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Brown et Featherwood  Flashback   PV 

- Sam Brown !

Ma tête sauta sur mes épaules plus vite que ma raison. Elle chercha la cible de toutes les attentions. Un petit tas de nouvelles robes se scinda et dévoila une petite silhouette noire. Ce n'est que lorsqu'elle prit place devant l'estrade, illuminée par les éclairs qui pourfendaient le plafond magique, que je la reconnus. Sam Brown. La mémoire s'abattit sur moi comme la foudre : j'avais 10 ans.

Cette nostalgie provoquait un sentiment mitigé en moi. Secouer la tête n'y changeait rien. Était-ce à cause de cet hiver particulièrement froid et sec ? De ma dernière année avant Poudlard, comme s'il était impossible qui il y ait eu un avant ? Ou bien de la honte éprouvée en repensant  à mes actes pendant le séjour des enfants Brown dans la maison familiale. « Mes actes »... Le dire ainsi sonne faux, car ce n'était pas moi, j'étais simplement le témoin du personnage qui possédait mon corps, c'était un autre moi, un moi passé et dépassé, pourri. Un enfant comme on les aime : né avec une cuillère en argent dans la bouche et fils unique, il n'avait pas besoin de demander pour que ses désirs fussent immédiatement assouvis, tout ce qui l'entourait gravitait autour de lui et formait son monde où le « moi » prédominait, parfois transformé par l'orgueil en « il ».

Eligius Featherwood, âgé de 10 ans, sortait de l'école avec un questionnaire et une punition, tous deux à faire signer. Le maître avait distribué un questionnaire où il était question de la famille. Avez-vous des frères et sœurs? Si oui, combien ? Leur prénom et âge. As-tu des animaux de compagnie ? Même questions que pour les frères et sœurs. Que font tes parents dans la vie? C'était à cette dernière question qu'un élève avait parlé de la pauvreté apparente de la famille Featherwood : d'après ce que sa môman disait, le père avait abandonné sa famille, il revenait de temps en temps lorsqu'il n'avait plus un rond et de femme chez qui crécher, puis repartait. Eligius n'aimait que sa propre personne, mais il avait du respect pour père. Que pouvait-il répondre lorsqu'on l'insultait ? Il ne pouvait pas dire que son père connaissait sûrement des sortilèges qui le ferait taire à jamais, les moldus ne devaient rien savoir. Et de toute façon, Eligius ne savait pas vraiment ce que faisait son père. « Tu n'as qu'à dire que je ne fais rien – Mais j'ai déjà mis ça pour maman – Alors dis que je voyage ».

C'était donc la lèvre supérieure bleue et gonflée que Mrs Featherwood retrouva son fils à la grille de l'école. Il refusa d'en parler. Après une brève conversation avec le maître qui n'avait rien vu de l'altercation, mère et fils rentrèrent. La maison était à une demi-heure à pieds environ, le long d'un sentier à la sortie de la ville. Mrs Featherwood avait passé son permis, ou bien on lui avait donné ?, mais elle ne se résignait à prendre la voiture qu'en cas d'extrême nécessité. La façade de la maison miteuse de brique et de bois avait des allures de maison abandonnée. La porte d'entrée se trouvait à l'arrière de la maison, encore plus délabré. En poussant la porte, celle-ci accueillit les propriétaires d'un grincement reconnaissable entre mille, et donnait sur un salon où un adulte se serait senti à l'étroit. Ça sentait le vieux, la poussière et l'humidité. Mrs Featherwood traversa la pièce en prenant garde de ne pas se prendre dans les fils du tapis usé, et ouvrit une petite porte, à côté de la cheminée noircie.

Mr Featherwood avait entièrement rénové la maison lorsqu'ils l'avaient acheté onze ans plus tôt. Si la façade et la première pièce ne charmait pas l’œil et le nez, la véritable entrée seyait davantage à des sorciers aisés. Elle était plus vaste, du bois sculpté luisait du sol au plafond, des appliques murales bordaient l'imposant escalier menant à une double porte surplombée par une coupole reflétant le ciel.

Un fracas fit sursauter Eligius et sa mère. Mr Featherwood, qui avait fait son apparition en haut des marches, descendit en tenant la main à une enfant, deux garçons plus âgés qu'Eligius sur les talons. Sous le regard surpris de Mrs Featherwood, il prit le temps d'embrasser son fils avant de prendre les épaule de sa femme et d'annoncer la nouvelle.

- Georgia, les Brown sont morts cette nuit. Je reviens de chez le juge, on nous les a confié le temps qu'on trouve un meilleur endroit pour eux. Est-ce que ça te dérangerait de t'occuper d'eux ?

- Bien sûr que non ! Nous étions amis, ils en auraient fait autant pour nous. William et Gabrielle...


Elle porta une main à sa bouche sous le coup de l'émotion. Même si la froide objectivité de Mr Featherwood ne laissait rien transparaître, les deux hommes avaient été très proches. Mr Featherwood approcha son fils.

- Eligius, je te présente Logan, Cole et Sam Brown. Ils vont vivre ici un moment, alors sois gentil avec eux. Les enfants, voici Eligius, mon fils.

La première pensée du garçon en voyant ces étrangers fut qu'ils étaient bizarres. Leurs vêtements peut-être – ils étaient encore en pyjama – ou bien l'odeur de fumée, ou encore leur regard. Lui qui avait toujours rêvé d'avoir des frères et sœurs, à ce moment précis il considérait les invités comme des parasites. Rien de bon ne s'annonçait.

Mrs Featherwood appela Zyonie, l'elfe de maison, pour faire couler un grand bain chaud et préparer des vêtements à leur taille. En attendant le bain, Mr Featherwood demanda à son fils de faire visiter la maison aux Brown pendant qu'il discutait avec sa mère de quelques petites choses. Eligius n'en avait pas envie et marmonna dans son menton des protestations inutiles. Une fois seuls, les enfants se jaugèrent.

- Je vous préviens, vous n'avez pas intérêt à toucher à mes affaires... ou me toucher moi. C'est compris ?

Eligius les craignait plus qu'il ne les méprisait. Il avait l'impression que trois fantômes lui faisaient face.
Dernière modification par Eligius Featherwood le 22 juin 2018, 4 h 45, modifié 2 fois.

AQUILAE DORMIENS NUNQUAM TITILLANDUS
"All birds find shelter during rain, but Eagle avoids rain by flying above the clouds."
"Un livre est une fenêtre par laquelle on s'évade"
♦ RNA de Serdaigle ♦

Brown et Featherwood  Flashback   PV 

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Cole Brown
12 ans


Tic Tac fait la montre du type. J'ai les joues qui brûlent. J'ai mal aux yeux. J'en peut plus. J'ai pas voulu pleuré devant l'autre vieux, j'ai encore fait le fier, l'insensible. Débile. Il nous a regardés, il nous a jugés, et il nous a laissés avec l'autre type, inconnu, comme ça. J'voulais pas lui montrer que j'étais faible. Mais maintenant je pleure. Logan aussi il pleure. Il pleure encore et encore. On doit faire peur à voir. Mais Sam ne dit rien. Sam se tait. Sam est perdue. A la regarder, petite et frêle, on la croirait sur une autre planète. Pourtant, on est là, dehors, on attend la "voiture" avec l'autre type. "Featherwood" a dit Logan. Logan il avait l'air de le reconnaître. "Un pote à papa et maman". Bof, moi je l'ai oublié, dans ce cas. Connais pas. Papa et maman. Y'a plus de papa et maman. Y'a Logan, y'a Sam, y'a moi, mais y'a pas papa et maman. Ils sont partis. Silence. La petite main de ma sœur se glisse dans la mienne. Elle, elle lève la tête. Visage neutre, comme s'il ne s'était rien passé. Pourtant, je vois ses yeux pleurer, sans larmes. Je sens sa main trembler. Et j'entends sa petite voix s'élever dans l'air glacial de Cardiff.

- Ils sont morts comment papa et maman ?

J'veux pas répondre. Elle connaît la réponse. Je sais, elle sait. Mais elle veut vérifier. Etre sûre. Enfoncer le couteau dans sa propre plaie. J'hésite. J'veux pas. J'hésite. Je laisse mon regard glisser vers une plaque de verglas, y captant un instant mon reflet. Cadavérique. J'ai l'air d'un fantôme.

- Je... Ils...

- On y va, articule Logan entre deux larmes et un reniflement.

Il me sauve, Logan. Mais il pleure, Logan. J'ai qu'une envie, le consoler, le prendre dans mes bras. Mais en posant mes yeux sur lui, je pleure aussi. Le grand type monte à l'avant. Tic Tac fait toujours sa montre. Dix-neuf heures. On était tous les trois, là, assis, sur la banquette arrière, serrés, moi au centre, Sam à gauche, Logan à droite. Et puis j'me suis endormi.

***

- Cole... On est arrivés. Réveille toi.

La voix lasse et emplie de fatigue de Logan me tire du sommeil. Mes joues sont froides, gelées, mais j'ai encore mal aux yeux. Gauche, droite, ma tête pivote toute seule. J'sais pas où on est. Des arbres, des buissons et des champs. La campagne. J'suis jamais venu ici. Quoique. J'me souviens pas. Un coup d'œil à Logan. "Featherwood". Encore le même nom. Bof, pas envie de comprendre. Quand je lui demande où on est, il répond pas. Tant pis. Mes yeux me brûlent encore. J'ai envie de parler, j'y arrive pas. Plus de souffle. Il me faut de l'air. De l'air. Ma main cherche désespérément la poignée de la portière. Elle la trouve pas. Logan bordel aide moi.

Miracle. La fenêtre s'est ouverte, la porte avec. Merci. Je pose un pied dehors, un autre pied dehors. Frais. L'air est frais. L'air est bon, mes poumons le bouffent en un claquement de doigts. J'sais pas. Un petit pivot et je la vois. Une vieille baraque, une mansarde. Rustre et poussiéreuse, elle est effrayante. Le toit pourrait s'écrouler à n'importe quel moment, maintenant même. Les murs sont pitoyablement dressés, tremblent comme une feuille. Ils vont tomber, j'en sûr. Peut-être qu'on a juste fait une pause en cours de route. J'espère. Mais pourquoi "on est arrivés" dans ce cas ? Sans crier gare, le type-inconnu-que-je-devrais-connaître-mais-que-je-ne-connais-pas surgit de derrière la voiture. Il s'avance vers la maison et nous fait signe de le suivre. Non. Il insiste. Non. Je refuse d'entrer dans ce truc. Non. Et puis j'le connais pas. J'veux pas le suivre. J'suivrais pas un inconnu. Logan s'avance. Pas moi. Sam s'avance. Pas moi. Et Sam recule. Sam glisse sa main dans la mienne et me tire vers l'arrière de la baraque. Je vois la moue se dessiner sur son visage à elle aussi, mais elle insiste. Ok.

- Fais pas le con, elle soupire.

J'écarquille les yeux. Elle. "Fais pas le con". J'hésite entre rire et l'engueuler. A son âge. J'sais pas quoi répondre.

- Je...

- Ferme la et ramène toi.

Sans issue. J'obtempère avec regret. Le type pousse la grande porte. Horreur. C'est laid, craquelant, en ruines. Un vieux salon dégoûtant, fade, où flotte une odeur âcre de renfermé. Les toiles d'araignée s'enchaînent sur le mur, forment comme une seconde paroi par endroits au plafond. La porte  d'entrée se referme en un claquement, je me retourne en un sursaut. Il fait froid et humide. La main de Sam se sépare de la mienne quand le type avance. Un tapis usé, rongé par les mites et les rats, une cheminée noircie, sûrement jamais nettoyée. Et une porte. Recouverte d'un épais manteau de poussière, elle s'intègre parfaitement au reste de la pièce. Laid. Et puis qu'est ce qu'on fout ici ? Franchement. C'est dégueulasse. Le type continue sans hésiter. Il connaît le lieu. Il habite ici ? Non, on ne peut pas habiter ici. Quoi que. Il ouvre la porte. Il ouvre la porte. La lumière emplit le salon obscur. Joie. Mais méfiance. Il s'élance dans un escalier gargantuesque. Du bois. Comme à la maison. Non, la maison a brûlé. Du bois. Il descend les marches une à une, la main de Sam dans la sienne. La main de Sam. Ma Sam. J'ai envie de me jeter dessus et de l'étrangler. Logan a compris ça, et Logan pose sa main sur mon épaule.

- Calme toi. On le connaît, fais-lui confiance.

Ok. Si Logan lui fait confiance, je devrais pouvoir lui faire confiance. Devrais. Un soupir et je dévale à mon tour les marches pour rattraper le petit groupe. Le type s'est détaché de ma sœur et a rejoint deux autres gens. Eux non plus j'les connais pas. Quoi que. Un gamin. Huit ans ? Non, il est un peu plus grand que Sam. Un peu. Neuf. Ou dix. A côté de lui, une femme. Adulte, elle. Tiens. Elle, elle me dit quelque chose. A fouiller un peu dans ma mémoire, je retrouve un nom à associer à ce visage. Georgette ? Non. Non. Georgia, plutôt. Elle nous fixe un instant, regard empli de pitié. Le gamin, lui, il nous observe, méfiant. Le type nous présente. Le gosse s'appelle Eligius. Maintenant, je peux tous les associer à un lieu, une date, et un nom. Août, soirée chez papa et maman. Il me semble. Le type nous présente, le gamin nous regarde de travers. Le type appelle aussi un elfe de maison. Un elfe de maison. Un elfe de maison. Je le plains. Franchement. Le type demande aussi, aussi, au gamin de nous faire visiter la maison. Et puis un détail me revient à l'esprit. On est dans une vieille baraque. J'sais pas quoi dire, alors je me tais. Le gamin n'a pas l'air enchanté qu'on lui tienne compagnie. Tant pis. Il nous guida sur quelques mètres dans le silence le plus complet, laissant ses parents derrière nous. Un instant, et il fait brusquement volte-face.

- Je vous préviens, vous n'avez pas intérêt à toucher à mes affaires... ou me toucher moi. C'est compris ?

Surpris, je hausse un sourcil, avant de laisser s'échapper un petit rire nerveux. Logan ne répond pas. Sam ne répond pas. Lentement, je détaille le gamin de la tête aux pieds, avant d'observer ses pupilles, amusé. Soupir faussement las, sourire aux coin des lèvres, je finis par répondre.

- Bonjour d'abord. Merci pour cet accueil chaleureux. Et rassure toi, j'ai franchement pas qu'ça à faire que d'embêter un enfant. Eligius, c'est ça ?


Toutes mes excuses pour le retard...
Si besoin de modifications (moyen de transport par ex), j'ai pris un petit nombre de libertés, donc ma volière est ouverte :)

Concerto pour Sam-Sam en Fa majeur
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