Cité de Londres

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 RPG++   OS  Le Premier ministre

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Une vieille tradition anglaise veut que le ministre de la Magie nouvellement élu se présente le jour même de son élection au Premier ministre, le seul Moldu à connaître l’existence officielle du monde de la magie. Cette rencontre n’a pas d’autre but que de rassurer le Premier ministre quant à la bonne marche des évènements dans le monde de la magie. En général, cette rencontre est la seule à avoir lieu au cours du mandat des deux représentants, sauf grands bouleversements dans le monde de la magie.


J’émergeai de la cheminée dans un flamboiement verdâtre, l’estomac encore tendu par le voyage éclair. Un vieux tic me faisait épousseter ma tunique bleue du plat de la main pour en chasser une poussière invisible. Je m’empêchai de jeter un coup d’oeil curieux autour de moi, cela aurait fait mauvais genre et contribué à tendre une atmosphère déjà lourde par nature. Je posai plutôt un regard entendu sur le Premier ministre dont le visage rond et l’épaisse moustache m’évoquaient la tête d’un morse. Ses traits crispés n’en renforçaient que davantage la comparaison. Chassant l’image de ma tête, je lui souris puis je m’inclinai légèrement.

« Monsieur le Premier ministre, c’est un honneur, dis-je avec courtoisie. »

« Où est passée cette femme un peu perchée qui m’a rendu visite, il y a de ça quoi… six ou sept mois ? »

Sans me départir de mon sourire, je me redressai et croisai mes bras dans mon dos. On m’avait prévenu : le personnage manquait de tact et vraisemblablement de patience. Les Moldus aimaient sans doute être gouvernés par des personnalités volcaniques qui menaçaient à tout instant d’exploser.

« Madame Slughorn s’est retirée de la vie politique, répondis-je avec calme. Notre monde a subi quelques turbulences ces dernières semaines qui ont durement éprouvé mon prédécesseur. »

« Qu’entendez-vous par turbulences ? »

« Puis-je ? je désignai l’une des deux chaises placées devant le bureau du Premier ministre. »

Je vis quelques étincelles danser dans les yeux marron de mon interlocuteur. S’il ne me refusa pas la chaise, il ne me l’accorda pas pour autant. Je pris cette absence de réaction pour un « oui » et tirai la chaise pour m’y asseoir. Les bras appuyés sur les accoudoirs, je croisai mes doigts devant ma poitrine et entrepris de sélectionner les informations avec le plus grand soin.

« Un groupe de sorciers pratiquants la magie noire a essayé de s’en prendre à notre école de magie ainsi qu’à l’école de magie française, répondis-je en soutenant le regard de fauve du Premier ministre. De nombreux agents de mon ministère sont morts en défendant nos positions. Mais grâce à nos précieux alliés, nous avons détruit la menace que faisait peser ce groupe sur notre monde. »

Le Premier ministre sourit. Il y avait derrière ce sourire une moquerie non-feinte qui me laissa de marbre. Que pouvait-il bien comprendre à tout ça ?

« Elle paie son incompétence, commenta-t-il en bombant le torse. Dire que les Travaillistes ne perdent pas une occasion de critiquer ma politique ; ils se riraient de vous autres. Ma politique est ce qu’elle est, mais en attendant aucun décès au sein de mon administration n’est à déplorer. »

Il étouffa un rire puis il plissa les yeux.

« Et vous, vous êtes quoi ? Il me balaya d’épaule à épaule. Un homme d’affaires ? »

La condescendance de mon interlocuteur glissait sur moi comme l’air conditionné de son bureau. Chercher le conflit avec un tel personnage était parfaitement inutile et contreproductif. Rien de ce qu’il pouvait dire ne pouvait m’atteindre moi ou le ministère de la Magie. Avait-il seulement conscience qu’il n’avait aucun pouvoir face à moi ?

« Un artisan, monsieur le Premier ministre, répondis-je, toujours avec courtoisie. D’ailleurs, il y a quelque chose que je souhaite vous offrir. Tenez. »

J’enlevai l’une des bagues en or autour de mon index droit et la posai bien en évidence sur le bureau. Six runes scintillantes étaient gravées à sa surface.

« Vous pouvez garder vos babioles pour vous. Je peux m’acheter autant de bagues que je le souhaite. »

« Elle est en or de Gobelin, l’or le plus pur qui existe sur terre, expliquai-je en balayant son refus. Les symboles que vous voyez scintiller à sa surface sont autant de protections magiques qui vous préserveront d’une défaite annoncée aux prochaines élections. Je crois savoir qu’elles auront lieu dans un peu moins d’un an et que les sondages vous donnent largement perdant. »

En plein dans le mille ! Le visage du Premier ministre prit une belle teinte cramoisie tandis que je le vis reconsidérer les choses en abaissant fébrilement ses yeux sur la bague. L’emprise du pouvoir sur l’homme semblait plus forte encore chez les Moldus. Je me levai, imposant mon mètre quatre-vingt-dix à mon interlocuteur dont l’assurance des débuts s’était liquéfiée comme un glaçon abandonné au milieu d'un désert.

« Elle est à vous. A présent excusez-moi monsieur le Premier ministre, mais une délégation iranienne m’attend. »

Je le vis prendre appuis sur ses accoudoirs, mais lui fit signe de rester assis d’un regard un peu plus appuyé.

« Ce ne sera pas nécessaire. »

Une poignée de secondes plus tard, j’émergeai d’une cheminée plus imposante que celle du Premier ministre, dans un bureau spacieux et décoré avec le plus grand soin : mon nouveau bureau.

« Il a accepté ? me demanda ma première assistante sans me laisser le temps d’épousseter ma tunique. »

« Je ne lui en ai pas laissé le choix, répondis-je en lui adressant un clin d’oeil. Il est persuadé que cette bague lui assurera un nouveau mandat. S’il vous plaît, Béatrice, prévenez le Bureau de régulation des protections magiques que le Premier ministre moldu est désormais raccordé au réseau. »

[FIN]