La haine, c’est l’hiver du coeur.
Maison des Cooper,
20 décembre 2044
Le lendemain de son retour à Burringham, Yesenia était toujours aussi déboussolée. Retrouver sa chambre à elle, avec ses draps tricotés par sa grand-mère, ses nombreux oreillers colorés et son pan de mur qu’elle avait peint elle-même, avait quelque chose de réconfortant et angoissant. Comme si elle avait beaucoup grandit en si peu de temps et qu’elle ne se reconnaissait plus dans sa propre chambre. Elle se réveilla en même temps que le soleil. Seth avait dormi avec elle. Il avait posé son campement au milieu de sa chambre pendant la nuit, comme si il avait peur que Yesenia ne parte sans lui dire au revoir. Elle se leva sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller et regarda par la fenêtre de sa chambre. Le jardin était d’un blanc immaculé. Le soleil passait à travers les arbres, donnant de jolis reflets dorés à la neige qui était tombée toute la nuit. Yesenia descendit doucement les marches grinçantes de l’escalier qu’elle connaissait si bien. L’odeur du café provenait de la cuisine. Arrivée au pied de l’escalier, dans le salon, elle se retrouva nez à nez avec sa mère, Carlyn, et elles furent à la limite de se cogner.
- Maman !
Yesenia sauta dans les bras de sa mère et la serra fort. Carlyn manqua de peu de vaciller et caressa les longs cheveux de sa fille. Les effluves de son parfum, quelques notes de jasmin et de vanille, emplirent les narines de Yesenia. Carlyn n’était pas là le jour précédent, pour accueillir sa fille à la maison et cela avait fait beaucoup de peine à Yesenia qui s’était endormie avec un châle de sa mère, volé dans son armoire. Carlyn caressa doucement le visage de sa fille, les yeux brillants. Elles se tenaient encore dans les bras quand Robin sortit de la cuisine et s’appuya contre l’encadrement de la porte, les bras croisés.
- Ça va, petit cobra ?
Yesenia se retourna vers son oncle. Elle leva les yeux au ciel. Ce surnom la poursuivait depuis sa naissance, même si, quand elle y pensait, était plutôt bien choisit. Elle lui sourit, d’un sourire malicieux, qu’il reconnaissait bien. C’était suffisant pour qu’ils se comprennent.
- Tu devrais arrêter de l’appeler comme ça, Robin. Yesenia va avoir douze ans dans quelques jours. répondit Carlyn, d’un air amusé.
Robin marmonna quelque chose qui ressemblait à « elle restera toujours un petit cobra pour moi » et repartit dans la salle à manger. Carlyn se retourna à nouveau vers sa fille, tout en lui glissant une mèche de cheveux derrière l’oreille. Elle parut soudain plus soucieuse, fronçant délicatement les sourcils. Quelque chose la tracassait. Elle finit tout de même par murmurer.
- Tu devrais aller t’habiller. On t’attend dans la salle à manger, pour parler.
Yesenia fronça les sourcils à son tour et son regard se dirigea naturellement vers la porte d’où Robin était repartit et elle entendait à présent des voix venant la salle à manger. Une voix rauque et cassée, celle de son père, une voix grave et enjouée, celle de son oncle. Mais d’autres voix inconnues dominaient la conversation. Une voix basse, presque murmurante, et une voix sèche et cassante. Carlyn incita Yesenia à remonter s’habiller et réveiller son frère. Yesenia n’était pas très à l’aise avec cette situation. Elle n’avait pas répondu à la lettre de son père concernant ses grands-parents qui souhaitaient la rencontrer. Elle se sentait désormais prise au piège.