Cité de Londres

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« Charlie ! »  Solo 




27 décembre 2041 - 03h43
Chambre de Narym - Londres
1ère année



Le transplanage était un moyen de transport que je détestais particulièrement. Lorsque mes pieds atterrirent sur le sol, je me sentis tomber en avant. Narym, qui était alors dans mon dos, me rattrapa souplement et me serra contre lui. Je me sentais faible. La chaleur qui me frappa engourdissait mes membres et me plongeait dans une torpeur plus profonde encore que celle dû à la fatigue.
Lorsque j’ouvrai enfin les yeux, la première chose que je remarquai fut l’absence de lumière ; je gémis de crainte, le coeur au bord des lèvres. Mon frère agita le bras et un doux éclat empli alors le salon.

Le silence était angoissant. Il était partout et nul part à la fois ; dans mes oreilles, persistaient les cris, mais sur ma conscience, pesait l’absence de bruit de la pièce. Je me sentais isolée et en danger. La main que posa Narym dans mon dos me fit sursauter mais je me laissai guider vers le canapé. Depuis son apparition, je ne parvenais plus à réintégrer ce monde, à me sentir intéressé par mon environnement. Je me laissai couler dans une douce torpeur pleine de tortures, dans laquelle je me sentais pas mieux quand dans le Monde. A cet instant, je souhaitai m’endormir et ne plus ouvrir les yeux sur ce que j’avais créé.

L’homme s’affairait. Je restai assise sur le canapé, le dos courbé, le regard perdu dans les aspérités du mur qui me faisait face. Obnubilée par cette vision, je sentai mes paupières s’écarteler pour laisser passer mes yeux, pour en avaler la moindre trace d’humidité. Mon corps pulsait d’un rythme étrange ; les frissons hachaient ma peau puis se voyaient remplacer par une vague de chaleur qui parcourait le moindre de mes membres. Je restai ainsi et je ne bougeai plus.

C’est en levant la tête, que je réussis à mettre un nom sur l’endroit dans lequel je me trouvais. Me faisait face un mur d’apparence si lisse et si sombre, que me vint l’idée de le comparer avec un ciel obscur. Je connaissais cette étrange chose dans laquelle se reflétait l’éclat d’une enfant à la peau pâle ; mon esprit se mit en quête de retrouver son nom, mais la pensée que j’avais jeté se perdit dans le miasme de mon cerveau. Le reflet me regardait. Une forme recroquevillée et déformée par la matière noire, une chose floue qui me regardait avec la même intensité que je le faisais. Cet objet faisait parti d’un seul espace, celui de Narym.
Qu’est-ce que nous faisions chez lui ? Je n’en avais pas la moindre idée.

Je ne sais combien de temps s’écoula avant que je décide de détourner mon regard de la misérable forme. Lorsque je décidai de le faire, ce fut pour regarder mon frère et acquiescer mollement à une question que je n’avais pas entendu. Quelques instants plus tard, apparut accroché à sa main une tasse fumante ; je ne réagi pas, la main se débarrassa de son fardeau sur la table basse. Le poids du corps de Narym enfonça le canapé à ma droite et je tanguai sur le côté. Machinalement, je m’éloignai de lui

Plus rien n’avait d'intérêt. Je me sentai vide. Vide de sens, vide d’émotion et de vie. Comment une telle absence de vie pouvait remplir mon esprit de tout ces éclats anciens ? Pourquoi celui-ci ? Dans le mur lisse et sombre, se détachait désormais la silhouette d’une chose calcinée. Je reconnu la bombabouse. Sa bombabouse. Face à cette vision, ne s’éveilla pas la colère que j’attendai ; il y avait seulement un détachement douloureux. Et un rappel tout aussi tiraillant de mes mains abimés, de ma paumette gonflée et de tout ce corps qui ne respirait plus parmi ces blessures. Et derrière ma vision, se détachait une image qui n’était plus celle de la forme misérable. C’était mon Interdit, le visage ravagé levé vers moi. Il ne restait plus que les derniers que nous avions échangés, ne restait plus que son absence, douloureuse, et sa présence en moi, infâme. Elle n’avait jamais cessé d’être en moi, jamais. Malgré tout mes efforts pour l'annihiler.

Le corps de Narym s’interposa soudainement entre ma vision et moi. Je gémi alors, perdu, et me penchai pour retrouver ce visage ; mais lorsque je posai mes yeux sur la surface lisse, plus rien ne se détachait dans sa teinte obscure, si ce n’est la silhouette de Narym. Je levai des yeux hagards vers lui et il s’approcha doucement pour m'envelopper dans une chaude couverture, faisant fis de mon mouvement de recul. Ce n’est qu’en ressentant mes membres me picoter sous la chaleur, que je pris conscience que je tremblai. Je serrai faiblement la couverture de mes deux mains, m’enfermant dans ce cocon doucereux qui, je l’espérais, m’éloignerait de Tout et surtout du vide.
Mon regard se déporta sur la forme misérable qui était revenu dans l’étrange écran ; *c’est moi*, me souffla alors ma conscience. Cette vision souleva mon estomac, et je m’en détournai le coeur lourd.

D’un tour que je ne compris pas, Narym changea l’écran lisse et sombre en un feu de cheminée splendide. Je n’aurai su dire si les flammes étaient réelles ou illusoires. Elles m’happaient déjà dans leur danse flamboyante, forçant mes pensées à s’échapper.
Nous restions un long moment ainsi, à regarder le feu. Je pensais à énormément de chose et au même moment, je ne pensais à rien. J’étais vide là où il y avait tant de chose. Mes pensées étaient libres mais s’enchainaient étrangement ; je savais qu’elles étaient là, mais je n’arrivais pas à les suivre. De temps à autre, je m’éveillai, me rendant soudainement compte que je pensais à Elle. Alors je m’enfuyai à nouveau dans les flammes, me sentant couler dans une torpeur de plus en plus pesante.



Je crois avoir pleuré.
Ou dormi.
Peut-être était-ce un rêve ? Je m’éveillai à un moment sous l’effet d’une brusque sensation de vide. Mes yeux tombèrent sur le visage souriant de mon frère qui me portait dans son lit ; je n’eu pas la force de le repousser.
Je me blottissai contre lui.


J’ouvre les yeux, je me vois dans un endroit sombre dans lequel le brouillard prédomine. Je ne suis pas moi.
Mais je me vois, là, devant moi. Une forme rachitique, blanche et abimée. Suis-je réellement ainsi ?
A mes pieds, une forme. Hésitante, je m’approche de mon autre Moi. La forme est noire, mais parfaitement distinguable dans cette brume. Je me trouve à présent proche de la pâle Aelle ; je n’ose pas la regarder. Elle me fait peur, elle me dégoûte.
La forme bouge soudainement, je sursaute. Elle gémit et mon coeur se serre, sans que je ne comprenne pourquoi. Alors je la contourne, lentement. Le silence est douloureux, mes pas résonne sur un sol qui n’existe pas.
J’ai peur.
De l’autre côté, la forme trouve un visage et en fait le sien. Je cris fort, et je tombe en arrière en tentant de reculer.
Aodren.
Aodren dont le visage tuméfié souffre en gémissant et en bavant ; il n’est plus qu’une créature sans âme. Et c’est moi qui l’a détruit, je le sais.
Je lève les yeux sur l’autre Aelle. Je pleure. Mais pas elle. Elle me regarde et elle sourit. Son sourire est horrible, je grimace. Mais elle sourit encore et elle rigole aussi. Un rire effrayant et joyeux, un rire qui augmente les gémissements de la forme. De Aodren.

T’es qui ? je dis. Mais ma voix résonne et se perd dans la fumée.
Alors l’autre Aelle se détourne de moi et de la forme et regarde la personne qui se tient à ses côtés. Je l’avais pas remarqué.
Charlie. Charlie.
Elle est belle. Paisible.
Et Aelle aussi, même si je la trouve moche.
Elles se regardent et je suis jalouse. Mais je n’existe pas pour elles. Elles ne sont que deux, et se plongent dans le regard l’une de l’autre comme si elles voulaient s’y noyer. Elles sont proches l’une de l’autre. Si proches. Plus que je ne l’ai jamais été de Charlie.
Puis soudain, Aelle disparait.
Charlie est seule, alors elle se tourne vers moi. Je tremble devant son regard émeraude, je tremble devant sa beauté. Je me sens misérable. Elle sourit, et son sourire est beau.

Fais attention, me dit-elle, quand ça arrivera, tu préfèreras qu’il soit le seul à être là.
Elle rit. Elle parle d’Aodren. Il pleure, ses sanglots déchirants me lancèrent le coeur. Mais je ne peux détourner mon regard de Charlie.
Charlie.
Elle regarde derrière moi. Sous mon regard avide, son visage se transforme. Ses yeux se remplissent de larmes, sa bouche se tord, la main qu’elle tend vers moi se recroqueville en une chose sanguinolente. Je cris.

Charlie ! Charlie, ta… ta main !
Elle ne veut pas m’entendre. Je n’arrive pas à me lever. Je suis coincée près d’Aodren. Il me regarde maintenant, de ses grands yeux vert effrayant. Et sa main tient la mienne dans un étau mortel. J’essaie de me dégager.
La chaleur augmente, petit à petit. Je transpire. Aodren su. Charlie fond.
Elle fond ! Elle fond réellement. Sa peau s’échappe en de grosses gouttes brunes, son oeil se disloque de son orbite.
Horrifiée, je cris.
Charlie tombe et Aodren fond lui aussi. Moi j’ai seulement très chaud. Je n’arrive pas à bouger, Aodren me tient encore, et il brûle ma peau. Il la brûle.
Je pleure en voyant le visage de Charlie s'affaisser. Je cris en la voyant perdre consistance.
Et lorsque le brouillard se fait plus épais, lorsqu’il s’empare de Charlie, qu’il se referme sur moi en brûlant chaque partie de mon corps, j’hurle. J’hurle.
J’hurle.


« Charlie ! »

Ma gorge brûla sous mon cri, elle s’enflamait de ce que je lui infligeai.

« Charlie ! »

Mon corps se rappelait à moi. Il bougeait dans tous les sens, tentant de se défaire de la prison dans laquelle les draps m’enfermait.
J’étais coincée. Je paniquai, secouant mes bras dans tous les sens. Je pleurai et je criai des phrases incompréhensibles. Ma respiration était douloureuse. Je ne reconnaissais rien autour de moi, il faisait nuit, je ne voyais rien et j’étais effrayé. Charlie, elle fondait, elle fondait ! Je devais l’aider, arrêter ça, faire quelque chose. Des sanglots déchirants m’affaiblissant, je me débattais moins fort.

« Char… Charlie !  »

Son nom s’inscrivait à l’encre indélébile dans mes pensées, je le répétai, encore et encore. J’avais la sensation de retrouver un vieil ami, alors que je me sentai si loin d’elle. Un sentiment de danger me faisait permuter. Je devais bouger, je devais me lever. Mais une force incroyable appuyait sur mon esprit, m’enfermant dans une brume douloureuse. Ma voix se faisait roque, je manquais de m’étouffer avec mes larmes.

Soudainement, alors que je tentais de me dépêtrer de mes couvertures pour me lever, une présence se fit ressentir près de moi. Je reculai au fond du lit en criant, cessant brusquement mes pleurs. Je tapotai à l’aveugle autour de moi, je devais trouver ma baguette, il le fallait ! Je respirai difficilement, je ne savais pas où je me trouvais mais…

« Ely. Ely, c’est moi… »

Une voix douce. Une voix d’homme. Narym se détacha soudainement de l’obscurité. Il me regardait avec de grands yeux, mais il était calme. Il essayait de me sourire, je crois. Je relachai doucement les muscles que j’avais bandés sous l’effet de la peur. J’étais chez mon frère, je me souvenai à présent.
Alors sans prévenir, me yeux me brulèrent et je m’étranglai dans un flot de larmes déchirants. Je baissai la tête pour la plonger dans mes bras, souhaitant me dérober au regard de mon frère. Alors je laissai mon chagrin s’exprimer. Je pleurai à grand renfort de larmes et de gémissements, sentant mon coeur gonfler douloureusement dans ma poitrine. Une boule dans ma gorge m’empêchait de respirer convenablement. J’agrippai mes cheveux pour les tirer, me balancant d’avant en arrière. J’avais mal au coeur. Pas d’une douleur physique. Non, la douleur était morale et prenait toute la place. Elle me frappait douloureusement la conscience, me laissant dans un état pitoyable.

Tout m’échappait. Je n’avais de contrôle sur rien. Ma famille m’échappait. Le geste que j’avais eu était limpide : il avait été d’une violence inouïe. Je m’étais échappé, brisant ainsi la confiance de mes parents. J’avais utilisé ma magie contre l’un des miens et obligé un de mes frères à utiliser la sienne contre moi. Je m’étais mise en danger en allant seule dans une ville inconnue.
Je n’arrivais pas à accepter l’idée que Charlie me déteste.

Narym avait finalement réussi à m’approcher. Je ne le repoussai étonnement pas lorsqu’il me prit dans ses bras. Il était monté sur le lit et m’avait doucement rapproché de lui, passant ses bras autour de mes épaules, enfouissant ma tête dans son cou. Alors il m’avait serré fort en effectuant un léger bercement. Il me parlait, je crois. J’entendais le son grave de sa voix, mais je ne l’écoutais pas. Je me contentais de laisser mes larmes couler sur le pull. Je sentais son odeur m’entourer.

Je finis par me calmer de longues minutes plus tard, berçée par ses bras et sa voix. Je reposais dans les bras de mon grand-frère, mettant pour une fois de côté ma répugnance du contact. Les yeux dans le vague, je regardai la pénombre qui nous entourait, ne sachant fixer mon regard sur quoi que ce soit. Les battements de mon coeur s’était ralenti, mais ma frayeur était encore présente. C’était comme si tout s’était soudainement rappelé à moi, tout ce que j’avais essayé d’oublier avec tant d’ardeur. Mon esprit était assiégé par les images, les visions, la douleur. J’avais la sensation de sortir d’une apnée interminable. La surface était douloureuse. *Je veux plonger*, mais Narym ne me laissait pas, il me serrait si fort que je ne pouvais laisser s’échapper trop loin mon coeur. J’avais l’impression qu’avec ce seul geste, il parvenait à me garder entièrement près de lui. Pourtant, il ne pouvait rien faire contre les images de mon cauchemar.
Nous étions à demi affalés sur les couvertures froissées, les pieds de Narym flottant dans le vide, moi-même extirpée des draps. Je frissonnais discrètement mais ne ressentais pas le froid.

« C’est à cause de ce Charlie que tu t’es enfuie, Ely ? »

La voix grave de Narym ne bouleversa pas ma plénitude. J’étais épuisé, rien ne pouvait me forcer à éprouver de nouveaux sentiments intenses pour le moment.
Il pensait que Charlie était un garçon. C’était étrange de voir qu’il suffisait de ne plus rien contrôler pour retrouver des choses que l’on s’interdisait. Son prénom, Charlie, résonnait agréablement dans mes oreilles, même si entendre de nouveau cette sonorité me blessait le coeur. Cela faisait près de deux mois que je m’étais interdit de penser à elle par son prénom. Elle était “Elle”, “la Gryffondor” ou tout simplement rien, juste un concept, une idée dans mon esprit blessé.
Je soupirai en me dandinant pour me défaire de l’étreinte de mon frère. Il me laissa m’éloigner mais ne me quitta pas du regard. Je gardai tout de même sa grande main dans la mienne, plus petite. Il avait de longs doigts, sa paume, qui ne présentait aucun défaut, était recouverte de traces colorés, vestiges de je ne sais quel devoir d’enfant, corrigé à la lumière du feu.

*Il enjolive les choses*. Oui, Narym savait que je m’étais enfuis en parti parce que j’avais frappé Aodren. Il évitait de le dire, peut-être qu’il ne pouvait pas l’accepter malgré l’accueil qu’il m’offrait ? Mon coeur se serra en pensant que peut-être il me détestait, mais qu’il s’obligeait à m’heberger par gentillesse. Aodren était son frère aussi, il l’aimait comme il nous aimait tous, il était aussi très proche de lui, il ne pouvait que m’en vouloir d’avoir fait ce que j’ai fait. Je regardai ma propre main qui jurait avec la sienne. Là où celle de Narym était douce, les miennes étaient rugueuses, abîmées par des années de négligence et récemment par les coups que j’avais envoyé. Mes phalanges étaient boursoufflées, des traces de sang étaient encore visible, je m’étais arraché quelques ongles en griffant violemment la peau d’Ao’. Je serrais mon poing inconsciemment, la douleur explosa dans mes doigts mais je l’oubliai. *T’as mérité cette douleur*.

Une main se posa soudainement sur les miennes. Je levais des yeux douloureux sur Narym. J’avais déjà oublié la question qu’il m’avait posé. Il avait pu voir toutes mes émotions passer sur mon visage, il avait pu voir mes poings. Je me levais rapidement, je ne voulais pas qu’il les voit. Je cachai mes mains à ses yeux scrutateurs. J’avais réussi à lui cacher les vestiges de ma violence, j’espérais naïvement que cela resterait ainsi. Il n’y aurait qu’une seule chose qu’il pourrait se dire s’il voyait cela : elle l’a vraiment fait, elle lui a vraiment cassé la gueule. Je serrais la mâchoire, sentant mes yeux se remplirent une nouvelle fois de larmes. J’étais épuisé.

Narym se leva et s’approcha doucement de moi, comme s’il ne souhaitait pas m’effrayer. Il s’agenouilla, m’obligeant à lui donner mes mains. J’essayais de résister mais je ne pouvais rien face à ses yeux couleurs miel. Il prit doucement mes poings dans ses grandes mains, ouvrant un à un mes doigts meurtri. Il leva la tête vers moi, mais je ne le regardais plus. Je restais fixé sur l’image de ces mains d’enfants abîmés.
Comme une certaine Rouge et Or avant lui, il lâcha une de mes mains pour poser un doigt délicat sous mon menton, relevant ainsi mon visage vers lui. Contrairement à la réaction véhémente que j’avais eu face à Charlie, réaction que je regrettais encore, je ne fis rien. Je me contentai de rougir sous la force du regard de Narym Bristyle. Peut-être que ma Rouge et Or se vexerait en voyant que je laissais certaines personnes m'atteindre, mais elle ne pourrait jamais comprendre qu’elle m’avait eu comme jamais personne ne m’avait eu avant elle. Dans ce présent-ci, il n’y avait point d’océan tumultueux face à moi, il n’y avait point d’âme à décortiquer, à comprendre. Il y avait juste ces yeux fraternels que je connaissais tant, il n’y avait que ce frère qui persistait à vouloir me parler malgré mon comportement. C’était simple. Simple.

« Ely…, » dit-il, et mon coeur s’emballa « laisse-moi te soigner… »

Pourquoi Narym me laissait toujours le choix ? Il était doux lorsque Zak’ était brute, il était gentil là où ‘Naël ne me laissait pas discuter, il était compréhensif quand Ao’ était moqueur, il était souriant à ces moments où Papa et Maman étaient colériques. Tous autant qu’ils étaient étaient ainsi parce qu’ils s’inquiétaient pour moi et m’aimaient, je le savais - quoi que j’avais de sérieux doutes à propos d’Aodren, mais Narym était celui qui le faisait le mieux.

« Non, » murmurai-je d’une voix faible que je détestai, « je veux pas que tu me soignes, j’ai pas mal. »

Ne pouvant pas baisser la tête, je détournai le regard sur la couverture froissé qu’avait laissé mon cauchemar.

« Ne dit pas de bêtises, tu vois comme moi l’état de ta main, tu ne peux pas ne pas avoir mal… »
« Si, c’est le cas, » lui répondi-je en haussant les épaules, « t’as d’autres choses à faire, vas-y… »

Ma voix ne se montra pas aussi véhémente que je l’aurais souhaité, elle se contentait d’être platonique, ou au mieux pathétique. J’essayais de me libérer des mains de mon frère, mais sa poigne se fit plus forte ; il ne me laisserait pas partir.

« Je vais guérir ça. Avoir mal ne changera rien, et tu le sais. »

Comment faisait-il pour garder une voix si douce malgré l’autorité ? Je lui lançai un regard à la dérobé, il m’agaçait à insister, je pouvais refuser de guérir, non ? *Laisse-moi, s’il-te-plait, Narym…*, je ne voulais pas me disputer avec lui, mais ma fierté se refusait à présent de se laisser soigner.

« J’le ferai moi-même dans ce cas. »

Il ne me répondit pas. Il se contenta de me fixer, maintenant encore mon menton d’un seul doigt. Ce fin lien entre nous pouvait facilement être brisé, mais je ne le souhaitais pas. Il devait le ressentir, car il se rapprocha plus encore, et posa sa main sur ma joue.

« Narym, je…, » sa présence me bouleversait, « laisse-moi, s’il-te-plait, j’ai besoin d’être seule… »

Je sentai mes larmes se réunir, me forçant à papilloner des yeux.. Un brin de colère s’éveilla dans mon coeur, je me sentai si faible en ce moment. Il n’y avait rien que je détestais plus que de pleurer devant quelqu’un, que ce soit un membre de ma famille ou un parfait inconnu. Dire que Charlie m’avait sûrement vu pleurer… J’étais gêné à cette idée, même si la gêne n’était sûrement la partie la plus intéressante de notre relation. Je me demandai soudainement où elle était. Je ne savais pas si elle était resté à Poudlard durant toutes les vacances. Elle n’était pas dans le train lorsque je l’avais pris pour rentrer, mais cela ne signifiait pas qu’elle n’avait pas quitté le château depuis. *Est-ce qu’elle habite Londres ?*. Je n’en savais rien, je ne connaissais pas grand chose d’elle, je ne connaissais rien.
Si, je la connaissais. Je ne connaissais pas sa date de naissance, son lieu de vie hors de l’école, je ne savais même pas si elle connaissait la Magie avant d’arriver à Poudlard. Je ne connaissais rien de cela, mais j’avais l’impression d’avoir vu des choses plus intimes d’elle. Elle avait pu voir, elle, une partie horrible de moi, en cela elle me connaissait mieux que mes propres frères - cela venait de changer, me rappela le visage tuméfié d’Aodren. Et moi, j’avais vu qu’elle était prête à sacrifier énormément de chose pour… Pour quoi exactement ? Je n’en savais rien. Mais je savais qu’elle était capable de se blesser horriblement *pour toi*, me souffla une voix que je reniai aussi sec. Je ne connaissais pas ces détails dont devaient se délecter ses camarades de Gryffondor, mais j’avais eu un accès direct à Elle, et nous partagions une chose bien plus pure qu’un dortoir dans une vieille école. *De toute façon, j’ai perdu tout ça, y’a plus rien maintenant et elle m’a oublié…*, cela ne servait à rien de penser à de telles choses. De penser à elle.

« Non, » m’ascéna-t-il.
« Quoi ? »
« Je te laisserais tranquille, après avoir soigné tout cela, » sa voix était désormais sans appel.

Il se leva sans me lâcher. *J’vais pas partir*, pensai-je avec aigreur. Narym passa ses mains dans mon dos et me poussa doucement vers la porte de la chambre. J’avançai donc, le laissant me diriger, incapable de protester.

Nous traversions son salon pour aller dans la salle d’eau. Un salon familier, au couleur de la nuit et de la lune, avec des touches moldues qui m’avaient toujours intrigué. Il était plongé dans l’obscurité. La nuit était tombé, mais le sommeil m’avait quitté avant qu’elle ne prenne fin. Cela expliquait ma fatigue, et les cernes de Narym. Je m’en voulu aussitôt de l’avoir réveillé.
Dans la salle d’eau, Narym m’obligea à m'asseoir sur la baignoire pendant qu’il fouillait dans son placard. Il en sortit quelques objets que je ne reconnus pas. Des boites aux couleurs étranges, de fins morceaux de tissu blanc qu’il me fourra dans la main, des tubes. Pas de flacons, pas de potions, pas d’ingrédients. Que comptait-il faire de toutes ces choses ?

« Tu sais, » marmonai-je en tripotant les compresses, « je doute que ces choses moldues soient plus utiles que les potions magiques. »

Nar’ leva la tête et me souria étrangement avant de se lever et de quitter la pièce. Je me demandai si je l’avais agacé ; je me mordai la lèvre, honteuse. Finalement, il revint et me jeta ce qui semblait être une poche en cuir de dragon. Je l’attrapai maladroitement. A l’intérieur, il y avait des fioles en tout genre. Je lancai un sourire d’excuse à Narym qui se moqua de moi, puis me décidai à fouiller dans les fioles. Je les sortai une à une pour les poser sur l’évier, essayant de trouver à quelle potion correspondait chaque mélange.
Narym me prit les mains et les examina calmement. Je me laissai faire, l’esprit toujours tourné vers ce que contenait les fioles.

« Ta main gauche guérira rapidement, mais quelques doigts de la droite sont brisés. »

Il me dit cela d’une voix rauque, et lorsque je le regardai, il détourna rapidement les yeux. Je baissai aussi les miens, sentant revenir la boule qui me tordait l’estomac. Je voyais bien qu’il était difficile pour Narym de me soigner. Il savait que cette main s’était brisé sur le visage de son frère.

« Sais-tu quelle potion permettrait de soigner tes doigts, Aelle ? » me demanda-t-il soudainement.

Je le regardai, surprise. Il déballait une grande bande de coton. Il se débrouillait tant avec les choses moldue du quotidien, que je me demandais parfois s’il avait réellement été élevé par nos parents.
Je pris le temps de réfléchir avant de lui répondre. Je connaissais la réponse. Ou plutôt, je pensais la connaître. Il n’y avait qu’une seule potion avec une texture pâteuse et c’était celle-ci que l’on utilisait en baume. Après être certaine de pouvoir lui parler d’une voix unie, je me décidai à parler.

« Celle-ci. Elle permettra de diminuer l’enflure et… Et d’apaiser la douleur. »
« Les potions ne sont pas si ennuyeuses, n’est-ce pas ? » me nargua-t-il en étalant doucement la pâte sur mes mains.

Je lui souris, mais ne dit rien. Je le regardai s’occuper de mes mains. Je ressentais une douleur aiguë à chaque fois qu’il passait ses doigts sur mes phalanges et mes articulations blessées, mais je ne disais rien. Après avoir étalé de façon homogène la potion, il entoura doucement mes mains dans l’étrange bande en me signifiant que cela me protégerait et permettrait de faire pénétrer la crème. Puis il prit sa baguette et la dirigea vers ma main droite, celle où se trouvaient mes doigts cassés.
Tout simplement, il prononça un sortilège qui me glaça le coeur.

« Ferula. »

Ce sortilège que j’avais tenté de lancer sur des doigts, eux-aussi brisés. Ce simple mot qui n’avait que le but de réparer mon erreur et son comportement incompréhensible.
Ferula.
Dans ces six lettres, avaient contenu toutes mes émotions. Je me rappelai avec netteté ma frustration de ne pas réussir à faire quoi-que ce soit avec ce sortilège. Je n’avais pu soulager Charlie, comme je n’avais rien pu lui apporter de bon. Je m’accrochai à la baignoire avec la force du désespoir, faisait tout pour m’empêcher de fondre en larmes et de crier, crier, crier.

« Voilà, » s’éleva la voix de Narym. Et je le remerciai d’éloigner les souvenirs, « Je vais t’en mettre sur la pommette. »

Je fermai les yeux quand il approcha la crème de mon visage. C’était froid et désagréable. Ma main pulsait sous son bandage et l’attelle qui était apparu maintenait mes doigts si droit que je ne pouvais plus bouger les autres.

« Tu utiliseras le même flacon si tu as d’autres contusions. Et celui-ci, » dit-il en sélectionnant une potion et en rangeant les autres, « pour apaiser les autres douleurs. Je vais te préparer à manger, tu en as besoin. Je te laisse te soigner, Ely. Prends une douche, si tu as besoin. Tu te rappelle du fonctionnement ? »

J'acquiesçai en lui offrant un sourire que j’espérais convainquant. Il quitta la pièce en m’offrant un geste affectueux.
J’avais envie de me rouler en boule sur le sol. Mais puisque Narym allait s’inquiéter si je prenait trop de temps, je me levai et me déshabillai lentement.


~



28 décembre 2041 - 15h06
Salon de Narym - Londres
1ère année


D’un oeil morne, j’observai Narym s'abîmer les yeux devant une boite rectangulaire lumineuse. De ses doigts, il tapait furieusement sur une sorte de pavé noir emplit de minuscules carrés dont le bruit était insupportable. Les instruments et la voix qui s’égosillaient en bruit de fond ne suffisaient pas à couvrir ce bruit infernal.

Affalée sur la table du salon, un livre ouvert devant moi, des parchemins vierges recouvrant toute la surface métallisé, j’essayai sans trop d’effort de me concentrer sur un quelconque devoir. Je ne savais pas ce que j’essayais de travailler et ne m’en préoccupais pas. J’avais fini mes devoirs la première semaine de vacance, mais cela Narym n’avait pas besoin de le savoir.
Je lui avais demandé du parchemin lorsque, ne supportant plus de me voir regarder dans le vide, il avait voulu me mettre devant sa tévélision. Je n’avais plus l’âge de regarder les dessins ignobles devant lesquels il me placait, alors je lui avais dit qu’il pouvait bien allumer sa chose que je ne la regarderais pas. Il n’avait pas apprécié que je lui parle ainsi, cela se voyait dans ses sourcils froncés, mais je pense qu’il voulait me préserver après ce que j’avais vécu, alors il ne m’avait rien dit. Il avait fouillé dans toutes ses affaires moldues pour trouver les restes de parchemins qu’il avait, et me les avait donné. Je m’étais donc attablé et je faisais semblant de travailler depuis pour ne pas l’inquiéter. Je m’en voulais de réagir comme cela, surtout avec lui, mais je n’avais le goût à rien, je n’avais pas aimé qu’il me force à m’occuper.

Le souvenir de mon cauchemar était encore présent dans mon esprit.
Je n’étais pas apaisé. Je savais que Zakary rendait souvent visite à notre grand frère, ils passaient beaucoup de temps ensemble. A chaque bruit que j’entendais dans le couloir - je n’avais jamais habité dans un immeuble -, je sursautai stupidement, m’attendant à chaque instant voir Zakary entrer dans l’appartement. Puis je le voyais me fuir tout aussi vite, révulsé de la présence de sa soeur qui l’avait tant déçu. Narym m’avait dit que personne ne viendrait, que tous savait mais qu’il n’autoriserait personne à entrer. Il l’avait fait pour moi, et je lui en était reconnaissant. Mais n’étais-je pas ainsi comparable à un meurtrier que l’on hébergeait pour le sauver de la potence ? Si, si, je me faisais cet effet-là.

« Ely ? »

Je sursautai brusquement, retrouvant une position d’alerte, le coeur battant. Le rire de Nar’ s’éleva alors. Il s’était détourné de sa boîte lumineuse et me regardait. Le sourire sur son visage ne cachait pas son air soucieux, je me demandais s’il s’en rendait compte. Je le regardai d’un air interrogateur. Est-ce qu’il avait remarqué que je ne travaillais pas ? Avait-il compris que je lui avais menti afin d’avoir la paix ?

« Cette fille... »

Je me refermai aussitôt, plongeant la tête sur mon parchemin.
Le kiosque, les cris, le froid. La folie, la colère. La folie.
Notre rencontre n’avait pas été glorieuse, et je doutais fortement que la fille en garde un bon souvenir. Je soupirai légèrement en jetant un regard à mon frère. Je n’oserai jamais lui dire que je ne me rappelais pas de grand chose.

« J’aimerai que tu lui envoie un hib…, » commença-t-il.
« Hors de question, » crachai-je sans pouvoir me retenir.

Il me regarda d’un air étonné, puis se leva de sa chaise pour me rejoindre.

« Aelle, elle t’a aidé ou du moins a voulu le faire. Nos parents ne t’ont pas élevé comme cela, alors tu dois la remercier. Et je veux aussi que tu lui envoie une lettre que je lui ai écrite. »

A ses mots, je levai précipitamment la tête vers lui. Lui écrire ? Pourquoi lui avait-il écrit, qu’avait-il à lui dire ? Je sentai ma colère revenir doucement. Tout cela était injuste. Et idiot. Je ne voulais pas lui écrire, qu’avais-je à lui dire ? Nar’ ne connaissait pas l’histoire, il ne pouvait pas se douter que j’étais la seule à être véritablement en tort, même si j’avais du mal à me l’avouer. Il était hors de question que je m’excuse, elle n’avait pas à me dire ce qu’elle m’avait dit, peu importe ce qu’elle en pensait.
Nos parents ? Je laissai m’échapper un ricanement moqueur. J’eu envie de lui dire : “et nos parents, ils nous élever à nous frapper les uns les autres, Narym ? Non, donc je n’enverrais aucun hibou !”, mais il était hors de question que je le fasse.
Dans un comportement enfantin, je croisai les bras sur ma poitrine, avec l’espoir de faire fuir l’homme. Il n’était cependant pas professeur pour rien, et il tira une chaise pour s'asseoir près de moi. Il était hors de question que je fasse quoi que ce soit.

« J’ai rien à lui dire, » marmonai-je pour m’empêcher de dire d’autres mots.
« Ce n’est pas la question, remercie la de ne pas t’avoir laissé seule,  » me dit-il intransigeant.
« J’peux pas. Je connais pas son nom, » lui lancai-je.
« Aelle.., » soupira Narym. Puis il se redressa et se dirigea vers un meuble, « De toute façon, je le connais son nom. Athéna Aronov. »

Mon visage se tordit en une grimace dédaigneuse. Je m’empêchai de répondre à Narym, de peur de me montrer virulente.
Il rit. Tout simplement. Et il revint en m’imposant une courte feuille de parchemin et un vulgaire stylo moldu. Il s’éloigna en me disant de l’appeler si j’avais besoin d’aide avec ma main.
Tout simplement. Je le connaissais assez pour savoir qu’il reviendrait dans quelque temps pour récupérer la lettre qu’il pensait que j’aurais écrit. Ce qui était hors de question.

Les minutes passaient sans que je ne bouge. Je ruminais à propos de la fille du kiosque. Que m’avait-elle amené si ce n’est la colère ? Rien. Si elle ne s’était pas présenté, sous ses faux airs de bonne samaritaine, je ne me serais pas mise en colère. Elle m’avait menacé ! Je voulais crier ces mots à Narym, lui faire comprendre que je ne pouvais pas être redevable. Mais c’était mes affaires, et il n’avait rien à y faire.


~



28 décembre 2041 - 15h50
Balcon de l’appartement de Narym - Londres
1ère année



Tremblante, j’attachai les lettres à la patte que me tendait l’hibou. Il y en avait deux. Une plus épaisse que l’autre. Une moins importante que l’autre. Je tenais l’animal dans mes mains, soudain réticente à l’idée de le laisser s’envoler. Il faisait froid, sur ce balcon, mais l’air frais me faisait, pour une fois, un bien fou. Elle m’isolait de ce frère que j’aimais tant mais qui faisait tout pour occuper ma solitude.
Discrètement, je tournais ma tête pour regarder au travers la fenêtre du salon. L’homme était toujours en train de s'abîmer les yeux sur cette grande boite grise.

Je l’aimais, mais c’était si dur de lui faire face. Je m’étais retenu toute la journée de me rouler en boule pour oublier. Les douleurs de mon corps ne me permettaient pas de me perdre dans mes pensées. C’était le but. J’avais dit à Narym avoir utilisé ses potions pour me badigeonner le corps, mais j’avais menti. J’avais besoin de me ressentir.
Je l’aimais. Mais je n’avais qu’une hâte : être de retour à Poudlard pour me plonger dans la torpeur qui me guettait.

Je soupirai en regardant les lettres. J’avais envie de les rouler en boule et de les jeter. Mais Narym me surveillait du coin de l’oeil. J’avais écrit sa lettre, et je n’avais pas apprécié. Voyant que je ne faisais rien, il s’était approché et avait posé près de moi une enveloppe encore ouverte. Il m’avait dit : « je lui ai écrit ma lettre, et toi ? ». Je n’avais pas répondu. Il avait alors eu un sourire d’une tendresse inacceptable, et il avait plongé ses yeux dans les miens. « S’il te plait, pour moi. Je trouve que c’est la chose à faire ». Alors je l’avais regardé, et je m’étais senti pitoyable. Et cela m’avait donné plus encore l’impression que je n’avais rien à faire dans cette famille. J’avais écris, parce que je ne voulais pas perdre Narym. Je n’avais plus de larmes pour pleurer, mais mon coeur avait encore la place pour souffrir.

Perdu dans mes émotions, j’avais fait autre chose. Une chose que j’avais peur de regretter, mais qui faisait palpiter mon coeur avec tant de force que j’avais l’impression de m’envoler.
Les images étaient toujours présentes dans mon esprit. Celles de mes cauchemars, celles des derniers jours. Je gardai précieusement les lettres qu’Elle *Charlie* m’avait écrite mais je ressentai douloureusement la perte de son présent. Il me semblait avoir perdu autre chose avec.
J’avais eu ce besoin, juste un instant, de lui montrer mon existence et de lui dire pardon. De m’excuser, et de lui montrer que je souffrai pour elle. Moi aussi.
*T’as vu charlie ? T’as vu ? Moi aussi je souffre pour toi. Laisse-moi… Laisse-moi revenir…*.
J’avais tellement peur de sa réponse. Mais je devais le faire.
Alors je le fis.

L’hibou piailla dans mes mains. Il avait un pelage brun doux au toucher, et ses grands yeux jaunes me regardaient avec curiosité.
Frissonnant quand le vent me balaya les cheveux, je me décidai à le lâcher, après un léger baiser et un murmure :

« D’abord chez les Aronov, Fehu, puis à Poudlard pour trouver… Pour la retrouver. Charlie. Vole, mon beau. »

*J’espère qu’il la trouvera*, me dis-je en regardant disparaître son ombre dans le ciel sombre de Londres.

*Charlie*.
J’aimais la musique de ce prénom. J’aimais me le chuchoter. Je n’arrivais pas à l’éloigner de moi.
*Charlie*.
Mon coeur manquait un battement à chaque fois que j’y pensais.

« Charlie, » chuchotai-je en levant le visage vers le ciel, « Charlie. »

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FIN[/center]

Éclabousse ; le Goudron de tes Souffrances se dilue dans ma Profondeur.