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Lumos  Libre 

[ AVRIL 2042 ]
Charlie, 12 ans.
1ère Année

Deux heures du matin. C'était à cette heure précise que Charlie sortait — par habitude forcée — de la pièce du deuxième étage pour se diriger vers son dortoir chez les Gryffondors. À peine avait-elle mis un pied dans le couloir que l'obscurité de ce lieu l'enveloppa.

Lumos, prononça-t-elle à l'image d'un rituel, sans aucune fluctuation dans l'intonation.

C'était le seul sort qu'elle maîtrisait à la perfection. Ses innombrables trajets dans le château agissant comme les forgeurs de cette perfection. Le visage de la gryffone était plongé dans une lumière blafarde avec des nuances de bleu. Elle avançait comme un robot, connaissant ce chemin par cœur. Le prenant presque tous les soirs. Elle fuyait. Fuyait même ses camarades gryffones. S'efforçant de rentrer dans le dortoir le plus tard possible pour ne rencontrer personne et sortant le tôt plus possible pour la même raison. Le peu de fois où elle croisait quelqu'un dans les dortoirs, la Rouge et Or lui adressait un bref salut froid, l'autre répondait et puis c'était tout. Le ton de la gryffone était catégorique et traduisait implicitement une seule idée : Tu ne m'as pas vue. Retourne à tes occupations. Au moins, Charlie était reconnaissante envers la compréhension sans mots superflus dont faisaient preuve les autres. Elle n'avait jamais eu à s'expliquer. Elle n'avait jamais rencontré un adulte dans ses déplacements. La Grosse Dame posait quelquefois de légers désagréments, mais Charlie réussissait à la convaincre en l'usant. Répétant en boucle qu'elle voulait rentrer dormir. En ce moment, son envie de s'emmitoufler dans sa cape était dévorante, bien plus que les autres soirs. Elle pressa le pas.

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« Ton dos est noir, et mes pensées blanches.
J’ai peur de parler de peur d’en dire trop.
J’ai peur de ma peur, et d’en faire trop. »

Lumos  Libre 

Il était deux heures du matin. Je me baladais dans les couloirs perdu dans mes pensées comme souvent. J'étais encore comme d'habitude à chercher une solution pour Aelle et à penser à notre relation et la manière dont cela s'était terminé. C'était triste le fait que ça s'était fini comme cela mais inévitable dans un sens. On ne peut pas vraiment aider une personne qui ne veut pas d'aide mais j'avais trop tendance à m'obstiner. Je ne voulais pas qu'elle reste seule, qu'elle se sente malheureuse et qu'elle revive en boucle son enfance. Après, moi ça ne me dérangeait pas du tout d'être seul. Apparemment, ce n'est bon pour personne mais je n'en ressentais pas les effets. J'avais trop l'habitude pour cela. A cause de mon besoin d'aider les autres limite obsessionnel, les autres s'éloignaient de moi ou ne voulaient pas qu'on se mêle de leurs problèmes mais c'était plus fort que moi. J'étais obligé d'aller vers eux et de les aider quoi qu'il en coute. C'est ce que je suis et je n'y peux rien je crois. Peut-être qu'un jour j'arriverais à dépasser ce besoin et j'irais aider les autres seulement ce qui est nécessaire et pas plus. Au moins peut-être qu'à ce moment là les autres ne s'éloigneront pas, me remercieront et deviendront mes amis. C'était possible. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je ne vis pas la lumière ni la personne au bout de cette lumière. Et vu que je voyais assez bien dans l'obscurité au bout d'un moment, je n'avais pas ma baguette de sorti. Je ne m'attendais donc pas à ce qu'il y ait une personne dans ce couloir.

Lumos  Libre 

Tournant là. Pressant le pas par là. Vérifiant l'état des tableaux ici. Éteignant sa lumière là-bas. Charlie n'avait que deux préoccupations en tête : son lit et sa cape. Et comment allier parfaitement ces deux composantes. À l'image d'une potion, elle imaginait toutes les positions possibles pour avoir un sommeil le plus réparateur possible, toutes les façons de s'envelopper dans sa lourde cape pour avoir le moins froid possible. Aujourd'hui, elle pouvait dormir avec, elle n'était ni mouillée, ni dégageant de lointains relents de sueur. Rien ne traversait l'esprit de la Rouge et Or, ou plutôt beaucoup trop de pensées qui résultaient à une cacophonie totalement inintelligible, lourde, aliénante ; le tout donnant naissance à un seul enfant appelé « Rien ». Rien qu'elle pouvait entendre, écouter, comprendre. Mais tellement qu'elle pouvait ressentir, vivre, porter.

Un visage apparut brusquement. Charlie s'arrêta net. C'était comme une apparition soudaine, même si la gryffone regardait droit devant elle, cette forme lui apparut au dernier moment. Elle n'avait pas sursauté, son cœur continuait à battre normalement ; elle n'était qu'indifférence.
*La barbe…* souffla-t-elle intérieurement, maudissant son attention si… distraite. Elle allongea son bras pour observer cet élève — il était trop petit pour être un adulte. Charlie se sentit directement un peu moins concernée, au moins, elle esquiverait la retenue.
Une touffe de cheveux, de grands yeux, un uniforme de… Elle ne distinguait pas vraiment les couleurs avec sa lumière bleue qui biaisait le retour visuel. Son regard se posa donc sur le blason qu'il portait sur sa robe de sorcier. Blaireau.
*Pouffy !* Cette information percuta sa conscience, l'irrita bien plus que n'importe quelle autre maison et déclencha une humeur agressive en elle, d'un seul coup. Le simple fait de voir un Poufsouffle provoquait en elle tantôt une grande lassitude, tantôt une colère persistante. Charlie ne souffla pas le moindre mot, contourna cet obstacle gênant qui était bien plus grand qu'elle, et continua sa route. La gryffone avait l'impression de voir du Jaune et Noir partout. *Pouffy…* Son cœur ralentit, comme s'il réfléchissait, puis repartit de plus belle en battements frénétiques.

« Ton dos est noir, et mes pensées blanches.
J’ai peur de parler de peur d’en dire trop.
J’ai peur de ma peur, et d’en faire trop. »

Lumos  Libre 

Je vis alors la lumière m'aveuglant les yeux. Je les fermis un instant mettant ma main devant puis je les rouvris. Je m'arrêtai alors observant la lueur sans trop voir la personne derrière. Celle-ci ne me dit rien et me contourna. Je me retournai et je vis qu'elle était plus petite que moi. Elle continuait sa route sans se préoccuper de moi. J'étais quand même assez curieux de savoir qui était dans les couloirs à cette heure là et pourquoi elle était là. Peut-être avait elle besoin d'aide ? Je me retournai alors et me mit à la suivre restant en arrière suivant la lueur comme seul repère. Je la suivis un petit moment silencieux puis je m'arrêtai et je lui dis :

-Hé ! Que fais tu ici ?

J'allai à sa hauteur et je l'observai essayant de savoir qui elle était. C'était une fille et elle venait de Gryffondor apparemment. Je ne l'avais jamais vu auparavant ou alors je ne m'en souviens pas. Je ne la connaissais pas. Elle avait l'air un peu plus jeune que moi mais sans plus. Elle portait une cape qui paraissait trop lourde pour elle, lui appuyant sur ses épaules. Elle avait des yeux verts, des cheveux noirs et la peau brune. Non, elle ne me disait rien même avec les passages dans les couloirs ou les salles. Pas même pendant un cours. C'était peut-être une première année. Elle allait l'air de ne pas faire ça pour la première fois, elle se déplaçait sans bruits ni rien. En plus, elle avait l'air d'être très fatigué. Je continuai de l'observer attendant une réaction de sa part.

Lumos  Libre 

Tambour. Un. Deux. Le petit cœur de Charlie frappait fort dans son buste. Un. Deux. Elle avançait, l'esprit tourné vers l'irritation et la colère. Battant l'air de sa cape à chaque fois qu'elle prenait un tournant serré. Quelquefois, la force centrifuge engrangée par la cape était tellement forte à cause de sa lourdeur que la gryffone se sentait tirée, perdant légèrement l'équilibre. Le poids de la gryffone était minime, ce qui donnait à la cape un certain pouvoir sur elle. Depuis fin décembre, elle avait eu le temps de s'habituer à cette présence pesante qui enveloppait son corps comme un linceul. Au début, elle se fatiguait de l'avoir en toute circonstance ; à la longue, celle-ci se transformait en réelle armure pesant trop lourd. Aujourd'hui, elle s'était simplement habituée.
Assourdie par ses sentiments haineux, Charlie n'avait pas entendu les pas qui se pressaient derrière elle. Le Poufsouffle la suivait silencieusement avant de décider qu'il était temps de faire voler en poussière sa discrétion.

La Rouge et Or se braqua net à l'écoute de cette voix masculine. Elle ne se retourna pas, préférant éviter de regarder cet individu qui la suivait. Pourtant, elle eut un réflexe inconscient : elle posa brusquement sa main sur une sangle inexistante. Décontenancée un instant, elle dirigea son regard vers sa poitrine. Il n'y avait aucune sangle. Ce réflexe…
*Bon Dieu…*. Elle ne l'avait pas eu depuis des mois, de très longs mois. Charlie se remémora son sac à dos, et la batte qui était toujours à l'intérieur. À présent, son arme prenait la poussière sous le lit de son dortoir. Elle n'avait plus besoin de se défendre à Poudlard, c'était ce qu'elle pensait jusqu'à cet instant. Ce moment précis où elle se sentait en danger pour une raison sombre. Peut-être était-ce le fait de tourner le dos à un interlocuteur ou peut-être était-ce le fait que le garçon l'avait suivie pendant un moment. Elle ne saurait dire ; restant immobile, elle contemplait l'emplacement vide de sa sangle d'antan, de son attache passée.
Le jeune homme la contourna et se posta en face de la gryffone. Il paraissait l'analyser entièrement, l'observer dans tous ses angles, le regard furetant sur tout son corps. Charlie revint brusquement à la réalité, qui n'était autre que son rêve le plus horrible. Elle remarqua que cet élève la toisait sans gêne, ce qui fit qu'accentuer l'horizon de son agressivité. Serrant la mâchoire pour ne pas le provoquer — ne ressentant aucune envie de s'éterniser ici — la Rouge et Or tenta de sonder son regard. À la lueur blafarde d'un simple Lumos, elle remarqua qu'avoir un retour visuel satisfaisant était hors de portée. Grain de Haine. Même le regard, elle ne pouvait le happer. Charlie fut frappée d'une envie furieuse de le contourner encore une fois et de s'en aller. Pourtant, elle ne choisit pas cette solution. S'il l'avait suivie, c'est qu'il voulait quelque chose ; voilà ce que pensait la gryffone. Rien qu'à cette idée, elle ne put réprimer la répulsion en plus la colère. Ce garçon la rendait agressive, rien qu'à sa tenue jaune.


J'suis somnambule, siffla-t-elle avec autant de sympathie qu'un serpent ; puis elle ajouta, la mâchoire serrée, et faut pas me réveiller, alors pousse-toi.

L'effet d'une phrase prononcée avec la mâchoire contractée à l'extrême était très dur, froid. Il ne laissait pas la place au débat, pas la place à la courtoisie ni à l'affection. Il était là pour casser et briser tout ce qui était possible. Il était expansif et prenait toute la place pour rester seul, là, au milieu de deux personnes ; créant le mur de plus efficace : le rejet.

« Ton dos est noir, et mes pensées blanches.
J’ai peur de parler de peur d’en dire trop.
J’ai peur de ma peur, et d’en faire trop. »

Lumos  Libre 

- J'suis somnambule et faut pas me réveiller, alors pousse-toi.

Décidément, encore quelqu'un qui était renfermé sur elle-même. Fallait que je tombe juste sur les personnes qui ont de gros problèmes et qui ne veulent pas qu'on les aide. Vu sa voix et ce qu'elle m'a dit là, elle ne semblait même pas vouloir ouvrir un dialogue quelconque. Moi non plus, je n'allais pas vers les gens mais bon. Il y a des limites quand même. Je n'essayais pas de fuir les autres non plus. Déjà qu'Aelle ne voulait pas être aider du tout, mais alors celle-ci... Ça commençait déjà bien mal par rapport à Aelle. Au moins, elle avait l'air normale au début. Même si ça n'avait pas duré longtemps au final... Si seulement j'avais su. Mais il était trop tard. Les remords, j'en ai assez eu comme cela. Je commençai vraiment à en avoir marre de me reprocher mes erreurs ou d'aider les autres au prix de n'importe quoi au final même de ma vie si cela se trouve. Je ne voulais pas trop mourir non plus, enfin je ne pense pas. Je n'espère pas. Pour l'instant, je n'avais eu que quelques blessure mais bon. En la voyant, on dirait que j'étais attiré ou que j'attire, je ne sais pas trop, les personnes les plus violentes et qui ne veulent pas changer. Bon certes, je n'en sais trop rien pour elle mais je pense qu'elle est comme Aelle. Si j'insiste, elle me blessera peut-être et j'irai encore à l'infirmerie. Et je m'en voudrai encore et je ne dormirai pas la nuit cherchant une solution pour l'aider et patati et patata. Je commençai vraiment à en avoir marre de tout cela. Cette pensée prit tellement d’ampleur dans mon cerveau et la peur de recommencer tout cela et de me détruire pour si peu ne cessait d'augmenter dans ma tête. Mon esprit fit alors un déclic et c'est à partir de ce moment là que je me mis à changer. Je regardai juste Charlie, ne bougeant pas devant elle, le regard inexpressif.

Lumos  Libre 

Ce qui provoquait de vrais vrombissements de colère dans tout mon corps, c'était le regard de ce gars qui m'était interdit. J'étais sûre d'un fait, si je perdais ma vision et par la même calamité : le regard des autres, je serais simplement démunie, nue face à ce monde grouillant d'émotions. Enfin… le regard des autres ne m'était pas vital, au contraire, il exprimait tout le gouffre qui les séparait de moi. Par contre, il m'était très utile, je pouvais le lire facilement et contempler ces rangées de failles toutes plus grosses l'une de l'autre ; alignées comme des livres ouverts que je pouvais brûler à ma guise. Parfois, je voyais tellement à travers que ça m'ennuyait. Il n'y a rien de plus lassant que de revoir la même chose sans cesse, et j'avais cette horrible impression que les autres avaient la même tranche de regard. Cette tranche spécifique qui pulsait sous le drapeau de la fausse attention. Le regard vide de présent et de présence. Les autres étaient peut-être là, en face de moi, mais ils étaient bien ailleurs, dans leur tête ou peut-être en train de faire du deltaplane. C'était leurs affaires. Je savais qu'ils n'étaient pas réellement là, et c'était tout ce qui comptait. Parfois, je me surprenais à faire comme eux, à ne pas être présente. Ce n'était pas de ma faute. Ce n'était pas moi.

Il avait l'air amorphe, immobile comme une peinture. Ce Pouffy se tenait comme un sac à patates et ne prononçait aucun mot. Son regard était fixe, mais je ne pouvais toujours pas voir les émotions cachées à l'intérieur, ce Lumos était trop faible. J'espérais qu'il ne cherchait pas à atteindre mon corps parce que je n'avais aucune envie de faire valdinguer mes jambes.
*Ouh…* gémis-je en l'accompagnant par une grimace. Cette pensée de violence n'annonçait rien de bon, et la colère n'était pas sa meilleure compagne. Je pensais sérieusement que j'étais sur le point de créer un couple dans mon esprit qui allait finir par s'abattre sur le crâne de ce gars. J'agitais rapidement ma baguette, dans une tentative de le faire réagir. Hésitant entre la consilience et la provocation, je choisis rapidement :

T'as perdu ton ver de terre, blaireau ?

Le ton que j'avais employé était d'une telle ironie que j'en fus moi-même étonnée. *Depuis combien de temps ?* soufflèrent mes synapses silencieusement. J'avais laissé une certaine liberté à la spontanéité, c'était mauvais. À croire que tous les Pouffys avaient une légère tendance à me faire perdre le contrôle. Bordel.

« Ton dos est noir, et mes pensées blanches.
J’ai peur de parler de peur d’en dire trop.
J’ai peur de ma peur, et d’en faire trop. »

Lumos  Libre 

Je le regardai sans rien dire ne pensant plus à rien. Je continuai de le regarder simplement le regard vide. Je ne voulais plus lui parler, je ne voulais plus essayer de le comprendre, je ne voulais plus rien. Je ne voulais surtout plus réfléchir et être dans mes pensées. A essayer de chercher des solutions et d'aider les gens. A me rendre malade pour cela. C'était fini tout cela. Terminé. Enfin je l'espère. Je n'avais plus qu'à partir de cet endroit en le laisser là et en m'en fichant totalement. Comme ca, je ne lui parle pas et je n'essaye pas de l'aider ni quoi que ce soit. De toute façon, je ne voulais plus. J'allai enfin être tranquille et penser à moi pour une fois. A faire ce que j'ai envie et à m'occuper de moi. A ne plus me soucier des autres surtout. Je l'entendis alors dire :
- T'as perdu ton ver de terre, blaireau ?
Mais je ne répondis pas. Je préférais l'ignorer et ne pas répondre à sa provocation. Je le contournai doucement et je continuais mon chemin dans les couloirs en espérant qu'elle ne me suive pas et qu'elle continue son chemin sans venir me parler. Je pressai un peu le pas pour m'éloigner le plus rapidement possible. J'allai alors vers les dortoirs de ma maison pour dormir.

Lumos  Libre 

Reducio
Partant du principe que Charlie est une fille, le masculin utilisé précédemment m'a donné l'impression que ce post, finalement, s'est perdu pour s'échouer lamentablement ici. C'est ainsi que se finit ce bout de rampage plumesque.

« Ton dos est noir, et mes pensées blanches.
J’ai peur de parler de peur d’en dire trop.
J’ai peur de ma peur, et d’en faire trop. »