Cité de Londres

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#3 - Dans l'oeil du cyclone.  Solo 


… 1er mai, 23h …

Londres était une belle ville pour qui savait remarquer sa beauté. Miles ne pouvait retourner en Angleterre sans passer par cette métropole cosmopolite et si riche en histoire. Il déambulait dans les rues de la capitale en ce début mai de façon désintéressée. Il marchait sans but, admirait les reflets de la lune qui ne tarderait à atteindre son paroxysme au travers les flaques d’eau. Il avançait, toujours, regardant par moment les voitures circuler à toute allure. Les passants ne faisaient guère attention à Miles ; Miles ne faisait guère attention à quiconque. Il continuait son trajet, sans interruption jusqu’à ce qu’il arrive au beau milieu d’un pont. Il contempla l’horizon, le fleuve s’écouler lentement, et la pluie s’abattre sur la ville.

Il ne s’était rendu à Londres depuis son entrevue inopinée avec Jenna. Il n’avait même pas daigné fêter son anniversaire cette année. La tête remplie de questions sans réponses, de problèmes qui ne voyaient jamais la fin, il n’avait pas eu l’humeur de faire autre chose que de rester dans son bureau, avec un verre et une cigarette. Il ne pouvait rien envisager pour l’avenir tant que tout ne serait pas terminé. Plus le temps passait et plus il s’enfonçait dans un gouffre infini. Il ne pouvait tout simplement pas réaliser la volonté de celui qui le menaçait et ne voulait pas abandonner pour autant sa sœur. Les enjeux étaient trop grands de chaque côté pour que la décision soit facile à assumer. Cependant, Miles ne s’avouait pas vaincu et avait déjà pris position dans cette partie. Il avait parié sur sa survie et celle de tous ceux qui lui étaient chers. Il ne détruirait Poudlard, sa sœur ne périrait pas. Tout ceci ne faisait guère partie du plan qui lui prenait tant de temps à concevoir. Les idées ne manquaient pas mais il ne fallait pas non plus se faire d’illusion ; son plan devait être parfait afin de parer toute éventualité. Il n’avait pas affaire à n’importe quel sorcier et il le savait. C’était d’ailleurs pour cela qu’il évitait de quitter l’enceinte du château. Là-bas, il était intouchable. Là-bas, il vivait dans une bulle qui l’éloignait de la réalité.

Miles, après sa petite virée, avait prévu de rentrer à la chambre qu’il avait loué dans un hôtel modeste dont l’adresse était aussi farfelue que le maitre des lieux. Il s’arrêta deux minutes, regarda autour de lui, et alluma une cigarette. Il remarqua qu’un homme marchait derrière lui. Il tira sur sa cigarette puis, se retourna discrètement pour observer de qui il s’agissait. Il n’y avait plus rien ni personne ; Miles eut du mal à saisir, se demandait s’il s’agissait d’une illusion mais aucune des réponses ne lui donnait satisfaction. Il continua sa route, sans non plus se faire des cheveux blancs, et aperçut une ombre humaine. Miles tourna subitement à la première ruelle qu’il trouva, d’un pas lent pour ne pas attirer les soupçons. Ses sens ne l’avaient point trompé : on le suivait. Il avança jusque dans la pénombre et se transforma en corbeau sans plus attendre. Il s’éleva dans les airs et se posa sur un balcon à l’aide de ses serres. Il remarqua deux hommes avancer à deux endroits différents pour se rejoindre dans la ruelle où se trouvait Miles. Ce qu’ils ignoraient tous deux était la carte maitresse de Miles : sa capacité à se changer instantanément en un robuste corbeau au plumage ténébreux. Les secondes paraissaient s’écouler bien plus lentement. La tension était palpable, tout comme le danger qui guettait le professeur. Ainsworth avait peur de savoir d’ores et déjà qui envoyait ses deux sorciers à ses trousses ; il espérait se tromper car si Stanislas Antonovitch avait commandité sa mort, cela signifiait que le temps lui était compté avant de mettre son plan en marche. Le temps, il lui en manquait considérablement avant de savoir s’il pouvait l’appliquer sans risquer de tout perdre.

Quoiqu’il en fût, Ainsworth réalisa qu’il avait failli tomber dans une embuscade. Cependant, il devait obtenir des réponses. Il n’avait plus le temps de fuir ; les deux hommes avaient presque rejoint l’endroit où Miles était censé se trouver. Ainsi, il décida qu’il était temps de montrer un bref aperçu de quoi il était capable et de voir si ses hommes n’avaient pas un quelconque indice sur eux à propos du commanditaire. Miles s’envola jusque dans une zone emplie d’ombres se situant juste derrière l’un des hommes. Il n’attendit pas une seconde et lança un adurmirum sur sa première cible. Le deuxième sorcier bien plus réactif lança une pluie de sorts en direction de Miles qui se protégea d’un bouclier invisible mais impénétrable le temps de l’attaque. Les deux individus se hâtèrent d’agir et lancèrent tous deux un puissant sort. L’énergie qui se dégageait de la collision entre les deux jets brillant de mille feux était impressionnante. Aucun ne faiblissait mais Miles par un geste sec et précis de la main droite fit estomper les deux sortilèges. Chacun tentait tour à tour, sans laisser une seconde de répit, de blesser l’adversaire ou de l’immobiliser. Les sorts fusaient dans toutes les directions et les deux sorciers s’épuisaient petit à petit à dépenser une telle quantité de magie en si peu de temps. Mais Miles tiendrait bon jusqu’au bout, il n’abandonnerait pas – surtout pas si près du but.

Ainsworth attendit que les sorts cessent pour riposter. Il était dans une position inconfortable où il devait par-dessus tout esquiver ou parer les sorts qui valsaient dans tous les sens. Il demeurait face à son adversaire qui faisait preuve d’une rapidité hors norme, inflexible. Miles, tandis qu’il se protégeait, se décida à réduire la distance qui le séparait du mage noir. Il contrait les attaques et avançait sans broncher. Sous la contrainte, le sorcier masqué marqua une brève pause, que Miles anticipa et qui lui permit de gagner quelques secondes pour visualiser son sortilège élémentaire complexe. L’homme en noir fit jaillir une puissante déflagration ; Miles, la baguette tendue et le poing gauche rétracté, la renvoya – tout en étirant son poing gauche qui donna l’impulsion inverse au sortilège calcinant. Désemparé, le sorcier se retrouva sonné et la moitié du visage brûlée par son propre sort.

Les deux sorciers avaient donc été vaincus, sans conséquences dramatiques pour le professeur de métamorphose qui avait du mal à réaliser que tout ceci s’était réellement passé. Miles expira un bon coup, relâcha la pression, et partit fouiller le sorcier qui sommeillait profondément. Il trouva une photo de lui, prise il y a quelques temps, quelques pièces de monnaie, et une carte postale. Il récupéra la carte postale qui lui inspirait un air de déjà vu et partit fouiller l’autre homme. Les trouvailles furent bien plus intéressantes. Le symbole de Stanislas ornait le papier de l’avis d’enlèvement, une photo avec deux hommes était collée à l’avis de recherche – l’un était l’homme en piteux état, l’autre lui rappelait quelqu’un -, une vieille clef se trouvait dans sa poche, puis pour finir une fiole contenait un filament blanc et avait une petite inscription « preuve ». Miles, sceptique, transplana dans sa chambre d’hôtel. Il fit son sac aussi vite que possible, se métamorphosa en corbeau, attrapa son sac par les serres et s’envola vers un endroit sûr - où il ne craindrait pas de sortir au grand jour.

26 ans et déjà à la retraite !
« La vie se présente à nous comme une certaine évolution dans le temps et une certaine complication dans l'espace. »

#3 - Dans l'oeil du cyclone.  Solo 



Miles, tandis que l’aube se levait, arrivait sans encombre à sa destination. Il avait volé toute la nuit pour se rendre dans un refuge dont l’existence n’était connue que par Jenna. Depuis Londres il cavalait sous forme animagus et ne s’était guère arrêté. La peur ne le tenaillait plus depuis belle lurette, cependant l’adrénaline le maintenait dans un état d’hyperactivité. Peu à peu, il finit par se rapprocher du repère de Jenna. Sans attendre, le jeune homme vit que la lumière était allumée et entra de façon à faire une entrée assez brutale. Stupéfaite, Miss Blackburn le prit dans ses bras et s’exclama :


« Qu’est-ce qui te prend de débouler à cette heure ? Je te croyais à Poudlard. »

Ainsworth n’avait cessé de se remémorer durant tout le vol sa soirée. Bien que l’envie de raconter ses péripéties lui manquait, il ferait un effort afin de paraitre aimable. A vrai dire, il demeurait toujours déboussolé ; il se sentait en danger et ne voulait plus ressentir cette désagréable sensation qui le faisait frémir. Savoir que ses ennuis étaient plus présents que jamais lui rappelaient ce qu’il avait déjà enduré ; et c’en fut de trop. Il s’écarta de Jenna, prit son courage à deux mains et narra rapidement ses mésaventures :


« Il se peut que j’aie été attaqué tout à l’heure. T’inquiète pas pour moi, ils n’ont rien pu me faire. Cependant, j’ai trouvé deux trois trucs sur eux qui m’ont semblé suspects. Il marqua une brève pause, sortit de sa poche la fiole qu’il avait trouvé sur le mage noir et reprit la parole : en particulier ceci. »

Jenna laissa d’abord son sentiment de surprise marquer son visage, bien qu’elle sût que cela énerverait Miles de savoir qu’elle se faisait du souci pour lui. Malgré tout, elle fit léviter la fiole et l’inspecta brièvement avant de déclarer qu’il s’agissait d’un souvenir. D’un coup de baguette, elle attira une petite bassine qui n’était autre qu’une pensine. Miles n’avait jamais gardé un bon souvenir de cette chose et pourtant, il se pencha vers le reflet, imitant son interlocutrice. Sans vraiment s’y attendre, les deux individus se retrouvèrent happer par la pensine et quittèrent le refuge l’espace d’un instant.
**

Une pièce sombre se dessina dans un voile noir. Plus les détails apparaissaient et plus cela ressemblait à l’un des froids cachots dans lesquels Miles avait pu se retrouver enfermé plus jeune s’il désobéissait. Les gravures dans les pierres étaient identiques – et jamais il ne pourrait les oublier. Pléthore de chaines étaient accrochées sur le mur. Miles et Jenna avaient surgi dans cette pièce qui perdait son aspect anodin plus on se concentrait. Une certaine impression de déjà-vu se dégageait de cette scène ; Miles ne savait tout de même pas à quoi s’attendre et détestait cela.

Commençant à peine à regretter de visionner ce souvenir, le silence se brisa. Soudain, alors que les deux sorciers inspectaient encore les lieux, la porte s’ouvrit. Deux personnes arrivèrent, trainant de force une demoiselle vêtue de loques. Il ne fallut pas plus de temps au professeur de métamorphose pour comprendre que la demoiselle en question était sa sœur. Le corps marqué de contusions, les deux grands hommes l’attachèrent aux chaînes. Tandis qu’elle se débattait, l’un sortit sa baguette et lui lança un sort. Un cri rompit à nouveau le silence. Miles tomba des nues sous cette vision. Jenna, une fois de plus, fit acte de présence en ce moment plutôt déconcertant. Après avoir menotté Mary, les mages encapuchonnés se dirigèrent vers la porte, le sourire aux lèvres, prêts à accomplir le reste de leurs actes malhonnêtes de la journée.

Alors qu’ils quittaient le cachot d’un pas décidé, Mary ne put s’empêcher de fondre en larmes. Les pleurs résonnèrent, et les larmes coulèrent à flot. Miles résistait difficilement devant ces images qui défilaient devant ses yeux. S’il avait pu les railler de sa mémoire, il n’aurait hésité une seule seconde. Seulement, cela lui était impossible et il devait continuer à contempler ce spectacle de désespoir qui le touchait en plein cœur. Sa sœur ne cessait de pleurer, ce qui agaça particulièrement l’un des hommes en noir. Profitant de cet instant pour faire signe à l’autre homme de partir, il se rapprocha de Mary tout en lâchant un rire psychédélique. Miles et Jenna dans un coin de la pièce, Mary pleurant dans un autre. Le dernier individu daigna finalement baisser sa capuche et révéla un visage étrangement familier – à vous coller des frissons dans le dos.

Stanislav, en chair et en os, la baguette en main, s’abaissa devant Mary qui continuait de pleurer, la tête - littéralement - dans les genoux. Miles aurait tué Stanislav de ses mains s’il s’était retrouvé face à lui à cet instant précis qu’il trouvait d’ailleurs insoutenable. Voir sa sœur soumise à une ordure de premier ordre, se morfondre sans défense ne vous inspirait aucun autre sentiment que celui de la révolte. Peut-être le but avait été d’inspirer la peur, mais Miles en avait fini avec la peur. Peut-être s’était-il caché jusqu’ici mais voir un être qu’il chérissait dans une situation invivable lui faisait peu à peu réaliser que plus il attendait et plus il se complaisait dans sa lâcheté. Les poings serrés, Ainsworth ne pouvait que constater les dommages collatéraux se rajouter. Sa sœur vivait un calvaire auprès de l’homme qui détruisait sa vie un peu plus chaque seconde. Ce dernier, d’un air toujours plus insolent, déclara :

« Mais pourquoi te mets-tu dans un tel état ? Tu devrais avoir un peu plus confiance en ton frère. »

Mary ne réagit pas à sa remarque désinvolte. L’homme à l’allure charismatique se redressa, et fit les cents pas devant elle. Il la voyait supplier, à genoux, d’une voix sincère et docile. Pourtant, le sourire qu’il esquissait ne s’estompait pas. Il la regarda avec de grands yeux, faussement sincères et lui rétorqua :

« Je ne peux rien pour toi, gamine. Il faut d’abord que ton frère fasse ce qu’on attende de lui avant que j’envisage quoi que ce soit. Mais soit, pleure... Ça t’occupera peut-être, si du moins tu en as encore l’énergie,
acheva-t-il avec un trait d’humour. »

Mary lui agrippa le pied d’une forte poigne, voulant le retenir quelques instants, pensant peut-être qu’il céderait face à ce spectacle inspirant la pitié. Seulement, lorsqu’il sentit la main sur sa chaussure, il brandit sa baguette et lui administra un autre sort. Se tordant de douleurs sur le sol, il s’éloigna peu à peu pour sortir de la pièce. A ce moment précis, tout l’environnement dans lequel Miles et Jenna avaient été plongés se transforma en fumée noire pour finalement disparaître.

**

Tous deux éjectés de la pensine assez violemment après ce souvenir décontenançant, ils se regardèrent sans dire un mot. Miles ne savait quoi dire, et voir toutes ces images remuait le couteau dans l’énorme plaie qu’avait causé Stanislav. Le sentiment de danger qu’il ressentait ne le concernait plus désormais, il sentait à tel point sa vie était moins menacée que celle de sa sœur. La révolte demeurait désormais totale. Il allait devoir préparer la résistance, et mettre un terme rapidement à toute cette histoire qui ne faisait que trop durer. Après quelques instants paraissant interminables de silence, Miles décida de le rompre et tout en regardant droit dans les yeux Jenna d’un air plus que sérieux et concerné, il lui annonça :

« A partir de maintenant, on va mettre les bouchées doubles. »

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