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 Chipping Campden  1001 Nuits d'été  PV Solal R. 

Solal s'était tendit instantanément lorsque Elian prononça le nom d'une fille : était-il amoureux ? Il fut rassuré bien rapidement ; ce n'était pas le cas. Le Poufsouffle fit néanmoins une liste un peu trop longue de garçons, était-il amoureux de tout ceux-là ? De deux choses l'une, ou bien il était juste attaché à ces hommes, ou bien il était amoureux de lui ainsi que d'un millier d'autres hommes. Solal ne parut pas capable de se satisfaire de cette réponse mais n'en dit rien, il n'avait pas sa langue dans sa poche quand il s'agissait de dire ce qu'il pensait de façon générale, mais parler de son affection pour quelqu'un était bien différent.

« Oui, t'es mieux que les filles de toute façon ! » S'exclama-t-il avec toute la sincérité du monde. Il ne voyait pas ce qu'il pourrait chercher chez une fille qu'il ne trouvait pas déjà chez le Poufsouffle : il était intéressant, mignon et drôle. Et un peu bizarre. Tête en l'air, aussi. Passionné. Plein de qualités (ou de défauts) que le Serdaigle appréciait énormément. À cette pensée, il sentit son être entier se réchauffer, il n'avait jamais ressenti telle affection pour quelqu'un mais il ne s'en formalisa pas. Il avait compris qu'Elian était, à ses yeux, un garçon formidable et qu'il portait la couronne du Meilleur Ami.
Leurs conversations était à l'image d'Elian, aux yeux de Solal : spéciales, un peu délurées parfois, mais elles étaient toutes des conversations que Solal n'oublierait pas de si tôt. Une chose était sûre, c'est qu'il ne s'était pas ennuyé une seule fois lors de cette première journée de camping et s'était endormi aussitôt qu'ils s'étaient souhaités une bonne nuit.

Il fut réveillé, brisant un rêve où il chevauchait des donut's dans une galaxie de coton. C'était Elian, qui semblait bien énergique. Solal, lui, pas tout à fait. Il était plutôt un gros dormeur, et les matins étaient parfois difficiles. Ses yeux peinaient à s'ouvrir et il lui fallu de longues secondes avant de décoller sa joue de sa peluche. Il finit par se redresser rapidement en entendant un "côa" familier. C'était un crapaud ou une grenouille, Solal en entendait souvent près de chez lui mais il était difficile de les trouver dans la pénombre. Elian ne semblait pourtant pas craindre cette idée puisqu'il détala hors de la tente. Le Serdaigle ne se fit pas prier, attrapa ses chaussures qu'il enfila avant de rejoindre son ami, un sourire amusé aux lèvres bien qu'encore un peu endormi. Il attrapa la main de son camarade dans la sienne, puisqu'ils n'étaient éclairés que par la lune, et le tira avec lui.
« C'est par là ! Côa ! » fit-il pour imiter un crapaud, peut-être qu'entrer en communication avec ces amphibiens l'aiderait à les trouver. Il prit le chemin vers un des petits étangs qui bordaient la forêt, il n'était pas difficile de le retrouver puisqu'il suffisait de retrouver le sentier de randonnée et de le suivre. Le garçon connaissait assez la forêt pour ça, mais c'était un peu plus délicat dans l'obscurité nocturne.
« Tiens toi bien à moi. » il lui intima, ne se départant pas de cette manie qu'il avait pris de toujours veiller au grain. Enfin, ils arrivèrent devant l'étang dans lequel la lune se reflétait. L'image était très jolie, Solal aurait habituellement profité de la vue s'il n'était pas plongé dans son propre objectif : trouver des crapauds pour les montrer à Elian. 
« Fais doucement. » il avait baissé d'un ton et s'accroupit pour tenter d'être plus discret. D'expérience, il savait que les crapauds aimaient sortir de l'eau la nuit, il fallait plutôt chercher sur les bords de l'étang plutôt que de l'eau. Il avait lâché son camarade mais lui attrapa le bras aussitôt qu'il entendit un "côa !" tout proche. « Là, par là ! » murmura-t-il en s'approchant d'une grosse masse noire tapie sur le sol.
« Eh, salut Monsieur le Crapaud ! Oh.. Vous vous ressemblez un peu je trouve, c'est toi version crapaud. Saluuut Elian. » espiègle, le garçon tourna la tête vers son camarade avant de lui tirer la langue. Il se pencha ensuite pour observer le crapaud, qui était tout à fait horrible mais à la fois assez mignon.
« Ce serait cool qu'on en attrape deux et qu'on les garde, tu trouves pas ? » proposa-t-il, bien qu'il n'était pas tout à fait convaincu qu'ils parviennent à les attraper. Pour illustrer ses propos, il tendit ses mains vers le crapaud pour l'attraper. Le crapaud n'était visiblement pas d'accord, puisqu'il bondit, sous un "oh !" surpris et fâché de Solal. Aucun des deux n'avait dit son dernier mot et le Serdaigle s'empressa de se lancer à la poursuite du crapaud.
« Eliaaan, reviens ! »

Tapis en Chef, 2ème année RP.

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Acceptant d'attendre un peu, le temps que Solal puisse remonter le chemin vers lui dans la forêt, Elian attrapa sa main pour progresser avec plus d'assurance parmi les branchages et les racines qui dépassaient du sol un peu humide. La Lune laissait échapper quelques uns de ses rayons comme pour leur indiquer le chemin, créant autour d'eux une ambiance assez ésotérique. Dans la précipitation, aucun d'eux n'avait pensé à apporter la lampe à l'huile, probablement restée allumée sous la tente. Elian ne s'était posé aucune question en s'élançant impulsivement, dès que ses oreilles avaient pu percevoir les premiers coassements des crapauds s'élever dans la nuit. Sur le chemin, ils entendirent également le hululement d'une chouette, sûrement en pleine partie de chasse. Il y avait aussi des chouettes dessinées sur le pyjama d'Elian, mais il se souciait bien moins de leur état, n'hésitant pas à traverser des feuillages humides et salissants pour atteindre le point d'eau et profiter d'un spectacle qu'il n'aurait pas l'occasion d'observer autrement, le Poufsouffle en avait l'intime conviction.

La présence de Solal à ses côtés renforçait ce sentiment qu'ils avaient longtemps gardé pour eux mais que les deux garçons avaient fini par mettre en mots plus tôt dans la journée, chacun à leur façon : la vie ne les séparerait pas si facilement. Ils avaient atteint la conclusion ultime qu'ils devaient profiter du fait qu'ils s'étaient bien trouvés tous les deux, peu importe si les copains préféraient passer leur temps à chercher à nouer des relations avec les filles, ils continueraient de vivre loin des pressions sociales pour le moment. Peut-être que leur égarement passait aussi par cette évasion physique dans la forêt, comme un symbole de leur amitié étrange. Le Serdaigle avait pris les choses en main et choisissait les chemins à emprunter comme un explorateur expert des environs, en parlant un langage crapaud tout aussi approximatif qu'Elian. Ce dernier obéissait à ses ordres au doigt et à l’œil pour ne pas provoquer d'accident comme il avait l'habitude de faire. Bientôt, une étendue d'eau encerclée par la roche glissante et des arbres épais tels que des saules pleureurs se dessina devant eux. Tout ce paysage était éclairé par cette Lune qui les avait accompagné et qui se reflétait à présent dans la noirceur du bassin, en chœur avec les étoiles et la luminosité de centaines de lucioles papillonnant sur la surface. Elles semblaient s'amuser à éviter les grenouilles et les crapauds des environs, peu discrets avec leurs coassements incessants. Une lueur jaune traversa les yeux d'Elian, fendant le bleu de la pénombre. En fouillant dans sa mémoire, il n'arrivait pas à se rappeler de quelque chose d'aussi beau. Tandis qu'il admirait ce spectacle saisissant, son ami lui intima de ne pas faire de gestes brusques.

La bouche d'Elian ne s'était pas refermée depuis le moment où ils avaient découvert l'étang étoilé, et il avait imité Solal en se faisant tout petit près de lui, car un crapaud les observait à quelques pas d'eux, comme s'il cherchait à faire connaissance. Elian le défia du regard lorsque son ami le compara à l'amphibien, mais amusé par cet affront. Solal venait de lui attribuer son prénom lorsqu'Elian décida enfin de se venger en cherchant du regard un crapaud encore plus pustuleux. Il entendit derrière lui sa voix résonner pour lancer une idée qui déplairait forcément aux adultes qui partageaient leur vie, et pré-supposément surtout au père d'Elian.
« Parfait, alors c'est parti pour la chasse au crapaud ! » Le petit sorcier resserra ses bras croisés, il avait beau porter un sweatshirt, le temps estival demeurait plus froid la nuit. Il partit quand même à la recherche de son énième compagnon, on ne les comptait plus à présent. Sa prochaine obsession avait bien évidement un nom tout trouvé. « Solaaal, petit petit... » appela-t-il en sifflotant d'un air taquin.

Sur la rive, le son de l'eau bercée par la brise était particulièrement agréable à entendre et contrastait réellement avec le cri des crapauds. Elian put observer furtivement son reflet fatigué en s'accroupissant sur le rebord de l'étang. Il se trouvait particulièrement moins maladif depuis qu'on l'avait confié à la famille de Solal, ce ne devait pas être un hasard... Sur un rocher juste en face de lui, planté dans l'eau, un bruit rauque qui contrastait parmi tous les autres le sortit de sa torpeur mélancolique. Un crapaud qui n'avait visiblement pas de soucis pour se nourrir le fixait de ses énormes globes oculaires. Il louchait. C'était la première fois qu'Elian voyait un crapaud atteint d'un strabisme aussi puissant.
« Crôw. » répéta seulement celui-ci devant l'air étonné du petit garçon. Puis, d'un bond, il s'éloigna sur le rocher suivant, et le Poufsouffle l'imita pour se trouver à sa précédente place. Il l'attrapa à deux mains, mais le crapaud ne se débattait pas et restait figé dans une expression résolue. « Crôw. »
« Enchanté Solal, comme tu es lourd à porter ! »
lui dit-il en rejoignant la partie de la berge où ils avaient abouti le moment d'avant, s'adossant contre un saule pleureur pour y attendre Solal, et contemplant son homonyme dans ses bras. Allait-il réellement l'adopter définitivement et le rapporter à Cardiff ? Pour lui, la question ne se posait pas : il se battrait pour tout ce qu'il représentait, c'est-à-dire les moments passés avec son meilleur copain. Elian était prêt à jouer à l'avocat pour convaincre son père, quitte à le menacer d'une chose qu'il redoutait particulièrement. C'était un moyen de pression qu'il espérait ne pas avoir à utiliser, mais ce crapaud représentait la seule chose qu'il lui demanderait de toute sa vie, selon lui.

Une brume mouvante s'était formée sur la surface de l'étang, il ne manquait plus qu'un banjo ou un harmonica pour retrouver une ambiance des bayous de la Louisiane. Elian observait les lianes du grand saule pleureur se mouvoir lentement, il recommençait à pleuvoir. Reposé dans ce cocon de verdure, il espérait que Solal avait réussi à rattraper son crapaud et qu'il le rejoindrait rapidement, caressant le dos du sien comme s'il était un chat.

Moi je crois aux histoires auxquelles les autres
Ne croient pas encore

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Solal n'avait pas pris le temps d'observer le paysage. Il s'engouffrait dans l'obscurité et dans la brume sans se poser de questions, trébuchait quand une pierre ou une branche tentait de lui barrer la route. Il n'entendait plus Elian, derrière lui, et si l'idée l'inquiéta un instant, son attention fut bien vite accaparée par le crapaud récalcitrant. Ce dernier semblait apprécier la course poursuite : il s'éloignait, s'arrêtait et ne repartait que quand le Serdaigle s'approchait de lui. Le caractère de l'amphibien plu aussitôt à Solal, bien qu'il savait que les animaux au caractère fort étaient souvent agaçants, à la longue. Il n'avait jamais eu d'animal de compagnie lui-même, mais il avait vécu avec assez d'enfants en bas âge pour savoir qu'un animal récalcitrant serait sans doute aussi agaçant que Blaze, il y a quelques années. Le garçon aux cheveux corbeaux espéraient, d'une façon ou d'une autre, pouvoir apprivoiser le crapaud et le dresser. Peut-être pourraient-ils gagner quelques mornilles en offrant un spectacle de qualité dans les rues du Chemin de Traverse ?

Le destin lui donna un coup de main. Il trébucha, tomba lourdement sur le sol alors que ses mains se posèrent sur le crapaud dans un hasard incroyable. L'amphibien non plus ne semblait pas avoir vu le coup venir et il se débattit quelques secondes désespérément avant de finalement capituler. Un grand sourire sur les lèvres, le Serdaigle se releva, serrant le crapaud contre son torse comme s'il était la plus belle des créatures. En y regardant de plus près : le crapaud était assez disgracieux. Solal n'avait, de toute façon, jamais vu de joli crapaud. Il aurait pu se sentir coupable de l'avoir appelé Elian plus tôt, si le Poufsouffle n'avait pas appelé son propre crapaud Solal à son tour : à présent, c'était la moindre des choses de continuer à l'appeler Elian.

La panique gagna le brun quand il réalisa, enfin, qu'il ne savait pas où était son ami. Une goutte de pluie s'écrasa brusquement sur sa joue et, le nez plissé, il scruta les environs. C'est un "Crôw" qui attira son attention et il serra son crapaud d'autant plus contre lui.
« Viens Elian, je vais te présenter Elian. » déclara-t-il en avançant de façon un peu hasardeuse. Le crapaud était un peu plus lourd que prévu, un peu plus fort et un peu plus sauvage. S'il restait immobile un moment, il se remettait ensuite parfois à bouger et Solal n'avait plus qu'une question en tête : comment allait-il réussir à garder le crapaud ?

Son visage s'illumina en un énorme sourire lorsqu'il remarqua le Poufsouffle; il l'attendait sagement sous un saule pleureur. Il y avait quelque chose d'incroyablement agréable à l'idée qu'Elian était toujours là, calme, à attendre Solal. Le Serdaigle sentit une nouvelle fois son corps se remplir d'une chaleur étrange, de l'affection peut-être. Il avait rencontré beaucoup d'apprentis sorciers durant sa première année à Poudlard, mais Elian était le seul à lui faire ressentir un tel sentiment de bien-être. À nouveau, il se fit la remarque qu'il n'avait pas besoin de filles, Elian lui apportait déjà tout ce dont il avait besoin. Il pensa même pendant un instant qu'il n'avait pas besoin d'autres amis que le Poufsouffle pour être heureux mais se résigna, il ne fallait pas qu'il oublie l'affection qu'il portait à ses autres amis. Son esprit enregistra néanmoins la pensée ; le blondinet était plus important que les autres et apportait, au Serdaigle, quelque chose de différent.

« Oh, toi aussi t'as ton crapaud ! Solal, hein. » fit-il remarquer en plissant les yeux en une moue presque boudeuse, bien que totalement amusé. Il approcha légèrement son crapaud de celui d'Elian mais il se mit à bouger frénétiquement, comme s'il voulait fuir. À deux doigts de lâcher le crapaud, le Serdaigle se recula et entreprit de serrer plus fermement l'animal dans ses bras.
« Je crois qu'Elian aime pas Solal. » la moue boudeuse se transforma en une moue triste. Solal voyait déjà les deux crapauds s'amuser ensemble dans l'herbe, tandis que le Poufsouffle et le Serdaigle seraient assis un peu plus loin à les observer. Mais ce n'était visiblement pas pour aujourd'hui. Le garçon aux cheveux corbeaux n'avait pas imaginé une seule seconde que leurs crapauds ne pourraient pas s'entendre.
« Allez viens, on va à la tente sinon on va être tout mouillé. » Il jeta un regard au visage du Poufsouffle, comme pour s'assurer que cet Elian là l'aimait lui, au contraire des deux crapauds. La réponse n'était malheureusement pas écrite sur le visage du garçon et Solal tourna le dos à contre cœur pour s'aventurer sous le léger filet de pluie et prendre la direction de la tente. La perspective qu'Elian pouvait ne pas l'aimer le troubla, et si l'attachement qu'il avait pour le Poufsouffle n'était pas réciproque ? Et si Elian se lassait de Solal suite à ce séjour ? Le Serdaigle se mit à traîner des pieds comme une âme en peine, portant le crapaud à bouts de bras.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

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Il faisait toujours aussi obscur mais Elian distingua tout de même parfaitement la silhouette de Solal s'approcher du saule où il s'était installé. D'un air satisfait, le Poufsouffle lui confirma d'un signe de tête que son crapaud s’appellerait bien Solal. C'était amusant de constater qu'il n'avait pas la même énergie que son homonyme, il restait calé contre lui comme s'il avait déjà abandonné tout combat pour regagner sa liberté - ou bien était-il seulement dans un état catatonique, effrayé par ce garçon qui lui accordait soudain beaucoup d'attention. Mais tout comme le Serdaigle, il semblait apprécier la pluie. Le crapaud prénommé Elian, en revanche, leur fit bien comprendre qu'il n'appréciait son compère, se débattant dès lors que Solal les eut approchés comme des Tamagotchi moldus. « Coa. » fit seulement l'animal, comme pour s'excuser du dérangement qu'il provoquait. Le petit sorcier, lui, n'appréciait pas de remarquer de la déception sur le visage de son ami. « Boarf t'inquiète pas, une relation ça se construit petit à petit. » C'était partiellement faux, certaines personnes n'avaient besoin que d'un seul regard ou d'échanger que quelques mots pour comprendre qu'elles allaient passer de longs moments ensemble, comme cela avait été le cas de Solal et lui-même. Il n'était quand même pas découragé pour les crapauds, ils seraient bien forcés de s'entendre un jour - mais se jura de s'assurer de l'absence de cas de cannibalismes chez les batraciens.

Après lui avoir proposé de retourner à la tente, Solal et lui s'engagèrent sur le chemin du retour, bien plus humide qu'à l'aller. Elian se tourna vers le fleuve pour observer les lucioles se disperser en illuminant une dernière fois les gouttes d'eau qui s'écrasaient sur la surface de l'étang noir. Plus ils progressaient en direction du camp, plus l'idée de présenter un crapaud à son père lui semblait absurde. Il lui restait deux jours pour préparer sa défense, avant qu'on revienne le tirer de son rêve éveillé auprès de Solal, car avoir un véritable ami auprès duquel il pouvait se confesser et partager des moments anthologiques, à l'image de celui qu'ils venaient de vivre, n'avait jamais été inscrit dans sa réalité.
« On va bien trouver un moyen de les réconcilier. Tu sais on me fait apprendre la flûte, peut-être qu'un jour je serais capable d'ensorceler les crapauds. Le Joueur de Flûte d'Hamelin pouvait le faire avec les rats ! » Elian savait que c'était très ambitieux, mais il voulait remonter le moral de Solal par tous les moyens, car même si leur idée était très mauvaise, c'était leur idée et ils allaient l'accomplir jusqu'au bout !

Leur tente, elle, n'avait pas bougé d'un pouce, toujours illuminée par la petite lampe à l'huile dont la lueur commençait à faiblir. Heureusement, elle n'avait pas attiré toute la faune de la forêt, seulement des centaines de lucioles, bien plus que devant l'étang, agglutinées autour de la toile.
« Oh c'est trop beau ! » s'étonna Elian en s'immobilisant à quelques mètres de leur campement. « Tu crois qu'elles pensent qu'on a pris leur reine en otage dans la tente ? » La lampe créait un gros point lumineux à travers la toile, comme une luciole bien portante. Il reprit sa marche pour s'approcher, la plupart se dispersèrent à leur passage, leur montrant qu'elles ne nuiraient probablement pas à leur sommeil - ou bien moins que les lubies nocturnes des deux garçons, en tout cas. Il était agréable de retourner sous leur abri après cette petite marche sous la pluie, Elian n'attendit pas pour se remettre dans son sac de couchage non sans grelotter un peu, après avoir cédé son coussin au crapaud qui sembla le remercier en lui tirant la langue. « Bon ça suffit les bêtises maintenant, on va jamais réussir à dormir par ta faute ! » accusa-t-il injustement son ami en rigolant. Elian leur imposa le sommeil en soufflant sur la lampe, mais sa voix fatiguée, entrecoupée d'un bâillement s'éleva de nouveau, dans le noir complet. « Merci de m'avoir suivi, t'es le meilleur. » Ses yeux se fermèrent ensuite automatiquement.


JOUR 3

Des yeux louchant croisèrent les siens, qui s'ouvraient progressivement. Solal le crapaud, toujours immobile, le fixait dans un regard digne de sa peluche Bicorne - un véritable cauchemar vivant pour tout ceux qui devaient en subir la vue. La nuit fut bien trop courte, c'était la conclusion qu'Elian avait pu atteindre en essayant de se lever d'un seul coup. Il ne savait pas si c'était dû au fait qu'il avait arrêté d'un seul coup les potions qu'on lui faisait boire habituellement, mais sa tête tournait à chaque fois qu'il devait réaliser le moindre geste visant à s'extirper de son sac de couchage. Le Poufsouffle finit par s'avouer vaincu en utilisant la méthode de dé-zipper complètement l'un des côtés pour se lever plus facilement.

Des rayons aveuglants traversaient le sommet de leur tente pour la chauffer à une température incroyablement élevée. L'herbe à l'extérieure était encore humide. Elian enfila ses chaussures avant de sortir respirer l'air du matin, c'était incroyable pour lui de se lever et d'atterrir directement au beau milieu d'une nature florissante, le camping était vraiment une activité faite pour lui. Il éternua et sentit une douleur sourde dans tous ses membres, s’asseyant sur une souche de bois devant les braises, les mains croisées autour de ses abdominaux. C'était une sensation étrange que d'être enrhumé, et comme Elian ne l'avait jamais connue, il finit par en tirer une grande fierté. Les yeux rouges, humides et cernés, il chercha Solal du regard. Il était très impatient de lui annoncer l'ultime affront qu'il pourrait faire à son père.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 17 décembre 2018, 18 h 02, modifié 1 fois.

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S'il y avait quelque chose qu'appréciait Solal tout particulièrement chez le Poufsouffle —la liste était longue mais il aimait se persuadait du contraire—, c'était bien que le garçon semblait très cultivé. Il faisait souvent références à des choses que le Serdaigle ne connaissait même pas; et il notait dans un coin de sa tête les références en espérant pouvoir faire des recherches à ce sujet plus tard. Il oubliait bien trop souvent. En attendant, il se contentait de hocher la tête en souriant pour se donner l'air de savoir de quoi il s'agissait. Un joueur de flûte qui ensorcelait des rats ? Pourquoi pas, après tout. Le Serdaigle voulait bien être le prochain joueur de flûte qui ensorcelle des animaux, des oiseaux plus précisément.

« Il peut ensorceler les oiseaux, avec sa flûte ? » demanda-t-il, peut-être que s'il pouvait ensorceler les oiseaux avec, Solal pourrait tenter de lui voler sa flûte. L'idée s'extirpa vite de ses pensées alors qu'Elian attira son attention sur le nombre de lucioles qui volaient autour de leur tente. Il les imaginait, paniquées, cherchant à sauver leur reine. Il espérait pour elles néanmoins qu'elles savaient que leur reine n'était pas là, ils ne voulaient pas leur infliger plus de stress que nécessaire. Ils s'allongèrent dans la tente, le Serdaigle ressentit à nouveau une sorte de chaleur confortable dans le creux de son estomac, quelque chose qui avait le goût du bonheur. La chaleur s'intensifia lorsque Elian le complimenta, et il ne put offrir à son ami qu'un rire absolument ridicule.
Le crapaud nommé Elian semblait s'être calmé pendant un moment. Solal, serein, ferma les yeux et laissa Morphée l'attirer dans ses bras.
Crôa Un bruit sourd suivi le crôa en question; le crapaud venait de sauter sur le ventre de Solal qui, surpris, ne sut exprimer sa douleur qu'avec un souffle mélangé à un grognement inhumain. Tout allait bien, le crapaud n'avait sans doute pas fait exprès après tout. Il ferma les yeux et se laissa à nouveau glisser dans les bras de Morphée.

Le matin venu, Solal se réveilla avec les sourcils froncés et trois mèches levées sur la tête. Le crapaud Elian n'avait rien à voir avec le Poufsouffle : il était bruyant, avait passé la nuit à jouer au trampoline sur le ventre du Serdaigle. Le garçon s'était alors levé aux aurores, agacé, et avait fini par faire une cage pour le crapaud en plantant des branches dans le sol verticalement et en mettant un tissu par dessus pour ne pas que l'amphibien saute. Il était ensuite parti en randonnée, profitant de sa tranquillité justement méritée.
La pluie de la veille avait fait venir des tas d'escargots. Le Serdaigle se lança alors dans une chasse aux limaces à coquilles, comme Cosmo aimait les appeler. Il avait une idée d'occupation pour ce matin : une course d'escargots ! Tout à fait injustement, Solal sélectionnait déjà les escargots qui avaient l'air les plus rapides pour les garder pour lui. Il ne comptait pas laisser Elian gagner, peu importe à quel point il pouvait aimer le Poufsouffle.

Quand il revint au campement de fortune qui était le leur, les mains remplies d'escargots, il aperçut le Poufsouffle assit près du feu de camp. Il s'approcha de lui, un grand sourire aux lèvres. L'escapade et la vue de son ami l'avaient totalement lavé de sa mauvaise humeur due au crapaud. Le Poufsouffle semblait d'ailleurs un peu malade, les yeux rouges. Si Solal n'était pas aussi excité à l'idée de faire une course aux escargots, il aurait trouvé le temps de demander à Elian s'il allait bien : ce n'était pas le cas.


« Coucou ! Regarde, j'ai des escargots ! Tu veux faire une course avec eux ? » demanda-t-il en tendant à Elian une main remplie d'escargots : les plus lents, à l'exception d'un escargot. Solal n'était pas tout à fait sans cœur. Il s'assit en tailleur à côté d'Elian, et tendit son autre main, sur laquelle étaient accrochés les escargots qui formaient sa propre équipe.
« Tu vois, lui c'est Rapido. Parce que j'espère qu'il est rapide. Lui c'est Zig-Zag, il a des zig-zag sur sa coquille. Là, c'est Long-Cou. Il a un long cou. » Il avança sa main si proche de son propre visage pour bien voir ses escargots qu'il louchait légèrement. Il plaçait, en son équipe, tous ses espoirs. Il ne pouvait pas perdre face à Elian, le visiteur.

Tapis en Chef, 2ème année RP.

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Le sourire aux lèvres, Elian avait dû annoncer à son ami que non, le Joueur de Flûte n'ensorcelait pas les oiseaux et se spécialisait bien dans l'enchantement des rats, si l'on supposait qu'il avait réellement existé un jour. Mais l'idée de pouvoir contrôler des animaux volants lui avait particulièrement plu. « On aurait pu faire des ballets aériens avec eux ! Je veux dire, les oiseaux, pas les rats. » Même si imaginer des rats s'envoler sur des balais miniaturisés était encore plus séduisant. Il y avait quelque chose de poétique dans la passion de Solal pour ces animaux, d'autant plus lorsque l'on savait qu'il avait fait beaucoup d'efforts l'année passée pour s'intégrer pleinement dans l'équipe de Quidditch de sa maison. Maintenant qu'il avait adopté un crapaud, peut-être que le Serdaigle finirait par inventer une nouvelle activité liée à cette espèce, mais cette idée ne lui paraissait plus vraiment poétique.

Elian s'était réveillé avec la vue de son homologue crapaud enfermé sporadiquement dans une cage improvisée. Le sien, en revanche, n'avait pas bougé d'un pouce de toute la nuit, aussi inquiétant que cela puisse paraître. Solal semblait revenir d'une randonnée, et le Poufsouffle lui aurait bien demandé le secret de son énergie matinale car lui n'en possédait aucune. Ses yeux s'écarquillèrent avant même qu'il ne puisse saluer son ami, car ce dernier était revenu en compagnie d'une demi-douzaine d'escargot baveux dans les mains. C'était la plus belle chose qu'il avait vu de sa vie. Habitant dans un appartement, Elian n'avait jamais pu s'amuser tranquillement avec les escargots et avait toujours été obligé de partager leur compagnie avec les moldus de son école primaire, bien moins respectueux de ces bestioles que lui. Il n'eut même pas à répondre à la proposition de Solal qui visait à savoir si une course d'escargots pouvait l'intéresser, Elian était partant et le faisait bien savoir en saisissant ses escargots de compétition un par un précautionneusement par leurs coquilles, réprimant un rire nerveux face aux bruits de succions que provoquait cette opération sur la main du petit Serdaigle.

Ce dernier lui présenta sa propre équipe de gastéropodes, le Poufsouffle se rapprochant lui aussi de sa main pour mieux comprendre les appellations et, se rendant soudain compte de la proximité qu'avait initié cette rencontre, se contenta de le complimenter avec une pointe de malice dans l'expression de son visage :
« Quel génie. », avant de tracer rapidement un trait au sol avec son pied - un semblant de ligne d'arrivée - et de s'installer un peu plus loin derrière lui, en tailleur sur une petite étendue herbée près de la tente. Il posa un par un ses escargots devant lui : « Je te présente Sigmund, il a une tâche là, on dirait qu'il a une moustache comme mon parrain. Et mon parrain s'appelle Sigmund. » Il avait conscience que ses explications étaient bien moins claires que celles de Solal, mais celui-ci avait eu, bien injustement, l'avantage d'avoir eu le temps de répéter sa présentation et de ne pas avoir attrapé un rhume pendant la nuit. « Celui qui rampe sur le sol, c'est Salazar. » C'était ne pas prendre en considération que tous les escargots rampaient et que ce n'était donc pas une caractéristique propre à celui-ci. « Et lui euh... » Le dernier escargot était resté immobile, à l'endroit où Elian l'avait posé, comme s'il attendait le feu vert pour partir au quart de tour, ses petites antennes tendues vers l'horizon. « On va rester sobre, il va s'appeler Rapido, deuxième du nom. »

Ses petites mains n'avaient de cesse que de récupérer les deux autres pour les placer à côté de Rapido deuxième du nom, puisqu'ils n'arrêtaient pas de glisser dans des directions différentes. « Roh vous êtes pas gentils du tout. » Il n'y avait pourtant pas une once de colère dans le son de sa voix. « Je peux faire le décompte ? » Il n'attendit pas que Solal soit prêt pour le faire, c'était un peu déloyal de la part d'un Poufsouffle, mais c'était surtout pour profiter du fait que leurs escargots étaient tous alignés approximativement à la même hauteur, et qu'ils ne pouvaient pas les tenir comme il le faisait, du bout des doigts, très longtemps : « Quatre, trois, un, deux, partez ! » Sigmund ne tarda pas à monter sur la coquille de Salazar, qui rampa beaucoup moins bien avec ce poids sur ses épaules d'escargot. En revanche, Rapido deuxième du nom prenait toujours la course très au sérieux et, comme investi d'une mission, fut le seul à rivaliser avec les escargots de compétition de Solal. Elian s'attelait à détacher les deux bestioles en scandant des encouragements à son poulain gastéropode. « Tout droit, c'est ça, parfait, fabuleux ! Ça sent la défaite Rosenb- » Sa phrase d'évanouit en un "oh" de contemplation, puisque les escargots de son adversaire s'en sortaient bien mieux que les siens. Elian s'éclaircit la gorge comme pour ravaler ses paroles.

Moi je crois aux histoires auxquelles les autres
Ne croient pas encore

 Chipping Campden  1001 Nuits d'été  PV Solal R. 

Solal ne s'était pas attendu une seule seconde à ce que le Poufsouffle refuse, mais il fut tout de même bien heureux de savoir qu'Elian était partant, lui aussi. La solidité de leur amitié et le confort qui la caractérisait venait sûrement de leurs intérêts communs : il fallait sans doute être fou pour refuser une course d'escargots. Le Serdaigle appréciait à quel point son ami était toujours motivé pour toutes les activités qu'ils entreprenaient ensemble et son sourire s'élargit si grand qu'il en eut mal aux joues.
Elian n'avait pas non plus été très créatif pour les noms des escargots, il avait même eu le culot de plagier le nom d'un des poulains de Solal. Le garçon pinça ses lèvres un instant avant de se détendre, rassuré par un pensée : Rapido deuxième du nom n'était certainement pas meilleur que l'Original. De toute façon, Solal était un dompteur d'escargots aguerrit et il avait gagné de nombreuses compétitions à l'étranger —c'est-à-dire dans le patelin d'à côté, et une seule fois en réalité, de plus l'équipe adverse avait été violemment écrasée par un cycliste sur son vélo qui passait à toute allure mais il y avait des choses qu'il valait mieux oublier.

« Ils sont un peu nuls les noms de tes escargots, sans rancune, en plus Salazar c'était pas un escargot. Mais bon l'équipe aurait pu être prometteuse, dommage que tu tombes contre mon équipe de champignons ! Voulait-il dire champions ?
Toujours est-il que son équipe aux noms supérieurs allait gagner. Il se pencha vers chacun des escargots, manquant de les faire rentrer dans leur coquille tant il était proche, pour leur souffler des paroles d'encouragement avant de se redresser. Il dut réprimer un sourire : la remarque d'Elian quant au manque de gentillesse de ses escargots était cruellement adorable, bien qu'elle dénotait du manque total de professionnalisme et de contrôle du dompteur. Mais tout le monde commençait quelque part un jour.

Le départ fut donné dans une telle hâte que Solal faillit se prendre les pieds dans ce qui devait être un trou creusé par la pluie une saison plus tôt, mais il réussit à se redresser juste à temps pour ne pas écraser Zigzag. La catastrophe évitée et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, le Serdaigle se mit à quatre pattes par terre pour se pencher vers ses escargots et les surveiller. Par un quelconque miracle, ils avaient décidé d'avancer dans la bonne décision. Le garçon resta silencieux. Si, un an plus tôt, il s'efforçait de parler tout le temps comme s'il avait peur du silence, il avait appris qu'il n'y avait rien de plus reposant que d'écouter. Or, ce qu'il écoutait à présent, c'était les exclamations d'Elian et il lui fallut tous les efforts du monde pour se remettre dans la course. Se relevant d'un bond, dans une position étrange avec les jambes un peu trop écartées, les poings serrés et collés aux hanches, il lança l'assaut contre son propre intérêt étrange envers son ami, décidant de le balayer d'un revers de la main. Il n'y avait qu'une chose qui importait : la course.


« Zigzag est en tête, malgré son nom il galope tout droit, on a jamais vu ça ! Quelle foulée, quelle détente ! Regardez-le qui file vers l'horizon pendant que Rapido deuxième du nom tente coûte que coûte de rejoindre le peloton de tête. Mais... Non ! Rapido premier du nom a totalement oublié l'objectif de cette course, il se dirige vers Eli- Oh ! Il monte sur sa chaussure, NE. BOUGE. SURTOUT. PAS. ELIAN. » Le voilà à courir comme un dérangé, les mains en l'air avant de se pencher pour attraper Rapido premier du nom. Nouvelle frayeur et nouvelle catastrophe évitée, il déposa Rapido premier du nom sur le banc de touche. Il ne comptait pas risquer sa vie à nouveau, Rapido était un poulain très prometteur et avait su briller dans de nombreuses courses avant celle-ci.
« Une fois avec mon père on a été voir des courses de chevaux comme ça, de chez les moldus. Parce qu'il voulait voir s'il pouvait s'en inspirer pour des balais. J'suis pas sûr qu'il en ait tiré quelque chose mais les commentaires étaient drôles. Ils parlaient super vite je comprenais r-i-e-n. » Comme s'il était gêné à l'idée d'être trop loin de ses escargots, Solal s'accroupit à nouveau devant Rapido et Zigzag. Long-cou avait lui aussi totalement abandonné la course, préférait se joindre aux activités discutables de Sigmund et Salazar. Fort bien : au moins ils se faisaient des amis, le sport n'était pas qu'une question de gagner !
« P'têt bien qu'ils vont aller boire un verre de jus d'orange après ça et qu'ils rigoleront de cette course. J'crois qu'ils sont plus amis que rivaux, hein. »

Tapis en Chef, 2ème année RP.

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Si Elian avait bien senti que Solal avait longuement posé ses yeux sur lui, il n'en avait montré aucun indice et avait continué de scruter l'avancement des escargots de course. Peut-être avait-il peur de le surprendre, pourtant son cœur battait assez fort pour lui montrer que cette attention lui plaisait particulièrement. Il ne lui en avait même pas voulu lorsqu'il lui avait dit que ses idées de noms pour les escargots étaient nuls, même s'il aurait bien voulu lui répliquer que, pour autant qu'ils en savaient, Salazar Serpentard aurait très bien pu être un escargot. Il fallait avouer cependant que Solal avait des commentaires bien plus intéressants que les siens, on aurait même dit qu'il avait fait ça toute sa vie. Entrecoupée par les éclats de rire d'Elian en réponse à chacune des évolution de la course, cette dernière battait son plein. Puis, d'un seul coup, le petit sorcier se figea - non sans avoir sursauté quand son ami lui avait ordonné de rester statique. Rapido premier du nom faisait réellement honneur à son nom, il semblait n'avoir peur de rien à vouloir entamer une ascension sur sa chaussure. Dans un "ploc" caractéristique, Solal l'enleva et le reposa près de la piste improvisée. Elian défia du regard le gastéropode, à la limite de la grimace. « C'est tout ce que tu as gagné, à vouloir défier plus grand que toi ! » Cette phrase resta un peu en suspens dans son esprit, c'était bien une chose qu'il se gardait lui-même de faire, tel Rapido, de défier plus grand que lui.

Solal lui expliqua d'où lui venait la vocation des commentaires de courses, et Elian s'amusa à l'idée que l'on pouvait parler encore plus vite pour décrire des actions. Il n'était pas difficile d'imaginer que c'était compliqué d'y comprendre quelque chose, puisque même à vitesse normale son propre cerveau n'assimilait pas toutes les informations. Son propre père ne possédait pas la ferveur de ce genre de sorties et l'on pouvait facilement en deviner les raisons : trop de monde, trop de possibilités de se perdre, trop de potentiels tueurs parmi la foule, trop d'excitation pour le cerveau, et la liste continuait davantage. La sortie la plus dangereuse qu'ils faisaient ensemble était probablement celle de la promenade du dimanche au parc communal de Cardiff, qui consistait à marcher tout les deux à une distance très proche, à traverser un pont, et à revenir sur leurs pas. L'idée d'observer des chevaux courir était merveilleuse pour Elian, c'était comme voir des Licornes courir mais avec le risque en moins qu'elles se plantent entre elles. La course d'escargots était cependant une bonne alternative, surtout partagée avec Solal.
« De tous les liquides dont les escargots pouvaient s'abreuver, il a fallu que tu choisisses le jus d'orange... » Il s'allongea les bras en croix comme s'il se desséchait après avoir réalisé une traversée du désert éreintante.

L'instant d'après, ils se trouvaient sur le chemin du retour munis de tout leur attirail et de leurs nouveaux compagnons, il leur en fallait peu pour décamper. Elian avait vissé de nouveau sa casquette sur ses cheveux mal coiffés, et suivait toujours son ami au pas comme s'il suivait un guide touristique. Le petit sorcier pouvait déjà sentir les effets du soleil avec le contact des anses de son sac qui faisaient souffrir ses épaule à chaque fois qu'il essayait de les mouvoir.
« C'est déjà demain que mon père vient me chercher, tu crois que si on fait semblant de se perdre dans les bois, on pourra gagner quelques journées de plus à passer ensemble ? Il fit une pause, une ride se formant entre ses sourcils. « Enfin, il aurai fallu qu'on emmène du jus d'orange avant... » Plus ils s'approchaient de la maison des Rosenberg, plus l'adoption de son crapaud devenait réelle. Son amphibien, coincé sur son torse entre ses bras, et lui-même s'observèrent sans avoir d'expression sur le visage. C'était définitivement une mauvaise idée, une très mauvaise idée. Mais quelque chose le retenait de laisser cette idée s'envoler : son père n'était pas le genre de sorcier à prendre le risque de paraître autoritaire en obligeant son fils à relâcher son crapaud après qu'il se soit bien attaché à lui. Il serait tout simplement pris au piège, mais cela importait peu pour Elian : pour une fois, il obtiendrait ce qu'il voulait, et ce n'était pas étonnant pour lui que cette nouveauté se fasse chez Solal. Il n'y avait plus qu'à espérer que les parents de ce dernier acceptent de garder eux aussi un crapaud, sinon il n'aurait plus d'excuse pour garder le sien. Mais il était en confiance, après avoir constaté la liberté dont jouissait toute la fratrie de Solal. Comme pour le remercier de ce fait, Elian s'approcha de son hôte et le gratifia d'un sourire énigmatique.

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