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Le Bukaquoi ?

Depuis cet été, Tyr avait en tête une seule obsession : le Bukavac. Cette créature magique, qu'il avait rencontré par chance lors des vacances qu'il avait passé à Londres. Sa mère avait dû passer les deux mois à l'hôpital, mais ce n'était pas le sujet, passons. Juste après avoir découvert que l'animal se terrait à Hyde Park, il avait demandé aux sorciers de son entourage – amis comme famille - s'ils avaient des informations sur cette étrange être. Mais personne n'avait été capable de lui répondre. Il avait alors attendu avec impatience la rentrée suivante à Poudlard, pour pouvoir foncer à la bibliothèque de l'école et grappiller le plus d'informations possibles.

Sauf qu'il y avait un problème, jusque là inconcevable dans l'esprit du jeune Gryffon. L'école ne semblait pas en savoir plus sur cette créature que Tyr. Il avait toujours trouvé toutes les réponses qu'il cherchait à la bibliothèque de l'école : mais là, rien. Et il en avait feuilleté, des ouvrages, en l'espace de deux mois. Des livres réservés à l'élevage privé jusqu'aux manuels de classe utilisés en soins aux créatures magiques ici au château, aucun ouvrage ne traitait du fameux Bukavac. C'était peut-être pour cela que la créature était jugée extrêmement rare et que sa disparition avait fait l'objet d'un article dans la Gazette.

Cela faisait à présent trois week-end de suite que le Gryffon ré-épluchait minutieusement chaque ligne de chaque livre, à la recherche d'une information, d'une parenthèse minuscule qui aurait éventuellement pu lui échapper. Particularité magique des plumes d’hippogriffes... L'eau et les Niffleurs... des paragraphes certes forts intéressants mais qui n'apportaient rien de plus à Tyr. Mais à côté de cette sensation de vide se développait un sentiment, plus fort celui-ci, de frustration. Comme si le Bukavac était condamné à rester terré dans le secret sous sa cabane d'Hyde Park.

Oui, Tyr voulait le revoir. Sa curiosité avait surmonté sa peur et le danger : et stopper de s'y intéresser maintenant aurait été abandonner une occasion unique. La preuve, elle était si unique que le garçon n'arrivait pas à trouver d'informations sur une quelconque rencontre similaire à la sienne. De plus, sa bonne conscience (si, si, vous avez bien entendu) l'incitait à continuer à prendre soin du Bukavac. Comment allait-il, à présent que les trois élèves qui avaient fait sa connaissance étaient retournés poursuivre leurs études au collège Poudlard ? Pourraient-ils revoir l'été suivant leur tentaculaire ami qu'ils avaient tiré des griffes de la mort lors de leur première rencontre ? Ces questions faisaient partie de son irritation grandissante, car elles n'avaient pas de réponses. Pour le garçon, une question sans réponse était aussi frustrante qu'un hiver sans neige.

Maintenant, Tyr était dans la bibliothèque, plongé dans un énième ouvrage, tournant lentement les pages sans vraiment prendre la peine de relire ce qu'il avait déjà lu plusieurs fois. L'exaspération se faisait plus forte au fur et à mesure que les minutes passaient. Au bout du compte, il décida de continuer la lecture dans son dortoir. Il prit le livre sous son bras et sortit de la librairie.

A la sortie de cette dernière, il rencontra une personne avec qui il n'avait encore jamais eu l'occasion de discuter.


« Bonjour Miss ! »

Une idée venait de germer dans son esprit.


« Vous auriez quelques instants ? J'aurais quelques questions à propos d'une créature magique plutôt rare, le Bukavac. Vous en avez déjà entendu parler ? »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Le Bukaquoi ?

Les quelques semaines qui suivaient la rentrée des classes de cette année-ci étaient sans conteste les plus chargées pour Isabel Almeida. En tant que professeur de Soins aux Créatures Magiques, elle devait finir de préparer ses cours, adapter son programme selon les animaux qu'elle avait ou non en sa possession ainsi qu'au sein de l'école, gérer les nouvelles créatures qui avaient pu naître durant l'été et garder un œil sur celles étant blessées ou encore en pleins préparatifs de migration en vue du prochain hiver. A cela s'ajoutait désormais son rôle de sous-directrice. C'était la première rentrée qu'elle passait avec cette nouvelle fonction, et cela n'avait pas été de tout repos. Les démarches administratives étaient bien plus importantes qu'on ne pouvait le penser dans une école de sorcellerie, notamment après le Tournoi des trois Sorciers de l'an passé qui avait fait couler beaucoup d'encre auprès de certaines presses et d'un bon nombre de parents d'élèves. La jeune femme accueillait néanmoins ces tâches avec plaisir et avait fini par trouver un rythme plus qu'acceptable.

En ce nouveau jour, Isabel tenait à la main un sac d'un épais tissu noir, visiblement vide, et se dirigeait vers la bibliothèque de l'école. Elle devait récupérer pour l'un de ses prochains cours de sixième année différents ouvrage sur les Dragons, et savait que l'établissement avait en son cœur des livres très utiles à ce sujet. Isabel les connaissait presque par cœur, mais cela pourrait probablement intéresser les élèves les plus assidus et curieux sur le sujet.
Le couloir qui menait à la bibliothèque était loin d'être vide, rempli d'élèves encore motivés par leurs résolutions d'enfin bien travailler en ce début d'année scolaire – et nul doute que ce couloir se viderait au fil des semaines. La jeune femme ne fut donc pas surprise d'entendre une voix l’interpeller. Elle dirigea son regard vers l'élève en question, et tomba sur un garçon plutôt jeune, un livre sous le bras, qui s'approchait d'elle.


« Vous auriez quelques instants ? J'aurais quelques questions à propos d'une créature magique plutôt rare, le Bukavac. Vous en avez déjà entendu parler ? »

D'abord silencieuse, Isabel afficha après un instant de réflexion un fin sourire et plissa légèrement les yeux.

« Ce n'est pas le genre de créature sur laquelle on me pose le plus de questions, monsieur... ? » dit-elle en attendant que l'élève, visiblement à Gryffondor mais dont elle ne connaissait pas le nom, ne se présente.

Le Bukavac était en effet une créature peu connue du commun des sorciers, et si son nom pouvait parfois apparaître dans quelques légendes slaves, les informations à son propos n'étaient accessibles qu'aux sorciers voués à l'étude des créatures. Isabel n'était pas spécialisée dans ce type de créature, mais ses années d'apprentissage et ses nombreux contacts à travers le monde lui avaient apporté quelques détails supplémentaires qui pourraient à coup sûr satisfaire la curiosité de ce jeune élève.
Son sac plié dans sa main, le professeur de Soins croisa les bras et s'adressa au Gryffondor, un sourire toujours affiché sur son visage, mais le ton quelque peu suspicieux.

« Que souhaiteriez-vous savoir ? »

[En congé maternité pour toute l'année scolaire 2043-2044]
Professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Le Bukaquoi ?

"Mes excuses. Uynauge, je m'appelle Tyr Uynauge. Deuxième année à Gryffondor."

Cela commençait bien. Il était tellement absorbé par sa curiosité et par la créature magique qu'il en avait oublié d'être poli et de se présenter. Quand il y repensait, c'était en effet la première fois qu'il rencontrait Isabel Almeida. Il en avait déjà entendu parler, certes, mais n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler. Cette soudaine pensée grignota l'assurance fragile qu'il avait gagné en prononcant le mot "Bukavac". Déjà, il se sentait moins sûr. Comment allait-il faire si le mot n'étanchait pas sa soif de savoir, mais au contraire provoquait l'intérêt du professeur ? Il inspira un grand coup. Il fallait qu'il se calme, ou bien la sous-directrice penserait que Tyr n'était qu'en fait un petit garçon excité par le premier mot rencontré dans un conte pour enfants. S'il voulait être un peu crédible, il lui faudrait en partie feindre l'ignorance. Au moins au début.

"J'imagine. C'est d'ailleurs aussi peut-être pour cette raison que j'ai des questions à son sujet. J'en ai entendu parler au détour d'un livre, que je lisais... J'ai épluché quelques bestiaires, mais aucun d'entre eux n'a pu donner d'informations vraiment intéressantes – je sais à quoi ressemble un Bukavac, mais cela s'arrête là. Où les trouve-t-on ? Dans quel milieu ?"

*Pas trop mal* rajouta Tyr pour lui-même. Un livre, des bestiaires... tout cela faisait plutôt plausible, comme histoire. La question de l'habitat permettrait d'amorcer en douceur les questions plus spécifiques. Tyr recala correctement le livre qui était calé sous son épaule et haussa les sourcils, geste qui trahissait son impatience. Au moins, la sous-directrice n'avait pas refusé ! Au fur et à mesure qu'il réfléchissait, de plus en plus de questions jaillissaient dans sa tête. Il n'aurait jamais le temps de poser chacune d'entre elle.

Le garçon aimait bien les animaux. Pas les créatures magiques,censées être légendaires aux yeux des Moldus et recelant des pouvoirs déconcertants. Non, ce que l'on pourrait appeler les animaux lambdas, comme les chiens, les furets, voir même les alevins. Les bêtes que l'on apprécie garder dans son salon, à l'inverse du dragon. Tyr avait toujours évité les très rares créatures magiques qu'il avait rencontré, car elles lui faisaient terriblement peur. Le niffleur ? Utile, mais peu agréable au regard. Le troll ? Un peu grand pour un salon. Et puis qui voudrait adopter un troll ?! Après la rencontre avec le Bukavac, son regard avait changé... mais pas au point d'aller chatouiller le calmar géant qui nageait paisiblement dans le lac. Courage oui, folie non.

Une autre question lui parvint à l'esprit. Lorsque la professeur eut terminé ses explications, il ajouta :


" Très bien. Et est-il possible que les Bukavac peuvent...migrer ?"

La phrase lui sembla très flagrante sur le coup. Trop.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Le Bukaquoi ?

Reducio
Une attente vertigineuse, je suis vraiment désolée.

Intriguée par l'intérêt du garçon pour cette créature, Isabel écouta ses questionnements. Elle se demanda un instant dans quel ouvrage cet adolescent avait bien pu trouver un visuel du Bukavac. De souvenir, Poudlard n'en possédait pas. Néanmoins, n'ayant pas non plus lu tous les livres existants de la bibliothèque, la jeune femme laissa le bénéfice du doute au jeune Uynauge. Elle observait du coin de l'oeil les élèves qui passaient dans le couloirs, entraient et sortaient de la bibliothèque. Heureusement, ce coin du château était souvent calme grâce à la présence de la bibliothécaire qui n'hésitait pas à remettre en ordre le moindre écart de comportement. La sous-directrice se permit donc de reporter sur attention sur le jeune Gryffondor et sur les questions qu'il posait, et réfléchit un instant avant de répondre.

« Le Bukavac est une créature plutôt rare. Il me semble que quelques spécimens se trouvent dans les pays nordiques ; ils préfèrent les milieux au climat froid ou tempéré. Mais la totalité de l'espèce n'est pas cartographiée, donc difficile de dire s'il n'y en a pas ailleurs... Dans tous les cas, ils se trouvent dans les endroits humides, ce sont des créatures semi-aquatique. Rivière, marais, ce genre d'endroit... »

Comme à son habitude lorsqu'elle entamait une discussion à propos des créatures magiques, Isabel finissait par se laisser porter par son discours et par les informations qui lui revenaient au fur et à mesure en mémoire. Les sujets qui la passionnaient finissaient toujours par l'entraîner plus loin que ce qu'elle avait imaginé au début, et ce qu'elle avait d'abord prévu comme étant une réponse concise s'était quelque peu vue agrémentée de détails. Après avoir terminé, Isabel se rendit compte qu'elle ne s'était jamais intéressée plus que cela à cette créature pourtant des plus plus mystérieuses, et la jeune femme se demandait aujourd'hui pourquoi... Cet élève venait d'éveiller en elle une curiosité qui lui rappelait l'époque de ses études. Animée par la conversation Isabel écouta la suite des questions avec intérêt.

« La migration d'un Bukavac ? Répéta-t-elle en réfléchissant. Hum... ça ne me dit rien. Peut-être en cas de prédateur, ou de destruction du territoire, comme pour la plupart des espèces. L'instinct de survie pousse souvent les animaux sédentaires à bouger de leur habitat. »

Il ne s'agissait là que de simples suppositions. Après tout, le Bukavac n'était pas connu pour sa faiblesse, bien au contraire. Quitte à être classé, on pouvait aisément affirmer que cet animal faisait partie des prédateurs et non des proies. Néanmoins, chaque être vivant a ses points faibles et qu'on le veuille ou non, on pouvait aisément construire un schéma de comportement à calquer sur les espèces, aussi différentes puissent-elles être. Le Bukavac étant plutôt solitaire et puissant, le professeur de soin se dit qu'il était un peu curieux de se poser la question d'une quelconque migration à son encontre. Demander son mode de chasse, ses éventuel pouvoir, pourquoi pas. Mais une migration ? Plus étonnant encore que ce type d'interrogation sorte de la bouche d'un sorcier aussi jeune. Plissant quelque peu les yeux sous la suspicion, Isabel reprit la parole.

« Dites-moi, M. Uynauge, pourquoi ce genre de questions ? Quelqu'un vous a parlé d'un Bukavac qui aurait migré dans la région ? » Demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie, toutefois intéressée professionnellement par les raisons qui avaient pu mener le jeune garçon à aborder ce sujet.

[En congé maternité pour toute l'année scolaire 2043-2044]
Professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Le Bukaquoi ?

Les Bukavac venaient des pays nordiques... Sur le principe, si vous prenez la distance entre, disons, la Norvège et le Royaume-Uni, par rapport à une échelle mondiale, alors oui, c'était la porte à côté. Si vous utilisiez un balai. Pour qu'un Bukavac arrive en Ecosse, il y avait deux options ; soit il était arrivé par la mer – et donc, possédait des capacités d'endurance exceptionnelles...

«...des créatures semi-aquatique...» 

...soit quelqu'un l'avait amené à Londres.

L'animal n'aurait jamais réussi à traverser la mer du Nord par lui-même. Il avait dû être transporté par bateau, mais était-il en liberté à ce moment-là ? Caché dans une cale, ou confiné dans une caisse ? Et surtout, pourquoi ? Tyr ne pouvait pas se résoudre à demander s'il existait un quelconque traffic, plus ou moins important, de cet animal sans éveiller de plus grands soupçons chez son interlocutrice. Et la sous-directrice avait déjà été très gentille avec lui en répondant à sa requête sans même lui poser de questions sur son intérêt soudain.

« Dites-moi, M. Uynauge, pourquoi ce genre de questions ? Quelqu'un vous a parlé d'un Bukavac qui aurait migré dans la région ? »


Ah.

Le Gryffondor leva la tête et se sourit en serrant les dents pour éviter de lâcher un rire nerveux. La situation venait de se renverser. D'accord, elle avait pris un ton joyeux en lui posant cette question, mais sa réaction risquait d'être plus froide si Tyr venait à lui révéler la vérité. Car oui, il souhaitait en parler à quelqu'un. Lorsque Maggy, Esmée et lui-même, avaient fini par soigner intégralement le Bukavac, ils avaient fait le serment de garder le silence sur l'événement afin de pouvoir préserver le bien-être de l'animal – et le leur, dans une certaine mesure. Lorsqu'il avait promis de respecter cet engagement, Tyr pensait que le souvenir de l'animal s'estomperait très vite. De fait, son désir de revoir la créature n'avait fait que se renforcer avec l'ennui de l'automne. Le garçon devait vite trouver une solution au risque de paraître plus suspect qu'il ne l'était déjà.


« Peut-être que j'aurais la possibilité d'en voir un l'été prochain. Une connaissance m'a dit que j'avais de la chance, que c'était une espèce rare, et depuis, je me suis passionné pour cette bête... Bien que je n'arrive pas à trouver quelque chose de concret dans les livres. » répondit-il d'une voix qui se voulait certaine.

Il estimait s'en être plutôt bien tiré, en fin de compte. Vérité à demi-masquée, peu d'hésitations, un ton convaincant. En général, il aimait bien jouer avec les gens avec qui il discutait ; entretenir le mystère, parler de tout et de rien, tout cela, c'était dans ses cordes. Mais face à un personnage un peu plus important, il fallait jouer prudemment. Après tout, n'était-il pas qu'un jeune élève de seconde année ?


« J'avais une dernière question. » dit-il.

Il espérait dissiper les doutes de miss Almeida en changeant brusquement de sujet.

« Est-il possible qu'un Bukavac puisse ressentir... de l'affection envers les êtres humains ? »

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Le Bukaquoi ?

La réponse qu'apporta le jeune Gryffondor à sa question fit s’écarquiller un instant les yeux du professeur Almeida. Nombreuses étaient les créatures que la jeune femme avait eu la chance de voir au cours de ses études et de ses voyages. Nombreuses également étaient celles qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion d'observer de ses propres yeux. Ce groupe-ci de créatures était bien évidemment celui qui faisait le plus vibrer le professeur de soins qui chérissait chaque occasion de pouvoir agrandir sa « collection ». C'est pourquoi apprendre que l'un des élèves de l'école aurait peut-être la chance de pouvoir voir de ses propres yeux un Bukavac laissait Isabel à la fois admirative, envieuse et surtout curieuse. De telles occasions se présentaient rarement deux fois, et ce jeune Gryffondor ne semblait pas se rendre compte de la chance inouïe qu'il semblait avoir.
Le professeur Almeida se rapprocha du Gryffondor et se pencha légèrement vers lui.


« C'est une grande chance, en effet ! Où allez-vous le voir ? Dans quel pays ? Je vous avoue que j'aimerais beaucoup pouvoir en étudier un. Comme vous le dites, les informations à propos du Bukavac sont difficiles à trouver. Ce serait une telle chance... »

Rapidement, les yeux du professeur finirent par se perdre quelque part derrière l'adolescent. Elle s'imaginait déjà s'organiser un petit voyage pour l'été à venir, armée de son sac à dos et de nombreux carnets de notes, partant à la rencontre d'un Bukavac. Peut-être pourrait-elle participer aux recherches sur cette créatures. Peut-être même pourrait-elle étudier davantage le sang si étrange de cet animal, et pourquoi pas confectionner de nouveaux antidotes – un travail qu'elle n'avait plus beaucoup l'occasion d'effectuer depuis qu'elle travaillait à Poudlard, mais qui constituait pourtant l'une des activités principales de sa spécialisation à l'époque de ses études.
Ce n'est que lorsque le deuxième année reprit la parole que la jeune femme cessa ses rêveries.


« Est-il possible qu'un Bukavac puisse ressentir... de l'affection envers les êtres humains ? »

Isabel Almeida ne s'attendait clairement pas à cette question. Décidément Tyr Uynauge n'avait pas les mêmes priorités que les autres quand il s'agissait de se renseigner sur une créature. La jeune femme fronça un peu les sourcils, ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir. Elle sentait bien que toutes ces questions n'étaient pas posées par hasard, mais après tout, que pouvait-elle en dire ? S'il souhaitait faire ami-ami avec les Bukavac qu'il allait peut-être voir l'été prochain, elle n'allait pas l'en empêcher, même s'il fallait le prévenir du possible danger.

« Le Bukavac n'est pas réputé pour sa douceur... Je ne vois pas pourquoi il s'attacherait à des humains. Mais après tout, la nature est faite de surprise, donc qui sait ? Comme je vous l'ai dit, cette créature constitue encore un certain mystère. Regardez le Calmar géant de l'école : cette créature n'est pas connue pour sa gentillesse, pourtant celui qui vit ici est tout à fait charmant ! »

Et c'était le cas de le dire. A l'époque de sa propre scolarité déjà, Isabel avait pu entrer en contact avec cet animal marin si particulier qui aimait à taquiner les élèves qui se baignaient dans le lac les jours de forte chaleur. C'était avec plaisir qu'elle l'avait retrouvé en venant enseigner à Poudlard, plaisir qu'elle ne se gênait pas de faire partager à ses élèves de sixième année. L'espace d'un instant, Isabel se demanda si le Calmar pourrait s'entendre avec un Bukavac si d'aventure elle venait à en ramener un dans l'école. Quoique cela poserait peut-être soucis aux Êtres de l'eau qui habitaient aussi au fin fond du lac...

[En congé maternité pour toute l'année scolaire 2043-2044]
Professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Le Bukaquoi ?

Oulà, tout ne se passait pas comme prévu. Tyr avait voulu changer de sujet : mais à la place, il venait de recentrer l'attention du professeur Almeida sur lui. La curiosité, un défaut ? Sûrement pas, mais elle pouvait parfois vous jouer un mauvais tour, comme elle était en train de le faire actuellement. Et au vu de l'excitation qu'il décela dans son regard, il allait être difficile, très difficile, de retourner la discussion ou même de changer de sujet. Alors, que devait-il faire ? Continuer dans son mensonge, et en inventer un, si fort qu'il finirait un jour par y croire lui-même ? Ou alors révéler toute la vérité ?

D'un point de vue sécurité et confiance, la première option semblait de loin la meilleure. Par rapport à ses deux camarades avec qui il avait découvert la créature. Par respect pour ce qu'il venait de raconter, aussi. Mais...

La seconde option était alléchante elle aussi. Si Tyr décidait de révéler la vérité, il trouberait sûrement en Isabel Almeida une oreille prête à l'écouter, peut-être même une personne qu'il pourrait l'aider à prendre soin du Bukavac et à le ramener en Norvège, l'endroit de ses origines. Mais cela pourrait aussi lui porter préjudice. Miss Almeida pourrait aussi contacter telle ou telle société de protection des animaux magiques qui viendraient enquêter sur le prétendu Bukavac. Or, Tyr n'avait pas plus envie qu'on lui pose des questions. Cela n'était pas nécessaire pour préserver la santé de l'animal, et les ennuis, il en avait déjà suffisamment comme ça. Il en avait d'ailleurs un juste actuellement. Un dilemme peu agréable.

A sa première question, il garda le silence, essayant de faire comme s'il n'avait rien entendu. Il préféra écouter la réflexion à voix haute de son interlocutrice tout en continuant les siennes en arrière-pensées. L'exemple du Calamar réconforta quelque peu Tyr : au moins, ce n'était pas comme un animal qui se serait servi des enfants comme un moyen de survivre facilement. Une créature magique qui aurait agi comme un humain, merci bien : des méchants, il y en avait suffisamment.


" Permettez-moi de vous contredire madame, mais un Bukavac peut tout à fait être doux. Il se laissait même caresser la tête, celui qui...

*Attends une seconde* intervint la petite voix de Tyr dans sa tête. Il sentit le sang lui monter à la tête, et il baissa le menton pour cacher ses yeux écarquillés. Il avait envie de se frapper à la manière d'un elfe de maison qui avait échoué dans la quête qu'on lui avait donné. Il ne le fit pas. Hors de question d'attirer encore plus l'attention. Son choix était fait : il allait dire la simple vérité, et rien de plus.


"...celui que j'ai vu l'été dernier."


Anticipant la question de Miss Almeida, il continua sur sa lancée.


"J'étais à Londres et j'ai trouvé un Bukavac dans une petite cabane, à Hyde Park. Il était très blessé, et du coup, j'en ai pris soin jusqu'à ce qu'il soit capable de se nourrir lui-même. Après ça, il y a eu la rentrée et j'ai dû l'y laisser. Mais je... j'ai le sentiment qu'il restera jusqu'à ce que j'y revienne. C'est pour cela que je cherchais tant d'informations. Il m'en faut plus si je veux pouvoir faire en sorte que cette créature connaisse une vie meilleure. C'est tout ce que je souhaite."

*Mais je n'aurais pas dû vous en demander autant* termina-t-il pour lui-même. A présent que tout était dit, il lui fallait une porte de sortie. Et une porte assez large, de préférence.

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»

Le Bukaquoi ?

A mesure que Tyr Uynauge parlait, Isabel haussait un peu plus les sourcils, pour finalement adopter une mine douteuse lorsque le silence revint. Intérieurement, la jeune femme se sentait comme une enfant à qui on venait d'agiter un nouveau jouet sous le nez, sans pour autant le lui offrir : excitée, impatiente, mais aussi inquiète de ne peut être pas pouvoir l'avoir réellement un jour.
Son esprit critique tentait néanmoins de la raisonner au mieux. Tout d'abord, il était peu probable que ce que ce jeune Gryffondor annonçait fusse vrai. Un Bukavac dans une cabane à Londres ? Soigné par un enfant ? Et qui l'attendrait ? Toujours silencieuse, Isabel tourna légèrement la tête à droite, puis à gauche afin de s'assurer que des petits plaisantins n'étaient pas en train de les observer en ricanant de cette blague que Uynauge venait de lui faire. Mais hormis de rares élèves qui se rendaient ou sortaient de la bibliothèque, personne ne semblait s'intéresser à eux.
La sous-directrice reporta donc son regard sur le jeune garçon afin de scruter son visage. Il semblait sérieux, voire gêné d'avoir eu à lui révéler tout cela. Aucun frémissement ne laissait présager un rire caché, et ses yeux ne semblaient trahir aucune émotion qui irait à l'encontre de ses paroles. Isabel voulait tellement que cela soit vrai. Un Bukavac en Grande-Bretagne, et qu'elle pourrait avoir l'occasion d'approcher, c'était inattendu, inespéré.

Toujours sur ses gardes, préférant la prudence à une trop grande déception si tout cela s'avérait faux, le professeur de soins décida tout de même d'accorder sa chance au Gryffondor. Il semblait sincère, après tout.


« C'est une histoire plutôt étonnante que vous me racontez là... Et j'aimerais évidemment avoir plus de détails. Mais ce n'est pas vraiment le lieu pour ajouta Isabel en regardant de nouveau autour d'elle.

En effet, une discussion bien plus sérieuse qu'une rapide entrevue dans un couloir semblait de mise face à ce retournement de situation auquel Isabel ne s'était pas du tout attendu. Elle voulait s'assurer de la véracité des propos bien entendu, mais, et s'ils étaient vrais, s'assurer également de la façon dont tout cela avait été fait, comment ce deuxième année avait pu soigner une telle créature et en prendre soin, comprendre pourquoi ce Bukavac était ici, d'où venait-il ? Et pourquoi attendrait-il cet enfant ? Mais surtout, Isabel voulait le voir. Et pour cela, seul le jeune Uynauge pouvait l'aider.


« J'aimerais que nous parlions de tout cela. En privé, précisa-t-elle avec un regard entendu. Je vous enverrai un hibou afin de vous convier dans mon bureau. Nous aviserons ensuite de la suite des événements. Vous comprendrez que je préférerais éviter de vous laisser gérer seul cette histoire, même si vous semblez dire que tout va bien. J'aimerais beaucoup rencontre votre nouvel... ami. » conclut-elle avec un fin sourire en coin qui vint détendre son visage, sans pour autant de défaire de son regard suspicieux, jaugeant et jugeant les réactions du garçon.

Après s'être assurée de l'accord du Gryffondor, la jeune femme lui adressa un signe de tête avant de se diriger, comme elle le faisait initialement, vers la bibliothèque. La tête remplie de questionnements et de rêveries concernant le Bukavac, il lui fallut bien plus de temps qu'à l'accoutumée pour remplir son sac des manuels dont elle avait besoin.

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Professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Le Bukaquoi ?

«Et j'aimerais évidemment avoir plus de détails. »

Tyr dut se retenir de sauter de joie. Alors, au final, elle le croyait ? Il avait inventé toute cette histoire pour rien ? Quelque part, cela était compréhensible. Elle qui était une professeur de Soins aux Créatures Magiques en plus d'être la sous-directrice de Poudlard, la nouvelle d'un animal rare ne pouvait que la réjouir. Il allait la couper pour lui raconter tout ce qu'il savait à propos de la créature mais elle fut plus rapide :

«Mais ce n'est pas vraiment le lieu pour. »

Zut. Bon. D'accord, elle avait raison, mais c'était freiner ses envies, et ce n'était pas agréable. Toutefois, il réussit à se contrôler. Il acquiesca. En plus, il allait lui falloir du temps pour réunir plus d'informations et être vraiment utile à Miss Almeida. Reposer la question à Maggy et Esmée, peut-être, retourner à Londres en dernier recours, pour s'assurer que la bête soit encore là, refaire peut-être un croquis des blessures que les enfants avaient soignées. Sacrées balafres, quand il y repensait. Il n'avait jamais vraiment pensé à autre chose que le Bukavac en lui-même, à ce qu'il lui était arrivé ; mais jamais à comment cela lui était arrivé. Pendant qu'ils s'étaient occupés de lui, ils n'avaient jamais vu personne d'autre entrer dans la petite cabane de Hyde Park ; avait-on laissé l'animal pour mort en cet endroit ? Il y avait matière à enquête, sur ce point.

« ...j'aimerais beaucoup rencontre votre nouvel... ami. »

Il eut un sourire discret.

« J'attendrai votre hibou avec grand plaisir, miss.»

Et il la vit repartir dans la bibliothèque après un dernier regard attentif. Malgré son optimisme apparent, la tâche n'allait pas se révéler facile. Il allait encore devoir réussir à lui expliquer la situation dans les moindres détails sans flancher. La convaincre, peut-être, de faire quelque chose en faveur de cet animal. Si elle voulait le rencontrer, la tâche serait plus aisée, mais Tyr savait d'expérience qu'il était encore capable de tout mettre en l'air.

Une autre question se posait également : miss Almeida écouterait-elle ses suggestions ? Avec ses deux camarades, il avait voulu ramener l'animal à Poudlard ; or, ils s'étaient très vite rendus compte que cela leur serait impossible. L'animal devait se remettre de ses blessures, et sans soutien d'influence extérieur, la tâche était perdue d'avance. Là, c'était une autre histoire. Soudain, le garçon eut une idée de génie. Il n'avait besoin que d'une chose pour réussir à convaincre Isabel Almeida. Il fonça vers son dortoir, montant les marches quatre à quatre. Une fois dans sa chambre, il ouvrit son armoire et regarda sous les habits si l'objet qu'il avait placé là quelques mois plus tôt était toujours en place.

Bingo.


Reducio
Fin du RP. A suivre ? :roll:

Maïka Cooper : « La question c'est pas de garder Gryffondor pour sauver Poudlard, mais de virer Serpentard pour ne pas avoir à sauver Poudlard.»