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L'art indisciplinable  PV 

Six fois déjà qu'elle avait posé ses bras sur une rampe d'escalier et qu'elle y avait enfoui son visage, criant ainsi son désespoir à tous ceux qui passaient près d'elle mais qui, pourtant, ne s'arrêtaient pas pour lui demander si tout allait bien.

Maïka se redressa en position normale, regarda à droite, à gauche, puis soupira pour le seizième fois. Seize et six, vingt-deux. Super. Voilà qui allait sans doute l'aider à trouver la salle d'Histoire de la Magie. Maïka savait qu'elle se perdrait plus d'une fois dans ces couloirs avant même de poser son premier pas dans l'enceinte de Poudlard. Ce château était immense, bon sang ! Il fallait avoir erré dans ce labyrinthe au moins une centaine de fois avant de pouvoir se repérer. Mais Maïka, elle, n'avait pas encore eu le temps de fouler les dalles de cette école une centaine fois, parce qu'on était en octobre et qu'elle avait eu autre chose à faire. Alors, malgré la visite guidée personnalisée que lui avait réservée son préfet quelques semaines plus tôt, Maïka avait oublié l'emplacement de la salle de cours d'Histoire de la Magie.

Il lui restait quelques minutes avant que le cours ne commence, ce qui la rassurait un peu. Sa cause n'était pas perdue. Si elle agissait vite et bien, elle pourrait arriver à l'heure. Elle aurait bien voulu s'adresser à tous ces grands élèves qui passaient à côté d'elle avec leur air pressé, mais elle craignait un rejet violent et humiliant de leur part. Surtout qu'apparemment, les Serdaigle étaient hautains, les Gryffondor étaient moqueurs et les Serpentard étaient méchants. Maïka n'avait confiance qu'en ses camarades de Poufsouffle. Malheureusement, il n'y avait pas l'ombre d'une cravate jaune dans ce coin du Grand Escalier.

Maïka avait trois options. Attendre qu'un miracle ne survienne, s'adresser à un élève plus âgé au risque de subir un refus virulent, déambuler dans les couloirs au gré de son intuition. Le troisième choix avait presque fait céder son esprit lorsque Maïka fit attention au tableau qui se trouvait sur un des murs à proximité d'elle. Circé, une jolie sorcière de l'Antiquité, pas vraiment connue pour son hospitalité. Maïka avait déjà entendu parler d'elle dans sa salle commune, quand un élève de troisième année avait donné une carte à son effigie à un élève de deuxième année. Apparemment, elle transformait en cochons tous les pauvres marins qui atterrissaient par malheur sur son île. Elle n'avait pas l'air d'être particulièrement aimable, mais après tout, ce n'était qu'un tableau. L'art ne pouvait pas être exécrable, si ?

Maïka s'approcha d'elle, toujours un peu hésitante, et lui demanda :

« Excusez-moi... Je suis un peu perdue et j'ai cours d'Histoire de la Magie dans pas longtemps, est-ce que vous pourriez m'aider ? S'il vous plaît ? »

Circé observa Maïka d'un air franchement condescendant, haussant un sourcil. Elle semblait ne pas apprécier qu'on soit venue la déranger.

« Non, je n'ai pas du tout envie de passer trois heures à expliquer à une môme comment rejoindre une salle qui se trouve à douze kilomètres d'ici. »

Les épaules de Maïka s'affaissèrent un peu et une déception amère put se lire sur son visage. Elle hésita un instant, et décida de poursuivre sa stratégie, puisqu'elle n'en avait qu'une.

« Je serai attentive à vos explications, je vous le promets. S'il vous plaît, j'ai vraiment besoin que vous m'aidiez. Vous n'avez que ça à faire, non ? »

Elle ne s'était même pas rendue compte de la maladresse de sa question lorsqu'elle l'avait prononcée. Maïka avait l'habitude d'être un peu trop sincère ; elle ne voulait jamais blesser, mais elle était sans filtre, alors il lui arrivait quand même de laisser échapper quelques répliques piquantes.

« Déjà, j'aimerais que tu arrêtes de marcher en même temps que tu parles, c'est insupportable. »

Maïka se raidit et cessa de bouger. C'était assez difficile, surtout que son hyperactivité s'amplifiait quand elle stressait, mais sa crainte de Circé l'emporta et elle se contint.

« Pour qui tu te prends, petite ? Ce ne sont pas tes arrogances qui me feront changer d'avis. Débrouille-toi. »

Et là arriva son sauveur.

Moins présente.

L'art indisciplinable  PV 

Certaines journées paraissent plus longues que d'autres, et cette journée en faisait malheureusement parti pour Dylan. Il s'était couché tard et avait veillé avec les camarades de son dortoir pour une fois, et avait grand besoin de sommeil. Les poches sous ses yeux trahissaient ses mensonges lorsqu'il disait qu'il était en pleine forme. Malgré tout cela, il n'eût pas de mal à survivre à sa journée, puisqu'elle n'était de toute façon pas bien chargée. Quelques cours dans la matinée, quelques autres dans l'après-midi, ce qui lui laissait une bonne partie du reste de la journée pour vaquer à ses occupations personnelles. Ces dernières se résumaient bien trop souvent à réviser et à s'entraîner aux sortilèges vus en cours. La sixième année était décidément bien compliquée, et Dylan avait un peu de mal à suivre. D'autant qu'il était toujours perturbé par ce qui était arrivé entre lui et Tyr, l'an dernier. Depuis cet incident fatal, il n'y avait plus eu d'échanges entre les deux jeunes hommes. Ils se croisaient, mais ne se parlaient plus vraiment comme au bon vieux temps. Le temps était passé bien vite, d'ailleurs, et Dylan regrettait amèrement ses actes et ses paroles, d'autant plus qu'il se rendait bien compte qu'il avait agi comme un idiot tout au long de sa cinquième année. Il ne pouvait pas blâmer le monde entier pour la séparation de ses parents, et il l'avait bien compris, mais Tyr lui pardonnerait-il un jour ?

Tout en ressassant à nouveau ses pensées et en rejouant la scène tragique de l'an passé dans sa tête, Dylan quitta la salle de cours de Métamorphose, le cœur lourd. Il ne se croyait pas capable d'une telle chose, et tant qu'il n'aurait pas mis les choses aux claires avec Tyr, cet épisode le hanterait encore longtemps. Néanmoins, ce n'était pas encore vraiment le temps pour cela, il semblerait pour son vieil ami que la plaie soit encore bien ouverte, aussi bien personnellement que physiquement. Dylan frissonna en repensant à son ami. Il prit la direction de sa salle commune pour se retrouver un peu seul, à cette heure-ci, il ne devait probablement pas y avoir grand monde. Il croisa plusieurs élèves en chemin, des connaissances, des amis pour d'autres, mais ne s'arrêta pas pour discuter le bout de gras. Il n'était pas d'humeur pour cela. Il ne se sentait pas particulièrement mal, mais il éprouvait un énorme remord qui le rongeait depuis longtemps. Quoiqu'il en soit, le rouge et or parvint à gravir les quelques étages qui le séparaient de sa salle commune avant de surprendre une drôle de scène. Une jeune élève qu'il ne connaissait pas, probablement une première année fraîchement débarquée à Poudlard, était en grande discussion avec un tableau.


« Qu'est-ce qu’ elle fait ? » se demanda Dylan, interrogateur.

Il ne put entendre qu'un bout de la conversation qui lui sembla pour le moins mal engagée :

« Pour qui tu te prends, petite ? Ce ne sont pas tes arrogances qui me feront changer d'avis. Débrouille-toi. »

Dylan comprit rapidement la situation, ou du moins la supposa, puisque beaucoup de nouveaux élèves demandaient parfois de l'aide aux tableaux. Grossière erreur, du moins avec certains tableaux aigris et malpoli. Il s'approcha de la jeune fille qu'il put identifier comme appartenant à la maison de Poufsouffle et lui adressa un sourire amical. Elle ne se rendit compte de sa présence que quelques secondes après son arrivée, et ne dit mot. Dylan se tourna vers le tableau qu'il reconnut comme celui de Circé. *Elle n'a vraiment pas choisi le bon* songea Dylan, amusé par la scène.


« Et pour qui vous prenez-vous, Circé ? Vous parlez d'arrogance, mais vous feriez bien d'apprendre la politesse également »


Cinglant, Dylan ne laissa pas le temps au tableau de rétorquer, inutile de créer une scène de dispute dans les couloirs. Il fit signe à la jeune élève de le suivre un peu plus loin ou ils pourraient discuter sans avoir à se soucier de la réponse du tableau. Il ignorait tout de la présence de la jeune fille, mais dans son regard, il voyait bien qu'elle hésitait à engager la conversation. Dylan se présenta donc poliment.

« Ne t'en fais pas, tous les tableaux ne sont pas comme ça, fit-il en souriant. Celle-ci est particulièrement retors. Je m'appelle Dylan, et toi ?», ajouta t-il.

Gryffondor du mois d'octobre 2015

L'art indisciplinable  PV 

Lorsqu'elle remarqua la présence d'un garçon largement plus âgé qu'elle, le premier réflexe de Maïka fut d'identifier sa maison. Sa cravate faite de rouge et d'or lui indiqua clairement qu'il était issu de Gryffondor, ce qui était une assez bonne nouvelle - elle aurait pu tomber sur un Serpentard ! Maïka fut entièrement rassurée lorsque l'adolescent lui offrit un sourire amical vraisemblablement destiné à lui confirmer qu'il était de son côté. Il ne tarda d'ailleurs pas à lui prouver qu'il était avec elle puisqu'il éleva la voix et s'en prit au tableau, recadrant sèchement la légendaire sorcière de l'Antiquité. Maïka goûta à la panique lorsqu'elle entendit les paroles cinglantes du Gryffondor, qui risquait, avec ce comportement provocateur, de définitivement lui attirer la rancœur de Circé. L'élève de Poufsouffle avait le cœur pacifique et n'aimait pas beaucoup l'idée d'être en conflit avec quelqu'un, quand bien même ce « quelqu'un » était un tableau représentant une femme morte depuis des siècles.

Résignée, et supposant de toute façon que la cause était perdue, elle suivit l'adolescent qui l'avait aidée en murmurant faiblement une phrase d'excuse pour le tableau, espérant que Circé lui pardonnerait, ou au moins qu'elle oublierait cette altercation. Le Gryffondor, Dylan, lui expliqua que ce tableau-là était particulièrement insupportable mais que, Merlin soit loué, tous n'étaient pas comme ça. Intimidée, Maïka hocha légèrement la tête, frappant du pied sur le sol, et répondit à la question qui lui avait été posée d'une voix mal assurée :

« Maïka. »

Hésitante, le regard fixé sur le sol, elle aperçut un caillou minuscule à sa droite, sans doute arrivé là par le biais d'une chaussure ayant traîné dans le parc. Sentait qu'il fallait qu'elle dise quelque chose, elle ajouta :

« Je cherche la salle d'Histoire de la Magie. »

Sans vraiment y penser, elle se dirigea vers le caillou, lui donna un léger coup de pied et l'observa descendre quelques marches. Elle les descendit à son tour, puis shoota une nouvelle fois dans le caillou, qui descendit encore, et elle parcourut quelques mètres de cette manière, en jouant avec cette petite pierre, ne se souciant guère de l'image qu'elle renvoyait à l'autre élève ; elle avait l'habitude qu'on la trouve très immature, et, de toute façon, d'une certaine manière, elle l'était.

« Oh, lâcha-t-elle en se retournant vers le Gryffondor. C'est vrai, c'est en haut. »

Elle s'était soudainement souvenue que la salle qu'elle cherchait se trouvait dans les derniers étages de Poudlard. Elle avait momentanément oublié cette information, trop distraite par la pierre avec laquelle elle s'amusait naïvement, et remonta en courant les quelques escaliers qu'elle avait descendus. Si elle savait plus ou moins dans quelle partie du château se trouvait la classe d'Histoire de la Magie - en un mois à Poudlard, elle avait tout de même eu l'occasion d'intégrer les informations les plus élémentaires -, elle ne savait plus où cette salle se situait précisément. Elle avait donc besoin de quelqu'un et son sauveur semblait tout trouvé.

Quand elle fut à nouveau à la hauteur du Gryffondor, Maïka se gratta la nuque et demanda :

« Pardon, je suis tête en l'air. Tu veux bien m'aider ? »

Sans vraiment se rendre compte de l'impolitesse dont elle faisait preuve, elle ajouta :

« Comment t'as dit que tu t'appelais ? »

Moins présente.

L'art indisciplinable  PV 

Dylan n'avait pas la moindre idée dans ce qu'il venait de s'embarquer puisque Maïka était une petite fille très ... spéciale. Mais le jeune Gryffond ne sembla pas s'en préoccuper pour le moment, tout ce qu'il voulait c'était venir en aide à une de ses camarades du mieux qu'il le pouvait. Et il faut bien dire qu'orienter les premières années, c'est tout de même quelque chose de banal pour un sixième année. Bien sûr, il ne passait pas son temps à faire cela, mais quand il avait le temps et qu'il pouvait rendre service, Dylan n'hésitait pas un seul instant. Il apprit donc qu'il avait affaire à une certaine Maïka, * un très joli prénom *, avait-il pensé alors qu'il lui souriait toujours en lui montrant le chemin. Cette jeune Poufsouffle qui semblait très timide, très réservée, cherchait la salle d'Histoire de la Magie et Dylan pointa la direction qu'il fallait suivre tout en lui disant qu'il pouvait bien entendu l'accompagner jusqu'à ladite salle.

Néanmoins, Dylan se rendit bien vite compte que la jeune Maïka était très distraite. Il avançait sans se rendre compte que la jeune élève n'était déjà plus derrière elle. Du moins si, mais bien loin derrière. Dylan l'interpella pour lui demander où elle allait mais elle ne semblait pas l'avoir entendu du tout. Soupirant, le Gryffondor rebroussa un peu chemin en suivant Maïka qui prenait la direction complètement opposée à savoir les escaliers qui descendaient. Dylan ne comprenait pas le comportement de la jeune Poufsouffle, n'ayant jamais eu affaire à ce genre de personne mais il ne s'en énerva pas. Il trouva cela juste étrange et assez perturbant, mais comme il n'était pas plus pressé que cela, le Gryffondor suivit Maïka qui s'arrêta au bout d'un petit moment pour se retourner vers lui, comme une fleur.

« Oh. C'est vrai, c'est en haut. »

Dylan haussa les épaules en observant un tableau qui faisait les grands yeux interogateurs et répondit à la jeune élève :

« Ce n'est pas grave, on va juste devoir se faire les jambes un peu plus longtemps, dit-il en souriant. Je t'assure qu'être Gryffondor te fais faire de la cardio ! », ajouta-t-il en rigolant.

Il invita ensuite Maïka à grimper les marches à nouveau, en direction de la salle d'Histoire de Magie. Dylan commençait à se dire que cette jeune élève serait probablement en retard, mais il se promit intérieurement de se porter garant pour elle, il n'était pas nécessaire pour elle qu'elle se fasse remarquer dès ses premiers jours d'études. Les deux élèves marchèrent un petit moment ensemble sans qu'aucune autre complication. Bien que Maïka semblait gênée, elle demanda tout de même à Dylan de lui donner un coup de main, et Dylan accepta à nouveau avec plaisir, même s'il avait une grosse impression de déjà-vu. Néanmoins, il continua son chemin avec la Poufsouffle, sans que trop de paroles ne soient échangées. Dylan commençait à comprendre que Maïka n'était pas très enclin à la conversation, mais il comprenait tout à fait cela. Pourtant, elle lui posa une question qui dérouta Dylan du tout au tout, le faisant s'arrêter un moment :


« Comment t'as dit que tu t'appelais ? »

Il prit un moment pour analyser la question qu'il pensait avoir mal comprise. Comment pouvait-elle déjà avoir oublié son prénom en l'espace de quelques minutes ? Dylan ignorait si elle faisait cela pour l'énerver, ou simplement parce qu'elle n'avait pas prêtée attention à ce qu'il avait dit plus tôt. Dans les deux cas, il se sentait un peu vexé, mais ne le montra pas. Il réfléchissait plutôt au pourquoi du comment. Il se demandait qui cachait Maïka et ce qu'il pouvait bien se passer dans sa tête. Il se surprit même à se demander s'il ne s'était pas fait avoir par cette première année, mais il se dit que ce n'était pas dans la nature de Poufsouffle de jouer avec les nerfs des gens, bien au contraire. Calmement, et après un instant de réflexion, il répondit à nouveau à cette question.

« Dylan, moi c'est Dylan. T'es du genre tête en l'air, toi, on dirait, fit-il en souriant, à nouveau. Tiens, la salle n'est plus très loin, encore quelques étages et nous y serons, mais mieux vaut ne pas traîner. »

Sur ces paroles, il se remit en marche de la salle de cours en invitant Maïka à la suivre. Il ignorait s’il allait encore voir la Poufsouffle disparaître dans les couloirs, mais il se préparait tout de même à ce que cela puisse arriver, bien que cette idée ne la ravisse gère. Après tout, il ne pouvait pas passer son après-midi à lui courir après, même s'il n'avait rien de spécial à faire.

Gryffondor du mois d'octobre 2015

L'art indisciplinable  PV 

Lorsque Maïka lui redemanda son prénom, le Gryffondor parut d'abord un peu surpris, puis hésitant, comme s'il cherchait à savoir ce qui lui avait pris de poser cette question. Souvent,, elle oubliait qu'il n'était pas habituel pour les gens de ne pas se sentir écoutés. Sa famille avait l'habitude, désormais, de devoir répéter les mêmes choses plusieurs fois, de prendre des heures pour lui expliquer une chose simple, mais les autres, tous ceux qui vivaient sans troubles à l'horizon, eux, ils ne savaient pas ce que ça faisait ; alors, quand ils rencontraient quelqu'un comme Maïka, ils étaient étonnés, ils s'interrogeaient. Ils se demandaient s'ils étaient victimes d'une moquerie, s'ils dialoguaient avec une personne tout bonnement mal éduquée, mais rarement il leur venait à l'esprit que ces inattentions qu'ils subissaient puissent être totalement involontaires.

« D'accord, répondit-elle simplement lorsqu'il lui intima plus ou moins subtilement de se dépêcher. »

Alors que le dénommé Dylan – Maïka se l'imprima dans l'esprit : Dylan, Dylan, Dylan, il s'appelait Dylan, il était grand, il avait des cheveux châtains, Gryffondor, Dylan – s'était remis en route, comprenant sans doute qu'il devait mener la marche s'il voulait arriver à bon port avant le lendemain, la Poufsouffle sentit qu'elle était bousculée. Elle releva la tête et croisa le regard noisette d'un élève à l'écharpe verte et aux sourcils froncés. Ses cheveux étaient tout bouclés, on aurait dit la laine d'un mouton ; ça lui fit penser aux balades qu'elle faisait parfois avec ses parents et sa sœur cadette. Il y avait des champs, des vaches et des moutons partout ; au début, on s'en émerveillait, et puis lorsqu'on comprenait qu'ils étaient fuyants et difficiles à approcher, on s'en agaçait.

« Tu sais pas regarder où tu marches ? »

Les yeux auparavant noisettes du garçon semblaient être devenus bruns, assombris par la colère. Maïka se raidit, rougit, colla sa tête à son épaule droite en signe de malaise, puis se détourna du Serpentard sans lui répondre. Elle ne le vit pas, mais le garçon roula des yeux et reprit son chemin en pestant contre les gamins imbéciles de cette école. Qu'ils retournent se faire éduquer chez les Moldus, bon sang !

En trottinant, Maïka rejoignit son guide qui avait pris quelques mètres d'avance. Le pauvre, il devait se demander avec quelle Poufsouffle maladroite il avait atterri ; presque certaine qu'il pensait de mauvaises choses d'elle, elle ne put s'empêcher de brièvement lui expliquer son problème.

« En fait, j'ai quelques problèmes de concentration. »

Quatorze marches, quinze, seize, dix-sept...

« C'est pas grave, hein, ajouta-t-elle en se grattant le nez, parce qu'elle avait l'habitude que les gens lui demandent si c'était grave après qu'elle leur ait annoncé qu'elle avait des troubles. Un peu énervant, parfois, mais pas grave. »

Sans lui laisser le temps de réagir, elle ajouta :

« Est-ce que tu... »

Là, juste à droite, il y avait la salle de Sortilèges. Maïka se souvint soudainement qu'elle y avait laissé son livre et qu'elle avait prévu d'aller le rechercher. Visiblement, aucun son n'émanait de la classe ; le professeur Keith était certainement en pause. Sans réfléchir, elle fonça, ouvrit la porte et se mit frénétiquement à chercher son livre.

Moins présente.

L'art indisciplinable  PV 

Dylan ne s'attendait bien entendu pas à une telle rencontre lorsqu'il offrit son aide à la jeune Maïka. Il ne saisissait pas très bien son comportement et son attitude un peu distraite, mais cela l'intriguait beaucoup. D'aucuns disent que sa gentillesse extrême (si tant est que l'on puisse encore parler de gentillesse après ce qu'il s'était passé) était sa plus grande qualité, d'autres pensaient au contraire qu'il s'agissait de son plus grand défaut. Qu'à cela ne tienne, le jeune homme était foncièrement bon et c'est ainsi qu'il entendait mener sa vie. D'ailleurs, des idées de métier qui mettrait à profit sa gentillesse incarnée germait dans son esprit depuis quelque temps.

Et voilà, c'était maintenant lui qui était distrait par ses propres pensées. Ironiquement, il ne s'en rendit compte que lorsqu'il entendit une petite altercation - encore, dans les couloirs. Dylan se retourna pour apercevoir Maïka qui semblait dévisager un élève apparemment plus grand que Dylan ne connaissait pas, du moins pas dans ses souvenirs. Il rebroussa chemin pour arriver auprès de sa petite protégée et eu juste le temps d'entendre l'élève grommeler quelque chose en partant de façon sévère.  Ni une, ni deux, Dylan s'empressa de demander ce qu'il s'était passé :

« Est-ce-que tout va bien ? », dit-il en posant sa main sur l'épaule de Maïka, l'incitant à avancer avant qu'ils ne se mettent trop en retard.

« En fait, j'ai quelques problèmes de concentration. »   

*Je m'en serais douté* pensa Dylan avec un petit sourire aux lèvres. Il rassura Maïka en lui disant que lui aussi, parfois, il avait du mal à se focaliser sur une seule chose à la fois. Cela ne sembla pas vraiment intéressé la jeune élève pour autant qui s'empressa de lui poser une nouvelle question. Du moins, le début d'une nouvelle question. Elle n'eût pas le temps de terminer son interrogation que la jeune Maïka disparut aussi vite que l'éclair dans une salle de classe apparemment déserte, à cette heure de la journée. Dylan soupira, quelque peu exaspéré, mais rejoignit rapidement Maïka afin de se porter garant si un professeur leur tombait dessus.

La jeune Poufsouffle fouillait activement la salle de classe sans plus se soucier de Dylan, qui restait planté à l'entrée de la salle, impuissant. Il zieutait les couloirs pour voir si un professeur n'approchait pas au loin, mais lorsqu'il vu qu'ils étaient apparemment seuls, il calma son angoisse.

« Quelques problèmes de concentration, hein ? Tu vas finir par arriver drôlement en retard, si tu continues tu sais ... Mais je me porte garant pour toi, dis-moi plutôt ce que tu cherches partout de cette façon, que je sois utile à quelque chose ? »

Sans en attendre plus, Dylan se mit lui aussi à fouiller alors que Maïka semblait l'avoir entendu, sans pour autant lui avoir répondu. Pour dire la vérité, Dylan s'attendait à ce que la jeune Poufsouffle retrouve ce qu'elle cherchait dans son sac ou qu'elle ne le retrouve pas du tout mais se rappelle plutôt que l'objet en question était bien ailleurs. Tout en cherchant activement - et en rangeant le fourbi que mettait Maïka, Dylan commençait à se demander si sa gentillesse n'avait pas ses limites. * L'après-midi s'annonce longue * songea-t-il en fouillant un tiroir d'un pupitre de classe.


Navré pour cet affligeant retard ...

Gryffondor du mois d'octobre 2015