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 France  La Prunelle de leurs Yeux  PV 

AIDAN


*


Tout était fini. Bel et bien fini. La tête basse, le poing serré sur ma baguette magique, je me sentis soudain hors de l’espace et du temps ; seul, irrémédiablement seul avec ma peine. Chacune de mes inspirations était comme une rafale de vent. Chacune de mes expirations, une tempête. Le noeud qui se resserrait autour de ma poitrine me donnait des envies de meurtre. En premier lieu, celui de fracasser mon coeur contre un mur. Mais à quoi bon, maintenant que ma Susie était partie ? Je fermai les yeux, submergé par le chagrin, piétiné par le poids terrible de ma perte. Gardes tes deux pieds sur terre, Aidan… ne les laisses pas se décoller quand je ne serais plus là… le murmure de ses dernières paroles faisait écho dans chaque recoin de mon âme et ne rendait mon malheur que plus terrible. Je ne m’entendis pas sangloter, mais je les sentis perler sur mes joues encore tiédies par les combats… combien de larmes salées devaient encore pleurer l’orphelin que j’étais ?

Je cachai mes yeux larmoyants derrière ma main gauche. Une piètre protection, certes, mais ma dignité d’homme n’y trouvait rien à redire. J’étais le dernier des Bowers encore en vie, le dernier témoin d’une longue lignée de malheurs… le temps d’un instant, je voulus la rejoindre dans l’au-delà, cette famille brisée, poussé par l’envie d’en finir avec cette douleur qui n’en finirait plus de me hanter, mais en relevant la tête pour reprendre mon souffle, le regard d’Andromède congela ces sombres idioties. Jamais encore, elle ne m’avait regardé de cette façon. Il y avait dans son regard tant de souffrance, tant de compassion et tant de crainte — celle que mon état lui inspirait — qu’on ne pouvait que se sentir désarmé face à lui ; désarmé et démuni. L’afflux de larmes cessa. J’écarquillai grand les yeux en regardant le plafond pour ravaler celles qui avaient terminé leur course à l’orée de mes paupières, puis je ramenai mon regard sur ma compagne. Son expression n’avait pas changé. Elle pleurait toutes les larmes de son corps.

Je voulus faire un pas vers elle, la réconforter, mais Andromède n’était pas le genre de femmes qui acceptait de monopoliser une épaule pour y écouler sa peine, fût-ce la mienne. Elle se détourna, rejoignant cette pauvre Katherine pour la serrer dans ses bras. C’était là sa façon de respecter mon chagrin. Elle entendait me laisser gérer mes propres émotions, sans laisser interférer les siennes pour le moment. Sans doute, ajouter plus de peine à une peine déjà incommensurable n’entrait pas dans le cadre logique qu’elle définissait pour tout. Je ne cherchai pas à le confirmer en tendant mes pensées vers les siennes. Je lui en était simplement reconnaissant, tandis que l’amour que j’éprouvai à son égard, vivifié par son courage, chassait quelque peu l’étendu néfaste qui planait au-dessus de mon être.

Je tournai la tête, soudain plus sensible à la présence d’un certain nombre de personnes autour de moi. Cette Aude Luneau à qui j’adressai un hochement de tête pour lui signifier que son cauchemar était terminé. Marty qui, le genou à terre et le souffle court, me fixait avec son regard habituel d’homme revanchard. Lui aussi avait beaucoup perdu… tout comme celle sur qui mes yeux s’arrêtèrent en dernier. Sans que je n’en comprenne la véritable profondeur, la relation amicale que Kristen Loewy entretenait avec Arseni Stoyanov de son vivant était à l’origine de l’anéantissement de Legallet. Cela ne faisait aucun doute à mes yeux. Mais qu’avait-elle perdu, finalement, en le perdant, lui ? Je décidai de ne pas pousser mes pensées, non plus, dans cette direction. Ce secret demeurerait la seule propriété de Kristen. C’était mieux ainsi.

« Il serait fier de toi, lui dis-je en croisant de manière fugace son regard avant de tourner mes yeux vers le corps recouvert d'un manteau noir qui avait finalement rendu tout ça possible. »

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

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C’était fini, ou presque. Kristen s’inquiétait encore du sort de Poudlard : si Legallet y avait envoyé son meilleur lieutenant, les défenses qu’elle avait dressées tout au long de l’année dernière suffiraient-elles ? Le personnel et les professeurs restés sur place s’en sortiraient-ils tous sains et saufs ? Et les élèves seraient-ils bien en sécurité à l’intérieur du château ? Qu’en était-il d’Owen ?

Owen. Il posait problème depuis le début des cours. Elle passait de temps en temps en salle des professeurs, antre secrète où les enseignants partageaient leurs ressentis, se détendaient après les cours, buvaient de grands verres de jus de citrouille en se racontant leurs journées. Elle n’avait rien dit quand l’un d’entre eux avait soupiré devant elle : « J’en ai un, Owen, qui est insupportable, toujours à grogner et la tête ailleurs. » Elle n’avait rien dit, non, mais elle était partie contrariée. Une autre fois, Rusard, qu’une blancheur spectrale n’avait pas rendu plus sympathique, l’avait informée qu’il avait attrapé « un sale gamin comme on n’en fait plus » en train de rôder près de la forêt interdite en pleine nuit, « un minuscule Serpentard de Première Année qui croit qu’il peut m’avoir, moi, MOI ! » En lui demandant plus d’informations, Kristen avait compris qu’il s’agissait de son fils. Elle avait alors demandé à Rusard où était ce fameux sale gamin qu’il avait attrapé et qui ne pouvait pas l’avoir, lui, et Rusard avait bredouillé qu’il lui avait filé entre les doigts, profitant d’une intervention peu glorieuse de Peeves. Alors, Kristen avait haussé les épaules et congédié un Rusard frustré et furieux.

Et s’il s’était à nouveau baladé à l’extérieur du château, et s’il était tombé sur une horde de Mangemorts ? Auraient-il osé faire du mal à un si petit enfant ? Kristen, agitée, fixait les baguettes qu’elle tenait dans ses mains. D’un côté, il y avait sa baguette, celle qu’Ollivander lui avait vendue quand elle était petite, à laquelle on avait apporté quelques modifications après qu’elle fut abîmée par un sortilège un peu trop inadéquat. De l’autre, la baguette de Sureau, objet convoité qui avait causé tant de mal. Dans la poche intérieure de son manteau, elle pouvait sentir une troisième baguette, celle qu’elle avait prise à Astrée après l’avoir vaincue. Elle portait trois armes et se sentait pourtant démunie. Legallet avait été vaincu, mais elle ne pouvait cesser de penser à Poudlard, à des milliers de kilomètres de là, qui était peut-être en proie à une terreur semblable à celle que les habitants de Beauxbâtons avaient ressentie.

Il fallait rentrer vite pour en avoir le cœur net. Et ramener le corps d’Arseni. Elle releva les yeux de ses baguettes, rangea celle qui lui avait été la plus fidèle dans sa poche, auprès de celle d’Astrée, et garda son arme nouvellement acquise bien en main. Elle s’approcha du corps de son ami, pensive.

Elle vit une silhouette approcher. Elle croisa son regard. C’était le préfet-en-chef, Aidan. Il avait perdu sa sœur aujourd’hui, en plus d’un autre membre de son groupe, et il avait pleuré. Kristen ne dit rien. Elle n’avait pas un mot de consolation à trouver et Aidan garderait sa fierté d’Aidan. En regardant Arseni, il lui dit qu’il serait fier d’elle. Kristen expira un sourire vénéneux.

« Fier..? Les Noirfangueurs sont des assassins. Stanislav Stoyanov a pourri la vie de son frère. Je ne sais pas s’il serait fier… mais j’ai fait de mon mieux. C’est ce qu’on fait tous. »

Elle serra les dents. Arseni était un corps sous un manteau, une masse de chair qu’on irait recouvrir de terre et pleurer de temps en temps, qui se décomposerait petit à petit. C’est bien beau, de pleurer les morts, et on pleure à proportion de ce qu’on a raté de leur vivant. Ce qui est stupide, c’est de devoir attendre la disparition d’un être cher pour arrêter de faire comme si on s’en fichait. Kristen avait cru Arseni immortel. Il n’existait aucun futur d’où il pouvait être absent. Alors, elle avait pris le temps. Elle avait fait comme si rien n’était grave, comme si elle pouvait se permettre de négliger cet ami si précieux. Et maintenant qu’il n’était plus là, maintenant qu’il était parti sans prévenir, elle était assaillie par le regret. Elle aurait voulu lui dire ce qu’elle ressentait, arrêter de faire la femme indifférente qui n’a besoin de rien ni personne, trop fière pour admettre la moindre attache.

Ses yeux devenaient humides et ses sinus la chatouillaient. Elle aurait voulu crier ce qu’elle n’avait pu dire, le crier si fort que l’âme d’Arseni, où qu’elle soit, puisse l’entendre et lui pardonner. Mais elle ne pouvait pas le faire, et, de frustration, ses yeux s’emplissaient plus encore de liquide salé. Elle ne le montrait jamais, mais elle y pensait souvent depuis la mort d’Arseni. Toujours ces mêmes regrets, cette même frustration, ces mêmes larmes.

« On croit que rien n’est fait pour changer, et un jour, tout part en vrille. »

Elle regarda Aidan.

« Je suis désolée pour Susan. Pour elle, et pour tous les autres. »

Ils se tenaient au milieu d’une mer de cadavres, certains calcinés, d’autres non ; certains mutilés, d’autres presque endormis. Kristen imagina un instant le nombre de vies brisées que cela pouvait représenter. Combien de personnes sont détruites par la disparition d’un seul ? Par combien multiplie-t-on ?

Elle soupira.

« Il a envoyé quelqu’un à Poudlard. Il faut vite que j’y retourne. »

D'un simple coup de dés, j'ouvre le musée des horreurs

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MARTY


*


Au milieu de cet enchevêtrement morbide de corps calcinés et mutilés, un homme avait le genou à terre. Sa poitrine se gonflait puis se vidait au rythme de sa respiration haletante, ses cheveux bruns collaient à son front. La tête enfoncée entre ses épaules, il donnait presque l’impression de se recueillir. Mais ceux qui connaissaient Marty Lamberts savaient qu’il n’avait jamais été particulièrement pieux, encore moins croyant. Il était simplement harassé par la fatigue. Les évènements s’étaient enchainés à une telle vitesse qu’il n’avait tout simplement pas eu le temps de reprendre son souffle.

Tout un tas d’émotions s’entremêlaient dans sa tête maintenant que les combats étaient terminés. Marty avait la sensation d’éprouver plusieurs seuils de douleur : physique, depuis que ce satané homme-arbre l’avait cloué contre un mur ; sentimentale, depuis que la mort de Susan avait ravivé les souvenirs de la disparition de sa femme ; empathique, depuis qu’il avait vu Aidan pleurer sa soeur ; et psychologique, depuis qu’il essayait de remettre de l’ordre dans ses pensées sans y parvenir. Il savait sa cervelle sur le point d’exploser, mais les propos de Kristen le ramenèrent brusquement à la réalité quand elle évoqua le danger qui planait sur Poudlard. Tous les sens en alerte, Marty balaya la douleur et se redressa de façon un peu trop vive — si bien que des étoiles se mirent à danser devant ses yeux. Machinalement, il porta sa main à son oreille gauche — à l’endroit où scintillaient six bijoux alignés — en pensant à sa fille. Au diable la douleur ! Si Cassiopea était en danger, il devait se mettre en route, lui aussi. Il avait déjà perdu une femme, il était hors de question qu’il perde une fille ! Il ne le permettrait pas !

D’un pas lourd, Marty s’approcha de Kristen et lui lança un regard sans équivoque sous ses épais sourcils froncés.

« Je t’accompagne, Loewy, annonça-t-il de but en blanc. »

« Tu n’es pas en état de transplaner, fit remarquer Aidan. »

Blessé dans son amour-propre, Marty lança un regard plus noir qu’il ne le voulait à son ami. Aidan se contenta de relever le menton sans rien dire — ce qui eut le don d’exaspérer encore plus Marty.

« Ma fille est là-bas, dit-il en laissant sa voix grimper dans les graves. Peut-être seule face à un autre de ces dégénérés… il est hors de question que je reste ici sagement à attendre ! Rien ne me retient plus ici ! »

Les traits d’Aidan s’assombrirent subitement. Marty savait qu’il en avait trop dit, une fois n’était pas coutume. Il regretta aussitôt ses paroles. Aidan était bien resté près de lui, trois jours durant, à la mort de Danielle. Quel sombre idiot !

« Dan', ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… Susa… »

« Non, tu as raison, trancha froidement Aidan en passant à côté de lui sans même le regarder. Marty remarqua, à la volée, à quel point il avait les mâchoires contractées. Va retrouver Cassiopea ; elle est la dernière famille qu’il te reste. »

Marty observa son ami s’arrêter puis se tourner vers Kristen en l’ignorant purement et simplement.

« Un instant, je vais voir qui d’autre peut te suivre à Poudlard. »

Marty baissa les yeux, gêné. Lorsqu’il les releva, son regard glissa vers Kristen, que rien ne semblait jamais vraiment atteindre. Marty se dit qu’il faisait un bien piètre rival ce soir.

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Quand Kristen était élève à Poudlard, elle était passée par deux phases principales. D’abord, la phase peste condescendante, puis elle avait basculé dans la phase mépris silencieux. Mais durant tout ce temps, une chose n’avait pas changé : elle voulait être la meilleure partout. Dès sa troisième année, elle avait trouvé ses spécialités : les créatures magiques et la défense contre les forces du Mal. C’était dans ce dernier cours que Marty Lamberts était devenu son rival. Ils cherchaient chaque fois les défauts de l’autre, méprisaient jusqu’à la façon de tenir sa baguette chez l’autre, s’interpelaient à coups de « Lamberts ! », « Loewy ! », souriaient quand l’autre éprouvait une petite difficulté – mais ils n’en éprouvaient que très rarement, l’un comme l’autre. En pratique, comme en théorie, c’était la guerre à qui aura la meilleure appréciation.

Elle ne fut pas étonnée quand Marty l’interpela par son nom de famille pour lui annoncer qu’il souhaitait venir à Poudlard aussi. Kristen avait bien noté le nom de Cassiopea Lamberts, avant la rentrée d'abord, puis lors de la cérémonie de répartition. Elle s’en était même amusée. La petite avait atterri à Serdaigle, digne héritière de ses parents. Bref, Marty devait ressentir plus ou moins la même urgence que Kristen qui voulait s’assurer que sa progéniture était en sécurité – même si Kristen devait ajouter sur ses épaules le poids de la responsabilité de l’école toute entière.

La remarque d’Aidan la gêna donc un peu. Kristen fronça les sourcils, estimant qu’Aidan ne pouvait présentement pas comprendre ce sentiment d’urgence et d’inquiétude. Elle observa les deux hommes monter en gammes sans rien dire. Elle constata dans le même temps la capacité d’Aidan à garder en lui tout un tas d’émotions contradictoires. Il en résultait une froideur saisissante. Kristen hocha la tête, dit à Aidan de faire vite, et s’approcha de Marty.

«  Tu ne peux pas t’en vouloir d’être mort d’inquiétude, Lamberts. »

Elle jeta un regard aux autres, notamment à ses professeurs blessés.

« Si je le pouvais, je partirais sur-le-champ, toute seule devant. Mon fils est entré à Poudlard cette année, dit-elle en passant, regardant toujours ceux qui se tenaient derrière. »

Son regard s’arrêta sur Aude. Elle avait envie de passer directement à dans une semaine, hop un saut dans le futur, quand tout irait bien, quand on serait tous rassurés et qu’on soufflerait : « c’est fini ! ». Elle avait présentement envie d’aller la voir et de l’étreindre, et peu importerait le monde autour ! En y pensant, elle se rappela que malgré son débarbouillage rapide, il restait encore un peu de sang sur le visage et son bras était carrément gluant. En l’étreignant, elle l’aurait couverte de sang. Elle leva les yeux sur son propre front et se rappela que Legallet lui avait laissé plus d’un souvenir : cette mèche blanche partirait-elle un jour ? Elle soupira.

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III

COUP DE VENT


Des Douze, Marty Lamberts était sans équivoque le plus impulsif. Rien ou peu ne résistait à son vouloir, selon ses propres dires. Il était comme la tempête qui dévore le rivage : obstiné, capricieux, énergique, et un tant soit peu imprudent. Au même titre que la falaise ne cède pas en une seule nuit aux assauts répétés d’un vent déchaîné, les problèmes de Marty n’étaient pas disposés à disparaître sur un claquement de doigts. Même affligé, son impatience n’en demeurait pas moins enracinée dans son for intérieur, tel un instrument essentiel à sa survie. Jamais tranquille, Marty Lamberts était le sirocco qui ne demandait qu’à chasser le désert.

Aussi demeura-t-il interdit quand Kristen lui révéla la présence de son fils à Poudlard. L’expression de son visage se métamorphosa à mesure que le fil rouge de sa conscience lui réchauffait les entrailles. Les traits tendus par une incompréhension froide, il détourna les yeux de cette femme qu’il ne comprendrait décidément jamais.

« Tu dois être folle pour ne t’être déjà pas retournée en apprenant la menace qui pèse sur ton fils, déclara-t-il, les dents serrés. »

« Et vous stupide de vous faire le juge d’une situation qui n’a fait que vous échapper. »

Le ton menaçant d’Aude Luneau, que les pas de chat avaient rapproché dans le plus grand silence, manqua de faire sursauter Marty. Il conserva néanmoins un semblant de contenance et se contenta finalement d’un grognement dédaigneux pour seule et unique réponse. Il n’entendait pas recevoir de leçons de cette femme, ni d’aucune autre personne présente. Chaque seconde perdue dans cet endroit ne faisait qu’exacerbé son impatience.

N’en oubliant pas moins son écart de conduite à l’égard d’Aidan, il maintint la tête basse quand ce-dernier revint sur ses pas pour leur annoncer qu’il resterait derrière, en compagnie de Katherine et d’Andromède. Le reste du groupe les accompagnerait.

« Faites vite, ajouta Aidan en faisant peser ses yeux couleur ambre sur Kristen puis sur Marty. »

Déjà on s’affairait dans les rangs de Beauxbâtons. Une partie des professeurs déplaçaient un à un les corps dans les cercueils que d’autres faisaient apparaître dans une série de petites détonations sonores. Les élèves quant à eux accomplissaient des taches à leur portée : la reconstitution des miroirs, la réparation des lambris de bois ou le nettoyage des débris à grands coups de baguette magique. Seuls les corps des Mangemorts échappaient à ce grand nettoyage.

Tour après tour, Mélisse Vidérance se penchait sur chacun d’eux pour les étudier dans le détail, serrée de près par une plume à papote qui consignait absolument toutes ses observations sur un parchemin.

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Kristen fixa Marty un long moment après sa remarque. Bien sûr qu’elle avait pensé à partir dès qu’elle l’avait su, mais cela aurait été stupide. Legallet libre de ses mouvements, Poudlard n’aurait jamais été à l’abri. On aurait pu vaincre son lieutenant, il en aurait renvoyé un autre, jusqu’à ce qu’il parvienne à ses fins. Elle soupira. Aude prit sa défense. Elle hésita entre la reconnaissance, un nouveau soupir (elle n’avait pas vraiment besoin qu’on prenne sa défense face à Lamberts) et passer outre, tout simplement. Elle choisit cette troisième option.

Elle passa devant Aude, son regard accrocha le sien et son bras – celui qui n’était pas tout collant de sang – frôla le sien. Kristen rappela les professeurs de Poudlard présents, demandant à ceux qui pouvaient se déplacer d’aider ceux qui ne le pouvaient pas. Tous avaient été sacrément amochés par les Mangemorts. Elle pinça les lèvres et se retourna vivement.

Ils partirent très vite pour Poudlard. Ils se retrouvèrent tous dans le bureau de Kristen et tout était étonnamment calme. Kristen ne dit rien pendant quelques secondes ; personne ne dit rien, en fait. On écoutait. Elle s’avança vers la meurtrière qui donnait sur une petite partie du domaine. Elle ne voyait rien de particulier.

Elle ne dit rien à personne et sortit de son bureau. En bas des marches, elle vit Pez.

« Oh madame la directrice, vous êtes là, Pez se demandait où vous étiez passée ! Des sorciers sont venus par la forêt, Madame la directrice, de très vil… oh, mais vous êtes blessée, Madame la directrice, votre bras…
- Et les élèves ? Ces sorciers ont-ils pu entrer ? Tout le monde est en sécurité ? demanda-t-elle précipitamment.
- Pez n’est pas sûr, Madame la directrice, mais Pez ne croit pas qu'ils aient réussi… Il y en a bien qui ont essayé, Pez l’a senti, mais ils ont disparu, pour ainsi dire… »

Kristen soupira, un tout petit peu rassurée.

« Les élèves étaient bien tous à l’intérieur ? Où sont les professeurs Almeida, Keith, Heltowni ?
- Pez ne sait pas, Madame la directrice. Pez a vu Mademoiselle Starks qui vous cherchait, mais pour le reste… Pez n’a pas vu grand-chose. Il y avait cette marque dans le ciel. Elle n’y est plus.
- La marque des Ténèbres, dit Kristen.
- Oui, cette affreuse marque.
- Merci, Pez. »

Elle s’apprêtait à remonter les marches deux à deux, mais certains l’avaient suivie hors du bureau et avaient entendu la conversation.

« Contactez tous les fantômes, tous les tableaux possibles, tout le personnel… il me faut vite attester que chaque élève est bien resté à l’intérieur du château et qu’ils sont tous en sécurité. Il faut aussi emmener les blessés à l'infirmerie, pour le moment au moins... Je vais voir la forêt. Je ferai un détour par la salle commune de Serpentard... »

Sa voix baissa progressivement. Finalement, elle n’en dit pas plus et transplana vers les sous-sols, juste devant l’entrée de la salle commune de la maison de son fils. Elle prit une profonde inspiration et prononça le mot de passe.

Lorsque ce détour fut achevé, elle fit le tour de la forêt, puis du domaine, constatant les dégâts. Il était très tard quand elle remonta au château et poussa un profond soupir de soulagement en apprenant que s’il y avait des blessés parmi les adultes, aucun élève n’avait été touché par l’attaque des Mangemorts.

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