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 RPG+   Islande  Un drakkar et quelques runes

Juillet 2040 - Reykjavík, Islande

Haakon Solberg se trouvait à bord d’un ferry, quelque part entre les Îles Féroé et l’Islande. Seul, dans le salon du pont supérieur, alors que la plupart des passagers dormaient encore, il s’installa au comptoir et commanda un café double ainsi qu’une brioche à la cannelle. Il ouvrit ensuite le dernier numéro du Fantôme de New York, dont il avait ensorcelé les pages, par mesure de précaution. La qualification de l’équipe de Quidditch américaine en demi-finale de la Coupe du Monde faisait évidemment la une, tandis que les pages suivantes revenaient sur les élections britanniques remportées par Arseni Stoyanov et la nomination de Kristen Loewy à la direction de Poudlard. Après toutes ces années, Haakon n’était guère surpris de constater à quel point les événements de la société sorcière britannique pouvaient faire parler d’eux outre-Atlantique, d’autant qu’il s’agissait là d’événements majeurs à l’échelle du monde magique.

« Monsieur, nous arrivons bientôt à destination » lui annonça l’un des serveurs, en déposant l’addition.

Acquiesçant d’un signe de tête, le Norvégien paya ce qu’il venait de consommer, avec de l’argent moldu qu’il n’avait plus l’habitude d’utiliser. Il quitta le salon et se dirigea vers sa cabine personnelle, où il devait récupérer ses valises et surtout Dandelion, le chiot malinois qu’il venait d’adopter en Norvège, et qui l’avait empêché d’utiliser les moyens de transports magiques. Le jeune chien, qui devait son surnom à la couleur ambrée – presque dorée – si particulière de ses yeux, était selon toute vraisemblance habitué à la magie depuis plusieurs générations. Ce n’était pas encore le moment d’y penser, mais Haakon se demandait sérieusement s’il parviendrait à transplaner avec son nouveau compagnon de voyage. L’arrivée à Reykjavík marquait, en effet, la fin d’un long périple ; il ne pourrait pas se permettre d’utiliser les transports moldus à chaque fois, lui qui se déplaçait sans cesse aux quatre coins du monde.

Cela faisait exactement deux ans qu’il avait quitté son poste au Congrès Magique des États-Unis, pour se consacrer à l’exploration du monde magique. En tant qu’explorateur-reporter, Haakon travaillait désormais pour la Société Américaine des Explorateurs Sorciers, une confrérie regroupant des géographes, historiens et anthropologues, tous spécialistes des sociétés sorcières. Il était chargé de réaliser des reportages pour une revue scientifique nommée Atlas, de longues enquêtes qui l’obligeaient régulièrement à traverser les mers et les continents. Cette fois-ci, il s’intéressait à la petite communauté sorcière islandaise, quelque peu isolée au milieu de l’Atlantique Nord. Comment vivaient les sorciers islandais aujourd'hui ? Combien étaient-ils ? Où les jeunes sorciers de l'île faisaient-ils leur scolarité ? Voilà quelques unes des nombreuses questions auxquelles Haakon tenterait de répondre pendant son séjour. Il avait déjà des chiffres, mais il souhaitait rencontrer ces gens, recueillir leurs témoignages.

Lorsque le ferry arriva enfin au port de Reykjavík, le Norvégien déposa rapidement ses bagages à l’hôtel, avant de partir à la découverte de la capitale islandaise. Son dernier voyage en Islande datant de plusieurs années, il lui semblait logique de commencer par le Musée National, afin de se remettre en mémoire l’histoire et la culture du pays. En pénétrant dans l’imposant édifice à l’architecture austère, Haakon espérait ne pas y passer trop de temps, mais après deux heures de visite, il devait admettre que le musée se révélait plus intéressant que dans ses souvenirs, à tel point qu’il y passerait probablement la journée entière. Il était fasciné par les anciens objets du quotidien, les meubles, les vêtements et les habitations reconstituées, dont les motifs – décors en bois sculpté et broderies – évoquaient indéniablement la culture scandinave de l’Islande, culturellement rattachée à l’Europe, même si d’un point de vue géographique l’île se situait davantage vers le continent nord-américain.

Finalement, Haakon arriva dans l’une des salles principales du musée, où était exposé un somptueux drakkar. Comme il y avait assez peu de visiteurs, il en profita pour se reposer un instant, sur une confortable banquette ; Dandelion, qui dormait toujours, devenait un peu lourd à porter. Le Norvégien observa alors les innombrables motifs sculptés sur la coque du navire viking, et surtout la splendide tête de dragon qui lui servait de proue. L’art scandinave lui était familier, mais cela l’émerveillait toujours autant. Pourtant, ce jour-là, son attention se porta sur la jeune femme brune assise à côté de lui. Haakon ne comprit pas immédiatement pourquoi, avant que l’évidence ne lui saute aux yeux : sa voisine était en train de prendre des notes, en écriture runique. Il n’avait pas imaginé qu’il entrerait si facilement en contact avec la communauté sorcière islandaise.

« Votre graphie est remarquable, lui dit-il. Seriez-vous une spécialiste des runes ? »

« Les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté. »

 RPG+   Islande  Un drakkar et quelques runes

Cela faisait maintenant un an qu’Ambroise avait foulé le sol islandais. Simplement munie d’un peu d’argent moldu ainsi qu’une valise comprenant quelques vêtements. Inutile de s’encombrer inutilement, son but n’était en aucun cas d’effectuer un défilé de mode, mais, tout simplement faire des recherches. Elle aurait pu les faire nue, mais, disons que la vie en société ne lui permettait pas… Et il faisait relativement froid, malgré des températures positives en cette période.

Son année avait été riche en émotions. Remplie de découvertes. Tant humaines que personnelles. Ses yeux brillaient encore du fait de son émerveillement. Un an a parcourir une bonne partie de l’île. Cheval. Voiture. Bus. Tous les moyens étaient bons pour se déplacer. Ainsi, elle avait pu découvrir de nombreux lieux. Varmahlíð et sa beauté naturelle. Stykkisholmur et ses paysages volcaniques. Visiter le glacier Langjokull . Ou encore les sources thermales de Deildartunguhver. Malgré tous ces lieux sublimes, son désir de stabilité et une forte volonté de fin d’itinérance s’était tourné vers une petite ville située au sud de la capitale islandaise. Vogar. En son sein se trouvaient musées et sources chaudes. C’était également un très bon point de vue afin d’observer les aurores boréales. Loin de toutes ces lumières artificielles. Le plaisir visuel n’y était que plus grand. C’est d’ailleurs ce à quoi s’adonnait Ambroise en cette soirée de Juillet. Les coudes plantés sur le rebord de sa fenêtre de salon, ses yeux étaient rivés au loin. Vers ce phénomène lumineux qui l’impressionnait toujours autant après avoir pu l'admirer pendant tant d'années à travers les pays qu'elle avait parcourus. Bien que la période conseillée afin de les observer est située entre septembre et mars, Ambroise en avait vu hors ces périodes. C’était d’ailleurs le cas, ce soir. Le ciel était dégagé. Le temps sec. Idéal pour leurs apparitions. Après cette contemplation, Ambroise s’en alla se reposer. La journée de demain allait être longue. Notamment du fait de son trajet vers la capitale afin d’admirer la majestueuse église luthérienne, Hallgrimskirkja. La plus grande église du monde. Puis, elle continuerait sa journée en se rendant au sein du musée nationale. En effet, ses recherches n’allaient pas s’effectuer seules. Elle devait s’y mettre. Afin qu’elles avancent au mieux.

Le soleil levé, Ambroise se faufila jusqu'à un arrêt de bus afin de se rendre à Reykjavík. Son périple allait commencer. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’elle ne s’était pas rendue dans cette ville. Arrivée, elle était donc quelque peu désorientée. Et, son sens de l’orientation n’aidait en rien. Il y avait des panneaux directionnels, cependant, son niveau en islandais n’était pas assez élevé pour les comprendre. Ainsi, elle marchait. Un peu à l'aveuglette. Trouver l’église n’avait pas été compliqué, en effet, celle-ci était visible qu’importe la situation où nous nous trouvions au sein de la ville. A son pied -de l'église-, Ambroise se sentait minuscule. *Majestueux !* Après quelques notes prises, elle décida de s’atteler à la recherche du musée. Tous les chemins mènaient à Rome lui avait-on dit. Alors pourquoi pas au musée national. Après avoir tourné en rond pendant des heures, la voilà maintenant devant l’entrée. Elle n'avait pas désespéré mais, cette aventure l'avait assez fatiguée.

Le bâti était très peu agréable à première vue. Même immonde, pour être honnête. Il ressemblait étrangement à une prison moldue. Des murs ternes. Une architecture banale. Rien de bien extraordinaire en soit. Mais, l’habit ne faisait pas le moine et elle le savait. Ainsi, il fallait passer le seuil de l’entrée pour pouvoir profiter pleinement de la beauté du lieu. Ce dernier retraçait l’histoire du pays depuis l’époque des Vikings. A cette heure, le musée était noir de monde. Tous s’agglutinaient devant des oeuvres. D'ailleurs cette attroupement ressemblait étrangement à un troupeau de vaches se rendant à l'abattoir. Intéressant constat. Certes les oeuvres étaient magnifiques mais, pas au point d'y passer des heures devant une.  Enfin, tout ce qu'elle voulait c'était les voir également sans qu'il n'y ait de tête devant. *Circulez que j'y mette.* Constatant que la foule était abondante, la jeune femme se dirigea vers une salle, certes principale, mais peu occupée. Celle-ci accueillait une oeuvre des plus magnifiques : un drakkar. Ambroise était toujours autant subjuguée à sa vue. Ses yeux brillaient. Après avoir scruté la salle, elle alla s’installer alors sur une banquette située non loin du fameux bateau  D’un coup de main, elle ouvrit son sac, sortit une feuille et un crayon. Elle allait écrire de manière scripturale toutes les informations qu'elle pouvait récolter et ce, afin de paraitre la plus moldue possible. Elle gratta ainsi quelques données en écriture runique.

Les secondes, minutes et heures défilaient. C'est alors que quelqu’un s’installa à côté d’elle. La jeune femme n’y fit pas attention. Elle n’avait pas vraiment le temps à vrai dire, elle était focalisée sur ses écrits. Une voix se fit alors entendre.

« Votre graphie est remarquable. » A ces dires, Ambroise ne leva pas la tête. Cette personne parlait peut-être à quelqu’un d’autre. « Seriez-vous une spécialiste des runes ? » *Runes. J’ai bien entendu le mot « Runes ».* La jeune femme se tourna brusquement vers la personne qui venait de parler. Un homme.  Accompagné d'un chien. *Un chien. Mais que fait-il ici ? Les animaux ne sont-ils pas interdits ? Il est si mignon. J'espère qu'il mord pas.* A sa vue, Ambroise en déduit son âge, il devait sûrement être âgé d'une quarantaine d'années. *Mais qui était-il ? Comment savait-il qu'il s'agissait de runes.* Elle répondit alors en chuchotant à moitié :

« On peut dire ça comme ça. Disons que j’essaie d’être qualifiée de spécialiste. Vous êtes ? Et, cette chose, c'est ? » Dit-elle en désignant la chose poilue et remuante.

Absente tout le mois d’août.