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 Chipping Campden  Les Nuits d'été  PV Solal R. 

Solal s'était tendit instantanément lorsque Elian prononça le nom d'une fille : était-il amoureux ? Il fut rassuré bien rapidement ; ce n'était pas le cas. Le Poufsouffle fit néanmoins une liste un peu trop longue de garçons, était-il amoureux de tout ceux-là ? De deux choses l'une, ou bien il était juste attaché à ces hommes, ou bien il était amoureux de lui ainsi que d'un millier d'autres hommes. Solal ne parut pas capable de se satisfaire de cette réponse mais n'en dit rien, il n'avait pas sa langue dans sa poche quand il s'agissait de dire ce qu'il pensait de façon générale, mais parler de son affection pour quelqu'un était bien différent.

« Oui, t'es mieux que les filles de toute façon ! » S'exclama-t-il avec toute la sincérité du monde. Il ne voyait pas ce qu'il pourrait chercher chez une fille qu'il ne trouvait pas déjà chez le Poufsouffle : il était intéressant, mignon et drôle. Et un peu bizarre. Tête en l'air, aussi. Passionné. Plein de qualités (ou de défauts) que le Serdaigle appréciait énormément. À cette pensée, il sentit son être entier se réchauffer, il n'avait jamais ressenti telle affection pour quelqu'un mais il ne s'en formalisa pas. Il avait compris qu'Elian était, à ses yeux, un garçon formidable et qu'il portait la couronne du Meilleur Ami.
Leurs conversations était à l'image d'Elian, aux yeux de Solal : spéciales, un peu délurées parfois, mais elles étaient toutes des conversations que Solal n'oublierait pas de si tôt. Une chose était sûre, c'est qu'il ne s'était pas ennuyé une seule fois lors de cette première journée de camping et s'était endormi aussitôt qu'ils s'étaient souhaités une bonne nuit.

Il fut réveillé, brisant un rêve où il chevauchait des donut's dans une galaxie de coton. C'était Elian, qui semblait bien énergique. Solal, lui, pas tout à fait. Il était plutôt un gros dormeur, et les matins étaient parfois difficiles. Ses yeux peinaient à s'ouvrir et il lui fallu de longues secondes avant de décoller sa joue de sa peluche. Il finit par se redresser rapidement en entendant un "côa" familier. C'était un crapaud ou une grenouille, Solal en entendait souvent près de chez lui mais il était difficile de les trouver dans la pénombre. Elian ne semblait pourtant pas craindre cette idée puisqu'il détala hors de la tente. Le Serdaigle ne se fit pas prier, attrapa ses chaussures qu'il enfila avant de rejoindre son ami, un sourire amusé aux lèvres bien qu'encore un peu endormi. Il attrapa la main de son camarade dans la sienne, puisqu'ils n'étaient éclairés que par la lune, et le tira avec lui.
« C'est par là ! Côa ! » fit-il pour imiter un crapaud, peut-être qu'entrer en communication avec ces amphibiens l'aiderait à les trouver. Il prit le chemin vers un des petits étangs qui bordaient la forêt, il n'était pas difficile de le retrouver puisqu'il suffisait de retrouver le sentier de randonnée et de le suivre. Le garçon connaissait assez la forêt pour ça, mais c'était un peu plus délicat dans l'obscurité nocturne.
« Tiens toi bien à moi. » il lui intima, ne se départant pas de cette manie qu'il avait pris de toujours veiller au grain. Enfin, ils arrivèrent devant l'étang dans lequel la lune se reflétait. L'image était très jolie, Solal aurait habituellement profité de la vue s'il n'était pas plongé dans son propre objectif : trouver des crapauds pour les montrer à Elian. 
« Fais doucement. » il avait baissé d'un ton et s'accroupit pour tenter d'être plus discret. D'expérience, il savait que les crapauds aimaient sortir de l'eau la nuit, il fallait plutôt chercher sur les bords de l'étang plutôt que de l'eau. Il avait lâché son camarade mais lui attrapa le bras aussitôt qu'il entendit un "côa !" tout proche. « Là, par là ! » murmura-t-il en s'approchant d'une grosse masse noire tapie sur le sol.
« Eh, salut Monsieur le Crapaud ! Oh.. Vous vous ressemblez un peu je trouve, c'est toi version crapaud. Saluuut Elian. » espiègle, le garçon tourna la tête vers son camarade avant de lui tirer la langue. Il se pencha ensuite pour observer le crapaud, qui était tout à fait horrible mais à la fois assez mignon.
« Ce serait cool qu'on en attrape deux et qu'on les garde, tu trouves pas ? » proposa-t-il, bien qu'il n'était pas tout à fait convaincu qu'ils parviennent à les attraper. Pour illustrer ses propos, il tendit ses mains vers le crapaud pour l'attraper. Le crapaud n'était visiblement pas d'accord, puisqu'il bondit, sous un "oh !" surpris et fâché de Solal. Aucun des deux n'avait dit son dernier mot et le Serdaigle s'empressa de se lancer à la poursuite du crapaud.
« Eliaaan, reviens ! »

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Acceptant d'attendre un peu, le temps que Solal puisse remonter le chemin vers lui dans la forêt, Elian attrapa sa main pour progresser avec plus d'assurance parmi les branchages et les racines qui dépassaient du sol un peu humide. La Lune laissait échapper quelques uns de ses rayons comme pour leur indiquer le chemin, créant autour d'eux une ambiance assez ésotérique. Dans la précipitation, aucun d'eux n'avait pensé à apporter la lampe à l'huile, probablement restée allumée sous la tente. Elian ne s'était posé aucune question en s'élançant impulsivement, dès que ses oreilles avaient pu percevoir les premiers coassements des crapauds s'élever dans la nuit. Sur le chemin, ils entendirent également le hululement d'une chouette, sûrement en pleine partie de chasse. Il y avait aussi des chouettes dessinées sur le pyjama d'Elian, mais il se souciait bien moins de leur état, n'hésitant pas à traverser des feuillages humides et salissants pour atteindre le point d'eau et profiter d'un spectacle qu'il n'aurait pas l'occasion d'observer autrement, le Poufsouffle en avait l'intime conviction.

La présence de Solal à ses côtés renforçait ce sentiment qu'ils avaient longtemps gardé pour eux mais que les deux garçons avaient fini par mettre en mots plus tôt dans la journée, chacun à leur façon : la vie ne les séparerait pas si facilement. Ils avaient atteint la conclusion ultime qu'ils devaient profiter du fait qu'ils s'étaient bien trouvés tous les deux, peu importe si les copains préféraient passer leur temps à chercher à nouer des relations avec les filles, ils continueraient de vivre loin des pressions sociales pour le moment. Peut-être que leur égarement passait aussi par cette évasion physique dans la forêt, comme un symbole de leur amitié étrange. Le Serdaigle avait pris les choses en main et choisissait les chemins à emprunter comme un explorateur expert des environs, en parlant un langage crapaud tout aussi approximatif qu'Elian. Ce dernier obéissait à ses ordres au doigt et à l’œil pour ne pas provoquer d'accident comme il avait l'habitude de faire. Bientôt, une étendue d'eau encerclée par la roche glissante et des arbres épais tels que des saules pleureurs se dessina devant eux. Tout ce paysage était éclairé par cette Lune qui les avait accompagné et qui se reflétait à présent dans la noirceur du bassin, en chœur avec les étoiles et la luminosité de centaines de lucioles papillonnant sur la surface. Elles semblaient s'amuser à éviter les grenouilles et les crapauds des environs, peu discrets avec leurs coassements incessants. Une lueur jaune traversa les yeux d'Elian, fendant le bleu de la pénombre. En fouillant dans sa mémoire, il n'arrivait pas à se rappeler de quelque chose d'aussi beau. Tandis qu'il admirait ce spectacle saisissant, son ami lui intima de ne pas faire de gestes brusques.

La bouche d'Elian ne s'était pas refermée depuis le moment où ils avaient découvert l'étang étoilé, et il avait imité Solal en se faisant tout petit près de lui, car un crapaud les observait à quelques pas d'eux, comme s'il cherchait à faire connaissance. Elian le défia du regard lorsque son ami le compara à l'amphibien, mais amusé par cet affront. Solal venait de lui attribuer son prénom lorsqu'Elian décida enfin de se venger en cherchant du regard un crapaud encore plus pustuleux. Il entendit derrière lui sa voix résonner pour lancer une idée qui déplairait forcément aux adultes qui partageaient leur vie, et pré-supposément surtout au père d'Elian.
« Parfait, alors c'est parti pour la chasse au crapaud ! » Le petit sorcier resserra ses bras croisés, il avait beau porter un sweatshirt, le temps estival demeurait plus froid la nuit. Il partit quand même à la recherche de son énième compagnon, on ne les comptait plus à présent. Sa prochaine obsession avait bien évidement un nom tout trouvé. « Solaaal, petit petit... » appela-t-il en sifflotant d'un air taquin.

Sur la rive, le son de l'eau bercée par la brise était particulièrement agréable à entendre et contrastait réellement avec le cri des crapauds. Elian put observer furtivement son reflet fatigué en s'accroupissant sur le rebord de l'étang. Il se trouvait particulièrement moins maladif depuis qu'on l'avait confié à la famille de Solal, ce ne devait pas être un hasard... Sur un rocher juste en face de lui, planté dans l'eau, un bruit rauque qui contrastait parmi tous les autres le sortit de sa torpeur mélancolique. Un crapaud qui n'avait visiblement pas de soucis pour se nourrir le fixait de ses énormes globes oculaires. Il louchait. C'était la première fois qu'Elian voyait un crapaud atteint d'un strabisme aussi puissant.
« Crôw. » répéta seulement celui-ci devant l'air étonné du petit garçon. Puis, d'un bond, il s'éloigna sur le rocher suivant, et le Poufsouffle l'imita pour se trouver à sa précédente place. Il l'attrapa à deux mains, mais le crapaud ne se débattait pas et restait figé dans une expression résolue. « Crôw. »
« Enchanté Solal, comme tu es lourd à porter ! »
lui dit-il en rejoignant la partie de la berge où ils avaient abouti le moment d'avant, s'adossant contre un saule pleureur pour y attendre Solal, et contemplant son homonyme dans ses bras. Allait-il réellement l'adopter définitivement et le rapporter à Cardiff ? Pour lui, la question ne se posait pas : il se battrait pour tout ce qu'il représentait, c'est-à-dire les moments passés avec son meilleur copain. Elian était prêt à jouer à l'avocat pour convaincre son père, quitte à le menacer d'une chose qu'il redoutait particulièrement. C'était un moyen de pression qu'il espérait ne pas avoir à utiliser, mais ce crapaud représentait la seule chose qu'il lui demanderait de toute sa vie, selon lui.

Une brume mouvante s'était formée sur la surface de l'étang, il ne manquait plus qu'un banjo ou un harmonica pour retrouver une ambiance des bayous de la Louisiane. Elian observait les lianes du grand saule pleureur se mouvoir lentement, il recommençait à pleuvoir. Reposé dans ce cocon de verdure, il espérait que Solal avait réussi à rattraper son crapaud et qu'il le rejoindrait rapidement, caressant le dos du sien comme s'il était un chat.

« Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme qu'au fond de la mer. » - Victor Hugo
Se protéger du soleil, c'est protéger sa santé.

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Solal n'avait pas pris le temps d'observer le paysage. Il s'engouffrait dans l'obscurité et dans la brume sans se poser de questions, trébuchait quand une pierre ou une branche tentait de lui barrer la route. Il n'entendait plus Elian, derrière lui, et si l'idée l'inquiéta un instant, son attention fut bien vite accaparée par le crapaud récalcitrant. Ce dernier semblait apprécier la course poursuite : il s'éloignait, s'arrêtait et ne repartait que quand le Serdaigle s'approchait de lui. Le caractère de l'amphibien plu aussitôt à Solal, bien qu'il savait que les animaux au caractère fort étaient souvent agaçants, à la longue. Il n'avait jamais eu d'animal de compagnie lui-même, mais il avait vécu avec assez d'enfants en bas âge pour savoir qu'un animal récalcitrant serait sans doute aussi agaçant que Blaze, il y a quelques années. Le garçon aux cheveux corbeaux espéraient, d'une façon ou d'une autre, pouvoir apprivoiser le crapaud et le dresser. Peut-être pourraient-ils gagner quelques mornilles en offrant un spectacle de qualité dans les rues du Chemin de Traverse ?

Le destin lui donna un coup de main. Il trébucha, tomba lourdement sur le sol alors que ses mains se posèrent sur le crapaud dans un hasard incroyable. L'amphibien non plus ne semblait pas avoir vu le coup venir et il se débattit quelques secondes désespérément avant de finalement capituler. Un grand sourire sur les lèvres, le Serdaigle se releva, serrant le crapaud contre son torse comme s'il était la plus belle des créatures. En y regardant de plus près : le crapaud était assez disgracieux. Solal n'avait, de toute façon, jamais vu de joli crapaud. Il aurait pu se sentir coupable de l'avoir appelé Elian plus tôt, si le Poufsouffle n'avait pas appelé son propre crapaud Solal à son tour : à présent, c'était la moindre des choses de continuer à l'appeler Elian.

La panique gagna le brun quand il réalisa, enfin, qu'il ne savait pas où était son ami. Une goutte de pluie s'écrasa brusquement sur sa joue et, le nez plissé, il scruta les environs. C'est un "Crôw" qui attira son attention et il serra son crapaud d'autant plus contre lui.
« Viens Elian, je vais te présenter Elian. » déclara-t-il en avançant de façon un peu hasardeuse. Le crapaud était un peu plus lourd que prévu, un peu plus fort et un peu plus sauvage. S'il restait immobile un moment, il se remettait ensuite parfois à bouger et Solal n'avait plus qu'une question en tête : comment allait-il réussir à garder le crapaud ?

Son visage s'illumina en un énorme sourire lorsqu'il remarqua le Poufsouffle; il l'attendait sagement sous un saule pleureur. Il y avait quelque chose d'incroyablement agréable à l'idée qu'Elian était toujours là, calme, à attendre Solal. Le Serdaigle sentit une nouvelle fois son corps se remplir d'une chaleur étrange, de l'affection peut-être. Il avait rencontré beaucoup d'apprentis sorciers durant sa première année à Poudlard, mais Elian était le seul à lui faire ressentir un tel sentiment de bien-être. À nouveau, il se fit la remarque qu'il n'avait pas besoin de filles, Elian lui apportait déjà tout ce dont il avait besoin. Il pensa même pendant un instant qu'il n'avait pas besoin d'autres amis que le Poufsouffle pour être heureux mais se résigna, il ne fallait pas qu'il oublie l'affection qu'il portait à ses autres amis. Son esprit enregistra néanmoins la pensée ; le blondinet était plus important que les autres et apportait, au Serdaigle, quelque chose de différent.

« Oh, toi aussi t'as ton crapaud ! Solal, hein. » fit-il remarquer en plissant les yeux en une moue presque boudeuse, bien que totalement amusé. Il approcha légèrement son crapaud de celui d'Elian mais il se mit à bouger frénétiquement, comme s'il voulait fuir. À deux doigts de lâcher le crapaud, le Serdaigle se recula et entreprit de serrer plus fermement l'animal dans ses bras.
« Je crois qu'Elian aime pas Solal. » la moue boudeuse se transforma en une moue triste. Solal voyait déjà les deux crapauds s'amuser ensemble dans l'herbe, tandis que le Poufsouffle et le Serdaigle seraient assis un peu plus loin à les observer. Mais ce n'était visiblement pas pour aujourd'hui. Le garçon aux cheveux corbeaux n'avait pas imaginé une seule seconde que leurs crapauds ne pourraient pas s'entendre.
« Allez viens, on va à la tente sinon on va être tout mouillé. » Il jeta un regard au visage du Poufsouffle, comme pour s'assurer que cet Elian là l'aimait lui, au contraire des deux crapauds. La réponse n'était malheureusement pas écrite sur le visage du garçon et Solal tourna le dos à contre cœur pour s'aventurer sous le léger filet de pluie et prendre la direction de la tente. La perspective qu'Elian pouvait ne pas l'aimer le troubla, et si l'attachement qu'il avait pour le Poufsouffle n'était pas réciproque ? Et si Elian se lassait de Solal suite à ce séjour ? Le Serdaigle se mit à traîner des pieds comme une âme en peine, portant le crapaud à bouts de bras.

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