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Fuis la Torpeur !  LIBRE 

Elle n'était pas très loin. Assez pour qu'elle m'apparaisse presque comme une inconnue. Assez pour que j'en vienne à me demander pourquoi elle était réellement venu me voir.

Mais pas assez pour que je décide de m'en foutre ; elle savait pour Charlie. Alors je voulais savoir également.

J'étais crépitante et elle, elle était presque floue. Elle était encore coincée dans son foutu rôle de statut, à ne pas vouloir bouger, à ne pas vouloir vivre. Moi, je faisais tourner ma baguette entre mes doigts moites ; ainsi je me sentais plus vivante. J'étais en sécurité, je contrôlais cette mascarade qu'elle me Jouait. Ici, rien ne pouvait arriver. Rien ne pouvait se passer et cela en était presqu'ennuyant. Cela allait réellement le devenir si cette Perche toute plate ne se décidait pas à bouger, à être Celle-que-je-voulais-qu'elle-soit : la Connaissance. Le Savoir. Non pas une Perche qui ne savait rien, qui ne disait rien et qui se contentait de me regarder de son regard bleu tout flou. Non, Celle qui me donnait ce que je voulais : Charlie.

A cette pensée, mon cœur se remit à battre avec ardeur. Bam, bam, bam. Il me frappait la cage thoracique avec force, je le sentais même dans mon cou, juste au dessus de ma clavicule. Il m'harrassait de son rythme fou et je m'amusai à compter ses coups : un, deux, trois, quatre. Il allait vite, le palpitant, et plus je comptais, plus il allait. Plus il allait, plus je comptais.
Elle approcha. La Grande Perche. J'en étais à vingt. Vingt coups harassants. Et enfin, elle approcha.
Je clignai des yeux pour balayer le flou de son regard. Quand il redevint aussi clair qu'il pouvait l'être, je le quittai pour regarder ses mains. Elle avait de longs doigts fins et clairs ; ils étaient élégants. Ils savaient manier les potions, et la Magie. Ils savaient Manier et en les observant, je me demandais si ces doigts-là avaient déjà touchés ma Clé comme elle-même m'avait effleurée. Puis la blonde s'avança encore et mon regard fut arraché des deux élégantes ; ma pensée, comme si elle ne dépendait que de cela, m'échappa doucement pour s'effondrer dans les limbes de l'oublie. Je n'essayai même pas de le retenir, je n'avais d'intérêt que pour cette Perche qui détenait des secrets.

Elle avait fermée la porte derrière elle. Nous étions là, moi et elle. Et au milieu, Charlie. Charlie qui prenait toute la place. Je fermai les yeux une seconde avant de les rouvrir ; mes épaules ne me faisaient plus mal. Elles étaient si légères ! Si légères que j'avais l'impression qu'elles me tiraient vers le bas.  Non ! Qu'elles disparaissaient pour ne plus jamais me faire souffrir. J'affichai un sourire tremblant ; j'étais là où je devais être. Je suivis la fille du regard lorsqu'elle s'assit sur le fauteuil. J'avais eu peur qu'elle s'approche mais heureusement, elle décida de continuer son Jeu assise.

J'avalai une goulée d'air, le regard braqué sur le dos de la Joueuse. Je voulais qu'elle disparaisse entièrement dans la bouche de ce dernier ; qu'il l'avale. Mais son dos musclé suffisait à cacher son regard et je me sentis soudainement bien. Mon cœur s'apaisa lentement dans ma poitrine et ma main cessa sa course sur ma baguette. Je laissai retomber mon bras contre mon flanc. Comme elle ne pouvait plus me voir, mon corps se décrispa et je me laissai aller, allant même jusqu'à me retourner pour jeter un coup d'oeil par la fenêtre dont la fraîcheur m'avait refroidie le dos. Dehors, de l'herbe à n'en plus pouvoir, des arbres et le ciel. Rien de bien palpitant et rapidement, je ramenai mon attention sur la Perche qui se cachait sur son fauteuil terne.

Son silence m'agaçait. Qu'elle se secoue, par Merlin ! je n'étais pas ici pour lui tenir compagnie mais pour avoir des réponses. Je soupirai. Mon esprit s'abandonna à son propre flux et se tourna vers le garçon qui ressemblait à Zakary. J'espérai qu'il ait la tronche cramée.

« C'est mon amie, je connais beaucoup d'choses sur elle . »

Enfin. Je relevai la tête en vitesse, mon cou hurlant de mécontentement. Mon cœur était reparti dans un rythme fou que je ne voulais plus compter. Il battait vite, bien trop vite et bientôt, mon corps serein retrouva sa crispation. Mon dos s’arqua et ma poitrine naissante s'envola vers l'avant. L'instant suivant je baissai le regard sur ma baguette, le dos de la blonde rendu soudainement insupportable à mon regard. Ma bouche se tordit affreusement et j'eu la soudaine envie de me servir de ma baguette sur cette Perche-là, pour lui arracher ses mots. *Pourquoi j'suis en colère ?*. C'était idiot, je n'étais pas en colère, j'étais bouleversé de savoir que j'allais avoir des réponses, voilà tout. Voilà pourquoi mes phalanges étaient blanches à force de se cramponner à ma moitié de bois.

Je n'eu pas le temps de retrouver le cours de mes pensées ou même de penser à répondre. Elle recommença et cette fois-ci un ricanement m'échappa. Il s'envola et résonna longtemps à mes oreilles. Peur ? Qu'elle idiote. Ouais, une idiote de Serdaigle qui pensait tout savoir et avoir tous les droits.
Je levai la tête pour la regarder, elle était toujours de dos. C'était bizarre et cela me déplut. Je fixai mon regard sur sa caboche blonde. Elle n'avait rien de spécial, rien de transcendant. Rien d'intéressant pour qui ne s'intéressait pas à Charlie, donc pour toute personne autre que moi. Elle n'était rien du tout, cette blonde toute plate.

« Tu m'fais pas peur, » dis-je en gardant les mâchoires crispées. J'avais l'impression que ces mots ne suffisaient pas, qu'ils disaient le contraire de ce que je pensais. Je voulais qu'elle sache qu'elle ne pouvait rien me faire mais que moi j'étais capable de tout. Et que j'avais envie de Tout, mais cela je devais le garder pour moi, pour le Contrôle : « J'ai pas peur, tu peux rien m'faire. »

Je gardais ma baguette en main pour bien qu'elle comprenne ce que je lui disais. J'essayais de garder mes yeux braqués sur elle, pour qu'elle me voit ainsi lorsqu'elle se retournerait, mais ils ne faisaient que s'abaisser ou se tourner dans tous les sens. Ils regardaient tantôt le fauteuil tantôt la porte. Ils ne semblaient pas vouloir s'apaiser et cela m'agaçait. Cela m'agaçait autant que de voir son fichu dos.

Je m'écartai vivement de la fenêtre et en quelques pas rapides je fus près du second fauteuil à fixer la joue pale de cet être inutile. Cette grande fille qui disait des choses qu'elle ne savait pas.

Je voulais dire : comment tu es son amie ?

Mais ma bouche décida à ma place et ma voix en fut chamboulée. Je la haïssais lorsqu'elle était aussi vibrante que mon cœur :

« Qu'est-c'que tu connais ? » lui lançai-je avec brutalité.

Ma bouche était toujours aussi grimaçante et la peau de mon visage se tendait sous mes sourcils froncés. J'avais l'impression d'être froissée. Froissée à l'extérieur et à l'intérieur. 

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.

Fuis la Torpeur !  LIBRE 

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Darcy Crown


Je veux donc j’ai le droit !
Je n’veux pas finir seule comme toi.

Sangle Maternelle - Début de 5ème Année




Merlin, quelle grande fresque qu'est ce duel ! Et mon cerveau prenait conscience de mon aveuglement, comme avec Louna. J’avais mis du temps pour me rendre compte que cette fille était porteuse de nuances profondément renversantes ; tout comme j’avais mis du temps pour m’apercevoir réellement de la nature de cette Aelle, depuis ce duel. *Bristyle*. La fresque se déroulait dans ma sensibilité, et j’observais le mélange des teintes, le déplacement des deux duellistes. La fille-aux-cheveux-cuivrés devait définitivement être une sang-pur ; je l’espérais de tout mon cœur. Ses mouvements de bras étaient colorés étrangement ; ternes. Trop de temps s’était écoulé pour cette fresque, elle avait perdu de sa splendeur. Néanmoins, j’arrivais à percevoir quelques nuances d’Aelle combattant avec une certaine rage. *Desserre tes dents, Bristyle, ce n’est pas comme ça qu’il faut se battre*. C’était sa rage qui était porteuse des teintes les plus vives, elles crépitaient avec autant de pudeur que de dévergondage. Dans ce duel coloré, mes gravures n’avaient pas retenu l’issue du combat, mais j’étais certaine que la Poufsouffle avait perdu. La rage n’avait pas sa place dans un duel, la rage pouvait être utilisée à d’autres fins bien plus efficaces. Comme par exemple me la faire gicler tout de suite dans le visage.

La fresque se dilua en me projetant face à un mur. La pièce que j’utilisais pour mes réunions. Les deux cratères de glace sur mon visage. L’accoudoir du sofa noir engourdissant mes petites fesses. Cette fresque-ci était bien trop réelle, le rire d’Aelle était bien trop saturé.

Elle trouvait cela drôle. *Idiote*. Ce n’était qu’une enfant, voilà pourquoi. *Par Dumbledore !*. Je l’oubliais trop souvent ; Aelle était une enfant. Malgré mon chaos concernant les relations entre êtres, je pouvais comprendre qu’un enfant n’avait aucune notion du danger, c’était normal. Elle n’avait aucune idée de notre différence de niveau ; pourtant, dans un certain sens, elle avait raison : j’étais de dos, désarmée et sans possibilité de transplaner. Je ne pouvais donc rien faire. À ce stade-là, même Gellert Grindelwald aurait pu se faire battre par cette enfant, s’il avait été à ma place.
Quelques mots de l’enfant me parvinrent, des mots qui confirmaient mes incertitudes. Elle pensait ne pas avoir peur de moi. *C’est mieux ainsi*. Je ne voulais pas lui faire peur, c’était bien la dernière chose que je voulais provoquer en elle. D’autres mots éclatèrent pour renforcer la couleur des premiers, même s’ils n’en avaient pas besoin. *Tu parles un peu trop*. Elle ne faisait que confirmer son cerveau d’enfant, et je n’aimais pas ressentir cela. Depuis l’instant où je m’étais mise à parler de Charlie, la fille-aux-cheveux-châtains se comportait d’une façon bien trop enfantine. Pourtant, je ressentais une certaine joie d'avoir éveillé en elle des ressentis et des émotions. Ses couleurs avaient changé, elles devenaient moins chaotiques ; Aelle était bien moins Noire. Cela devait arriver, comment ne m’en étais-je pas doutée ? Je venais juste de lui confier la vérité concernant ma relation avec celle-qui-l’a-touchée. C’était norm… *Merlin !*. Une prise de conscience me fit grimacer, et je sentis le craquement de la glace sur mon visage. Il fallait que j’arrête de considérer comme vraie la théorie qui consistait à dire que c'était Charlie qui avait fait du mal à Aelle. À l’origine, j’étais venue pour comprendre et défendre Charlie. J’étais venue pour détruire cette Aelle ; à l'origine.

Ses petits pas résonnaient mollement contre les murs, elle s’approchait de moi. Enfin. Je ne voulais en aucun cas qu’elle me touche, mais la savoir proche était plus pratique et agréable. *Agréable... Réfléchis Darcy, tu dois comprendre*. En comprenant Aelle, je sentais que j’allais pouvoir comprendre Charlie. Peut-être n’avais-je plus envie de détruire. J’avais déjà trop usé de cette démolition avec Zachary. « Qu'est-c'que tu connais ? ». Mon cerveau s’emballa. *Que tu es une gamine qui parait trop grande ; que le changement de Charlie est de ta faute ; que tu te préoccupes trop de Charlie pour être entièrement responsable ; que tu me ressembles ; que ta couleur n’est pas opposée à Charlie, mais qu'elle est son inverse*. Une fraction de seconde. Ma tête se baissa, je connaissais bien trop de choses ; malheureusement. Bien trop qui ne me servait à rien, il me manquait l’essentiel, l’origine, la signature de la fresque. D’où venait-elle ? Pourquoi ?

Je ne… soufflais-je avant de couper ma respiration.

*Réfléchis. Réfléchis !*. Je me taisais ; pour l’instant, il n’y avait rien à répondre. Deux secondes passèrent, j’avalais une profonde goulée d’air. Ces mots m’avaient échappé, comme si une autre partie de moi les avaient prononcés. Je n’arrivais même pas à me rappeler de l’entièreté de la phrase originelle. Mon cerveau était si lent lorsque je devais trouver les mots face à une personne ; et je méprisais mon intelligence d’être si disproportionnée. Ici, tous mes Optimals me paraissaient bien fades et sans le moindre éclat. C’était une bien étrange sensation que de se sentir faible face à une enfant ; cela me donnait l'impression d'avoir son âge.
Je n’osais pas me tourner vers elle, croiser son regard ne me plaisait pas. Même si je pouvais y lire les nuances, je savais d’avance que cela me perturberait bien plus qu’autre chose ; ses teintes n’étaient que trop mystérieuses pour l’instant. Sa voix me donnait bien plus d’information, et cette même voix commençait à perdre de son contrôle ; je l’entendais distinctement.

À présent, j’avais l’impression de pouvoir lui demander ce que je voulais. *Tu te trompes, je peux te faire des chos…*. La lettre raturée d’Aelle gicla dans ma sensibilité. *Choses…*. Son écriture formant les lettres du prénom de Charlie. *Ces choses. Vous avez fait quoi ?*. D’un mouvement de volonté, je recouvrais cette pensée de Noir pour qu’elle disparaisse. Je n’en avais pas besoin pour l’instant, elle était simplement nocive. *Je peux même te faire faire des choses, Bristyle*.
Ma main glissa délicatement dans ma robe pour en saisir la précieuse fiole. Une potion minutieuse qui prenait un peu de temps ; mais qui était loin d’être complexe. Je ne comprenais pas pourquoi tant de sorciers la trouvaient si laborieuse, tout comme je ne comprenais pas pourquoi tant d’élèves avaient des notes en dessous d’Optimal.

En restant dans ma position, dos à la fille-aux-cheveux-de-cuivre, j’extirpais la fiole de Veritaserum en la tenant entre mon index et mon pouce. J’exhibais sa présence tout en ouvrant ma bouche : « Je te fais assez confiance pour ne pas tenir ma baguette, alors… ». Mon intonation était neutre et mes émotions – cet intérieur – était toujours autant scindé de mon extérieur, je contrôlais.

Approche ta bouche, déclarais-je en baissant d'un ton ; ce n'était pas un murmure, mais cela s'y rapprochait.

Elle devait me faire confiance, je ne voulais aucunement lui faire de mal.

Je me persuadais de cette idée.

*SUFFOQUE*. Hurlement de Caresse. *TRANSPLANE*
En Lune de Nacre

Fuis la Torpeur !  LIBRE 

Mon corps me faisait mal. Sans compter mon coeur qui s’affairait à me faire chavirer, le moindre pore de ma peau me tiraillait ; comme si une main invisible se prenait au plaisir de me planter des aiguilles brûlantes dans l’épiderme. Et plus je regardais la grande Perche, plus leurs pointes étaient flamboyantes. Et plus elles m’incendiaient, plus j’imaginai dans mon crâne douloureux des idées qui ne me plaisaient guère. Je voulais lui hurler de me parler, par Merlin. Je n’en pouvais plus d’attendre, de regarder sans ne rien faire, de penser sans ne rien Savoir. Sa joue pâle était le réceptacle de cette lassitude, mais je ne pouvais rien faire d’autre que lui jeter mon regard à la figure. Petit Jouet bouillonnant dans son corps qui, malgré ses poings serrés, ne pouvait faire autrement que d’attendre que son Joueur le fasse bouger.

Cela me donnait envie de vomir. Elle. Elle me donnait envie dégueuler ; tout ce qui se mélangeait dans mon crâne me donnait envie d’ouvrir la bouche pour éjecter mon dégoût.
Oui, elle me faisait mal, cette fille pleine de blondeur. D’une douleur jamais encore ressentie, dans un membre que je ne pensais même pas avoir en moi.
Je voulais crier et supplier, dégueuler et pleurer, embrasser et frapper. Merlin, j’en avais perdu jusqu’à la capacité de respirer et, durant un temps qui sembla dura mille temps, je sentis la moindre parcelle d’air qui s’engouffrait dans ma bouche et qui descendait jusqu’à mes poumons. Pendant un instant, je crus que je serais incapable de mener cet air à destination ; je n’étais même plus capable de respirer. Mes poumons se comprimèrent, mes épaules hurlèrent et ma respiration batailla avec mon corps : c’était un combat illégal et inégal entre deux instances qui n’avaient aucun compte à se rendre. L'échauffourée fut pitoyable et l’air m’écrasa la trachée pour se répandre dans mes poumons rassurés.
Ah, qu’il était douloureux de respirer un air que l’on voulait tordre.

Elle bougea. *Là !*. Elle baissa la tête. Mon coeur fit une embardée.
Je me rendis compte que j’étais penchée en avant ; non pas courbée par l’intérêt, mais inclinée face à la colère. Elle régnait sur moi et m’imposait sa force, m’obligeait à me pencher pour jeter en avant tout ce qui sortirait de moi ; magie, vomi, mot ; que sais-je. Je sentis la caresse de cette rage me caresser le bas du dos et remonter le long de ma nuque. Une caresse qui me fut agréable et qui fit trembler mes poings. Oh, je tremblai sans contrôle dans mon corps avalé ; je tremblai comme une enfant face à une adulte. Et l’adulte était une Perche qui me tenait bien serré dans sa main, qui pouvait m’écraser au moindre de ses souhaits.
*Donne moi ce que je veux*.
Je ne comprenais pas ce que je voulais, mais j’avais l’intime conviction qu’Elle le savait ; celle dont les mains pouvaient Créer se devait de savoir, n’est-ce pas ? Oh oui, le visage que j’observais ne pouvait que savoir. Cela se voyait dans la façon dont brillaient l’éclat de sa joue et la couleur terne de ses cheveux. C’était une Autre qui Savait où aller.
Je la détestai soudainement si fort que je chancellai sur mes jambes. La haine me prit le corps et le ballota ; je la haïssais ! En une fraction de seconde, je me vis sauter sur elle pour arracher sa peau de mes dents. L’envie me fit frémir, puis trembler, et finit par disparaître. Non, je devais savoir.
Je restai pantelante sous l’afflux de mes propres émotions. Et irrémédiablement faible.
Par Merlin, qu’elle parle ! Qu’elle parle, ou je ne serais plus maîtresse de mes Actes !

Comme si elle m’entendait, le son pitoyable de sa voix porta jusqu’à moi :

« Je ne… »

Et s’effondra dans les affres de l’inexistence.
QUOI ? lui aurai-je hurlé si je n’étais pas alpaguée par ce que je savais qu’elle savait.
Mes yeux tremblaient des mots qu’elle ne me disait pas. Ils palpitaient dans leur socle, ces foutus yeux.
Oh, doux Merlin. Elle me rendait folle. Je fermai les yeux pour m’exhorter au calme ; je ne parvins qu’à accélérer le battement de mon coeur, quand, sous mes paupières, se dessina une Charlie dont je peinai à reconnaître les traits. Mon coeur se tordit dans ma poitrine, le désespoir vrilla mes veines ; Charlie. J’ouvris les yeux pour mater la Perche qui était ce que j’avais de plus proche de Charlie. Son profil, ses épaules, les pointes de ses mèches ; j’avalai tout cela de mon regard pour ravaler la peine qui mon rongea le coeur. Mais elle ne disparut pas et s’installa dans mon corps une vague douloureuse qui me donna envie de crier. Elle fit son nid dans mon coeur qu’elle frappa de trois coups distincts : CH. AR. LIE.
Ma gorge se noua si rapidement que je dus baisser la tête pour que mon trouble reste invisible à la Perche. Mon souffle s’était coincé quelque part dans bouche.

Elle reprit la parole, me surprenant, mais pas assez forte pour me faire sursauter hors de ma peine : « Je te fais assez confiance pour ne pas tenir ma baguette, alors… ». Sa voix acheva de me faire mal et j’agrippai le dossier du fauteuil pour ne pas m’effondrer.
Le coeur au bord des lèvres, ce coeur gonflé par la peine, je levai mes yeux pour les jeter sur elle. Je cessai de respirer en avisant la potion qu’elle brandissait devant moi. Mes yeux s’écarquillèrent et un petit bruit s’expulsa d’entre mes lèvres. La potion ! Non, la Clé. Je me redressai, presqu’inconsciemment, le regard braqué sur ma dose de délivrance. Elle allait le faire. J’en perdis mon coeur. Elle allait réellement le faire. Je dessinai sa mâchoire de mes yeux ; elle, Grande Perche, extension-de-Charlie, allait tout me dire sur
Incapable de dérouler ma pensée, je décrochai ma main du fauteuil au moment moment même où sa voix retrouva son lit ; « Approche ta bouche, » murmura-t-elle plus comme une requête qu’un réel ordre. J’en avais de toute façon rien à faire. Rien du tout. Palpitante, Exaltée, je m’approchai, contournant le fauteuil, matant la fiole pour ne pas mater la fille. Quand j’arrivai face à l’assise, je trouvai néanmoins le courage de me plonger dans le lagon de ses yeux qui ne me voyaient pas. Je déglutis difficilement, je tentai de secouer mon cerveau qui ne savait plus penser. A quoi bon ? J’étais incapable de formuler la moindre pensée concrète. C’était simple ; suivre son corps.
S’assoir. Je le fis.
Regarder l’Autre. J’obéis.
Crisper sa main sur l’accoudoir. Mes doigts s’enfoncèrent.
Ignorer la Chose qui me criait que je perdrais tout contrôle. Facile.
Respirer. Difficile.
Penser. Impossible.

« Fais-le, » dégueula ma voix.

Ma voix grave, rocailleuse, presque indistincte ; fouilli de mots. Ce ne fut pas mes cordes vocales qui s’exprimèrent, mais mes poumons-sans-souffle, crevés par la peur.
Oh, par Merlin, ne pense pas à ça.
Je ne devais même pas me ressentir si je voulais continuer.
Je me plongeai dans l’Autre, dans ce qu’elle était et dans la fiole qu’elle tenait ; je repoussai, par une force que je ne m’étais jamais imaginé, ce que je Sentai à l’intérieur de moi.
Je levai la main gauche ; son tremblement était pitoyable à voir. Peut-être m’en fis-je la réflexion, mais je ne fis rien pour atténuer ses à-coups.
J’avançai mes doigts jusqu’à la fiole.

Inconsciemment, ma bouche s’ouvrit ; entre mes deux lèvres humides, ma langue pointa, en attente de ce qui me permettra de savoir où se trouvait Charlie.

Que cette visite soit aussi belle que nos Élans.
Qu'elle te chavire ; qu'elle te Ramène.