Ailleurs…

Inscription
Connexion

Je suis plus aveugle que toi !  os 

Fin mars 2043
Domaine Bristyle - Woscestershire
2ème année


Je suis aveugle. Coincée dans ma routine comme une enfant, je ne vois plus rien. Je ne sens plus rien. Les odeurs sont toutes les mêmes, rien ne change si ce n’est la température. Mais qu’il fasse chaud ou froid, je sens toujours les mêmes odeurs : celle puante de la Maison, celle fade du Dôme Libre, celle inodore de l’hôpital. Parfois, une odeur exotique me vient du Chemin de Traverse ; mais elle est rapidement encombrée par l’odeur piquante de Papa ou celle chavirante de mes frères.

Rien n’est aussi affreux qu’être aveugle. Je suis plongée dans un monde de noirceur et les bruits qui me parviennent ne m’apportent aucune information.
Je passe derrière Papa et Maman lorsqu’ils laissent la Gazette sur le plan de travail de la cuisine. Je me hisse sur ce dernier pour y poser mes fesses et je lis de mes yeux fiévreux les pages et les pages d’informations. Si je trouve le mot Poudlard, mon coeur s’échappe de mon corps avant de s’échouer lamentablement à mes pieds quand je vois qu’il ne s’agit toujours pas de l’information que je recherche.

Les jours défilent avec le même schéma : se lever, déjeuner, poser mes fesses sur le carrelage froid de la cuisine, écumer les informations, froisser le journal de colère, étudier à la maison avec Papa ou au Dôme Libre avec Papa ou à la maison avec Natanaël, rentrer, me faire questionner sur ce que j’ai étudié, prendre du temps libre qui consiste à me traîner là où je le peux, manger, dormir.
Et les jours passant, j’ai la sensation d’être de plus en plus aveugle.

Je me lève le matin avec son prénom sur mes lèvres. Merlin, cela me donne envie de vomir avant même que mes yeux ne soient ouverts. Je n’en peux plus de sentir mon esprit se gélifier par sa présence. Charlie est dans mes rêves et dans mes cauchemars, elle est sur les parchemins que je lis et dans le ciel que je regarde, dans les mots que j’entends et dans mon regard infiniment aveugle. Je la vomis. Je la vomis de tout mon être et j’écume de rage quand je vois cette Image, celle que j’aimerai frapper de tout mon être, frapper de toute ma rage : sa main qui tient celle de la Chinoise. Moi aussi, je suis aveugle ! Par tous les Mages, ma colère envers elle est plus intense que celle que je ressens envers Loewy et mon besoin de connaître le quotidien de Poudlard plus forte que la torpeur dans laquelle me plonge mes études.

Ce que j’apprends manque d’odeur aussi sûrement que l’essence Dôme Libre  s’affadit avec le temps. J’apprends des sortilège, je lance des sortilèges, j’intègre des sortilèges. Quand la journée s’illumine sur une leçon particulièrement intéressante, il m’arrive d’oublier que je ne suis pas à Poudlard, d’oublier que je suis moi tout simplement pour n’être que cette Chose-qui-apprend et rien d’autre. J’aimerai l’être tous les jours. Mais d’autre fois, l’inutilité des mots que je dois saisir me frappe et je reste les bras ballants à regarder ce que je ne Vois pas ; Poudlard. Alors le soir, lors de la restitution des leçons, je m’amuse de voir les yeux de Maman se lever au ciel de plus en plus souvent et de regarder les sourcils de Papa se resserrer parce que je parais incapable de réciter ce que j’ai appris. Un jour, Papa m’a dit qu’il savait que je connaissais les réponses à ses questions ; je lui ai dis que je savais mais que c’était inutile de les répéter tant elles étaient ennuyeuses. J’ai perdu deux jours sur mon programme à écrire deux rouleaux de parchemin inutiles sur l’intérêt de distinguer un Sir des sables d’un Siton.

Je pense à tous les moyens possibles pour en savoir plus. Je suis affamé ; je veux me goinfrer de tous les détails que je pourrais trouver sur cette soi-disante confrontation entre les trois Chinois et leurs coéquipiers. J’ai d’abord pensé à convaincre Maman de m’amener à Pré-au-Lard lors d’un samedi ouvert aux élèves du château, puis à me barrer de cette baraque pour aller moi-même à Poudlard. Puis le courrier débile que j’ai reçu de cette *c’était quoi son prénom ?* Poufsouffle m’a rappelé que j’avais des oreilles et des yeux dans le château. Cette Cassandra Mcwood m’a finalement plus apporté que son éternelle admiration.

Aodren n’allait pas m’aider et je ne veux pas de son aide. Il n’a rien à m’apporter si ce n’est une information. Je ne peux rien lui demander car il est Papa et Maman. Il est la voix qui parlera de ce que je lui dirais et qui rapportera le moindre fait et geste ; qu’il rapporte mes mots, le reste lui sera inconnu.
J’écris un hibou à Aodren parce que je suis désespérée par la pression du Savoir ; je suis prête à ramper devant lui si tant est que le résultat est là. Je suis euphorique à cette idée, je suis excité en écrivant ce courrier, à un tel point que ma plume en tremble.

Aodren,

J’ai entendu Papa dire à Maman qu’il refusait de t’envoyer ta boite bizarre parce que Vif n’a pas que ça à faire de voler à tire d’ailes avec un colis aussi lourd. Si tu veux, je te l’envois sans leur dire.

Je veux savoir un truc. Qui à Poudlard connaît les choses ? Qui regarde tout et sait tout ? Je sais que tu connais mieux que moi ces choses-là.

PS : les Géants vont bien.

Aelle

Il aura ce qu’il veut contre une information qui ne lui prendra rien.
Un jour où Papa utilise Bézo pour envoyer du courrier je ne sais où, je glisse entre deux lettres mon courrier pour Aodren. J’ai reçu la réponse quelques jours plus tard.

Aelle,

Contrairement à toi, je n’ai pas besoin d’avoir quelque chose en échange de mon aide. Tu aurais pu me demander sans détours.

Je ne sais pas pourquoi tu veux savoir ça mais ça ne m’étonne pas que tu ne trouves pas : tu fais attention à personne. Il y a bien un Gryffondor qui correspond à ce que tu cherches. Jace me parle souvent de lui. C’est un peu le blagueur des Rouges. Il est assez connu dans l’école, paraitrait-il qu’il connaît du monde. Il s’appelle Duncan Jackson, il est de ton année.

Tout le monde parle de toi, Aelle. Pourquoi t’as fait ça ? Certains Poufsouffle sont en colère ! Et les autres déçus. Je le suis aussi. J’ai été surpris de te voir sur l’estrade ce soir-là, mais j’étais content que tu fasses quelque chose pour l’école. T’as tout gâché. Finalement, Charlie gère mieux que toi. Même si elle est plus bizarre.

Dis bonjour aux parents et aux autres. Et sois gentille, par Merlin ! On en a marre de te voir faire la gueule !

PS : je ne veux pas du coli.

Ton frère, Aodren

Je lui ai envoyé le coli le lendemain. Sa lettre, je l’ai déchirée en m’arrachant les cordes vocales, insultant Aodren de tout ce que je pouvais pour apaiser la colère de le voir me parler ainsi.

A partir de cet évènement, mon Obsession, celle qui hante mes nuits et qui se dessine sur mes lèvres au matin, s’enlace étroitement à l’idée que je me fais de ce Duncan Jackson. Bientôt, il me paraît être la seule solution pour attraper les informations que je recherche.
J’abandonne ma quête de la Gazette le lendemain. Le surlendemain, j’écris une lettre pour ce garçon qui me donnera tout ce que je veux savoir. Si, comme le dit Ao’, il sait tout ce qu’il se passe au château, je saurais bientôt ce que fait Charlie aux yeux de tous, ce qu’elle fait avec cette Chinoise. Le bonus est la maison du garçon : Gryffondor. Peut-être pourrais-je savoir ce qu’elle est dans sa maison, cette Fille-qui-m’échappe.

« Et vous ne pensez pas que si vous la voyez et qu’elle se rend compte de vos raisons elle en souffrira ? »

La voix de cette Stalbeck me hante, ces derniers temps. Elle dit plein de choses mais n’en comprend que peu. Je crois que je vais la revoir bientôt ; je ne veux plus répondre à ses questions. Je ne veux que Savoir, encore et encore, tout ce qu’il se passe Là-bas. J’en ai besoin. Je ne sais pas pourquoi, mais est-ce essentiel de comprendre ça ? Non, le plus important c’est que ce besoin soit assouvi.

Jackson,

Je suis Aelle Bristyle, de Poufsouffle. Je sais que tu connais pas mal de gens à Poudlard, que tu sais ce qu’il se passe et que l’on te connaît pour ça. Je veux Je suis coincée chez moi et je veux que tu sois mes yeux dans le château. Que tu me rapportes les faits, quoi. Que tu me dises ce qu’il se passe avec les Chinois et tout ça. Surtout sur

En fait, je veux savoir tout ce qu’il se passe qui a un rapport avec Charlie Rengan. Tout. Les épreuves et le reste. Je suis sûre que tu la connais, elle est à Gryffondor aussi. Si t’acceptes, je peux t’apprendre la Magie ou te donner des livres. Ou autre chose, tu me diras ce que tu veux.

Donne-moi une réponse.

Bristyle

C’est étrange de voir que l’ennui de mon quotidien s’éloigne doucement de moi. Il se transforme peu à peu et les jours qui passent sont plus supportables ; peut-être est-ce parce que les leçons gagnent d’intérêt. Ou parce que dorénavant, je guette le ciel pour attendre l’arrivée d’un hibou de l’école.

J’attends le matin avec impatience. Je crois que j’aime son nom sur mes lèvres autant que je le hais. Bientôt je saurai, et cela m’aide à supporter que je ne la supporte plus elle.


Fin

« Je crois que je vais Finir par pleurer, mais mes Larmes ne couleront pas. »