailleurs appris que l'ancienne professeur de Potions comptait entamer un tour du monde dès septembre, ce qui avait un peu chiffonné son cœur. Elles avaient profité de l'été, en tant qu'amies, et non plus en tant que collègues. La veille de son départ avec June, Meilla était pourtant passée à l'action, embrassant Octavia et officialisant enfin leur relation. À ce moment-là, Octavia avait eu l'impression de goûter à un bonheur tout nouveau.

Elle faisait un métier qu'elle aimait. Elle s'occupait d'enfants, leur faisant découvrir la vie à petits pas. Elle était en couple avec la personne dont elle était amoureuse.

Tout allait bien.

Sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j'en ferai des cathédrales.