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 RPG+  Six pieds sous terre  SOLO 

CHAPITRE 1
LA VOITURE DE PAPA

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PDV : OSWALD ALLEN

2 octobre 2039
Entre Cirencester et Chipping Campden


La voiture de papa, c’est un Berlingo. C’est une voiture française. Maman dit que les voitures allemandes sont meilleures que les françaises mais papa, il n’est pas d’accord. C’est rare qu’ils soient d’accord, de toute façon. Du coup, on est dans la voiture de papa. Le Berlingo. Maman, elle a une voiture allemande. C’est une Audi. J’aime bien les voitures. Mais maman, elle n’est pas là. Elle est restée à la maison avec Celian et Daniel. Elle dit qu’ils sont trop petits pour aller à l’enterrement. Papa conduit, moi, je suis installé à l’arrière avec Lucy. C’est ma sœur. Elle a juste un an de plus que moi, c’est rien du tout un an, mais elle me parle toujours comme si j’étais un bébé.  Ma sœur, elle est toute petite, elle est plus petite que moi ! C’est une petite boule aussi, elle est grosse. Elle mange trop de gâteaux. Mais quand je l’appelle « petite boule », papa et maman se mettent en colère.

Je crois que nous sommes en retard. Papa ne ralentit pas pour les ralentisseurs. A chaque fois, on dirait que la voiture va s’envoler. Il paraît que les sorciers, ils volent avec des balais. C’est papa qui nous l’a dit. J’aimerais trop voler, un jour ! J’ai hâte d’aller à Poudlard. Je suis sûr que je deviendrai un grand joueur de « Kwidditche » ! Mais là, on est juste dans une voiture. Pas sur un balai. C’est long, le trajet, c’est long !

« C’est quand qu’on arrive ? ». Il fallait bien que je demande à un moment ou à un autre. On dirait que papa est pressé sur la route, il soupire mais il ne répond pas. Je crois qu’il ne se sent pas très bien. Déjà, il n’a pas mangé ce matin. C’est peut-être pour ça qu’il ne se sent pas bien, il faut manger, c’est important.

- Tais-toi, me répond Lucy. Elle, elle a bien mangé ce matin. Elle a même englouti tout le petit-déjeuner de papa. Sauf le café, on est trop petits pour boire du café. Mais je l’ai bien vue enfourner trois croissants, les uns à la suite des autres. Gourmande. Grosse vache. Je rigole. Elle me lance un regard noir puis se tourne vers la vitre. Elle ne fait que ça, regarder dehors. Mais il n’y a rien à voir pourtant, c'est juste des arbres, des champs et des patelins paumés, entre Cirencester et Chipping Campden.

- C’est quand qu’on arrive ? Si je veux une vraie réponse, je dois me répéter plusieurs fois. C’est toujours comme ça avec les grands : il faut toujours poser dix fois la même question pour obtenir enfin ce qu’on veut. Ils se prennent trop aux sérieux. Ils n'écoutent pas. Je croise les bras, mécontent.

- Dans cinq minutes. » dit finalement papa, après un long silence. Eh bien, il m’a fait attendre ! Moi je n’aime pas attendre. Déjà, je ne comprends pas pourquoi on doit aller à l’enterrement de ce monsieur. On ne l’a jamais vu ! J’espère que ce ne sera pas trop long. J’ai hâte de rentrer. Maman a dit qu’elle ferait du gratin au déjeuner. J'adore les gratins, surtout quand c'est avec des pommes de terre.
Dernière modification par Lucy Allen le 9 juin 2018, 16 h 12, modifié 1 fois.

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CHAPITRE 2
UNE JOURNÉE ATYPIQUE

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PDV : LUCY ALLEN

Près de Chipping Campden

Le visage collé à la vitre, Lucy regardait les paysages défiler. C’était une journée plutôt ensoleillée, un temps idéal pour passer du temps dehors. Là, en l’occurrence, il s’agissait d’un enterrement. La fillette n’avait jamais assisté à un tel événement. Papa et maman avaient donc pris le temps d’expliquer, la veille, qu’il s’agissait d’une cérémonie au cours de laquelle une personne décédée était placée dans une boite, et que la boite était mise dans un trou puis recouverte de terre. Lucy trouvait cela bizarre, de mettre une personne dans la terre. Mais en même temps, elle comprenait bien que lorsqu’on mourait, il fallait bien faire quelque chose avec le corps qui restait. « Il ne disparaît pas tout seul ! » avait dit papa. Elle ne comprenait pas. La magie, ça existait, aussi. Un corps, ça ne devait pas être si compliqué que cela à faire disparaître. Elle s’ennuyait. Les paysages étaient toujours les mêmes, il y avait des champs à perte de vue. 

A côté d’elle, Oswald faisait le pitre, comme d’ordinaire. Il cherchait toujours à attirer l’attention sur lui. Il demandait sans cesse le temps qu’il restait avant d’arriver à destination, et la plupart du temps, papa avait la patience de lui répondre. Il fallait probablement être très patient, pour être parent. Aujourd’hui, ils se rendaient aux obsèques de leur oncle, le frère de leur père. Il s’appelait Erwin Allen. Papa a expliqué qu’il avait été très malade et que la maladie avait eu raison de lui, qu’il était décédé trois jours plus tôt. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi ils devaient assister à l’enterrement de cet oncle inconnu. Il n’habitait pas très loin, d’après maman, il possédait une grande demeure près du petit village de Chipping Campden. Pourtant, il n’était jamais venu à la maison. Probablement parce qu’il s’agissait d’un sorcier. Maman n’aimait pas les sorciers. Papa semblait anxieux. Il transpirait à grosses gouttes et ne prêtait pas trop attention à la route. Finalement, non loin de l’entrée du village, Travis Allen gara sa voiture sur un petit parking.

« C’est bon, c’est bon ! s’exclama Oswald, enthousiaste. On est enfin arrivés ! Ben c’était long, dis donc. Du coup, c’est où qu’il est enterré ton frère, papa ?
- Il y a un peu de marche. C’est à un peu plus d’un mille, répondit Travis. Sa voix tremblait légèrement et il avait le regard fuyant. 
- Mais c’est super loin ! Pourquoi tu ne t’es pas garé plus près alors ? Y avait pas de parking ? demanda Oswald, les yeux écarquillés. Pouah, j’suis fatigué d’avance ! »

Les trois Allen étaient descendus de voiture. Lucy gardait les yeux rivés sur son père, inquiète. De nature très calme, son père montrait rarement signe d’inquiétude, surtout en présence de ses enfants. La fillette ne comprenait pas ce brusque changement d’attitude. Il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond.

« Oswald, reprit Travis d’une voix douce, je t’ai déjà expliqué que les autres personnes qui se rendent à l’enterrement ne viennent pas en voiture. Ils transplanent. Il fit une pause et observa ses enfants. Il semblait chercher une quelconque étincelle de compréhension dans leur regard. Ils se téléportent, si vous préférez. Ou bien ils utilisent un portoloin.
- Et alors, c’est trop la honte de venir en voiture ? Ils n’ont pas de voiture, eux ?
- Non, ils n’ont pas de voiture.
- Pas de Citroën ? Ni d’Audi ? Une Rolls-Royce, peut-être ? Land Rover ? » Enchaîna Oswald avec un grand sourire.

Lucy restait silencieuse, elle suivait avec attention l’échange entre son père et son frère. Elle ne comprenait pas tout, ainsi, elle appréciait l’initiative de son frère de poser des questions, mais elle voyait bien que cela mettait mal à l'aise leur père. Une grimace déforma les traits d’ordinaire impassibles de Travis Allen. Il se mit à hauteur de ses enfants et les regarda successivement dans les yeux.

« Je vous ai déjà expliqué. Ces personnes… n’aiment pas trop… les moldus. Les personnes sans pouvoirs magiques. De ce fait, ils n’apprécient pas non plus les objets moldus, comme une voiture. Ou une télévision, un ordinateur. Il parlait d’une voix douce, comme s’il souhaitait que les enfants mémorisent chacune des informations, qu’il répétait pour une énième fois. Il avait beau expliquer toujours la même chose, Lucy ne comprenait rien. Pourquoi la famille de son père gardait-elle une telle distance avec les personnes sans pouvoirs magiques ? Après tout, c’était des êtres humains. Comme eux. Il leur manquait juste un truc : la magie. Mais on vivait très bien sans ! Essayez de parler le moins possible. Contentez-vous des formules de politesse : bonjour, au revoir, merci s’il y a besoin. N’engagez la conversation avec personne. Ne vous éloignez pas de moi. Évitez de regarder quelqu’un dans les yeux très longtemps et surtout : ne parlez pas de votre mère. »

Papa était étrange. Lucy ne comprenait pas la moitié de ses consignes. Elle n’avait jamais vu la famille de son père, ainsi, elle ne savait pas trop à quoi s’attendre. Mais à en écouter papa, on aurait dit qu’il s’agissait d’une expédition très dangereuse. Tous les trois de noirs vêtus, ils prirent la direction du petit cimetière de Chipping Campden.

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