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- [Russie] La volonté du père {Solo}

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ARSENI STOYANOV



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LE DERNIER ROMANOV DE RUSSIE


Arseni descend, par son son père — un moldu qu’il n’a jamais rencontré — de la famille impériale russe : les célèbres Romanov. En effet, Olga Alexandrovna de Russie, la fille de l’Empereur Alexandre III, sous l’effet d’un philtre d’amour, s’éprit d’un certain Georges Leihtinen, un Cracmol en mal d’amour. Georges engloutit toutes ses économies dans l’achat de philtres d’amour toujours plus puissants dans l’espoir de conserver Olga près de lui. Sous l’emprise de cette magie durant un an, Olga donna un enfant à Georges : Nicholas. Ruiné, Georges tenta de conserver la belle jeune femme dans son giron mais libérée de l’emprise des philtres d’amour, cette dernière ne reconnut ni son fils ni l’homme qu’elle avait aimé au cours de l’année écoulée. Elle retourna auprès des siens, laissant Georges avec le nourrisson sur les bras. Nicholas Romanov, bien qu’ayant un peu de sang sorcier dans les veines et élevé par ses grands-parents sorciers — Georges était mort de chagrin peu de temps après sa séparation avec Olga — ne montra jamais la moindre prédisposition pour la magie. Il se trouva un poste de comptable à Léningrad (Saint-Pétersbourg) et se maria avec une certaine Yuliana Nabokov. Ils eurent cinq enfants, dont le grand-père d’Arseni.

*

Le manoir se trouvait au sommet d’une colline boisée. La nuit noire ne permettait pas d’en distinguer autre chose que les petits carrés de lumière jaune qui sous-entendaient que les volets des fenêtres n’étaient pas encore tirés.

Mon coeur cognait lourdement contre ma poitrine. Je sentais mon estomac noué. Mais je savais que rien de tout cela n’avait de lien avec le transplanage que nous venions de réaliser moi et mon garde du corps — une fantaisie souhaitée par le Magenmagot afin de garantir ma sécurité en ces temps troublés. C’était la seule idée de le rencontrer, lui, qui me retournait les tripes. Après tant d’années, quarante trois longues années, mon père biologique avait consentit à me recevoir sur son lit de mort. Ma main valide en tremblait. Je la dissimulais à mon compagnon de route — un Auror… Damian Shacklebolt, le petit-fils de Kingsley Shacklebolt.

« Restez ici, je vous prie, lui demandais-je au moment de franchir le portail de la riche demeure. Ce sont des moldus. Ils n’ont aucun moyen de me faire le moindre mal. »

Shacklebolt hésita mais se résigna à me laisser avancer seul vers le perron. Tandis que mes pas crissaient sous la neige, je m’interrogeais sur la nécessité de ce que j’étais entrain de faire, comme si une partie de moi-même cherchait à luter contre l’inévitable. Poser les yeux sur cet homme qui, toute ma vie durant, m’avait refusé le droit légitime de lui parler, était-ce réellement nécessaire ? Une petite voix à l’arrière-plan de mon esprit me répondit que oui. Je levais aussitôt les yeux vers le ciel orageux en me demandant si ma Vélane de mère aurait vu ça d’un bon oeil de son vivant. Probablement pas.

L’écho de mes pas sur les marches en bois éveilla un mouvement derrière la porte d’entrée. Lorsqu’elle s’ouvrit, m’inondant d’une lumière douce et chaleureuse, je restais interloqué.

« Entre, me commanda la femme qui la tenait ouverte. »

Je m’exécutais sans la quitter du regard, troublé de voir à travers ses yeux le parfait reflet des miens. Pour le reste, nous étions aussi différent que peuvent l’être un demi-frère et une demi-soeur, je relevais même chez elle un air supérieur qui me déplut. Mais étant l’invité, qui plus est un invité non-désiré, avais-je seulement le droit de prononcer le moindre mot qui put la mettre encore plus mal à l’aise qu’elle le laissait entendre ? Non. Sa réaction était compréhensible. J’étais le fils non-désiré d’un père qu’elle croyait avoir toujours été l’époux de sa mère. Un demi-frère qu’elle aurait sans doute préféré voir noyé dans le lit de la première rivière venue plutôt que de l’accueillir sous son toit quarante trois ans après sa naissance. Je me demandais si elle avait connaissance des trois autres enfants de l’union forcée par ma mère ? Je rangeais la question dans un coin de mon esprit en voyant surgir un homme aux épaules larges, habillé à la façon du moldu lambda, la face soupçonneuse. J’hochais la tête par pure politesse et me tournais vers sa femme.

« Où est-il ? »

« A l’étage, troisième porte à droite, répondit-elle, les dents serrées. »

Je la remerciais et m’engageais dans l’escalier sans demander mon reste quand mes muscles se raidirent à l’énoncer de la suite.

« Mon dieu, tu lui ressembles tellement… »

Pétrifié par le poids de ces mots, je n’osais me retourner. Entendre cette femme étouffer un sanglot me suffisait amplement. Je contractais mes mâchoires en essayant de chasser ce qu’elle venait de m’avouer et reprenais mon ascension, le coeur au bord des lèvres. Arrivé devant la porte annoncée, je prenais le temps de souffler pour calmer mes nausées. Je ne l’ouvrais qu’après deux bonnes minutes d’hésitation.

Un vieil homme m’attendait, visiblement endormi dans son lit douillet. Il était comme tous les vieux hommes qu’on pouvait imaginer. A ceci près qu’il n’était pas n’importe quel vieil homme…

« Père ? m’entendis-je demander de loin. »

Silence d’une respiration lente. Je soupirais de soulagement sans vraiment savoir pourquoi j’en éprouvais à l’idée que cet homme n’ait pas entendu la façon dont je l’avais appelé.

« Fils ? répondit-il après une courte inspiration. »

Tout mon être se retrouva verrouillé à double tour.
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 28 avril 2017, 21 h 52, modifié 3 fois.

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ARSENI STOYANOV



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◇◆
ELENA


Arseni était incapable de répondre. Il sentait comme un énorme nœud dans sa tête, un nœud inextricable. Comme tous les fils non-reconnus par leur père, il avait maintes fois joué la scène des retrouvailles dans sa tête. Il avait imaginé tous les scénarios possibles — tout du moins c’est ce qu’il croyait — et défini la réaction adéquate pour chacun d’entre eux. Mais d’une façon inexpliquée, aucun de ces scénarios ne coïncidait présentement avec la réalité.

Le vieil homme remua sous ses draps. Ses gestes s’avérèrent aussi lents que fastidieux, lui arrachant au passage un grognement qu’Arseni authentifia comme du dédain. Son visage se contracta sous l’effort tandis qu’il se redressait de quelques centimètres sur son oreiller. Un effort qu’il parapha d’un long soupire avant d’ouvrir les yeux ; des yeux magnifiques de couleur noisette.

Arseni se sentit transpercer par le regard de son père. De toute évidence, malgré son état, le vieil homme avait encore la force de l’analyser. Il n’y avait qu’à constater la façon dont ses yeux descendaient progressivement sur lui, s’arrêtant sur certains détails de son anatomie pour reprendre de plus belle leur examen. Arseni l’encaissa sans broncher. Il y avait bien quelque chose de particulièrement déroutant à se voir ainsi observer, décortiquer, par des yeux en tout point semblable aux siens, mais Arseni n’était pas disposé à montrer le moindre signe de faiblesse à son géniteur.


« Qu’est-ce que c’est ? »

Arseni n’eut même pas besoin de baisser ses yeux sur sa main morte pour savoir qu’elle était visée par la question de son père. Amusé par le ton condescendant de sa voix, il sourit et secoua la tête, commençant à se convaincre que l’homme ne valait pas un kopeck.

« Quelle importance ? répondit Arseni en pointant sa baguette magique au pied du lit pour y faire apparaître un fauteuil en chintz. »

Un éclair de désapprobation passa aussitôt sur le visage de son père.

« Je te prierais de te passer de cette chose sous mon toit. »

Le ton était encore une fois dédaigneux, mais Arseni le balaya de nouveau d’un revers de la main en prenant place dans le fauteuil qu’il venait de faire apparaître. Il n’était pas disposé à recevoir la moindre leçon de conduite, encore moins celle d’un paternel autoritaire qui avait soigneusement manqué à toutes ses obligations au cours des quarante-trois dernières années. Arseni n’avait, pour autant, aucune envie de jouer au chat et à la souris avec son père. Il avait des questions. Des questions qui nécessitaient des réponses maintenant que la glace était brisée. Si ranger sa baguette magique pouvait calmer le vieil homme… c’était peut-être un moindre mal.

« J’ai… quelques questions. »

Arseni évitait soigneusement d’avoir à vouvoyer ou tutoyer son père. Une façon comme une autre de lui faire ressentir la distance naturelle qui devait subsister entre eux.

« Naturellement, répondit le vieil homme, tandis que naissait un étrange sourire au bord de ses lèvres. Mais avant que tu ne me les poses, il y a quelque chose dont j’aimerais que nous discutions. Cela concerne ton monde et ta demi-sœur. »

« Ma demi-sœur ? s’étonna Arseni, les yeux plissés. »

« Oui, Elena. »

La discussion venait de prendre une tournure inattendue. La demi-sœur en question devait probablement être une des véritables filles du vieil homme, si ce n’est la seule — celle qu’il avait probablement élevée lui-même. Sans doute la femme qui avait ouvert la porte à Arseni quelques instants plus tôt. Mais un détail significatif ne cadrait pas tout à fait avec l’image qu’Arseni se faisait de cette personne. Il était peut-être paranoïaque, mais il lui semblait avoir très nettement entendu le vieil homme appuyer sur les mots ton et ta… TON monde, TA demi-sœur… Arseni avait la désagréable impression que quelque chose ne tournait pas rond.

« Qui est-ce ? demanda-t-il prudemment. »

« De souvenir, je crois que vous les appelez des Obscurials, répondit le vieil homme sur un ton sec. C’est bien ça, des Obscurials ? »

Arseni ouvrit la bouche mais pour la deuxième fois de la soirée aucun son n’en sortit. Il avait l’impression qu’un verre entier de glace pilée venait de se fracasser au fin fond de ses entrailles.