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 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 

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December, 2040


Devant les barres en métal du balconnet, Elian Kernac'h soufflait dans un but de Quidditch miniaturisé, réalisant ainsi des dizaines de bulles de toutes les couleurs. Il les observait prendre de l'altitude avec une fascination non dissimulée depuis la chambre de sa grande sœur, au décor vert et argent. Elle avait bien voulu l'héberger le temps que la dispute entre leurs parents s'apaise, et ce même si elle essayait de réviser ses Aspics parmi les feuilles de parchemins disséminées sur son lit. « J'arrive pas à retenir les tailles de chaudrons ! s'énerva soudain Edith en balançant un énorme manuel à travers la petite pièce. Le bruit couvrit à peine les éclats de voix.

Elian n'avait même pas réagi, le petit garçon était en transe dans sa contemplation de bulles.
« Va chercher mon livre, l'elfe de maison ! Elian se tourna et fixa Edith, les pupilles dilatées. « Dépêche-toi si tu veux pas finir comme tes bulles ! C'est ce moment précis que choisit l'une d'elle pour éclater dans un "plop" sonore. Elian se précipita alors pour ramasser le manuel de potions et le poser lourdement sur le lit. « Pourquoi ils se crient dessus ? demanda-t-il timidement. « Comme d'habitude, pour des broutilles. Laisse-moi travailler maintenant. « Je peux t'aider ? se réjouit-il, même s'il pensait déjà connaître la réponse. Mais à sa grande surprise, sa sœur lui tendit un parchemin. « Interroge-moi sur le sérum de Vérité. « D'accord ! Que peux-tu me dire sur son créateur ? « Mmh... Il était chauve ?" Elian éclata de rire. « N'importe quoi en plus, il a des cheveux au-dessus des oreilles ! « Ça s'appelle une calvitie, crétin. C'est le début du chauvinisme. « Du chauvinisme ? »

Leur échange continua, entrecoupé parfois par la résonance d'insultes. Lorsqu'un calme apparent s'installa enfin, Edith prit un air sérieux et agité. « Bon il faut que je te dise quelque chose, approche. Elian s'exécuta en se postant à son niveau, elle était toujours assise en tailleur sur son lit. « Papa refuse qu'on te mette au courant, mais tu es assez grand pour comprendre. Les parents sont en train de régler les derniers papiers... Pour leur divorce. Il faisait un peu peur, à la fixer sans réaction. « Tu comprends ? C'est Maman qui part. Il se passa encore un temps avant qu'Elian ne réagisse enfin : « Et elle revient quand ? « Sérieusement, tu sais pas ce qu'est un divorce ? Merlin t'es bon pour aller à Poufsouffle ! Le garçon haussa les épaules en baissant les yeux, un peu honteux de ne pas la comprendre. « On ne reverra sûrement plus Maman, ou beaucoup moins. Elle s'en va à Paris parce qu'elle n'aime plus Papa. » Edith illustrait chacun de ses mots avec des gestes comme si elle parlait à une personne malentendante. Incontrôlables, les yeux d'Elian s'humidifièrent et semblèrent ainsi contenter sa sœur, mais seulement pendant un court instant. Pour la première fois de sa vie, elle le tenait dans ses bras, c'était étrange voire complètement surréel. L'instant d'avant, elle blaguait sur un sombre inventeur sorcier...

Elian, guidé surtout par l'instinct, se dégagea et sortit de la pièce en trombe pour rejoindre ses parents dans leur salon. Sa mère lui jeta un coup d’œil distrait, échangea un regard froid avec son mari, et signa un papier. Edith s'approcha derrière son petit frère et posa ses mains sur ses épaules, silencieuse. « Tu lui as annoncé ? lui demanda seulement leur père. Elle acquiesçât en déglutissant. « Bon alors dit au revoir à ta mère. « Quoi ? fit cette dernière, qui paraissait prise au dépourvu. Elian s'approcha d'elle, confus et incapable de la regarder dans les yeux. Absolument rien ne les liait tous les deux, et il n'avait rien à lui dire. « Au revoir, murmura-t-il seulement avant de tourner les talons pour se cacher derrière son père. « Au revoir... souffla sa grande sœur dans un ricanement moqueur, tandis que leur mère rougissait, une expression figée sur le visage. « J'ose espérer que les juges sorciers comprendront leur erreur quand ils verront le gâchis que tu as fait de notre fils. Le sorcier plissa les yeux. « Ne me provoque pas, tu connais très bien tes tords. » Elian vit Edith s'éloigner dans le couloir jusqu'à sa chambre, alors il l'imita et s'enferma dans la sienne, tandis que les cris retentissaient de nouveau. Le lendemain matin, et pour la première fois depuis plusieurs mois, l'appartement fut incroyablement silencieux.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 19 juin 2018, 4 h 35, modifié 5 fois.

Deuxième année inRP.

 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 

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April, 2042


Dans le parc de Roath, bordé par un petit bassin où la tour d'un clocher immaculé semblait comme flotter sur l'eau turquoise, Elian Kernac'h, très jeune sorcier de son état, donnait à manger aux canetons. Ceux-là étaient aussi inexpérimentés que lui dans la vie, et leur connexion valait tellement à ses yeux qu'il ne semblait plus rien exister d'autre autour de lui. L'horloge indiquait midi, mais il n'avait plus rien pour manger à présent qu'il avait tout donné à la famille canard. Le vent balançait l'eau calmement sur la rive, au rythme de sa propre respiration, et le garçon aux cernes marquées était parvenu à atteindre un certain niveau de sérénité rarement égalé depuis qu'il avait achevé ses deux premiers trimestres à Poudlard. Penché sur la rambarde et appuyé sur ses avants-bras, il profitait des premiers rayons de soleil chauds sur son visage maladif, en essayant de ne penser à rien d'autre qu'à cette sensation vivifiante. L'exercice s'avérait difficile lorsqu'on avait un cerveau surchargé d'injonctions - comme les devoirs - mais, heureusement, une voix provenant du banc derrière son dos le ramena sur Terre. « On y va, je vais être en retard. Si Elian gardait le silence habituel qu'il réservait aux adultes, il resta cependant immobile devant l'ordre de son père. « Elian, on y va maintenant, réitéra celui-ci, avec une once d'impatience cette fois. « Tu m'entends ? ajouta-t-il fermement devant l'absence de réaction de son fils. « Mais j'aimerai bien rester encore un peu, finit par répondre celui-ci d'une petite voix, les yeux fermés par l'angoisse. Agacé, son père s'approcha de lui pour mieux l'observer, en affichant une expression inquiète sur ce visage qu'Elian connaissait par cœur maintenant. « Je dois aller au travail. On reviendra demain, d'accord ? » Il n'était absolument pas d'accord, mais savait qu'il ne fallait pas discuter. Il se releva alors avec toute la mauvaise volonté possible, adressa un geste d'adieu prolongé aux canards, et finit par rejoindre son père, les yeux rivés au sol.

En chemin, Elian expliqua à son père qu'il avait peur que les canetons du lac se fassent manger par Nessie, la créature du Loch Ness. « Tu as pris ta potion ce matin ? se contenta-il de lui répondre machinalement en évaluant d'une main sa température, sur son front. « Il vaut peut-être mieux que tu restes au lit aujourd'hui. Elian, qui n'avait aucune envie de passer l'après-midi au bureau de son père, voyait pour la première fois une voie de sortie se dessiner, tandis qu'ils empruntaient le pont. « Je me sens un peu faible, répondit-il en essayant de paraître aussi naturellement fatigué possible. Ce n'était vraiment pas dans sa nature de mentir, mais quelque chose avait changé en lui depuis qu'il avait rencontré tous ces enfants sorciers à Poudlard... Ils lui avaient peut-être inconsciemment appris quelque chose, car il s'était mis à douter, à remettre en cause les choses et donc à réfléchir davantage, à force d'observer leur usage de la liberté loin de leurs parents. Les traits de son père se crispèrent, comme s'il était lui-même dans une intense réflexion, et celui-ci maugréa dans sa barbe, plus à lui-même : « Bon, je vais contacter Leslie. Je savais que tu n'aurais pas dû sortir ce matin... Et il faudra qu'on retourne voir un médicomage... Leslie était sa babysitter, une Moldue étudiante qui ne lui adressait jamais la parole - lui rappelant à bien des égards sa grande sœur. Il s'en voulait de donner du travail à cette babysitter, car même si son père s'efforçait de lui cacher ses problèmes de gallions depuis un certain temps, Elian avait bien remarqué que celui-ci ne faisait plus que des achats alimentaires. « Je ne pourrai pas faire mes devoirs si elle me garde... lui dit-il en fixant le sol. « Non. Tu vas te reposer, et elle sera juste là pour vérifier ton état de santé. »

Une fois les consignes données et son père parti travailler, Leslie le regarda de haut en mâchant son chewing-gum. « T'as pas l'air malade. Elian cligna plusieurs fois des yeux, ahuri. « Bon vous avez toujours pas de télé à c'que j'vois. Chelou. Elle s'installa dans le canapé, tournant le dos au garçon qu'elle était censée garder. « Heureusement que j'ai pensé à ramener mes magazines. Elle lui fit un geste de la main pour l'inciter à déguerpir, sans même le regarder. Elian n'avait pas planifié ce qu'il allait faire, mais refusait de dormir en sachant cette affreuse Moldue chez lui. « C'est quoi tes magazines ? lui fit-il en s'approchant du canapé derrière son dos. Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de lire des journaux Moldus. Leslie le toisa du regard un instant et continua sa lecture, alors il se contenta de regarder le titre de la page de celui qu'elle tenait dans les mains et qui annonçait la naissance cachée d'un bébé royal en grosses lettres. « Pff, fit-il en se détournant pour s'approcher de la fenêtre du salon, même lui n'y croyait pas.

Il commençait à pleuvoir, mais c'était une averse passagère comme il y en avait tous les jours à Cardiff.
« T'es pas un peu grand pour te faire garder ? entendit-il soudain derrière lui. Il garda le silence. « Oh, répond le nain, héla-t-elle. C'était un surnom que sa grande sœur adorait utiliser les rares fois où elle daignait lui parler. « C'est que... J'ai que douze ans... répondit-il timidement. « Ben c'est grand douze ans, à ton âge je sortais avec mes copines toute seule. « Mes amis habitent loin. « Nul, t'as pas d'amis dans cette ville ? C'était étrange, toutes ces questions... Depuis le temps qu'elle le gardait, elle n'avait jamais pris la peine d'en savoir plus sur lui. « Non, j'en avais quelques uns avant, mais on est dans des écoles différentes maintenant. Et surtout dans des mondes différents. « Ton père s'inquiète beaucoup pour toi, t'es malade ? J'veux dire, t'as le cancer ? « Le quoi ? Il avait beau chercher, il ignorait totalement en quoi consistait cette maladie. « Laisse tomber, c'est pas comme si j'm'en souciais. Elle redevenait enfin la Leslie qu'il connaissait, mais l'expression de la jeune fille avait changé, comme si elle se souciait toujours de quelque chose. Elian esquissa un geste pour s'éloigner et rejoindre sa chambre, mais la voix de sa babysitter le retint. « Ta sœur m'a demandé de prendre de tes nouvelles, si jamais je te revoyais. Sans perdre de temps, le jeune sorcier prit place à ses côtés sur le canapé, la mine soudainement réjouie : Edith était finalement moins abjecte que ce qu'elle voulait faire penser. « Elle m'a dit de te dire qu'il fallait pas que tu te fasses d'illusion, elle te contacte uniquement pour s'assurer que tu n'es pas mort empoisonné par tes médicaments. Elle voulait sûrement parler des potions que son père lui faisait ingérer tous les jours. Un peu déçu, il fixa ses genoux, en gardant un sourire timide. « Alors, t'es mort ou pas ? Elian arqua un sourcil, c'était probablement une tentative assez maladroite visant à égayer l'atmosphère. « Pourquoi elle ne m'envoie pas plutôt un hib- euh une lettre ? « T'as pas reçu sa lettre ? Il secoua la tête de gauche à droite et Leslie poussa un juron. « C'est ton creepy de père qui a dû te la prendre ! « Mon quoi de père ? répéta Elian, incrédule. « T'as jamais fouillé dans les affaires de tes parents ? Il hocha de nouveau la tête négativement. « Ben c'est le moment, il a un bureau ?

Elian était terrifié, il savait que son père ne lui aurait jamais caché son courrier et que, de toute façon, fouiller les affaires de quelqu'un d'autre était mal, d'autant plus qu'elle allait sûrement tomber sur des affaires assez peu communes pour une Moldue. Il regarda alternativement Leslie et le sol, paniqué. « D'accord j'vais le faire pour toi, c'est pour ton bien après tout... « Non, attend ! Je sais où il met le courrier. Avec une angoisse intense, il se dirigea dans la chambre de son père et s'y enferma à clé pour éviter les yeux trop curieux de sa babysitter. Lui-même n'avait pas le droit de se trouver ici mais, quelque part, le fait qu'il y avait une possibilité pour que quelque chose lui appartienne dans la pièce lui enlevait tout sentiment de culpabilité. « Vérifie bien s'il y a un double-tiroir ! entendit-il derrière la porte. Ce conseil ne lui fut pas utile, puisqu'il trouva directement un petit tas de lettres adressées à son nom sur le bureau. Son père lui faisait réellement confiance. La main tremblante, il ouvrit la première et lut directement la signature. Sa mère lui posait des questions sur sa rentrée, sur sa perception du monde magique, et surtout sur son état de santé. Un miroir de larmes lui brouilla la vue, mais il se dépêcha d'ouvrir la seconde lettre à son nom. Finalement, les quatre missives se ressemblaient, exceptée la dernière qui avait l'originalité de l'inviter en France pour les vacances d'été. Incapable de réfléchir convenablement, il remit tout en place en reniflant, essuya ses yeux d'un revers de bras et sortit religieusement de la chambre. « Il n'y avait que la dernière lettre d'Edith que je n'avais pas encore lu... Tu pourras lui dire que tout va bien ?, prononça le garçonnet en évitant son regard. Leslie arrêta de mâcher son chewing-gum, les sourcils froncés. « C'est le cas ? Elian la fixa finalement droit dans les yeux, souffla et lui adressa un sourire timide. « Oui, tout va bien. » Peu importe la méthode qu'il avait employée, son père ne faisait que le protéger, et rien ne pouvait le rendre plus heureux. Sans savoir pourquoi, ses pensées divaguèrent jusqu'aux canetons du parc de Roath, qu'il avait observé un peu plus tôt dans la journée. Ils avaient semblé si paisibles et comblés entre eux, suivant leur mère sans réfléchir, d'une façon si naturelle... Le garçon sourit d'un air distrait et détaché tout en s'éloignant de Leslie, qui l'observait les bras ballants, comme si elle avait eu affaire à un oiseau rare.

Deuxième année inRP.

 Cardiff  Anomalie en Jaune Mineur  SOLO   RPG++ 

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Late August, 2043

Sur l’un des quais du port de Cardiff, assis sur une bitte d’amarrage, un blondinet cachait son visage sur ses genoux. Le soleil tapait sur sa nuque et réchauffait son crâne. Les pieds dans les cordages entremêlés, sa propre réflexion arrivait à un dénouement : la fin des vacances n’était finalement pas ce qu’il souhaitait. Toujours cambré sur ses genoux, Elian Kernac’h tourna sa tête pour observer la frégate remplie de touristes rentrer lentement au port. Certains moldus arboraient des appareils en tous genres pour capturer les paysages qu’il avait la chance de côtoyer chaque jour - lorsqu'il n’était pas dans sa nouvelle école pour sorciers, située dans le nord du pays. C’était compliqué de grandir dans le monde moldu en étant un sorcier, Elian devait par exemple se retenir de promener Solal, un crapaud assez fainéant qu’il ne quittait jamais, sur le bord de la promenade. Le bateau s’était immobilisé, déversant bientôt un flot de personnes aux visages rouges et aux chapeaux bien trop plats au goût du petit garçon. Sa baby-sitter, Leslie, ne tarda pas à le rejoindre, deux glaces à la main. « Fraise, c’est bien ça ? » Il se redressa et acquiesçât frénétiquement de la tête. « Merci ! » Depuis sa dernière garde, elle avait curieusement changé d’attitude à son égard. Bien moins distante, elle proposait sans arrêt des promenades dans les rues du centre-ville de Cardiff ou des goûters au parc. Cette fois-ci, elle avait insisté pour se rendre au port, en gardant secret cette destination à son employeur, le père d'Elian. « On va rester un peu ici d’accord ? » Elian n’avait pas vraiment d’autre choix que de répondre par l’affirmative, il appréciait de toute façon ce lieu qui lui était formellement interdit depuis qu’une mouette avait eu le malheur de se poser sur sa tête. Ni une ni deux, son père l’avait transformée en un tas de plumes. « Il faut que je te dise pourquoi je voulais t’emmener ici. »

La gardienne regarda autour d’elle comme si elle était suivie, tandis qu'Elian s'afférait à engloutir sa glace avant qu'elle ne fonde complètement sur sa main. « Edith m’a donné rendez-vous… Enfin, elle t’a donné rendez-vous. » Elian avala trop vite un gros morceau de fraise glacée et s'étouffa à moitié. Il mit un certain temps avant d'intégrer cette information. Sa grande sœur à Cardiff ? D’après ce qu’il savait, elle n’avait pas remis les pieds ici depuis plus d’un an. « Tu es sûre ? » Il se leva et enjamba les cordages. « Pourquoi elle ne vient pas directement à l’appartement ? Et pourquoi elle te parle à toi au lieu de m’envoyer des hiboux ? » Elian connaissait la réponse à ces deux questions : la présence de leur père leur faisait barrage. « Des hiboux ? Wow, t’es vraiment bloqué dans l’ancien temps toi. » Voilà qu’il devenait imprudent, à s’emporter de la sorte, le garçon avait oublié qu’il s’adressait à une moldue. Heureusement, elle ne s'arrêta pas sur ce détail et continua ses explications. « Elle m’a juste envoyé un mot pour me donner un lieu, une date et une heure. » Le cœur d’Elian s’était comme arrêté, allait-il vraiment revoir Edith sur un coup de tête ? Intenable, il faisait des allers-retours le long des barques retournées, l'odeur saline accentuant son mal de ventre, dû à l'angoisse de l'attente.

« Par Merlin qu’est-ce que t’es blanc ! » Le garçonnet trembla un peu en entendant le son de cette voix qui lui était devenue si peu familière. « C’est la maison de Poufsouffle qui te met dans cet état ? A Serpentard on t’aurait jamais autorisé à avoir une tronche pareil ! » Elle parcourut les deux derniers mètres qui les séparaient pour l’enlacer un peu machinalement, puis elle reprit, à l’égard de la baby-sitter : « Merci Les', on fait comme on a dit : on se retrouve ici dans une heure. » Cette dernière s'éloigna, la mine inquiète, les laissant seuls parmi un flot d'inconnus traversant les docks du port de Cardiff. Elian restait muet, les questions se mélangeaient dans sa tête et il voulait par-dessus tout entendre ce qu’Edith avait à dire sur sa vie d’expatriée. « C’est fou comme les gosses grandissent vite. J’t’ai reconnu qu’à tes cheveux. » Elian esquissa un sourire, elle lui ressemblait beaucoup, même si elle avait pris davantage les traits de leur mère que de leur père. « Comment ça se passe à Paris alors ? » demanda-t-il, essayant peut-être d'en savoir un peu plus sur leur mère, de façon détournée.

Elle l'incita à marcher, entamant la promenade sur les dalles en pierres, vers le rebord de la jetée où la plupart des bateaux avaient accosté.
« Le magasin fonctionne à merveille, qui aurait cru que les moldus avaient besoin d'autant de boutons de veste ? Comment ça se passe avec le père ? » Elian réfléchit à sa réponse qui, il le devinait, allait peser réellement sur la suite de leur discussion. « On se débrouille, c'est plus facile de s'en sortir comme je vis à Poudlard le reste de l'année. » « Pas trop dur la séparation ? » Edith s’immobilisa pour mieux le scruter de haut en bas, elle arborait une expression inquiète, ou du moins renfrognée. « C'était difficile au début, mais je commence à avoir l'habitude. » Malgré lui, il venait d'aborder le fait qu'il avait vécu l'expatriation d'Edith et leur mère comme un abandon. Face au silence, il changea de sujet. « Merci d'être venue, je savais que tu m'avais pas complètement oublié. » Il n'y avait pas une pointe d'ironie dans ses paroles, et Edith reprit sa marche, son petit frère la suivant de près.

« J'ai proposé à maman que tu viennes vivre chez nous, tu pourras être scolarisé à Beauxbâtons, c’est une superbe école de magie, ou dans un collège moldu si la magie t’intéresse pas. » Elian fit les gros yeux, depuis quand la magie était susceptible de ne pas intéresser un sorcier ? « Non merci, j’aime trop Poudlard, et puis je ne parle pas un mot français, je préfère apprendre le Gobelbabil. » Il distingua un rictus presque imperceptible sur le visage d’Edith. Elle-même avait adoré ses études dans l'école de magie britannique, elle ne pouvait donc pas lui en vouloir de rester chez son père. « Et puis j’ai des amis maintenant, ils sont super chouettes ! » continua Elian avec entrain, sa sœur perdant automatiquement son sourire. « Ouais c’est ça, j’vois pas qui serait assez fou pour t’accepter dans son cercle mais bon tant mieux si t’as des "amis". » Elle avait mimé des guillemets avec ses doigts, pour souligner ce qu’elle pensait de l’imaginaire de son petit frère. « Tu me crois pas, je suis allé chez Solal, c’est mon meilleur copain et on a des crapaud avec nos prénoms, enfin lui il a Elian et moi j’- » « Chut ! » Elle avait placé un doigt sur sa bouche. « Tu me fais déjà mal au crâne. J’me souviens pourquoi j’suis partie maintenant. » fit-elle en se pinçant l'arrête du nez. Elian comprenait les sarcasmes de sa sœur, il y était habitué depuis toujours, mais cette fois-ci il baissa les yeux au sol comme s’il se sentait réellement fautif, et Edith sembla le remarquer, se reprenant immédiatement, rougissante de honte. « Ouais non t’inquiète, j’suis partie pour pas que maman soit seule, c’est tout. Et puis j’suis venue pour toi aujourd'hui. » C’était comme s’il lui avait fallu réaliser un effort considérable pour se faire pardonner. Le petit sorcier acceptait tout venant d'elle, car elle lui donnait bien trop peu de choses. « C’est cool pour ton copain, j'espère que tu te laisses pas trop marcher sur les pieds, faut s'imposer directement à Poudlard sinon t'es qu'une crotte de Doxy le reste de ta scolarité. Je peux te donner des informations sur les profs - enfin ceux qui sont encore en fonction. Mais d'abord, il faudrait qu’on trouve le moyen de se capter sans que papa soit au courant. » Ils s’accoudèrent sur le muret longeant la promenade, observant l’horizon bleue et ses reflets d'or. Un air frais ébouriffa leurs cheveux. « Quand je suis à Poudlard, j'attends toujours tes lettres. Tu m'as écris que deux fois l'année dernière. » Edith détourna sa tête du côté opposé de son frère, il pouvait deviner qu’elle n’était pas insensible à sa confession, et s'en voulait d'avoir pris ce ton accablant même s'il était vrai qu'il lui en voulait en peu, au fond. « J'ai été très occupée avec le magasin. T’es sûr que tu veux pas venir avec moi ? On peut entamer des démarches, et si ça fonctionne pas je te kidnappe. » Elian se mit à rire un peu jaune, il ignorait si elle était réellement sérieuse. Ce n'était pas qu'il refusait catégoriquement de mettre un pied à Paris, mais leur mère semblait être absente de toutes les démarches qu'Edith faisait pour garder le contact, et puis ils n'avaient jamais été aussi proches que lui et sa sœur, tout ça lui faisait légèrement peur. « Papa fait de son mieux, il prend soin de moi, mais je veux bien venir pendant les vacances. » Elian n’osait pas lui parler du fait que leur père cachait ses lettres. Edith était le genre de sorcière qui démarrait au quart de tour, elle aurait immédiatement transplanné jusqu’à Paris avec lui dans les mains. « D'ailleurs tu ne veux pas le voir ? » Sa grande sœur sembla un moment perdue dans ses pensées et lui répondit après un certain temps. « C’est lui qui ne veut pas me voir. » Le petit sorcier ne comprenait pas ce qu'elle entendait par là, elle sembla le deviner alors elle clarifia : « Si tu étais parti avec maman au moment du divorce, papa t'en aurait voulu et aurait refusé te voir aussi, comme il le fait avec moi. Mais tu l’as choisi, alors t’es son chouchou. Même avant t’étais son chouchou, remarque. C’est pas pour rien que t’as un parrain et pas moi. » Il n’avait jamais pensé à ce fait, mais il savait qu’elle avait raison. « Ben je veux bien te prêter Sigmund, c’est un peu ton parrain aussi de toute façon, il nous aime bien tous les deux. » Edith acquiesçât très subtilement en plissant narquoisement les yeux. Le petit sorcier savait que Sigmund et lui partageaient quelque chose qu'Edith ne pourrait pas avoir. « Trop aimable. »

Puis elle soupira, posant sa tête entre ses mains sur la rambarde, pensive. « Arrête d’être gentil d’accord ? C’est pas bien, tu vas te faire dévorer. » Elian regarda de nouveau en contre-bas comme s’il avait fait une grave erreur, les vaguelettes s'écrasaient doucement contre la paroi. « Solal m’a déjà dit que j’étais gentil, lui aussi. Mais il considère que c’est une qualité. Et moi je suis d'accord. » Edith se redressa, la mine un peu plus détendue. « Solal ? Ah oui, ton "ami". » Elle fit de nouveau le mime des guillemets, mais quelque chose disait au Poufsouffle que ce n’était pas pour la même raison que précédemment, affichant un sourire taquin et levant les sourcils en prenant un air séducteur. « C’est un gars de Poufsouffle aussi Solal ? Je pense pas que ce soit une qualité dans ton cas, t'es trop entouré de vautours p'tit. » Elian la fixa avec étonnement, éludant la fin de ses paroles. « Non il est à Serdaigle. » « Ah. » fit seulement Edith, puis après un moment de réflexion : « Comment ça se fait que tu sois ami avec un gars de Serdaigle ? Tu t’es rendu compte que les gens de Poufsouffle valaient pas le coup ? » Elian commençait à fulminer, même s’il ne laissait rien paraître. « Non, il est spécial à mes yeux, c’est tout. » « Ah. » fit-elle encore, cette fois-ci avec un rictus insupportable. « Quoi ? » C’était la première fois qu’il employait un ton aussi sec, Edith avait même sursauté légèrement. « Non rien, je suis contente de savoir que tu es pas tout seul, c’est tout… » Son petit frère la fixait droit dans les yeux, comme prêt à la pousser par-dessus bord. « Tu pensais pas qu’on pouvait m’apprécier ? » Elle ressemblait tellement à leur père à cet instant, à s'inquiéter pour lui de façon disproportionnée. « Hein ? Non. Non non non c’est pas ça. » Elian avait les yeux qui lui piquaient, il renifla un coup avant de se reprendre. « Ben tu vois c’est pour ça qu’il est spécial pour moi, Solal. Lui il essaye de me comprendre au lieu de me sourire d’un air congescendant. » Il scruta sa réaction de côté, mais se détourna d'elle comme si elle venait de le trahir. « Condescendant. » se contenta-t-elle de corriger. A une époque, une dispute entre eux aurait probablement éclaté, mais elle se contentait de l'observer avec attention, presque avec fierté. « De quoi ? » Elian ne comprenait pas son erreur, mais il était silencieusement content de ne pas avoir provoqué quelque chose alors qu'ils se revoyaient pour la première depuis trop longtemps. « Laisse. En fait, j’ai l’impression que tu es très proche de ce gars, et c’est bien que tu puisses compter sur lui. C’est chou. » Elian plissa les yeux, tiquant sur un mot qu'il n'avait jamais entendu sortir de la bouche de sa sœur. « De quoi "c’est chou" ? » Elle le regarda de haut en bas, comme si elle le défiait de riposter plus longuement. « Toi et lui, lui et toi. Choux. » Le petit arqua un sourcil, un peu perdu. « Qu’est-ce que… » « Je te juge pas, tu es comme tu es, puis on est en 2043. » La peur d'Elian s'avéra fondée, il s'empressa de la contredire comme si c'était une mission. « C’est pas mon amoureux. » C'était comme si Edith venait de gagner quelque chose, elle se retenait de sourire, se mordant la lèvre. « Ah. » Clin d’œil. « C’est mon meilleur ami, arrête. » se sentit-il obligé de préciser, plus fermement, les bras croisés. « Wow, t’es vraiment sur la défensive en fait. » Nouveau clin d’œil. Elian, rouge comme une écrevisse, se détourna pour observer dans les détails le bois du bateau qui tanguait en face de lui. Que sa sœur pouvait être pénible à comprendre plus vite les choses.

« Je vous dérange ? » Les deux têtes blondes se tournèrent simultanément dans la direction de la voix bourrue, qui leur avait adressé ces quelques mots d'une façon assez accusatrice. En découvrant que son père se tenait là, derrière eux, Elian se détacha de la rambarde et resta figé, regardant parfois sa sœur pour trouver la force de dire quelque chose, mais il restait dans l'attente. « Qu'est-ce que tu fais, Edith ? » finit par demander le sorcier barbu. « Bonjour Papa. » Son visage mutin restait fermé, elle refusait de se démonter devant lui. « Je passais dans le coin, je me suis dit qu'il était temps de venir vous voir. » Elle savait mentir, mais cette fois-ci elle semblait vouloir que son père comprenne qu'elle lui mentait ouvertement. Leur père acquiesçât d'un air menaçant. « Combien coûte l'honnêteté de Leslie ? Pas trop dur les finances ? » Elian comprenait à présent. Sa gardienne venait de les balancer, et Edith émettait l'hypothèse que c'était pour obtenir une compensation. « Bon si tu n'as rien d'intelligent à me dire, je récupère mon fils. » Il tendit la main, et Elian regarda de nouveau sa sœur qui plongea ses yeux dans les siens en retour. Elle semblait vouloir lui dire quelque chose, mais Elian n'était pas Legilimens, il devina seulement qu'elle regrettait de ne pas avoir eu le temps de rattraper le temps perdu avec lui. C'était un regret qu'ils partageaient. Il l'enlaça brièvement devant l'impatience de son père, entendant au passage la voix d'Edith lui murmurer : « A bientôt, p'tit elfe. » dans son oreille. De retour dans le petit appartement de Cardiff, Elian n'adressa plus la parole à Leslie, qui essayait de se faire pardonner de bien des manières les jours suivants. Lors du dîner, son père ne lui posa aucune questions sur ce qu'il s'était passé, comme s'il refusait d'incriminer Elian. La fin des vacances fut beaucoup plus silencieuse que les journées passées et, au final, donna envie au petit sorcier de faire rapidement sa seconde rentrée à Poudlard.

Deuxième année inRP.