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 RPG ++   Méditerrannée  La Clef des Merveilles

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Dans ce RP, Phœbe a environ six ans, c'est l'été et elle va vivre une aventure à bord du bateau familial en en Europe pour y découvrir les vestiges de la mythologie.

La fillette était profondément enfoncée dans son fauteuil fétiche, placé au centre de sa cabine. Il était recouvert de velours d’une teinte vert émeraude, posé sur un cadre de bois aux décorations relativement simples et sans prétentions, car c’était plus le confort qui était recherché. Malgré son jeune âge, l’enfant était pourvue d’une curiosité intarissable et ses parents pour la canaliser ne cessaient de lui proposer de nouvelles activités qui entretenaient perpétuellement son esprit en éveil. Phœbe était en ce moment plongée dans la lecture d’un roman qui suivait le destin de jeunes cartographes dans leurs aventures à travers le monde. Cela faisait un tout petit plus d’un an qu’elle avait appris à lire d’elle-même, enchantée par la richesse de la bibliothèque dont les ouvrages avaient été protégé de l’eau grâce à des sortilèges que sa mère avait lancé sur ces derniers.

Ses parents, des inventeurs passionnées avaient mis au point bon nombre de procédés facilitant la vie nomade, sur les eaux. Psyché et Ulysse avait même publié un volume sur le domaine répertoriant une partie de leurs brillantes idées ou innovations. En effet, la petite Swan était née et avait grandi à bord du navire familial, nommée Clef des Merveilles. Ce nom d’ailleurs plaisait beaucoup à l’enfant ayant développé une intuitivité et une soif de connaissance au contact physique avec les découvertes dans la nature et dans une atmosphère de recherche, grâce à cette demeure si familière à présent.

Cet été précisément, la petite famille avait choisi pour destination la mer Méditerranée afin de retourner aux sources de la magie et observer, si possible, les vestiges des légendes grecques datant de l’Antiquité. Chaque étape était séparée d’un court trajet sur l’embarcation, et pour patienter Phœbe dévorait de piles de bouquins. Le groupe de cartographes venait de se faire capturer par la garde impériale en Asie, quand un appel se fit entendre, de manière peu distincte. N’y prêtant pas attention, elle continua sa lecture afin d’apprendre comment ils comptaient s’échapper de leur captivité quand la porte s’ouvrit.

Ulysse était un sorcier d’origine française à la chevelure auburn légèrement ondulés, sa tignasse mi longue était séparée en deux, sa mèche rangée sur le côté gauche de son visage. Il émanait de ses yeux ambre pétillants une joie de vivre et un amusement. De taille moyenne, bien qu’il ne dépassât pas les un mètre soixante-dix, l’homme toisait largement sa fille, encore roulée en boule dans son divan. D’un raclement de gorge plutôt sonore, il tenta d’attirer l’attention de l’enfant.

Ladite enfant lâcha un grognement évocateur, laissant entendre son mécontentement d’avoir été arraché à sa lecture à un moment de tension.


« Que se passe-t-il, père ? » demanda-t-elle avec son visage poupin à en faire craquer plus d’un malheureusement rendu moins mignon à cause de ses yeux gris qui s’étaient ternis. *Il y a intérêt à ce que ce soit important.* songea-t-elle. Cela faisait plusieurs heures qu’ils traversaient une zone déserte, et de sa baie vitrée, Phœbe n’avait pas vu l’ombre d’un paysage.

« Les colonnes d’Héraclès… nous allons entrer dans ce point de passage très bientôt, j’ai pensé que tu voudrais voir ça, mon cœur. Ta mère attend à la barre. » indiqua son père, encore frustré par l’attitude de sa fillette.

*Déjà ?* se dit-elle. Elle avait mal calculé les distances et le temps. Bien sûr qu’elle voulait voir ça ! Son intérêt pour la mythologie était bien connu de ses parents, et elle n’aurait raté cette entrée en mer Méditerranéenne pour rien au monde. La fillette avait lu multitude d’informations sur cet endroit, situé au niveau du détroit de Gibraltar.


« Je monte sur le pont tout de suite !» confirma-t-elle avec ferveur et excitation, le regard pénétrant.

Avec frénésie et précipitation, elle trifouilla dans le tiroir de sa table pour trouver son marque page forgé en métal argenté qu’elle avait reçu à un précédant anniversaire, afin de s’y retrouver quand elle reprendra. Prenant au passage sa cape fait d’un tissu fin et léger, elle grimpa avec hâte les barreaux les séparant du pont, dans les talons de Monsieur Swan.
Dernière modification par Phœbe Swan le 26 décembre 2017, 17 h 06, modifié 1 fois.

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Lorsque la fillette arriva sur le pont, ce qu’elle vit en premier fut sa mère, qui lui faisait signe d’approcher avec sa main libre tandis qu’elle tentait de maintenir le cap avec l’autre. C’était une experte dans la conduite de l’imposant bateau, technique qu’elle pratiquait depuis déjà plus d’une dizaine années.

Psyché était une sorcière aux origines anglo-saxonnes, à la chevelure rousse bouclée volant au vent, descendant au-delà de ses épaules qui faisait un très élégant contraste avec ses yeux vert clair. Ils communiquaient de la tendresse et un optimisme que malheureusement sa fille ne partageait toujours. Elle était dépassée de presque une demi-tête par son époux, qui s’était approché pour l’aider à faire la manœuvre pour accoster.

De son côté, Phœbe contemplait avec ravissement la configuration montagneuse atypique. Elle s’imaginait très nettement dans son esprit flotter l’inscription qu’elle connaissait par cœur : Nec Plus Ultra. Rien au-delà. Une manière de signifier que le détroit de Gibraltar marquait une frontière nette entre le monde connu européen bordant la Méditerranéen et le reste de la planète. C’est au sein de ces terres que la famille allait vivre son aventure estivale.

Ils posèrent le navire sur la côte africaine, au niveau du mont Abyle. Selon leur itinéraire, la famille Swan allait traverser la mer vers l’Est en passant par la côte d’Afrique avant de revenir vers l’Ouest en passant par les côtes européennes. Cela les permettrait d’explorer de très divers horizons au sein de la région.

Bien sûr, l’on pouvait voir partout dans les terres des statuettes ou représentations du héros grec Héraclès tenant entre ses bras deux colonnes, mais en réalité l’enfant n’appréciait pas ce demi-dieu grec, qui ne représentait pas les valeurs et qualités qu’elle approuvait chez un héros. En effet, Phœbe avait l’impression que chacun de ses accomplissements étaient dus à sa force physique, et elle privilégiait avant tout la ruse et la finesse. Le mérite ne transparaissait pas dans les actions du fils de Zeus et même les images de celui-ci entre les colonnes soulignaient son manque de qualités dans des domaines faisant appel à l’esprit. Cependant, elle était ici par intérêt pour les liens entre mythes et magie et elle comptait bien profiter de son excursion pour découvrir de nouvelles choses sur un thème qu’elle ne connaissait que partiellement : la magie dans l’Antiquité grecque.

Ses parents la menèrent vers un flanc de la montagne, duquel la vue prenante sur la rive espagnole était tout bonnement saisissante. Cet endroit avait quelque chose de mystique et merveilleux qui excitait tout particulièrement la fillette. La chaleur était harassante, mais le Soleil se reflétait sur la mer émeraude, et le lien entre les deux berges semblait d’autant plus réel et tangible que les sommets des monts se rejoignaient sur la surface lisse, qui faisait presque office de miroir. Phœbe avait le regard vague plongé dans l’étendue d’eau au magnétisme prenant.

Pendant ce temps, le couple Swan étudiait les environs, notamment le faune et la flore, qui avait pour particularité de remonter à plusieurs millénaires, ce qui la rendait d’autant plus intrigante à analyser. Ils se lancèrent sur un petit discours sur la magie de l’endroit :


« Comme tu peux certainement le ressentir, la magie ici est très ancienne et puissante, alors que l’on peut noter une certaine modernité de l‘autre côté de l’Atlantique, que nous visiterons plus tard si tu le souhaites. Ici s’est tenue, selon certaines sources, l’une des tâches du fils d’Alcmène. Héraclès était sûrement un sorcier qui a abusé très fortement de solution de Force afin de se faire connaître dans le monde des Moldus. Le monde Olympien baigné d’exploits incroyables décrit par nos anciens prouve qu’il y avait une époque durant laquelle les mages vivaient en cohabitation avec les personnes non magiques sans concurrence ou persécution. »

Phœbe hochait la tête en écoutant ses parents lui présenter une introduction à ce qu’ils allaient voir les semaines suivantes, en se disant que son été s’annonçait extraordinaire.
Dernière modification par Phœbe Swan le 27 décembre 2017, 19 h 13, modifié 1 fois.

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De retour sur le Clef des Merveilles... Phœbe avait apprécié cette première étape à Gibraltar, mais un détail continuait de la chiffonner, et elle avait du mal à mettre le doigt dessus précisément. Parler de la magie arrachait, ôtait de manière presque blessante le mystère qui plaisait tant à l’enfant dans le domaine de mythologie. Accroupie sur son lit, dans sa cabine, la petite Swan se faisait cette réflexion, et décida d’en parler à ses parents. Après tout, ce voyage était censé l’émerveiller un minimum, pas avoir une portée trop didactique qui égarerait bien vite la fillette, qui était ne l’oublions pas très jeune.

Ainsi, elle décida de monter voir son confident de toujours, son père qui, bien que ferme, cherchait avant tout le bonheur de son enfant. Cachée derrière une large poutre, la fillette s’arrêta un moment pour contempler Ulysse Swan, n’osant pas aller le voir immédiatement. C’était son père, et pourtant elle hésitait toujours un petit instant à chaque qu’elle le consultait. De sa petite voix, la petite se manifesta :


« Père ? J’aimerai vous dire quelques chose… »

Dès le tout premier mot, l’adulte s’était retourné pour écouter avec bienveillance sa fille et n’attendit pas pour l’encourager à poursuivre, souhaitait savoir quel souci l’embêtait.

« Je sais déjà que je suis une sorcière, mais je n’ai pas besoin que vous me le rappeliez sans cesse. La magie des mythes persiste tant qu’ils ne sont pas expliqués. Mon intérêt est piqué quand une part d’ombre les entoure. Ce voyage promet beaucoup, mais vous n’avez pas tant besoin d’appuyer sur les liens avec le monde de la magie. Il m’est plus facile de savourer les légendes si elles le restent… »

Monsieur Swan avait écouté attentivement Phœbe et hochait la tête. Il se saisit de la petite main de l’enfant pour l’entraîner vers le bord du bateau, où il se posa à son côté avant de s’exprimer.

« Ma chérie, je suis désolé si tu as l’impression que te mère et moi tentons de te faire avaler autant d’informations. Tu as raison ce sont des vacances, t’initier à la mythologie en te faisant un peu oublier notre condition pourrait être bénéfice à tous. Nous éviterons à l’avenir… D’ailleurs j’espère que la prochaine étape te plaira. Mais étant plutôt loin, et on n’y arrivera pas tout de suite. C’est pourquoi nous te proposerons un petit conte ce soir en attendant d’arriver sur le littoral de Lybie. »

Considérant que leur échange était arrivé à son terme, la fillette remercia son père pour toute sa considération en ses termes et pris congé sans prendre la peine de se retourner pour voir Ulysse rejoindre son épouse à la barre afin de converser avec elle. Pour patienter avant de prendre connaissance d’un nouveau mythe, Phœbe retourna dans la bibliothèque reprendre le livre qu’elle avait entamé. Le groupe de héros avait, sans grande surprise pu s’en sortir, et elle se rendit compte que ce n’étant pas tant les personnages mais plus le cadre du roman qui l’attirait et encourageait à poursuivre. Être capable de voir des images sur lesquelles les yeux ne pouvaient se poser, simplement par les mots était l’une des plus belles formes de l’enchantement qu’elle connaissait. Le monde de l’intangible était à son sens bien plus riche que tout ce qu’elle avait pu expérimenter.

Quelques heures plus tard, la Swan avait parcouru des lieues aussi bien grâce à son roman que littéralement. Le temps était difficile à déterminer, les déplacements maritimes dépassant parfois les limites horaires, de telle sorte qu’il était difficile de trouver les bons référentiels pour ponctuer les journées. Ainsi, l’arrivée de Psyché, suivie de son époux auprès de Phœbe la surprit légèrement, ne sachant quand ils iraient vers elle. Tous trois s’assirent en tailleur sur le plancher et d’un accord tacite, Madame Swan décida de commencer le récit :


« Nous longeons en ce moment l’Afrique, et un héros qui mérite d’avoir son histoire racontée est PHÆTON. Diverses versions du mythe existent, mais toutes s’accordent pour s’arrêter sur le fait que son parent divin était Hélios, le Soleil. On lui a prêté de nombreux noms, mais il était pour les grecs de l’Antiquité le représentant de notre astre du jour. Comme tant d’autres enfants de dieu, le jeune Phæton n’a pas vraiment pu connaître son père, occupé qu’il était par ses responsabilités notamment. »

L’enfant était encore très jeune, et ses parents s’étaient entendus pour ne pas trop appuyer sur l’infidélité des divinités grecques tant qu’ils n’en seraient pas arrivés à un personnage comme Zeus par exemple, avec qui la question ne pouvait pas vraiment être éludée. Ulysse pris le relai et continua :

« Ainsi, un jour le jeune homme se vanta de son ascendance divine, ce qui lui coûta des moqueries de la part de ses pairs. Blessé, il décida de partir à la recherche de son père Phébus et quand il le trouva, l’inconscient demanda une faveur au dieu qu’il regretterait sûrement. Le héros a exprimé le souhait de prendre les commandes du char du Soleil pour une journée. Ce qui était dangereux et n’entrait pas tout à fait dans ses capacités. Résigné car ayant fait le serment d’accéder à la requête de son fils, Hélios a été contraint de le laisser. Les conséquences furent désastreuses car le pauvre Phæton perdit contrôle très vite et fit peser une telle menace sur l’humanité que les Olympiens durent s’en occuper et il périt de son orgueil. Pour en revenir à l’Afrique, certaines légendes raconteraient que cette zone est aussi désertique et sèche parce que le char du Soleil serait passé trop près de cette terre, ce qui la brûla. »

Cet univers élaboré par les grecs était des plus riches, et apportait des petites morales, sans jamais ne cesser d’enchanter les plus jeunes, qui n’avaient pas forcément conscience l’entièreté du sens de ces mythes en premier temps simplement élevés au rang d’histoires bien sympathiques. Mais les années donneront une autre dimension à ces mots. Le couple Swan avait aussi prévu d'évoquer le conte d'Icare, ce qui ferait certainement écho afin de s'assurer que leur enfant y pense à deux fois avant de tenter de se brûler les ailes.

Les paroles de ses parents résonnant encore dans son esprit, Phœbe se retira pour se reposer avant les prochains arrêts, qui seraient une surprise pour cette dernière, qui n’avait pas demandé à consulter l’itinéraire de voyage.

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La nuit avait été plutôt calme, et la famille Swan devait être particulièrement chanceuse de n’avoir essuyé aucune tempête après ces premiers jours de voyage. Ils en avaient déjà connu à de nombreuses reprises lors de leur existence, mais il n’empêchait que connaître des moments de quiétude était agréable. La prochaine destination en vue était la Libye, et plus précisément l’ancienne colonie grecque bien célèbre, Cyrène. Son nom lui venait d’une héroïne des légendes grecques que les parents de la fillette n’allaient pas manquer de lui présenter. Ils étaient près d’accoster, le jour commençait tout juste à se lever et c’est le moment qu’il choisirent pour réveiller Phœbe.


L’horizon se teintait d’une couleur rosée que la mer reflétait de façon presque aveuglante selon l’angle de vue. Les reflets irisés étaient sublimes à contempler et la fillette resta debout devant l’aurore, cherchant à saisir la fugacité de ce moment quotidien et pourtant aussi magnifique à chaque fois. Bien trop vite le Soleil s’élevait et s’effaçait dans le ciel. Avec une pointe de déception, la petite Swan se retourna et marcha quelques pas sur le pont, curieuse de découvrir le programme de la journée. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’ils restaient sur le côté africain de la mer Méditerranée.
Son attente cependant ne fut pas longue et l’embarcation s’arrêta aux abords d’une ville que ses parents s’empressèrent de lui présenter. Psyché lança d’un ton joyeux et enthousiaste :



« Voilà Cyrène ! Nous sommes en Libye actuelle, mais ce n’est pas ainsi que le pays était nommé à l’époque, les frontières n’étaient pas identiques. Cependant on peut trouver quelques traces de ce que la colonie était lors de l’Antiquité… »


Déjà Phœbe avait posé pied à terre et commençait à avancer, avide de s’imprégner des nouveautés d’un endroit inconnu. Le seul souci, c’est qu’il fallait apparemment batailler pour trouver des restes anciens. Les parents de l’enfant étaient cependant assez doués en magique, du moins suffisamment pour créer une illusion convaincante.


Doucement, sous les yeux gris émerveillés de la fillette, un nouveau profil vint s’encastrer sur la ville moderne, donnant une idée plus réaliste de l’ancien aspect de Cyrène. Comme elle pouvait s’y attendre, Ulysse pris la parole pour conter l’histoire qui se rattachait au lieu et Phœbe s’assit sur un rocher et ouvrit ses oreilles, prête à entendre et enregistrer ce que son père lui raconterait :



« Cyrène était une jeune fille qui vivait en Grèce, son père Hyspée était le souverain des Lapithes, une région située en Thessalie. Elle descendait d’un Titan Océanos, et donc d’une lignée partiellement divine. C’était une chasseresse qui excellait dans le maniement des armes et la traque des bêtes sauvages, qui se fit remarquer des dieux. Appolon vit un jour l’héroïne combattre et défaire un lion à mains nues, et impressionné par cette démonstration il consulta Chiron, le centaure ayant entraîné nombre de grands héros, afin de découvrir son identité et se résolut à l’enlever pour vivre à ses côtés. Ainsi, arrivant sur son char volant, le dieu captura Cyrène pour l’emmener ici, en Lybie. Elle créa donc la colonie grecque, donc la capitale fut nommée Cyrène en son honneur, et eut deux enfants avec Appolon Aristée qui devint une divinité mineure et Idmon qui participa à l’aventure des Argonautes. Selon certaines versions, elle aurait aussi eu un enfant avec Arès, Diomède qui gouverna Thrace. »


Monsieur Swan s’en arrêta là, ne voulant se lancer dans des récits trop longs et rébarbatifs. L’attention de la fillette avait déjà baisée, et elle semblait s’intéresser plus à l’illusion que Psyché s’était chargée de maintenir alors que son époux narrait le peu qui pouvait être rapporté de la vie de Cyrène. Se posant à son tour, il contempla aussi les images flottantes transposées sur le paysage contemporain, espérant de tout cœur que son enfant soit aussi sensible que lui à la richesse des lieux.


Une fois ces informations posées, la famille visita les quelques ruines présentes dans le coin, faisant à chaque fois l’effort de reconstituer les parties effondrées ou ayant disparu. La petite Swan pouvait ainsi se rendre compte de la magnificence des lieux à l’époque et courait de partout pour voir le maximum qu’il lui était possible. Ce genre de visite était bien plus constructive que celles de musées, qui bien qu’intéressantes donnaient un aperçu bien plus fragmenté, et avoir la magie de son côté n’était pas une aide négligeable.


Lorsque la journée s’assombrit, les adultes firent remarquer qu’il serait temps de quitter la ville et Phœbe les suivit, éreintée par tant d'activités mais ayant appris plusieurs choses intéressantes dont elle se souviendrait. Restait à savoir combien de temps serait nécessaire pour qu’elle aborde ce mythe sous un regard différent, moins naïf et jeune.

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Le clapotis de l’eau avait quelque chose de rassurant pour Phœbe, qui s’était assise en tailleur sur le sol. Dans cette position elle se sentait encore plus petite qu’elle le pouvait déjà, de la hauteur qu’une gamine de six ans atteignait. La fillette se laissait bercer par le doux roulis causé par les flots peu agités, toutes ces histoires lui donnaient matière à réflexion. La petite sorcière se demandait si elle aurait aimé vivre ces destins si particuliers, et si c’était ce à quoi sa condition de sorcière la vouait, dans une toute autre mesure bien évidemment.

Le voyage séparant la famille de la prochaine étape semblait particulièrement long, et l’enfant ne voyait pas comment faire passer le temps. Ses parents aimaient bien passer du temps ensemble et la fille ne comptait par les perturber quand ils avaient besoin d’intimité et de solitude. Ainsi, la jeune Swan vivait des moments de solitude qui pouvaient s’étendre sur de nombreuses heures. Elle en profitait pour lire, ou s’amuser avec des objets magiques que les adultes avaient pour coutume de lui offrir, et ceux-ci pouvaient la fasciner sur le long terme, car elle cherchait à comprendre la forme de magie se dissimulant derrière.

L’attente de l’enfant précédant l’étape à venir dura plusieurs jours, le navire évoluant à une vitesse tranquille, le couple Swan avait décidé de ne pas augmenter par la magie la vitesse de l’engin, car ils étaient parfaitement dans les temps selon leur feuille de route établie plusieurs semaines à l’avance. Ainsi la fillette avait prévu un long trajet, et c’est pourquoi ce fut une réelle surprise quand ils arrivèrent enfin à destination.

La famille avait quitté la côte africaine et était remontée presque jusqu’à l’Europe, faisant cette station en Syrie. Phœbe se demandait bien ce qui avait pu se produire dans ce territoire pour qu’il vaille le détour, mais elle allait être sur le point de l’apprendre. Psyché arriva derrière sa fille et lui tendit un ouvrage, en français, et elle déchiffra lentement le titre : ‘Rodogune’. Son père étant d’origine française, l’enfant était bilingue et aurait pu comprendre le contenu de ce livre si elle s’y était intéressée.

« Qu’est-ce ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« Voici une tragédie écrite par un dramaturge français, relatant le destin de Rodogune, une jeune princesse durant l’Antiquité. Son histoire, bien qu’il soit impossible d’en prouver la véracité est intéressante, et pourquoi pas ne pas contextualiser en ayant accès à une partie du décor… »

La mère avait réussi à capter l’attention de la petite Swan, qui souhaitait en apprendre plus sur cette légende d’Orient, sachant que ce serait bien plus accessible si elle commençait par l’écouter de la bouche de connaisseurs. Avant d’entamer le récit, ils se promenèrent jusqu’à atteindre une zone presque déserte, propice à l’élaboration d’une illusion magique reconstitutive d’un décor. Ulysse commença à parler, alors qu’un palais d’un style très ancien commençait à se découper dans ce qui était un instant auparavant complétement vide.

« Eh bien… Par où commencer? Cette histoire tourne autour de Cléopâtre, reine de Syrie, femme de pouvoir qui fit des actions motivées par sa jalousie et son désir de puissance. Rodogune, jeune princesse Parthe fut l’objet de ses manigances. La souveraine avait demandé à ses deux fils jumeaux de mettre à mort sa rivale pour choisir le prochain aspirant au trône. Rodogune avait fait une pareille requête à ceux-ci, Séleucus et Antiochus, qui étaient de surcroît amoureux d’elle. La haine aveugle de cette mère sanguinaire aboutit sur le meurtre de son fils Séleucus, suivi de son propre suicide quand ses projets furent découverts. Malgré cela Rodogune épousa en fin de compte Antiochus, qu’elle aimait. »

Ce récit avait pour but d’apprendre à Phœbe ce que haine et jalousie amenaient, et que céder à ce genre de ressentiment menaient à un funeste destin et autodestructeur. Le dénouement quant à lui prouvait que tout n’était pas toujours pas sombre, et que même dans l’océan le plus abyssal, là où la lumière ne semble vouloir filtrer, une étincelle subsistait toujours, et il suffisait de bien vouloir la déceler. Le couple Swan laissa la jeune fille méditer ce conte assez dur à entendre pour son âge, et porteur d’une leçon qu’ils la croyaient cependant capable de comprendre, du moins en partie.

La suite devrait être plus légère, ce qui serait rassurant aussi bien pour l’enfant que pour ses parents car rendait les évènements beaucoup plus faciles à vivre, si on ôtait la difficulté des moments délicats. 

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La nuit de Phœbe fut agitée, toutes les histoires qu’elle avait entendues flottaient encore dans son esprit, et bien qu’elle n’ait pas tout compris, laissait en elle une empreinte assez sombre, elle devait être trop jeune et trop immature pour faire face à des légendes étonnantes, qui remettaient en cause de façon plutôt dure sa vision anciennement ternie par un filtre de l'innocence dissimulant certains points que souvent les parents ne souhaitaient pas apprendre aux trop jeunes. L’être humain portait en lui un potentiel destructeur incroyable, et il était difficile d’espérer de lui qu’il change et cesse de se laisser séduire par des perspectives pourtant porteuses de lourdes conséquences, plus souvent néfastes que bénéfiques.

La petite Swan ignorait ce que ses parents attendaient d’elle et avaient voulu lui dire. Devait-elle faire attention à ce qu’elle faisait, à ses aspirations ? Leurs intentions manquaient de clarté et l’enfant se rendit compte que bien souvent elle hochait la tête sans même qu’il n’y ait de réelle approbation derrière, c’était une habitude, voire une convenance. Quelque chose fait aussi pour éviter remarques et questions. Allongée sur son lit, la fillette ferma les yeux et tenta faire le vide pour tomber progressivement dans les bras de Morphée. Si elle n’y arrivait vraiment pas, ses parents avaient préparé pour elle une potion apaisante relativement puissante qu’elle ne consommait qu’en cas de réel besoin.

À son réveil, le Soleil devait être à son zénith, et Phœbe réalisa qu’elle avait eu besoin de bien plus de repos que d’ordinaire. Ils devaient certainement avoir pénétré en mer Égée, de ce que l’enfant pouvait supposer, mais elle ne posa pas la question au couple Swan. Pour une fois qu’elle s’était renseignée, la jeune sorcière n’aurait pas à écouter le discours des adultes à ce propos. Elle se souvenait de cet acte d’un père désespéré s’étant jeté à la mer alors que son fils avait, par inadvertance, oublié de signaler qu’il revenait vivant de son expédition qui l’avait mis en danger de mort. Porter une attention folle aux signes et symboles porteurs d’un certain message pouvait s’avérer dangereux, tout personne étant faillible, cet négligence aurait pu être presque prévisible.

De loin, les contours d’une cité de découpaient à l’horizon, et la petite Swan sentit sa curiosité piquée, et elle alla vers ses parents pour demander ce quoi il s’agissait. Sa mère fut la plus réactive et amorça un début de réponse.

« Voici Ephese, ma chérie. Cette ville porte un passé très lourd et très riche. Ce que l’on pourrait en dire ne saurait être résumé en quelques termes. Pour commencer, il faudrait sûrement parler du sanctuaire d’Artémis. Ce n’est pas la peine d’aller le voir puisqu’il n’est plus. C’était l’une des sept merveilles du monde et elle résidait là, un bijou de l’architecture ancienne. Il fut construit en l’hommage de cette déesse chasseresse grecque, qui est d’ailleurs l’un des visages de la Lune dans la mythologie. Phébé, Séléné, Artémis… C’est une information que tu dois déjà savoir, en lien avec ton joli prénom. »

Psyché allait ajouter quelque élément quand son regard vert croisa les yeux de Ulysse, qui semblait disposer à développer un autre point, afin de ne pas saturer l’espace de la conversation, elle fit un mouvement de tête comme pour sceller un accord tacite afin de laisser le père de la fillette continuer. 

« Une foule d’évènements tous aussi passionnants les unes que les autres sont rattachés ce lieu. J’aurais aimé que tu vois l’endroit dont je vais te parler, mais à cause d’un petit souci technique ce sera impossible, alors j’espère que tu sauras de contenter des illustrations animées que nous avons à te fournir. Une légende passionnante pourrait évoquer, sans preuves tangibles et irréfutables certes, la possibilité d’un voyage dans le temps, le futur qui plus est. Les Sept-Dormants d’Ephese… Si cette expression ne te dit rien, je te conseillerais de la retenir. Alors que les persécutions religieuses font rage dans l’empire romain lors du troisième siècle, sept victimes de ces agressions doivent se réfugier dans une grotte, où ils seront enfermés, sans possibilité d’en sortir. Alors que tout le monde les oublie, ils resurgissent mystérieusement deux siècles plus tard, comme s’ils venaient d’émerger d’un profond sommeil qui les avaient préservés durant tout ce temps. Selon moi, la possibilité d’un bond dans le temps est envisageable et expliquerait ce retour miraculeux. La magie permet le retour dans le passé, mais les paradoxes sont tels qu’envisager un voyage dans l’autre sens reste difficile, mais pas impossible pour autant, à mon humble avis. »

Phœbe avait écouté avec une attention peu commune, jamais elle n’avait été autant fascinée par un sujet, ce genre découvertes l’excitait tout particulièrement et la simple intervention de son père avait suffit à faire naître une foule d’interrogations et de réflexions concernant ce qu’il venait d’évoquer. S’éloignant doucement de ses parents, la petite Swan regarda au loin cette fameuse ville sur laquelle elle ne pouvait poser les pieds. Alors que le couple Swan s’éclipsait derrière elle, la fillette vit au loin des éclats lumineux se manifester devant elle, et quelques répétitions du même motif furent nécessaires pour comprendre qu’il s’agissait d'un message. Mais de quelle nature ? Quelqu’un, quelque part en ces terres, souhaitait communiquer avec elle, et elle était sur le point de découvrir qui.

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Phœbe s’interrogeait, ce qui n’était pas étonnant et lui arrivait souvent certes, mais pas avec une telle obsession. Le sens des signaux qu’elle avait perçu n’avait toujours pas été révélé dans l’esprit de l’enfant qui ignorait quel en était l’auteur. Durant les jours suivants, la petite Swan pu les revoir, renforçant l’idée qu’ils étaient transmis en sa direction pour une certaine raison, elle était la destinataire d’un message qu’elle était incapable de saisir. Bien qu’ils se déplacent à une belle vitesse sur les eaux, cela semblait suivre depuis les terres, et la fillette émis l’hypothèse de la présence d’un sorcier qui avait perçu la présence de la famille itinérante, ce qui expliquerait pourquoi il pouvait être sur leurs traces.

La gamine n’osa cependant en toucher mot, et c’est dans un étonnant mutisme qu’elle s’isola durant un bon moment, et même quand ses parents lui présentèrent l’île de Lemnos, certainement magnifique, leur fille était dans un autre monde, à tenter d’enquêter sur le phénomène intriguant. Ainsi elle prêta une attention toute relative au discours de sa mère, ne percevant que des fragments épars.

« … Appolon, jumeau d’Artémis… consultation de l’oracle la Pythie… vapeurs, transe… divination »

Ces quelques mots entraient dans la tête de Phœbe, passant auparavant par un épais voile de blocage sensitif, son esprit étant presque intégralement focalisé sur un sujet. À ne pas confondre avec désintérêt, en d’autres circonstances elle aurait bu les paroles de ses parents, les auraient même assaillis de questions pour obtenir plus de détails. Les adultes finirent par se rendre compte que leur fille était occupée par autre chose et se turent progressivement pour la laisser faire ce qu’elle souhaitait. La petite Swan se leva de la souche sur laquelle elle s’était installée et s’éloigna lentement de ses parents pour s’enfoncer dans une forêt attenante, relativement lumineuse en comparaison au sombres espaces sylvestres qu’elle connaissait un peu.

Les branches disposées de façon éparse au sol, les feuilles jonchant sur la terre étaient sèches, et craquaient à chaque pas de l’enfant qui pourtant n’appuyait pas fortement ses pas et tentait au contraire de marcher avec délicatesse et discrétion. L’espacement large entre les arbres donnait une impression de visibilité peu commune, comme s’il était difficile de garder un secret en ses lieux, ou bien au contraire, si mystère il y avait, celui-ci était on ne peut mieux gardé par l’évidence.

La sorcière interrompit sa marche pour s’appuyer brièvement sur un tronc épais et lisse, la chaleur n’était pas aussi bien filtrée que si les feuillages avaient été denses et rapprochés. La saison estivale fidèle à elle-même transmettait la puissance thermique du Soleil à la Terre, ce que Phœbe ne trouvait pas agréable car sa peau lui brûlait et un tournis était en train de la prendre progressivement. Elle n’avait même pas d’eau sur elle, et c’est à ce moment que l’enfant s’aperçut qu’à force de faire une fixette sur un unique élément, l’essentiel lui était passé par-dessus l’esprit et son manque d’hydratation allait certainement se payer très cher. Essayant de faire quelques pas hésitants, la fillette manqua de trébucher à plusieurs reprises et alors qu’elle se posa pour reprendre son souffle une ombre passa devant elle, une silhouette sombre.
C’était un jeune garçon, certainement de son âge, à la chevelure blonde légèrement ondulée et au regard d’un intense bleu nuit, teinte qu’elle trouvait envoûtante. Sa tenue était composée d’une sorte de tunique bien cintrée et d’un coloris particulièrement sombre, certainement pas d’un style Moldu. L’astre brillant lui faisant face, la petite fille avait du mal à lever les yeux vers l’autre enfant. Celui-ci ne tarda pas à engager un dialogue :

« Hey ! Tu as besoin d’eau… »

Le garçon sortit une gourde et la tendit à sa nouvelle connaissance qui s’empara timidement avant de boire quelques gorgées qui furent, force-lui était de l’admettre, vivifiantes. Donnant son bras pour aider la fillette à se relever, le gamin poursuivit :

« Moi, c’est Emrys. Ta famille a été beaucoup en mouvement ces derniers temps. Je suis sorcier, comme toi. »

Sur ces mots, il sourit, dévoilant son sourire éclatant et lumineux, et la petite Swan eut le temps de remarquer qu’il lui manquait deux ou trois dents de laits, ce qui l’amenait à se demander quel genre de subterfuges ses parents pouvaient bien mettre en place pour faire croire en une légende quelconque de récompense. À son tour, elle se présenta :

« Je suis Phœbe. Oui mes parents me racontent des mythes en allant directement dans les endroits, c’est pour mieux capter mon attention, sinon je me disperse trop disent-ils. »

L’éducation par les mythes, universels et porteurs de leçon même des millénaires plus tard étaient importants pour le couple Swan qui ne voyaient pas de pédagogie plus intéressante et efficace. Passer par des préceptes flous et l’autorité leur semblait difficile, et c’était la raison pour laquelle ils avaient engagé ce voyage initiatique. La petite Swan l’ignorait encore pour le moment et finirait par s’en apercevoir ultérieurement.

« C’est un très joli prénom Emrys ! Tu es seul ? »

La jeune sorcière avait parcouru l’environ d’un rapide coup d’œil et n’avait détecté aucune présence à l’horizon, et trouvait étrange qu’un inconnu aussi jeune qu’elle puisse s’aventurer sans accompagnement en ces lieux, bien que le fait que Phœbe se soit elle-même détaché de ses parents ne la choquait pas tellement.

- Ils sont à la maison. J’ai pu suivre tes déplacements car vous laissez une très forte marque magique, avec votre navire et bien que je regardasse de loin, je t’ai envoyé un petit coucou il y a quelques jours grâce à une astuce magique dont mon oncle s’est occupé.

- Oh oui j’ai vu, mais je n’ai pas compris…

- Je te pensais capable de décrypter le code…

Les enfants sentaient une certaine complicité naître entre eux, quelques minutes avaient suffi pour qu’ils parlent de façon spontanée d’eux-mêmes. Ainsi était la magie de la l’enfance et de l’innocence, où les rapports n’étaient pas parasités par le contrôle et les paroles intéressées propres aux conversations adultes et mûres. Cependant, Emrys se fit hésitant et regarda Phœbe avec un regard gêné, comme s’il n’osait pas dire ce qu’il comptait demander.

« Je me disais… J’ai demandé à mes parents, et ils seraient d’accord pour que je vous accompagne, juste pour une étape. Si je trouvais le courage de venir te parler, et j’espérais vraiment que tu fasses escale sur l’île… Ils ne peuvent pas me faire découvrir le monde comme le font les tiens, et je trouverais fantastique de… participer à l’aventure en quelque sorte. »

Il se sentait gêné d’avouer qu’il n’avait pas l’opportunité de vivre des expériences aussi sensationnelles que la fillette et guetta avec appréhension sa réaction.

« Ce serait génial ! Je suis sûre que ni papa ni maman n’y verront d’objection. Je viens de me rendre compte. Comment se fait-il que tu parles aussi bien le français. D’où viens-tu ? »

Ce fut bien plus enthousiaste que tout ce qu’il aurait pu imaginer. Son corps se détendit aussitôt et il s’empressa de répondre, l’air plus détendu et assuré.

« J’habite en Grèce, mais j’ai de la famille francophone, c’est pour ça. Et tu marmonnais en marchant, donc j’ai reconnu ta langue. »

Phœbe eut un petit rire gêné, et se dit qu’elle aurait certainement fait un peu attention si elle s’était sue observée. Elle se releva doucement et invita son nouvel… ami ? à la suivre. Ulysse et Psyché devaient certainement attendre patiemment que leur fille émerge. Le regard confiant, la petite Swan regarda Emrys, comme pour lui signifier que la présentation se passerait sans accrocs.

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Toute la soirée durant, Emrys avait conversé avec sa nouvelle amie, Phœbe, qu’il trouvait très gentille et toujours sympathique en sa compagnie, ce dont il n’aurait pu se douter, chose qu’il n’aurait même pas osé espérer ! Lorsqu’il avait vu les parents de la jeune fille, il avait failli se défiler, à cause ses craintes de faire preuve d’indiscrétion ou sa peur de commettre des impairs. La jeune Swan l’avait poussé et avant et aidé à se présenter, et il lui en était à présent extremement reconnaissant. L’enfant était impressionné de découvrir comment la famille avait organisé le navire pour être capables de mener sur le long terme une expédition telle que celle qu’ils avaient prévu de faire ces vacances. Phœbe avait gardé des petits souvenirs des escales, que ce soit un objet ou même un dessin, quelques mots, des traces subsistaient, comme si elle avait souhaité ramener quelque chose qui reste et ne s’envole pas comme les font les souvenirs se faisait de plus en plus distants, flous et fuyants. Il se demandait si elle allait garder quelque chose de lui quand il s’éclipserait vers d’autres horizons alors qu’elle poursuivrait sa route avec ses parents.

Les sorciers traversèrent la mer Égée jusqu’à atteindre son extrémité ouest, et Emrys reconnu avec aisance les grandes villes de la Grèce, notamment sa capitale. Il montra à sa nouvelle amie le relief du pays et lui décrit les paysages avec tous les éléments qu’il savait parce qu’il venait de ces terres. Suite à une longue traversée, ils s’échouèrent à Corinthe, endroit lié à tant et tant de mythes. Le garçonnet regarda avec un regard interrogateur la fillette mais celle-ci ne put lui donner des indications sur ce que le couple Swan allait faire, elle avait joué le jeu de la surprise et n’avait rien essayé de soutirer à ses parents.

Sagement, le jeune magicien écouta le discours d’Ulysse sur la cité, bien qu’il en connût déjà l’essentiel, et en profita pour regarder Phœbe écouter. La tête penchée sur le côté, elle faisait attention à ce qui se disait, mais on regard était dirigé ailleurs, en une direction indéfinissable, comme si elle réussissait à voir autre chose que ce qui se trouvait physiquement sous ses yeux gris. Ce qui était raconté pourrait bien être un sujet de discussion, donc Emrys finit par s’intéresser.

« Corinthe a été fondé par un personnage tristement célèbre de la mythologie, dont on oublie très souvent sa contribution à la naissance de cette ville. Il s’agit de Sisyphe. Il serait aussi selon certaines versions le père de Ulysse, une figure de la guerre de Troie, qui prit dix ans à retourner chez lui à son issue. Ce nom peut sembler familier pour les tours de forces dont il a usé afin d’échapper à la Mort, qu’il est pourtant impossible de fuir en tout logique. Pour faire cet exploit, il emprisonna tout simplement la divinité, l’empêchant d’amener aux Enfers les morts. Une fois libéré Thanatos l’emmena mais il pu demander à s’en retourner temporairement parmi les vivants afin que les rites funérailles soient accomplis. Ceux-ci sont en effet d’une importance primordiale dans la culture grecque, car des conséquences néfastes pourraient se manifester s’ils ne sont pas appliqués, ou le sont mal. Sisyphe abusa plus que de raisons de ce délai et fut châtié en conséquence lors qu’il parvint enfin dans le royaume d’Hadès, le dieu lui a accordé le droit de s’en aller une fois qu’il aura poussé un rocher en haut d’une colline. À ce jour encore, si cet au-delà grec est, il doit sûrement être bloqué sur ces tâches éternelles. Moralité… Ne pas défier la mort et l’accepter quand elle vient à nous ? »

L’enfant vit Phœbe se lever aussitôt ces derniers mots prononcés pour lui faire signe de la suivre.

« Ils te racontent souvent des histoires de ce genre ? »

« Plutôt… Ça me fait réfléchir, je crois. Une manière de dire des choses sans vraiment les formuler. Et j’en prends graine ensuite. »

« Je vois, ça me fait penser au ‘tu comprendras quand tu seras plus grand’, je trouve ça frustrant… »

Très vite le thème de la mort fut balayé de leur conversation et ils reprirent sur un sujet plus léger et correspondant à leur très jeune âge, de la fraîcheur et de l’innocence. Ils partageaient une culture assez différente, mais se retrouvaient des convergences importantes, ce qui les émerveillaient tous deux. Emrys pouvait partager avec Phœbe absolument tout, et surtout ses petits soucis dont il ne voulait pas forcément parler avec ses parents, avoir une personne sur qui compter était formidable, et il sentait cette confiance réciproque.

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Les quatre sorciers évoluaient parmi les passants dans les rues assez vides de Didyme, discutant légèrement, l’atmosphère semblait être des plus calmes, le ciel était d’un bleu azuré sublime, et l’heure de la journée était telle que le Soleil n’était pas encore agressif mais apportait juste une chaleur agréable qui permettait de maintenir une température agréable sans pour autant transpirer de façon démesurée, comme ce pouvait bien trop souvent être le cas en été, en Europe. Ils profitaient donc de ce moment ensemble, avant que le temps ne se gâte potentiellement, l’air étant lourd et chargé.

Psyché Swan était plus excité que d’ordinaire, et murmura à l’intention de son compagnon : « C’est ici que s’est prononcé l’oracle qui a lancé le destin de Psyché, l’héroïne dont je porte le nom… » Ulysse lui adressa un sourire de complicité et amusement partagé. Le voyage de la famille Swan touchait presque à sa fin, ils seraient bientôt de retour en France pour prendre quelques petites semaines de repos bien méritées, et devraient renvoyer Emrys chez lui.

Alors qu’ils marchaient, les magiciens finirent pas s’éloigner de la foule et se retrouver dans une sorte d’impasse déserte dans laquelle il ne s’y trouvait pas âme qui vice. Phœbe trouvait l’ambiance oppressante mais s’y engagea sans se poser de questions. Elle tenait par la main son ami grec, comme pour se rassurer. La petite Swan se demandait si ses parents cherchaient une demeure magique spécifique et avaient une connaissance spécifique dans le coin, car sinon elle ne comprenait pas l’intérêt de passer par un cul-de-sac dont on voyait le fond.

Le garçon ne comprenait pas l’inquiétude de la fillette dans un premier temps, avant de voir que le couple Swan ne cessait de jeter des regards furtifs dans toutes les directions. Il resserra sa poignée de main afin de créer un lien de réconfort réciproque entre les deux enfants. N’en tenant plus, la petite Swan finit pas s’interroger, ce à quoi les adultes répliquèrent pas un signe de faire silence. En susurrant d’un chuchotis discret ils assuraient se savoir suivis. Emrys s’avança de quelques pas en arrière pour scruter les environs et vérifier ces dires, mais son observation fut de courte durée.

L’enfant sentir la prise du garçon se relâcher progressivement avant de s’éteindre complètement, et la jeune sorcière vit son ami s’effondrer. Elle n’eut pas le temps de réaliser qu’une attaque avait eu lieu car déjà ses parents avaient réagi au quart de tour, érigé un bouclier et neutralisé l’agresseur. Qui parvint à disparaître d'un geste. Phœbe ne voyait pas d’où venait l’effondrement d’Emrys avant de voir une pièce de métal figée dans sa peau, tout autour coulait doucement du sang épais et rougeoyant. Ulysse accourut pour tenter de lancer des sortilèges de soins, et sortit même un onguent de sa poche, mais en vain, rien ne semblait être en mesure de refermer la plaie, et la petite Swan regarda avec horreur son ancre se détacher progressivement de sa force vitale. Un poison puissant et mortel avait servi d’enduit à la lame, ce qui empêchait toute guérison.

Durant tout ce temps elle lui parla, en larmes, essayant de lui extraire des derniers mots. Encore faible, le garçon voyait son amie s’effondrer à sa vue et tenta de la rassurer, il l’attendrait toujours. Repensant aux souvenirs, il sortir de son veston un objet de petite taille qu’il fourra dans la main de Phœbe. Il s’agissait d’une pièce ancienne frappée de leurs initiales que le garçonnet avait tenté de confectionner pour créer la trace de lui-même. Il pensait la donner quand il devrait la quitter, mais ne savait pas que les choses se feraient ainsi.

De toutes ses forces la petite Swan sera la pièce, presque jusqu’à s’en graver les inscriptions sur la paume de la main, elle était perdue, ne pouvait accepter que le choses soient ainsi. Incapable de supporter quoique ce soit de plus, la jeune magicienne tomba au sol, inconsciente. Ulysse et Psyché la soulevèrent de terre pour la ramener dans son lit sur le bateau. Quant à Emrys il transformèrent son corps en graine qui donnerait naissance à un arbre, afin qu’il perdure aux âges et ne disparaisse pas complètement. Ils durent aussi informer les parents du garçon pour leur annoncer la triste nouvelle et expliquer en quoi les circonstances étaient telles que rien n’aurait pu changer les faits.

Bien entendu, leur fille ne pouvait rien savoir de tout ceci, étant à distance et non éveillée. Le couple Swan avait bien pris garde à lui donner une dose de Somnifère puissante, afin qu’elle ne réveille pas avant leur arrivée en France, et la plonger dans un sommeil sans rêve l’empêchait de repenser à ce moment tragique au travers de cauchemars et de visions de hantise proprement trop dures à subir pour quelqu’un qui n’avait pas même l’âge de raison.

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Continuellement sur la route vers la France, les adultes administrent de la potion somnifère à Phœbe afin de s’assurer qu’elle ne se réveille pas entre temps et n’ai le temps de poser de questions. Ulysse et Psyché étaient terriblement inquiets pour leur fille, ignorant quelles seraient les conséquences de cette mort sur elle, d’un naturel joyeux et curieux. S’en remettrait-elle ou bien cela la détruirait-elle ? Durant une nui entière ils eurent une discussion à voix basse à son sujet, et finirent pas convenir de prendre une mesure drastique, mais qui leur semblait être l’option la moins pire qui soit envisageable.

L’enfant devait oublier cet évènement, au moins pour l’instant, afin qu’elle continue le cours de sa vie comme s’il ne s’était rien passé. Pour cela, ils allaient opérer une manipulation des souvenirs de leur fille afin d’ôter toute trace d’Emrys de son esprit, ainsi elle ne sera pas affectée et surmonterait cette épreuve. En remodelant la mémoire de la petite Swan, celle-ci se souviendrait d’avoir passé d’agréables moments lors de ces vacances et la partie insupportable serait parfaitement occultée. Ainsi leur enfant ne changerait pas et sera comme elle était avant l’accident, garderait le même caractère. Un jour, peut-être, Phœbe sera suffisamment mûre pour affronter son passé et la vérité.

Bien qu’ils en aient longuement discuté, les sorciers avaient du mal à discerner altruisme et intérêt personnel. Voulaient-ils protéger la fillette, la préserver d’un évènement trop grand ou souhaitaient-ils rester dans leur zone de confort en faisant en sorte que leur enfant ne soit pas marquée et reste telle qu’elle était avant ? Cette question fut chassée et peu évoquée, et les Swan passèrent à l’action.

Arrivés sur le côté français, les magiciens transplantèrent jusqu’à l’un des domaines familiaux, appartenant à des parents plus ou moins éloignés. Ils déposèrent avec délicatesse Phœbe sur un lit dans une chambre vide et d’un accord tacite commencèrent leur travail sur l’esprit de leur enfant. Chaque détail devait être pensé afin que rien ne subsiste, mais n’ayant pu surveiller en permanence la petite Swan, il était possible que subsiste des sensations étranges, mais rien de plus si l’exécution de leur acte magique s’était faite correctement, ce dont ils ne doutaient pas trop. Ils s’étaient arrangés pour faire en sorte que le phénomène ne soit pas irréversible et avaient noté dans un carnet magique censé résister à l’épreuve du temps toutes les modifications intervenant afin d’être en mesure de rendre l’intégrité des souvenirs à la fillette le moment venu. La pièce était aussi rangée dans un petit renfoncement de la couverture.

Avec une certaine inquiétude, Ulysse et Psyché guettèrent le réveil de la victime de leur très puissant enchantement. Les yeux de la gamine ne tardèrent pas à s’ouvrir et ils parcoururent avec étonnement la pièce avant de s’arrêter sur les deux adultes.

« Où sommes-nous ? N’étions-nous pas… ailleurs ? »

« Tu étais très fatiguée, et tu as dormi durant tout le trajet, que nous avons considérablement raccourci avec la magie, nous sommes en France, dans la demeure de l’un de tes oncles éloignés, que tu ne connais pas. En ce moment il ne soit même pas être en Europe, nous avions besoin de faire une escale car tu as clairement besoin de repos. »

« Oui bien sûr. Merci d’avoir pensé à moi, vous êtes des parents géniaux ! »

Un large sourire fendait le visage de la petite Swan, qui se sentait particulièrement choyée par les sorciers qui lui avaient fait vivre de beaux moments lors de cette expédition, et qui pensait toujours avant tout au bien-être de leur enfant, quand bien même s’agirait-il de s’apercevoir qu’elle était éreintée à l’issue de cette traversée, et pour cela Phœbe sentait cette complicité et reconnaissance à l’égard de ses parents.

Évidemment, elle ignorait que tout n’était qu’illusion, des pièces étaient manquantes, et avant qu’elle ne puisse les récupérer, elle poursuivrait le cours de sa vie en se leurrant, ayant une perception biaisée du monde qui l’entoure.

Les magiciens n’avaient que fait retarder l’effondrement, pour autant rien ne serait en mesure de l’arrêter et d’empêcher son avènement. Un compte à rebours était apparu, quelque part dans l’univers, et doucement les secondes s’égrenaient pour annoncer la sentence prochaine.


[Fin]

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