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Je me demandais pourquoi je me sentais bien. Chacunes de mes relations sociales étaient une douce torture dont j’essayais en vain de m’échapper. Certains de mes compatriotes m’agaçaient en voulant savoir ce qui ne les concernait pas, d’autres m’ennuyaient par la basse qualité de leur parole, d’autres encore m’intéressaient de par leur comportement, mais je me trouvais si gêné face à cette catégorie que je ne souhaitais qu’une chose : fuir. Le peu d’exception que j’avais connu m’avait fait plus de mal que les autres. Kristen Loewy était une nouvelle catégorie. Je me sentais libre de dire tout ce que je souhaitais -ce que je faisais toujours, mais ici point de crainte à avoir- sans qu’elle ne pense quoi que ce soit. Il me semblait qu’elle acceptait mes paroles comme j’acceptais les siennes. Cette conversation ne pouvait être qualifié de “normale”, sinon cela signifierait que j’en avais connu d’autre comme celle-ci, ce qui était loin d’être le cas.
Je posais mon regard sur la femme. Elle me regardait, un petit sourire au lèvre. Naturellement, je laissais mes yeux rencontrer les siens. Deux orbes bleus qui ressortaient sur sa peau pâle. Mon cœur s’emballa, mais je m'efforçais de ne pas trahir le stress que ce regard me procurait. J’écoutais ce qu’elle avait à me dire en observant la teinte de ses yeux.

Elle avait qualifié sa magie d’impitoyable, pourquoi cela ? Une magie impitoyable répondait pour moi aux actions impitoyables de celui qui la manipulait. Cette femme était-elle ainsi ? A présent, il m’était dur d’y croire, mais tout comme j’avais été surprise par notre discussion, je savais que je pouvais être surprise par sa magie. Étrangement, ces mots étaient loin de me faire peur. A vrai dire, elle avait plus encore éveillé ma curiosité, si tant est que cela soit possible. Je voulais voir sa magie à l’oeuvre, comprendre pourquoi elle la qualifiait ainsi.


-Aussi impitoyable que vous pourriez l'être, alors ? Je lui demandais en fixant ses yeux bleus.

Finalement, la magie était ce qu’on était. Si je continuais à faire souffrir, cela signifiait-il qu’en grandissant, ma magie deviendrait une douleur pour les autres ? Ou pour moi même ?
Je soupirais en quittant la Directrice du regard. Celle-ci continuait de parler, et il m’était agréable de me laisser porter par sa voix. Je me rendais compte que j’avais sans cesse hâte qu’elle finisse ses phrases, ainsi je pouvais retourner ses mots dans tous les sens pour les faire mien, me les approprier et lui donner une réponse, qui je le savais, amènerait d’autres questions, de sa part comme de la mienne.
Je fus déçu d’entendre dans ses mots autres choses que la magie. J’avais espéré que nous en restions à cela, que nous parlions de cela des heures durant et que j’apprenne quantité de chose. Mais elle en avait apparemment fini avec ce sujet là. Je plongeais mon regard sur les dalles sombres du château, acceptant d’attendre quelques instants avant de revenir sur le sujet magie.


-J’assume de voir plus loin, mais je me fous du progrès, Miss lui lançais-je.

Elle n’avait pas tort, mais je n’avais jamais pensé comme elle. Finalement, je n’avais jamais réellement songé à ce qui pouvait motiver les gens à être si peu critique, si peu profond. Ils étaient ainsi, c’était tout, et ils étaient inintéressant, se contentant des plaisirs futiles de la vie en dénigrant ceux qui ne le faisait pas. Dans mon cas, je ne mettais pas de filtres sur ce que je pensais et je disais car je ne me rendais pas compte que je parlais comme je pensais. On m’avait souvent reproché de trop parler -avant-, de dire des choses qu’il ne fallait pas, de ne pas respecter les adultes, et autre. Mais me dire que j’avais raison de parler comme je pensais, voilà qui était une première. Kristen Loewy me permettait de voir qu’il existait des adultes qui laissaient les enfants parler comme ils le souhaitaient. Était-ce parce qu’elle n’avait pas d’enfant ? Je ne savais pas si cela était le cas, mais il était difficile d’imaginer une femme si occupé et si critique qu’elle avec un enfant.

C’est le cœur battant d’un nouvel espoir que je relevais les yeux vers elle quand elle prononça le mot “Magie”. J’eu soudainement l’envie de jubiler à l’idée qu’elle m’offre son savoir sur ce sujet passionnant. J’avalais chacun de ses mots avec passion, goûtant la saveur particulière qu’ils avaient. Quand elle termina sa phrase, je restais à la regarder sans bouger, me contentant de réfléchir à ses mots. Ils étaient passionnant mais, comme depuis le début de notre conversation, ils ne m’apportaient pas entière satisfaction. Ils me laissaient un goût particulier dans la bouche :

-Je ne suis pas d’accord.

Et je jubilais plus encore en prononçant ces mots. Je n’appréciais pas de ne pas comprendre la pensée d’un autre, et encore moins de ne pas être d’accord. Car cela signifiait que la compréhension qu’avait l’autre ne m’atteignait pas. Dans ce cas, je prenais un malin plaisir à tout faire pour comprendre pourquoi l’autre pensait ainsi. Je tentais de faire mienne sa pensée, me permettant d'agrandir ce que je pensais croire sur tel ou tel sujet. Oh, de temps à autre la pensée de l’autre était si hermétique que je ne pouvais l’accepter et l’imaginer, mais avec une femme comme Kristen Loewy, je ne savais pas à quoi m’attendre, alors je souhaitais connaître les pensées qui accompagnaient ses mots. Pourquoi ? Pourquoi elle pensait ainsi, pourquoi pensait-elle que le magie se devait d’être contrôlé ? A son âge, il était évident qu’elle connaissait mieux le sujet que moi, ses réponses m’apporteront donc inévitablement des détails.

-Maîtriser la magie revient à la brider, et c’est lorsque je la maîtrise pas qu’elle est la plus phénoménale
. Je parlais d’une voix pleine de vie qui ne m’était pas habituelle. En fait, personne ne la connaissait car personne ne m’intéressait assez pour l’entendre. Il n’y a rien de plus brut que l'instantanée, c’est pour ça que la vérité sort d’une personne quand elle est en colère. Comme la magie se montre dans sa plus belle forme quand on contrôle plus rien…

Je chuchotais cette dernière phrase comme si j’avais moi-même compris quelque chose en la prononçant. A vrai dire, les mots “je te déteste” s’étaient à nouveau imposés dans mon esprit. Ceux-là aussi étaient dû à une colère qui avait permis à la vérité de se faire connaître.
J’eu envie de rire, lorsque Loewy me demanda si j’avais eu des accidents, mais je ne le fit pas. Il n’y avait rien de drôle dans les accidents que j’avais eu avec la magie. Cette dernière, chez moi, avait signé un accord avec ma violence pour la rendre plus… impitoyable encore. Je secouais la tête pour faire disparaître ces pensées qui n’avaient rien d’agréables. Je préférais me concentrer sur la magie, et écouter le point de vue de ma Directrice.


Je me décollais du mur frais pour me rapprocher de la femme. Je me demandais s’il était possible de sentir la magie des autres sans que ceux-ci ne le décide. Comme il était possible de ressentir des frissons dans son corps lorsque la tension dans une pièce était palpable, j’étais persuadé que je le pouvais. Alors c’est discrètement que je tentais de tendre… je ne sais quoi pour parvenir à ressentir la magie qui coulait dans les veines de Kristen Loewy.

-Non, non j’ai pas eu des accidents en cours
, lui dis-je sur un ton lointain, concentrée sur ma tâche, mais je sens que ma magie est aussi sauvage que vous semblez l’être. Je lui souri. Difficile à attraper et à comprendre. Et quand elle sort, c’est là qu’elle est la plus claire.

Toute Poufsouffle que j’étais, je n’avais pourtant pas une once de patience en moi. Alors, frustrée de ne pas “ressentir” Loewy, je soufflais un coup avant de croiser les bras sur ma poitrine. Je n’aimais décidément pas échouer.

-Pourquoi je ne peux pas ressentir votre magie ? Je changeais de sujet au rythme de mes pensées. Finalement, peut-être que Loewy avait raison, je parlais comme je pensais.

Je levais la tête pour permettre à mes yeux d’atteindre ceux de la femme. Elle était grande, et moi je n’étais qu’une enfant. Mais étrangement, avec elle plus qu’avec mes camarades de mon âge et de ma taille, je me sentais d'égale à égale.

*Suffoque*

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Kristen vit clairement que la jeune Poufsouffle était en train de tenter quelque chose. Elle inclina la tête, car elle ne comprenait pas quoi.

Ah. Elle voulait ressentir sa magie ? C’était cela qu’elle essayait de faire ? Bristyle avait dit cela d’un coup, comme contrariée de ne pas être parvenue à faire ce qu’elle voulait. Pour une jeune fille de onze ans, Aelle Bristyle avait une conception très originale de la magie. En fait, Kristen imaginait la magie un peu de la même façon : quelque chose de palpable qui coule dans les veines, comme un fluide que l’on pourrait ressentir.

Il fallait être concentré pour suivre le fil des pensées d’Aelle Bristyle, mais heureusement, Kristen l’était. Elle laissa le regard de la jeune fille attraper le sien et elle expira un petit rire.

« Je ne la laisse pas m’échapper, dit-elle sur le ton de l'évidence. »

Kristen croisa les bras. Il y avait bien un endroit de son corps d’où elle ne pouvait contrôler ses « émanations de magie » : c’était sa main droite, qui était planquée sous le cuir de son gant. Le moindre contact avec cette main était comme un souffle glacé. Le gant permettait de limiter cette sensation – et de cacher l’horreur lapidée de sa peau – mais elle restait bien là. Néanmoins, Kristen ne pouvait pas se permettre de satisfaire l’envie d’une enfant de onze ans en lui faisant ressentir cela. Elle ne comprendrait probablement de quoi il s’agissait vraiment, ce n’était pas le problème, mais ce n’était pas un contact agréable. Il pouvait même être extrêmement gênant, voire dangereux, si le corps et l’esprit de l’autre était trop faible. La directrice ne prendrait pas le risque, c'était inutile.

« Maîtriser la magie n’est pas la brider. Il s’agit de contrôler la magie pour en faire ce que vous voulez. C’est un outil de votre volonté. Si vous ne maîtrisez pas votre magie, ne craignez-vous pas qu’elle prenne les devants ? »

Elle fronça les sourcils et son regard se fit plus sévère. C’est qu’elle parlait en connaissance de cause.

« La magie est fascinante, mais ce n’est pas un jeu. Pourquoi croyez-vous qu’une école si grande que Poudlard a été créée ? Pour s’amuser ? »

Aelle avait l’air d’une petite bombe prête à tout faire exploser. Elle donnait même l’impression de vouloir tout faire exploser, elle semblait penser que ce serait vraiment grandiose. Kristen aurait pu lui assurer que non, ce n’était pas grandiose, de tout faire péter... mais elle ne pouvait pas se permettre de lui dire pourquoi elle pensait ce qu'elle pensait.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

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Lorsque Kristen Loewy inclina la tête sur le côté, j’eu l’impression de voir un chat qui ne comprenait pas les comportements idiots des humains destinés à le faire réagir. Cependant dans cette situation-ci, je n’avais eu aucun comportement idiot, juste une question sortie de nulle part. Et c’est en observant sérieusement ma directrice que j’entrepris une nouvelle fois de trouver le moyen de ressentir la magie de mon interlocutrice. Je visualisais de toutes mes forces ma magie comme un voile qui se tendait vers Loewy, mais rien n’y faisait, je ne ressentais rien d’autre que la présence de mon propre fluide.
Fort heureusement pour ma frustration montante, Loewy m’offrit son regard en baissant légèrement sa tête et c’est avec un petit rire qu’elle me répondit.


Je levais mon sourcil en écoutant sa réponse, ne comprenant pas réellement l’origine de ce rire et l’évidence que j’entendais dans ses mots. *Elle ne la laisse pas lui échapper ?*. Mais Kristen Loewy restait une sorcière, même si elle contrôlait sa magie, pourquoi je ne ressentais pas ce fait comme je pouvais ressentir la magie qui crépitait dans certains lieux magiques ? C’était une chose connue, les bâtiments sorciers étaient repérables grâce à la magie qui leur était lié, non ? Pour moi, ce devait être ainsi aussi pour les sorciers.
Croisant les bras comme je l’avais fait, la Directrice ne me quitta pas du regard lorsqu’elle mit dit, toujours sur un ton évident que j’avais du mal à comprendre, que contrôler la magie n’était point la brider, mais la transformer en ce que nous souhaitons. Soit… Alors le contrôle était une façon d’améliorer, selon elle ? Etait-ce ainsi qu’elle pensait utiliser toute la potentialité de sa magie ? J’écoutais et je comprenais ce qu’elle me disait, mais je ne partageais pas son avis pour autant. Je venais tout juste de faire mes premiers pas dans le monde la magie, laissant -normalement- la magie accidentelle de l’enfance derrière moi, et je ne pensais pas vouloir la contrôler à ce point.

*En fait*, je me dis après réflexion, *c’est pas que je veux pas contrôler ma magie, c’est juste que je pense que trop de contrôle empêche son épanouissement*. Penser ainsi me fit me rendre compte que je partageais tout compte fait l’avis de la femme sur l’utilisation de la magie, mais pas sur la signification du contrôle.

C’est sur un ton plus sévère cependant qu’elle continua ce qu’elle avait à me dire. Alors je lui lançais un regard éberlué, ne comprenant pas ce ton sans appel. Pendant un instant, je me demandais si ce n’était pas la peur qui la rendait si véhémente dans ses propos. De mon regard étonné, j’observais cette femme qui venait tout juste de se transformer, passant de la femme avec qui je parlais d’égale à égale à la Directrice qui se croyait en devoir de remettre à sa place une enfant qui ne comprenait pas que la magie n’était pas un vulgaire jeu.
C’était ce qu’elle pensait ?


-Vous pensez que je joue avec la magie ? Je vis dedans depuis toujours, je sais que c’est pas un jeu. Je lui offris un sourire ironique en réponse à son ton sévère. Si Poudlard n’a pas été créé pour s’amuser, Miss Loewy, pourquoi les professeurs s’amusent-ils à ne pas nous enseigner la magie comme elle l’est enseignée ailleurs ?

Depuis que Nyakane m’avait fait découvrir ce que pouvait être la magie, je ne cessais de penser que je devais trouver un moyen d’apprendre à l’utiliser de cette manière. Car j’étais persuadé qu’apprendre durant sept ans à canaliser la mienne dans une baguette ne m’aiderait pas à découvrir ce que je souhaitais découvrir.

-En tout cas, Kristen Loewy, je reste persuadé que la magie peut pas être libre de s’épanouir si on la bride avec trop de contrôle. Ou une baguette. Bien sur que je crains qu’elle prenne les devants, et elle l’..., je me tue soudainement, ne souhaitant pas qu’elle sache que sous l’effet de la colère, je perdais tout contrôle. Mais ça m’empêche pas, je repris, de vouloir la libérer un maximum avant de plus être capable de le faire !

J’alpaguais alors son regard, espérant peut-être ainsi lui faire comprendre que de grandes choses pouvaient être faites avec la magie, et que je n’avais nullement l’intention de ne pas en faire.

Finalement, puisque j’avais compris que je ne pourrais ressentir une quelconque once de magie chez cette femme si elle ne le décidait pas -et elle ne le ferait pas-, je m’éloignais d’elle, en profitant ainsi pour faire quelques pas et réfléchir.

-Puisque je suis qu’une enfant, que je contrôle pas encore ma magie, vous pouvez ressentir la mienne ? Je lui demandais sur un ton hésitant, ne sachant pas très bien si la femme était ouverte à d’autres questions.

Seul son départ pourrait provoquer chez moi un arrêt du flot de questions que j’avais en réserve. Mais j’étais tout de même prête à ne pas en poser pour ne pas faire fuir cette femme qui, malgré son caractère sûrement difficile, pourrait m’apporter beaucoup de réponse.

*Suffoque*

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Kristen soupira et ses épaules s’affaissèrent. Comment lui faire comprendre ? Et qu’entendait-elle par « ailleurs » ? Il y a quelques temps, une sorcière africaine du nom d’Erza Nyakane avait séjourné à Poudlard. Elle avait fait quelques démonstrations de sa magie aux élèves ; une magie qui ne ressemblait en rien à celle qui était enseignée ici, à Poudlard, ni même dans cette partie de l’Europe. Mais la magie de là-bas et celle d’ici ne pouvaient être tout à fait compatibles, il fallait se contenter d’en tirer théoriquement le meilleur.

Elle ne releva pas le fait que la petite élève l’ait appelée tout entier « Kristen Loewy », ce qui était très bizarre. Elle remarqua que la Première Année s’était tue, s’empêchant de dire quelque chose qu’elle aurait peut-être regretté, mais elle décida de ne pas relever non plus.

« Non, je ne la ressens pas. »

Elle ne faisait pas beaucoup d’effort, certes, mais il fallait surtout admettre qu’une si jeune élève n’avait pas une très grande aura magique non plus. Elle préféra ne pas le lui dire, donc elle se contenta de répondre le minimum. Finalement, elle réagit à l'avis de la petite fille :

« Mademoiselle, il n’a jamais été question de laisser la magie… s’épanouir. »

Elle réfléchit quelques instants. Avait-eu déjà eu l’idée de laisser une épée s’épanouir ?

« Toutes les magies du monde sont sous contrôle, d’une façon ou d’une autre. Dans certaines cultures, la magie passe par le filtre de la baguette… Dans d’autres, il s’agit de bijoux, de signes tracés au sol, de tatouages sur la peau… »

Kristen fit une pause. Elle en était presque à dispenser un cours. Ce sujet l'avait passionnée - et la passionnait encore. Lorsqu'elle avait vu Erza Nyakane pour la première fois, elle avait d'ailleurs reconnu la provenance de sa magie, et en y réfléchissant un peu plus, elle avait même reconnu dans ses tatouages le signe d'une magie terrestre.

« S’il n’y avait pas ces moyens de contrôler la magie, eh bien… Celle-ci deviendrait incontrôlable, justement. Toutes les formes de magie peuvent être dangereuses ; et on n’a jamais eu l’idée de laisser quelque chose qui peut être dangereux faire sa vie sans surveillance. Libérer la magie ne vous apporterait rien. Je dirais même que ce n'est pas fait pour. »

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

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Le soupir de la directrice m’effraya. Je lui jetais un regard à la dérobé, continuant à fouler les pierres avec mes bottines noires. En avait-elle assez de mes questions ? Ou alors trouvait-elle que ce que je disais n’avait pas de sens ? Je pouvais comprendre la première raison, mais s’il s’avérait que la deuxième était celle qui créait ce comportement, j’en serais fort déçu. Je ne parlais pas si j’étais persuadé de tout ce que je disais, cela n’aurait aucun sens. Je parlais pour partager un point de vue et avoir celui d’une autre personne. Loewy m’avait déjà offert son point de vue concernant l’Ombre de la Mort. Cela était-il suffisant ? Pas pour moi. Était-elle incapable de me donner plus ?
Pleine de doutes, et quelque peu effrayée que la femme s’en aille sans demander son reste, j’écoutais ce qu’elle avait à me dire.


Et c’est avec déception que je l’entendis me dire qu’elle ne ressentait pas ma magie. Le cœur battant, je me demandais si cela signifiait que mon niveau était trop bas pour être perçu par une sorcière de bon niveau. Ou alors peut-être avais-je un don pour cacher ma magie aux yeux de tous. Que cela me permettrait d’accéder à l’enseignement des meilleurs sorciers de Grande-Bretagne et d’ailleurs, peut-être que… Mes rêves m’échappèrent bien vite, puisque je mis rapidement le doigt sur l’élément clé de la phrase de la femme. Elle n’avait rien pu ressentir. Cela signifiait clairement qu’elle avait essayé de ressentir ma magie ! Mais comment, pourquoi, de quelle manière ?

-Comment est-ce que v...

Sans le vouloir, la femme ne me laissa pas parler, toute entière occupée à me donner une réponse adéquate sur la magie. Je me tournais vers elle pour être persuadé de ne laisser s’échapper aucun mot. Toujours aussi droite dans ses habits sombres, elle parlait avec passion. Elle m’expliqua que chaque magie était faite pour être canalisée, que c’est en cela que la magie était utilisable.
Alors que je la regardais parler, je me dis que j’aurais drôlement aimé avoir dix ans de plus, afin de pouvoir tenir avec elle une conversation pendant des heures sur tous les sujets imaginables. J’étais persuadé que cette femme avait des éléments à amener sur chacun de mes questionnements. Et ce n’était pas sa froideur ou son comportement distant qui m’aurait empêché d’échanger mon point de vue avec cette femme aussi passionnante qu’effrayante.


La vision d’une Aelle âgée d’une vingtaine d’année discutant avec passion et sans barrières avec Kristen Loewy disparu en même temps que s’acheva le discours de la femme. Sans un mot, je la regardais. J’étais subjugué.
Alors que mon corps ne faisait plus aucun mouvement, mon esprit, lui, s’emballait à toute vitesse. Il retournait dans tous les sens les mots de la femme pour être sûr que la conclusion à laquelle il était arrivé était la bonne. Je laissais les secondes se transformer en minutes. Finalement, après avoir tant cherché une autre conclusion que celle que j’avais, je dû me résoudre à l’évidence, et elle était plus que logique. Ainsi donc, la magie était canalisée grâce ces moyens variés.
Je sortais ma baguette pour l’observer. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, mais avec la vision de Miss Loewy, je comprenais mieux ce qu’elle me disait. Oui, je comprenais bien mieux mais… Ce n’était pas pour autant un frein à mes envies.


Je jetais un regard trouble à Kristen Loewy. J’ouvrais la bouche pour parler puis la referma aussitôt. Cette compréhension qu’elle m’avait apporté me laissait dans un état hors du temps. Cela était souvent le cas, lorsque je comprenais soudainement une chose d’important pour moi. Et Merlin seul savait à quel point la magie m’était importante.

Ressentant soudainement le besoin de mettre mon corps au repos, j’avalais en quelque pas la distance qui me séparait du tableau et m’assis sous celui-ci. Le sol était frais, mais c’était agréable. Ainsi, il était plus simple de réfléchir. Je pouvais laisser mon regard se perdre dans le ciel hivernal et même dans les yeux de Loewy, si je le souhaitais.
Je pris une grande respiration, prête à offrir mon nouveau point de vue à la femme.


-Je comprends. C’est incroyable de partager votre point de vue, je lui dis avec une voix joyeuse d’enfant.

Je regardais par la fenêtre pour essayer de formuler une phrase claire dans mon esprit.

-Donc, ces… objets, les baguettes, les bijoux, et même les tatouages de Nyakane, permettent un contrôle de la magie afin de l’utiliser…

Sans le vouloir, Loewy m’avait permis de comprendre la raison de la présence des tatouages de Nyakane. Cela était une chose qui m’avait beaucoup questionné, et j’étais heureuse d’avoir ces éléments. Je pourrais désormais cibler plus encore mes recherches sur la jeune africaine.
Je revenais sur les mots de la Directrice. “Ce n’est pas fait pour”, elle avait dit. Ces mots me dérangeaient. La magie n’était pas présente pour une quelconque raison, elle était là, tout simplement.


-Vous me permettez de vous poser une question plus précise. Comment je pourrais en venir à utiliser mon propre corps comme pour contrôler la magie ?

Je m'installais en tailleurs sur le sol dur de Poudlard, me penchant légèrement en avant, peut-être pour donner du poids à mes mots. Je sentais la passion m’empoigner le cœur et me faire parler.

-Je veux dire, je peux aussi contrôler cette magie, tout comme vous le pouvez ! Nyakane utilise ses tatouages, ce qui se rapproche plus du corps que notre baguette. Je lui montrais le morceau de bois, prenant le temps de l’observer aussi. Je comprends que la magie doit être contrôlé… Enfin, je comprends votre point de vue sur ça mais…

Je fronçais les sourcils, intensément concentré pour parvenir à exposer clairement ma façon de penser. L’adulte l’avait si bien fait que je craignais qu’elle ne se contente pas de ma réponse enfantine.
Je regardais la directrice.


-Ce que je veux dire, Miss, c’est que ce contrôle doit pouvoir être exercé par le corps même de celui qui utilise sa magie. Plus de baguettes, plus de bijoux, de runes, de signes, de tatouages… Non, juste un corps pour contrôler la magie. Et l’utiliser. Ça devrait être possible, si on s’en tient à votre logique qui dit que la magie doit être contrôlé par n’importe quel moyen pour être utilisé.

Je respirais alors, n’ayant pas pris conscience que j’avais parlé sans reprendre mon souffle. Mes yeux cherchaient ceux de la femme, mon cœur battait rapidement dans ma poitrine. J’espérais que j’avais été compréhensible, mais surtout, je gardais le fol espoir que la femme ne se moque pas de moi. J’avais été élevé avec une vision particulière et très ouverte de la magie, mais j’avais conscience d’avoir pris mes libertés sur l’enseignement de mes parents, et l’opinion que j’avais dorénavant ne convenait pas à tout le monde. Loewy m’avait prouvé qu’elle n’était pas d’accord avec moi, je sentais dans ses mots qu’elle pensait que j’avais entièrement tort. Et si je l’écoutais et je la comprenais, je n’abandonnerais jamais l’idée première de la magie que je m’étais faite avant d’avoir une preuve concrète que celle-ci n’était pas observable. Je ne laisserais rien ni personne m’empêcher de trouver mes réponse par moi-même.

*Suffoque*

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Utiliser son propre corps pour canaliser la magie était effectivement une chose possible. Mais dangereuse, et pas franchement autorisée. Cela avait un prix. Il existait plusieurs branches de la magie qui exploitaient cette possibilité, la plus connue étant celle que l’on appelait couramment la « magie du sang ». En résumé, il s’agissait de sacrifier un peu de son sang pour produire de la magie. C’était dangereux, car la magie – et nous ne parlons pas là d’une belle magie pleine de papillons roses et bleus - devenait alors une sorte de poison insidieux, qui, petit à petit, se propageait par le sang dans tout le corps. Une sorte de septicémie magique. Plus généralement, il y avait la magie sacrificielle, qui n’employait pas nécessairement que du sang. Comme la précédente, il s’agissait souvent d’une magie principalement d’invocations, mais elle pouvait aussi être plus générale. C’était cette magie-là qui avait massacré la main de Kristen.

Ces deux formes de magie, en tout cas, n’étaient pas franchement répandues. Les informations concernant leur pratique ne circulaient pas dans les livres des bibliothèques. Si l’on ne savait pas où chercher, on ne risquait pas de trouver. Il fallait déjà en avoir l’intuition, et ce n’était clairement pas donné à tout le monde. Encore moins à une enfant de onze ans. Avait-elle déjà entendu des adultes évoquer ces sujets-là ? Ou bien avançait-elle simplement à tâtons, sans se rendre compte de ce dont elle était en train de parler ?

Les dents de Kristen se serrèrent et sa mâchoire se fit plus marquée sur son visage déjà anguleux. Ses yeux se plissèrent sur la petite fille qui venait de s’assoir par terre, juste sous L’Ombre de la Mort.

Elle hésita. Elle eut envie de mentir, de dire que non, ce n’était pas possible et qu’il ne fallait pas chercher plus loin. Que c’était comme ça, « et puis c’est tout ». Cela aurait été la solution la plus simple, et peut-être que si Kristen avait affirmé avec force et conviction que l’idée de la petite Poufsouffle était totalement impossible, l’élève l’aurait éliminée de son esprit sans plus attendre.

Finalement, elle opta pour une réponse un peu plus troublante, mais qu’elle jugeait cohérente avec son ancien poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal : il n’y aurait rien de douteux à ce qu’elle sache ce genre de choses.

« C’est possible, en effet, dit-elle lentement. »

Les yeux toujours plissés, elle regarda successivement le tableau et la petite fille.

« Il y a un genre de magie qui permet cela. On l'appelle magie noire. Mais... en échange de cette utilisation, le corps finit par se consumer. »

Elle expira à nouveau un petit rire par ses narines et inclina la tête.

« Il vaut donc mieux éviter, n'est-ce pas ? »

Il n'y avait rien de drôle là-dedans.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Attention, vous êtes suivi  PV 

Entendre la femme me dire que ce dont je parlais était possible était incroyablement perturbant. Premièrement parce que je m’étonnais de penser à des choses qui n’était pas totalement produites par mon esprit imaginatif. Deuxièmement parce que je n’étais pas habitué à ce que l’on m’offre des réponses aussi facilement. Si tant est qu’elle me donne des réponses. Mon cœur s’emballa lorsque je me fis la réflexion qu’il était tout à fait possible que la femme refuse de me donner plus ample explication. Elle n’oserait pas, n’est-ce pas ? *Oh si, elle oserait, et je le sais…*. Oui, je le savais, mais je savais aussi que je ferais tout pour avoir une réponse, il était impossible qu’elle me laisse ainsi après avoir éveillé ma curiosité. S’il était possible d’utiliser son corps pour canaliser la magie, je devais le savoir. Je le devais car ma rencontre avec Nyakane et sa magie fascinante avait réveillé en moi une curiosité incompréhensible et dévorante envers cette magie que je connais pourtant depuis toujours. Mais n’avais-je pas toujours trouvé étrange que la magie ne puisse s’utiliser sans baguette ? J’avais longtemps pensé, lorsque j’étais plus jeune encore, que cela était un mystère que les adultes nous cachaient, à nous les enfants. Mais j’avais compris qu’ici, c’était tout simplement cette forme de magie que l’on prônait, et qu’ailleurs s’en était une autre. Mais personne ne m’avait jamais dit qu’une magie du “corps” était possible.
Kristen Loewy avait ma réponse, et tardait à me la donner. J’attendais avec une impatience non feinte qu’elle me l’offre, essayant de me faire oublier pour ne pas qu’elle change d’avis. Si ce genre de magie était possible, je ferais tout pour l’apprendre, je me le promettais. Je ne me contenterais jamais de ce que l’on voulait bien m’enseigner.

La voix de la femme s’éleva alors, et je me tordit le cou pour la regarder, pour atteindre son regard en même temps que ses mots atteindraient mes oreilles et ma compréhension. Ses yeux étaient plissé, et sa voix semblait s’être durcie. Je fis cette constatation mais ne m’en préoccupais pas. J’avais eu ma réponse. Et celle-ci ne me convenait pas. Pire que cela, elle était effrayante.


*La magie noire ?*, pensais-je doucement, comme si j’avais peur qu’une personne puisse entendre mes pensées. Je remontais mes genoux vers ma poitrine. Je n’étais pas une enfant de la Magie pour rien. J’avais appris il y a longtemps l’existence de cette forme de magie, et je me rappelais comme si c’était hier la voix de Zakary qui me mettait en garde contre celle-ci. Je me rappelais mon entrain, lorsqu’il m’avait expliqué en quoi elle consistait. Je ne voyais alors rien de choquant la-dedans, juste un danger immense. Puis il m’avait donné son nom “magie noire”, il m’avait expliqué son danger, la mauvaise réputation qu’elle avait, il m’avait même décrit rapidement quelques personnages emblématiques du passé qui usaient de “Magie Noire”. Il m’avait dit : “cette magie demande des sacrifices corporels, elle n’est pas à prendre à la légère, Aelle. Elle agit comme un poison”. Entendre la même mise en garde dans la voix de Kristen Loewy fit apparaître des frissons sur ma peau. Je grelottais malgré moi.
Je savais combien la magie noire n’était pas recommandée. Et je savais aussi que je trouvais étonnant qu’elle ne soit pas enseigné à Poudlard. Après tout, cacher cette magie à tous n’était pas une manière d’éveiller les esprits curieux ?
Utilisé avec beaucoup de précautions, je ne voyais pas en quoi cette magie pouvait être dangereuse. Narym m’avait un jour dit : “C’est l’intention de la personne qui compte”. Lorsque j’éprouvais une forte colère, ma magie se manifestait parfois durement. Mais en tant normal, je pouvais aisément dire que j’avais une magie acceptable.

Je n’osais pas répondre à la femme. Celle-ci me dardait d’un regard dur et froid, et je savais qu’il valait mieux que je fasse attention à ce que je répondrais, si je ne voulais pas qu’elle se fasse des idées sur moi.


-La magie noire… Chuchotais-je en tremblant légèrement. Elle dépend du sorcier, je pense…

Je bridais tant ma curiosité que je ne savais plus que dire. Je souhaitais lui poser un tas de question à ce sujet, mais j’avais peur qu’elles ne soient mal accueillis. Je jetais un regard discret à la femme. Allait-elle me dire que c’était le seul moyen d’utiliser son corps pour canaliser la magie ?

-Cette magie peut être aussi destructrice que celle qu’on utilise tous les jours selon moi, marmonais-je.

J’avais laissé cette phrase s’échapper malgré moi. Je me mordais doucement la lèvre, craignant une soudaine remontrance de la part de ma Directrice.

-Il y a d’autres moyens que laisser une part de soi à la magie pour la canaliser avec le corps. Et pour éviter qu’elle ne m’interrompt, je dis rapidement : l’occlumencie, par exemple, s’utilise sans baguette n’est-ce pas ? C’est bien un signe qu’il y a de la magie la-dedans, lui dis-je en lui montrant la tête. Alors je pourrais avoir les mêmes résultats avec la… que la magie noire mais sans sacrifices, j’en suis persuadé.

Il y avait tant de chose que je voulais comprendre de la magie. Tant de questions à poser mais personne pour me répondre clairement. Ou peut-être que je n’acceptais pas les réponses que l’on me donnait ? Je n’étais pas prête à me pencher sur ces questions là. Le monde était rempli de magie, alors j’irais un jour à la rencontre du monde pour trouver tous ses secrets.
Je levais des yeux farouches sur la Directrice et je lui dis :

-Avec la magie, on est capable de tout. Je découvrirais tout ce qu’elle a à m’offrir.

Cela résonnait comme une promesse. Et ça en était une.
S’il valait mieux éviter une magie destructrice ? Je n’avais franchement pas la force de me pencher sur cette question et je ne comprenais pas l’enjeu qu’elle contenait. J’étais prête à tout pour comprendre et trouver des réponses, cela était indéniable et j’en avais souvent fait les frais. Mais serais-je capable de me détruire moi pour avoir des réponses ? Je ne pouvais pas répondre.
Mon but était d’accéder au plus de Sens possible. Accéder au sens de la magie était donc un des objectifs primordiaux.

*Suffoque*

Attention, vous êtes suivi  PV 

L’occlumancie était un genre de magie complètement différent. Ce qui concernait l’esprit n’avait rien à voir avec le reste – il en était de même pour la divination, d’ailleurs, ce qui valait à cette discipline de lourdes critiques… Que Kristen elle-même avait pu penser très fort.

Kristen ne put s’empêcher de tiquer. Il est très difficile d’essayer de convaincre quelqu’un qu’il a tort lorsque vous êtes secrètement persuadé qu’il a raison. Elle croisa les bras, fronça les sourcils et dévisagea Aelle Bristyle en haussant le menton. Peu importait les convictions de la directrice - elles lui appartenaient, à elle, et à elle seule - il n'en était pas moins que les idées de la Poufsouffle étaient un peu trop proches de la limite. Après quelques secondes d’observation, Kristen dit :

« Vous feriez mieux de vous intéresser aux cours que vous suivez. Vous aurez déjà bien assez à faire. »

Elle inclina ensuite la tête.

« Mademoiselle, »

Haussant le menton à nouveau et plissant les yeux, elle conclut :

« C’était une discussion intéressante. »

Elle baissa à nouveau la tête et s’en retourna dans mouvement involontairement assez théâtral, souple et léger, mais paradoxalement assez imposant. Un mouvement, en somme, qui ne donnait pas de suite à la conversation.

Cette fois-ci, elle espéra vraiment n’être pas suivie. Au détour d’un couloir, elle transplana et se retrouva quelques secondes plus tard directement dans son bureau. Il était toujours si sombre et sobre, l’aigle à l’entrée n’avait pas décollé et elle crut voir ses ailes frémir en la voyant arriver. Elle s’installa à son bureau et réfléchit, coudes sur la table et mains croisées, durant quelques secondes. Ses yeux ne quittaient plus un point fixe de la porte d’entrée qui lui faisait face et semblaient déraisonnablement concentrés dessus.

Puis, elle dut avoir une idée, car elle ouvrit un tiroir de son bureau, sortit un parchemin vierge et après avoir attrapé sa plume, la trempa dans son encrier. Elle écrivit à Wilhelm Heltowni, le directeur de la Maison Poufsouffle, au sujet de l’élève qu’elle venait de rencontrer. Elle ne pensait pas faire usage de la connaissance de son nom ainsi, mais au final, dut bien se féliciter de s’en être inquiétée.

Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur.

Attention, vous êtes suivi  PV 

Je n’avais jamais réellement pensé à la magie noire. A vrai dire, je ne pensais pas à la magie avec un nom précis. Je prenais celle-ci comme elle venait. Elle n’était cependant pas venue souvent, dans mes jeunes années. La magie la plus exceptionnelle que j’ai vu était à Poudlard. Avant, je n’avais eu le loisir de la découvrir seulement dans les livres de Papa. Sa boutique regorgeait d’informations sur tous les sujets, et mes heures passées dans cet endroit sombre m’avait appris bien plus que l’école moldue ou mes rencontres sorcières. La magie noire n’était, cependant, pas un sujet que l’on trouvait n’importe où, et j’étais persuadé que la boutique de Papa ne faisait pas exception à cela. Je me ferais une joie de m’en assurer lorsque je rentrerais à la maison.
Parfois, j’avais peur de mon intérêt pour certain sujet qui effrayait la plupart des gens.

Qu’aurait Kristen Loewy à me dire ? Me réprimanderait-elle de parler ainsi de ce sujet ? Continuerait-elle sur ce ton sévère, me mettant en garde comme une mère met en garde son enfant contre les menaces extérieures ? Je la regardais avec des yeux que j’espérais n’être pas trop admiratif. Je n’admirais pas cette femme. Mais je ne pouvais nier le fait qu’elle m’intéresse grandement. Mais la femme en elle-même n’avait pas d’intérêt, à mes yeux. Il y avait quelque chose, dans sa démarche peut-être ou dans sa posture, qui m’attirait indéniablement. Ou dans sa voix peut-être.

*Oui*, me dis-je, souriant légèrement en la voyant hausser le menton, *le savoir de cette femme m’intéresse*.
Je ne me soustrayait pas à son regard, lorsqu’elle m’observa, songeuse. Je me demandais ce qu’elle voyait alors. Une enfant qui ne savait de quoi elle parlait ? Une interlocutrice qui lui était égale ? Une gosse trop curieuse ? Je serais curieuse de voir au travers ses yeux une nouvelle fois, mais cela avait été assez exceptionnel pour que ça n’arrive plus.

C’est d’une manière très distinguée qu’elle me congédia. Elle me salua, et disparut tout aussi vite. Simplement. Sans me laisser la possibilité de la retenir.

Je m’assis brutalement, la tête tourné pour pour observer ce départ soudain. Ses mots avaient été expéditifs. Une remontrance, comme je le pensais. Une salutation. Et un adieu.
Elle était partit rapidement, sans raison. Je la suivais du regard, incapable de prononcer le moindre mot. Incapable de la retenir ou de dire quoi-que ce soit. Je me retrouvais soudainement seule.
M’avait-elle réellement renvoyé à mes cours ? J’eu un sourire ironique. Si elle m’en avait laissé le temps, je lui aurais dit qu’avec mes notes, j’avais le temps d’élargir mes connaissances sans difficulté. Et j’aurais pu la remercier de m’avoir ouvert l’esprit, de m’avoir permis de trouver des choses que je ne connaissais pas. Elle ne m'avait pas laissé le temps. Peu m'importait, il y avait d'autre chose qu'elle ne pouvait effacer.

Finalement, je me levais difficilement en époussetant la poussière dont ma cape et mon pantalon noir étaient recouverts. Seule dans le couloir, je m’adossais à la fenêtre. Nous nous retrouvions, l’Ombre de la Mort et moi-même, dans une solitude que je n’avais pas souhaité.
Son départ m’avait grandement frustrée.
*Pourquoi elle est parti si vite ?*, maugrinais-je. Peut-être s’était-elle souvenu d’un quelconque rendez-vous ? Il me semblait qu’elle paraissait pressé, lorsqu’elle m’avait surpris en train de la suivre.
Je plongeais mon regard dans l’Ombre titanesque du tableau.


-Tu la comprends, toi ? Lui demandais-je alors.

Il ne répondit pas. Mais il m’apporta une réponse. Je m’approchais de lui pour me poster à cet endroit, où Loewy m’avait fait comprendre que l’ombre était ce que l’on souhaitait. J’observais le blé s’agiter paisiblement sous le vent.

-Et bien, vous avez jeté une nouvelle ombre sur ma Recherche, Kristen.

Je me détournais du tableau, et m'enfonçais dans le couloir. La volière m’attendait. Je soupirais, accueillant sereinement le flux de question qu’amènerait inévitablement ma rencontre avec la Directrice de Poudlard.

*Suffoque*