Cité de Londres

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La Chute d'Icare  Solo 



Le menton relevé face au miroir, elle toucha du bout des doigts la minuscule cicatrice qui demeurait sous sa mâchoire. Elle sourit de son ridicule. La grande directrice de Poudlard, oui. Celle qui avait fait la une des journaux, que des petites sorcières en puissance avaient apparemment pris pour modèle – elle n’y croyait toujours pas vraiment – cette grande dame, rater un transplanage, atterrir la tête dans une boue glaciale, et perdre un bout de peau au passage. Splendide. Tout ça parce que maman lui avait dit non.

Devant ce miroir, Kristen s’obligea à simplifier la situation à l’extrême, créant toujours plus d’arguments pour appuyer l’idée qu’elle était un être tout à fait misérable. Il lui fallait se dénigrer à ce point pour trouver quelque part la force de se reprendre en main – elle était pour elle-même le pire juge qu’elle pouvait trouver. La vision de son épouvantard surgit à nouveau : cette créature, entre l’Inferius et le gobelin en décomposition, cette créature qui n’était autre que son reflet au point le plus bas. L’allégorie de la faiblesse. Elle sourit encore, imposant une ironie des plus désagréables à son reflet. « Déchet, pourriture » et autres termes du lexique des ordures fleurissaient dans son esprit alors qu’elle se regardait. Elle se demandait d’ailleurs pour quelle sombre raison elle avait réparé ce miroir, qu’elle avait cassé quelques mois plus tôt. Un élan de culpabilité, peut-être. Certainement pas de la superstition, en tout cas : il lui semblait qu’elle aimait beaucoup quand des chats noirs cassaient des miroirs sous des échelles.

Elle observa sa main droite, littéralement déchiquetée par la magie noire qui la rongeait. C’est ça, ta force, hein ? Une main presque morte. Elle tendit le bras, se concentra, et sa peau fut bientôt couverte de taches noires mouvantes. Elles se détachèrent, de petites boules gravitèrent autour de sa main, puis de son poignet, et alors que Kristen murmura quelques mots inaudibles, les boules s’ouvrirent, des ailes se déployèrent. C’était douloureux, cela ne servait présentement à rien, mais elle ne pouvait pas s’empêcher d’essayer sans cesse. Il fallait qu’elle contrôle tout à fait ce pouvoir.

La fenêtre claqua, et des bruits de pas se firent entendre derrière elle. Sans se retourner, elle dit d’une voix lasse :


« Bal. Je n’aime pas quand tu entres sans prévenir. »

Elle entendit encore les pas résonner dans la pièce, et finalement, un bruit de tissu et de choc. Kristen se retourna, l’air mécontent. Baldur Feuerbach était avachi sur son siège, derrière son bureau.


« Je m’en tape, dit-il en mettant les pieds sur le bureau. »

En constatant l’aspect les papillons noirs volant autour de Kristen, il reprit :

« Pas mal, encore du progrès ! Ils sont méchants ? »

Sa concentration évaporée, les papillons en firent de même, et chacun se désintégra, laissant derrière eux de grandes colonnes de fumée noire. Il lui fallait plus d’entraînement pour gagner en endurance, et l’ironie de Bal n’aidait pas à la concentration.

« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle. »

Il posa négligemment sa joue dans sa main.

« J’observe les progrès de mon élève. »

Kristen se retourna en sifflant entre ses dents et attrapa sa cape sur le porte-manteau. Elle retourna vers le bureau, ignorant totalement celui qu’on appelait l’Aigle Rouge du Brandebourg, et prit sur la table sa paire de gants en cuir. Lorsqu’elle approcha sa main droite du champ de vision de Baldur, il ouvrit de grands yeux émerveillés, mais elle n’y fit pas attention. La fascination qu’il éprouvait pour cette main rongée par une magie dévastatrice était à hauteur du dégoût que Kristen éprouvait pour cette même chose ignoble. Elle s’éloigna, enfila ses gants.

« Je dois y aller. Ne reste pas là. »

Il enleva ses pieds de la table et s’avança, visiblement surpris.

« Où vas-tu ? »

Kristen ajusta un peu plus ses gants et son col, arrangea ses cheveux, sans prêter attention à l’animagus assis derrière son propre bureau.

« Je ne crois pas que cela te regarde. »

Il se leva et fit le tour du meuble. Les jambes croisées et les mains posées sur la table, il observait Kristen avec un peu de hauteur.

« Le Ministre ? »

Kristen se retourna et haussa un sourcil surpris. Elle commençait à comprendre pourquoi Bal se méfiait de plus en plus d’Arseni. En fait, il n’aimait pas que l’on touche à ses affaires, et Baldur considérait Kristen comme une chose lui appartenant tout à fait. Il s’amusait parfois à jouer les romantiques, faisant passer cela pour quelque sentiment chevaleresque, mais cela ne prenait pas. La directrice de Poudlard avait parfaitement connaissance des motivations de cet homme, et elles étaient loin d’être louables.

« Pas du tout. »

Bal s’approcha, son air devint beaucoup plus sévère.

« Alors où ? »

Une chaîne dorée dépassait de la poche de la cape de Kristen. Baldur la remarqua et la tira vers lui. C’était un pendentif doré, décoré de petites gravures. On aurait pu le confondre avec une montre à gousset, mais lorsqu’on l’ouvrait, on y découvrait un miroir. En vérité, c’était un miroir à double sens. Kristen les avait depuis quelques temps, mais n’avait su qu’en faire après le départ du professeur Tourmaline, avec qui elle l’avait partagé un temps. Bal grimaça.

« Tu as trouvé un partenaire ? »

Kristen serra le poing et répondit sans être capable de desserrer tout à fait la mâchoire :

« Rends-moi cela immédiatement, si… »

Bal partit instantanément dans un rire incontrôlable.

« Sinon quoi ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Eh bien, j’espère que tu es plus convaincante quand tu menaces les vieilles sorcières dans la rue. »

Kristen bouillonnait, mais elle savait que dans son état, elle ne pourrait rien contre lui. Bal avait toujours été comme ça. Parfaitement conscient de son pouvoir démentiel, il ne craignait aucune menace, et ne manquait pas une occasion de faire peser sur les autres toute la hauteur de sa confiance en lui.

« Allez, dis-moi à qui tu vas le donner, et je te le rends. Sinon, il sera pour moi. Quel beau cadeau… Et tu t’estimeras heureuse, ça m’évitera le voyage et je ne viendrai plus à l’improviste. »

La directrice de Poudlard soupira longuement en fermant les yeux. D’un ton las, elle dit :

« La plupart des élèves sous ce toit ne sont pas si puérils. Il est pour Owen. »

Bal ouvrit de grands yeux et hocha vivement la tête, l’air de dire qu’il comprenait tout à fait. Il tendit le pendentif à Kristen en détournant le regard. Cette fois-ci, il secouait la tête et fermait les yeux, un sourire amusé sur le visage.

« Ah oui, ce petit bâtard. »

La poitrine de Kristen se gonfla quand elle saisit la chaîne et remit vivement le pendentif dans sa poche. Elle y trouva aussi sa baguette, qu’elle ne put s’empêcher de serrer de toutes ses forces. Elle pouvait tolérer bon nombre de choses venant de cet homme – il y avait un peu de peur qui lui permettait de rester raisonnable, et surtout l’envie de faire aboutir ses projets, mais personne ne pouvait s’attaquer à son fils. Baldur, bien droit et les deux mains dans les poches de son pantalon, servit un sourire et un regard complaisants à la directrice.

« Allons, Kristen. Ne fais pas de bêtises. »

La pression qu’elle effectuait sur sa baguette s’amoindrit, mais elle garda sa main dans sa poche. Elle le fixait d’un regard noir, tandis que lui l’observait comme une pauvre petite chose inoffensive, qui sortait les crocs mais tremblait, la queue entre les jambes. Elle se retourna, faisant voler sa cape, et transplana, gardant dans son esprit le sourire insolent de Baldur Feuerbach.

Dernière modification par Kristen Loewy le 12 mars 2016, 12 h 22, modifié 1 fois.

D'un simple coup de dés, j'ouvre le musée des horreurs

La Chute d'Icare  Solo 



Quand ses pieds se posèrent sur les pavés humides d’une ruelle déserte, elle se retourna face à un mur, animée par sa colère, sortit enfin sa baguette qui brûlait d’extérioriser, et lança un sort au hasard sur ce mur qui n’avait rien demandé à personne, prononçant une injure à l’égard de Feuerbach, comme si cela avait été une quelconque formule magique. Les pierres se fendirent et quelques morceaux tombèrent. Elle était à nouveau à Rye, qu’elle avait détesté et qui désormais lui semblait plus beau que tout autre village.

~~~


ONZE ANS PLUS TÔT

Le vent soufflait et emportait la mer avec lui. Les vagues se fracassaient contre la falaise. Tout en haut, les pieds au bord du gouffre, se tenait une jeune femme. Elle était brune, ses cheveux étaient ramassés dans un chignon désordonné, à moitié détaché par le vent, et quelques mèches tombaient sur ses yeux bleus. Certaines rafales inattendues semblaient la pousser vers le bord, et chaque bourrasque provoquait en elle une nouvelle montée d’adrénaline. À chaque fois qu’elle manquait de tomber en avant, un sourire naissait sur ses lèvres.

Elle venait de terminer ses études. Diplômée de la Grande École de l’Art du Duel d’Écosse, sortant dans les meilleurs de sa promotion avec d’excellents résultats, elle avait également l’avantage d’avoir fait avant cela deux ans dans une Faculté de Soins aux Créatures Magiques, ce qui lui offrait un grand nombre de possibilités dans le monde du travail. Elle se consacra plutôt à la recherche en autodidacte, intéressée par les liens entre les créatures magiques et les différentes formes de magie. Elle avait une vie bien rangée, tout allait bien. Aucune embûche, aucun obstacle. Elle se laissait aller sur la pente glissante du succès. Et finalement, elle exécrait cela.

Il lui fallait découvrir de nouvelles choses, voyager, trouver sa dynamite. Effrayée par la routine, par le fait de vieillir et par l’ennui du quotidien, elle s’était donné le devoir de s’animer par de nouvelles expériences. Abrutie par ces vingt-six ans à toujours se ranger dans le moule, bien droite et on serre les pieds, garde à vous, chef ! on bosse, on a des bonnes notes, c’est gentil d’être gentil, papa et maman sont fiers de moi, et tout ce qui suit ; elle ressentait maintenant l’envie frénétique de faire tout, et surtout n’importe quoi. S’en aller, profiter, défier. Elle avait fait ce qu’on attendait d’elle, le contrat était rempli, elle ne devait plus rien à personne.

Un dernier coup de vent, et elle tendit les bras. Elle laissa son centre de gravité remonter et se sentit tomber en avant. Elle fermait les yeux et son visage affichait un air conquis, plus paisible que jamais. La chute lui fit une sensation de vide dans l’estomac, son cœur palpitait plus vite et plus fort, l’air battait ses tempes et ses cheveux, enfin, étaient tout à fait défaits. Les bras toujours écartés, les jambes serrées, elle entreprenait un long plongeon du haut de la falaise du conformisme. Ses bras se resserrèrent en haut de sa tête : le plongeon allait prendre fin. Au moment où les embruns commencèrent à humidifier son visage, où les rochers s’approchaient dangereusement, elle pensa à un monde meilleur, un monde qui lui appartiendrait. Elle irait à sa conquête.


~~~


Le Brandebourg était un des Länder les moins densément peuplés d’Allemagne. Il enlaçait Berlin de son vide et de ses larges étendues de pins, friands du sol sablonneux de la région. En vérité, on se rendait compte en survolant Berlin que rien ne subsistait au-delà des limites de la ville hormis la végétation. Sans banlieue très affirmée, la ville semblait ridicule. On se perdait donc vite dans le Brandebourg, et ce Land était particulièrement propice aux contes et légendes les plus incroyables. On se plaisait à raconter que dans la forêt de pins se dressait une cabane de bois sur pattes, qui se déplaçait chaque nuit, et dont la cheminée fumait les soirs de pleine lune. Les enfants racontaient parfois que certains d’entre eux s’étaient fait enlever par une sorcière toute de noir vêtue, avec un nez crochu, un chapeau pointu, un chat noir et tout ce qui suit. Lorsque Kristen entendait ces histoires, elle ne pouvait réprimer un sourire : s’ils savaient ! Les adultes les moins attachés à leur image de personnages tout à fait responsables et étrangers à ces sornettes affirmaient avoir vu un aigle rouge survoler la forêt, une nuit. De cela, Kristen ne pensait rien. Après tout cela aurait pu être vrai, même si bien souvent, les Moldus s’imaginent remarquer d’étranges phénomènes là où il n’y a rien ; et à l’inverse, quand la magie pointe de façon évidente le bout de son nez, ils ne remarquent rien. Quelque chose en eux devait tourner à l’envers.

L’avantage de l’Allemagne résidait incontestablement dans le fait qu’elle était peuplée par des Allemands. On ne se figure pas assez la bienveillance des Allemands à l’égard des étrangers. Kristen fut très bien accueillie à Berlin, et elle vécut en toute tranquillité sa vie de débauche et d’inconscience. Le matin, elle ne faisait rien, l’après-midi, elle découvrait, le soir, elle buvait, fumait et abusait de produits pas nécessairement conseillés pour le bon fonctionnement des neurones, dans son abandon, elle chantait et dansait. Les sorciers de Berlin avaient leur propre marché noir. Semblable à l’Allée des Embrumes, tout un hangar désaffecté servait aux échanges de produits illicites de fabrication typiquement sorcière. Des potions aux propriétés hallucinantes, qui vous donnaient l’impression d’être le roi du monde, de pouvoir tout tenter et surtout, tout réussir. La sensation du Felix Felicis, sans les effets. D’autres vous emmenaient dans un monde parallèle, où tout était plus merveilleux : le sol vous faisait la sensation de nuages moelleux, la pluie devenait un phénomène hilarant, les sens étaient surdéveloppés. Toujours aux aguets. Des réflexes exceptionnels.

Ce que quelques jeunes avaient déjà arrêté, s’apercevant que non, ce n’était pas bien, Kristen tombait juste dedans. Heureusement – ou malheureusement – elle n’était pas la seule à y être restée, à son âge : la proportion d’adultes approchant la trentaine encore totalement dépendants de cette vie illusoire et dangereuse est inimaginable pour ceux qui ne s’approchent pas de ce milieu.

C’est dans ces conditions qu’elle rencontra Baldur Feuerbach.

~~~


AUJOURD’HUI

Kristen se détendit, rit de sa réaction puérile et sortit de la rue. Elle observa l’environnement. Le soleil de l’après-midi s’affaiblissait, séchant faiblement les pavés, tandis que le crépuscule se levait. Elle plissa les yeux en se remémorant l’emplacement des lieux de ce village, ce qu’elle n’avait pas eu le temps de faire à Noël. Ici, la boulangerie ; là, l’épicerie, les habitations, et au bout de la rue, là-bas, la maison. Kristen se retourna et s’engagea dans une nouvelle rue, plus large. Il y avait là un petit bâtiment devant lequel s’amassait une foule d’adultes, attendant les bras croisés. Kristen, après les avoir analysés et vérifié qu’aucune présence ne lui était indésirable aux alentours, les imita. Elle aimait être là, à croiser les bras et attendre, et il lui semblait même qu’il ne pouvait pas exister de sensation plus agréable.
Dernière modification par Kristen Loewy le 12 mars 2016, 12 h 22, modifié 1 fois.

D'un simple coup de dés, j'ouvre le musée des horreurs

La Chute d'Icare  Solo 



L’école était enfin finie ! Owen s’étira de tout son long sur sa chaise, quand sa maîtresse lui fit un regard qui voulait clairement dire qu’il fallait arrêter : un peu de tenue ! ce n’est pas parce que la sonnerie a retenti que tu es chez toi ! Bon, bon, d’accord… il finit tout de même de s’étirer, car ces choses-là ne s’interrompent pas comme ça, et il prit son cartable. Dans le couloir, il prit son manteau et dans la poche de celui-ci, son bonnet, qu’il enfila tout de suite. Il se sentait si bien, avec ce bonnet ! Et puis, ça lui donnait un air de grand. Pendant l’opération, un de ses camarades le bouscula et s’excusa tout de suite. Owen lui répondit par un regard supérieur. Misérable, si tu savais ! Je suis un magicien moi, et oui, un vrai ! En vérité, certains événements lui avaient laissé pensé qu’il était un sorcier, comme papy et mamie et papa et maman, et puis comme papou (le papa de papa) mais pas comme mamou, qui elle était une Moldue. Elle était un peu nulle du coup, mais bon, elle était gentille quand même et elle faisait de chouettes gâteaux. Une fois, Owen avait fait peur à un chat errant en faisant bouger le couvercle de poubelle, et cela l’avait convaincu : il allait devenir le plus grand magicien de tous les temps, encore mieux que Merlin lui-même.

Owen traversa le couloir avec sa classe, et lorsqu’ils passèrent le portail d’entrée, quelques enfants levèrent les bras au ciel comme criant presque victoire en se jetant sur leurs parents. Owen savait que personne ne l’attendrait avant dix bonnes minutes, puisque mamie devait finir son émission avant et papy faisait son travail, auquel Owen ne comprenait pas grand-chose. Papy, il était même plus obligé de travailler mais il le faisait quand même, parce qu’il aimait beaucoup trop faire plein de trucs, alors que mamie, ça la dérangeait pas d’être assise dans le canapé avec ses chocolats et son émission préférée, un genre de machin où y a un monsieur qui parle à des vieilles madames en leur donnant des conseils et en essayant de leur vendre des produits contre les rides. A la fin surtout, il y avait le grand jeu de l’émission, et mamie ne pouvait pas louper ça. En attendant donc, il resterait avec la maîtresse, Madame Marsh, qui, même si elle grondait parfois, était gentille. Tout le monde était parti, sauf ceux qui allaient à l’étude parce que vraiment, leurs parents craignaient. Madame Marsh avait l’habitude de devoir attendre quelques minutes de plus avec Owen, alors elle ne dit rien.

Plus les enfants s’éloignèrent avec leurs parents, plus une silhouette qui, elle, ne bougeait pas, put se démarquer. C’était une grande dame en noir, qui regardait à travers le portail avec des grands yeux bleus et en faisant le tourniquet avec ses mains gantées. Elle n’avait pas l’air dans son état normal. Cette dame, c’était la même que celle qu’il avait vue à Noël, plus de doute possible maintenant. Cette dame, c’était sa maman. Owen, qui tenait son cartable dans sa main, le lâcha et se précipita vers elle, manquant presque de tomber. Alors qu’il avait failli faire une belle chute, sa mère eut un sursaut et s’avança d’un pas. Mais elle ne bougeait pas plus que cela, elle était un peu comme une statue. Arrivé à son niveau, Owen ralentit et l’observa en levant la tête.


« Maman… ? essaya-t-il avec une petite voix. »

Elle se baissa afin de mieux le voir. Il avait tant changé : les enfants changent tellement vite. La dernière fois, c’était encore un bébé, il rentrait à peine à l’école. Ses yeux étaient chargés d’émotion. Ceux d’Owen aussi. Ils restèrent là, à se regarder en chiens de faïence, avant que Kristen ne le prenne dans ses bras. Owen était immobile, les bras ballants. Il ne comprenait pas : pourquoi est-ce qu’elle était là, maintenant ? Pas de nouvelles et boum, la voilà ! Enfin revenue de ses aventures au bout du monde ? Est-ce qu’elle avait vu des dragons ?

La maîtresse s’approcha avec un air circonspect. Elle avait rapporté le cartable d’Owen. Devant l’arrivée inopportune de cette femme, Kristen se releva. Elle essayait de faire paraître la situation normale, de garder son calme. Elle retenait toutes ses émotions dans son cœur, s’efforçait de les renfermer, et cela lui serrait la poitrine. Owen se retourna. Il était rayonnant, visiblement très fier.


« Bonjour, Madame. Vous êtes de la famille ? »

La ressemblance entre Owen et sa mère était absolument frappante, et Chloe Marsh n’était de toute évidence pas passée à côté. Cependant, elle ne pouvait pas laisser les enfants partir avec n’importe qui, et cette femme-là, elle ne l’avait jamais vue venir chercher le petit garçon, même si celui-ci semblait ravi de la voir. Kristen tendit sa main gantée et esquissa un petit sourire. Ses gestes étaient bizarres, noyés sous l’émotion qu’elle éprouvait de retrouver son fils après trois ans sans l’avoir vu, et paradoxalement, ils lui paraissaient naturels, comme si saluer l’institutrice de son fils était un geste d’un quotidien enfoui, inconnu.

« Absolument... Kristen Loewy. Je suis sa mère. »

Madame Marsh saisit sa main. Elle n’avait pas vraiment l’habitude des poignées de main avec les parents d’élèves, et cette femme-là semblait en imposer naturellement. Elle éprouva une drôle de sensation. Peut-être une femme politique, ou une de ces personnes très formelles et très importantes. A bien la regarder, elle lui disait vaguement quelque chose. Est-ce qu’elle l’avait déjà vue quelque part ?

« J’peux y aller, maîtresse ? »

Owen attrapa la main de sa mère et regarda sa maîtresse avec des yeux aussi grands que son sourire. Kristen la fixait aussi, avec un regard plus insistant encore. Chloe Marsh se sentait presque cernée. En lui tendant son cartable, elle dit lentement :

« Oui, oui, vas-y… »

Kristen fit un plus grand sourire et Owen sautilla sur place, tirant sur la main de sa mère. Celle-ci salua poliment l’institutrice et ils se retournèrent. En rentrant chez elle, Chloe Marsh mènera son enquête afin de savoir où elle avait pu croiser se visage. Quand elle demandera à son mari s’il ne connaissait pas une certaine Kristen Loewy, lui, si cela ne lui disait pas quelque chose, il lui sortira un ancien numéro de la Gazette du Sorcier avec son nom et sa photo en couverture : Kristen Loewy, nouvelle directrice de l’école de sorcellerie Poudlard.

Après s’être éloignés de l’école, Kristen observa attentivement autour d’elle, serrant fermement la main de son fils. Elle n’avait aucune envie de tomber sur Cordelia. Justement, Owen dit à ce moment-là :


« On va voir papy et mamie ? Ils seront contents de te voir, ils pensent que t’es partie en voyage ! »

Elle s’arrêta et baissa les yeux sur lui, hésitant sur la réponse à donner. Elle lui fit un sourire plein de l’amour maternel qu’elle n’avait pu exprimer durant tout ce temps. Elle regarda autour d’elle à nouveau, cherchant une présence moldue qu’elle espérait ne pas trouver. L’endroit était désert, personne ne pouvait les voir.

« Je voudrais t’emmener quelque part, d’abord. »

Et elle se baissa, l’enveloppa dans ses bras.

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La Chute d'Icare  Solo 



À 8 ans, Owen Stein transplanait pour la première fois. Il eut un haut-le-cœur, tituba à l’arrivée, mais dans les bras de sa mère se rassura vite et se sentit bien mieux contre elle. Kristen le serrait de toutes ses forces, elle ne pouvait plus le lâcher. Son visage enfoui dans le cou de ce petit garçon debout, ses yeux humides, et son allure ratatinée par l’émotion ; alors que ce petit bout d’homme qui ne comprenait pas, cette fois, c’était lui qui rassurait sa maman. Kristen ne pouvait entreprendre le moindre mouvement. Elle aurait voulu faire durer ce moment pour toujours.

Owen, lui, tapotait le dos de sa maman comme le font les gens dans les films pour dire « t’inquiète pas, ça va ». Il ne pensait même pas à lui demander pourquoi elle n’avait pas dit qu’elle viendrait le chercher aujourd’hui, il était trop heureux pour penser à cela. Et puis vu son état, peut-être qu’elle n’avait pas fait exprès, qu’elle avait été obligée de ne rien dire. Elle releva finalement le visage vers lui, l’observa et il fut un peu gêné. Elle avait les yeux rouges mais elle ne pleurait plus, ce qui faisait ressortir le bleu clair de ses yeux. Elle murmura :


« Tu m’as tellement manqué. »

Et en replongeant son visage sur lui, elle dit dans un souffle :

« Je ne te laisserai plus jamais. Plus jamais. »

Ils restèrent ainsi encore un moment, sans qu’Owen ne puisse comprendre l’ampleur de la situation. Ils étaient à la lisière de la forêt interdite de Poudlard. Le soleil couchant filtrait à travers les troncs fins, prodiguant à cet endroit une aura douce et rassurante. Owen brisa le silence :

« On est où, Maman ? »

Kristen se détacha de lui, prit ses petites mains dans les siennes et regretta de porter ces fichus gants, mais ne voulait pas montrer l’état de sa main à son fils. Tenant toujours ses petits doigts, elle se releva, tandis qu’elle sentait ce regard qui ne comprenait pas suivre tous ses mouvements. Kristen prit une inspiration, cligna des yeux comme si cela pouvait tout à fait sécher ses yeux et lui sourit.

« C’est chez moi. Je vais te montrer. »

Se tenant par la main, ils sortirent complètement de la forêt et alors s’offrit à eux la vue majestueuse du château de Poudlard que le soleil teignait de sa couleur orangée. En contrebas, dans le parc, on pouvait voir quelques silhouettes. Des élèves du collège qui se détendaient, malgré le froid, profitant des derniers rayons du soleil de la journée. Owen lâcha la main de sa mère et fit quelques pas en courant.

« Waouh ! Mais attends, papy m’en a parlé ! C’est, euh… C’est… Poudlard ? Enfin ça a l’air de ressembler en tout cas ! »

Kristen sourit et croisa les bras, observant son fils découvrir l’endroit avec un certain amusement.

« C’est bien Poudlard. Papy t’en a raconté, des choses. »

Owen se retourna. Il avait un sourire immense et ses yeux étaient pétillants. Fièrement, il annonça :

« Ouais, même que quand j’serai grand, ce s’ra mon école, parce que j’suis un magicien ! Ou en sorcier, enfin de toute façon c’est pareil, non ? Je fais de la magie ! Comment ça se fait que ce soit chez toi ? T’es pas à l’école, quand même ! »

Et il rit comme si c'était la plus grande blague du monde. C’est vrai quoi, maman c’était maman, elle était trop vieille pour être à l’école ! Peut-être qu’elle était venue habiter ici après son voyage, parce que c’était joli ? Mais alors elle aurait pu l’emmener avant quand même, c’est vrai que ça avait l’air vachement chouette comme maison, et puis avec un grand jardin en plus, et de la magie partout ! Elle s’approcha de lui et observa le paysage. Il se retourna vers le château et l’imita. Il sentait que ce moment était très solennel et il attendait la réponse de sa mère, ou au moins que quelque chose se passe, même s’il sentait que son excitation n’était pas en accord avec l’atmosphère qui régnait.

« Quand… quand je suis partie… je suis devenue professeur ici. Et maintenant… c’est moi la directrice. »

Owen ne ressentit pas une once d’admiration, et Kristen le savait. Elle n’avait rien d’admirable ; ce qu’il y avait à retenir dans ces paroles, c’était bien qu’elle était partie. Owen s’éloigna un peu et son sourire s’éteignit. Alors comme ça, elle était si près, tout ce temps, elle faisait sa vie de son côté. Elle l’avait abandonné. Vraiment. Pas de voyage au bout du monde, pas d’appel du devoir, rien de tout cela. Elle l’avait juste laissé derrière. Toute son excitation s’évapora et fut remplacée par la rancœur qu’il avait jusque là mise de côté. En l’absence de preuves de l’abandon de sa mère, il l’avait jugée innocente : elle devait bien avoir une bonne raison d’être partie, et alors il pardonnait. Présomption d’innocence. Mais non, elle n’avait aucune raison valable.

« Mais… Alors… pourquoi ? Pourquoi tu m’as laissé si c’était pour venir ici ? Qu’est-ce qui est plus important ici que moi ? »

Il baissait la tête et serrait les poings. Il releva la tête, les yeux pleins de larmes et le menton tremblant, désignant du doigt les minces silhouettes qui se dessinaient au loin.

« C’est eux ? C’est eux, tu les préfères ? C’est parce qu’ils ont des vrais pouvoirs magiques et moi, moi, j’suis pas assez bien pour toi ? »

Kristen restait bouche bée, ses yeux rivés sur son fils en colère, son fils qui n’en pouvait plus, son fils abandonné. Elle tenta de dire quelque chose mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Elle se baissa, approcha ses mains de lui :

« Ce… Non, non, pas du tout ! Je t’aime, Owen, je… »

Hors de lui, il tapa du pied, évita tout contact avec sa mère et cria :

« Si tu m’aimes, alors pourquoi t’es partie ? »

Kristen baissa la tête, vaincue. Elle n’avait rien à dire. Elle ne pouvait pas dire la vérité, pas maintenant, et aucun mensonge ne serait à la hauteur. Prise au piège. Elle inspira, et ses épaules s’affaissèrent quand elle relâcha l’air qu’elle contenait dans ses poumons.

« Je… je ne sais pas. »

~~~


On m’a dit que ma maman était partie en voyage. Je me souviens quand elle m’a dit au revoir, elle m’a fait un bisou et elle m’a serré fort. Elle m’a dit qu’elle avait des choses à faire mais qu’elle reviendrait vite, qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Après, papa m’a emmené, j’habitais plus qu’avec lui, sans maman, dans un appartement que je connaissais pas du tout chez un monsieur que je connaissais pas du tout non plus. Je sais pas pourquoi on a dû quitter la maison. Mais ça n’a pas duré longtemps, il m’a dit lui aussi qu’il avait des choses à faire et qu’il fallait que j’habite avec papy et mamie, c’est-à-dire le papa et la maman de ma maman à moi. Souvent, je revoyais papa, et il m’écrivait beaucoup. Il me disait qu’il m’aimait et que je lui manquais beaucoup. Je l’adore mon papa, et même qu’une fois, il m’a dit qu’il avait aidé à capturer un vrai dragon ! Mais j’oubliais pas maman. Elle, elle ne m’a jamais écrit. Je me suis dit qu’elle voulait plus de moi, mais papy et mamie et même papa disaient que c’était pas vrai, qu’elle devait être très très occupée et qu’elle faisait beaucoup de voyages, et qu’elle ne pouvait pas toujours être en contact. Alors, je me suis dit que c’était pas grave, que je l’aimais quand même, même si au fond je lui en voulais un peu. J’ai pensé que c’était une aventurière un peu comme papa et que je la reverrai, et alors elle me raconterait toutes ses aventures.

Mais en fait, c’était pas vrai. Elle était pas en voyage. Elle était même pas à l’autre bout du monde. Je sais pas pourquoi on me dit rien, à moi. Ils pensent tous que je suis trop petit et que je comprends rien, ils font tous des secrets. On dit que c’est nous, les enfants, qui avons tout plein de secrets parce qu’on arrête pas de dire « mais tu l’répètes pas hein, sinon t’es plus mon copain ! » mais les adultes ont beaucoup plus de secrets. Et leurs secrets, ils sont pas beaux. Je me rends compte maintenant qu’en fait c’est rien du tout si j’ai répété à Mary que Kyle il avait dit que Matty avait dit que Johanna était amoureuse de lui. Les secrets des grands, eux, ils font du mal pour de vrai.

Et je me rends compte que tout le monde m’a menti, ils ont tous fait des secrets, et je sais rien et je les déteste tous.

D'un simple coup de dés, j'ouvre le musée des horreurs

La Chute d'Icare  Solo 



Ce n’étaient pas des larmes qui suintaient de ses yeux, c’était de la haine. Il enfonça un peu plus son bonnet sur sa tête et croisa les bras, ne montrant que son dos à sa mère. Les dents serrées, il dit dans un souffle :

« Je veux rentrer à la maison. »

Kristen ne bougeait pas. L’animation qu’elle avait ressentie quelques minutes plus tôt s’était effacée, tout la quittait. Elle n’avait jamais été si heureuse et si dévastée en si peu de temps. La chute avait été phénoménale ; un excès de vitesse absolu. Ses yeux vides étaient rivés vers le sol, son visage n’exprimait rien. Les mots sortirent d’eux-mêmes, comme s’ils passaient à travers elle. Une fois de plus, elle abdiquait, et cette fois-ci, elle ne pouvait rien y changer. La guerre qu’elle menait n’avait plus de but.

« D’accord. »

Son bras s’approcha de lui-même de son fils. Quand il l’atteignit, Owen tressaillit, s’éloigna de quelques pas et lança un regard de dégoût à cette femme ignoble qu’était sa mère, sa mère dont il avait osé se languir. Il n’eut aucune pitié devant son air épuisé, mais comprit qu’il n’avait pas le choix que de la toucher pour rentrer chez lui. Sans la regarder, il tendit son bras en arrière. Kristen le prit, le serra bien fort et ils s’envolèrent à nouveau.

De retour à Rye, Owen manqua une nouvelle fois de vomir et Kristen ne le vit même pas. Le petit garçon vit qu’elle n’avait rien remarqué et lui en voulut un peu plus. Ils marchèrent un peu et se retrouvèrent devant la maison. Une silhouette observait à la fenêtre, inquiète. C’était Angus Loewy, le père de Kristen. Sa silhouette s’effaça et il réapparut quelques secondes plus tard devant la porte : il était affolé. Owen se précipita vers lui et se jeta dans ses bras, pendant que Kristen se tenait derrière, en retrait, inhabitée et ne regardant rien. Elle était si triste qu’elle n’arrivait même plus à pleurer, son cœur vidé ne produisait plus rien.

Angus, qui s’était baissé pour enlacer son petit-fils, se releva. Owen se cachait derrière lui et faisait tout pour éviter le regard de cette grande dame en noir, plus une ombre qu’autre chose. Le père de Kristen lui fit signe de rentrer. Sur ce, Owen osa enfin lancer un dernier regard à sa mère, un regard de défi, un regard qui la maudissait et lui souhaitait tout le malheur du monde – et les malédictions des enfants sont de loin les plus cruelles. Il rentra dans la maison.

Kristen avait vu ce dernier regard et elle l’avait compris. Elle avait été de retour dans le monde des vivants uniquement pour recevoir cette malédiction, et s’était vidée à nouveau. Angus s’approcha avec un air désolé. Sans rien dire, il serra sa fille dans ses bras, et enfin, celle-ci ferma les yeux et s’autorisa à verser quelques larmes. Toute la force qu’elle montrait, tous les jours, l’épuisait. C’était un trop-plein d’apparences, le masque était trop lourd à porter, parfois. Pourtant, elle faisait de son mieux. Devant son père, elle pouvait se permettre de lâcher prise. Elle s’en voulait, elle aurait voulu être forte pour toujours, elle voulait que rien ne l’atteigne, être au-dessus de tout cela.


« J’ai voulu essayer… »

Elle voulait simplement que tout se passe bien, comme prévu, pour une fois. Etre comme une mère normale, aller chercher son fils à l’école, l’emmener faire un tour, passer du temps avec lui. Plus que tout, elle avait voulu rattraper le temps perdu. Mais seules quelques minutes lui avaient été accordées, quelques minutes de répit avant que tout ne tourne mal une fois de plus. On lui avait montré à quel point elle aurait pu être heureuse, on lui avait fait croire à cette illusion, et on lui avait donné deux bonnes claques pour la réveiller. On lui avait offert un instant de bonheur pour mieux lui retirer, pour la replonger plus profondément dans son malheur. Au fond, cela n’aurait jamais pu bien se passer. C’était couru d’avance. Il était déjà trop tard pour réparer les erreurs du passé.

« Je sais, dit doucement Angus. »

Angus Loewy était un homme perspicace : il comprenait tout d’un simple regard. Sans les détails, il avait deviné la globalité de ce qui s’était passé. Kristen était dans ses bras et il lui caressa les cheveux, la rassurant, comme lorsqu’elle était une petite fille. Il attendit quelques secondes.

« On s’est fait du souci pour Owen. Sa maîtresse a dit qu’il était parti avec toi, mais on ne savait pas où. Ta mère vous cherche en ville. Tu ferais mieux de partir avant qu’elle ne revienne. »

Kristen se détacha de son père et souffla un bon coup. Elle détestait se sentir pleurer, et qu’on puisse la voir dans un tel état de faiblesse. Elle essuya ses larmes en tapotant sous ses yeux du revers de sa manche. Elle n’avait pas autant pleuré depuis longtemps.

« Tu as raison. De toute façon, je n’ai plus rien à faire ici. »

Angus sourit faiblement, toujours désolé. Il détestait cette situation, dans laquelle il s’était embourbé malgré lui. Kristen répondit à son sourire, parce que son père avait ce don de soigner les maux juste par cette action des commissures.

« Tout était fait pour que cela se passe bien, mais… J’ai tout gâché. »

Elle recula encore de quelques pas et baissa la tête sur l’allée de pierres qui menait à la maison. Dans un murmure, elle ajouta :

« Encore. »

Angus croisa les bras et prit un air beaucoup plus sérieux.

« Il aurait fini par le savoir. C’est peut-être mieux comme ça. »

Elle fixa son père. Il avait raison. Elle l’avait dit elle-même : la vérité finit toujours par refaire surface un jour ou l’autre, et peut-être vaut-il mieux la rétablir tant que le mensonge n’est pas trop ancré dans l’esprit de ceux qui le subissent. Il ne faut jamais laisser les mensonges avoir le loisir de devenir des réalités. Ils sont comme une bombe, et plus on attend pour les déclencher, plus on nourrit leur pouvoir destructeur. Les mensonges créés dans la famille de Kristen avaient déjà fait beaucoup trop de dégâts. Qui sait s’ils n’en auraient pas faits plus encore par la suite ?

S’approchant à nouveau de son père, elle mit sa main dans sa poche et sortit la chaîne qu’elle destinait à Owen. Son père tendit la paume, et Kristen déposa lentement le pendentif, faisant de petits serpentins avec la chaîne dorée sur la peau abîmée de cet homme chaleureux.


« C’est un miroir à double sens. Je l’ai fait mettre dans ce pendentif et je voulais l’offrir à Owen. Peut-être que tu pourras lui donner, un jour. »

Angus hocha la tête et mit avec soin le pendentif dans sa poche. Il mit sa main sur l’épaule de sa fille et lui confia qu’il était fier d’elle. Kristen sourit, ne dit rien, et s’en alla. Elle regagna la rue par laquelle elle était arrivée la première fois et observa le mur qu’elle avait fendu. Elle soupira et, quelques secondes plus tard, était de retour à Poudlard. Seule.


FIN.

D'un simple coup de dés, j'ouvre le musée des horreurs