Cité de Londres

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I missive you  PV 

La meilleure année scolaire que Joy eut jamais vécue s'était terminée il y avait quatre jours.

Cette année à Poudlard avait été riche en émotions et la jeune Écossaise n'avait jamais pris autant de plaisir à être en période de cours. Ce château lui avait fait découvrir plein de choses : sa tendance au bavardage, son sens des responsabilités, la magie, mais surtout... l'amitié. Elle avait pourtant passé ses années de primaire dans la solitude et le silence ; Poudlard avait été comme une révélation. Son caractère introverti n'avait jamais été qu'une carapace, un tissu d'hypocrisie et de mensonges. Elle avait falsifié son comportement durant des années, assaillie par la peur d'être jugée. Poudlard avait été l'occasion pour Joy de se prendre en main ; et la fillette s'était saisie de cette opportunité, qui avait été une délivrance.

Nous étions le quatre juillet et elle avait déjà l'impression que son école lui manquait. Évidemment, Joy était heureuse de retrouver sa famille, de pouvoir les baratiner de ses péripéties, de leur réciter tous les noms des sorts qu'elle avait appris et de vanter les mérites des hiboux. Sans compter l'éloge des Chocogrenouilles, interminable et passionné, qu'elle leur avait fait subir ! Elle avait argué que malgré leur nom rebutant, ces friandises étaient un véritable délice pour les papilles gustatives. Selon Evelyn, ce n'était rien de plus que du chocolat et une collection de cartes qui ne valaient pas les « Pokémon ». Joy avait fusillé sa grande sœur du regard, furieuse que son aînée préfère des bêtes fictives aux plus grands sorciers de tous les temps.

Malgré tout, l'Écossaise aspirait déjà au grand retour. Elle voulait retrouver son école, ses amis, les dédales interminables, les escaliers agaçants, les fantômes flippants, les tableaux trop bavards, les Gryffondor trop audacieux... Elle voulait pouvoir serrer sa baguette magique en mains et se dire qu'elle pouvait lancer un sort à tout moment. Fort malheureusement, l'utilisation de la magie en dehors de Poudlard était strictement interdite, puisqu'elle était encore mineure. C'était une règle que Joy regrettait particulièrement ; elle aurait voulu donner une bonne leçon à tous ces Moldus ignares qui lui avaient cherché des Noises, autrefois.

Une des choses qui perturbait le plus Joy, depuis qu'elle était rentrée chez elle, c'était sa solitude. Après avoir été entourée d'élèves pendant dix mois, il était étrange de retourner à une vie modeste et plate. Elle passait des heures enfermée dans sa chambre, à écouter de la musique et à se remémorer ses meilleurs souvenirs. Evelyn avait déjà vingt-et-un ans, ce qui faisait que les deux sœurs n'avaient pas beaucoup d'activités et de centres d'intérêt communs. Joy se fichait complètement des formules arithmétiques de son aînée, tout comme Eve se lassait de jouer au Pictionnary avec sa cadette. L'ennui s'était emparé de la jeune fille en un temps record. Elle aimait profondément sa famille, mais elle devait reconnaître une chose ; ils étaient bien moins drôles que Arthur Grimms ou Rose Adams.

Affalée sur la table de la cuisine, Joy se mit à soupir d'un air particulièrement las. Elle avait niché sa tête entre ses bras, qui étaient posés sur la table, et elle observait ses parents d'un œil torve. Ils s'affairaient au jardinage, profitant du temps agréable qui leur était offert. La jeune Serdaigle aurait pu se lever pour aller les aider, si elle en avait eu la force ; mais une flemme ô combien puissante la clouait sur sa chaise. Elle n'avait qu'un seul souhait : se trouver une activité. Ses méninges fonctionnaient à toute allure tandis qu'elle passait en revue diverses occupations qu'elle aurait pu exercer. Après quelques secondes de réflexion intense, Joy se leva brusquement de sa chaise, faisant sursauter Evelyn, qui était en train de lire juste en face d'elle.

Joy s'était souvenue d'une promesse qu'elle avait faite à son meilleur ami ; celle de lui écrire. Et visiblement, le moment semblait parfait pour commencer à tenir cette promesse et lui raconter, dans les moindres détails, tout ce qui lui était arrivé depuis son retour au bercail. Elle se dirigea dans sa chambre en courant et s'empara d'un parchemin et d'un stylo. La jeune fille posa son coude sur la table et mit son menton sur son poing refermé, plongée dans une profonde réflexion. Finalement, elle se pencha sur le parchemin vierge et se mit à rédiger, de sa plus belle écriture.


« Cher Arthur,

J'ai pas trop l'habitude de devoir écrire des lettres. Du coup, je ne sais pas trop par quoi commencer. J'ai plein de trucs à te dire, pourtant ! Déjà, j'espère que toi et ta famille allez bien. Est-ce que ton papa a retrouvé le méchant monsieur du quai pour lui mettre la patate qu'il mérite ? J'espère vraiment que oui.

Depuis que je suis rentrée chez moi, Poudlard me manque trop ! Est-ce que t'as cette sensation, toi aussi ? Je suis contente de revoir ma famille, hein, mais... quand même. Les cours me manquent, je m'ennuie grave. Et puis c'est vrai que ça me manque aussi, de plus pouvoir rigoler et m'empiffrer de Chocogrenouilles avec toi ! D'ailleurs, tu connais pas la dernière ! Evelyn m'a dit que selon elle, les cartes Chocogrenouilles, c'était pas du tout un concept innovant. Elle m'a dit que c'était vu et revu. J'aimerais bien savoir si elle dirait la même chose devant les sorciers représentés sur ces cartes, tiens.

Ah oui... il faut aussi que je te parle de la grossesse. Ma maman commence à grossir un petit peu, mais ça ne se voit presque pas. Elle m'a dit qu'elle n'était enceinte que d'un mois et demi. J'en peux plus d'attendre ! J'ai trop envie d'être dans huit mois ! Chez toi, comment ça se passe ? D'ailleurs, est-ce que tu sais si ce sera une fille ou un garçon ? Moi, j'aimerais bien que ce soit une fille. Mieux ! Je voudrais que ce soit une sorcière ! T'imagines ? Le rêve.

Je ne sais pas trop ce que je dois écrire à la fin d'une lettre. Dans celles que mes parents reçoivent, c'est toujours des trucs comme "Mes sentiments distingués",... C'est ridicule, non ? Moi, je trouve que ça ne veut rien dire. Peut-être que les gens qui écrivent ça ne savent pas ce que ça veut dire non plus. Peut-être qu'ils l'ajoutent juste parce que ça fait stylé. Moi aussi, je vais le faire, du coup.

Mes sentiments distingués (et plein de bisous),

Joy ! »


Elle souligna deux fois son prénom, ajouta un petit smiley qui souriait, plia la lettre et inscrivit l'adresse de son ami. La petite Wedenjack s'approcha de Oldimiscu, son hibou, avec un grand sourire aux lèvres. Ses parents avaient acheté une cage, qui occupait une partie considérable de la chambre de Joy, mais celle-ci n'en était pas importunée. Elle caressa doucement les plumes de son hibou tandis qu'elle lui accrochait la lettre qu'elle venait d'écrire. Elle le laissa ensuite s'envoler après un dernier murmure encourageant. Son regard resta fixé dans le ciel bien après que Oldimiscu ait disparu de son champ de vision.

Quatrième année RP.

I missive you  PV 

Il faisait chaud aujourd'hui, chez les Grimms. Arthur, allongé sur le canapé du salon, n'osait pas se relever de peur que les quelques centimètres carrés de peau en contact avec le sofa ne se soient trop collés au cuir de ce dernier. Ça risquerait de faire très mal. D'un autre côté, il voulait absolument retrouver le calme de sa chambre, même si cette dite-pièce avait quelques degrés de plus. À choisir, il préférait la chaleur.
Aujourd'hui, dans la maison résidentielle des Grimms, il n'y avait pas moins de 11 âmes qui gesticulaient tranquillement en faisait trop de bruit. Sans compter le têtard qui grandissait doucement mais sûrement dans le ventre toujours plus gros de Satine Grimms. Il y avait autant de monde car Ava, qui ne vivait pourtant plus là, s'était ramenée avec Gary, son amoureux du moment (oui, parce que ça changeait tout le temps) et son amie Friendye précédemment rencontrée à la gare. Apparemment, ce qu'ils se racontaient était hilarant parce qu'ils ne cessaient de rire tous aux éclats ! Arthur, lui, n'était, semble t-il, pas convié à cette hilarité générale. Bon, il fallait aussi avouer que monsieur faisait sa mauvaise tête et ce, depuis qu'il avait retrouvé sa maman à King's Cross dans un état bien différent que celui dans lequel il l'avait laissée quelques mois plus tôt.
Non, décidément, l'idée d'être à nouveau grand frère dans peu de temps ne lui convenait pas du tout !

Avec un peu de courage et de douleur, le jeune serpentard parvint à s'extraire du canapé. Personne ne le vit monter dans sa chambre. Ni ses parents, occupés dans leur jardin, à discuter avec les voisins par-dessus la haie et à surveiller les jumeaux qui jouaient au ballon ; ni Ava et sa sa bande, attablées autour d'un jus d'orange bien frais ; ni même les chiens affalés dans leur panier respectif, souffrant de la chaleur.

Ainsi il arriva dans sa chambre, seul et content d'être un peu au calme. C'était une petite pièce, pas très bien rangée mais regorgeant de trésors pour le petit garçon qu'il était. Il pouvait, qu'importe où il se trouvait, tendre le bras et attraper quelque chose d'intéressant. Chocogrenouilles, cartes de collections, jeux vidéos (oui, parce que cette famille a beau être sorcière à 100%, elle a quand même su apprécier ce que les moldus font de mieux !) etc.
Mais là, tout de suite, maintenant, ce qu'il voulait, c'était une feuille et une plume ! De l'encre aussi, ça pouvait aider. En effet, il souhaitait répondre à la lettre que Joy lui avait envoyé quelques jours plus tôt, honorant ainsi sa promesse.

En farfouillant dans le bazar de son bureau, il parvint à remettre la main sur le fameux parchemin. Pour lui faire une réponse digne de ce nom, il relut la lettre. Lorsqu'il eut fini, il se mit à sourire tout seul. Puis il fut rempli d'une nostalgie amère et désagréable. C'est dans cet état regrettable qu'il rédigea sa réponse à mademoiselle Joy Wedenjack.

Coucou Joy !

J'espère que tu vas bien. Ta lettre m'a vraiment fait plaisir ! Merci !
Bon, je sais que ça va te décevoir mais désolé, mon père a pas retrouvé le pauvre gars qui lui a crié dessus à la gare ! Ou alors, il m'a pas dit.

Poudlard, ça me manque à mort aussi ! Même les cours me manquent, c'est fou ! J'ai trop trop hâte d'y retourner ! Surtout que chez moi, c'est trop le bazar en vrai ! Il y a tout le temps plein de bruit. Et le têtard est même pas là encore alors t'imagine... Pour répondre à ta question, ma mère m'a dit que ce sera un garçon. Elle veut l'appeler Jimmy, genre Jim. Je trouve ça moche moi. En tout cas, je sens qu'il sera bientôt là. J'ai jamais vu ma mère aussi grosse ! (Je me rappelle plus trop comment c'était, pour les jumeaux). Pis ils ont installé le berceau dans leur chambre, mes parents. Et il y a des nouveaux jouets et tout et tout. On sent que tout va bientôt changer...

Et la tienne, de maman, ça va ? Elle vomit pas trop ? J'ai au moins eu la chance de pas voir cette période là ! Ouf ! J'espère aussi que ta future sœur sera une sorcière ! Tu pourras lui apprendre tout plein de trucs !

Sinon, il fait quel temps chez toi ? Il fait trop chaud ici en vrai ! Je vais mourir desséché si ça continue comme ça ! Je vais finir par ressembler à un elfe de maison ! Les chiens, ils sont tout bizarres. Il fait trop chaud, ils passent leur temps à dormir les pauvres. Je pense que je vais les emmener se balader près de la rivière. Ils feront trempette comme ça. J'inviterai des copains à moi aussi, pour pas m'ennuyer.
D'ailleurs, j'en ai retrouvé quelques-uns en revenant ici et c'est super dur de devoir leur mentir ! Ça te fait ça à toi aussi ? Je préférerais tellement leur parler de Poudlard et leur montrer ce que je sais faire ! Mais c'est pas possible, alors j'essaie de faire avec. Donc au final, ils croient que je suis dans une pension dans un autre pays parce que je ne travaille pas assez bien. Génial, hein ?

Bon, au moins, je suis pas obligé de traîner tout seul à la maison. Les jumeaux s'amusent toujours tous les deux à des jeux de bébés. J'arrive plus à jouer avec eux, c'est bizarre. Sauf au ballon de temps en temps. On se fait des minis-quidditch des fois ! Mais c'est vite relou quand c'est toute la journée ! Et Ava, elle me parle plus comme avant non plus. Elle a sa vie à elle. Et au fait, elle a encore un nouveau chéri ! Je crois qu'il s'appelle Gary ! Il a des lunettes et il est pas très beau ! Mais elle dit qu'il est intelligent (ça change de ses anciens amoureux !). Elle en a eu plein en vrai ! Faudrait que je les compte un jour, que je fasse une liste. Ce sera trop drôle !

Maintenant que j'arrive à la fin de ma lettre, je suis coincé aussi. Je vais pas juste te dire au revoir. Je crois pas que ça se fait, à la fin d'une lettre. Du coup, m'en veux pas, mais je vais te piquer ta formule !

Mes sentiments dizingués distingués (et des gros câlins)

Arthur !


Fier de sa lettre, Arthur l'admira une dernière fois avant d'aller chercher Nauj, son fidèle hibou, pour lui donner comme mission de remettre son message à Joy.
Une fois cela fait, il fut gêné dans ses réflexions par un grattement insistant à la porte de sa chambre. Il l'ouvrit et découvrit Sunset qui se jeta affectueusement sur lui. C'était le seul des trois chiens à ne pas avoir perdu son énergie. Le futur grand frère décida alors de faire comme ce qu'il avait dit à Joy dans sa lettre. Il allait inviter son ami Rémy qui vivait à quelques pas de chez lui et ils iraient, avec les trois bêtes, en ballade. Ça ferait du bien à tout le monde.

Arthur s'abaissa pour faire face à Sunset, lui caressa la tête et lui dit, provoquant un bonheur inimaginable chez l'animal :


« Allez viens, on va à la rivière ! »

~ magiclandthetopofthetop.tumblr.com ~
Take my smile, that's the only thing I have

I missive you  PV 

• 9 JUILLET •

À huit heures et vingt-cinq minutes du matin, Joy avait la tête enfouie dans ses coussins, le corps recouvert d'un pyjama et d'une couverture épaisse, et les pieds qui dépassaient légèrement de ladite couverture, ce qui faisait qu'ils étaient exposés à quelques courants d'air bienfaiteurs. Elle était réveillée depuis environ cinq minutes, mais elle n'avait pas bougé d'un pouce ; n'importe qui aurait cru qu'elle était toujours profondément endormie, comme en témoignait la bave qui barbouillait son oreiller. Un soupir fataliste s'échappa des lèvres de cette jeune fille, qui tentait vainement de replonger dans son rêve plein de dragons, de mondes perdus desquels elle était la sauveuse, de jeunes filles dont elle était l'héroïne, de... minute, une fille ne pouvait pas être l'héroïne d'une autre fille – à cette pensée, Joy fronça les sourcils, essayant de s'éclaircir les idées. Elle tenta de chasser ce rêve – qu'elle trouvait désormais très étrange – de sa mémoire et elle se frotta les yeux, bailla longuement, s'étira, et bailla une nouvelle fois.

Elle s'affaira donc à entamer son petit rituel du matin ; on retourne l'oreiller, on refait son lit comme une jeune fille éduquée, on vérifie qu'aucune araignée ne s'est immiscée dans ses draps, on... sursaute parce qu'un hibou à l'arrivée impromptue donne des petits coups de bec à la fenêtre. Joy étouffa un cri et se retourna d'un bond, pour découvrir l'animal de son meilleur ami, nommé Nauj. C'était un hibou aux plumes d'un auburn clair, qui était doté d'aigrettes que Joy trouvait amusantes. Toujours vêtue de son pyjama d'un blanc très sobre, elle se dirigea vers le carreau assailli par les coups de bec de l'animal. L'Écossaise murmura un juron lorsqu'elle trébucha sur une des figurines Star Wars de sa sœur, qui n'avait absolument rien à faire dans la chambre de la cadette. Joy siffla de douleur et se massa le pied – plus précisément le petit orteil, qui semblait amoché – et finit son chemin en sautant à cloche-pied.

Finalement, elle put enfin ouvrir la fenêtre et elle laissa entrer Nauj, qui prit ses aises dans la cage d'Oldimiscu, parti pour une randonnée nocturne. D'habitude, Joy était réveillée par sa propre chouette, puisque cet animal adorait passer la nuit dehors et revenir au petit matin. La jeune Serdaigle savait qu'Oldimiscu allait bientôt de retour et il n'allait probablement pas apprécier qu'un hibou se soit approprié son perchoir. Joy, cependant, s'en fichait complètement et elle s'approcha de Nauj pour saisir le parchemin entre ses pattes. Elle prit un des nombreux Miamhiboux posés sur sa table de nuit et le donna au hibou d'Arthur en grattouillant sa tête. Elle déplia ensuite la lettre et entama sa lecture, laissant ainsi Nauj se remettre du voyage et s'abreuver de l'eau prévue pour Oldimiscu.

Joy avait toujours un grand sourire aux lèvres lorsqu'elle eut terminé sa lecture et qu'elle s'aperçut que Nauj avait repris son envol.



• 10 JUILLET •

Joy Wedenjack aurait pu passer sa journée à rédiger une lettre à son ami, mais elle avait préféré dépenser son temps à élaborer un plan pour briser le couple de sa sœur. Ses longues tergiversations s'étaient soldées par un échec cuisant ; la jeune fille n'avait pas trouvé de bonne idée. Elle en était profondément agacée et scrutait Célian d'un oeil toujours plus critique et hautain. L'ami de sa sœur ne lui portait pas beaucoup d'attention ; il se contentait de la saluer lorsqu'ils se retrouvaient seuls dans une pièce, mais Joy haussait les épaules sans répondre. Elle se doutait que ce comportement antipathique ne jouait pas en sa faveur et que l'esprit de Célian ne devait pas rayonner de pensées positives à son égard, mais elle s'en fichait.

Soit, ses machiavélismes avaient été vains et elle avait l'intention de répondre à la missive de son ami aujourd'hui. Il était aux alentours de quatorze heures lorsqu'elle décida de faire un tour dans un Parc qui se situait à quelques mètres de chez elle. Ensuite, elle se mettrait à la rédaction. Peut-être que cette balade lui procurerait quelques éléments croustillants à mentionner dans sa lettre. Sachant que ces vacances promettaient un temps plutôt agréable, elle décida de ne pas emporter de veste et de sortir vêtue d'un jeans et d'un t-shirt sur lequel on pouvait lire la charmante inscription :
« Vous ne pouvez pas forcer quelqu'un à vous aimer. Mais vous pouvez l'enfermer au sous-sol et attendre qu'il développe le syndrome de Stockholm. » Ses parents ne supportaient pas qu'elle porte ce vêtement, qu'ils trouvaient trop stupide, mais elle l'aimait bien.

Elle prévint Evelyn qu'elle allait prendre l'air et celle-ci hocha la tête avant de se replonger dans ses énormes livres. Sa sœur avait pour ambition de devenir médecin, alors elle avait pris la résolution de s'avancer durant les grandes vacances pour ne pas être surchargée durant l'année scolaire. Joy admirait cette force d'esprit, même si elle était persuadée qu'Eve n'avait pas besoin de ça pour être la plus douée.

L'air était chaud sans être poisseux, la brise était fraîche sans être dérangeante ; le temps était idéal et il arracha un sourire à Joy. Elle ne dut parcourir que quelques mètres avant de trouver l'entrée du parc, plutôt petit, qui longeait un fleuve tranquille. Petite, elle aimait bien s'appuyer sur la rambarde qui séparait le fleuve du chemin des promeneurs ; ça la détendait, d'ainsi garder son regard fixé sur les vagues calmes. À la place, la jeune Écossaise dégota un banc délaissé et s'y assit, les yeux perdus dans le vide. Elle avait commencé par regarder les chaussures des passants avant de plonger dans ses pensées. Quelques temps plus tard, une voix masculine vint la sortir de ses songes :


« Wedenjack ! Alors ça ! Si j'avais su que j'te reverrais un jour ! »

Avec un sursaut, ladite Wedenjack releva la tête et ses yeux bleus croisèrent ceux, tout aussi bleus, d'un dénommé Matthew Gatling. À ses côtés, Alban Clinton venait de pouffer d'une manière grotesque. Joy, cependant, ne lui accorda pas un regard ; elle fixait Gatling en fronçant les sourcils, comme si elle ne savait pas qui était le garçon qui venait de lui adresser la parole. C'était du bluff, évidemment ; la jeune Serdaigle l'avait reconnu dès la première seconde. Elle prenait simplement énormément de plaisir à le vexer. Apparemment, sa technique portait ses fruits, puisque Gatling sembla être outré. Il ouvrit la bouche, probablement pour dire « Tu me reconnais vraiment pas, sérieux ? » mais Joy parla enfin :

« Ah, oui... Matthew. Quel déplaisir..., fit-elle en un souffle. »

Le garçon ne sembla pas entendre sa remarque puisque son visage abhorra un air intensément soulagé. Joy était presque sûre qu'il avait cru s'être trompé sur son identité, lorsqu'il avait constaté qu'elle ne le reconnaissait pas. Elle ne dit pas un mot, espérant que son silence serait assez éloquent, mais c'était trop en demander. Il s'approcha d'elle, son sbire de Clinton sur les talons, et il reprit son discours :

« On pensait qu't'avais déménagé ! T'es pas v'nue à la meilleure école de la ville, comment ça se fait ? »

Gatling aurait probablement voulu que Joy réponde qu'elle n'avait pas les capacités pour intégrer cette prestigieuse école. Hors, c'était complètement faux et la jeune fille refusait de lui fournir la réponse qu'il désirait. Alors, elle décida de le surprendre :

« C'est parce que j'ai des graves problèmes mentaux. Mes parents ont été obligés de me placer dans une école pour tarés, dit-elle en haussant les épaules. »

Son interlocuteur tourna la tête vers son ami, apparemment surpris et pris au dépourvu. Pile ce que Joy avait espéré. Elle dut faire de gros efforts pour garder un air sérieux.

« Je... C'est vrai ?, demanda-t-il finalement, désormais presque effrayé. »

« Selon toi ? »

Et voilà comment mettre quelqu'un dans l'embarras en quelques secondes ; succès presque garanti. Gatling était un de ces garçons brutaux et vulgaires que Joy avait haï, en primaire ; mais cette époque était révolue et il était hors de question que Joy les laisse croire qu'elle avait encore peur d'eux. Il était grandement temps que la tendance s'inverse. Pour le plus grand bonheur de la jeune Wedenjack, cet imbécile bafouilla une réponse entre le « oui » et le « non » puis il s'en alla après ces douces paroles :

« Bon, ben, on s'revoit plus tard, alors. »

Qui obtinrent pour brève réponse :

« Non. »

Finalement, cette journée allait être particulièrement productive. Joy resta encore quelques minutes, puis elle décida de quitter le parc à son tour et de rentrer chez elle pour se mettre à rédiger sa lettre. Comme espéré, elle avait une anecdote à conter à son ami. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre, s'empara d'un parchemin et d'un stylo et se mit à écrire :


« Salut Arthur,

De rien pour la lettre, c'est normal ! Je te l'avais promis, et puis ça me fait vraiment plaisir de t'écrire. Au moins on peut garder contact et ça, c'est grave cool. C'est vrai que je suis plutôt déçue de savoir que le mec de la gare a pas reçu sa gifle, mais tant pis. C'est la vie.

Perso', j'aime bien Jim ! C'est court, ça sonne bien et c'est mignon. Bon, un pépé qui s'appelle Jim, ça fait carrément bizarre mais pour un enfant, je trouve que ça va. Tu sais, si j'étais toi, j'irais voler les jouets les plus intéressants. Je crois que les jouets de bébé, c'est plutôt cool pour s'amuser avec des chiens, et comme t'en as pas mal... Moi, j'ai aucun animal de compagnie, donc je sais pas si c'est vrai, mais j'avais lu ça quelque part.

Ouais, ma maman, ça va ! Elle vomit pas trop, ou alors, pas devant nous. Par contre, elle dit tout le temps qu'elle a la nausée et qu'elle a envie de dormir. Et elle mange beaucoup aussi. Ça fait bizarre parce que d'habitude, elle mange comme un moineau. Tu sais, je me demande s'il y a beaucoup de chances pour que ma future sœur soit une sorcière. Mes parents sont tous les deux Moldus, mais... est-ce que la probabilité qu'ils donnent naissance à une sorcière a augmenté juste parce que moi, je suis une sorcière ? Ce serait plutôt cool, mais je crois que c'est pas le cas.

Chez moi, ça va, il fait chaud mais pas trop. Normal, quoi. Enfin, parfois il fait quand même trop chaud mais ça dépend. Je pense que je suis pas aussi désséchée que toi, en tout cas. Du coup, c'était cool cette promenade à la rivière ? Et oui, c'est vrai que nul, de toujours raconter des mensonges. C'est un peu triste, mais bon... Au moins, tu sais que si tes amis t'apprécient, c'est parce que t'es quelqu'un de cool, et pas parce que t'as de bonnes notes ou que t'es dans une école réputée.

En fait, pour être honnête, j'avais pas trop d'amis, en primaire. Enfin, j'en ai eu une mais c'est compliqué. On ne se voit plus, maintenant. En tout cas, je dois sûrement pas mentir autant que toi, parce que presque personne ne me demande dans quelle école je vais. C'est pas plus mal. À propos de ça, je dois trop te raconter un truc... Hier, je suis partie me promener au parc et là, y'a un mec de mon ancienne école qui est venu me parler. Sauf que moi, je l'aime pas du tout et il m'ennuyait tout le temps, en primaire. Du coup, je lui ai dit que j'étais dans une école de psychopathe pour qu'il ait peur de moi. Ça a marché, en plus ! T'aurais du voir sa tête, c'était drôle, je suis super fière de moi.

Le Quidditch à la maison, ça doit être trop cool ! Je déteste le Quidditch mais j'adorerais pouvoir voler sur un balai. Mais le Quidditch en famille, ça doit être trop cool, s'il y a une bonne ambiance. Dommage que ma famille soit Moldue. Ah, et si tu fais une liste pour les copains d'Ava, tu pourras me l'envoyer ? Pour que je compare avec Evelyn. Elle, c'est pas compliquée, y'en a qu'un : Célian. Je le déteste. Il est vraiment trop bête, méchant et laid.

Je t'en veux pour la formule, au contraire ! J'ai été fouiller dans les lettres de ma mère pour trouver d'autres formules bizarres et j'ai trouvé !

Je vous prie de croire, Monsieur Arthur Grimms, l'assurance de mes respectueuses salutations,

Joy ! »


Elle relut, sourit un peu bêtement et se tourna vers Oldimiscu pour lui confier une nouvelle lettre à livrer.

Quatrième année RP.

I missive you  PV 

Les vacances d'Arthur, en ce 13 juillet, commençaient enfin à être plus agréables. La chaleur se faisait moins étouffante mais était néanmoins toujours présente. C'est pourquoi il était en train de nager dans le lac près de chez lui avec son chien et son voisin, quand son père, Asgyr Grimms, est arrivé en courant, mettant un terme à cet après-midi bien sympathique. Il hurlait et faisait des grands gestes, créant instantanément la panique chez son plus grand fils qui ne comprenait pas ce qu'il disait et ne voyait que son expression de panique et ses grands mouvements saccadés. Heureusement, au fur et à mesure qu'il se rapprochait du petit groupe venu pour s'amuser, ses paroles devenaient plus audibles.

« Bébé...Maman...Hôpital...Voiture de la voisine...Moment...Viens ! »

Il n'en fallut pas plus à Arthur pour comprendre que le jour fatal était arrivé. Aujourd'hui était donc le jour où sa vie allait changer. Le têtard était mûr. Il allait déjà faire son entrée...
Donc, très vite, trop pour le petit Serpentard, il était dans la grande voiture familiale, encore dégoulinant de l'eau du lac sur la banquette arrière, observant avec dégoût et appréhension les expressions de joie de son père et de sa grande sœur Ava, devant lui. Il avait été informé que les jumeaux se trouvaient chez leurs grands-parents. Les veinards.

L'hôpital était à 15 minutes à peine. Une fois arrivé, Asgyr demanda à ses deux grands enfants de rester dans la salle d'attente, précisant un peu inutilement qu'il partait rejoindre sa femme actuellement en plein travail.
C'est ainsi qu'Ava et Arthur se retrouvèrent à poireauter dans une salle d'attente bruyante et grouillante de monde, sur des sièges pas confortables du tout. Ava prit un de ces magazines moldus qui racontent la vie d'autres Moldus un peu célèbres. Pfff. Arthur devait donc s'occuper seul. Il se mit alors à imaginer ce que serait ce genre de magazine dans son monde à lui, à Poudlard. Il voyait déjà les gros titres : « Exclusif ! Amy Holloway et Haakon Solberg découverts ensemble à Gringotts ! Le début d'une grande histoire ? » ou encore « Le célèbre Wilhelm Heltowni serait de la famille de Godric Gryffondor ! Incroyable ! Après cette découverte, il entamerait en ce moment un procès contre tous les serpentards pour faire honneur à ses origines ! ». Bref, ce genre de choses paraissait si absurde.


*Les Moldus sont bizarres des fois...*

Vous l'aurez compris, Arthur tâchait d'occuper les prochaines heures à venir car, comme il le pensait, ça allait certainement être très long. Surtout qu'Ava n'était pas de la meilleure compagnie possible. Elle ne faisait que lire ces ragots à la noix ! Parfois, Arthur la détestait vraiment.
Tout, dans cette journée, l'exaspérait. Ne le cachons pas : il faisait carrément sa tête de cochon là ! Alors, au bout d'un moment (un petit quart d'heure après être entrés dans cette salle), Ava referma le magazine et se retourna vers son frère en souriant.


« – Allez, fais pas la tête ! Tu vas être grand frère bientôt !
– Youpi...
– Rôôôh ! Tu crois que j'étais contente quand t'es arrivé moi ? Avant, j'étais toute seule ! J'étais la princesse à la maison ! Pis après ça, ça a changé et j'étais pas contente au début. Mais maintenant, je ne pourrais plus me passer de toi, Tutur ! Tu vas voir, tu vas vite l'aimer, ce têtard. »

Ava conclut ses paroles par un petit câlin, un de ceux que seules les grandes sœurs savaient faire. À ce moment-là, Arthur l'a aimée plus que tout au monde. Puis, elle a posé son livre et ils ont discuté ensemble une petite heure, de Poudlard principalement.
Et puis, assez vite finalement, Asgyr revint les trouver, larmes aux yeux et sourire ému.


« Jimmy est là ! 3 kg 1 ! Vous voulez venir le voir ? »

Arthur suivit le groupe en traînant des pieds. Il n'avait pas du tout envie d'aller le voir. Il voulait retourner dans le lac avec son chien. Être tranquille quoi, alors qu'il ne le serait plus avant un bon moment, pensait-il.
Ils arrivèrent tous trois dans la chambre. Satine Grimms était dans le lit central, en nage et l'air très fatigué. En voyant sa mère ainsi, le cœur d'Arthur se brisa littéralement. Mais elle lui sourit tendrement, tandis qu'Ava était déjà toute gagatte au-dessus du couffin. Même elle, il allait lui prendre.


« Allez Arthur, dit Satine, va voir Jim ! Tu lui ressemblais quand je t'ai eu. Le même petit bébé ! »

*Non, c'est lui qui me ressemble. Pas l'inverse.* Se retint-il de dire.
Dans un soupir, le serpy se rendit face au berceau. Il en avait plus que marre qu'on le force déjà à prêter de l'attention au bébé. Surtout qu'à peine eut-il mis son petit nez et ses oreilles décollées au-dessus du berceau que le nouveau-né se mit à hurler. Inutile de préciser que l'agacement d'Arthur s'approchait de son paroxysme. Il recula vivement tandis qu'Ava réussit à calmer le bébé en quelques minutes.

Après qu'Arthur ait fait part de son envie de partir, ses grands-parents vinrent le chercher (après avoir admiré le têtard pendant une petite demi-heure bien sûr).

Et enfin, ENFIN, il était au calme dans la maison de ses grands-parents, les parents de son père (ceux de sa mère vivaient en Autriche). Il avait emprunté la chambre dans laquelle il dormait habituellement quand il allait chez eux. Enfin, au calme si l'on exceptait les jumeaux qui jouaient aux sorciers dans le jardin à grand renfort de cris en tout genre. Alors, Arthur put tenter d'oublier sa colère pour un temps, afin de faire la chose la plus importante de ses vacances : répondre à Joy.

Yo Joy !

J'espère que tu vas bien. Pour moi, c'est pas trop le cas. Parce que ça y est, il est là ! Jim est là, et moi, j'existe plus. Je te joins une photo que mon père m'a donnée. J'ai pas trop envie de la garder moi, pis comme ça, tu verras à quoi il ressemble.
Franchement, heureusement qu'on garde contact comme ça, sinon, je sais pas comment je ferais pour pas péter un câble !
Pas bête ton idée de prendre ses jouets pour mes chiens ! Faudra que j'y pense quand la maison commencera à se remplir de trucs rien que pour lui !
Tu sais que ma maman m'a dit que je ressemblais à Jim quand je suis né ? C'est trop méchant de dire ça ! J'ai jamais été aussi moche moi ! C'est pas possible ! Bref, je peux pas lui en vouloir parce qu'elle avait l'air vraiment fatiguée. Franchement, ça m'a rendu triste de la voir comme ça. J'espère qu'elle va bien dormir cette nuit.

C'est cool si ta maman ne vomit pas trop ! Croise les doigts pour que ça reste comme ça jusqu'à la fin ! Peut-être que ce sera un sorcier ou une sorcière ! Il y a des chances, si toi tu l'es ! Perds pas espoir ! Moi, j'y crois !

C'est bizarre ce que tu me dis, que tu n'avais pas d'amis. T'es tellement cool que je t'imaginais être, genre, la plus populaire ! J'espère que t'es pas trop triste de ça. Les autres savent pas ce qu'ils ont raté ! J'espère aussi que tu me raconteras l'histoire de ton amie un jour. J'aimerais bien savoir pourquoi tu la voies plus. Je suis sûr qu'il y a moyen d'arranger les choses !
J'ai explosé de rire quand j'ai lu ce que tu as dit au mec que tu as croisé ! Je t'imagine trop dire ça en plus ! Il ne reviendra pas t'embêter avec ça !

Sinon, à part ça, il fait moins chaud en ce moment. Le soleil a fini de péter son câble. C'est mieux ! J'espère que la température va rester comme ça jusqu'à la fin. Comme ça, je pourrais souvent aller nager dans le lac à côté de chez moi et je ne serais pas obligé d'entendre les pleurs du têtard à la maison.

Oups désolé, j'avais oublié que tu détestais le quidditch. Je le savais en plus ! Mais ouais, en famille, c'est beaucoup moins violent, je te rassure !

J'ai pas encore fait la liste des chéris de ma sœur, désolé ! Je te promets, c'est pour la prochaine lettre que je t'enverrai ! D'ailleurs, c'est bizarre parce qu'elle était seule à l'hôpital aujourd'hui. Peut-être que c'est déjà fini avec Gary ? À quand le prochain ?
Il a pas l'air cool ce Célian. Déjà, c'est quoi ce prénom ? J'espère que ta sœur reste pas avec par dépit en tout cas. Parce que s'il est moche, bête et méchant, qu'est-ce qu'elle peut bien lui trouver ? Tu sais, moi, j'ai toujours détesté les copains de ma sœur ! Pourquoi elles n'arrivent à trouver des garçons qu'on trouverait sympas ? C'est bizarre ça !

Bon, désolé mais j'ai la flemme de trouver des formules aussi cool que les tiennes donc je me contenterai de ça :

Salut !

Arthur, nouvellement grand frère depuis peu et dépité comme tout.

Image

Nauj n'étant pas dans le coin, il emprunta le hibou de sa grand-mère : Koka. Tout noir et tout moche, mais il ferait l'affaire.
Arthur le regarda s'envola au loin, avec sa lettre, en direction de la maison de Joy. Il était tout triste.
Encore 6 semaines avant la rentrée...

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I missive you  PV 

Les Wedenjack n'avaient jamais manqué d'argent. L'aura impressionnante et les traits stricts de Diana lui étaient utiles, lorsqu'elle exerçait sa profession d'avocate. Elle avait parfois plongé dans des affaires morbides, dont elle ne parlait jamais avec sa famille. Elle était rigoureuse dans son travail, connaissant la loi sur le bout des doigts. Parfois, Joy se disait que le métier de sa mère était malhonnête ; quel genre de personne aurait envie de protéger des monstres ? Pourquoi sa mère essayait-elle d'alléger la peine de gens qui, parfois, avaient commis des crimes horribles ? Joy, à douze ans, ne comprenait pas vraiment la profession de Diana, qui voulait seulement faire régner la justice.

Stephan, quant à lui, était chef d'entreprise. C'était étonnant ; il détestait le contact humain mais il passait ses journées à diriger une société qui grouillait d'employés. Son tempérament rationnel et soigneux l'avait hissé jusqu'au sommet sans qu'il ne doive trop batailler. Il avait toutes les qualités requises pour être un directeur d'entreprise compétent. Les salaires que recevaient les parents Wedenjack leur avaient permis de s'installer confortablement avec leur fille, Evelyn. Ils avaient acheté une villa qui se situait dans un coin reculé de l'Inverclyde, en Écosse. Vivant dans la tranquillité, le couple avait décidé d'avoir un deuxième enfant ; Joy. La petite fille blonde avait grandi dans cette maison pleine de souvenirs. Et depuis douze ans, la cadette ajoutait des tas de moments drôles, dramatiques ou heureux à la mémoire de cet endroit. Les Wedenjack connaissaient cette maison par cœur, allant du trou dans le mur du salon à la tâche sur le meuble en bois de la cuisine.

La situation aisée de ses parents permettait à Evelyn de payer ses études de médecine. Elle voulait devenir hématologue, ce qui requérait beaucoup d'études et d'investissement. Elle poursuivait ce rêve depuis plusieurs années et accordait beaucoup de temps à ses études, allant parfois jusqu'à délaisser sa famille et son petit-ami. Evelyn voulait aider les gens qui vivaient dans la douleur. Elle était hypersensible et était particulièrement touchée par la mort. Lorsqu'elle était plus petite, Eve se retenait toujours de pleurer, lorsque des décès étaient annoncés dans les journaux ou à la télévision. Elle s'était jurée de diminuer le nombre de morts dans le monde, et devenir médecin était un moyen de tenir cette promesse. Si la vingtenaire était une des élèves les plus performantes de son université, c'était parce que ce qu'elle faisait lui tenait vraiment à cœur.

Pendant ces vacances, Evelyn passait donc la plupart de son temps à travailler. Attablée à la table de la salle à manger, elle gardait ses yeux fixés sur ses cours pendant des heures. Souvent, Célian venait l'aider. Il faisait des études de médecine aussi, mais il souhaitait se diriger vers une branche différente ; la chirurgie. Rien de plus dégoûtant, si vous voulez l'avis de Joy. Les deux amants s'entraidaient donc parfois, s'encourageaient aussi, se félicitaient lorsqu'ils réussissaient leurs examens. Joy trouvait ce comportement mièvre et niais, mais elle avait cessé de le dire, parce que sa grande sœur la fusillait toujours du regard lorsqu'elle faisait ce genre de remarque.

Ce treize juillet était une journée des plus banales. Diana et Stephan, qui voulaient profiter de la clémence du temps, étaient partis en balade. Evelyn avait voulu partir avec eux, ce qu'ils avaient évidemment accepté. Ils avaient proposé à Célian (qui s'était encore invité chez les Wedenjack sans la permission de Joy) de les accompagner, mais celui-ci avait poliment refusé, arguant qu'il préférait se plonger dans ses cours. Joy le soupçonnait d'avoir peur de ses parents. Et, je dois vous l'avouer, sur ce coup-là, elle le comprenait. Stephan et Diana pouvaient être angoissants, avec leur air toujours autoritaire.

En tout cas, lorsque Joy était descendue dans la salle à manger, cette soirée-là, elle fut particulièrement agacée de constater que Célian était la seule personne présente. Il leva les yeux de ses cahiers et offrit un sourire distant à Joy. La jeune fille resta de marbre.


« Bonsoir, lança-t-il simplement. »

Joy avait vraiment envie de ne rien lui répondre, mais elle s'y refusa. Elle détestait ce jeune homme qui accaparait Evelyn, c'était un fait. Mais la jeune blonde avait été éduquée, et elle ne pouvait pas se permettre un tel irrespect. Elle s'obligea donc à prononcer un petit « Bonsoir » qui sembla ravir Célian. Il lui sourit faiblement et retourna à ses cours.

L'espace d'un instant, Joy se sentit désemparée. Elle avait quitté sa chambre pour montrer la photo de Jimmy à sa mère. Puisque celle-ci était vraisemblablement absente, la jeune fille s'était déplacée jusqu'à la salle à manger et se retrouvait seule avec Célian pour rien. Elle était un peu déçue. Elle était sûre que Diana serait ravie de savoir que le bébé de Satine était né. Tenant le cliché de Jim dans sa main droite, Joy soupira faiblement et entreprit de monter l'escalier pour retourner dans sa chambre. Lorsqu'elle fit demi-tour, la voix du petit-ami de sa sœur résonna dans la pièce :


« Il est mignon, le bébé sur la photo que tu tiens. »

Joy était un peu étonnée. Célian avait forcément compris qu'elle ne l'appréciait pas, alors pourquoi s'obstinait-il à se montrer sympathique envers elle ? Cherchait-il à nouer des liens ? Pourquoi ? Probablement pour faire plaisir à Evelyn. La fillette pensa que si sa sœur avait pu les voir, elle aurait été enchantée de constater qu'ils savaient discuter sans que Joy ne se moque ouvertement de Célian. Alors, pour la deuxième fois, Joy décida de faire un effort et répondit :


« Oui. »

Elle put enfin remonter dans sa chambre. Elle posa la photo de Jimmy au coin de son bureau, attrapa une plume, un encrier et un parchemin, puis elle se mit à rédiger.


« Hey,

En fait, ton frère, il ressemble à tous les bébés. On dirait une grosse patate, quoi. Les bébés, ça devient plus mignon quand ça grandit, tu trouves pas ? Tu sais, je suis sûre que tu existes encore pour ta famille. Ils te portent moins d'attention parce qu'ils sont obligés de faire gaffe à Jimmy. Un gosse, ça braille, ça crie, ça pleure tout le temps pour rien, alors tes parents doivent toujours veiller sur lui. Dis toi que Tom, Naala et Ava aussi, ils sont un peu "abandonnés" par tes parents. Mais c'est pas vraiment de l'abandon. C'est juste parce qu'ils ont besoin de moins d'attention que Jim. Je suis un peu en train de me contredire, mais j'espère que tu comprends ce que je veux dire ! En tout cas, je suis 100% certaine qu'après un moment, tu vas l'aimer très fort, ton nouveau petit frère. Et pour ta maman qui est fatiguée, c'est normal. Physiquement, elle a sûrement l'air à bout (logique, elle vient d'accoucher), mais intérieurement, je suis sûre qu'elle est très heureuse !

Moi aussi, je suis hyper contente qu'on parle par lettres. Je m'ennuie trop ici. Y'a que des vieux, dans ma maison. Evelyn a 21 ans, donc je peux plus trop m'amuser avec elle. De toute façon, elle est bien assez occupée avec son mec et ses études.

T'inquiète pas, je suis pas du tout triste de pas avoir eu d'amis en primaire. De toute façon, ils étaient tous stupides. Et puis l'important, c'est que maintenant, j'en ai ! En fait, avant, j'étais pas du tout comme maintenant. Je parlais jamais. Je détestais les cours (c'est pas commun, pour une Serdaigle). J'étais trop timide, en fait. Et puis quand j'ai appris que j'étais une sorcière, je me suis dit que je devais changer de comportement. J'en avais marre de trop me soucier de ce que pensaient les autres. Alors voilà, je suis devenue la Joy que tu connais ! Et c'est bien mieux comme ça. Concernant mon amie... je t'en parlerai un jour. Mais elle et moi, on pourra jamais recoller les morceaux.

Tant mieux, s'il fait moins chaud. Personnellement, je déteste la chaleur. C'est horrible. On transpire et tout, c'est dégueulasse. Je préfère avoir trop froid que trop chaud, c'est beaucoup moins désagréable. Et puis l'hiver, c'est une saison beaucoup plus amusante que l'été, si tu veux mon avis.

J'attends ta prochaine lettre avec impatience alors, parce que j'ai hâte de savoir combien de copains ta sœur a eu ! Puis tant mieux, si c'est fini avec Gary, vu qu'il était nul. À mon avis, il était pas assez bien pour elle. Ah, et pour Célian, j'avoue que c'est un prénom super moche. Mais je pense pas qu'Eve reste avec lui par dépit... Elle est pas du genre à faire ça. Si elle est avec lui, c'est qu'elle l'aime vraiment... Quand je lui demande pourquoi elle est amoureuse de cette Bombabouse géante, elle me répond qu'il est soi-disant cultivé, intelligent et attentionné. Du charabia d'ado amoureuse, quoi. Moi, je le trouve beaucoup trop présomptuant présemptueux présomptueux (j'aurais du écrire "narcissique" au lieu de vouloir faire la maline avec des mots compliqués que seul Mr Heltowni utilise). J'espère qu'elle finira par le quitter. Je le déteste vraiment trop. Evelyn passe beaucoup trop de temps avec lui.

Moi aussi, j'ai la flemme de chercher d'autres formules bizarres, alors je vais juste te dire salut.

Salut !
Jo'. »


Elle bâilla longuement, ce qui lui fit prendre conscience qu'il était temps qu'elle se couche. Il n'était que vingt heures trente, mais Joy avait besoin de beaucoup de sommeil.

Quatrième année RP.

I missive you  PV 

Arthur était de retour chez lui. En fait, tout le monde était de retour à la maison. Vraiment TOUT le monde. C'était bruyant. Mais pas comme d'habitude. Normalement, Arthur aimait plutôt bien le bruit de sa maison. Les aboiements de ses chiens, les rires des jumeaux, la musique d'Ava... C'était agréable, vivant et chaleureux. Maintenant et pour toujours (dans l'esprit d'Arthur), ça ne le serait plus. Il y avait un nouveau bruit dans la maison. Un bruit atroce, strident, et agaçant au plus haut point. C'était Jim. Ou plutôt, les pleurs de Jim. Parce qu'il pleurait tout le temps ! La nuit, le jour, le jour, la nuit... Surtout la nuit d'ailleurs. Ou alors, c'était à ce moment qu'Arthur le ressentait le plus. En fait, c'était surtout ce créneau horaire qu'il redoutait le plus : de minuit à 5 heures matin. Ses parents avaient eu la bonne idée de placer la chambre du bébé juste à côté de la sienne. En même temps, c'était la seule pièce disponible donc ils n'avaient pas eu le choix. Du coup, dès que môssieur le nouveau-né avait décidé qu'il était l'heure de manger, il hurlait à n'en plus pouvoir, se fichant bien des gens qui pouvaient être en train de dormir ou non.

S'il n'y avait que ça... Mais non ! Ce qui insupportait le plus Arthur, c'était les disputes de ses parents pour savoir lequel des deux allaient se lever pour nourrir et bercer le monstre. Le couple ne hurlait pas non plus, mais leurs désaccords étaient perceptibles par le jeune garçon. Ses grandes oreilles lui auront au moins permis d'avoir une bonne ouïe. Mais était-ce vraiment un cadeau dans cette situation ?

Arthur allait avoir 13 ans. Il était sensible à tout ce qui se passait autour de lui. Il était en plein changement, devenait adolescent et restait pourtant encore très enfant, aussi bien mentalement que physiquement. Son émotivité atteignait son paroxysme et il absorbait tout ce qu'il se passait, chaque mot qu'on lui disait, comme une éponge. Bref, c'était pas simple quoi. Voilà pourquoi quiconque l'aurait observé par la petite fenêtre de sa chambre aurait pu le voir, durant ces difficiles nuits, pleurer à chaudes larmes avec un oreiller appuyé très fort contre ses oreilles pour essayer, en vain, de trouver un silence total et réparateur. Certains pourraient dire qu'il exagèrait. Et ils auraient tort. C'est sûr, il y avait plus malheureux que lui ! Il était bien nourri, avait un toit sur la tête, des amis, une école où il avait sa place, une grande famille... Il avait tout ! Mais il ressentait également un mal-être grandissant et il avait du mal à trouver sa place au sein de cette famille justement. En ce moment, et depuis peu, sans savoir si ça allait durer, il n'était pas heureux. Et c'est pour ça que non, sa réaction n'était pas exagérée du tout.
Bien sûr, c'est quelque chose qu'il n'avouerait pas. Même pas à Ava, même pas à Joy, même pas à Wilson. Il n'oserait pas. Alors il se contentait d'être triste dans son coin, de pleurer la nuit et d'ignorer les cernes et la mine triste de sa maman le jour.

La fin du mois de juillet approchait. Arthur n'avait pas envoyé de lettre à Joy depuis un moment. Sans doute une des conséquences de son manque de sommeil. Alors en ce jour ensoleillé, il évita soigneusement Jim en train de recracher tout ce qu'il venait de manger sous les jurons de sa mère pour monter dans sa chambre. C'était une vraie fournaise mais tant pis. Il avait envie d'être seul pour écrire soigneusement cette lettre. Au pire, il irait piquer une tête dans le lac après.
Il relut une nouvelle fois la dernière missive en date de Joy, pouffa en relisant certaines de ses expressions marrantes et entreprit de lui répondre.

Salut Joyounette !

Déjà, je suis désolé de ne pas t'avoir écrit plus tôt. Je suis tout le temps dehors, genre au lac et tout. Mais je suis nul, j'aurais quand même pu trouver du temps. Bref, désolé.

Pour mon frère, c'est clair que c'est une grosse patate ! Une grosse patate bruyante qui pleure tout le temps. J'en ai trop marre ! Mes parents sont fatigués, ils se disputent souvent à son sujet. Je me demande bien pourquoi ils ont décidé de refaire un bébé parce que si c'est pour se mettre dans un état pareil, c'est vraiment pas un cadeau ! Je sais que mes parents doivent plus s'en occuper, mais j'ai l'impression qu'il n'y a que moi qui m'en rends compte ! Mes grands-parents sont tout gagas devant lui ! Et les jumeaux n'ont vraiment rien changé à leur vie. Mes parents les laissent regarder le bébé mais ils ne pourront le porter que quand ils seront plus calmes. C'est pas demain la veille en gros ! Et Ava, elle vient un peu moins à la maison. Je le ressens. Ma maman dit que non mais je le vois bien moi. C'est nul. Elle m'abandonne elle aussi, t'as vu !

Bref, en parlant d'Ava, j'ai enfin fait la liste de ses chéris ! Tiens-toi bien :

- Jean, son amoureux de Poudlard. Il était à Gryffondor je crois, je me rappelle plus bien de lui.
- François-Xavier, juste après Poudlard, notre voisin. Il était marrant, c'était mon préféré je pense !
- Billy. Lui, il avait une moto et elle aimait bien ce truc moldu qui sent mauvais.
- Alex, lui il avait genre 7 ans de plus qu'elle ! Beurk !
- Eliott, un hipster tout roux qui fumait des trucs bizarres.
- Et Gary, le gars moche mais intelligent.

Pas mal hein ? Faudra que je la mette à jour de temps en temps. Faut qu'elle se calme quand même. Limite, je préférerais que ce soit comme pour ta sœur. Qu'elle ait un seul chéri, comme ça je serais habitué et je pourrais mieux lui dire ce que je pense. Enfin... Je sais pas si j'oserais en fait. Toi, ça va mieux avec lui ? Peut-être qu'il est sympa, au fond. Il sait que tu vas à Poudlard au fait ?

En tout cas, ça me fait vraiment du bien nos lettres. Ça me rappelle Poudlard. Je sais, ça fait pas très longtemps qu'on en est parti mais j'ai déjà hâte d'y retourner ! Sans les cours ni les devoirs, ce serait l'idéal !

Dommage pour ton amie et toi. J'aimerais bien connaître l'histoire ! J'espère qu'elle t'a pas fait un truc, genre, trop méchant ! Mais bref, tu m'en parleras quand tu voudras, si ça te rend pas trop triste ou en colère parce que j'ai pas envie de te mettre dans un état comme ça.

J'ai hâte d'être en hiver aussi ! T'as raison, c'est mieux d'avoir froid. Comme ça, on peut boire des chocolats chauds ! C'est la boisson que je préfère. Je les fais mieux que personne en plus ! Je te promets ! Pour te le prouver, je t'en ferai un cette année, en décembre. Je mets des guimauves et des bâtons de cannelles d'habitude ! Je suis sûr que tu vas aimer !

Tu m'as fait trop rire avec les mots compliqués de mr Heltowni ! C'est vrai que lui, c'est un dictionnaire ambulant sans rigoler ! Je sais pas comment il fait, mais il est trop intelligent. En vrai, j'aimerais bien être intelligent comme lui un jour. Je pourrais me la péter devant Jimmy plus tard haha ! Et toi, c'est qui ton prof préféré à Poudlard ?

Bon, allez, je vais sortir un peu dehors, pour changer.

À bientôt ! Et je te promets de répondre plus vite la prochaine fois !
~ Arthur ~

Voilà, la lettre était terminée. Il appela son hibou, lui caressa la tête et lui donna le rouleau de parchemin. Il sourit en se disant qu'à force, son oiseau allait finir par connaître le chemin par cœur, si ce n'était pas déjà le cas !
Ensuite, il sortit pour se rendre au lac, comme il se l'était promis. Il y passa tout son après-midi, seul avec son chien Sunset. Ils nagèrent ensemble, et ne virent pas le temps passer. Le soir arriva finalement assez vite et Arthur n'avait pas envie de rentrer chez lui. Son ventre commençait pourtant à crier famine, mais il avait tout prévu. Il avait pris de quoi se faire un bon pique-nique et à manger pour son animal. Ils restèrent ici à manger leur dîner. Il se fichait bien de savoir si on s'inquiétait ou non de son absence, chez lui. Il était persuadé que non, de toute façon. Jim devait les occuper bien assez. Alors il resta là. Son chien lui fit un regard inquiet, comme s'il voulait rentrer, lui. Mais hors de question qu'il abandonne son maître. Alors, comme ce dernier ne semblait pas vouloir bouger, il se résigna et s'allongea à ses côtés, s'endormant tranquillement sous les caresses de l'humain.

Arthur, lui, regarda l'horizon pendant un moment. Il n'avait absolument envie de rien. À part de dormir. Alors il s'allongea aussi, à côté de Sunset et s'endormit là, sur la rive d'un lac qui ne bougeait pas et sous le ciel brillant d'étoiles.

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I missive you  PV 

Aïe. « Ça avait pété », comme qui dirait. Il fallait s'y attendre ; l'arrogance et les moues insupportables de Joy avaient fini par exaspérer ses parents. Diana, qui ne pouvait plus supporter que sa fille adopte sans cesse un comportement moqueur et qu'elle critique ouvertement Célian, avait décidé de la punir. Et elle ne lui avait pas donné n'importe quelle punition ! Diana savait s'y prendre, de ce côté-là ; elle lui avait interdit toute communication avec d'autres élèves de Poudlard. Plus de lettres, en somme. Joy lisait et relisait la dernière lettre qu'Arthur lui avait envoyée, culpabilisant à chaque fois davantage. Il devait croire qu'elle l'avait abandonné, ou pire, qu'elle l'avait oublié ! Et elle, elle était là, avec un hibou, une plume et un parchemin à portée de main, sans rien faire, par peur que Diana s'en rende compte et se fâche encore plus. Joy était déjà bien assez embêtée avec cette punition ; inutile de transgresser la règle imposée par sa mère, ça ne servirait à rien sinon à risquer d'avoir une autre punition encore plus sévère.

Quand Joy essayait d'expliquer à sa mère pourquoi il était impératif qu'elle envoie une lettre à Arthur, rien qu'une, Diana ne flanchait pas. Non, c'était non. La pédagogie. L'apprentissage. L'éducation. De ce côté-là, maman Wedenjack était intransigeante, et franchement, Joy s'en serait bien passée. Elle ne demandait pas la lune, juste le droit d'écrire quelques mots, histoire d'expliquer à Arthur pourquoi elle avait subitement cessé de lui répondre. Plusieurs fois, Joy avait failli le faire en cachette, mais elle s'était toujours rétractée au dernier moment.

Nous étions le vingt-six août. Cela faisait un peu plus d'un mois qu'Arthur était donc sans nouvelle de Joy (qui n'avait d'ailleurs pas décoléré vis-à-vis du méchant pas beau Célian James). La cadette, comme presque tous les jours, demanda timidement à sa mère si elle pouvait lever la punition. Elle n'y croyait pas vraiment, mais au moins, elle avait le mérite d'essayer. Et, à sa plus grande surprise, sa mère accepta ! Selon elle, le comportement de Joy s'était un peu amélioré (ce que la jeune fille en question n'avait même pas remarqué, mais si sa mère avait fait ce constat, elle n'allait pas s'en plaindre). Avec un petit soupir résigné, Diana donna donc officiellement l'autorisation à Joy de filer dans sa chambre et de rédiger une lettre à Arthur, pour parler de « trucs d'enfants ». Et sans se faire prier, la jeune Serdaigle grimpa les escaliers quatre à quatre, maudissant une énième fois Célian d'être si stupide, s'installa brusquement à son bureau, ouvrit les tiroirs en faisant beaucoup de bruit, jusqu'à enfin retrouver sa plume, puis elle la trempa dans son encrier, et, finalement, elle se mit à coucher des mots sur son parchemin (en écrivant à une vitesse folle).


« Salut Arthur,

Bon, déjà, je suis désolée de pas t'avoir répondu avant. C'est pas de ma faute ! Ma mère m'a punie parce qu'elle dit que je suis trop arrogante. Elle a dit que je devais plus envoyer de lettres à des gens de Poudlard, que c'était ma punition. Franchement, elle a pas été cool sur ce coup-là. Mais bon, juste avant la rentrée, elle a quand même bien voulu que je te réponde. Super. Lol. M'autoriser à te répondre juste avant qu'on puisse se revoir en vrai. Intérêt 0.

Du coup, comment ça se passe avec ton frangin ? Ça va mieux ou il est toujours aussi relou ? J'espère vraiment que ça s'est arrangé !

Je te comprends à fond, pour Ava. Evelyn me fait la même chose. Je sais pas ce qu'elles ont, en ce moment, les grandes sœurs, mais j'aimerais bien que la mienne redevienne comme avant. Ouf, heureusement que ma mère ne lit pas ce que je suis en train de t'écrire, sinon elle se mettrait dans un état pas possible ! Elle déteste que je dise du mal d'Evelyn. Elle dit que c'est moi qui change, pas elle. Double lol.

C'est fou que ta sœur ait eu autant de copains ! C'est vrai qu'elle est jolie et sympa, mais quand même ! D'ailleurs, François-Xavier c'est vraiment trop moche comme nom, je plains ce pauvre gars !

Non, ça va pas vraiment mieux avec Célian. Il accapare toujours autant ma sœur. Je crois qu'il changera jamais. La seule solution, c'est qu'elle le quitte, mais je crois qu'elle n'a pas du tout l'intention de le faire. Et c'est un Moldu, donc non, il sait même pas que je vais à Poudlard. Dommage, j'aurais bien aimé le narguer (ou lui lancer des sorts, même si on peut pas encore le faire puisqu'on est mineurs (trop nul d'ailleurs, cette règle:smile:.

Moi aussi, j'ai trop hâte de retourner à l'école ! Et t'as raison, Poudlard sans cours ni devoirs, ça doit juste être le paradis. Mais bon, ça va encore, on apprend quand même des trucs cool (sauf en Potions). Parce qu'en vrai, si on n'avait pas ces cours, on saurait même pas lancer de sortilèges ! La honte.

Trop hâte qu'on soit en hiver pour goûter tes chocolats chaud ! Je suis sûre que tu les prépares super bien. Ah, et mon prof préféré, c'est... heu... je sais pas trop. Sûrement pas Miss Holloway, en tout cas. Elle me fait flipper.

À bientôt (et encore désolée pour le retard),
Joy. »


En lisant cette lettre, on constatait très nettement que Joy avait tremblé en l'écrivant. Mais celle-ci n'avait pas envie de perdre du temps à la réécrire. Elle ouvrit la cage de sa chouette (qui s'était étrangement beaucoup ennuyée, ces derniers temps) et lui confia la missive. Oldimiscu s'empressa de sortir de la chambre de la jeune Serdaigle pour livrer la lettre. Dans quelques jours, Joy serait de nouveau à Poudlard. À cette pensée, son cœur se gonfla.

Reducio
Je suis vraiment désolée pour cet affreux retard, j'espère que tu ne m'en veux pas trop. C'est mon dernier post, merci beaucoup pour ce RPG, c'était très sympa de l'écrire et de le lire !

Quatrième année RP.

I missive you  PV 

Cela faisait un mois. Plus ou moins. Un mois qu'Arthur n'avait pas eu de nouvelles de Joy. La dernière fois qu'il lui avait écrit, il avait fugué juste après. Mais connaissant ses endroits fétiches, ses parents l'avaient vite retrouvé. C'était une tentative ridicule pour se faire entendre. Il n'avait pas atteint son but, et n'avait réussi qu'à inquiéter ses parents.
La suite de ses vacances n'avaient pas été palpitante. Il s'était amusé, mais sans plus. Heureusement qu'il y avait ses amis qui vivaient dans le quartier. Parce que s'il avait du compter sur sa famille... Il se serait senti abandonné. Encore plus en tout cas. Et il était triste de penser ça, mais il lui semblait bien ne pas pouvoir compter sur Joy non plus. C'était le silence radio depuis des semaines. Rien. Nada. Aucune nouvelle.

Il n'arrivait pas à se dire qu'elle avait certainement de bonnes raisons. Il ne voyait que l'absence de ses lettres, son hibou qui ne venait pas. Et il en était triste. Pour elle, est-ce que ça marchait comme ça ? Loin des yeux, loin du cœur ? Par pour lui en tout cas. Il pensait à Joy. Elle lui manquait beaucoup. Il espérait qu'elle n'avait pas eu un accident, ou quelque chose comme ça. Mais son inquiétude n'arrivait pas à remplacer sa colère. Elle savait, en plus, qu'il se sentait en mal en ce moment ! Alors pourquoi elle ne faisait pas tout pour lui écrire ? Il l'aurait fait, lui. Bref, Arthur n'arrivait pas à relativiser. Il était fâché. Et il était bien décidé à lui faire la tête dans les règles de l'art dès la rentrée. Pour au moins deux semaines !

Alors vous imaginez quelle pouvait être sa surprise en recevant, ce jour-là, la tant attendue réponse de Joy Wedenjack. Elle y donnait ses raisons, son écriture semblait précipitée et elle lui apportait de ses nouvelles. Recevoir cette lettre était un vrai soulagement pour le jeune garçon aux oreilles décollées. Il l'avait lue, et relue, et rerelue. Elle ne l'avait donc pas oublié. Il avait été bête de penser ça. Il se sentait bête. Et maintenant, il se sentait bien mieux.
Bon, c'était Arthur Grimms. Donc il gardait toujours un petit ressentiment. Après tout, ce silence avait duré longtemps. Mais il était vraiment content de lire à nouveau une lettre écrite pour lui de la main de son amie. Il était tellement de bonne humeur que le lendemain matin où il eut reçu la fameuse lettre, il dit bonjour à tout le monde chez lui et alla même embrasser sur le front son nouveau petit frère ! C'était certainement la première fois qu'il faisait ça ! Il était comme ça, le petit serpentard, il lui suffisait de savoir que quelqu'un pensait à lui, ça pouvait être n'importe qui, il se sentait tout de suite mieux. Il avait besoin d'affection et de sentir qu'il était entouré. Et là, c'était Joy qui répondait à ce besoin, comme la bonne amie qu'elle était.

Arthur pensa immédiatement à lui répondre bien sûr. Mais à quoi bon ? La rentrée était très bientôt et ils se verraient certainement dans le Poudlard express. Ils n'avaient pas besoin de se mettre d'accord pour savoir qu'ils se retrouveraient à ce moment-là et qu'ils se mettraient dans la même cabine. Ainsi ils pourraient échanger sur leurs vacances respectives, se plaindre de leurs familles et râler ensemble, à propos de tout et de rien.
Il avait tellement hâte.


FIN DU RPG


Reducio
Merci à toi ! C'était chouette :)

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Take my smile, that's the only thing I have