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 Irlande  Magie d'hier et d'aujourd'hui  Hors Série 

La nuit étirait les ombres de l’antique forêt sur la petite chaumière nichée en son sein. Un mince filet de fumée s’échappait de la minuscule cheminée érigée sur le toit, repoussant les nuées de lucioles qui scintillaient comme des pierres précieuses au cœur des ténèbres. Une douce lumière jaunâtre se déhanchait à l’orée des deux fenêtres rondes qui flanquaient la modeste bâtisse quand l’ombre de Sybille Luneau jaillit d’entre les arbres, les bras chargés de petits bois.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme quand elle franchit le seuil de la petite porte. C’était un de ces sourires plein de compassion, d’amour et de bienveillance, qui vous rendait n’importe quel instant plus chaleureux. Ce sourire, Sybille Luneau le dédia à la petite silhouette qui s’était assoupie devant l’âtre, d’épaisses couvertures remontées jusqu’au nez. Constance Luneau (Maëva de son véritable nom ; quoi que peu nombreuses étaient les personnes à connaître sa véritable identité) n’était plus que l’ombre de la femme qu’elle avait été durant ses siècles de détention au cœur du Dominion. Vieille, terriblement vieille, Constance n’était plus qu’une petite grand-mère aux cheveux blancs et à la peau parcheminée. Il subsistait pourtant dans les innombrables creux de son visage une sagacité bien réelle, l’éclat d’une puissance chancelante mais encore vivante.

Sybille rangea soigneusement le petit bois près de la cheminée avant de laver ses mains dans la vasque en suspension devant la fenêtre proche. Après s’être essuyée les mains, elle prépara un petit chaudron d’eau qu’elle suspendit au-dessus du feu. Ce n’est qu’une fois ces petits gestes accomplis, qu’elle s’assit sur la chaise collée au fauteuil de Constance.

« Tu es rentrée mon enfant, souffla cette dernière en se tassant un peu plus sous ses couvertures. »

« Oui, répondit sobrement Sybille en posant sa main sur les longs doigts osseux appuyés sur l’accoudoir. »

Un frisson parcourut le petit corps de Constance tandis que le glissement des couvertures révélait un sourire sur ses lèvres creusées. La vision de ce sourire émut Sybille qui s’empressa de se pencher vers cette tante qu’elle aimait comme si elle avait été réellement de son sang pour poser sa joue sur sa petite épaule. Elle sentit la main de Constance se retourner au creux de la sienne pour l’étreindre délicatement.

« Cela fait déjà quatre jours que tu es ici, mais tu ne m’as toujours pas confié ce qui agitait ton pauvre cœur. Tu n’es pas de mon sang ma douce enfant, mais je t’ai vu naître et grandir comme ma propre fille. Ne m’épargne rien. J’ai peut-être un bon pied dans la tombe, mais je peux encore faire beaucoup de choses pour toi. »

Sybille poussa un profond soupir. Yeux clos, Constance pencha doucement sa tête sur le côté jusqu’à ce qu’elle repose contre celle de sa nièce.

« Une partie de l’âme de mon père vit en moi… murmura Sybille. Je suis… »

« Tu es Sybille Luneau, la coupa Constance avec un brin d’autorité. Je suis certaine que c’est la principale leçon que tu as reçu du professeur Loewy. Tu es la fille de ta mère. Ton père n’est rien et ne sera jamais rien. »