Ailleurs…

Inscription
Connexion

 RPG ++  La Décision

Tribunal sorcier de Cardiff, 25 décembre 2038

Un jour comme les autres. On déposait trois gamins devant le tribunal. Sourires mitigés, embrassades, poignées de mains, et plus rien. La neige, juste la neige. Dans le silence le plus complet, ils gravirent aveuglément des marches, suivant une parfaite inconnue. La porte s'ouvrit devant Sam, Cole, et Logan. Une jeune femme prit la cadette par la main et l'entraîna dans le bureau, suivie de ses deux frères aînés. La pièce était grande pour un bureau. Très grande. Peut-être trop grande. Face aux trois enfants, un grand homme barbu que les années n'avaient pas épargné. Il scrutait les trois Brown en silence, regard interrogateur, assis derrière son bureau en bois massif, encadré par des centaines et des centaines de livres. Lorsque la jeune femme voulut sortir, Sam resserra son petit poignet dans la paume de l'adulte. La fillette était terrorisée. Horrifiée. Perdue. Au mur, des dizaines de regards la fixaient. Les prédécesseurs de l'homme barbu allaient et venaient dans leurs toiles, scrutant les enfants, à la fois méfiants et attendris. Elle avait peur. Dans un coin de la pièce, le feu crépitait suffisamment bruyamment pour qu'elle l'entende, et ses craintes ne faisaient que redoubler. Le monstre pouvait sortir à tout moment. Sentant la petite main de Sam contre son bras, la secrétaire s'agenouilla calmement face à la fillette.

- Tout va bien se passer. On va vous trouver une nouvelle maison. Ça va aller, tu verras. chuchota la jeune femme, attendrie par l'enfant apeurée.

Sans un mot, cette dernière hocha la tête avec hésitation, peu convaincue. Le feu dansait dans la cheminée, et elle, elle tentait d'éviter son regard. Cole et Logan s'avancèrent vers le bureau de l'homme barbu avec prudence, redoutant un quelconque danger. Pourtant, ils n'avaient rien à craindre... Si ? Ils se retournèrent, cherchant l'approbation de la secrétaire, qui leur sourit avec confiance. Cette dernière prit Sam par la main et la poussa vers le juge, une main dans le dos. On frappa à la porte. Le vieil homme fit signe à la jeune femme d'ouvrir la porte. Sur le perron, quatre personnes. Tout devant, une dame d'un certain âge. En la détaillant, Sam se remémora sa grand-mère maternelle, qui avait l'habitude de porter le même genre de vêtements. Luxueux, chics, élégants, tout en restant discrets. Quelques larmes coulèrent sur les joues de l'enfant. Après la dame venait un homme, plus jeune. La cadette Brown l'avait déjà vu le jour de l'accident. D'après l'écusson qui ornait son costume bleu marine, il faisait partie de la sécurité. S'avança ensuite un médecin. Celui-là, la fillette ne l'avait jamais vu, mais le stéthoscope qui dépassait de sa mallette lui mit la puce à l'oreille. Enfin venait un homme aux airs de corbeau, au dos voûté et au visage fermé. Lorsque tout ce petit monde fut entré, la secrétaire referma la porte et vint se placer derrière le bureau, aux côtés de l'homme à la barbe, lui salué par chaque nouveau venu d'un signe de tête. Chacun s'assit sur une des chaises mises à disposition autour du bureau de sorte à former un cercle, les trois enfants au centre. Les deux jumeaux, du haut de leurs treize ans, encadrèrent leur petite sœur d'un geste protecteur.

- Bien, nous pouvons commencer. Mesdames et Messieurs, nous sommes ici réunis aujourd'hui pour décider de l'avenir de ces trois enfants, déclara le juge.

Tous les adultes hochèrent la tête un à un en signe d'approbation. Le silence s'installait pour repartir de suite.

- Comme vous le savez sûrement, Gabrielle et William Brown sont décédés voilà trois semaines lors d'un incendie. Monsieur Harrison pouvez vous rappeler les circonstances ?

Les larmes coulèrent de plus belle sur les joues de Sam. Dans sa tête résonnaient encore les cris horrifiants de ses parent et lui glaçaient le sang. Ils ne voulaient pas partir. Ils ne voulaient pas s'en aller. Ils ne voulaient pas la laisser tranquille. Ils la suivaient partout, revenaient tout le temps. Le policier se leva et prit la parole à son tour.

- La maison Brown a pris feu il vers une heure dans la nuit du cinq au six décembre. Tous dormaient. Les enfants ont été évacués à temps, mais Mr et Mrs Brown n'ont pas pu sortir, enfermés par le brasier. A ce moment, leurs baguettes étaient restées au rez de chaussée, répondit l'homme sans aucune émotion.

Cette fois-ci, ce sont Cole et Logan qui laissèrent couler les souvenirs. Si leurs parents avaient eu leurs baguettes, ils auraient vécu. Mais ils sont morts. M o r t s. Juste morts. Il était horrible ce mot. Dégoûtant. Infect. Dégueulasse. Laid.

-
Bien. Avez vous une idée de la cause de l'accident ?

A ces mots, l'intéressé hocha la tête et jeta un regard empli de pitié aux enfants. Ils faisaient tant pitié à voir ? Tant que ça ? Il fit quelques pas en direction du juge et lui murmura quelques mots à l'oreille. Ce dernier hocha la tête, neutre. Quand l'homme eut terminé, il répéta à voix haute :

- Une simple peluche d'enfant était posée trop près de la cheminée, et a pris feu. Malheureusement, la peluche enchantée n'a pas seulement brûlé, elle a emporté la demeure et les parents Brown avec elle.
Dernière modification par Sam Brown le 13 mai 2018, 0 h 46, modifié 4 fois.

Concerto pour Sam-Sam en Fa majeur
#2F4F4F

 RPG ++  La Décision

Silence. Horrible silence. Dégoûtant silence. Ils savaient tous. Tous. Logan et Cole eux aussi. Et pourtant, elle ne voyait rien dans leur regard. Rien. Comme s'ils ne lui en voulaient pas. Pourtant... 

Cette peluche, les parents de la fillette lui avaient offerts pour son anniversaire.
Cette peluche, c'était la sienne.
Cette peluche, c'était elle qui l'avait posée auprès du monstre, de peur qu'elle ne prenne froid.
Cette peluche, c'était elle qu'elle avait donnée au monstre.
Cette peluche, c'était elle qui avait tué ses parents.

Non. Non. Ce pauvre ourson de cuir et de coton n'y était pour rien. C'était elle, Sam, qui avait causé leur mort. Elle les avait assassinés. Elle, elle, et seulement elle. Elle avait aidé le monstre. Elle était devenue un monstre. Elle avait nourri le grand monstre, il avait dévoré la maison. Elle avait nourri le grand monstre, le méchant monstre, il avait dévoré papa et maman. Autour d'elle, les adultes s'agitaient, débattaient, circulaient. On discutait, grave, verre à la main. On signait des parchemins, on serrait des mains. Elle n'y prêtait pas attention, ni à eux, ni à la vieille femme qui venait de sortir des dizaines de papiers de son sac en velours et en signer quelques uns. En temps normal, l'homme voûté aurait attisé la curiosité de la fillette, et elle aurait accouru, le questionnant sur le pourquoi du comment. Mais la situation n'avait rien de banal. Par moments, Cole et Logan hochaient la tête, paraissant de marbre, en larmes de l'intérieur. Eux aussi, les mots barbares des grands avaient atteint leurs oreilles innocentes. Sa gorge la brûlait, ses larmes étaient gelées. La cadette, banalçant entre rage, désespoir, haine, culpabilité, enfonça ses ongles au plus profond de sa paume. Le sang perla sur la moquette parfaite du bureau, gravant à jamais la tristesse d'une enfant sur le sol du Tribunal. Une, deux, trois gouttes. Un, deux, trois coups, frappa le juge, ramenant le silence dans la pièce. Sam ne retint pas ses larmes. Elle les laissa couler. Tant pis. Le vieux barbu attendit quelques secondes, et reprit la parole. 

- Bien. Mesdames et messieurs, la décision suivante a été prise : Logan Aedd Merfin, Cole Owain Siwan,  ainsi que Sam Meredith Eilwen Brown séjourneront dès aujourd'hui à l'Orphelinat sorcier de Londres, sous la protection de Mrs Wells.

La femme au sac de velours se leva et adressa un demi sourire aux enfants. Un vrai sourire. Un vrai. Pas un de ces sourires mensongers que leur avait montré la secrétaire. Pas un de ces sourires hypocrites que leur avait montré le juge. Un vrai sourire, franc et honnête, chaleureux et doux.

- Pour ce qui est de leur scolarité, Logan et Cole retourneront à Poudlard dès la fin des vacances, et Sam y accédera dès qu'elle en aura l'âge. En attendant, elle sera inscrite dès la rentrée dans l'école moldue la plus proche de l'Orphelinat. Puisse le sort vous être favorables mes enfants.

A ces mots, la fillette n'eut qu'une envie : se jeter au cou du vieux juge et l'étrangler de ses propre mains, lui faisant ravaler ses dernières paroles. Elle ne voulait pas y aller. Elle ne voulait pas partir. Elle ne voulait pas rester toute seule. Si ses frères partaient, elle serait seule. Toute seule. Sans personne. Dans un endroit qu'elle ne connaissait pas. Elle ne voulait pas. Surtout pas. Même si la vieille avait un vrai sourire, elle ne sourirait jamais comme maman et papa. Jamais. La vieille était la vielle. Et Sam ne connaissait pas la vieille. Le vieux les avait envoyés à l'autre bout du pays, chez une vieille, avec d'autres enfants, sans personne. Cole passa en silence un bras autour des épaules de sa benjamine tremblante, tentant de la rassurer. Un à un, les adultes sortirent du bureau, saluant tout à tour le vieil hypocrite assis derrière son bureau. Dans un silence de mort, la vieille femme prit la petite Sam par la main et sortit elle aussi de la pièce, faisant signe aux jumeaux de la suivre. Une fois que tous furent dans le couloir, la jeune secrétaire referma la porte. Alors qu'elle allait s'asseoir, un détail attira son attention vers le sol. Trois petites taches sombres ornaient la moquette parfaite. 
FIN

Concerto pour Sam-Sam en Fa majeur
#2F4F4F