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 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 

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December, 2040


Devant les barres en métal du balconnet, Elian Kernac'h soufflait dans un but de Quidditch miniaturisé, réalisant ainsi des dizaines de bulles de toutes les couleurs. Il les observait prendre de l'altitude avec une fascination non dissimulée depuis la chambre de sa grande sœur, au décor vert et argent. Elle avait bien voulu l'héberger le temps que la dispute entre leurs parents s'apaise, et ce même si elle essayait de réviser ses Aspics parmi les feuilles de parchemins disséminées sur son lit. « J'arrive pas à retenir les tailles de chaudrons ! s'énerva soudain Edith en balançant un énorme manuel à travers la petite pièce. Le bruit couvrit à peine les éclats de voix.

Elian n'avait même pas réagi, le petit garçon était en transe dans sa contemplation de bulles.
« Va chercher mon livre, l'elfe de maison ! Elian se tourna et fixa Edith, les pupilles dilatées. « Dépêche-toi si tu veux pas finir comme tes bulles ! C'est ce moment précis que choisit l'une d'elle pour éclater dans un "plop" sonore. Elian se précipita alors pour ramasser le manuel de potions et le poser lourdement sur le lit. « Pourquoi ils se crient dessus ? demanda-t-il timidement. « Comme d'habitude, pour des broutilles. Laisse-moi travailler maintenant. « Je peux t'aider ? se réjouit-il, même s'il pensait déjà connaître la réponse. Mais à sa grande surprise, sa sœur lui tendit un parchemin. « Interroge-moi sur le sérum de Vérité. « D'accord ! Que peux-tu me dire sur son créateur ? « Mmh... Il était chauve ?" Elian éclata de rire. « N'importe quoi en plus, il a des cheveux au-dessus des oreilles ! « Ça s'appelle une calvitie, crétin. C'est le début du chauvinisme. « Du chauvinisme ? »

Leur échange continua, entrecoupé parfois par la résonance d'insultes. Lorsqu'un calme apparent s'installa enfin, Edith prit un air sérieux et agité. « Bon il faut que je te dise quelque chose, approche. Elian s'exécuta en se postant à son niveau, elle était toujours assise en tailleur sur son lit. « Papa refuse qu'on te mette au courant, mais tu es assez grand pour comprendre. Les parents sont en train de régler les derniers papiers... Pour leur divorce. Il faisait un peu peur, à la fixer sans réaction. « Tu comprends ? C'est Maman qui part. Il se passa encore un temps avant qu'Elian ne réagisse enfin : « Et elle revient quand ? « Sérieusement, tu sais pas ce qu'est un divorce ? Merlin t'es bon pour aller à Poufsouffle ! Le garçon haussa les épaules en baissant les yeux, un peu honteux de ne pas la comprendre. « On ne reverra sûrement plus Maman, ou beaucoup moins. Elle s'en va à Paris parce qu'elle n'aime plus Papa. » Edith illustrait chacun de ses mots avec des gestes comme si elle parlait à une personne malentendante. Incontrôlables, les yeux d'Elian s'humidifièrent et semblèrent ainsi contenter sa sœur, mais seulement pendant un court instant. Pour la première fois de sa vie, elle le tenait dans ses bras, c'était étrange voire complètement surréel. L'instant d'avant, elle blaguait sur un sombre inventeur sorcier...

Elian, guidé surtout par l'instinct, se dégagea et sortit de la pièce en trombe pour rejoindre ses parents dans leur salon. Sa mère lui jeta un coup d’œil distrait, échangea un regard froid avec son mari, et signa un papier. Edith s'approcha derrière son petit frère et posa ses mains sur ses épaules, silencieuse. « Tu lui as annoncé ? lui demanda seulement leur père. Elle acquiesçât en déglutissant. « Bon alors dit au revoir à ta mère. « Quoi ? fit cette dernière, qui paraissait prise au dépourvu. Elian s'approcha d'elle, confus et incapable de la regarder dans les yeux. Absolument rien ne les liait tous les deux, et il n'avait rien à lui dire. « Au revoir, murmura-t-il seulement avant de tourner les talons pour se cacher derrière son père. « Au revoir... souffla sa grande sœur dans un ricanement moqueur, tandis que leur mère rougissait, une expression figée sur le visage. « J'ose espérer que les juges sorciers comprendront leur erreur quand ils verront le gâchis que tu as fait de notre fils. Le sorcier plissa les yeux. « Ne me provoque pas, tu connais très bien tes tords. » Elian vit Edith s'éloigner dans le couloir jusqu'à sa chambre, alors il l'imita et s'enferma dans la sienne, tandis que les cris retentissaient de nouveau. Le lendemain matin, et pour la première fois depuis plusieurs mois, l'appartement fut incroyablement silencieux.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 19 juin 2018, 4 h 35, modifié 5 fois.

« Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme qu'au fond de la mer. » - Victor Hugo
Se protéger du soleil, c'est protéger sa santé.

 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 

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April, 2042


Dans le parc de Roath, bordé par un petit bassin où la tour d'un clocher immaculé semblait comme flotter sur l'eau turquoise, Elian Kernac'h, très jeune sorcier de son état, donnait à manger aux canetons. Ceux-là étaient aussi inexpérimentés que lui dans la vie, et leur connexion valait tellement à ses yeux qu'il ne semblait plus rien exister d'autre autour de lui. L'horloge indiquait midi, mais il n'avait plus rien pour manger à présent qu'il avait tout donné à la famille canard. Le vent balançait l'eau calmement sur la rive, au rythme de sa propre respiration, et le garçon aux cernes marquées était parvenu à atteindre un certain niveau de sérénité rarement égalé depuis qu'il avait achevé ses deux premiers trimestres à Poudlard. Penché sur la rambarde et appuyé sur ses avants-bras, il profitait des premiers rayons de soleil chauds sur son visage maladif, en essayant de ne penser à rien d'autre qu'à cette sensation vivifiante. L'exercice s'avérait difficile lorsqu'on avait un cerveau surchargé d'injonctions - comme les devoirs - mais, heureusement, une voix provenant du banc derrière son dos le ramena sur Terre. « On y va, je vais être en retard. Si Elian gardait le silence habituel qu'il réservait aux adultes, il resta cependant immobile devant l'ordre de son père. « Elian, on y va maintenant, réitéra celui-ci, avec une once d'impatience cette fois. « Tu m'entends ? ajouta-t-il fermement devant l'absence de réaction de son fils. « Mais j'aimerai bien rester encore un peu, finit par répondre celui-ci d'une petite voix, les yeux fermés par l'angoisse. Agacé, son père s'approcha de lui pour mieux l'observer, en affichant une expression inquiète sur ce visage qu'Elian connaissait par cœur maintenant. « Je dois aller au travail. On reviendra demain, d'accord ? » Il n'était absolument pas d'accord, mais savait qu'il ne fallait pas discuter. Il se releva alors avec toute la mauvaise volonté possible, adressa un geste d'adieu prolongé aux canards, et finit par rejoindre son père, les yeux rivés au sol.

En chemin, Elian expliqua à son père qu'il avait peur que les canetons du lac se fassent manger par Nessie, la créature du Loch Ness. « Tu as pris ta potion ce matin ? se contenta-il de lui répondre machinalement en évaluant d'une main sa température, sur son front. « Il vaut peut-être mieux que tu restes au lit aujourd'hui. Elian, qui n'avait aucune envie de passer l'après-midi au bureau de son père, voyait pour la première fois une voie de sortie se dessiner, tandis qu'ils empruntaient le pont. « Je me sens un peu faible, répondit-il en essayant de paraître aussi naturellement fatigué possible. Ce n'était vraiment pas dans sa nature de mentir, mais quelque chose avait changé en lui depuis qu'il avait rencontré tous ces enfants sorciers à Poudlard... Ils lui avaient peut-être inconsciemment appris quelque chose, car il s'était mis à douter, à remettre en cause les choses et donc à réfléchir davantage, à force d'observer leur usage de la liberté loin de leurs parents. Les traits de son père se crispèrent, comme s'il était lui-même dans une intense réflexion, et celui-ci maugréa dans sa barbe, plus à lui-même : « Bon, je vais contacter Leslie. Je savais que tu n'aurais pas dû sortir ce matin... Et il faudra qu'on retourne voir un médicomage... Leslie était sa babysitter, une Moldue étudiante qui ne lui adressait jamais la parole - lui rappelant à bien des égards sa grande sœur. Il s'en voulait de donner du travail à cette babysitter, car même si son père s'efforçait de lui cacher ses problèmes de gallions depuis un certain temps, Elian avait bien remarqué que celui-ci ne faisait plus que des achats alimentaires. « Je ne pourrai pas faire mes devoirs si elle me garde... lui dit-il en fixant le sol. « Non. Tu vas te reposer, et elle sera juste là pour vérifier ton état de santé. »

Une fois les consignes données et son père parti travailler, Leslie le regarda de haut en mâchant son chewing-gum. « T'as pas l'air malade. Elian cligna plusieurs fois des yeux, ahuri. « Bon vous avez toujours pas de télé à c'que j'vois. Chelou. Elle s'installa dans le canapé, tournant le dos au garçon qu'elle était censée garder. « Heureusement que j'ai pensé à ramener mes magazines. Elle lui fit un geste de la main pour l'inciter à déguerpir, sans même le regarder. Elian n'avait pas planifié ce qu'il allait faire, mais refusait de dormir en sachant cette affreuse Moldue chez lui. « C'est quoi tes magazines ? lui fit-il en s'approchant du canapé derrière son dos. Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de lire des journaux Moldus. Leslie le toisa du regard un instant et continua sa lecture, alors il se contenta de regarder le titre de la page de celui qu'elle tenait dans les mains et qui annonçait la naissance cachée d'un bébé royal en grosses lettres. « Pff, fit-il en se détournant pour s'approcher de la fenêtre du salon, même lui n'y croyait pas.

Il commençait à pleuvoir, mais c'était une averse passagère comme il y en avait tous les jours à Cardiff.
« T'es pas un peu grand pour te faire garder ? entendit-il soudain derrière lui. Il garda le silence. « Oh, répond le nain, héla-t-elle. C'était un surnom que sa grande sœur adorait utiliser les rares fois où elle daignait lui parler. « C'est que... J'ai que douze ans... répondit-il timidement. « Ben c'est grand douze ans, à ton âge je sortais avec mes copines toute seule. « Mes amis habitent loin. « Nul, t'as pas d'amis dans cette ville ? C'était étrange, toutes ces questions... Depuis le temps qu'elle le gardait, elle n'avait jamais pris la peine d'en savoir plus sur lui. « Non, j'en avais quelques uns avant, mais on est dans des écoles différentes maintenant. Et surtout dans des mondes différents. « Ton père s'inquiète beaucoup pour toi, t'es malade ? J'veux dire, t'as le cancer ? « Le quoi ? Il avait beau chercher, il ignorait totalement en quoi consistait cette maladie. « Laisse tomber, c'est pas comme si j'm'en souciais. Elle redevenait enfin la Leslie qu'il connaissait, mais l'expression de la jeune fille avait changé, comme si elle se souciait toujours de quelque chose. Elian esquissa un geste pour s'éloigner et rejoindre sa chambre, mais la voix de sa babysitter le retint. « Ta sœur m'a demandé de prendre de tes nouvelles, si jamais je te revoyais. Sans perdre de temps, le jeune sorcier prit place à ses côtés sur le canapé, la mine soudainement réjouie : Edith était finalement moins abjecte que ce qu'elle voulait faire penser. « Elle m'a dit de te dire qu'il fallait pas que tu te fasses d'illusion, elle te contacte uniquement pour s'assurer que tu n'es pas mort empoisonné par tes médicaments. Elle voulait sûrement parler des potions que son père lui faisait ingérer tous les jours. Un peu déçu, il fixa ses genoux, en gardant un sourire timide. « Alors, t'es mort ou pas ? Elian arqua un sourcil, c'était probablement une tentative assez maladroite visant à égayer l'atmosphère. « Pourquoi elle ne m'envoie pas plutôt un hib- euh une lettre ? « T'as pas reçu sa lettre ? Il secoua la tête de gauche à droite et Leslie poussa un juron. « C'est ton creepy de père qui a dû te la prendre ! « Mon quoi de père ? répéta Elian, incrédule. « T'as jamais fouillé dans les affaires de tes parents ? Il hocha de nouveau la tête négativement. « Ben c'est le moment, il a un bureau ?

Elian était terrifié, il savait que son père ne lui aurait jamais caché son courrier et que, de toute façon, fouiller les affaires de quelqu'un d'autre était mal, d'autant plus qu'elle allait sûrement tomber sur des affaires assez peu communes pour une Moldue. Il regarda alternativement Leslie et le sol, paniqué. « D'accord j'vais le faire pour toi, c'est pour ton bien après tout... « Non, attend ! Je sais où il met le courrier. Avec une angoisse intense, il se dirigea dans la chambre de son père et s'y enferma à clé pour éviter les yeux trop curieux de sa babysitter. Lui-même n'avait pas le droit de se trouver ici mais, quelque part, le fait qu'il y avait une possibilité pour que quelque chose lui appartienne dans la pièce lui enlevait tout sentiment de culpabilité. « Vérifie bien s'il y a un double-tiroir ! entendit-il derrière la porte. Ce conseil ne lui fut pas utile, puisqu'il trouva directement un petit tas de lettres adressées à son nom sur le bureau. Son père lui faisait réellement confiance. La main tremblante, il ouvrit la première et lut directement la signature. Sa mère lui posait des questions sur sa rentrée, sur sa perception du monde magique, et surtout sur son état de santé. Un miroir de larmes lui brouilla la vue, mais il se dépêcha d'ouvrir la seconde lettre à son nom. Finalement, les quatre missives se ressemblaient, exceptée la dernière qui avait l'originalité de l'inviter en France pour les vacances d'été. Incapable de réfléchir convenablement, il remit tout en place en reniflant, essuya ses yeux d'un revers de bras et sortit religieusement de la chambre. « Il n'y avait que la dernière lettre d'Edith que je n'avais pas encore lu... Tu pourras lui dire que tout va bien ?, prononça le garçonnet en évitant son regard. Leslie arrêta de mâcher son chewing-gum, les sourcils froncés. « C'est le cas ? Elian la fixa finalement droit dans les yeux, souffla et lui adressa un sourire timide. « Oui, tout va bien. » Peu importe la méthode qu'il avait employée, son père ne faisait que le protéger, et rien ne pouvait le rendre plus heureux. Sans savoir pourquoi, ses pensées divaguèrent jusqu'aux canetons du parc de Roath, qu'il avait observé un peu plus tôt dans la journée. Ils avaient semblé si paisibles et comblés entre eux, suivant leur mère sans réfléchir, d'une façon si naturelle... Le garçon sourit d'un air distrait et détaché tout en s'éloignant de Leslie, qui l'observait les bras ballants, comme si elle avait eu affaire à un oiseau rare.

« Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme qu'au fond de la mer. » - Victor Hugo
Se protéger du soleil, c'est protéger sa santé.