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 RPG++   France  Le réveil (Solo)

Reducio
Ce RPG se passe lors de l'été 2042




Niché au cœur de la campagne française, un imposant manoir s’imposait en hauteur sur un domaine verdoyant. Celui-ci comprenait aussi une forêt dense dans laquelle les résidents pouvaient se promener à loisir. C’est ici que la famille Swan passait les vacances d’été 2042. Phœbe étudiait dans le collège de sorcellerie britannique depuis un moment et avait doucement commencé à s’intégrer et à appréhender la mécanique de l’école. Ses parents étaient ravis de la voir se faire à la routine de l’école, un monde auquel l’enfant n’avait jamais été familiarisée auparavant. Ils savaient bien qu’elle ne serait pas parfaitement à l’aise sans transitions mais se ferait bien à ce nouveau cadre de vie, et l’adolescente avait effectué les premiers pas de la démarche.

En ce jour ensoleillé, la petite Swan s’était levée tôt pour marcher dans des parties inconnues de la forêt qui bordait le parc, et incarnait la seule présence humaine dans les environs. De nombreuses créatures magiques peuplaient les bois, cela la jeune sorcière en était consciente et ne s’étonnait pas des rencontres qu’elle pourrait faire. Quand elle le pouvait, Phœbe établissait un contact, mais elle comprenait lorsqu’il valait mieux éviter de les déranger, l’interférence humaine pouvait rendre vulnérable certaines espèces. Certains animaux étaient particulièrement affectueux et au fil des visites la jeune fille en reconnaissait quelques-uns, qu’elle avait plaisir à retrouver.

Un rocher couvert de mousse se tenait au centre d’une clairière, et au terme d’une marche de plusieurs heures, la sorcière crut bon se s’y asseoir afin de bénéficier d’un peu de repos. L’astre lumineux de jour était presque à son Zénith et quelques perles de transpiration coulaient sur le front clair de l’adolescente. Son regard balaya la masse végétale devant elle avant de s’arrêter sur une ombre qui ne devrait pas être là où elle la notifia. La chaleur lui jouait certainement des tours, la petite Swan avait sans conteste besoin d’eau. Se frottant les yeux pour tenter d’y voir plus clair, l’adolescente tenta un autre regard pour réaliser qu’une forme se tenait réellement là, mais quelle pouvait être…

Curieuse elle s’avança pour se retrouver confrontée à une sorte d’équidé semi visible, pas tout à fait invisible, mais elle ne pouvait prétendre le percevoir pleinement. Un entre-deux des plus troublants, Phœbe repassa dans son esprit en revue les créatures qui pourraient correspondre à cette description et après avoir éliminé nombre de possibilités, elle s’arrêta avec horreur sur un constat effrayant. Un Sombral, c’était de façon pragmatique le plus logique et dans les faits le plus absurde qui puisse être. Mais si l’adolescente s’en faisait un aperçu par le sens de la vue, cela signifiait qu’il s’était passé quelque chose, un fait qu’elle refusait d’accepter et pourtant c’était presque indubitable.

La main qui s’était approchée inconsciemment vers l’endroit correspondant à la tête se rabaissa soudainement. Il y avait quelque chose d’anormal, on lui avait incontestablement cache quelque chose. Des pensées semblaient vouloir se débattre dans sa tête comme pour tenter de briser un verrou invisible. Tout ce à quoi l’adolescente était présentement confrontée la dépassait de loin et ne pouvait entrer dans un cadre familier. Y avait-il une personne blâmable ou était-ce purement personnel ? Phœbe était dans un état de confusion extrême et chuta, incapable de prononcer la moindre parole en réaction.

Intrigué par cette réaction, le cheval s’approcha doucement de sa tête pour tenter de la faire bouger, sans effet notable. Dans sa chute, fort heureusement, l’enfant n’avait subit aucune lésion qui auraient pu attirer des créatures malveillantes qui auraient profité de sa vulnérabilité. L’essentiel était que Phœbe était veillée et ne risquait rien tant que son protecteur était à ses côtés. Longtemps elle resta seule sur le feuillage, ses parents ne se doutant pas le moins du monde de sa situation actuelle. Son visage n’était pas serein mais crispé et tendu, comme un vestige de sa réaction face à l’image alors vraisemblablement encore imprimée sur sa rétine. Rien ne validait cependant l’hypothèse qu’elle voyait encore quoique ce soit dans son état d’inconscience.

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
Α', Β', Γ'... sans discontinuer

 RPG++   France  Le réveil (Solo)

Ulysse et Psyché Swan formaient un couple épanoui depuis à présent près d’une quinzaine d’années, et vivaient avec leur fille unique, Phœbe, le rayon de lune de leur vie. Ils cherchaient avant tout à ce qu’elle soit épanouie et complète. Les adultes donnaient une relative liberté à leur enfant, qu’ils savaient dans la forêt depuis ce matin et avaient laissée seule. Ces derniers lui faisaient confiance, mais ils avaient toujours le moyen de la relocaliser en cas de soucis. Tranquillement, le couple vaquait à ses occupations, il ne commença à s’inquiétait que lorsque l’absence constatée de la fillette avait vraisemblablement duré plusieurs heures, ce qui était particulièrement long. L’aiguille courte de l’horloge qui trônait dans le hall avait eu largement le temps de parcourir un quart du cadran, ce qui indiquait une période non négligeable. Sans même prendre le temps de prendre quoique ce soit, leurs baguettes magiques étant déjà sur eux, les magiciens quittèrent en tombe la demeure pour rejoindre la jeune Swan.

D’un pas vif Ulysse et Psyché pénétrèrent dans la forêt et se séparèrent pour trouver plus rapidement l’adolescente qui devait être en situation de détresse. Le père fut le premier à être à ses côtés, rejoint bien vite par son épouse. L’enfant était dans un délire et tentait avec peine d’exposer la situation :

« Un… un somb-b-b… Sombral ! là mais pas là, là mais pas là, s’il vous plaît… expliquez… »

L’enfant geignait et continuait à proposer des paroles dans ce style, ce qui alarma grandement ses parents qui s’échangèrent un regard lourd de sens. Sans même que l’homme n’ait eu à parler, la mère avait compris et déjà avait élevé sa baguette. D’un mouvement souple l’adulte avait endormi la jeune sorcière qui était à présent totalement inconsciente. Magiquement, Psyché la transporta via les airs pour la ramener dans le manoir. Personne n’osait dire mot lors de ce trajet.

Arrivés en lieu couvert ils déposèrent délicatement leur progéniture sur un lit et fermèrent la porte pour discuter.

« Est-ce que tu penses qu’elle pourrait avoir des réminiscences, que nous avons mal camouflés ces moments ? Crois-tu qu’à une séance d’entrainement pour lever le sort, quelque chose se soit mal remis ? le moment est critique ! »

« Chérie, ne penses-tu pas qu’il s’agit d’un signe, qu’il est temps de rétablir la vérité, elle est assez mûre à présent et nous savions que nous lui rendrions l’accès à sa mémoire un jour ou l’autre. Cette expérience l’a marquée et la meilleure explication à fournie est… »

« De tout lui révéler, lui rendre ?  Lui jeter à la figure un passé auquel elle n’est pas préparée et la laisser se réveiller avec ce poids en plus sans même la prévenir. »

Le ton était amer chacun d’eux comprenait à quel point le choix était déchirant, ils risquaient de détruire et d’anéantir la stabilité créée artificiellement durant ces dernières années, mais elle était depuis le début vouée à s’effondrer car il était impossible de cacher un secret aussi longtemps. Le moment était venu et c’est à regret qu’ils hochèrent simultanément la tête pour conclure et Ulysse, la démarche bien lasse, rejoignit un tiroir d’un secrétaire ou était rangé un carnet. Il était gondolé des suites de nombreux voyages en mer subis mais l’écriture était encore lisible, bien que l’encre ait quelque bavé par moment.

« Il est temps de rendre la mémoire à Phœbe.  »

Synchronisés, les deux adultes se placèrent face à face aux côtés de leur fille et brandissement leurs baguettes en déchiffrant au fur et à mesure les démarches annotés sur le vieux papier. Le processus était délicat et complexe mais ils parvinrent peu à peu à faire tomber les barrières mentales apposées plusieurs années auparavant. Les magiciens expérimentés s’attachaient à manipuler avec le plus de précision possible afin d’éviter de provoquer des lésions par manque d’attention. Ils n’avaient à l’époque que dissimulé des pans de mémoires, sachant que cette opération était moins risquée que de tout effacer sans possibilité de retour.

Le point que le couple Swan redoutait plus que tout était la réaction de leur fille, avec qui une rupture allait presque inévitablement être provoquée dès qu’elle comprendrait. Les sorciers s’accordèrent plusieurs instants de préparation avant d’autoriser son réveil et de devoir affronter Phœbe.

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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Les yeux gris prisonniers des paupières de Phœbe s’agitaient en un rythme lent avant de se révéler pour capter cet environnement qu’elle ne parvint à resituer. Ce n’était à la réalité pas même sa priorité première. Un tiroir avait tout juste volé en éclat dans son esprit et des images, sensations étrangères vinrent déferler dans la tête de la jeune Swan qui subit durant de longues minutes un spectacle affreux qu’elle peinait à comprendre dans un premier temps mais dont le sens finit par lui apparaître au fur et à mesure qu’elle en voyait plus. Jusque là son existence comportait un trou, il avait été rempli mais qu’artificiellement car avait aussi cédé la place à un autre bien plus réel et douloureux. Ce garçon, auquel elle s’était attachée à en entendre ses ressentis, avait péri devant elle et sa mémoire lui avait été volée pour que sa vie continue, comme s’il rien ne s’était passé.

Levant la tête en direction des adultes Swan, l’enfant les toisa, saisissant par leurs postures gênées qu’ils n’étaient pas étrangers à l’affaire.

« Qu’avez-vous fait ? »

Ça ne tournait pas rond, la petite Swan ne s’y retrouvait absolument pas. Les sorciers laissèrent le silence planer avant d’oser enfin confesser l’ampleur de leurs actions. Craignant que le décès d’Emrys n’affecte Phœbe au point de la perdre, ses parents avaient souhaité la protéger de la ruine en effaçant ses souvenirs afin qu’elle continue d’évoluer telle qu’elle était, lui donnant la chance de n’affronte le passé que plus tard, quand elle sera plus mûre pour.

« Je n’ai jamais été consultée, vous avez pris une décision très lourde sans je n’ai mon mot à dire, vous m’avez volé un pan de vie. »

L’adolescente tentait tant bien que mal à retenir ses larmes qui cherchaient à couleur le long de ses joues blêmes. Ses parents s’approchèrent pour tendre une main consolante et un réconfort, mais la petite Swan réagit très mal à ce contact et repoussa avec fermeté les adultes, se réfugiant dans un coin de la pièce.

« Comment avez-vous pu vivre en me faisant croire que vous étiez d’honnêtes gens, de bons parents ? je vous aimais, admirais presque et en ce jour tout est réduit à néant. »

Ulysse et Psyché se regardèrent, l’un faillit dire que c’était ‘pour son bien’ mais était bien conscient que ce serait interprété comme des paroles de vacuité que jamais leur fille n’accepterait de recevoir.

« Nous souhaitions te donner la chance de te construire de façon équilibrée plutôt que de te laisser subir une enfance brisée par cet évènement. Nous te devons à présent aussi ce vestige. »

N’osant trop d’approcher de la gamine en furie, le père posa une pièce tirée de la couverture du carnet sur la table, à distance. Bouillonnante, son regard gris voulait transpercer comme des lames affutées le corps de ces adultes indéfinissables qui ne paraissaient pas réaliser leur erreur.

« Vous êtes exécrables, je ne veux plus vous voir, notez bien que cette année je ne reviendrais pas auprès de vous pour les vacances, j’ai besoin de temps pour composer avec cette partie de moi dont vous m’aviez privé. Ainsi que d’espace et d’un environnement sain, ce n’est pas ainsi que je qualifierais Poudlard, mais c’est déjà moins pire que vous, parents indignes et infects... »

La longue tirade avait été débitée d’une voix monocorde, comme psalmodiée, mais c’était le seul moyen venu à l’esprit de Phœbe pour ne pas trembler et craquer devant ses parents. L’enfant ne savait plus comment voir ces adultes en lesquels elle faisait quelques heures auparavant encore confiance, et qui étaient son ancre dans un monde qu’elle n’arrivait pas à appréhender. Ils étaient censés lui former une bulle de confort pour échapper à l’oppression du collège à laquelle l’adolescente avait pris bien du temps à s’accoutumer. Elle avait mal, un son stridant la découpait de part et part et elle ne percevait quasiment plus rien.

Amère, la petite Swan jeta un regard empli de dégoût et de haine avant de récupérer la pièce pour aussitôt faire volteface pour s’éloigner d’eux, peu lui importait sa destination, elle n’avait d’autre but particulier que de s’enfuir pour se retrouver avec elle-même et réfléchir sur les évènements qui venaient de se produire, les anciens dont l’accès venait à peine d’être débloqué et tant et tant d’autres faits à étudier.

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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Une autre elle ? Était-ce vraiment ce qui s’imposait à l’adolescence lorsque, pliée en deux, elle reprit lentement son souffle pour se remettre d’une course effrénée… Phœbe n’eut un éclair de lucidité que bien après, lorsqu’elle réalisa que c’était son reflet. Un lac était posé devant elle et son eau miroitante lui rendait son reflet avec un réalisme troublant. Cette elle avait la chance de ne pas subir les tourments ce que la jeune fille subissait, il ne s’agissait que d’un Ersatz désincarné qui n’existait que lorsque a propriétaire de l’image originelle daignait s’offrir un reflet sur une surface qui en avait les propriétés. Qui pouvait-elle être aujourd’hui ?

Jusqu’à hier, la sorcière en herbe était telle qu’elle aurait dû être si elle n’avait pas vécu ses souvenirs perdus. Leur retour n’était parvenu qu’avec retard et elle ne pouvait être telle que si elle les avait traversés. En ce cas elle aurait certainement bien entamé son deuil et là tout recommençait, comme si elle retourné à ce moment de sa jeunesse, en ayant vécu une demi-douzaine d’années factices qui reposaient sur un mensonge, une omission.

Aucun objectif tangible ne se dessinait devant la route à présent nébuleuse de l’enfant. Survivre à Poudlard et accepter cette routine lui paraissait insignifiant et faire des efforts pour s’intégrer ne l’intéressait plus. Le besoin impérieux apparu soudain dans son cœur, elle devait tout clarifier pour surmonter son passé. Tout, à savoir pourquoi Emrys avait-il été tué, qui elle pouvait représenter à présent, se retrouver. Ce serai un travail de longue haleine, mais elle avait déjà des éléments à portée de main, à commencer par cet objet que son ami lui avait transmis, cette pièce d’argent. Le garçon avait certainement une famille, la petite Swan devrait la retrouver avec ce point de départ, ils en savaient plus qu’elle, l’adolescente en était intimement convaincue. En revanche pour rien au monde elle ne solliciterait ses parents qui l’avaient trahie. Si seulement elle pouvait parler à son ancien ami, mais retourner dans le passé était inenvisageable. Parler aux morts ? Folie, quoique… Attirée par les livres interdits, la jeune magicienne avait compris que bien des possibilités étaient ouvertes avec la magie. Elle tenterait tout, sans restriction, pour obtenir des réponses.

Un mystère de taille devait être élucidé, et la petite Swan cette année ne se fatiguerait pas avec les impératifs de sociabilisation auxquelles elle avait été encouragée et avait tout juste commence à s’accoutumer. D’un autre côté, faire bonne figure lui éviterait les questions qui ne recevraient pas de réponses de sa part, mais il serait difficile de prétendre agir comme une élève qu’elle n’était pas, qu’elle ne voulait pas être. Phœbe ferait comme elle le pourrait, sans contrôle et advienne que pourra, elle ne se souciait pas le moins du monde de ce que l’on pourrait penser. Et qu’était ce diable de ‘on’ si ce n’est rien ?

Les initiales des enfants étaient gravées et entremêlées dans le désordre, formant presque un mot que l’adolescente reconnu vaguement, ne pouvait s’empêcher de reconnaître la pointe d’ironie noire. Elle y lisait le mot Eρως, mais la jeune fille n’avait pas eu l’occasion de connaître Emrys. Ω suffisamment pour construire une relation complète. Elle ne s’imaginait pas s’attacher à quiconque sans avoir auparavant pu tourner la page avec cet intriguant enfant, qui lui manquait terriblement depuis que son souvenir lui avait été rendu. Cette nouvelle année s’annonçait difficile, d’autant que bien des nouveaux professeurs allaient faire leur apparition dans le château, tellement de nouveau monde alors que l’ancien n’était pas acquis.

Serrant fort au creux de sa main, Phœbe n’était sûrement pas prête à reprendre le précédant cours de sa vie et allait inévitablement y dévier pour retrouver l’harmonie, quand bien même cette voie s’annonçait tumultueuse. S’éloignant du lac qui lui avait durant tout ce temps renvoyé son visage pensif, la petite Swan marcha quelques pas en son bord, s’arrêtant parfois en se tenant les tempes quand des remontées ou des flashs trop puissants ou violents s’immisçaient en surface, sans crier gare.

L’œil attaché à la ligne d’horizon, l’adolescente se promit de tout mettre en œuvre pour rétablir l’équilibre et rendre à son ami d’enfance les honneurs qui lui étaient dus.
[Fin]

Φοίϐη, Pudeur Ardeur Fureur ; Jetée en 2040 entre ces Murs de Pierre
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