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 RPG+   USA  I'm dreaming of a white Christmas

24 décembre 2019



PETER


Peter tenait fermement la main de sa mère. Comme il en avait l’habitude depuis toujours, (sa mémoire ne remontait pas assez loin pour se souvenir des temps où il n’était qu’un tout petit enfant sachant à peine marcher) il avançait devant elle en tirant légèrement sur son bras pour la guider dans les rues bondées de New York. Tous les dix pas environ, il avait le réflexe de regarder par dessus son épaule pour s’assurer qu’elle allait bien, que son bonnet ne lui glissait pas de la tête, que son écharpe préservait bien son cou du froid mordant, et qu’elle ne s’affolait pas de voir un si grand nombre de personnes autour d’elle.

« C’est bientôt Noël maman, expliqua-t-il en jouant du bras et du coude pour se frayer un chemin parmi la foule qui abondait sur le trottoir. Je veux te montrer quelque chose. Je suis sûr que tu vas adorer ! »

Arrivé à destination, le visage de Peter s’illumina. Ses yeux étincelant caressèrent l’immense vitrine garnie de peluches et de poupées animées devant laquelle une foule massive d’enfants et de parents s’étaient agglutinés pour admirer le spectacle.

« C’est là ! »

Une fois encore, Peter joua du bras et du coude pour se frayer un chemin jusqu’au premier rang en entraînant sa mère dans son sillage. Il ne se soucia guère des commentaires désobligeants qui ponctuèrent sa progression. Sa mère était ce qu’il avait de plus cher au monde et à l’approche de Noël pas un seul mot ne pouvait le détourner de la mission qu’il s’était juré d’accomplir pour le bonheur de sa mère. Peter savait combien sa mère aimait les poupées. Elle en avait une grande collection à la maison. Peter avait l’espoir que regarder les somptueux modèles de ce grand et beau magasin de jouets réputé donnerait des frissons de joie à sa mère. Pour Noël, il ne rêvait pas plus beau cadeau que de la revoir sourire.

Le souffle court, mais les yeux brûlant d’amour, il leva le nez vers le visage de sa mère pour guetter sa réaction. Une myriade de couleurs luminescentes dansaient dans ses beaux yeux verts. Les courants d’air froids faisaient danser ses boucles de cheveux châtains. Mais pas un sourire à l’horizon. Le visage de sa mère affichait cet air absent qui la suivait absolument partout. Loin de se laisser décourager, Peter tira doucement sur son bras pour la faire se pencher vers lui.

« Elles sont jolies, hein maman ? lui murmura-t-il au creux de l’oreille. »

Mais aucune réaction n’altéra le visage de sa mère. Peter avait beau la dévorer des yeux, supplier dieu qu’elle réagisse, sa mère continua de regarder la vitrine sans paraître la voir. Le coeur gonflé d’émotions, Peter sentit les larmes lui monter aux yeux. Il lutta fermement contre l’envie de pleurer. Il devait être fort pour sa mère. Il serra sa main un peu plus fort et se colla à elle en regardant la vitrine. Peter ne comprenait pas quel genre de mauvais sort on avait jeté à sa mère, mais il maudissait intérieurement ceux qui avaient fait ça. Peu à peu, les poupées devinrent des formes puis des taches lumineuses qui se mirent à danser devant ses yeux. Avant qu’il n’ait eut le temps de réagir, il sentit plusieurs larmes chaudes couler sur ses joues. Sa poitrine se souleva à plusieurs reprises tandis qu’il essayait d’étouffer ses sanglots. Mais s’en était trop pour un si petit être. Accablé par le chagrin, Peter pleura en cachant son visage contre la manche de sa mère.

Pourquoi ? Pourquoi sa mère ne lui répondait jamais ? Pourquoi elle ne souriait jamais ? Pourquoi… et toujours pourquoi ?

Parce que tu es mon fils.

Quand Peter rouvrit les yeux, il se sentit sur le point de vomir. Il était persuadé que la voix qu’il venait d’entendre dans sa tête ne lui appartenait pas, mais sa tête était soudain devenue si douloureuse qu’il se retrouva complètement désorienté. Il appliqua ses mains de part et d’autre de son crâne pour éviter qu’il n’explose. Il ne réalisa son erreur que quelques secondes plus tard… la main de sa mère ! Il ne la tenait plus ! Affolé, Peter regarda frénétiquement autour de lui. Quelque part au fond de lui, une pierre percuta la structure de son âme quand il retrouva sa mère effondrée sur le sol, quelques mètres plus loin, au centre d’un cercle de personnes qu’il ne connaissait de nulle part.

… et soudain le temps s’arrêta autour de lui. Peter avait déjà vu ce genre de phénomènes se produire autour de lui, mais il sentit que cette fois-ci, ce n’était pas comme les autres fois. Il profita du fait que toutes les personnes présentes étaient parfaitement immobiles et le silence total pour se précipiter vers sa mère.

« Est-ce que tu connais un endroit où nous pourrions la mettre en sécurité ? lui demanda une voix d’adulte sur sa droite. »

Avant de comprendre, Peter vit un grand monsieur émergé de la foule entièrement figée. Il portait une drôle de robe bleu sur laquelle étaient brodés des tas d’étoiles reliées par des traits. Ses cheveux étaient d’un blond presque blanc. Peter n’avait jamais croisé un regard aussi intimidant que celui de cet homme.

« Qui êtes-vous ? demanda Peter, sur la défensive. »

S’il le fallait, il se sentait prêt à bondir sur cet homme et à le mordre s’il avait de mauvaises intentions envers sa mère.

« Je m’appelle Dallan, répondit l’homme. Je n’ai pas pu m’empêcher de vous remarquer, toi et ta mère, au milieu de cette foule de Non-Maj. Je crois qu’elle a besoin d’aide. Pour son bien, nous ferions mieux de la transporter dans un endroit sûr. »

Peter n’était pas certain d’avoir tout compris, mais quelque chose se désamorça en lui en écoutant la voix mélodieuse de cet homme. Il se proposait de l’aider et Peter savait qu’il n’aurait jamais la force de porter sa mère tout seul jusqu’à la maison. Il hésita. Et finalement, ne pouvant plus supporter de voir sa mère allongée sur le trottoir sans rien pouvoir faire, il accepta.

I'm the light in the darkness and the shadow on the ground. I'm everything... everything you ever wanted to know about silence.

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-6


Transplaner ne fut l’affaire que d’une seconde. Les rues bruyantes et lumineuses de Manhattan s’évanouirent, remplacées par une rue en cul-de-sac éclairée par la lumière vacillante d’un lampadaire à bout de souffle.

« C’est ici ? demanda Dallan en jetant un regard soucieux autour de lui, notamment sur les détritus qui débordaient des poubelles et faisaient la joie d’une colonie de rats gros comme des chats. »

Peter acquiesça, le visage d’une pâleur inouïe, avant de lui indiquer d’une main tremblante une volée de marches sur la droite.

« Ferme les yeux et respire profondément par le nez, conseilla Dallan. Tous les sorciers passent par là, la première fois qu’ils transplanent. Ça va aller, ne t’en fais pas. »

Dallan vit à la moue de l’enfant qu’il n’était pas convaincu. Qu’importe, il fallait rapidement se mettre à l’abri des regards avant qu’un Moldu ne se demande ce qu’un homme vêtu d’une robe couverte de constellations faisait là avec une femme évanouie dans les bras et un enfant mal à l’aise à côté de lui.

« Quel étage ? questionna Dallan. »

« C-cinquième, bredouilla Peter, le cœur visiblement au bord des lèvres. »

Suivant les indications de ce dernier, Dallan porta Judith  Williams (Peter avait consenti à lui révéler son nom et le prénom de sa mère après d’âpres négociations où il fut notamment question de chocolat) jusqu’au palier de son appartement, l’enfant sur les talons. La porte s’ouvrit brusquement, comme s’ils étaient attendus, ne laissant même pas le temps à Dallan de souffler.

Une jeune femme aux longs cheveux châtains surgit sur le pas de la porte. Dallan remarqua aussitôt l’air de famille qu’elle partageait avec Peter, malgré le mélange de colère et de stupeur qui défigurait son beau visage.

« Qu’est-ce que… balbutia-t-elle. »

Elle se précipita finalement sur Judith, les lèvres tremblantes.

« Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Et vous-êtes qui, vous ? PETER, RENTRE TOUT DE SUITE ! JE M’OCCUPERAI DE TOI PLUS TARD ! enchaîna-t-elle, habitée d’une énergie qui prit Dallan totalement au dépourvu. »

« Vous êtes sourd ou on vous a coupé la langue ? insista-t-elle en lui lançant un regard lourd de soupçons après s’être attardée sur sa tenue. D’où vous sortez pour porter un accoutrement pareil, d’un cirque ? »

Dallan acquit la conviction que la jeune femme — ils devaient avoir approximativement le même âge — était une Moldue ; ce qui ne l’aidait en rien à se décider sur la meilleure façon d’aborder la situation. Heureusement ou malheureusement, Peter éluda complètement la nécessité de préserver le Secret Magique — dont il n’avait aucune connaissance — en intervenant de sa petite voix :

« C’est un sorcier, tante Abigail. Comme maman. »

Dallan crut voir une étincelle s’allumer dans les yeux verts de la jeune femme. Elle ne le regarda que plus sévèrement. Comme s’il n’existait pas, elle se tourna très vite vers le visage de sa soeur, prise d'une vive inquiétude ; elle apposa le dos de sa main sur son front pour voir si elle avait de la fièvre, tourna brusquement les talons et rentra dans l’appartement.

« ... O.K. Dépêchez-vous d’entrer ! »

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-5


Dallan avait les yeux rivés sur la bougie posée au centre de la table.

Il n’avait pas compté, mais cela devait faire dix bonnes minutes que la tante Abigail s’était enfermée avec Peter, peut-être quinze. Probablement avec la ferme intention de lui passer un savon qu’il n’oublierait pas de si tôt. Dallan avait beau tendre l’oreille pour tenter d’entendre une remontrance, un simple éclat de voix, les seuls bruits qui venaient titiller ses tympans étaient des craquements, qu’ils soient émis par une vieille commode ou le plancher. Jamais, jusqu’alors, il n’était entré dans une habitation moldue de ce type. Tout ou presque lui inspirait une misère sans nom. L’appartement n’était pas insalubre — Dallan soupçonnait même la tante Abigail d’être une maniaque de la propreté — mais pratiquement vide, comme si un mobilier varié et une décoration sommaire n’avaient jamais été la préoccupation de ses occupants. Ces moldus là n’avaient même pas l’électricité.

Peter et sa tante devaient se trouver dans une situation particulièrement délicate. Dallan ne pouvait s’imaginer les choses autrement. Pire, il s’en inquiétait, sans trop comprendre pourquoi. Sans être dénué de coeur ni de bonté, le destin de Moldus ne s’était jamais retrouvé au centre de ses préoccupations. Il avait connu quelques né-Moldus au temps de sa scolarité, et il en avait apprécié certains, mais jamais, à ce jour, il ne s’était sentit une quelconque responsabilité à leur égard. Mais il le savait, Peter n’était pas comme sa tante. Il y avait quelque chose chez ce garçon qui avait captivé son attention, quelque chose d’inexplicable, une force qui l’avait, pratiquement à elle seule, attiré jusqu’ici. Dallan n’avait aucune certitude quant à la nature de ce qu’il avait perçu, mais il était convaincu de tenir quelque chose d’exceptionnel. Et donc d’intrigant pour le grand curieux qu’il était.

« Un peu d’eau ? Je n’ai rien d’autre à vous proposer, lui signifia la tante Abigail en passant à côté de lui d’un pas précipité. »

Dallan s’éveilla et, sans apercevoir le visage de son hôte, sut qu’elle contenait sa colère rien qu’à l’intonation de sa voix.

« Je veux bien, merci. »

Un silence impénétrable tomba entre eux. Le parquet craqua encore une fois.

« Votre accent. Il n’est pas d’ici. »

« En effet, j’ai grandi en Angleterre, mais mon père est américain. »

La tante Abigail ouvrit le robinet au-dessus du l’évier et fit couler l’eau dans les deux seules verres que contenaient le maigre garde-manger. Dallan sentait le malaise s’insinuer dans son corps comme un poison à propagation lente.

« C’est un brave garçon. »

La tante Abigail déposa un peu trop brusquement les deux verres sur la table.  La remarque l’avait touché. Le temps d’un instant, Dallan redouta même qu’elle se mette à pleurer. Mais la femme qui s’assit devant lui n’était pas une femme qui pliait si facilement. Sans la connaître, Dallan lui trouva un courage, une force et une solennité tout à fait dignes d’une Gryffondor. A ceci près que la tante Abigail n’avait aucun pouvoir magique et que ça, Dallan pouvait clairement le sentir à l’absence de changement d’atmosphère. Sans nécessairement le savoir ou s’en rendre compte, beaucoup de sorciers influençaient leur environnement selon la nature des sentiments qu’ils pouvaient éprouver. Il n’était pas si difficile pour un sorcier entraîné de savoir si un autre s’était tenu à sa place, une heure auparavant. Mais Dallan ne s’intéressait pas à cette question. Il était le premier sorcier à entrer dans cet appartement. Le regard de la tante Abigail ne pouvait le tromper à ce sujet. Elle le détestait ou plutôt elle détestait ce qu’il représentait. Il y avait donc peu de chance qu’un autre sorcier se soit tenu ici avant lui.

« Que voulez-vous ? »

Dallan était surpris. Non pas par la question, mais par le ton de reproche qui l’accompagnait. Lui en voulait-elle d’avoir porté secours à sa soeur et son neveu ?

« Rien, Abigail. Vous aider tout au plus. »

« Nous n’avons pas besoin de votre aide. Votre monde ne nous a jamais aidé. »

C’était donc ça. Dallan commençait tout juste à s’approprier les pièces du puzzle. Mais il lui fallait un peu plus d’éléments pour orienter la reconstitution dans la bonne direction.

« Si j’en crois la colère qui brûle en vous, en effet, mon monde a fait une erreur en ne vous tendant pas la main. Mais ne vous méprenez pas, il n’y a pas que des idiots dans mon monde. Il y a aussi des gens bien. »

« Vous ne savez rien de nous. Ne prétendez pas nous comprendre. »

« Je ne prétends pas vous comprendre, mais j’aimerais pouvoir y parvenir si vous m’expliquiez les choses calmement, sans me regarder comme si vous vous apprêtiez à me poignarder dans la seconde. »

Abigail se mordit la lèvre. Ses magnifiques yeux verts se voilèrent. Après une longue minute de silence passée à regarder le parquet, elle poussa un soupir, vaincue.

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-4


« Judith était… différente. Nos parents le savaient, raconta Abigail, le regard perdu dans le fond de son verre. Ils ont consulté les meilleurs médecins du pays durant des années, pensant pouvoir la guérir de ce qu’ils prenaient pour une maladie. Mais c’était peine perdue. Judith n’était pas malade. Elle n’appartenait tout simplement pas au même monde que nous. A l’âge de dix ans, ils l’ont placé dans un pensionnat pour enfants difficiles… Judith se sentait incomprise. Elle s’était brusquement renfermée sur elle-même et manifestait une agressivité que nos parents ne pouvaient tolérer. Neuf mois après son admission, elle a fugué et nous avons perdu sa trace durant sept ans… sept ans d’enfer. »

Dallan fit rapidement le lien avec la durée des études à Ilvermorny.

« Mes parents s’en sont voulus, continua Abigail en jouant avec le bord de son verre. La disparition de Judith a brisé notre famille… mes parents ont d’abord divorcé puis ils se sont suicidés, chacun de leur côté, incapables de se pardonner leurs choix… incapables de continuer à vivre sans savoir ce qu’il était advenu de leur fille aînée. »

Les histoires comme celle-ci étaient trop nombreuses au goût de Dallan. L’incompréhension mutuelle que se vouaient sorciers et non-sorciers brisaient des familles depuis l’aube des temps.

« Mais Judith est réapparue, dit-il d’une voix délicate pour inciter Abigail à poursuivre son récit. »

Abigail hocha la tête sans quitter son verre des yeux.

« Elle m’a retrouvé la veille de mon entrée à l’université. J’ai eu tellement de mal à la reconnaître. Elle était si différente de l’image que j’avais réussi à conserver d’elle. Elle rayonnait. Elle avait réussi à trouver sa place, finalement. Et moi, je… je n’ai pas réussi à lui en vouloir de nous avoir laissé sans nouvelle durant toutes ces années. Je n’ai pas réussi à lui reprocher la mort de nos parents. Je l’aimais et je l’aime encore comme la petite soeur que je serai toujours, même si aujourd’hui elle ne me reconnait plus. »

« Comment est-ce arrivé ? demanda Dallan d’un ton où perçait son instinct protecteur.

« Je ne sais pas, répondit Abigail. Elle travaillait dans un institut magique, du côté de Salem. Tout allait bien ; nous nous écrivions toutes les semaines. Et puis un soir comme celui-ci, quelqu’un m’a rendu visite : une femme de l’institut, pour m’annoncer que ma soeur avait été agressée. J’ai exigé de la voir. Alors cette femme m’a téléporté avec elle et j’ai découvert Judith dans cet état… Peter avait vu le jour une semaine plus tôt et je n’en savais rien. Judith s’était bien gardée de me révéler qu’elle attendait un enfant dans les lettres qu’elle m’envoyait. Judith aimait les secrets… un peu trop. »

Dallan ressentait la peine qu’Abigail parvenait à contenir de façon admirable. Il éprouva un élan de compassion pour cette sœur dévouée, dont la vie ressemblait à une succession de désillusions.

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-3


Pourquoi Judith avait caché sa grossesse à sa soeur ? Cette question travaillait Dallan bien plus que ne le faisait celle qu’il venait de poser. Il lui semblait que c’était derrière ce secret que se dissimulaient les éléments de réponse les plus troublants quant à la nature de la magie qui habitait Peter. Celle-là même qui irradiait de lui sans qu’il en semble conscient.

« Savez-vous qui est son père ? demanda lentement Dallan, quasi certain de ne pas obtenir de réponse. »

Abigail secoua brièvement la tête, toujours noyée dans la contemplation de son verre.

Dallan se tassa contre le dossier de sa chaise, soumis à l’incertitude de la quête qu’il avait mystérieusement entrepris. Rien ne l’obligeait à être ici. Il pouvait se lever et transplaner dans la seconde si le coeur lui en disait. Mais quelque chose l’avait conduit à Peter, qui l’avait ensuite amené à faire la rencontre d’Abigail ; et maintenant que c’était chose faite, Dallan ne voulait pas les abandonner à leur sort incertain. Il avait peur de ne jamais plus avoir la conscience tranquille s’il venait à incarner une autre désillusion dans la vie d’Abigail.

Peter apparut à la porte de sa chambre, vêtu d’un pyjama un poil trop grand pour lui.

« Bonne nuit… »

Dallan surprit le regard apitoyé qu’Abigail posa sur son neveu. Il ne lui laissa pas le temps d’amorcer son geste qu’il se leva en souriant.

« Permettez. »

Les yeux levés et la bouche légèrement entrouverte, Abigail le regarda avec une stupeur saisissante. Elle était sans voix. Dallan avait presque l’impression d’entendre les rouages de son cerveau grincer sous ses beaux cheveux châtains.

Elle acquiesça, clouée à sa chaise.

« Merci, dit Dallan. »

Consciencieux, Dallan borda l’enfant avant de s’asseoir au pied du lit. Un coup d’oeil à la chambre — dont les murs étaient envahis de posters de super-héros — lui assura que toutes les économies de la tante Abigail passaient dans la décoration de cette pièce. Elle était si chaleureuse et si colorée qu’on avait peine à se rappeler l’état d’abandon dans lequel régnait le reste de l’appartement. Dallan éprouva un nouveau pincement au coeur en songeant au dévouement sans faille d’Abigail.

« Vous serez encore là demain ? l’interrogea Peter, l’œil pétillant d’espoir malgré sa fatigue évidente. »

Dallan hésita, mais il se refusa finalement à mentir.

« Je ne pense pas. J’ai du travail qui m’attend. »

La déception qu’il lut dans les yeux de Peter le blessa au-delà de toute espérance. Mais une nouvelle fois en proie à des sentiments qu’il ne comprenait pas tout à fait, Dallan tapota tendrement la poitrine de Peter et se leva en lui souriant.

« Mais peut-être après-demain, si ta tante est d’accord. »

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-2


Appuyée contre un mur dans le couloir, la tante Abigail n’avait rien perdu de l’échange entre son neveu et Dallan. Elle referma doucement la porte de la chambre derrière Dallan quand Peter se fut endormi.

« Qui êtes-vous ? interrogea-t-elle Dallan en chuchotant. »

Son regard dégageait un mélange saisissant de curiosité et de crainte.

« Je m’appelle Dallan Blackwave, répondit Dallan en chuchotant lui aussi. Je travaille pour le ministère de la Magie de Grande-Bretagne. »

Le regard fixe, Abigail lui donna l’impression d’enregistrer les informations qu’il venait de lui livrer tout en essayant de les analyser du mieux qu’elle le pouvait. D’une voix hasardeuse, elle ajouta :

« Et… qu’est-ce que vous y faites ?  »

Dallan était certain de perdre Abigail avec la vérité. Elle était une Moldue. « Langue-de-plomb » et « département des Mystères » étaient des termes bien trop vagues et lugubres pour qu’elle en saisisse le sens profond. Alors Dallan se rongea les méninges en quête d’une définition compréhensible et surtout, bien moins effrayante.

« Disons que je mène des recherches aux sources de la magie pour… et bien, pour permettre aux sorciers de mieux s’en servir, répondit-il en se frottant la nuque du plat de la main, incertain quant à la compréhension de sa formulation. »

Abigail le regarda, les yeux plissés.

« Ah… vous êtes un genre de scientifique, en fait ? l’interrogea-t-elle, inconsciente du fait qu’il ne connaissait pas plus ce terme, qu’elle celui de langue-de-plomb. »

« Un… scien… tastique ? »

« Euh non… non-non, un scien-ti-fique… ou un chercheur si vous préférez ! OK, vous ne voyez pas de quoi je parle… laissez tomber, ce n’est pas grave. »

Dallan se sentit pris en étau par son ignorance. Il avait l’impression d’entendre une langue étrangère pour la première fois. L’inconfort de sa position lui était totalement étrangère. Il n’était pas dans son habitude de ne pas comprendre quelque chose, et les rares fois où ça se produisait, il savait instinctivement où chercher. Mais dans le monde si curieux des Moldus, il évoluait en terre inconnue.

« Non, je vous en prie, expliquez-moi ! s’emporta-t-il en prenant la main d’Abigail entre les siennes. »

« CHUT ! répliqua-t-elle, un doigt sur la bouche. »

Les yeux fuyants, elle se défit de son étreinte, le prit par le bras, et l’emmena de force dans la pièce principale où elle le planta sur place.

« Vous êtes vraiment un drôle d’oiseau, monsieur Blackwave, dit-elle sèchement avant de sourire en croisant son regard hébété. »

Elle soupira en secouant la tête.

« Je dois m’occuper de ma sœur pour le moment. Mais maintenant que vous avez fait miroiter votre retour prochain à mon neveu, gardez-vous de le décevoir… annonça-t-elle en faisant un pas vers lui. Ou je fends votre belle gueule en deux. »

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-1


Les bruits de la ville se réduisaient à un chant lointain dès lors qu’on prenait un peu de hauteur. Assis sur le parapet du toit, au sommet de l’immeuble qui gardait en son sein Peter, Abigail et Judith, Dallan releva le col de mon manteau en fourrure pour prémunir sa nuque des assauts répétés du vent glacial. Le monde qui s’étendait devant ses yeux n’était qu’un océan paisible d’obscurité sur lequel flottait une armada de cadrans, blancs ou dorés selon l’intensité de la lumière qui brillait à chaque fenêtre de la gigantesque New York. Un maillage de lumière et de noirceur au coeur duquel vivait l’une des communautés sorcières les plus étranges du monde. Dallan détourna la tête pour s’intéresser à l’un de ses plus éminents représentants en entendant un ronronnement sur sa droite : un chat noir aux yeux ambrés. Dallan hocha la tête pour saluer cette étrangeté de la nature, fruit de la folie d’un homme qui n’avait pas su accepter la mort lente de son ancienne enveloppe charnelle.

Le chat noir s’assit sur ses pattes arrière, comme la parfaite représentation d’un animal sacré de l’ancienne Egypte.

« Monsieur Thornton, salua Dallan. »

« Monsieur Blackwave, répondit le chat d’une voix à mi-chemin entre la voix grave d’un homme et le feulement d’un félin. Nuit fraîche, n’est-il pas ? »

Dallan maintint son regard braqué sur le chat ; l’âme de l’ex-directeur du Département des Secrets du MACUSA avait beau l’habiter, il avait du mal à voir autre chose qu’un chat. La couardise humaine n’avait vraisemblablement aucune limite, songea Dallan.

« Quel est votre verdict au sujet de l’enfant ? »

Pour s’être préparé à cette question, Dallan s’y était préparé. Après tout, c’était sur l’invitation de cette personnalité controversée de la haute société magique américaine qu’il avait embarqué pour New York afin de rencontrer l’enfant exceptionnel dont il n’avait cessé de vanter les particularités dans ses lettres. Pour autant, Dallan éprouvait désormais une réelle réticence à livrer son analyse. D’une certaine façon, il se sentait lié au destin de Peter. Il ne pouvait supporter l’idée qu’un mal lui soit fait.

« Allons, monsieur Blackwave, ne me dîtes pas que le brillant concepteur d’artéfacts magiques que vous êtes n’a pas réussi à se faire un avis sur la question, insista le chat. Je ne vous croirai pas. »

Dallan se sentait piégé, mais il fit mine de se détendre en souriant à son interlocuteur. Sa marge de manoeuvre était très resserrée, il en était conscient, mais il subsistait un espoir que les choses se finissent correctement. Il lui fallait pour cela interpréter le rôle de sa vie.

« Le petit est un Horcruxe, déclara-t-il. C’est une certitude. Vous le saviez ? »

Le chat restait immobile.

« Ce n’était qu’une de mes hypothèses. C’est pourquoi je vous ai fait venir à New York. Cette magie pouvait me fourvoyer, mais pas Dallan Blackwave. Pas l’homme qui a percé le mystère du Mausolée d’Herpo l’Infâme. »

Dallan n’était pas sensible aux flagorneries, mais il inclina la tête pour le faire croire.

« Que comptez-vous faire de lui ? »

« Cette information est classée secret magique, je suis navré, répondit le chat. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il est mon billet de retour pour le MACUSA. »

Il n’en fallut guère plus à Dallan pour prendre la plus grande décision de sa vie : celle d’extraire les Williams des Etat-Unis.

Il n’imaginait pas encore à ce moment-là qu’il épouserait Abigail et adopterait Peter quelques mois plus tard.

[FIN]