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 Angleterre  Jalousie  Solo 

Décembre 2042



Assise dans l'un des moelleux fauteuils du salon, j'observai fixement les petites aiguilles de l'horloge tourner. J'avais rendez vous dix minutes plus tard avec Lucy et Neil, mes deux amis d'enfance. Je ne les avais pas revus depuis le début de l'année scolaire, et ils m'avaient manqués. Ils m'avaient écrit plusieurs fois, en passant par mes parents, mais ça n'était pas pareil. Nous avions donc profité de mon retour à la maison à Noël pour nous revoir. Dans son dernier hibou, Lucy m'avait annoncé qu'une surprise m'attendrait lorsque l'on se reverrait, et j'avais hâte de savoir ce que c'était. 
La grand aiguille atteignit le 25, et je bondis du fauteuil. J'enfilai rapidement mes bottes et ma doudoune avant d'ouvrir la porte.


- J'y vais ! A tout à l'heure !

Je fermai rapidement la porte derrière moi, pour ne pas refroidir la maison, et me dirigeai rapidement vers le parc. La neige craquait sous mes pieds et des petits nuages blancs s'échappaient de ma bouche lorsque je respirais. En frissonnant, je sortis mon bonnet de ma poche, un joli bonnet noir en laine, surmonté d'un pompom, que j'avais reçu à Noël. Je marchai quelques minutes dans les rues désertes et gelées, recouvertes d'une couche de neige encore immaculée. En poussant le portillon du parc, je remarquai immédiatement les deux silhouettes de mes meilleurs amis, assis sur un banc déneigé, plongés en pleine discussion. Je m'approchai rapidement et leurs visages se tournèrent dans ma direction. Lucy se leva rapidement et couru vers moi.

- Solwen !

J'eus à peine le temps d'ouvrir les bras qu'elle se jeta sur moi, manquant de nous faire basculer en arrière. Je la serrai contre moi, heureuse de la revoir. Neil s'approcha plus lentement, les mains dans les poches, mais un énorme sourire lui fendait le visage. Lucy s'écarta pour me laisser lui faire la bise.

- Salut petite chose ! Comment tu vas depuis le temps ?

Neil n'avait jamais eu aucun respect avec ma taille. J'avais toujours été plus petite que la moyenne, mais cela ne m'avait jamais vraiment dérangée. Ça me permettait d'être plus discrète et ça me convenait parfaitement. Contrairement à moi, Neil avait toujours été grand et s'en ventait à qui voulait l'entendre.

- Ça va super, et vous ?

Lucy s'approcha plus de moi et prit un air triste.

- Tu nous as manqué...

Si seulement elle savait à quel point c'était réciproque... pas un seul jour n'avait passé sans que je pense à eux, sans que je ne guette un hibou de leur part. Qu'est ce que je n'aurais pas donné pour qu'ils puissent venir à Poudlard avec moi ?

- Vous m'avez manqué aussi. Mais il reste encore plus d'une semaine de vacances !

Et je comptais bien en profiter à fond. Je pris le temps d'observer un peu mieux mes deux amis. Neil était celui qui avait le plus changé en quatre moi. Ses cheveux noirs comme la nuit avaient poussés et étaient savamment coiffés/décoiffés avec du gel. Il avait aussi pris plusieurs centimètres et me dépassait maintenant d'une bonne tête. Ses yeux bleu-gris avaient toujours cette petite touche d'espièglerie qui le définissait si bien. Lucy, elle, était toujours fidèle à elle même. Elle avait légèrement raccourci ses beaux cheveux blonds bouclés, qui lui arrivaient maintenant au milieu du dos, mais elle arborait toujours ce joli sourire qui se reflétait jusque dans ses yeux couleur émeraude. Elle avait toujours été très jolie, mais ne s'en était jamais ventée, bien trop timide pour ça.
Lucy me tira soudain par la main pour m'emmener vers le banc qu'ils venaient de quitter.


- Ta surprise devrait arriver d'une minute à l'autre !

Elle avait l'air toute excitée à l'idée de me la montrer et je me laissai guider, un grand sourire sur les lèvres. Lucy s'assit à mes côtés, les mains sous les cuisses et ses jambes se balançant doucement. Neil nous suivit et se laissa tomber plus qu'autre chose à ma gauche tandis que son regard se perdit vers l'entrée du parc. Mon amie pointa soudain du doigt l'endroit que Neil observait fixement depuis quelques instants.

- Ah ! La voilà !

Mon regard tourna immédiatement en direction du portail, qui grinça au même moment.
Dernière modification par Solwen Estendle le 30 avril 2018, 20 h 47, modifié 2 fois.

"J'ai souvent mes écouteurs dans les oreilles. C'est pas parce que je suis asociale. C'est parce que je cherche à étouffer mes pensées en me noyant dans la musique"

 Angleterre  Jalousie  Solo 

Une silhouette cachée sous un grand manteau poussa le portail et entra dans le parc. Lorsqu'elle se tourna dans notre direction, je vis qu'il s'agissait une fille. Très jolie qui plus est, de ce que j'en voyais pour l'instant en tout cas. Très grande bien que pas plus âgée que moi, ses cheveux auburn bouclés aux épaules. Elle fit quelques pas vers le banc où nous étions assis tous les trois, au moment où Lucy me tira par la main pour que je la suive. Vers cette fille. Vers cette parfaite inconnue. Je n'aimais pas ça. Pas du tout. Je n'appréciais pas de parler aux gens que je ne connaissais pas et encore moins que l'on m'y force. Et Lucy le savait très bien, depuis le temps que nous nous connaissions. Et pourtant elle me tirait vers l'inconnue, jusqu'à ce que je ne sois plus qu'à une longueur de bras de cette fille. Neil nous avait suivies et il fut presque tout de suite à mes côtés. D'un coup, Lucy me lâcha la main, et posa ses lèvres sur la joue de cette fille qui souriait de toutes ses dents. A ce moment-là, mon cœur rata un battement. Lucy, telle que je la connaissais, n'avait jamais aimé faire la bise. Je ne l'avais d'ailleurs jamais vu la faire à quelqu'un d'autre qu'à Neil et à moi, voire à sa famille. Qui était cette fille pour avoir le droit à cette faveur ? Quand Neil s'approcha à son tour d'elle pour reproduire le même geste que Lucy quelques secondes auparavant, j'eus l'impression que le temps ralentissait, que j'étais loin d'eux, à l'écart. Ils avaient l'air heureux d'être là tous les trois. Et moi je me demandais ce qui avait bien pu se passer pendant mes quelques mois d'absence pour que cette fille ait le droit de venir nous voir alors que nous étions tranquillement tous les trois. Puis je me revis lisant la lettre de mon amie "On te réserve une surprise à ton retour". Mon cœur sombra encore plus profond. Et si Elle ne s'était pas incrustée dans nos retrouvailles ? Et si c'était Elle la surprise ? Est-ce que Lucy avait sincèrement pensé que ça me ferait plaisir de la rencontrer ? C'était affreusement égoïste mais à ce moment-là, non. J'aurais voulu passer la matinée uniquement avec eux deux. Pas avec elle, dont je ne connaissais pas le nom. *Solwen, tu te rends compte de ce que tu penses ?* Oui je m'en rendais compte, et ça ne faisait même pas cinq minutes que cette fille avait débarqué dans ma vie que je voulais déjà qu'elle en sorte. Je m'en voulais horriblement de penser de cette manière, c'était injuste de ma part, et je le savais. Alors pourquoi est-ce que je n'arrivais pas à me débarrasser de ce sentiment ? Pourquoi est-ce que je n'arrivais pas à sourire à cette inconnue, ni à me concentrer sur ce qu'ils étaient en train de dire ? Il y avait comme une sorte de mur entre nous, comme si nous étions dans deux mondes différents. Ils discutaient tous les trois avec animation. Sans moi. *C'est de ta faute Solwen, si tu disais quelque chose au lieu de rester plantée là dans la neige complètement muette, peut être que vous seriez en train de discuter à quatre* Je savais que ma conscience avait raison, et c'était bien ça le pire. Mais je ne fis rien pour autant.
Ce fut finalement Neil qui se rendit compte que je n'avais toujours rien dit depuis l'arrivée de cette fille. Il brisa la glace et entama les présentations.

- Solwen, je te présente Catheryn. Cath, voici Solwen.

L'inconnue, plus si inconnue que ça puisque je connaissais maintenant son prénom, m'offrit un petit sourire timide et me tendit la main. Plus par politesse qu'autre chose je la lui serrais avant de mettre les miennes dans les poches de mon manteau. J'avais ressentis un gros pincement au cœur quand Neil avait fait usage de son surnom. Le mien par contre tchao, il était passé à la trappe. Neil me surnommait de différentes manières, j'avais le droit à "mini chose", "petite chose" ou "Sol", mais il ne m'appelait que très rarement par mon prénom entier. Et là, en quelques secondes, il l'avait fait deux fois. J'avais l'impression que tout s'écroulait peu à peu. Est-ce que le fait que je sois partie étudier ailleurs allait changer notre relation ? Nous nous étions pourtant promis que non, et je recevais régulièrement du courrier de leur part, auquel je répondais à chaque fois. Mais là, en face à face après plusieurs mois passé loin d'eux, j'avais l'impression que ça n'était plus pareil, et c'était affreux.
Lucy m'expliqua ensuite qu'ils avaient rencontré leur nouvelle amie au collège, avec laquelle ils s'étaient rapidement bien entendus. C'était tellement douloureux à entendre. J'avais l'impression d'avoir été comme… remplacée. Je me détestais de penser comme ça, ils avaient eux aussi le droit de se faire de nouveaux amis. C'était pas comme si je m'étais privée de tisser des liens avec d'autres à Poudlard. Mais moi je ne leur avais pas présenté Lyn. En tout cas pas pour l'instant. Parce que je ne m'en sentais pas encore prête, je voulais leur en parler avant, leur faire comprendre qu'il était important pour moi qu'ils la rencontrent. Mais jamais au grand jamais je ne l'aurais amenée, sans être certaine qu'ils veuillent la voir. J'aurais au moins aimé qu'ils me parlent de Catheryn avant de me forcer à la rencontrer.
Je me sentais trahie. Ils étaient là à rire tous les trois, et moi je voulais juste qu'elle s'en aille. Le pire, c'était qu'ils ne se rendaient même pas compte que je ne parlais pas avec eux. J'avais envie de pleurer. Mon nez me brulait, ma vision se brouillait. Non, je ne pleurerais pas, je ne voulais pas pleurer. Pas devant Elle. Pourtant, mes larmes manquaient de déborder de mes yeux. Lutter contre les larmes faisait partie des choses qui m'étaient le plus difficiles, mais là je n'avais pas le choix. Je refusais de craquer devant cette inconnue. Lui montrer que je ne voulais pas d'Elle, et puis quoi encore ? Je n'étais pas comme ça. J'allais me forcer à l'apprécier. C'était la seule solution. Me forcer à voir ses bons côtés, me forcer à faire sa connaissance. Je devais pouvoir réussir à l'apprécier non ? Lucy et Neil l'aimaient bien eux, donc pourquoi pas moi ? Je ne m'étais encore jamais forcée à aimer quelqu'un, je n'aimais pas le principe. Mais je n'avais pas le choix. Je ne pouvais pas continuer à la détester juste parce qu'elle approchait mes amis. Elle en avait le droit. Je n'étais personne pour l'en empêcher après tout. Pourquoi est-ce que je réagissais comme ça, mais pourquoi ? Je ne la connaissais même pas. Ça ne me ressemblait pas, je ne me reconnaissais pas. Depuis quand étais-je jalouse d'une inconnue ? ... Oh ! Alors c'était ça. J'étais jalouse. Sérieusement ? Mais de quoi étais-je jalouse concrètement ? Qu'elle s'entende bien avec mes amis ? C'était débile, puérile, je pensais avoir dépassé ce stade depuis longtemps ! Mais non, apparemment non.
Pendant que je luttais intérieurement, les autres continuaient à discuter, des cours, de rumeurs sur d'autres élèves, de fêtes. Puis ils proposèrent que nous allions boire quelque chose tous les quatre. Ils se tournèrent vers moi, comme pour connaître mon avis. Je hochai doucement la tête, incapable de parler, et ils commencèrent à se diriger vers le portillon. Je les suivis, légèrement derrière eux. Neil se retourna, puis ralentit pour se retrouver à ma hauteur. Se penchant vers moi, il se mit à chuchoter pour que les filles devant nous n'entendent pas, et je l'en remerciai intérieurement.

- Sol, qu'est ce qui va pas ?

Sa question me soulagea. Il m'avait appelé par mon surnom cette fois, et il avait remarqué que quelque chose n'allait pas. Mais que devais-je répondre ? Comment pouvais-je expliquer ce que je ressentais, alors que je ne comprenais pas moi-même ? Et surtout, comment aurait-il prit ma déclaration ? Il n'aurait certainement pas apprécié que je juge son amie uniquement sur ce que je voyais. Je ne pouvais pas lui confier la vérité, c'était impossible.

- Rien, tout va bien Neil, ne t'inquiète pas.

Fantastique, je venais de mentir à mon meilleur ami. Pire, ça ne m'avait pas été plus difficile que de respirer. Qu'est ce qui n'allait pas chez moi ?
Il haussa les épaules, fourra ses mains dans ses poches et continua à avancer à mes côtés. Il se doutait de quelque chose, ça se voyait. Mais je ne pouvais pas lui confier la vérité. Pas maintenant. Je n'avais pas encore essayé de faire disparaître cet injuste sentiment. Je devais y arriver.

"J'ai souvent mes écouteurs dans les oreilles. C'est pas parce que je suis asociale. C'est parce que je cherche à étouffer mes pensées en me noyant dans la musique"

 Angleterre  Jalousie  Solo 

Nous marchions depuis quelques minutes seulement quand nous nous sommes arrêtés devant une adorable boutique. Notre salon de thé favori. Nous nous y rendions souvent, c'était notre endroit préféré pour nous retrouver pour discuter après les cours, lorsque le temps n'était pas au rendez-vous. La patronne était une amie de ma mère, elle gardait donc gentiment un œil sur nous quand nous y étions. C'était un peu notre repère à nous, on y allait toujours tous les trois. Il ne me serait jamais venu à l'idée d'y aller uniquement avec Lucy, ou avec Neil. Mais apparemment ça n'était pas réciproque. Catheryn rentra la première, sans hésitation, et se dirigea vers une des tables du fond, en saluant au passage la patronne de la tête. Elle n'allait pas s'asseoir à notre table quand même ? Et bah si, ça n'avait pas loupé. Elle avait pris place à une mignonne petite table ronde de quatre places, un peu à l'écart, près d'une fenêtre. C'était celle que nous prenions à chaque fois avant. Parce que c'était de loin la meilleure. Nous ne nous étions jamais installés ailleurs. Je n'en revenais pas, ils avaient tout partagé avec elle ! Le salon de thé, notre table… Je pensais qu'ils étaient sacrés, qu'ils représentaient notre amitié, que personne d'autre n'y auraient accès. Mais visiblement, ils n'y accordaient pas la même importance que moi. A moins que cette fille soit tellement importante qu'elle ait le droit d'être intégrée à tout ce qui nous représentait nous trois. Peut-être pensaient-ils que le "nous trois" pourrait se changer en "nous quatre" ? Ahah ! Pas avec moi, en tout cas pas tout de suite. Laissez-moi du temps, merde ! Je ne pouvais pas lui faire une place comme ça, alors qu'elle me prenait tout, qu'elle me remplaçait, après seulement quelques mois d'absence. J'allais faire des efforts pour qu'on devienne "amies", ou du moins ce qui s'en rapprochait le plus. Parce que je ne pouvais pas me forcer à devenir son amie, je ne pensais pas que ça soit possible. Ce serait bien trop simple si on pouvait décider d'avec qui on se nouait d'amitié. Mais ce que je pouvais faire par contre, c'était de l'accepter, d'accepter sa présence, d'accepter de devoir partager Lucy et Neil avec elle, d'accepter que maintenant on ne serait probablement plus jamais tous les trois. Juste tous les trois.

Pendant que j'étais plongée dans mes sombres réflexions, ils s'étaient tous les trois assis et commençaient à réfléchir à ce qu'ils allaient prendre. Neil me sortit de mes pensées en me demandant ce que je voulais boire. Je commandai un thé à la vanille, comme à chaque fois, puis tirai une chaise pour m'asseoir avant de concentrer mon regard sur la fenêtre. La neige s'était remise à tomber c'était vraiment beau. Tout était calme en ville. En même temps, entre le froid et les rues enneigées, on était mieux au chaud chez soit avec un chocolat chaud. J'aurais été mieux chez moi avec un chocolat chaud. Ce devait être la première fois de ma vie que j'aurais préféré être loin d'eux. Depuis quatre mois j'attendais ce moment avec impatience, mourant d'envie de les retrouver tous les deux, de pouvoir de nouveau papoter et les serrer contre moi. Et tout ça pour ça... Je ne réagis même pas quand la serveuse posa mon thé devant moi. J'écoutais distraitement les voix des trois assis à mes côtés, qui discutaient joyeusement, et, derrière, masquée par le bruit des conversations et de la vaisselle, l'une des chansons du moment diffusée par les hauts parleurs de la boutique, en bruit de fond. Je me concentrai sur la voix du chanteur, les notes du piano, jusqu'à effacer tous les autres sons. Mes yeux regardaient sans les voir les flocons immaculés qui tombaient par la fenêtre. Peu à peu, je me mis à agiter la tête en rythme sur la musique que je devais être la seule à entendre. Un petit coup de coude dans mes côtes me tira de ma concentration, et tous les sons que j'avais chassés affluèrent de nouveau dans mes oreilles. Je me tournais vers le propriétaire du coude. Neil. Il me jetait un regard inquiet, le sourcil de droite relevé, interrogateur. Je secouai la tête, puis attrapai ma tasse fumante. Son contact avec mes paumes me réchauffa immédiatement. J'essayais de me concentrer sur la conversation que menait Catheryn et Lucy tout en sirotant mon thé, mais je ne parvenais pas à comprendre ce qu'elles racontaient. Tant pis. Je fis semblant d'écouter, espérant que Neil cesserait de me regarder aussi fixement si je montrais des signes d'intérêt. Mais si suivre une conversation à laquelle on n'appartenait pas n'était pas intéressant, faire semblant de la suivre était encore pire. C'était barbant à souhait. Je ne me souvenais pas de m'être jamais ennuyée pendant que j'étais avec Lucy et Neil. Aujourd’hui était décidément le jour des premières fois. Juste au dessus de la tête de mon amie, je remarquais une jolie horloge d'un joli violet rose. J'avais complètement oublié sa présence ! Selon les aiguilles, j'étais sortie de chez moi même pas une heure plus tôt. J'aurais parié sur bien plus. Combien de temps devais-je rester pour ne pas donner l'impression d'être impolie en partant ? *Allez tu tiens encore cinq minutes, et après tu dis que tu rentres manger*  Ce qui n'était pas totalement faux, il était déjà presque midi et demi et j'avais dit à Maman que je rentrerais manger à la maison.
Elles étaient longues ces cinq minutes non ? L'aiguille des secondes semblait avancer à la vitesse d'un escargot. Impossible que ça soit vraiment des secondes ça si ? *Un Mississippi. Deux Mississippi. Trois Mississippi. Ah bah si c'est bien des secondes. Tain c'est long* Mais qu'est ce que je faisais ? J'étais sérieusement en train de compter le temps qui me restait avant de pouvoir partir ? Mais qu'est ce qui n'allait pas chez moi concrètement ? A quel moment je m'étais dit que la seule présence de Catheryn pouvait gâcher un moment avec mes amis ? J'avais vraiment un problème. N'y tenant plus, je me levai, laissant ma tasse à peine entamée sur la table. Je sortis rapidement mon porte-monnaie histoire de payer ma part. Les trois me regardaient avec effarement. Il faut dire que pour moi qui était timide et discrète d'habitude, j'avais fait pas mal de bruit, et j'étais loin d'avoir été délicate quand j'avais posé le billet sur la table.

- Je vous laisse, il faut que j'y aille. Mes parents m'attendent pour manger.

Sans attendre leur réponse, je tournai les talons, emportant mon manteau. Je poussai la porte de la boutique, et me précipitai dehors. L'air froid me fit du bien. Je me dépêchai de m'habiller et d'enfoncer mon bonnet sur mes oreilles, avant de partir à grandes enjambées vers la maison. Les flocons me glaçaient le visage, mais je m'en fichais, trop occupée que j'étais à lutter contre les larmes que je retenais depuis bien trop longtemps. Je refusais de craquer en pleine rue, mais c'était de plus en plus difficile de me retenir. Ma vue se brouillait peu à peu, et j'avais de plus en plus de mal à respirer à cause de la boule dans ma gorge qui m'étouffait. Tous les sons de la ville étaient étouffés par la neige, mais j'entendis distinctement des bruits de pas derrière moi. Des bruits de course en fait, vu leur rapidité. J'accélérais. Je savais exactement qui était derrière moi et je ne voulais pas lui parler.

- Sol ! Attends moi !

*Non Neil, je ne veux pas t'attendre* Mais je savais qu'il me rattraperais bientôt. Il avait de bien plus longues jambes que moi, et il allait bien plus vite en courant que moi en marchant. Ça ne servait à rien de me dépêcher. Je le savais. Alors j'arrêtai. Brutalement. Je restais dos à lui, attendant qu'il me rejoigne. Je voulais juste lui dire de laisser tomber et de partir retrouver les autres. Je ne voulais pas qu'il me voit comme ça, les yeux pleins de larmes. Non pas qu'il ne m'ait jamais vue pleurer, je pense que ça lui était arrivé assez régulièrement, plus de fois que Lucy même, mais il ne m'avait jamais vue en larmes pour une raison aussi puérile. Je l'entendis s'arrêter juste derrière moi.

- Tu m'inquiètes, qu'est ce qui ne va pas ?

*Rien, laisse moi tranquille.* C'était ce que j'aurais voulu lui dire. J'aurais voulu lui dire de se casser, de retourner voir les autres et de me laisser seule, mais ça aurait été injuste et méchant. Parce qu'au fond de moi c'était pas vraiment ce que je voulais dire. Le simple fait de réaliser que je l'avais vraiment pensé, ne serait-ce qu'une seconde, suffit à me faire craquer. Je ne pus retenir le sanglot qui m'échappa. Immédiatement, dans l'espoir d'étouffer les autres, je plantais mes ongles dans mes paumes, espérant que la douleur suffirait à chasser les larmes. Mais au contraire. Je sentis la première qui m'échappa rouler sur ma joue, jusqu'au creux de mon cou. Je vis Neil me contourner, jusqu'à se retrouver face à moi.

- Sol...

Je baissai le regard vers mes pieds, honteuse de me montrer dans cet état. Je tripotais mes doigts, enfonçant mes ongles dans ma peau dans l'espoir que je réussisse à lever les yeux vers lui pour soutenir son regard. Peine perdue. Je le sentis s'avancer vers moi, puis me prendre dans ses bras. Sa gentillesse et son contact firent fondre mes barrières comme neige au soleil. J'éclatai en sanglot. Je sentais les larmes ruisseler sur mes joues. Mais étonnamment, ça me fit un bien fou. J'avais complètement craqué, je me sentais dégoûtée de moi même, mais savoir Neil près de moi, occupé à me murmurer des "Chut" et des "Tout va bien" tout en me tapotant maladroitement la tête me rassura. Tout n'était pas perdu. Il avait compris que je n'aimais pas Catheryn, j'en étais certaine, mais il était quand même venu pour me réconforter. J'avais été bête, tellement bête... 
Quand enfin mes sanglots s'espacèrent, je m'éloignai de mon meilleur ami pour attraper un mouchoir dans ma poche. Après m'être mouchée et essuyée le visage, je relevai enfin la tête vers lui, et lui adressai un timide sourire. Un peu triste peut être, et certainement pas le plus joli vu que mon visage devait être rouge, mais un sourire quand même. 

- Merci...

Au final, j'étais vraiment contente qu'il soit venu me rattraper. Je savais que sinon je n'aurais pas réussi à me calmer seule, et je voyais mal comment j'aurais pu expliquer à mes parents que je sois rentrée en larmes alors que j'attendais ce moment depuis une éternité. 

- Pas de soucis. Je sais que t'en as pas forcément envie là tout de suite, mais si jamais tu veux parler de ce qui va pas, je suis là hein. Je te jugerais pas tu sais. Fin si tu veux pas, je respecterais ton silence, y a pas de soucis

*Je sais Neil. Je sais* Je me contentai d'un petit hochement de la tête, incapable de parler sous l'émotion qui me serrait encore la gorge. Ses mots m'avaient fait du bien. Je pris son bras, et on se dirigea vers ma maison. Il garda le silence, et je lui en fus reconnaissante. J'avais besoin d'un moment de calme. 
Arrivés devant le pas de ma porte, je le remerciais une nouvelle fois, avant de me hisser sur la pointe des pieds pour poser un bisou sur sa joue. Il me sourit, avant de s'éloigner, repartant de l'endroit d'où nous venions, probablement pour aller retrouver les filles. Mais à ce moment là, Catheryn avait quittée mes pensées. J'avais encore mal à la tête à cause de ma crise de larmes, mais ce petit moment de complicité avec Neil m'avait fait du bien, et je me sentais un peu mieux. En entrant, je me débarrassai rapidement de mon manteau, avant de me diriger vers la cuisine pour embrasser Maman. Elle me demanda si tout c'était bien passé. Je lui répondis que oui, mais j'étais certaine qu'elle avait vu que non. Quand je m'étais regardée dans le miroir de l'entrée, à peine deux minutes plus tôt, j'avais encore les joues et les yeux rouges. Mais elle ne fit aucun commentaire, et retourna à ce qu'elle faisait avant mon arrivée. Je tirai une chaise de sous la table et je m'y laissais tomber, la tête dans les mains.
*Faudrait que j'aille m'excuser*

Fin

"J'ai souvent mes écouteurs dans les oreilles. C'est pas parce que je suis asociale. C'est parce que je cherche à étouffer mes pensées en me noyant dans la musique"